Alors qu’ils enquêtent sur la mort suspecte de poulets, deux membres (Bill Murray, Adam Driver) des forces de l’ordre d’une petite bourgade (Centerville) de Nouvelle-Angleterre se retrouvent face à une invasion de zombies…
Un pastiche des films de zombies, avec une pléiade de stars (on peut ajouter aux noms déjà mentionnés Steve Buscemi, Tom waits, Danny Glover, Chloe Sevigny, Tilda Swinton, Rosie Perez et Iggy Pop), mené par un des grands noms du cinéma indépendant des quarante dernières années…
Mais non : d’une part, l’ennui pointe très vite le bout de son nez dans une narration très lâche, et plombée par le parti-pris d’une interprétation en mode économique; ce qui marche chez Barry Sonnenfeld et Wes Anderson, deux adeptes de la deadpan comedy, ne marche pas ici parce que Jim Jarmusch ne s’est pas adapté au rythme particulier des échanges et de la diction. D’autre part, la volonté d’afficher le coté méta-film dès le départ («comment tu sais ça?» «parce que j’ai lu le script») ne débouche que sur de l’ennui et de l’irritation…
Alors l’intention était certes bonne, mais le résultat est plus qu’anecdotique, carrément inutile. Dommage.
Sur la Côte d'Opale, entre champs, hameaux, mer et dunes, nous suivons un homme (David Dewaele), un vagabond selon les standards de la société. Il est, plus ou moins, redresseur de torts, et doté de pouvoirs surnaturels, dont il n'use qu'à bon escient. Un ange?
...Alors c'est un ange exterminateur: quand son amie (Alexandra Lematre), dont nous ne connaîtrons pas le nom, se plaint de son beau-père et de ses mains baladeuses, le héros prend un fusil et le tue: motivé par une morale supérieure, sans un mot de trop, il règle la justice à sa façon... Pour la jeune femme, c'est son amoureux, mais lui se refuse à elle, et l'encourage à une sorte de méditation vis-à-vis des éléments...
Difficile de résumer un film dans lequel Dumont, une fois de plus, se refuse à toute explication satisfaisante, et joue avec les codes de la religion, mais pas seulement: car si ce héros sans nom, qui semble traquer le mal pour l'extirper des êtres et de la communauté (d'où l'expression apportée dans le titre, "Hors Satan", qui confirme au moins qu'on est face à une sorte d'exorciste), semble bien prier dans la première scène, et apprend ce geste de joindre les mains en creuset comme pour prendre une offrande, il le fait non pas devant un autel ou une croix, ou quelque divinité que ce soit, mais bien devant le soleil, ou parfois devant la nature.
Et s'il se refuse à coucher avec la jeune compagne de ses instants de tranquillité, c'est aussi parce que pour lui, le rapprochement physique semble être une transmission phénoménale d'énergie, comme en témoigne l'unique scène de sexualité typique du cinéaste dans le film: pas de préliminaire, naturaliste, à la limite de la bestialité, et... se finissant par un échange inattendu de fluides, comme si la routarde un peu brute de décoffrage avec laquelle il s'accouple était libérée d'un seul coup d'un démon...
La présence d'une morale au-dessus des hommes, la peinture d'un monde en pleine survie malgré le XXIe siècle, la sexualité comme dernier recours avant la folie, des acteurs taiseux et gauche, aux trognes volontiers dures: ce film intransigeant résonne comme une sorte de résumé parfait de l'oeuvre de Dumont; c'est aussi l'un des plus remarquables, esthétiquement, et l'un des plus beaux. Un film qui une fois de plus vous poussera à vous faire votre propre opinion, quelque part entre un dévoiement de la religion, retournée vers la nature, ou l'affirmation ironique d'un paganisme triomphal...
Ayant reçu la mission de réaliser un film illustrant la nécessité pour les éventuels malades d’agir à temps, et de consulter avant qu’il ne soit trop tard, Dreyer prend le problème frontalement, et réalise ce qui est peut-être son fil le plus impersonnel, inintéressant, bateau et insipide… Une saynète interprétée par des acteurs qui n’en sont sans doute pas, mais des médecins et infirmières, et pourquoi pas d’authentiques pensionnaires d’hôpitaux pour jouer les patients !
Une façon comme une autre de s’acquitter de la tâche, tout en démontrant pour les générations futures de ses fans que les courts métrages qu’on lui demandait de réaliser étaient bien souvent indignes de lui. Ce qui confirme, après la débâcle du film Suédois Tva Manniskor (1945), qu’il a désavoué, que le metteur en scène était quand même dans une bien mauvaise passe…
Jesus Quintana (John Turturro), délinquant notoire et champion incontesté de bowling, sort de prison, et son pote Petey (Bobby Cannavale) vient le chercher. Pour fêter sa sortie, ils décident de voler une voiture, puis de faire deux ou trois bêtises, parfois tout seuls, parfois avec Marie (Audrey Tautou) une coiffeuse française à laquelle ils vont essayer d'enseigner l'art de l'orgasme.
Comment voulez-vous résumer un film comme celui-ci, qui par ailleurs est l'un des plus mal foutus que j'aie vus ces dernières années! On peut éventuellement le considérer comme une suite de The big Lebowski (qui lui est tout sauf mal foutu, n'en déplaise aux pisse-vinaigre qui font la fine bouche): après tout, Quintana et le bowling, ça en vient directement. Et Turturro a replacé de fines allusions (Click!) au dialogue du film des frères Coen... Mais c'est surtout un remake assez fidèle des Valseuses. Et là, forcément, c'est une autre paire de manches, ca je fais partie de ceux qui pensent que le film de Bertrand Blier ne sert à rien. Mais rien du tout...
Et celui-ci non plus, au-delà de quelques rares moments de bonheur, de retrouver le personnage dans toute sa lenteur, au-delà aussi d'une courte séquence qui exonère le personnage de Jesus des accusations de pédophilie qui ont tant choqué Walter Sobchak (John Goodman) dans The Big Lebowski: tout ça était donc un malentendu.
Deux remarques pour finir:
D'une part, on peut comprendre, d'une certaine manière, que Turturro ait décidé de baser sa "suite à Lebowski, lui-même marqué par une obsession pénienne, sur un remake des Valseuses. Car il sera souvent, dans ce film où tout tourne autour de la boule, question de valseuses, donc de roupettes, de coucougnettes, de joyeuses, de couilles, bref de testicules. On n'ose imaginer le thème d'un éventuel troisième opus.
D'autre part, état réfractaire à 100% à Jeanne Moreau et tout ce qu'elle pouvait dire, faire ou interpréter, je n'avais jamais été touché par son personnage dans le film de Blier. Ici, Susan Sarandon est émouvante, avec une impressionnante sobriété.
Retrouvant plus ou moins le thème de son court métrage consacré aux églises Danoises, dans ce film, Dreyer s'intéresse au château de Kronborg, près d'Elseneur: construit pendant la Renaissance, il a la particularité d'avoir été érigé autour d'un autre château, la forteresse de Krogen construite 150 ans avant l'actuelle bâtisse.
Le film, tourné dans les années 40, mais monté et fini plus tard (sans que Dreyer ait pu s'y intéresser, il était en pleine préparation d'Ordet) est essentiellement consacré à cette particularité, et aux traces de l'ancien château qui sont aujourd'hui encore palpables...
Réalisé entre 1946 et 1947, et fini plus tard, ce film est une fois de plus une commande, un documentaire culturel réalisé par Dreyer pour continuer à exercer son métier. Il a donc reçu la mission de tourner ces dix minutes consacrées au pont de Storstrøm, un important ouvrage Danois qui connectait deux îles entre elles, et était à l'époque le plus long pont d'Europe avec près de 3 kilomètres 200.
Le film est tout entier dédié à l'impression de grandeur, de majesté presque, de l'ouvrage, vu sous tous les angles d'approche. On notera que le film attend avant de nous montrer les gens qui l'empruntent, qu'ils soient automobilistes, cyclistes ou simples piétons, et du reste ce n'est pas la partie principale: car ici, c'est de beauté et d'esthétique qu'il est question... avant une fin étonnante, en forme de crescendo, lorsqu'une caméra embarquée sur un bateau qui va passer sous le pont ne crée une sorte de suspense assez curieux: le bateau va-t-il passer sous le tablier du pont?
Puis un mouvement vers le haut confirme ce que nous pensons: Dreyer a toujours, en toute circonstance, trouvé le moyen de parler de la foi dans ses films, y compris les plus inattendus.
Ce court métrage est une exploration de la carrière d'un sculpteur Danois, Bertel Thorvaldsen (1768 - 1844), strictement cantonnée à ses oeuvres: une exploration académique des grandes figures mythologiques, puis sur la fin de sa vie, une mystique de plus en plus prononcée. Le film, qui présente les oeuvres en ordre chronologique, finit sur une imposante statue du Christ.
C'est un tour de force, dans lequel on n'attendait sans doute pas le rigoriste Dreyer. car il filme les statues, souvent d'un blanc laiteux, comme si c'était d'authentiques corps, souvent nus. La plastique très maniaque de Thorvaldsen, combinée à une utilisation impressionnante et dynamique de l'éclairage, donne littéralement vie à ces oeuvres troublantes.
C'est un documentaire de 13 minutes, l'un de ces films commandités à Dreyer pendant ses années de vache enragée... Si le meilleur reste évidemment le très étonnant Ils attrapèrent le bac, celui-ci et d'autres présentent de nombreuses qualités.
Pour commencer, il n'y a ici ni message apparent, ni campagne d'information drastique. C'est un petit voyage dans l'architecture, l'histoire et la religion en même temps qu'un document sur les églises préservées du Danemark. On remarquera très vite que ces monuments, qui bien souvent sont les points de départ de villages puis de villes, ont connu un développement sur plusieurs siècles, et ont été les témoins d'une grade révolution: l'arrivée du protestantisme. Chaque église, à l'intérieur (ses décorations) comme à l'extérieur (ses ajouts, l'arrivée de sacristies, la construction d'extensions, qu'elles soient pratiques ou opulentes) porte ainsi la marque de deux religions et du passage des siècles...
Dreyer s'est plu à mélanger à des données architecturales, artistiques et et historiques, la présence des prêtres et des fidèles, utilisant d'ailleurs des costumes qu'il a empruntés à la firme Palladium, qui les avait utilisés pour... Jour de colère, son propre long métrage de 1943. On retrouve deux motifs qi sont courants dans son oeuvre, celui de la foi, et de la vision fascinée de ces grandes structures austères, dirigées vers le haut, une vision qui nous intrigue tant dans La passion de Jeanne d'Arc.
En Andalousie, deux amants séparés par les circonstances (lui est militaire, et il est parti se battre) s'ennuient simultanément de l'autre, sans savoir que seul un mur les sépare...
Ce film court (trois petites bobines) disponible sur le site de la Cinémathèque Française est un exercice imprévu, commandité à Marcel Silver, assistant de Feyder sur le tournage du pesant Carmen (1926), d'où la présence de la star Raquel Meller et de son partenaire Louis Lerch. L'idée de la compagnie Albatros était simple: les vicissitudes du tournage loin du studio (au sud de l'Espagne pour être précis forçant Feyder à prendre son temps, pourquoi ne pas en profiter pour tourner un autre film?
C'est donc un petit film, mineur en quelque sorte, dans lequel l'intrigue se concentre sur deux solitudes, de deux personnes destinées à rester séparées. Le réalisateur, estimable, utilise le décor (les prises de vues spectaculaires de l'exposition!) et le jeu très sensuel de Raquel Meller à bon escient, et me donne furieusement l'impression d'avoir bien mieux réussi son film que Feyder. Comme quoi...
Sur une mer agitée d'une lointaine planète, des marins humains doivent faire face à l'invasion d'un parasite très dangereux, le Thanapode: une sale bestiole quasi invincible, très intelligente, et dotée de pouvoirs qui lui permettent de communiquer avec l'humain. Quand elle arrive, et comme elle a faim, elle se sert dans l'équipage, donc les humains ne tardent pas avant de désolidariser les uns des autres... Quand l'un des leaders, Torrin, essaie de prendre la direction des opérations, les autres se liguent contre lui. Il n'a plus qu'une solution, celle de négocier avec le monstre, en échange, l'un après l'autre, des autres marins... Il fait donc un deal avec lui et lui promet de l'amener vers une île paradisiaque pour les Thanapodes: il y a de la viande partout, et la bête a un goût prononcé pour la chair humaine...
C'est dans le cadre de la série Love, death and robots, dominée par l'animation, que Fincher a mis ce court métrage de vingt minutes en chantier. C'était attendu puisque le réalisateur est l'un des producteurs de la série, inégale mais toujours au moins intéressante... C'est de l'animation 3D, poisseuse, cauchemardesque, et superbement mise en scène sur un suspense très concentré. Surtout, c'est une nouvelle virée de l'auteur dans le domaine de la compromission avec le Mal: qui, entre le monstre terrifiant et intelligent, et l'humain manipulateur qui sacrifie ses copains les uns à la suite des autres, est le plus monstrueux, et quel but poursuivent l'un et l'autre? Si c'est indéniablement un exercice à part dans son travail, il nous permet au moins d'avoir de quoi patienter avant la prochaine grande oeuvre...