Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 08:45

Sur un paquebot de luxe, la belle Daïnah Smith (Laurence Clavius) échappe tous les soirs à son mari (il est prestidigitateur) pour se laisser faire au flirt de tous les mâles du bateau... Ca agace Mr Smith (Habib Benglia), bien entendu. Mais un soir qu'il fait particulièrement chaud, elle se promène sur le pont et fait la connaissance d'un mécanicien, Michaux (Charles Vanel). Ils parlent. Il s'enhardit. Il effectue ce qu'il considère comme une tentative de séduction, mais ça ressemble plutôt à une tentative de viol, et... elle se débarrasse de lui en le mordant. Elle retourne dans sa cabine, mais elle sait qu'il n'est pas loin: il prétend à qui veut l'entendre que c'est un chien qui l'a mordu, et qu'il va le jeter par dessus bord... Daïnah le sait et elle a peur.

C'est une cause célèbre, le deuxième film de Grémillon. Il avait souhaité tourner cette intrigue noire sur un vrai paquebot, en méditerranée, mais le résultat profondément expérimental, et particulièrement sulfureux, avait déplu aux producteurs, qui en ont trituré le montage, supprimant 25 minutes. Les 49 qui restent sont pourtant assez cohérentes, même si on sent bien que le film n'a pas vraiment d'exposition, réduite à l'essentiel, et si la brièveté confine parfois le film à l'anecdote. Grémillon s'est senti trahi, au point de refuser de signer au générique.

Laurence Clavius a été choisie pour sa plastique, pas pour son jeu. On est au début du parlant, et ça se voit, à travers la diction mal fichue de tous les acteurs, sauf Vanel bien entendu. Le sujet en lui-même, une confrontation entre le français, pour ne pas dire franchouillard, et une jeune métisse qui incarne à elle toute seule les supposés mystères insondables de la sexualité africaine (on sait à quel point ce genre de bêtises a pu enflammer les plus tordus des esprits à l'époque coloniale), est malgré tout traité avec tact, et avec une certaine ironie extérieure: il est clair, justement, que Grémillon ne partage pas ces fantaisies absurdes, et dans la confrontation entre Michaux et Daïnah, il est évident qu'il se place, et nous avec lui, aux côtés de la jeune femme. Pour Smith, c'est un peu différent: son personnage de mari jaloux en fait un cliché, et le montage lui donne beaucoup de place, au point d'en faire une solide menace. 

Reste dans ces ruines d'un film (abusivement fêté un peu partout comme un chef d'oeuvre, je pense que c'est franchement exagéré) une mise en scène qui s'insinue dans les travées d'un paquebot, qui descend dans les machines pour un glorieux moment de cinéma muet (Daïnah visite, avec les officiers du bord, et elle aperçoit Michaux qui la met mal à l'aise: aucun dialogue n'est entendu à cause du bruit des machines), et qui éclate lors d'une scène de danse surréaliste: tout le monde à bord porte de grossiers masques, sauf Daïnah qui arbore une étrange grille de fer autour du visage...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Jean Grémillon
27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 15:02

1934, New York: Eben Adams (Joseph Cotten), un peintre qui ne parvient pas à joindre les deux bouts rencontre une énigmatique fillette, Jennie Appleton (Jennifer Jones). Celle-ci l'enchante par son entrain, mais l'intrigue par son discours qui parfois ne fait pas vraiment sens... Ils vont se revoir, et à chaque fois Jennie sera plus âgée, plus mûre. Eben fera même son portrait, mais se rendra compte aussi que la jeune fille est une apparition surnaturelle, et que son destin n'est pas brillant...

Ce dernier point est, sans aucun doute, une marque d'indulgence à l'égard du personnage d'Eben: car il faut beaucoup de temps avant que le peintre ne comprenne que Jennie est selon toute vraisemblance un fantôme, alors que nous le comprenons sans doute dès la première scène: l'anecdote du théâtre, et la discussion sur le Kaiser auraient quand même du lui indiquer que quelque chose ne tournait pas rond... Mais le film est, en réalité, bien plus une fable qu'autre chose, et nous pousse à accepter cette apparente incohérence, qui à défaut d'être logique, sert assez bien la narration en installant les personnages et les spectateurs dans une continuité qui donne de l'importance à l'évolution de Jennie, et à l'amour naissant d'Eben, clairement ensorcelé...

Et le refus de faire peur, la douceur de Jennie (Jennifer Jones est constamment sur le fil du rasoir entre délicatesse et mièvrerie, et elle s'en sort bien), servent bien ce qui est avant tout un conte. Nous sommes ici à des années-lumière du film d'horreur, et Dieterle se met tout entier dans les pas d'Eben, et nous avec. Nous le suivrons donc dans son "enquête" sur celle dont il ne parviendra que tardivement à comprendre qu'elle est déjà morte, et qu'elle a établi un lien avec le peintre à travers l'au-delà... L'occasion pour Dieterle, et David O. Selznick, de tenter une dernière bobine qui est remplie d'effets spéciaux: une séquence de tempête, étonnante et parfois un peu maladroite, mais dans laquelle la science de la mise en scène apprise en Allemagne derrière Murnau, sert particulièrement bien le réalisateur; des filtres, vert et orange, qui créent une atmosphère étonnante, et enfin, un plan, un seul, en Technicolor, probablement à l'imitation d'Albert Lewin qui avait dans The picture of Dorian Gray usé du stratagème de la couleur dans un film en noir et blanc, pour mettre en relief un tableau... 

Et Dieterle sort aussi une autre carte gagnante: Lillian Gish, pour cinq minutes en compagnie d'un personnage de nonne. Celle qui avait tant insisté en 1923 pour tourner The White Sister pour Henry King, est ici parfaitement à l'aise pour incarner la religieuse préférée de Jennie.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans William Dieterle Lillian Gish
25 juin 2022 6 25 /06 /juin /2022 08:53

Un mari trompé (Jean Marsan) tente par tous les moyens de passer sa colère sur son rival (Edouard Molinaro), qui tente lui-même par tous les moyens d'échapper au courroux de sa propre épouse... 

Molinaro qui sera pendant plusieurs décennies un réalisateur sûr, mais sans génie, avait au moins le sens de la comédie cinématographique. Je ne parle pas de cette insistante et agaçante manie qu'ont les français de faire reposer le rire sur le texte, puisque ce film est muet... Un "à la manière de", situé par le propos très boulevardier (on est en plein Feydeau) et par les costumes, dans la première décennie du XXe siècle, au temps où le cinéma balbutiait. Mais le cinéma, ici, ne balbutie pas du tout, il est sûr de lui, d'une grande précision, totalement irrésistible, et servi par des acteurs qui se donnent à fond. Parmi eux, on ne peut pas s'étonner de trouver Yves Robert, clairement dans son élément dans cette comédie burlesque muette, un genre qu'il connaît bien et le prouvera plus d'une fois.

Et pendant ce temps, un cycliste...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Edouard Molinaro Comédie (Muet) Yves Robert
25 juin 2022 6 25 /06 /juin /2022 08:33

Arsène Baudu, escroc de son métier, est un minable... Et un jour, en essayant d'arnaquer Hyacinthe Camus, ancien policier révoqué devenu l'employé malheureux d'un détective privé, il ne sait pas qu'il vient de rencontrer, en quelque sorte, l'âme soeur... Un autre escroc en germe, tout aussi minable, mais avec de l'ambition.

Seulement, quand deux escrocs minables décident de s'attaquer à n'importe qui, ils peuvent tout à fait commettre la pire bêtise de débutants: tomber sur un autre escroc, mais autrement plus talentueux. C'est ainsi que Baudu (Jean Lefebvre) et Camus (Bernard Blier) vont rencontrer Alexandre Larsan-Bellac (Paul Meurisse), un monsieur qui a du cran, de l'ambition, de la jugeote, des idées, et qui va les prendre tous deux sous son aile pour s'attaquer à des victimes plus conséquentes, et tant qu'à faire essayer un coup double: monter un bobard monumental pour un pigeon en or (Michel Serrault) en lui faisant croire que le gouvernement soviétique est prêt à rembourser les fameux emprunts russes de sinistre mémoire, et de l'autre séduire une femme du monde richissime...

Un "faisan", en argot, c'est un escroc spécialisé dans le faux passage d'information commerciale. Ici, on a plus d'un exemple de ces personnes qui exploitent une faille psychologique de leurs victimes en prétendant leur fournir exactement ce dont ils rêvent, au bon moment. On peut faire confiance au binôme scénariste (Albert Simonin)-dialoguiste (Michel Audiard) pour se débrouiller d'une telle situation... Et Molinaro, qui a commencé résolument dans la comédie, commence brillamment son film, ave une narration au quart de tour, qui lui permet de camper très vite deux personnages magistralement définis et complémentaires. Il y a une magie particulière derrière l'association entre Blier et Lefebvre, qui en rappelle une autre... C'est un peu Laurel et Hardy, en moins poétique sans doute, mais le résultat, pour eux, sera toujours le même...

C'est pour ça qu'on tique un peu quand Meurisse (excellent pourtant, comme d'habitude) vient se placer entre eux, car il les sépare... C'est, à partir du deuxième tiers, une comédie plus convenue, drôle, ça oui, mais pas aussi allègre et qui fera définitivement moins d'étincelles... Bref, on rentre un peu dans le tout venant de la comédie policière française telle que la pratiquaient de nombreux metteurs en scène autour des dialogues de Michel Audiard. Et Lefebvre avec Meurisse et Blier, finit par disparaître purement et simplement...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Edouard Molinaro Michel Audiard Comédie
25 juin 2022 6 25 /06 /juin /2022 08:21

Réalisé en 1943 pour un distributeur de sujets édifiants, j'imagine que ce film était pour les autorités de l'époque un objet sans le moindre risque, une belle histoire propice à intéresser les enfants sans aller plus loin, en phase avec l'idée du retour à la terre: on y raconte le voyage annuel d'un troupeau de chevaux venus de Camargue pour se rendre dans le massif du Vercors...

Le massif du Vercors, ça évoque bien sûr le Sud dans toute sa splendeur, mais ça résonne aussi beaucoup pour ceux qui connaissent l'histoire de France et en particulier cette période durant laquelle les forces d'occupation d'un pays étaient constituées de tout un tas de teutons en uniforme, incapables de penser un seul instant que des forces de résistance pourraient oser, depuis les massifs montagnards, défier leur autorité... D'où l'intérêt de ce petit film, qui utilise pour parler de la transhumance de ces chevaux qui "fuient les hommes", et se dirigent vers ce qui sera le haut lieu d'un maquis, des termes systématiquement associé au souffle de la liberté.

La fin, d'ailleurs, est encore plus explicite, car on y apprend que le Vercors, y compris quand on est un cheval, ça se mérite: il faut, pour reprendre les termes directement tirés du film, "batailler" contre des "ennemis"... Tiens donc! Ce premier court métrage révèle la subtilité d'une cinéaste qu'il faudrait peut-être redécouvrir, en passant au-dessus des diktats des historiens qui l'ont reléguée dans les coulisses de l'histoire: ici, elle s'y montre plus que pertinente, aidée en prime par les très belles images (en 16 mm) d'Henri Alekan.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Documentaire Jacqueline Audry
25 juin 2022 6 25 /06 /juin /2022 08:11

Dans ce faux documentaire en forme de sujet pour ce qu'un temps on appelait la télévision d'après-midi, donc sous-entendu pour les ménagères, la voix off de France Roche donne un certain nombre d conseils aux femmes pour trouver l'âme soeur...

...Et qu'est-ce que ça a vieilli! C'est très anecdotique, souvent mal joué, ou plutôt mal dit: non pas la voix off, mais les quelques interventions des acteurs, probablement post-synchronisés. J'en veux pour preuve un moment situé vers la fin, où on reconnaît dans le rôle d'une jeune proie intellectuelle le jeune Boris Vian: ce n'est définitivement pas sa voix. Pour finir, si vous avez envie de voir un film adressé aux femmes qui les renvoie en permanence dans leur cuisine...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli
24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 16:54

Il faut croire que le cinéma parlant s'est bâti sur des faux courts métrages didactiques! Celui-ci, tourné quelques 17 ans avant le film suivant d'Audiard (Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages) est donc consacré au fait de marcher... Un historique aussi loufoque qu'approximatif précède une série de variations, toutes menées par une voix off commentant un montage de diverses sources.

On reconnaitra la voix de Maurice Biraud, qui par ailleurs interprète aussi, parfois, sur l'écran, des rôles de certains protagonistes, dont Littré soi-même. Le film s'amuse de situations, mais aussi d'expressions toutes faites, ce qui ne nous surprendra pas...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie Michel Audiard
24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 16:46

Au commencement, Les Bonnes manières... Oui, car c'est non seulement le titre, mais aussi le sujet de ce film de trois bobines, construit autour d'une causerie menée par Hubert Deschamps: le rappel des dites manières, en toutes circonstances... Au théâtre, lors du décès d'un proche qui va potentiellement nous permettre d'hériter, à table, en pleine rue... La conférence est illustrée grâce à des acteurs, parmi lesquels on reconnaît Rosy Varte, mais aussi Yves Robert, bien sûr.

C'est dans la continuité de l'oeuvre théâtrale, souvent basée sur des variations sur un thème (rappelons que Robert s'est rendu incontournable en adaptant les Exercices de Style de Raymond Queneau). Mais c'est du cinéma, qui profite allègrement grâce au bon goût de son metteur en scène (qui avait gardé un lien évident avec le cinéma muet) de l'invention visuelle, en plus d'être aussi parfois drôle par des situations plus écrites. On retrouvera cette veine dans le plus risqué (puisque plus long) Les hommes ne pensent qu'à ça, sorti en 1954...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Yves Robert Comédie
24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 13:21

Des prisonniers s'évadent... dans une prison où les lois de la motricité sont régulièrement inversées: bref, les gens marchent à l'envers...

Pour commencer, Bitzer est surtout connu comme l'impeccable chef-opérateur de D.W. Griffith entre 1908 et 1929, et à ce titre a mis la main sur un nombre conséquent de chefs d'oeuvre et autres films primordiaux du cinéma. On va le dire tout de suite, oui, il a aussi participé aussi bien à Intolerance qu'à The Birth of a nation... Mais avant l'arrivée de Griffith à la Biograph, Bitzer avait aussi, un temps, été réalisateur... 

Ce film assez amusant est en réalité basé sur un truquage; le décor est unique, un couloir de prison: à droite, les cellules, au fond un escalier. Les gardiens et les prisonniers avancent ou reculent en fonction de leur destination, en avant ou en arrière. Les coutures ne se voient pas, et c'est totalement absurde...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Billy Bitzer Muet Comédie
24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 13:15

Nul ne sait qui est le metteur en scène de cette très courte comédie, même si le nom de J. Stuart Blackton a circulé. ce serait assez logique, puisqu'il était le principal metteur en scène à la Vitagraph. C'est essentiellement une comédie des premiers temps, qui repose autant sur le grotesque que sur un truc:

Un mendiant manchot se voit offrir une prothèse expérimentale de bras. Mais la chose n'en fait qu'à sa tête, étant facétieuse, et plus encore kleptomane... 

C'est amusant, même si le film qui à un moment montre le "héros" aux prises avec un usurier se vautre dans les stéréotypes antisémites en montrant le dit commerçant... Le cinéma ne s'est pas construit que sur du velours.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Vitagraph