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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 10:11

C'est un film plusieurs fois paradoxal: à la fois un film de prestige et un tournage bâclé, un casting prestigieux et une note en bas de page de la plupart des filmographies de ses protagonistes, un film de John Ford ET un film de Mervyn Le Roy... Avec avantage évident au premier, mais ce n'est pas clair...

Le film conte la vie sans enjeu à bord d'un bateau stationné dans le Pacifique, sous la responsabilité d'un capitaine despotique (James Cagney) et détesté de tous: l'équipage, mais aussi son lieutenant Doug Roberts (Henry Fonda), le médecin du bord (William Powell) et un jeune officier qui en quatorze mois a réussi à éviter de croiser son supérieur tellement il lui fait peur (Jack Lemmon)... Roberts reste la mascotte de l'équipage, à force de faire tampon entre les hommes et leur capitaine... Pourtant il souhaite ardemment quitter le navire, non seulement pour échapper à son officier, mais surtout parce qu'il souhaite faire son travail de soldat, ce que la vie indolente du bateau ne lui permet pas de faire. Seulement, en conflit permanent, le capitaine refuse de l'aider à se faire muter.

Le tournage n'a pas été de tout repos: Ford a, paraît-il, été infect sur le plateau, en cherchant constamment des poux dans la tête de Fonda et surtout de Cagney. Pour Fonda, on peut sans doute l'expliquer, puisque le réalisateur vétéran le considérait, comme John Wayne, comme une de ses propres créations à tort ou a raison, et appréciait sans doute peu le fait d'avoir été engagé sur un projet qui venait de l'acteur. Ca ne justifie en rien, mais ça explique... Pour Cagney, en revanche, ça a l'air particulièrement gratuit, et l'acteur ne s'est pas gêné pour opposer une fermeté face à son metteur en scène, que Ford a rarement eu face à lui... Au final, Ford a quitté le plateau, d'autant qu'il était sujet à de sérieux ennuis de santé. Deux metteurs en scène l'ont remplacé, Mervyn Le Roy (qui selon ses dires à imité le style de Ford!) et Joshua Logan, auteur de la pièce, qui a retourné des scènes à la demande de Fonda.

Le résultat porte deux empreintes: une, anonyme, qui peut être aussi bien celle de Logan que de Le Roy, puisqu'il s'agit d'une stricte tendance à filmer les acteurs récitant le texte de la pièce (Le Roy avait tendance à le faire à cette période). On s'apprête à bailler, mais... Fonda, Powell, Cagney, Lemmon. L'autre marque stylistique est du pur Ford: des premières prises, bonnes ou mauvaises, remplies de santé comme pétries de menues erreurs techniques, assez typiques de ce que le vieux réalisateur pouvait faire y compris dans des projets plus personnels (il y a de éléments de ce genre y compris dans The searchers)... Et il y a des moments où certains acteurs, Fonda en particulier, sont de façon évidente saouls. C'est donc du Ford, brut, mal poli, grossier et sans filtre. Y compris, donc, quand c'est du Le Roy imitant Ford!

Pourtant, dans cette comédie de caractères, située sur un bateau en plein Pacifique, il y avait vraiment de quoi attirer le metteur en scène: c'est l'univers dont il se réclamait, et ça se voit aussi dans la façon dont il a mis en valeur les anecdotes pendables, les farces, les resquillages de toutes sortes sur le bateau, où désobéir devient un art. Le temps devient suspendu comme dans la vie au fort dans les films du cycle de la cavalerie... Ford, qui tenait son passage dans la Marine comme le point culminant de sa vie, a quand même du apprécier un peu ce tournage.

Après, tout est affaire de goût: bien sûr que c'est un film mineur, ce n'est pas pour autant un film indigne (il y en a chez Ford, ils s'appellent What price Glory? avec... James Cagney, et The rising of the moon, qui est l'un des pires moments de sa carrière): on y retrouve cet univers foutraque et sympathique, ce sentimentalisme aviné, ce refus de la sophistication qu'on trouve dans tant de ses films. Et puis... il y a Ward Bond, Harry Carey Jr, Jack Pennick et Ken Curtis! 

Lemmon y a gagné ses galons de future vedette, Fonda y fait des adieux probablement très douloureux à son mentor et ami John Ford, et William Powell y fait ses adieux au cinéma avant de prendre une authentique retraite bien méritée... Ce n'est pas rien.

 

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Published by François Massarelli - dans James Cagney John Ford Mervyn Le Roy Comédie William Powell
15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 10:50

Mr Bruce (Lee Beggs) adore jouer et flamber... Mais ça ne plaît pas du tout à madame (Blanche Cornwall). Comprenant qu'il vaut mieux s'éloigner, il commence à se trouver des cercles de jeu... Quand un jour, il gagne gros et doit rester la nuit sur place, il se rend compte que des choses pas catholiques se trament, et il commence à prendre peur pour son magot...

C'est un mélange de genre, un film de chronique sociale qui se mue en film à suspense avant de retourner à la leçon de morale... C'est gros mais inventif, et on sent une certaine maîtrise de la narration à l'oeuvre. A cette époque, Alice Guy continuait à réaliser pour sa compagnie des courts métrages d'une bobine, alors que l'accent était mis un peu partout sur le long métrage... C'est sans doute ce qui l'a poussée dehors...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet
15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 10:34

Des vieux amis, vétérans de West Point, décident de se retrouver pour un banquet... Il trouvent l'adresse du colonel qui les a supervisé, sans savoir que ce dernier est tombé dans la misère. Il va venir participé au banquet, mais un vol a lieu. Il refuse d'être fouillé, et on le suit jusque chez lui... où il prend ce qu'il avait dissimulé, de la nourriture pour sa famille...

C'est un petit bijou, à sa façon, dans lequel tout en utilisant sa méthode basique, Alice Guy incorpore de petites touches par le montage afin de fédérer ses spectateurs. Impossible de rester insensible à l'argument mélodramatique. Le jeu des comédiens est retenu, subtil... La révélation finale, bien amenée, est du cinéma pur, dans laquelle l'ensemble de ce qui nous a été dit auparavant joue un rôle crucial: le colonel a-t-il volé le bijou qu'on l'accuse d'avoir pris? Le spectateur, autant témoin que parti, est invité à partager la révélation en suivant le héros du film à l'intérieur de sa maison tout en partageant la surprise de ceux qu'on voit à la fenêtre, qui l'épient...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet
15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 10:26

Le premier film était l'aboutissement d'un processus: les acteurs-auteurs avaient conçu la pièce, qui avait été un succès, et le film avait suivi. Celui-ci est un pur produit cinématographique né, justement, de ce succès. Et ç change un peu la donne... Pourtant, ici, toute la première moitié vire à l'accumulation de sketchs, dont le propos est toujours simple: les gens sont médiocres, désagréables et mesquins. C'est sans doute vrai, mais ça rebute. Les répliques les plus intéressantes sont noyées dans l'irritation, voire ont leur effet annulé par la répétition... 

Le côté gonflé du film (tourner en très haute montagne, faire du ski pour de vrai) est tempéré par l'ego surdimensionné de certains protagonistes, et je ne parle pas des personnages: non seulement Clavier est un fort mauvais acteur, mais il adore se voir skier, et il en rajoute des tonnes. Le meilleur moment du film est la dégustation d'une liqueur de crapaud: les réactions sont muettes, enfin ils se taisent... Bref, au bout de cinq ou six heures (officiellement, le film ne dure que 85 minutes), ça s'arrête enfin. Quoique...

Non: ça ne s'arrête pas, car l'abominable musique de Pierre Bachelet qu'on a entendu 84 fois dans le film vous reste en tête. Je ne sais pas si cette critique le trahit mais je n'aime pas, mais alors pas du tout ce film.

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Published by François Massarelli
14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 16:40

En Egypte, durant la période d'esclavage des Hébreux en Egypte, une guerre de succession se prépare: pour couper court, Pharaon décide: son fils (premier en lice, peu intéressé a priori par le pouvoir) épousera sa soeur (dont les dents rayent convenablement le parquet), comme ça on pare à toute éventualité. La future reine Userti (Arlette Marchal prend ça très au sérieux, pas son frère-époux Sethi (Adelqui Migliar), qui préfère se promener incognito dans les quartiers juifs. Il y rencontre la belle Merapi (Maria Corda), qu'il sauve d'un contremaître égyptien aux mains baladeuses... Entre le prince d'Egypte et la belle esclave aux pouvoirs étranges, c'est désormais à la vie à la mort... 

On se reconnectera à partir de là, à l'histoire de Moïse, aux sept plaies d'Egypte, à l'exode... Car la mission donnée à Curtiz (étrangement appelé Courtice sur la copie Anglaise visionnée) par Sascha Kolowrat est de faire du spectacle à la DeMille. C'est-à-dire de réaliser un film aussi dingo que son Sodome et Gommorhe, mais raisonnable! Une mission difficile, dont il va quand même s'acquitter avec les honneurs. Certes, le film est pesant, à plus forte raison paradoxalement quand on sait qu'il a été coupé et qu'il manque trois ou quatre bobines de matériel, mais il a obtenu de ses interprètes un jeu plus sensé que tout ce qu'avait pu faire cette pauvre Lucy Doraine, qui était partie fâchée, et en instance de divorce, du film monumental cité plus haut.

Place donc aux scènes de foule, aux jugements hâtifs assortis de bûcher vite monté, au marché au mariage, une valeur sûre du film biblique, aux guets-apents dans le désert (mais où donc ces Autrichiens l'ont il filmé?), aux rebondissements et bien sûr aux eaux qui se retirent de la Mer Rouge. Presque contemporain du film The ten commandments, cette Esclave Reine lui a fait de l'ombre en Europe, au point que la Warner a décidé d'engager le trublion. On connaît la suite... Mais ce film est l'une des premières fois où Curtiz évoque un thème qui reviendra souvent dans son oeuvre: l'exode est ici une évocation de l'exil, de la part d'un metteur en scène qui a fui son pays contraint et forcé, et ne s'en remettra jamais. Pour vus en convaincre, revoyez ses films...

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Muet 1924
14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 11:08

Un jeune buzzard particulièrement crétin (sa mère l'appelle pourtant "Killer"! incidemment son nom au studio sera "Beaky") reçoit de sa maman la mission de ramener de la viande fraîche. Dommage pour lui: il a décidé de ramener un lapin!! 

C'est la première contribution majeure de Clampett à l'univers de Bugs Bunny, et le personnage qu'il y crée reviendra par la suite sous la responsabilité de Freleng ou Avery. C'est un excellent film, où la galerie d'expressions toujours plus folles des films de Clampett s'enrichit des contributions d'un génie, l'animateur Rod Scribner, qui se surpasse ici. Sachant que le reste de l'animation est confiée au sage Bob McKimson, ça donne une impression de passer par des montagnes russes... Et à un moment, cet éternel cabotin qu'est Bugs Bunny passe par les affres de l'angoisse: Clampett était quasiment le seul à le mettre vraiment en mauvaise posture.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Bob Clampett Bugs Bunny Looney Tunes
14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 10:35

Un film de science-fiction qui laisse la part belle à l'action, qui utilise à merveille les effets spéciaux d'aujourd'hui (ceux qui ne vous font plus croire à rien puisqu'on peut tout faire), et qui développe une belle parabole généreuse sur un monde en perdition, que demander d'autre? C'est tout ce que Blomkamp a à offrir avec ce deuxième long métrage attendu au tournant...

Au XXIIe siècle, le monde est tellement pollué et surpeuplé que l'élite a réussi à construire une station spatiale à une relativement petite distance, dans laquelle ils ont reconstruit un paradis ultra-moderne pour happy few. C'est de là que la terre est gérée, ou en tout cas officiellement. Pour les gens qui grandissent sur terre, et qui sont tous soit dans la misère, soit exploités par des gens qui habitent dans ce refuge céleste, Elysium devient un but, un rêve impossible à atteindre. C'était le cas quand ils étaient petits de Max (Matt Damon) et Frey (Alice Braga). Lui est ouvrier, et a passé sa vie turbulente à se créer des ennuis avec la police; elle est infirmière, et travaille dur pour sa fille qui se meurt d'une leucémie. L'un et l'autre rêvent d'aller sur Elysium, l'un par obsession personnelle, l'autre parce qu'elle sait que sa fille peut y être soignée en un clin d'oeil... Un accident qui laisse à Max cinq jours à vivre va pourtant être l'élément déclencheur d'une opportunité pour l'un comme pour l'autre...

C'est sans doute le défaut du film: il est trop riche! Beaucoup de choses se télescopent, et quand il s'agit de le résumer, on est vite dépassé. Mais c'est à porter au crédit de Blomkamp et de son équipe d'avoir su trouver un équilibre juste, et un dosage parfait qui ne gène en rien le visionnage: on y recrée une terre qui souffre des maux qui sont actuellement dénoncés partout; l'évolution logique représentée dans le film est un thème à part entière. La différence entre les élites sur Elysium et le peuple qui souffre sur terre est bien sûr d'une grande clarté, avec un effort pour ne pas surcharger l'inutile: les costumes notamment sont assez peu différents de ceux qu'on porte aujourd'hui. Les comportements sont éternels, et on applaudira particulièrement Jodie Foster en politicienne machiavélique: en ministre anti-immigration qui vise le fauteuil suprême, elle est fantastique. On notera que pour contribuer à l'impression de rebrassage du monde et de ses habitants, elle affecte un accent français qui lui va décidément très bien. De la même manière, Blomkamp a créé avec Kruger un mercenaire obtus avec un accent Sud-Africain aussi corrompu que lui... 

L'action y est aussi dosée, avec une capacité rare à faire passer à tous le message contenu dans les fulgurances de la violence. Le monde de 2159 n'est pas facile, et comme les forces de l'ordre y sont des machines (un message, derrière cette anecdote, peut-être?), tous les coups sont à peu près permis... Bref, c'est inventif, généreux, réussi, esthétiquement beau, et... très distrayant.

 

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Published by François Massarelli - dans Neill Blomkamp Science-fiction Jodie Foster
14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 10:19

Retirée dans sa maison, une ancienne conseillère politique et mercenaire de la chose publique, Jane Bodine, va reprendre du service à contrecoeur: sa mission? aider un candidat Bolivien à la présidentielle sur le retour (Joaquim de Almeida) à dépasser le statut de has been qu'il a acquis: ancien chef de l'état, il a du mal à faire oublier qu'il a fait tirer sur des manifestants. Aidée d'une équipe hétéroclite, dans laquelle on trouve des vieux de la vieille au passé douteux (Ann Dowd) et une jeune diplômée ultra-efficace (Zoe Kazan), Jane arrive à La Paz où elle va prendre la situation en mains après un temps d'adaptation plus qu'embarrassant. Elle va aussi devoir compter avec un ennemi personnel, Pat Candy (Billy Bob Thornton), qui oeuvre pour l'équipe adverse, et la connaît par coeur.

La satire politique est un élément important du film, mais jamais autant que les aventures en terrain médiatique de ces pieds nickelés des élections, qui ont toujours un coup fourré à sortir, et au final, il est difficile de choisir un camp si les critères sont l'honnêteté et la probité! Je ne parle même pas des candidats, qui sont finalement jusqu'au dernier quart d'heure des fantoches dans les mains des experts qu'ils ont engagés. Le film appartient clairement à Sandra Bullock, qui y compose un personnage avec un passé dur à porter, encombré d'une faute personnelle qui a précipité son retrait. C'est un peu de sa renaissance qu'il est question, avec un final inattendu, qui fait mentir le statut de comédie.

C'est peut-être ce refus de choisir entre satire politique, chronique d'un retour difficile, et comédie grinçante qui explique l'insuccès du film. Pourtant il est plus que soigné, même attachant, avec cette belle recréation de La Paz dans... les rues de la Nouvelle Orléans. Ca ne s'invente pas!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Zoe Kazan
12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 17:41

Dans une île du Pacifique, un métis, Henry Shoesmith (Ramon Novarro), fait de sa vie une sieste sans fin, encouragé dans l'indolence par un climat paradisiaque. Mais les colonisateurs ne voient pas les choses de la même façon, et quand l'Américain Henry Slater (Donald Crisp) débarque, il va essayer de raisonner Shoesmith. En vain, jusqu'à ce que le jeune homme réalise que la pupille de l'autre homme est cette merveilleuse créature (Dorothy Janis) qu'il a vue dans son bateau... Sous l'oeil désabusé de la prostituée Madge (Renée Adorée), qui en pince pour Henry, celui-ci s'essaie à faire des affaires à l'occidentale pour "séduire" celui qu'il aimerait transformer en son futur beau-père... Mais ce n'est pas ce que Slater a décidé pour sa pupille.

De prime abord, ce film tardif de l'époque muette ressemble d'une part à une exploitation pure et simple de quelques thèmes de White shadows in the south seas, du même réalisateur, qui avait eu u certain succès. Le script fait tout pour opposer l'indolence et la douceur de vivre polynésienne, à la rapacité des occidentaux, incarnés à travers la formidable performance de Donald Crisp. D'autre part, c'est aussi sans doute une forme de cadeau fait à Van Dyke qui n'aimait rien tant que de conduire des tournages le plus loin possible du studio, dans des conditions hasardeuses. Le film a été tourné en Polynésie et ça se voit! L'expédition MGM suivante allait le conduire en Afrique pour tourner Trader Horn et des kilomètres de pellicule qui seraient recyclés dans les Tarzan des années 30, dont il a réalisé le premier. Bref: une sorte de petit film pour pas grand chose, qui rendait tout le monde content...

Mais ça va plus loin. Certes, The Pagan n'est pas White Shadows, et les revendications du premier film sont de l'histoire ancienne. La Polynésie du film est sous un contrôle Sino-Occidental bien assumé, et le paradis n'existe plus que dans les têtes, notamment dans celle d'Henry. Novarro est intéressant, parce qu'il joue avec une relaxation évidente un personnage dont la force est précisément son calme et sa philosophie... mais aussi son humour, partagé avec Madge: le personnage de prostituée de René Adorée, qui est formidable dans le rôle, est une clé du film: il y est, en effet, question de sexualité, de sexe et de désir. Dès la première séquence, elle aborde Slater qui lui répond par l'indifférence: on n'a pas l'échange, mais un intertitre seul nous permet de recoller les morceaux de leur conversation hautement censurable: "c'est ça, garde ton argent"... Madge est pour Slater la pire combinaison possible: une blanche qui vend son corps... Car il est raciste. 

Le film aussi, vaguement, comme le sont tous ces films Américains situés dans des zones exotiques et qui prennent à témoins les spectateurs, du fait qu'un "blanc" et un polynésien, ce n'est pas la même chose. Pour Slater, Henry a beau être métis, il n'est pas et ne sera pas blanc. Mais dans sa logique, il préfère afin d'éviter que sa pupille ne se marie avec un métis, l'épouser lui-même... Et plus si affinités. Dans une scène très violente, Van Dyke se souvient de Crisp en Battling Burrows, qui assassinait littéralement sa fille (Lillian Gish) à coups de ceinture dans Broken Blossoms de Griffith... Et il joue de l'extraordinaire puissance de l'acteur, qui va lui permettre une superbe ellipse. Slater, c'est le mal, un mal qui se cache derrière un alibi très équivoque: à ceux qui lui demandent si la jeune femme est safille, il répond qu'elle est "son devoir de chrétien"... Mouais.. Elle est surtout une feme polynésienne qu'il a décidé de "blanchir" coûte que coûte! Mais dans ce film, le message du "maverick" Van Dyke est clair: si Henry et Tito, son amoureuse, ont décidé de s'aimer sans passer par l'église, sous le haut patronage d'une prostituée, alors pourquoi pas? 

Rien que pour cette largeur d'esprit, on veut bien se coltiner une bande-son qui use et abuse d'une chanson insipide chantée sans conviction par Novarro. Celui-ci, magnifiquement dirigé, est splendide. Dorothy Janis, qui disparaîtra avec le muet l'année suivante, est très bien. Quant à Adorée (elle a vu Sadie Thompson!!) et Crisp, que voulez-vous, ils sont d'une catégorie hors-concours... On apprécier aussi la photo lumineuse de Clyde de Vinna, le complice du cinéaste sur son film précédent.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 Woody Van Dyke *
10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 16:29

L'intrigue? Il s'agit de la vie de Rembrandt van Rijn (Charles Laughton), à partir de la mort de son épouse, et la déchéance de plus en plus cruelle de l'artiste qui se refuse à peindre comme on le lui demande... Alexander Korda avait réussi trois années auparavant avec son Henry VIII un coup d'éclat spectaculaire, et entendait bien le refaire...

Mais le cinéma a changé en trois ans: l'évidente coquinerie du film précédent est ici escamotée au profit de l'histoire d'une chute, celle d'un artiste destiné à ne pas être reconnu de son vivant. Pour Laughton, c'est un défi personnel dont il se ire avec les honneurs, celui de montrer la vie d'un homme qui va physiquement changer de manière spectaculaire entre le début et la fin du film. Il est accompagné, pour un temps, par madame Laughton, Elsa Lanchester qui interprète la deuxième épouse du peintre: rien que pour elle, le film vaut le détour!

 La peinture reste étonnamment à l'écart du film, à l'exception d'une anecdote autour de la commande de La Ronde de nuit, et de citations, notamment un autoportrait final... En lieu et place, Korda se plaît à recréer les ambiances d'Amsterdam au XVIIe siècle, et du même coup retrouve une part de ce qui fait la peinture du génie. Mais une fois de plus, devant un film de Korda, on se rend compte à quel point il se voulait, essentiellement, le passeur des émotions des autres... Le film ne cache rien, ici derrière l'évocation linéaire d'un génie pictural. Rien, si ce n'est bien sûr le talent pour la composition, une utilisation rigoureuse de l'espace et du décor, et une direction d'acteurs absolument impeccable. On s'en contentera...

 

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Published by François Massarelli - dans Alexander Korda Criterion