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4 juillet 2022 1 04 /07 /juillet /2022 15:53

Un dimanche... Joe (Robert Walker), un soldat en transit termine une permission à Ne York, d'où il doit s'embarquer deux jours plus tard pour une direction inconnue, probablement l'Angleterre... Il est coincé à la gare, dans la grande ville qu'il ne connaît pas et qui le dépasse. A la faveur d'un incident (il a causé la perte du talon d'une de ses chaussures) il rencontre Alice (Judy Garland), une jeune femme: il l'aide à réparer la chaussure, puis la suit dans un bus, puis ils se rendent dans un parc. De fil en aiguille, il se plaisent et se donnent rendez-vous sous une horloge, pour la soirée...Une soirée qui se prolongera le lendemain.

On pense un peu à Lonesome, de Paul Fejos, qui faisait se rencontrer deux personnes solitaires à Coney Island, alors qu'ils auraient du se rencontrer depuis longtemps et sont clairement faits l'un pour l'autre. Mais ici, le contexte est bien différent, puisque c'est la guerre, et si on croise souvent des gens en uniforme dans le New York du film, on sait que ces soldats, marins et autres, sont tous en sursis. Certains, c'est souligné à plus d'une reprise, vont se marier un peu à la hâte, et ce sera  un coup de tête de deux jeunes gens qui n'ont trouvé que cette solution pour assumer leur attirance, mais se reverront-ils? C'est la grande question qui turlupine Joe et Alice, et à laquelle le film va répondre: s'aiment-ils, et doivent-ils se marier sur le champ, ou s'agit-il d'une envie passagère l'un de l'autre, et dans ce cas ne faudrait-il pas mieux passer son tour? On y pose donc la question de la définition d'un amour face au coup de foudre... Ce qu'une comédie, après tout, est souvent l'occasion de résoudre.

Minnelli, qui s'aventure pour la première fois complètement hors de la comédie musicale, a choisi de coller au plus près de ses protagonistes et de leur escapade de 48 heures. Les deux héros sont donc lâchés dans New York, un dimanche, et vont accumuler les expériences dans des endroits variés, en laissant de plus en plus libre cours à une complicité particulièrement évidente. C'est d'autant plus remarquable qu'ils sont à la fois totalement dissemblables (la femme qui travaille, venue de la cambrousse, certes, mais elle connaît fort bien la grande ville, et le soldat qui vient pour la première fois dans la métropole, et qui ne peut s'empêcher de regarder les gratte-ciels comme un gosse découvrant le pays des merveilles) et rigoureusement complémentaires... Les deux amoureux vont se découvrir à travers une épopée urbaine faite de petits riens: une visite au musée, où Joe par son enthousiasme à narrer une anecdote fait peur aux enfants, puis une conversation juchée sur le socle d'une statue (à chaque fois qu'un gardien s'approche, mine de rien, ils se mettent dans une position plus décente), une virée dans le camion d'un laitier (James Gleason), dont un pneu va éclater: en l'accompagnant pour téléphoner dans un coffee-shop, les trois auront un semblant d'altercation avec un poivrot...

Les lieux sont tous terriblement banals: musée, parc, restaurant, café, jusqu'au laboratoire où les deux amoureux doivent aller effectuer un test sanguin de fortune. Le mariage qui les unira le sera encore plus; et les autres protagonistes se diviseront en gens très affairés, qui sont autant d'obstacles, et des braves gens complices, qui ont repéré avant eux l'amour qui les guette... Et les circonstances (transports en commun, et temps qui passe) seront autant de bâtons dans les roues de Joe et Alice. Mais leur histoire d'amour, rendue sublime par sa banalité et sa simplicité même, prend une résonnance d'autant plus forte que les deux acteurs sont géniaux, de bout en bout. Judy Garland, petit bout de bonne femme d'abord irritée, puis amusée, sera charmée avant longtemps par sa rencontre avec le soldat. Et Robert Walker, stupéfiant de naturel, incarne la fragilité d'un homme qui vient de rencontrer ce qu'il n'attendait absolument pas: l'âme soeur...

C'est donc une merveille, qui anticipe sur les sommets non dansés et non chantés d'un très grand cinéaste, évidemment, et qui a bénéficié de toutes les attentions: Arthur Freed à la production, une photographie superlative de George Folsey (même les transparences réussissent à se faire oublier, et pourtant il y en a!). Et Minnelli, qui sait qu'il est en train de réaliser un film important pour lui, profite de l'occasion pour montrer de quoi il est capable: une ouverture et une conclusion calquée l'une sur l'autre, par un grand mouvement de caméra vers les gens qui s'affairent dans la gare pour commencer, et le mouvement s'inverse pour finir le film, ou encore un plan-séquence parmi d'autres, lorsque les trois "laitiers" se rendent au coffee-shop, où un homme saoul se lâche complètement dans une insupportable logorrhée (C'est Keenan Wynn)... C'est un mélo, c'est une comédie... Disons que c'est une mélodramédie et restons-en là, ça ne lui enlèvera de toute façon rien du tout: c'est un film formidable, c'est tout ce qui compte!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Vincente Minnelli
3 juillet 2022 7 03 /07 /juillet /2022 11:47

Chicago, à la fin des années 60: Bill O'Neal (Lakeith Stanfield), un voyou qui vient de se faire pincer à voler des voitures (18 mois) en se faisant passer pour un agent du FBI (5 ans) est poussé par l'agent fédéral Roy Mitchell (Jesse Plemons) à accepter un boulot d'infiltration des Black Panthers, le parti afro-américain qui monte, et qui inquiète énormément J. Edgar Hoover (Martin Sheen): en particulier, O'Neal devra surveiller les agissements de Fred Hampton (Daniel Kaluuya), un leader charismatique qui inquiète les autorités par son pouvoir à galvaniser les foules, et fédérer les ennemis; en effet, l'un de ses exploits sera de réussir à unir les Panthers avec un groupe noir radical de Chicago, les Crowns, mais aussi de se rapprocher des groupes Puerto-Ricains et même des Young Patriots, un groupe de protestataires essentiellement composés de blancs (et regroupés derrière un drapeau Sudiste!)...

Comme toujours avec ce genre de film, l'écueil serait de se contenter de proposer une leçon d'histoire, car bien sûr cette intrigue est, essentiellement au moins, authentique. Fred Hampton, assassiné en 1969 à l'âge de 21 ans, était effectivement un impressionnant leader, et le coup de génie a été de le saisir, ici, non seulement dans la fougue de sa jeunesse, mais aussi dans ses contradictions, affirmant la nécessité d'une révolution brutale un jour, et pointant du doigt l'importance d'un travail social de fond, qui restait la principale activité du parti des Black Panthers jusqu'à sa disparition. On aura pourtant, essentiellement un seul point de vue, celui du "judas" du titre, à savoir Bill O'Neal, dont le destin particulier nous sera aussi rappelé à la fin.

L'intrigue est linéaire, d'une grande clarté, et repose sur un groupe d'acteurs fantastiques, dont bien sûr Jesse Plemons en éternel vague doublure de Matt Damon, qui prête sa bonhomie apparente à la roublardise d'un personnage de témoin qui est d'une grande richesse. Lakeith Stanfield, le Candide qui se prend au jeu de la radicalité politique qu'il est supposé miner de l'intérieur, délivre une belle performance, mais celui qui reste le plus fascinant, c'est bien sûr Daniel Kaluuya, qui prête une immense force, et une ferveur impressionnante à un leader plus que convaincant. Il nous rappelle ainsi qu'il a interprété un autre orateur génial dans un épisode de Black Mirror. 

La mise en scène, largement inspirée du cinéma des années 70 (je sais, c'est un cliché, mais au moins ça fait plus qu'efficacement le travail!), va droit au but, sans se disperser: on est, de toute façon, plus au coeur de l'action, dans une situation rendue de nouveau pertinente par le mouvement Black Lives Matter, que devant une leçon d'histoire. Même si...

 

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Published by François Massarelli - dans Black lives matter
3 juillet 2022 7 03 /07 /juillet /2022 11:31

Ce film retrace la vie de Sidonie-Gabrielle Colette dite Colette (Keira Knightley), depuis ses fiançailles avec le journaliste-écrivain Henry Gauthier-Vilars dit Willy, jusqu'à son indépendance financière suite à son divorce: depuis la fin du XIXe siècle jusqu'aux années 10, à peu près...

C'est un film tourné avec une équipe clairement Britannique, par un réalisateur et documentariste Américain, sur un sujet français. Si le film choisit un cheminement très académique en nous montrant des acteurs anglo-saxons incarner des français avec un accent impeccablement britannique, au moins aurons-nous le plaisir d'éviter que tout ce beau monde n'affecte un parler avec accent français, ce serait atroce! Donc on navigue en plein académisme de bonne tenue et le propos s'adresse essentiellement à des personnes qui ne connaissent pas Colette, ni son histoire, et qui une fois vu le film, n'iront sans doute pas chercher à en savoir plus!

Donc le parcours de la dame est raconté avec un didactisme de bon aloi, dans une narration plaisante et soignée, et nous suivons ainsi la découverte par Colette du fait que son mari est en fait un escroc, un nom établi qui n'écrit jamais une ligne de la prose qu'il publie; nous suivons la ferveur de celle qui découvre un goût pour l'écriture, puis sa frustration quand le succès sans précédent du "roman de Willy" (Claudine à l'école) la prive encore plus de sa "maternité" sur l'oeuvre. Nous assistons à la découverte par Colette de sa bisexualité, mais aussi aux scandales théâtraux dont elle devient coutumière, et enfin à une tardive mais cruciale reconnaissance de son statut d'auteur à part entière. Une leçon, certes, mais qui ne manque ni d'intérêt ni d'attraits.

 

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Published by François Massarelli
2 juillet 2022 6 02 /07 /juillet /2022 00:08

 

Une fois l’affaire Greed consommée, Stroheim qui avait commis ce film invendable restait sur les bras de la MGM. On peut imaginer plusieurs raisons pour lui confier un nouveau film comme celui qui lui fut attribué. La première raison, c’était peut-être de l’amadouer, de lui faire comprendre qu’il n’était pas indigne de la famille Metro-Goldwyn-Mayer, et qu’on l’estimait toujours, la preuve, on lui demandait de faire un gros film. Il n’avait à ce stade qu’un seul véritable échec commercial à son actif, et les dirigeants estimaient que le matériau, avec ses gros sabots Austro-Hongrois, lui convenait à merveille. Une deuxième raison réside dans le fait que les gens de la firme, qui prétendront apprendre à Buster Keaton comment on fait une comédie (En 1928) se sont efforcés de choisir pour Stroheim le véhicule qui leur semblait le plus proche de son cinéma, tout en recherchant une type de film qui ne fâche pas trop les familles: un ersatz, donc. La troisième, c’est que Mae Murray, grande vedette bientôt lessivée de la MGM, s’était entichée de l’opérette et voulait la faire par tous les moyens, et Thalberg imaginait qu’avec Stroheim face à elle, le réalisateur tempèrerait de son autorité les caprices de la star, et que l’actrice remettrait le démiurge en place. Mauvais calcul, doublement… mais passons.


Si c’était un geste de bonne volonté de la firme, cela ne serait pas pris comme tel par le metteur en scène, mais celui-ci allait s’acquitter malgré tout de la tache, dans un tournage émaillé de problèmes en tous genres, en particulier entre les deux principaux protagonistes déjà cités, mais aussi entre Stroheim et l’autre star, John Gilbert, ou encore entre Stroheim et Thalberg. Celui-ci a en effet licencié Stroheim une deuxième fois (rappelons que la première fois, c'était à la Universal), pour le remplacer par Monta Bell qui ne put tourner un mètre de pellicule suite à une grève des techniciens, et de John Gilbert en soutien à leur réalisateur...

 

Pour cette fois-ci, c’est Stroheim qui a fini le film, puis il a quitté la MGM, désormais cinéaste maudit pour l’éternité, avec un nouveau énorme succès à son actif… Bref, la routine.


Notre héros n’aimait pas ce film, qui lui avait été imposé. Je pense que si on lui avait imposé de faire le film de son choix, d'en écrire le scénario, de faire un remake de Greed avec le final cut spécifié sur son contrat, la tête de Thalberg en prime, il n’aurait pas aimé: Stroheim devait vouloir faire quelque chose à 100% pour le respecter: son art était à ce prix. De plus, on lui imposait de tourner avec des vedettes, et même une star. Il ne l’avait jamais fait et ne souhaitait pas le faire, c’était donc pour lui une nouvelle compromission inacceptable… Les historiens sont généralement critiques sur ce film, Sadoul en tête: s’il reconnaît que le film est meilleur que l’opérette, il l’accuse d’avoir été bâclé. Denis Marion le considère comme « le moins bon » des films de Stroheim. Qu’en est-il ?

Le scénario de l’adaptation par Stroheim a tout fait pour désopérettiser l’œuvre, en lui donnant de la substance mélodramatique. Du reste, souhaitant au départ interpréter le Prince Danilo de Monteblanco, Stroheim devait en faire moins un sympathique fripon qu’un Steuben ou un Karamzin auquel on offre une sorte de rédemption, mais Thalberg en décidera autrement : sachant qu’il lui serait difficile de licencier le metteur en scène et la star, dans un tournage qui s’annonçait orageux, il a imposé à Stroheim d’utiliser John Gilbert, le jeune premier qui n’en finit pas de monter, ce qui obligera l’auteur à réécrire le rôle, le scindant en deux: Danilo (Gilbert) est le sympathique neveu du roi, coureur mais foncièrement gentil, alors que Mirko (Roy D’Arcy) est l’ignoble prince héritier, coucheur, hypocrite, sadique et portant monocle. Mae Murray joue Sally O’Hara, la jeune danseuse devenue à son arrivée à Monteblanco la femme convoitée par les deux princes et le baron Sadoja (Tully Marshall), un vieil infirme libidineux, fétichiste du pied, dont les millions sont le principal soutien de la couronne. C’est à ce dernier que Sally O’Hara se marie lorsque une machination de la famille Royale empêche Danilo de convoler en justes noces avec elle, et la nuit de noce tourne au drame, lorsque Sadoja s’écroule, tué sur le coup par un arrêt du cœur au vu des petits petons fripons de sa jeune épousée. devenue la « veuve joyeuse », elle est l’objet de toutes les attentions, et quelqu’un doit l’épouser afin que les millions ne s’envolent pas pour l’étranger. La partie tourne à l’affrontement entre Mirko et Danilo…

Servi par les moyens de la MGM, Stroheim donne à son film une allure et un style particulièrement luxueux, et son sens du détail fait ici merveille, notamment dans les scènes d’ouverture, qui sont d’autant plus intéressantes qu’elles y ont été maintenues en intégralité: Stroheim savait exposer un film, et son art classique en ce sens est profondément délectable ici: les premières images nous montrent une sortie de messe à Monteblanco, le couple royal d’abord (George Fawcett et Josephine Crowell, absolument pas glamour !), puis le Baron sur ses béquilles. Ensuite, il nous emmène voir l’arrivée de l’armée, en manœuvres, dans une auberge typique en pleine montagne, où la voiture de Mirko s’arrête, puis Mirko en descend, pestant contre l’auberge qu’il déteste au premier coup d’œil, et s’insurgeant de voir des cochons s’ébrouer dans la fange. Il manque de marcher dans une flaque de boue, l’évite avec force manières, puis on passe à l’arrivée de Danilo, dans sa voiture en plein examen de cartes postales cochonnes, qui s’arrête, rit en voyant et l’auberge et les cochons, puis marche sans que cela le dérange vraiment dans la boue, en devisant gaiement avec ses lieutenants… La boue resservira, lorsque vers la fin lors d’un enterrement Mirko évite de marcher dans une flaque, mais un accident l’y précipitera malgré tout. Les "petits cailloux" chers au réalisateurs (des balises de sens disséminées dans l'histoire et qui en rafermissent la continuité), laissés sur place malgré la prise en main du montage final par la MGM, offrent une (petite) revanche à Stroheim, qui est ici, qu’il l’ait admis ou non, dans son élément. D'ailleurs, le résultat n’est pas du tout un film familial, dans lequel on couche, on ment, boit, trahit, brutalise et flingue sans vergogne; on y jure presque, lorsque le roi dit à Danilo: "Si tu crois que l'on se marie avec toutes les filles que l'on...". Ca n’a pas non plus grand-chose à voir avec Lubitsch, mais c’est un film souvent défoulant par son décalage et ses excès, tout comme pour sa mise en scène qui donne à voir de nouvelles tendances en matière de perversion : lorsque Danilo tente de séduire Sally dans une chambre privée, seul (Si ce n’est cet étrange couple de musiciens nus et aveuglés par des foulards qui restent sur le lit durant les (d)ébats), Mirko se trouve dans la même maison, avec une foule de gens qui s’adonnent à une superbe orgie stroheimienne: on y déverse du Champagne sur des dames, on y lance des oreillers crevés, on y tape sur des infirmes, etc… Le baron Sadoja, (Marshall est un nouveau venu qui n’a pas dit son dernier mot, on le reverra dans Queen Kelly) permet le recours au fétichisme, qui apparaît dans la scène du théâtre: chacun avec des jumelles, dans la même loge, Mirko regarde les seins de Sally, Danilo son visage et Sadoja ses pieds. Une scène vaudra à Stroheim la colère de Thalberg: voyant des pieds (Feet, mais on dit aussi footage) de pellicule imprimés avec des dizaines de pires de chaussures différentes, Thalberg demande une explication à Stroheim. Celui-ci lui explique que cette collection appartient au baron, qui a un "foot fetish". Mais Thalberg lui aurait rétorqué : « You have a footage fetish! » ; une anecdote qui montre bien la méfiance de Thalberg, qui surveillait le tournage de très près, mais aussi les rapports de défiance entre les deux hommes. La scène incriminée a disparu du montage final.


Le film, visuellement, est caractéristique de Stroheim: la création de Monteblanco en fait un pays purement imaginaire, mais dont les détails (Alphabet cyrillique, uniformes, etc…) en font un pays plausible même si il est caricatural. De plus, le réalisateur a pour la deuxième fois, après Greed, eu recours au Technicolor (La scène finale) mais les copies en circulation n’en disposent hélas pas. Encore une des obsessions de Stroheim, la couleur était toujours pour lui l’occasion de souligner l’exceptionnel, pas un motif réaliste: dans Greed, le seul moment en couleur naturelles était quasiment l’unique moment de félicité du film, et la couleur était utilisée (dans les montages de Stroheim, en tout cas) pour mettre les objets jaunes et dorés en valeur. On retrouve le Technicolor avec The Wedding march, dont les scènes en couleur ont été préservées. Ici, la scène du mariage a été rehaussée par ce moyen, mais les négatifs couleurs ont sans doute été décomposés…

Une version "fausse", la fin du film colorisée à la façon du technicolor deux bandes, circule sur internet. C'est très beau, mais c'est un faux... Voir la photo tout en bas de cet article.

Ni franchement génial, ni mauvais, parfaitement distrayant, il faut voir ce film, étrange rencontre d’un studio tout-puissant, d’un producteur souhaitant tout contrôler, et d’un réalisateur démiurge. Il faut supporter l’insupportable Mae Murray, il faut une grande dose de second degré pour apprécier Roy D’Arcy, mais John Gilbert est plaisant et Stroheim ne s’y est pas trompé, lui qui après avoir essayé d’asseoir son autorité sur le jeune acteur par des vexations et des humiliations diverses, s’est retrouvé sommé de s’expliquer par un Gilbert pas décontenancé. les deux hommes sont devenus amis, et quoi d’étonnant, quand on sait leur parcours à la MGM et la façon dont leur trajectoire s’est brisée?

 

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Published by François Massarelli - dans Erich Von Stroheim Muet 1925 *
1 juillet 2022 5 01 /07 /juillet /2022 16:41

Harper Marlowe (Jessie Buckley) vient de subir deux expériences traumatisantes: une rupture compliquée avec James, son mari, qui a très mal pris la chose, puis sa défenestration alors qu'il lui faisait un chantage au suicide... Pour se reconstruire, elle a réservé deux semaines dans un manoir éloigné de Londres, en pleine campagne. Un endroit où rien ne peut lui arriver... Sauf que très rapidement, elle va être confrontée à un déferlement d'ennuis, de danger et de rappels de sa situation: d'abord, lors d'une promenade, elle rencontre un homme nu... Puis elle se rend compte qu'il est dans la propriété, et qu'il l'espionne, toujours totalement nu, depuis la terrasse. Elle fait appel à la police, mais le vagabond sera relâché. Puis un pasteur avec lequel elle discute lui fait comprendre que son traumatisme est entièrement de sa faute, et qu'elle est responsable de la mort de son mari violent ("vous savez, les hommes, des fois, frappent les femmes, c'est dans l'ordre des choses"). Enfin, après avoir tenté une sortie au pub, elle constate que l'ensemble des hommes du conté en a après elle, et la situation prend une tournure surnaturelle...

Alex Garland, dès ses deux premiers longs métrages (Ex Machina et Annihilation) refusait déjà la facilité, et construisait sa narration de façon linéaire, en infusant les parcours de flash-backs pertinents (Annihilation) ou pas (Ex Machina). Il prenait le soin d'installer une certaine lenteur, poussant le spectateur à se tenir prêt. Il n'aime pas, c'est manifeste, les effets faciles de jump-scare (tout faire pour vous faire sursauter), mais va plutôt vers, d'une part, l'installation d'une atmosphère angoissante dans toute sa logique, fut-elle tortueuse (et ici, elle l'est), et bien sûr des scènes dans lesquelles il pousse la dite logique dans ses derniers retranchements, y compris si c'est visuellement très dur. Ainsi une scène qui voit Harper planter un couteau de cuisine dans un bras qui s'est introduit par une fente dans la porte (destinée au courrier): cette main ensuite se retire, entraînant le tranchage du bras dans le sens de la longueur, jusqu'aux doigts. 

Et là, forcément, on sent bien qu'il y a une forte thématique sexuelle, même si la sexualité en tant que telle fait tout pour être absente de l'intrigue: Harper a d'autres chats à fouetter, fatalement, mais pas les multiples stalkers et assimilés: disons-le tout de suite, ils sont certes plusieurs, mais ils ne font qu'un puisque le choix de Garland a été de confier tous les rôles d'homme à un seul acteur, souvent méconnaissable: Rory Kinnear. Une similarité malgré tout entre les visages subsiste, qui sert le propos. Le seul autre homme aperçu est donc Paapa Assiedu qui joue le rôle de James. Donc dans le film, non seulement il est question de l'introduction d'un bras dans une fente, mais il y a aussi un tunnel, dans lequel s'engage Harper juste avant que les ennuis ne commencent... 

Et ce film d'horreur, situé en pleine campagne du Sud de l'Angleterre (c'est d'ailleurs très beau), se pare très vite des habits du folk tale, faisant aussi bien penser à The Wicker man, qu'à Midsommar d'Ari Aster. On pourrait même fredonner à l'occasion les chansons Green man, d'XTC, ou Folklore, de Big Big Train, ce serait totalement dans le ton d'une sorte de revanche venue du fonds des âges, d'une masculinité glorifiée par la nature: une sorte de crise durant laquelle, face à un jury constitué uniquement d'hommes, et pas des plus fins, Harper doit de toute façon payer pour son crime vis-à-vis de la communauté: car d'une part rompre est ici une offense faite à l'homme, et en offenser un, c'est tous les offenser... Je ne sais pas si ce film est un film d'horreur, après tout, ou une sorte de voyage psychologique au pays d'un deuil impossible à faire. En tout cas c'est manifestement féministe, glorieusement, et pas sans humour! 

 

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Published by François Massarelli - dans Alex Garland Mettons-nous tous tout nus
30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 19:07

Un policier qui vit éloigné de son épouse doit s'occuper d'une affaire de meurtre impliquant l'épouse de la victime, une immigrée Chinoise qui le fascine... Et c'est réciproque. Quand d'épouse elle devient suspecte, l'affaire prend un tour de plus en plus obsédant...

Si on apprécie que Park Chan-wook, qui nous a subjugués avec une histoire profondément imbibée de sexualité et de sensualité (Mademoiselle) tente cette fois de prendre en tout le contrepied de son plus grand succès international, et si il est plus qu'appréciable qu'il ait fait appel à Tang Wei, qui interprétait le rôle principal d'une autre histoire d'amour tortueuse (et nettement plus sensuelle, c'est le moins qu'on puisse dire), Lust, caution de Ang Lee, ce film noir à la Coréenne a eu beau remporter la palme de la mise en scène, il reste un intrigant cas de film-puzzle, dont la mise en scène prend toute la place, mais à quel prix?

Il y a une sorte de fantôme de Vertigo dans le film, qui court malgré tout en permanence après son modèle prestigieux. Mais à chaque fois que la mise en scène se met en quatre pour appuyer les coups de théâtre supposés, il s'avère qu'ils n'en sont pas vraiment... C'est quand même assez redondant, toujours incompréhensible, et on sent bien que l'intérêt est ailleurs: car ce qui obsède le policier de ce film, contrairement à ceux du film de Bong Joon-ho Memories of murder, c'est la femme qu'il sait ne pas avoir le droit d'aimer, ce n'est pas l'affaire qu'on lui a confiée... 

Et c'est vrai que Park a tout fait justement pour qu'on s'abandonne dans cette histoire d'amour condamnée à rester hypothétique, mais... C'est un comble, l'affaire (voire les affaires, car on ne chôme pas à Busan dans la police) viennent se mettre en travers de l'intrigue amoureuse...  Qui reste, et c'est ans doute ce qui sauve le film (et lui a valu dans notre période pas trop bégueule, un prix à Cannes), profondément esthétique.

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Published by François Massarelli - dans Park Chan-Wook Noir
29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 12:01

On assiste, éberlué, à un déluge de mauvais goût, probablement assumé: deux gangsters minables dissertent sur le fait que les médicaments que l'un à piqués à sa vieille mère, sont en fait des comprimés de laxatif... Puis les deux vont tenter de commettre un cambriolage, mais hélas pour eux la place est déjà prise, par Albert, le prince des monte-en-l'air...

C'est sans doute le seul film de Philippe de Chauveron que je verrai de ma vie: je ne pense pas que ce gars puisse un jour rivaliser avec Orson Welles. Ici, il tente, avec moult gros mots (putain, putain, putain, putain, et putain) et de l'humour décalé façon les Nuls (prout) de donner vie à une situation qui est pourtant assez bien résumée par son titre. Les acteurs sont mauvais, mais on arrachera forcément un rire (parfois gras) à un public pourvu qu'il soit indulgent.

Très indulgent.

Très très très, mais alors très, indulgent.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 11:51

Le film n'est pas autre chose que ce que son titre suggère: dans un petit village du côté d'Auxerre, nous assistons à la vie de tous les jours, depuis le point de vue d'un propriétaire de manège (le lieu où on fait de l'équitation, pas celui où on attrape la queue de Mickey) qui vit seul avec sa soeur, sur la mort lamentable du voisin, un couvreur qui a glissé; sur le destin de sa veuve, que le héros aimerait tant séduire; sur le mystérieux inconnu qui apporte de mystérieuses sommes d'argent à cette dernière; et sur les progrès peu glorieux de sa petite soeur pour faire du cheval... Enfin, il sera témoin d'un cambriolage qui coûtera une main au chirurgien local.

On passera sur le fait que le héros porte un peu trop son oeil à la longue-vue avec laquelle il espionne ses voisins. Ce film étrangement naturaliste et paradoxalement vide d'action, dans lequel tout se casse, tombe, ou arrive à la fin de son cycle (le chirurgien ne pourra par exemple plus jamais exercer) ressemble à un spot géant à la gloire des assureurs: c'est d'ailleurs bien possible que ce soit sa raison d'être...

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Published by François Massarelli - dans Jean-Paul Rappeneau
29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 11:42

Pour commencer, ce film très court (trois minutes, deux personnages, une cabine de train) est-il une comédie? Si oui, elle est un peu embarrassante, ou en tout cas d'une grande tristesse...

Un homme (Richard Berry) entre dans le compartiment d'une dame seule (Astrid Veillon) et lui tient un discours enflammé, dans lequel il professe un coup de foudre, et le fait qu'il n'a plus le moindre intérêt pour sa propre épouse, avant de constater que le train part: sous les yeux médusés de la femme en face de lui, il part se mettre en quête d'un contrôleur pour lui acheter un billet. La femme, manifestement secouée, prend son téléphone et appelle quelqu'un, nous révélant qu'elle connaît en réalité cet inconnu qui vient de sortir, et qui reviendra...

C'est extrêmement tributaire du talent des acteurs, et en particulier de Richard Berry. Celui-ci a la lourde tâche de faire entrer Alzheimer dans la comédie à la française, le résultat est à la hauteur des attentes: si on n'aime pas le cinéma "qualité France", on détestera. Sinon, non.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 14:59

Le professeur Jérôme Nordmann (Jean Marais), biologiste éminent mais un peu lessivé, travaille sur les à-côtés de la congélation pour conservation de la vie. Il invente un procédé qui pétrifie les êtres en les gardant vivants, mais qui a l'amusante particularité de diminuer la taille par dix. Cette découverte est effectuée par Monette (Agnès Laurent), l'assistante qui en pince pour lui, mais ce n'est pas du goût de la fiancée de Jérôme (Geneviève Page)...Pour dissimuler leur relation de plus en plus intime, et mener l'expérience à son terme, Monette décide de tester le produit sur elle-même...

C'est une quantité d'eau salée, proportionnellement apte à envelopper le sujet selon sa taille, qui permet la dé-pétrification: par exemple, pour une fourmi, une larme suffit... mais pour une femme normalement constituée? Heureusement, le film a été tourné à Marseille, ce qui permet une scène où Jean Marais court vers une crique dans les calanques puis se jette à l'eu, en maillot de bain, une figurine à la main... qui une fois jetée à l'eau se transforme évidemment en Agnès Laurent, nue! Je ne sais pas dans quelle mesure cette scène a joué pour convaincre les producteurs, mais passons: ce petit machin modeste et bizarre est donc d'une certaine rareté, qu'on en juge: une comédie fantastique Française réalisée par un cinéaste débutant...

Débutant, mais pas sans carnet d'adresses, car d'une part Jean Marais (mais pourquoi, grands dieux???), c'est à l'époque un déjà monstre sacré du cinéma populaire... Et d'autre part, les copains se sont donné le mot pour apparaître dans le film: outre la scénariste France Roche qui joue la grande copine de Geneviève Page, on trouvera donc non seulement les metteurs en scène Léo Joannon, Alexandre Astruc pour des petites apparitions, et Jean-Pierre Melville pour un rôle plus substantiel, sans parler de Boris Vian soi-même!

Donc on a tous les ingrédients pour une comédie gentiment farfelue, en fait. Et à l'arrivée, c'est gentil. C'est tellement gentil que ça n'a pas du coûter bien cher! C'est une comédie, sans aucun doute. Mais ce n'est pas très farfelu, même si on a l'impression que tout est fait pour... La faute, sans doute, au fait que ce film est essentiellement consacré à la lutte de deux esprits libres (Marais et Laurent) contre les convenances, alors qu'en fait ils sont eux-mêmes pétris de tradition! Comme souvent en France, aucun effort particulier n'est fait pour consolider l'aspect fantastique et on passera sur l'impression insistante selon laquelle un scientifique, ce n'est qu'une personne qui cherche ce qu'il pourrait bien chercher, mais en blouse blanche...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie