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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 18:33

Acadie Française, au XVIIIe siècle: la jeune Evangeline (Dolores Del Rio) est fiancée à Gabriel (Roland Drew). Ils doivent se marier, et tout irait pour le mieux, mais les autorités Britanniques demandent à la communauté l'impossible: se retourner contre leurs "cousins" Français. Ils refusent, et c'est donc un exil forcé, dans lequel Evangeline et Gabriel sont séparés... Ils vont passer des années à se chercher, sans se trouver...

C'est un de ces films de la toute fin du muet, inclassable et sans doute marqué par la volonté d'un seul homme: le réalisateur, Edwin Carewe, réalisateur indépendant et free-lance depuis le début des années 10, qui a jeté toute son énergie dans un tournage qui allait du Nord des Etats-Unis, jusqu'aux bayous de Louisiane, désireux qu'il était de réaliser une adaptation aussi épique que le poème de Longfellow... Son film est picturalement impressionnant, et ne manque pas de qualités, mais...

...C'est cousu de fil blanc dès le départ. Il manque singulièrement d'enjeu, d'aspérités, sans parler de l'amour pur et enfantin des deux héros. Dommage, mais avouons-le, on préfère Dolores Del Rio en barmaid gouailleuse (What price glory) ou en princesse Polynésienne coquine (Bird of paradise) voire en héroïne Russe (The Red dance)! Ici, elle manque de substance, et le parcours convenu de ces amants maudits (d'ailleurs, "amants" est un mot impropre) est asse peu engageant. Sauf si on aime les belles images...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 *
29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 18:06

1939: à Londres, la gouvernante Miss Pettigrew (Frances McDormand) se fait virer... encore. C'est que la dame, une vieille fille comme on dit qui estime avoir perdu sa seule chance de bonheur dans une tranchée de la première guerre mondiale, a bien du mal à coïncider avec son époque. Fille de pasteur, rigoriste mais humaine, inventive mais coincée, elle est lessivée: le bureau de placement refuse de prendre le risque de l'envoyer sur une nouvelle mission. Et comme elle a faim, elle décide de sauter le pas et d'y aller au culot: elle se présente à une adresse dont elle sait qu'on y demande du personnel, et va vivre une journée entière qui changera sa vie. Elle va devenir la secrétaire sociale d'une comédienne écervelée mais ambitieuse, une Américaine de passage, qui va littéralement d'un lit à l'autre, et qui utilise un peu trop ce système pour sa carrière. Miss Pettigrew va devenir, malgré elle (et toujours sans manger), la plus importante rencontre de la vie de Delysia Lafosse (Amy Adams), qu'elle va aider à prendre la bonne décision (le louche Nick, le pianiste romantique Michael, ou le volage post-ado Phil?), et elle va même rencontrer l'homme de sa vie...

A l'origine, un roman de Winifred Watson, écrit à la fin des années 30, et qui était plutôt du genre coquin pour l'époque... L'auteur n'a d'ailleurs pas tardé à vendre les droits à Universal, qui s'apprêtait à en faire un film qui allait relancer la carrière de Billie Burke. Le film ne s'est pas fait, pour cause de guerre... Des années plus tard, alors que la valeur friponne du film s'est considérablement émoussée, un studio (Focus) a eu la bonne idée de relancer la chose, avec la superbe idée de casting qu'un tel projet ne peut que requérir: Frances McDormand. Et franchement on ne pouvait pas faire mieux: certes, son accent Anglais est quelquefois un peu léger, mais cette hésitation vocale sied parfaitement au genre fille de pasteur Presbytérien que le rôle nécessite! Et avec Amy Adams en parfaite complémentarité (elle est très drôle à force d'être irritante, ou irritante mais irrésistiblement drôle, c'est selon), et un casting à l'avenant, plus le fait que tout ceci se passe en une journée, dans le monde que Guinevere Pettigrew ignore en temps normal, on se retrouve face à un genre de conte de fées...

Et si il est difficile aujourd'hui de choquer avec ce que propose le film (Guinevere y rencontre des gens qui couchent assez allégrement, et même un homme tout nu qui lui fait remarquer qu'il est en 3D), le décalage entre Guinevere, fille aux moeurs totalement rigides, mais à l'adaptabilité renforcée parce qu'elle a faim, et les autres personnages (un couturier fatigué de la vanité qui l'entoure, un patron de boîte de nuit probablement mouillé dans des trucs louches, des acteurs, producteurs et autres, etc) fait merveille. Et nécessité faisant loi, Guinevere s'adapte et s'improvise féministe de choc! Tout ceci dans le plus pur respect de la comédie des années 30, sur un ton, et des costumes (ou absence de, car Amy Adams passe beaucoup de temps en négligé, vêtue uniquement d'un manteau de fourrure, ou d'une serviette, ou carrément dans son bain) qui font plutôt penser à l'époque pre-code. C'est pétillant, court et incisif, on adore facilement les personnages, et on pense aussi bien à la screwball comedy qu'à Capra. Voilà, c'est dit! Après, ça ne changera ni nos vies ni nos perceptions du cinéma, mais ça fait du bien.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 16:49

Mary Bussard (Marion Davies) n'est pas vraiment une "Bussard de Boston): sa maman s'est mariée à John, un représentant de cette famille d'insupportables pères-la-pudeur, et (comme le dit un intertitre) "heureusement pour elle, elle est décédée"... A la mort de son beau-père, Mary apprend qu'elle n'héritera que sous deux conditions: la première, c'est de vivre avec la famille Bussard pendant un an; la deuxième c'est de ne pas se marier avant la fin de la période d'essai. Elle rejoint sa famille, et c'est un cauchemar: le frère de son beau-père étant celui qui n'a pas réussi, ils sont encore plus mesquins! Pour se distraire, Mary peut compter sur les visites de James Winthrop (Norman Kerry), mais celui-ci se retrouve en butte avec l'opposition des Bussards qui aimeraient bien caser leur fille plutôt que Mary, avec l'élégant playboy...

C'était déjà le cinquième film de Marion Davies, mais c'est surtout un moment important puisque c'est sa première comédie... Et la grande surprise, c'est que ce fut un grand succès! On sait que l'ombrageux propriétaire de Cosmopolitan, William Randolph Hearst, n'aimait pas que sa protégée se compromette dans le rire, mais c'est exactement ce qu'elle voulait faire... Et avec la patte experte d'Allan Dwan, l'omniprésent metteur en scène qui fisait déjà merveille en compagnie de Douglas Fairbanks, elle est excellente. Le film, lui, ne l'est pas tout à fait même si on retrouve l'univers assez particulier des films Cosmopolitan: une lente exposition, beaucoup d'intérieurs, et vers la fin un décor qui écrase tout! Pourtant Dwan reste concentré sur son intrigue et ses personnages... Et il trouve toujours des solutions pour s'approcher de ceux-ci, et tirer parti du naturel d'une actrice qui se réjouit enfin de faire ce qu'elle aime.

Forcément, il oppose d'un côté l'abominable famille de Boston, leur mesquinerie et leurs préjugés, et la tendresse incarnée dans cette jeune femme qui transfert les affections absentes sur son tout petit chien, ou encore Norman Kerry en élégant homme du monde, qui est sympathique en toute circonstances: ce type jouerait le bourreau dans un village espagnol en pleine inquisition, qu'on l'aimerait quand même. Et puis sans doute ce film a-t-il permis à Davies de parvenir à imposer à Hearst des films plus proches de son tempérament: Little old New York, Enchantment ou Beauty's worth... Pas mal.

 

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Published by François Massarelli - dans Marion Davies Allan Dwan 1919 Muet *
27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 12:16

Martin Belhomme (Jean Rochefort) est un lâche... Un vrai de vrai, quelqu'un qui a tellement peur de tout ce qui l'embarrasse qu'il a raté complètement sa vie. Sur un coup de tête, il fuit son abominable famille, et tente de refaire sa vie auprès d'une chanteuse de cabaret, Eva (Catherine Deneuve), qu'il suit jusqu'à Amsterdam, et qui est suivie en permanence par un type louche qui fait très peur à Martin! Et comment réussir à se faire aimer d'elle si il est incapable de se défendre?

C'est une déception. Pourtant ça partait d'une excellent idée, celle d'un anti-héros: pas un minable, plutôt un brave type.... Mais quelqu'un que toute prise de décision un tant soit peu drastique inhibe complètement. Avec Jean Rochefort, et le script et les dialogues de Jean-Loup Dabadie, Yves Robert pouvait sans doute y aller en confiance mais ça ne marche vraiment que pour la première demi-heure... Là, c'est la fête, avec une narration qui chamboule allègrement la chronologie, et des gags historiques avec plein de versions de Jean Rochefort toutes différentes les unes des autres. On y retrouve la verve du début des Copains, par exemple...

Et il y a cette propension comique, héritée des burlesques muets Américains,  du personnage de Martin Belhomme à se retrouver exactement là où il ne faut pas, au pire moment, le meilleur étant son étrange parcours durant Mai 1968, quand il est plutôt du côté de la "réaction" mais qu'il est trop embarrassé pour signaler aux gens qui l'entourent... et il participe donc à l destruction de voitures, en particulier la sienne! Une assez belle métaphore d'un type qui a passé son temps à assister à sa vie plutôt qu'à la vivre vraiment.

C'est vrai qu'on part ensuite un peu à l'aventure, mais c'est justement là que le bât blesse: cette aventure de Rochefort (en moto, avec un cuir et des santiags!) en Hollande ne parvient pas à être autre chose qu'erratique, en dépit de l'exceptionnelle bonne tenue du décalage permanent et subtil entre la voix off de Rochefort et les séquences vues... Sans parler de Catherine Deneuve: je ne sis pas si c'est une erreur de casting, il y a juste comme une incapacité à donner au personnage une vraie substance.

 

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Published by François Massarelli - dans Yves Robert Comédie
24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 13:34

Alors qu'il se bat pour conquérir le coeur d'une jeune femme (Gertrude Olmsted), un jeune un peu niais sur les bords (Johnny Arthur) termine ses études de criminologie à distance, en s'attaquant au mystère de la commune: des disparitions étonnantes... La présence d'un sanatorium suspect, et le fait que d'étranges personnages se promènent dans la campagne en fête, aurait-il également à voir avec ces disparitions en série?

Réalisé en indépendant mais distribué par la Metro-Goldwyn-Mayer, The Monster est un de ces films qui hésitaient constamment entre film fantastique et comédie: ça commence d'ailleurs bien, voire très bien, avec une scène des plus intrigantes, et puis ça retourne vers une comédie comme il s'en produisait des caisses à l'époque, autour de la charmante niaiserie de la ruralité... Et surtout il faut attendre 30 minutes avant que le grand Lon Chaney (premier au générique, c'est après tout la même année que son inoubliable Erik dans The phantom of the opera) ne fasse son apparition...

Et c'est décevant: le film ne semble s'illuminer que quand West sort de ses cadres imposés, que ce soit le terrain de la comédie ou bien celui de la maison hantée avec tous ses sempiternels clichés. Et Chaney ne fait pas grand chose, ici, c'est le moins qu'on puisse dire. Non, le film ne devient vraiment intéressant qu'occasionnellement, par exemple quand on se retrouve face à une scène de funambulisme sous un orage avec un cinglé sur un toit; quelques plans ou séquences montrent bien une envie de montrer du bizarre... Mais on en revient toujours au tout-venant.

C'est toujours meilleur que l'abominable The Bat.

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Comédie Lon Chaney *
24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 13:19

Cinquième (et pour l'heure, dernière) histoire de Wallace et Gromit, A matter of loaf and death (un jeu de mots autour du titre d'un chef d'oeuvre de Michael Powell, et de Loaf, le mot qui désigne une miche en anglais) retourne après The curse of the were-rabbit au court métrage de trente minutes, un format qui sied particulièrement à l'univers des deux héros. On y retrouve donc les habitudes: le chien et son homme se sont lancés dans une nouvelle entreprise, cette fois ils sont boulangers-pâtissiers; et c'est une assez mauvaise idée car un cereal-killer, qui exécute un à un tous les boulangers, rôde... C'est le moment qu'a (mal) choisi Wallace pour tomber amoureux d'une femme qu'il a reconnue comme étant l'ancienne actrice qui incarnait une publicité pour une farine légère...

Mise en scène à la précision diabolique, "englishness" jusqu'au bout des doigts, supériorité affichée de l'animal muet sur l'adulte bavard et fromageovore, jeu permanent sur l'univers choisi (ici la confection de pain, et les animateurs n'en perdent pas une miette), et un script solide, c'est en tous points une réussite certaine, qui réjouira de la même façon que les films de court métrage précédents, tout en offrant une atmosphère parfois franchement surréaliste dans certaines scènes... 

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Nick Park Aardman
24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 13:00

Un jeune professeur de sport (Beau Bridges) retourne dans l'institution catholique où il a passé ses années de lycée; il y retrouve Dobbs (Robert Preston), son ancien professeur de littérature qui est incontestablement le plus apprécié des enseignants de l'école, et aussi Jerome Malley (James Mason), le très peu populaire Professeur de latin. Très vite, le jeune enseignant va constater que l'atmosphère de l'établissement, entretenue par des actions étranges et inquiétantes des élèves, est tout sauf apaisée, et s'il arrive avec des préjugés d'ancien élève dans son nouveau métier, il voit que les tensions entre les deux vétérans de l'éducation est largement proportionnelle au ressenti qu'ont les élèves de leurs personnalités respectives...

Le film est adapté d'une pièce, un exercice que Lumet aimait beaucoup contrairement à d'autres metteurs en scène. S'il a choisi d'en réaliser une adaptation à huis-clos, en se gardant de jamais quitter l'établissement, il privilégie les scènes nocturnes, qui lui permettent de sonder l'atmosphère étouffante de l'institution catholique rigoriste. Et l'écueil qu'on attendrait (comme dans les productions télévisuelles espagnoles qui explorent la vie des institutions locales!) est évité soigneusement: le conflit entre rigueur, morale, et vieilles valeurs, d'un côté, et modernité, ouverture d'esprit est vécu par procuration dans le conflit qui se tient entre Dobbs et Malley... Ce qui n'empêche pas la vie au lycée d'être tumultueuse, voire dangereuse pour certains élèves.

Mais la très bonne idée de Lumet est d'avoir chargé le film d'une étouffante ambiance de film d'horreur, à quelques encablures d'un Exorciste qui était d'ailleurs en préparation! Pourtant on ne nomme jamais les choses, contrairement à ce que fait le titre français du film. L'ambiguité qui se dégage de cette apparente lutte entre le bien et le mal, incarnée par un jeune professeur, qui bien entendu ne comprend rien ou presque, passe donc par une vision de l'adolescence, incarnée par des gamins qui n'ont jamais rien de très humain.

Et si sortilèges il y a, on n'en saura pas plus: ce qui compte le plus, c'est cette étrange, fascinante lutte entre deux professeurs pour accompagner l'âme de leurs élève. L'un qui ne clame vouloir que leur bien en leur infligeant en parfait sadique des punitions (sans parler de l'enseignement du latin) et l'autre qui à force de se revendiquer leur copain, finit par devenir un tantinet louche... On ne s'étonnera pas pour finir, que Malley, incarné par l'immense James Mason, soit l'un des personnages les plus emballants du film!

 

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Published by François Massarelli - dans Sidney Lumet
22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 18:17

Un ferry qui fait la liaison entre deux îles (un "bac", donc) accoste, et un couple à moto se renseigne: ont ils le temps d'attraper un autre ferry à l'autre bout de l'île? On leur répond qu'ils se mettront en danger s'ils envisagent de l'attraper. Ils partent quand même...

C'est une commande du ministère des transports de Copenhague, et ça ne se sent pas vraiment. Disons que le message, au moins, est clair, et qu'on n'est pas forcément tonné que la finalité soit didactique. Mais c'est si rigoureux et si réussi que pas un seul instant ça ne ressemble à un travail e commande. Comme dans ses meilleurs films, qu'ils soient muets ou très peu parlant, Dreyer raconte tout avec l'image et installe avec maestria une tension formidable.

Il est évident que ces deux personnes qui ont cru être plus malins que tout le monde vont avoir un accident, mais le cinéaste ne dit pas quand. Ils jouent même sur un double suspense: d'une part, vont-ils échapper à leur destin malgré tout, et d'autre part quand vont ils rencontrer la mort? ...Histoire de nous donner un petit signe avant d'asséner le coup de grâce, Dreyer a convoqué un homme, un chauffeur comme les autres... Mais l'éclairage, le regard équivoque et un maquillage effrayant le rendent tout de suite bien plus menaçant, comme cet inconnu à la faux rencontré au hasard d'un plan dans Vampyr: on ne le savait pas, mais c'était littéralement une course contre la mort.. Et la mort n'aime pas perdre.

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Published by François Massarelli - dans Carl Theodor Dreyer
22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 18:06

Le Danemark est occupé quand ce film a été tourné, et le propos de la Palladium était simple : il n’y a plus de films ou presque au Danemark, les gens ont besoin de se changer les idées, faisons donc appel au vétéran Dreyer, il a besoin de tourner et tout le monde sera content…

A ce niveau c’est raté. Certes, le film raconte une histoire humaine en pleine renaissance protestante, dans un Danemark rigoriste, avec des procès en sorcellerie et des exécutions sur le bûcher, mais comment dire ? …ce n’est pas un film d’aventures, ni une comédie loin de là. Dreyer a ni plus ni moins fait du Dreyer, et c’est l’un de ses films les plus noirs. par dessus le marché, le public visé et la critique contemporaine n'ont pas, mais alors pas du tout apprécié.

Dans une petite bourgade, un pasteur d’un certain âge, Absalon, s’est remarié avec Anne, une jeune femme, que sa belle-mère déteste. Martin, le grand fils du pasteur, est sur le point de revenir. Absalon a hâte de retrouver son fils, ce qui lui permettra de se sortir l’esprit, car il est très impliqué dans la chasse aux sorcières. Le conseil s’apprête à condamner et exécuter une vieille dame, Herlofs Marte, pour sorcellerie, mais celle-ci dénonce la mère de la jeune Anne… Absalon essaie d’étouffer l’affaire… Par-dessus le marché, Martin et Anne tombent dans les bras l’un de l’autre, et bientôt Anne parle ouvertement de son souhait de voir mourir Absalon…

Le film est très ambigu, ne donnant jamais la clé de ce qui s’y passe : Marte et les autres sont-elles effectivement des sorcières, ou pas ? Anne est-elle oui ou non douée des mêmes pouvoirs maléfiques que ceux, supposés, de sa mère ? La mise en scène nous laisse activement dans l’ambiguité, du début à la fin, mais je pense que Dreyer voulait tout simplement rendre palpable la croyance de tout une communauté, afin d’opposer le libre arbitre de l’amour exclusif de Martin et Anne. C’est ici que le pire moment du drame va se jouer, vers la fin du film, quand le jeune homme, sous haute influence de la communauté, va la trahir.

Du même coup, des voix se sont élevées à la libération pour célébrer un esprit de résistance qui aurait été représenté dans ce film, une résistance face à la fatalité de l’occupation, symbolisée par les deux jeunes gens et leur tentation d’amour en toute liberté. Une interprétation réfutée par Dreyer, qui lui affirmait vouloir juste y opposer, dans un équilibre instable, l’amour des uns et le fanatisme des autres, sans y apposer de lecture contemporaine. Il en profitait aussi pour prolonger l'angoisse face à la mort de Jeanne d'Arc dans son film le plus célèbre. Quelle interprétation alors? Aucune: dans son mystère, le film demeure…

 

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Published by François Massarelli - dans Carl Theodor Dreyer
21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 09:16

Deux tueurs se planquent en Belgique, à Bruges, et doivent attendre les instructions de leur commanditaire: Ken (Brendan Gleeson), le plus âgé, veille sur son copain Ray (Colin Farrell), qui est en essence, un vrai gamin... Pourtant il souffre d'avoir commis une faute très grave dans l'exercice de son "métier". Alors que Ken, aussi ignorant que Ray de la finalité de leur présence dans la ville médiévale, profite des lieux en se livrant à des visites touristiques, Ray s'ennuie ferme, jusqu'à ce qu'il fasse une rencontre nocturne, sur un plateau de tournage en pleine ville: une jeune femme locale, Chloé (Clémence Poésy), avec laquelle il va fixer un rendez-vous. 

Le lendemain, alors que Ray et Chloé dînent en ville, Ken apprend par un coup de téléphone de leur commanditaire Harry (Ralph Fiennes) que la mission est de tuer Ray...

C'est d'abord un film noir, qui raconte comme les meilleurs du genre le crépuscule d'un ou plusieurs truands (je vous laisse découvrir qui et dans quel ordre), dans un lieu inattendu et habité par des siècles d'histoire. La ville y est le théâtre de la violence paradoxale qui ne va pas réussir à y changer le cours des choses... Mais le film noir se pare d'une merveilleuse comédie de caractères, qui associe mots qui font mouche, et rigueur filmique. McDonagh est un paradoxe dans le cinéma actuel, puisque dans ses scripts les mots ont tant d'importance qu'il refuse de laisser improviser les acteurs à la virgule près. C'était déjà le mode de fonctionnement de Wilder, donc c'est en soi une idée intéressante. Les acteurs, d'ailleurs, s'en sortent admirablement, avec pour chacun d'entre eux un autre terrain de jeu, celui de la comédie physique, à travers un jeu d'expressions formidables. On constate qu'en Gleeson, Farrell et Fiennes, McDonagh a choisi des cas particuliers! L'utilisation fréquente de gros plans permet de détailler le jeu tout en tranquillité de Gleeson, celui tout en tics nerveux de Farrell, qui est ici à son meilleur, entre le tragique de la culpabilité et le comique de son personnage; enfin Fiennes fait merveille avec son accent cockney, et le jeu irrésistible de ses yeux, sans parler de son impayable grossièreté langagière.

Les clés du film sont dans l'utilisation de ces décors magnifiques, la cohérence de l'intrigue qui nous annonce à sa façon la suite des événements en utilisant des sous-intrigues et des balises de sens: les personnages de tueurs sont tellement diserts qu'ils nous racontent non seulement leur vie, mais aussi leur principes: ça permet d'anticiper! Et mine de rien, confronté via l'oeuvre de Hyeronimus Bosch au Jugement dernier, les tueurs se préparent à affronter la mort...

Mais le dernier mot semble, dans ce film époustouflant, revenir à la morale, car au départ, s'il y a la mort d'un homme, un décès commandité pour de basses raisons économiques, mais donc prévu par le code des truands, il y a aussi la mort d'un enfant, un crime inattendu, imprévu, que Ray n'en finit pas de souhaiter expier. Le film va se rythmer sur des reprises de cette tâche indélébile: par exemple, Chloé dit à Ray que le tournage sur lequel il l'a rencontrée était un hommage à Don't look now. Il ne connaît pas le film de Nicolas Roeg, et donc ne sourcille pas, mais c'est l'histoire de deux parents hantés par la mort de leur enfant, dont ils s'estiment responsables, et qui se rendent à Venise; Venise, Bruges... 

Bref: des acteurs au plus haut de leur art, tous amenés à donner une interprétation hors de leurs clichés personnels, des accents ciselés pour accentuer le pittoresque, un endroit saisi dans tous ses avantages, une intrigue prenante et racontée avec expertise, et une mise en scène faite de la plus grande précision, sans un gramme de graisse: c'est le premier film d'un metteur en scène débutant, et c'est un chef d'oeuvre.

 

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Published by François Massarelli - dans Martin McDonagh Comédie Noir