Jesse (Elle Fanning) vient d'arriver à Los Angeles, et elle compte bien percer dans le mannequinat. Elle fait quelques photos, et une agence la prend en charge. Tout le monde est fasciné par elle, par sa beauté, mais l'effet qu'elle produit fait aussi des jaloux, et surtout des jalouses... Quelles sont les intentions de Ruby (Jena Malone), la maquilleuse, qui semble veiller sur elle, et surtout de ses deux copines mannequins?
Un peu conte de fées, tendance cruelle, un peu film d'horreur, un peu rêve surréaliste, le film de NWR (comme il aime signer, voir le générique ici) est un étrange objet, à la mise en scène sur-étudiée, jusqu'au moindre détail, et les ambiances semblent toutes travaillées pour faire de chaque plan une oeuvre picturale à part entière, avec des missions souvent multiples: raconter, mais aussi choquer ou surprendre. Le réalisateur utilise vraiment la beauté et la jeunesse évidente (elle était mineure lors du tournage) de Elle Fanning pour provoquer le spectateur...
Mais voilà: dans cette atmosphère parfois repoussante (musique synthétique, plus couleurs froides, esthétique de pub, néons envahissants), ça sent parfois le giallo à plein nez, et il faut aimer. Moi, pas. Je termine donc en affirmant haut et fort qu'il faut, aussi, une solide dose d'humour pour aller jusqu'au bout du film, et bien sûr ne pas être trop effrayé par le cannibalisme, cela va sans dire.
Caroline (Isabelle Carré) était aux Baléares quand elle a appris la nouvelle: sa maman, qui l'avait élevée seule et dont elle était très éloignée, est morte, comme ça, d'un coup. Et il lui a fallu se rendre chez elle, dans la Montagne Noire, dans l'Aude, où elle n'a jamais mis les pieds, pour assister aux obsèques et expédier les affaires: vendre la maison, gérer l'héritage et passer à autre chose. Mais sur place, elle va être confrontée à un certain nombre de contretemps: pour commencer, le corps, une fois qu'elle l'aura vu, aura disparu; ensuite, il y a toute une faune dans et autour de la maison, des amis de la famille, des ouvriers qui s'affairent entre deux plongeons dans la piscine; l'amie de sa mère, Pattie (Karin Viard) est son opposée en tous points et passe son temps à déballer ses histoires de sexe avec une franchise étonnante (alors que Caroline est privée de désir, et abstinente depuis longtemps), un mystérieux visiteur (André Dussolier) va se présenter comme étant «ami de Zaza (la mère) et un écrivain célèbre» vient s'installer dans la maison, et Caroline se découvre une attirance singulière pour le très jeune fils de Pattie... Bref, l'échappée qui devait durer 48 heures, va se prolonger, et le séjour va chambouler l'existence de Caroline...
Le titre se concentre sur Pattie, le personnage de Karin Viard, et d'ailleurs cette dernière et pour beaucoup dans les qualités du film, ce côté provocateur d'une femme qui vit sa vie et sa sexualité en symbiose parfaite avec son environnement, et qui, pardonnez-moi l'expression, appelle constamment un chat une chatte! Ce n'est pas la première fois que les Larrieu se reposent sur la sportivité et l'abattage de l'actrice, et c'est un régal de l'entendre raconter en termes classés X des aventures salaces. Mais de fait elle reste un personnage secondaire, de luxe! Comme Dussolier, qui joue sans doute le premier rôle de potentiel nécrophile de sa distinguée carrière, comme Sergi Lopez qui lui interprète le mari de Caroline, avec lequel elle tente de maintenir le contact téléphonique malgré des moyens techniques défaillants. L'enquête, pour disparition de cadavre et soupçon de nécrophagie, voire nécrophilie (!) va elle aussi passer au second plan.
Car ce ui va compter dans cette étrange comédie, c'est le changement offert par les circonstances. Alors d'emblée, est-ce à cause de la canicule chronique qui endommage mes circuits, est-ce parce que des indices nous y conduisent, quoi qu'il en soit j'ai pensé devant ce film avec un étrange crime sans véritable issue, à The Canterbury Tale de Michael Powell, et cette halte inattendue, ressentie comme un profond bouleversement par des personnages qui n'attendaient pas mieux. Stressée, éloignée de l'essentiel, sans véritable attache (elle vit avec un mari aimant, ils ont deux enfants ensemble et elle n'a pas encore été foutue d'intégrer qu'il est Catalan et non Espagnol, un détail qui revient plusieurs fois dans des conversations qui ressemblent à des dialogues de sourds. Et en venant chez sa défunte mère pour le première fois, Caroline va pour la première fois, semble-t-il, s'ouvrir à la possibilité qu'elle ait un père!
Le film recourt, à sa façon bien sûr, à la mythologie, à travers un certain nombre d'éléments. Si je ne sais que faire de la référence au tarot (le titre du film est partie intégrante de l'intrigue c'est le titre d'un livre que la mère souhaitait écrire en hommage au personnage de bonne vivante qu'était sa voisine et amie: 21, c'est le plus fort atout du tarot, pour ceux qui ne la savent pas), en revanche, on trouvera dans le film un archer à demi-nu, au moins une créature mystérieuse dont nous ne verrons que la silhouette, au bord d'une cascade enchanteresse, un faune (voire un satyre), incarné par Denis Lavant et une diction hilarante, et une nature constamment en fête, qui invite avec autorité Caroline à tout reconsidérer. Le voyage, pour elle, va la ramener vers sa mère en la poussant à adopter son point de vue, et bien sûr c'est Pattie et sa sexualité débridée qui vont montrer le chemin... Et le tout commencera par un sacrifice d'animal, un chevreuil percuté par une voiture: Caroline l'appellera «une biche», mais c'est un mâle; quand je vous dis qu'elle est en pleine confusion! Mais dans cette escapade imposée, Caroline va apprendre à aller vers l'autre, se laisser aller enfin. Et le film va d'ailleurs, dans sa forme même, intégrer cette ouverture, en passant du format 1:33:1, plus resserré, à un écran plus large enfin, une fois qu'elle aura accepté de s'ouvrir...
Ce qui aurait pu être un fourre-tout devient une halte bienvenue, arrosée, drôle et touchante, dans un pays à part, qui n'a pas l'air vrai de prime abord. Mais il l'est.
Deux hommes venus de nulle part (enfin, presque: l'un vient de Kansas City, l'autre du Texas) arrivent au Wyoming par le train: Dempsey Rae (Kirk Douglas) a une longue expérience de cow-boy, pendant que Jeff (William Campbell) ne demande qu'à en acquérir une... Ils se font embaucher par le mystérieux patron du ranch "Triangle" qui vient de s'installer, et qui promet d'être un géant de l'élevage: on parle de milliers de têtes. Pour se protéger, et préserver les chances pour leur bétail de se nourri dans la prairie, les fermiers du coin commencent à se fournir en barbelés, ce qui déplait fortement à Dempsey Rae, attaché à une prairie ouverte à tous... Quand le propriétaire du Triangle arrive enfin, ses employés ont la surprise de découvrir qu'il s'agit d'une femme (Jeanne Crain). Très rapidement, celle-ci est déterminée à s'attacher la loyauté de Dempsey...
Dans les années 20, Vidor voyait grand et brassait les "grands sujets" avec des moyens impressionnants, en particulier pour The Big Parade. Ce film semble bien loin de ce style ramassé en moins de 90 minutes, tourné largement en décors naturels qui ne ressemblent pas tant qu'on le voudrait au Wyoming, situé nettement plus au Nord que les décors habituels du western, généralement trouvé plus près des studios. C'est un film Universal, avec une star particulièrement importante, donc là encore, on s'attendrait à ce que ce soit une oeuvre de commande.
En fait, il n'en est rien: Vidor, sans doute pour la dernière fois, retrouve un souffle et un lyrisme, et brasse de manière virtuose les grands thèmes westerniens: la marche inéluctable du progrès, de la civilisation, incarnée ici par un personnage très ambigu, celui de la patronne un rien carnassière qui se joue de ses employés et n'hésite pas à jouer de sa séduction. Pourtant, elle ne défie pas le bon droit, elle laisse avec plus ou moins de réticences ses employés le faire pour elle! Elle est opposée à l'éternel romantique Dempsey Rae, qui défend une conception plus libertaire de la prairie et de l'élevage, mais n'hésite pas quand il le faut à faire des choix inattendus pour préserver le bon droit: ainsi, malgré son aversion pour les barbelés, il va s'allier aux petits fermiers... Vidor s'attaque au mythe du cow-boy surhumain, à travers une scène qui montre Kirk Douglas se moquer des acrobaties auxquelles se livrent les maniaques de la gâchette. Le film pose aussi une réflexion sur la place des hommes et des femmes dans l'ouest, évalue le droit et la liberté la force et la loyauté, avec une dose de sensualité (Jeanne Crain et sa baignoire!) qui lui appartient, et qu'on a déjà vue à l'oeuvre dans tant de films... Et tout ça en ayant quand même choisi son camp: du côté du droit, certes. Mais du côté, aussi, du paria et de la prostituée (Claire Trevor, tiens donc!).
Et en plaçant tous ces éléments dans un western classique et rempli de scènes définitives, il signe son dernier chef d'oeuvre, pas moins.
Jean-Louis (Laurent Lafitte) a 42 ans, il est marié et avocat. Dans ces trois domaines, il sent qu'il y a quelque chose qui cloche: il ressent un certain désoeuvrement plutôt que le démon de midi (comme en témoigne un début de rencontre tarifée avec une jeune dame au bois de Boulogne, qui s'avère être un homme, ce qu'il n'avait pas vu venir), le mariage s'essouffle, et le métier bat de l'aile. Il ne semble plus vraiment convaincre ses clients. C'est ce moment que son coeur a choisi pour cesser de battre. Non qu'il soit mort, mais son coeur refuse obstinément de battre et de fonctionner, comme le lui confirme son ami Michel (Vincent Macaigne), le vétérinaire...
Conseillé par son épouse Valérie (Karin Viard), il va se confier à Margot (Nicole Garcia), une coach de vie un rien gourou sur les bords, qui voit tout de suite la solution: bien qu'il n'ait pas communiqué avec elle depuis 4 ans, il va lui falloir aller voir sa mère (Hélène Vincent) et... prendre son vagin en photo. Il a trois jours, sinon Margot (qui est redoutablement efficace, comme elle le prouve en devinant toute sa vie rien qu'en regardant un patient) prédit qu'il mourra...
Laurent Lafitte, pensionnaire de la Comédie Française, a rédigé lui-même une adaptation de la pièce de Sébastien Thiéry. Si on excepte le fait que le film repose sur peu de personnages, et qu'il est construit en actes, il a aéré l'intrigue et on ne ressent pas trop cette origine théâtrale... Bien sûr, le sujet est propice aux débordements, mais si Lafitte se permet de provoquer avec aplomb, il reste quand même attaché à une comédie de caractères, avec des duos fabuleux (Lafitte-Viard, Lafitte-Macaigne, Macaigne-Vincent) et des trios hilarants (Lafitte-Macaigne-Vincent, mais aussi Lafitte-Viard-Garcia, dans des scènes allègrement dominées par cette dernière en gourou autoritaire!). Les scènes drôles sont accumulées, et la comédie est tempérée d'une part par le sujet plus grave qu'il n'y paraît, et par la justesse et le talent des acteurs.
Chez Jean-Louis, tout tourne autour de la peur du sexe féminin, symbolisé par l'absurde quête d'une photo d'une octogénaire qui n'avait certes pas demandé à être traitée comme elle va l'être à travers un série hallucinante de stratagèmes tous plus délirants les uns que les autres. Et Lafitte va au fond des choses, y compris dans une scène où pour pousser la mère à se déshabiller, le couple et leur ami accueillent la vieille dame dans le plus simple appareil...
Mais au-delà de cette peur de la féminité, se cache un traumatisme plus profond (qui explique les allusions plus qu'insistantes au fait que Karin Viard, plus âgée que Lafitte, joue plus une mère de substitution qu'une épouse!): la faille de Jean-Louis, c'est en fait sa mère, et une scène de révélations toutes plus horribles les unes que les autres, nous l'expliquera. Bref, on n'a pas vraiment le temps de faire la fine bouche, même si au dernier acte, les provocations prenant la place des gags, le rythme se tasse un peu. Ca reste une belle surprise, pas si éloignée que ça des films d'un Dupontel qui lui aussi a traité du problème de la mère avec Le Vilain...
"Twinkletoes" (Colleen Moore) est une jeune femme pétillante qui a grandi dans le quartier très populaire de Limehouse, avec son père (Tully Marshall) très aimant. Elle danse et est en train de devenir la star du quartier avec son numéro de music-hall. Elle est attirée par l'autre étoile des lieux, le boxeur Chuck (Kenneth Harlan), qui le lui rend bien, mais il est, hélas, marié: avec Cissie (Gladys Brocknell), une créature perfide, alcoolique et de mauvaise vie, certes, mais quand même! Un soir, la jeune femme se fait agresser dans la rue, et Chuck la protège. A partir de là, Cissie va tout faire pour accomplir sa vengeance, et en particulier dénoncer les agissements illégaux du père de sa rivale: tout le monde le sait à Limehouse, c'est un voleur. Enfin, tout le monde, sauf bien sûr sa fille.
Ce n'est pas Ella Cinders, d'Alfred Green, qui a été tourné un peu avant. Donc exit la comédie burlesque et de caractère, sous la haute protection de Harry Langdon qui venait de faire son entrée à la First National... Twinkletoes est un mélodrame assez classique, mais qui a une particularité, celle d'être déguisé en un conte de fées à l'ancienne, dans lequel Charles Brabin utilise à fond les caractéristiques culturelles de Limehouse pour montrer un monde à part, celui d'un quartier qui vit à son propre rythme et replié sur lui-même... En quelque sorte, d'ailleurs, c'est le point de vue de la jeune femme qui lui sert d'héroïne que le film nous expose...
Le script est, comme le film de Griffith Broken Blossoms, inspiré d'une nouvelle de Thomas Burke, qui avait compilé ses histoires dans un recueil intitulé Limehouse Nights. On y retrouve des Londoniens de la classe ouvrière, et une forte communauté Asiatique (donc attention aux stéréotypes) dans un univers fait de débrouille, d'échappatoires divers à la pauvreté, et de distractions populaires: à la boxe, déjà présente dans le film de Griffith, vient s'ajouter cette fois e fait que Colleen Moore va briller sur les planches. L'actrice, qui a 27 ans au moment des faits, mène la danse, littéralement, avec une énergie incroyable, mais elle est quand même adroitement doublée dans de nombreux plans éloignés. Elle permet aussi, par son jeu dynamique, de rapprocher constamment le film du ton de la comédie, un médium dans lequel elle était décidément très à l'aise...
Le film pourtant utilise des ressources propre au mélo, avec en particulier un certain nombre de personnages qui vont mettre des bâtons dans les roues de la romance entre Harlan et Moore: Gladys Brocknell, qui jouera la méchante soeur de Janet Gaynor dans Seventh Heaven, ou encore Warner Oland dans le rôle ultra-stéréotypé de manager véreux, plus attiré par ses danseuses que par la bonne marche de son établissement. Du coup, il devient difficile de prendre le film au sérieux, mais ça marche totalement en sa faveur!
Pas de quoi bouder un plaisir un peu fainéant, donc...
Il y a un problème à Hill House, une vieille et excentrique demeure construite 90 ans avant l'intrigue qui nous occupe, et dont les murs ont été les témoins d'un certain nombre de morts louches, et de destinées contrariées. La maison est inhabitable, et John Markway (Richard Johnson), un professeur d'anthropologie, fasciné par la possibilité de l'occulte, s'y intéresse pour y mener une expérience. Il souhaite sélectionner des profils bien spécifiques de personnes qui pourront y expérimenter la vie très particulière dans la bâtisse, qui a la réputation d'être hantée, mais dans ce cas le fantôme serait la maison elle-même, qui a choisi ses victimes.
Markway avait choisi six personnes, mais il n'en restera que trois, car les autres se sont mystérieusement décommandés: Theodora (Claire Bloom) est dotée d'ESP (perception extra-sensorielle), le playboy Luke Sanderson (Russ Tamblyn), neveu de la propriétaire, vient se rendre compte de l'état de la maison dont il va hériter et souhaite tirer un bon prix, et Eleanor (Julie Harris) est une vieille fille plus ou moins boudée par sa famille qui ne l'héberge que par charité chrétienne. Elle a été traumatisée par douze années au chevet de sa mère malade, et celle-ci est décédée 2 mois avant les faits.. Elle, surtout, va apprécier l'opportunité de sortir enfin de sa routine... Jusqu'à ce que la maison ne se manifeste, dès la première nuit.
C'est un tour de force, un cas unique, dans lequel seule la perception des protagonistes, plus ou moins relayée par celle des spectateurs, peut nous faire conclure à une présence maléfique et fantomatique. Tout passe donc dans les mouvements de caméra, le montage, le placement des acteurs, et le bruitage, jamais par du grand-guignol, on ne verra pas un seul fantôme dans ce film de maison hantée... En lieu et place, une expérience psychologique menée par un professeur enthousiaste, et surtout un jeu du chat et de la souris entre d'un côté Theo (qui aime pourtant beaucoup Eleanor, d'un amour parfois envahissant), Luke et ses sarcasmes d'enfant gâté, et de l'autre Eleanor, qui se rend très vite compte que même si elle y vit des événements effrayants, la maison où elle se trouve est à tout prendre un meilleur endroit que tous ceux où elle a vécu.
Wise mesure ses effets, et s'en tient rigoureusement à un casting limité, pour un effet maximum, dans un glorieux noir et blanc gothique, pour une terreur sordide, qui fonctionne encore très bien. Il s'intéresse à travers cette expérience sur la peur, à des recoins désolés d'une âme humaine, celle d'Eleanor, qui semble ne pas avoir réussi à attirer l'attention de l'humanité. C'est fini: car on s'en souviendra, du passage de la jeune femme à Hill House...
Un bateau explose dans un port Californien; à son bord, des cadavres de toutes nationalités, et selon toute vraisemblance il s'agirait d'un deal de drogue qui aurait particulièrement mal tourné. Sur la piste de Dean Keaton (Gabriel Byrne), un malfaiteur qui a été identifié sur les lieux avant que tout ne brûle, l'agent David Kujan (Chazz Palminteri) a sur les bras une affaire complexe, et un seul témoin viable: Roger "Verbal" Kint (Kevin Spacey), un obscur petit malfrat qui a été mêlé à une série de problèmes, et qui non seulement protège Keaton en le dédouanant dans son témoignage, mais surtout semble ne pas en dire beaucoup. Jusqu'à ce qu'un autre témoin ne se manifeste, un Hongrois qui a survécu à l'incendie, et qui a identifié sur les lieux le bandit le plus redoutable qui soit, le mystérieux Keyzer Söze. Kujan écoute Kint lui raconter une incroyable histoire de manipulation de cinq gangsters dans les griffes d'un homme que d'aucuns s'obstinent à identifier comme le diable...
Un: le film est un film noir, à l'ancienne (et déjà identifié comme tel à l'époque de sa sortie, au sein d'un genre qu'on qualifiait à l'époque de "néo-noir") dans lequel le metteur en scène et le monteur (qui est aussi le compositeur du film) se jouent allègrement de la chronologie et du spectateur. Chaque carte de l'édifice ajoute une nouvelle dimension à une histoire qui devient vite prenante et dont on se rendra vite compte qu'elle tient entièrement sur des témoignages: ceux qu'untel a entend de tel ou telle autre, qui n'est souvent plus là pour confirmer. Ou encore, l' ami agent du FBI (Gianni Esposito), qui parfois vient au téléphone pour expliquer comment la conversation avec plusieurs interprètes évolue, car avec un Hongrois qui ne parle pas Anglais, à plus forte raison grand brûlé sur un lit d'hôpital, ce n'est pas facile de converser...
Deux: tout est, en fait, histoire de point de vue. Entre un policier à qui on ne la fait pas (Palminteri, magistral) et un malfrat minable mais protégé par une relative bonne étoile (il a obtenu une quasi immunité qui sert bien ses intérêts), qui a raison? Celui qui est sur la piste de l'insaisissable Dean Keaton, le policier corrompu devenu malfrat avant de dire à qui veut l'entendre qu'il a décidé de changer, alors que ce ne serait que de la poudre aux yeux? Ou celui qui lui raconte comment, ayant vu Keaton en action puis l'ayant vu se faire tuer par le diable même, Keaton est finalement une victime?
Trois: manipuler, le grand mot est là. Comme le dit Verbal, le plus grand tour de magie que le diable a réussi, c'est de persuader l'humanité qu'il n'existe pas. A travers cette histoire dans laquelle des malfaiteurs, un temps réunis presque comme par hasard dans une identification bidon (et hilarante) se retrouvent manipulés par un maître en la matière, Bryan Singer s'intéresse au mal, celui qu'on n'ose à peine nommer, celui qui vous enlève toute volonté, et dont les ramifications sont telles qu'on ne sortira jamais de son emprise.
Quatre: je ne reviens pas sur Keyser Söze, l'une des plus éblouissantes figures du mal qui soit. Singer a aussi réussi ses flics, et tous ses bandits, en particulier Keaton, mais aussi MacManus le dur cynique (le seul grand rôle de Stephen Baldwin), le petit malin Hockney (Kevin Pollak, totalement hors de son registre), et l'inattendu Benicio del Toro, avec d'incompréhensibles tics de langage, est lui aussi parfait. Le montage de ce film, dont les acteurs se rappellent d'un tournage sans queue ni tête (lors de l'identification, le mauvais esprit et les fous rires ne sont pas ceux des personnages, mais ceux des acteurs qui se moquaient ouvertement du film et de son metteur en scène, et la scène est devenue un classique), est un tour de force. Et même quand on en connaît tous les contours et tous les développements, le plaisir est toujours là: c'est le meilleur film de son auteur, sans problème. Et manifestement, au vu de sa carrière, ça le restera!
Un alien (David Bowie) a quitté sa planète afin de rendre possible l'approvisionnement en eau sur Terre. Sous le nom de Thomas Jerome Newton, aidé par des objets qu'il a apporté avec lui, il devient un géant de l'industrie de la technologie de pointe. Mais confronté à travers la télévision (qui lui permet de communiquer avec sa famille restée sur sa planète, semble-t-il) et le contact avec l'humanité, à des comportements qui l'intriguent, il se laisse corrompre par l'humanité.
Je dois avouer que ce résumé qui précède est mon interprétation, d'un film qui a toujours été intrigant, et vaguement clipesque: une sorte de salade science-fiction prise à l'envers (quoi de moins science-fiction qu'une voiture de luxe qui traverse les plaines de l'ouest au son d'un banjo?) dans laquelle l'esthétique n'en finit pas de devenir ridicule à force de vouloir être différente, et des partis-pris techniques douteux et irritants: notamment, cette étrange idée de tourner une scène qui sera montée en accéléré (léger mais notable) et d'en post-synchroniser les dialogues ensuite. C'est long, lourd et assez vague. Ah, j'oubliais, le rôle de l'alien est tenu par David Bowie.
Nora (Mary Pickford) vit dans les montagnes rocheuses avec son père alcoolique et brutal. Elle doit aller à l'école contre son gré, et a des difficultés à s'intégrer auprès de ses camarades. Par contre elle apprécie le maître (Edwin August), jusqu'à ce qu'il la punisse pour l'absence de travail. Elle tente de rentrer chez elle mais son père la rejette. Elle est prête à accepter une fausse proposition de mariage effectuée par un forain, quand l'instituteur se lance à sa poursuite...
C'est du Griffith pur jus, situé dans le cadre de la simplicité des gens des montagnes, et en natif du Kentucky, Griffith y retourne constamment, fasciné... Mais ici un personnage ne se fond pas dans le moule, celui du professeur qui a vu derrière le côté exubérant, provocant de la jeune femme une âme à sauver. Le metteur en scène coche toutes les cases de ce genre de mélodrame, bien servi par la photographie ensoleillée de Billy Bitzer, et le jeu tout en énergie de Mary Pickford. L'un de ses "camarades" ici est le jeune Bobby Harron...
En 2016, dans les environs de Grenoble, une jeune femme quitte une soirée entre filles pour rentrer chez elle. Elle rentre à pied, parce qu'elle n'habite pas loin... Mais elle n'arrivera jamais chez ses parents: en chemin, elle est agressée par un homme, dont nous ne verrons pas le visage, qui l'asperge d'essence avant de l'enflammer avec un briquet. Une équipe Grenobloise de la Police Judiciaire est chargée de l'enquête. Très vite, celle-ci s'enlise pendant que les policiers qui doivent s'en charger s'impliquent plus avant, allant jusqu'à se mettre en danger.
C'est, à l'origine, un fait divers réel, qui a inspiré un livre sorti en 2020, 18.3, une année à la P.J., de Pauline Guéna. Un carton introductif nous a prévenu: l'affaire qui occupe les policiers, dans le film, ne sera pas résolue... En lieu et place, des possibilités, toutes aussi vraisemblables les unes que les autres, et toutes démenties par des alibis, des preuves, des impossibilités pour les suspects d'avoir été présents lors des faits, le 12 octobre de cette année là... Mais ce qui fait l'essentiel du film, c'est un mélange subtil et généralement chronologique et linéaire de narration de l'enquête dans toutes ses formalités, avec des personnages qui font leur métier à fond, mais aussi de ces petits riens qui font la journée d'un fonctionnaire de police. Des conversations sur des sujets divers, des copinages un peu inattendus, des vannes qu'on se balance en buvant des bières et des histoires de couples qui se défont... Et puis des photocopieuses qui refusent de fonctionner.
Parfois, une lueur d'espoir se manifeste, quand une juge plus pugnace que ses prédécesseurs relance l'enquête, ou quand une écoute révèle la fausseté d'un alibi. Et parfois on semble échouer à un cheveu, parce qu'un policier c'est aussi un être humain, et ceux qui s'occupent de cette enquête en finissent par ressentir une authentique colère.
Car dans le film, il se fait jour une réalité sordide: comme le disent deux personnages, pour l'un (Bouli Lanners) "C'est quoi cette obsession que vous avez, vous autres, de vouloir brûler les femmes?"; pour l'autre (Mouna Soualem) "Les hommes commettent les crimes, et les hommes enquêtent". Dans le film, le Capitaine Yohan Vivès (Bastien Bouillon) va vite se rendre compte qu'à part ses parents, il n'y a semble-t-il pas un seul homme, et peu de femmes, pour faire autre chose que de condamner la pauvre Clara, qui dans le film ne saura même pas pourquoi elle est morte, asphyxiée par la fumée générée par son corps incendié.
Tout en étant plus émotionnel que Zodiac (sans doute un modèle conscient pour Dominink Moll, mais il n'a absolument pas cherché à en imiter les contours), ce film sur l'obsession du crime, à la recherche de la vérité, dresse un constat effarant: le monde tourne mal, et en voici la preuve. D'emblée, un chef d'oeuvre hautement moral, à voir et revoir.