La famille Maguire est mal partie: non seulement l'oncle ne fout rien, non seulement le père (qui vient de revenir après 5 années d'absence, passées probablement au café du coin parce que plus loin ça aurait représenté un effort) a transformé le fait de feignanter en discipline olympique, mais en prime la fille, Mary (Mae Murray) vient de se faire virer de son travail. Elle trouve néanmoins une idée: dans le même numéro d'un journal local, elle a lu un article sur une danseuse qui a disparu dans la nature et se cacherait dans les environs, et elle a appris qu'un établissement en mal de respectabilité cherchait une attraction: elle se fera donc passer pour Gloria Du Moine...
Ca va être difficile, bien sûr, surtout quand les hommes vont entrer dans l'équation: d'un côté, le jeune playboy Jimmy Calhoun (Rudolf Valentino) qui est enchanté à la vision de "Gloria", de l'autre, le vrai fiancé (Bertram Grassby) de la vraie Gloria Du Moine, un escroc international qui voit en Mary une occasion de continuer à duper le monde...
C'est une petite merveille, à sa façon: sans aucune prétention, cette comédie Universal permet à Mae Murray de faire ce qu'elle aime par dessus tout: danser, être le centre du spectacle et minauder. Mais cette fois, c'est totalement en phase avec le ton délibérément farfelu du film. On excusera Mae Murray de ressembler à une caricature de Mary Pickford quand celle-ci tente de jouer les Irlandaises de caractère, parce que là encore la caricature fonctionne à merveille... Tout le monde s'est manifestement beaucoup amusé dans ce film, qui a été tourné parfois avec une intention délibérée de doubler la vitesse, donc le final est époustouflant de drôlerie.
Au milieu du XIXe siècle, Mary Anning (Kate Winslet), paléontologue autodidacte, vit à Lyme Regis dans le Dorset, où depuis l'âge de douze ans, elle écume la plage à la recherche de fossiles. Elle a d'ailleurs fait des découvertes exceptionnelles, certaines étant exposées à Londres dans un musée prestigieux. Elle reçoit la visite d'un couple Londonien, les Murchison: le mari (James McArdle) souhaite en effet trouver des pièces pour sa collection, et en profite pour amener son épouse Charlotte (Saoirse Ronan) dont la santé fragile a bien besoin de l'écume et de l'air de la mer... Avec réticences, Mary qui n'aime pas trop partager son quotidien, accompagne Murchison, et constate que celui-ci a les plus grandes difficultés à sortir Charlotte de sa torpeur...
Quand Roderick Murchison part pour Londres, les deux femmes restent seules. L'état de Charlotte empire, et Mary se dédie tant bien que mal à la remettre sur pieds: Charlotte s'ouvre enfin...
Le film est basé sur des faits réels, et au moins sur un personnage authentique, celui de Mary Anning, qui avait déjà eu son heure de gloire dans la fiction populaire dans l'excellent roman de Tracy Chevalier Remarkable Creatures, qui se gardait bien d'explorer sa sexualité. C'est là que le film de Francis Lee a prêté le flanc à la critique... Peu importe, d'une certaine façon: maintenant, le film exploite le fait que la paléontologue, en ses 47 années d'existence, n'ait jamais été mariée, et n'ait pas eu à la connaissance de qui que ce soit, de relations hétérosexuelles répertoriées! Mais Ammonite (du nom de ces coquillages fossilisés qui sont légion dans les mines de fossiles) se veut une extrapolation fictive autour d'une situation aux contours féministes, et le fait savoir dès son générique: au musée à Londres, pendant que des hommes amènent cérémonieusement un fossile d'Ichtyosaure (un spécimen spectaculaire d'un fameux reptile marin, trouvé à 12 ans par Mary Anning), ils ne se préoccupent pas vraiment d'une femme qui est en train de nettoyer le sol, laborieusement. En écho à cette situation initiale, le film évolue dans des sphères essentiellement féminines, avec Mary qui vit auprès dune mère acariâtre (Gemma Jones), ou qui garde des relations distantes avec Elizabeth Philpot (Fiona Shaw), une autre paléontologue historique, mieux née que Mary: on comprendra assez aisément que les deux femmes ont eu une relation...
Et bien sûr, le film conte l'histoire d'amour passionnelle entre deux femmes, Charlotte Murchison et Mary Anning. Une histoire d'amour qui naît de leur promiscuité durant la maladie de Charlotte, mais aussi de leur éloignement du monde (Roderick est parti à Londres sans prévenir son épouse) et d'une certaine frustration, aussi: une scène nous montre Charlotte tentant un rapprochement avec son mari, qui l'arrête en lui disant qu'il n'est pas le moment d'avoir des enfants. La sensualité de la jeune femme va donc trouver à s'exprimer auprès de Mary...
Le film nous montre la lente maturation d'une complicité, puis la montée du désir, avec parfois une vraie délicatesse... et puis explose dans une scène spectaculaire qui a du émouvoir plus d'un internaute! Winslet et Ronan donnent tout (dans les scènes intimes comme dans les scènes plus présentables) avec énergie, et leur complicité est plus que plaisante. Reste que le film est à son meilleur dans la peinture d'une époque saisie dans ses détails les plus inattendus, dans les gros plans d'outils qui grattent, de mains qui fouillent dans la vase des bords de mer, et surtout dans les sons d'une époque révolue: des sons systématiquement mixés en avant, par-dessus dialogues et musique... D'ailleurs, "dialogues", c'est vite dit, on parle peu dans ce film et c'est bien: on saura quand même tout ce qui n'est pas dit: que Mary et Elizabeth ont eu une relation passionnelle, et que Charlotte se remet tant bien que mal d'une fausse couche...
Et le film s'accomplira dans une séquence cruelle, qui voit Mary répondre à l'invitation de Charlotte: la jeune femme souhaite lui offrir une chambre, sans l'avoir consultée. Juste avant, Charlotte embrasse Mary avec passion. Quand cette dernière voit la bonne, Charlotte se contente d'un "oh, c'est juste une domestique"... Les conventions sociales ont la peau dure. Et si on imagine que le mari est certainement prêt à "partager" une femme pour laquelle il n'éprouve aucune passion, Mary sent bien qu'elle deviendrait d'une manière ou d'une autre, en acceptant, une domestique de plus... Après avoir refusé, nous la voyons "visiter" son Ichtyosaure au musée, sa plus grande contrbution sans doute, et un reflet inattendu de sa vie passée à l'écart du bonheur.
Pour finir, le film est un petit rendez-vous délicat, donc, pour les amoureux d'un cinéma qui prend son temps, et pour cette contemplation sur la difficulté à trouver l'âme soeur pendant qu'on entend le tumulte des vagues. Révolutionnaire? Non, bien sûr. Mais du plaisir cinématographique? Ca oui!
Diana Merrick (Greta Garbo) et Neville Holderness (John Gilbert), depuis leur plus tendre enfance, s'aiment... Selon toute probabilité, ils vont se marier, mais le père (Hobart Bosworth) de Neville, qui n'a jamais pu souffrir ni Diana ni son petit frère alcoolique Jeffry (Douglas Fairbanks, Jr), envoie son fils au diable pour travailler, et ruine ainsi toute chance de mariage entre les deux amants. Diana se console dans les bras de David (John Mack Brown), le meilleur ami de Jeffry, mais celui-ci meurt dans des circonstances mystérieuses; la rumeur a vite fait d'attribuer cette fin précipitée à son mariage avec Diana, et celle-ci, malgré le soutien inconditionnel du Dr Trevelyan (Lewis Stone), vieil ami de la famille qui veille sur les destinées des deux orphelins, va s'abîmer dans un cortège de relations éclair avec toute la jet-set Européenne...
Quand Neville reparaît dans la vie de Diana, c'est marié, avec la belle Constance (Dorothy Sebastian)... Mais tout n'est pas réglé, et bien entendu, des questions restent en suspens. La première d'entre elles, évidemment, est liée à la mort soudaine de David.
Mort soudaine dont nous avons été les témoins, dans une scène qui ne résout par contre pas tout... David et Diana viennent de se marier, et arrivent à l'hôtel. Pendant que Diana attend son mari dans son lit, celui-ci, visiblement éméché, regarde le riz qui encombre ses poches, comme pour tenter de réaliser sa chance d'avoir épousé celle qu'il aime depuis longtemps. Soudain, il réalise que des hommes viennent d'entrer dans leur suite: l'un d'entre eux sort une paire de menottes... David saute par la fenêtre sous les yeux de Diana qui s'était levée. Il nous faudra attendre la fin du film pour comprendre le fin mot de l'histoire, et personne n'en saura rien, rendant ainsi toutes les hypothèses possibles, aussi valides les unes que les autres, y compris celles qui sont énoncées, dans lesquelles Diana est une gourgandine de première classe.
D'ailleurs, revenons au début du film: Greta Garbo joue la Diana post-adolescente en fille capricieuse et gâtée, qui emmène Neville en automobile et conduit au mépris du danger... Elle conduit sa voiture comme elle conduira sa vie en quelque sorte. Le message envoyé est celui d'une femme sans filtre, qui croque la vie à pleines dents en menant les hommes par le bout du nez... ou d'une dangereuse aventurière, c'est selon. Un aitre aspect qui est parfois évoqué à travers l'utilisation d'un terme dans les intertitres, c'est l'assimilation du personnage à la masculinité: quand son honneur sera éclairci, plusieurs personnages référeront à elle comme étant un gentleman, c'est un point qui permet de toucher à un thème prudemment laissé dans le sous-texte par Clarence Brown avec la subtilité dont il savait faire preuve: la notion de transfuge des genres inhérente à la sexualité. Si Diana (chasseresse, bien entendu) fait collection d'aventures comme un homme, dans cette société encore corsetée, son frère Jeffry pour sa part noie dans l'alcool une passion secrète mais qu'il n'est pas bien difficile de deviner, pour le beau David. C'est d'ailleurs pour protéger son frère que Diana taira la vérité sur son mari, qui s'avère être un dangereux voleur de classe internationale!
Brown avait déjà montré dans Flesh and the Devil comment il savait réaliser des films dont la sensualité apparaissait en filigrane derrière la mise en scène, et fait ici la preuve, surtout dans la première heure du film, qu'il n'a pas perdu sa verve. Maintenant, le film reste sage par rapport à ce qu'on aurait pu envisager: ainsi la vie aventureuse de Diana la prédispose à des maladies honteuses, que le roman adapté détaillait. Sinon, après s'être revus, Diana et Neville sont de nouveau séparés, et Diana est malade: on apprend que neuf mois ont passé, le message est clair. A ce propos, si la MGM misait tout sur la "réunion" entre les deux stars et le metteur en scène de Flesh and the Devil, on note que le film sert aussi de galop d'essai à d'autres acteurs et actrices; le jeune Fairbanks a un rôle ingrat, mais il s'en sort fort bien; Johnny Mack Brown reste léger, et Dorothy Sebastian en opposé de Diana ("Constance", ben voyons!) est adorable. Brown se livre avec ses acteurs à l'un de ses péchés mignons, le jeu de caméra sur les visages; c'est sans doute Dorothy Sebastian qui a droit à la séquence la plus spectaculaire, dans une scène où e désarroi de l'épouse qui se comprend potentiellement trompée, se dessine sur son visage en gros plan...
Tout ça fait un film qui était probablement contractuel pour la plupart des acteurs; reste que c'est l'un des plus surprenants, peut-être LE plus surprenant des films muets Américains de Garbo. Maintenant il n'apporte rien à la légende de John Gilbert, si ce n'est de le cantonner dans un second rôle pas toujours convaincant... Avec ses non-dits, il s'élève sans problème au-dessus de la mêlée, mais il laisse quand même une certaine frustration par le fait qu'il arrive souvent que l'intrigue se cogne dans les murs...
Un couple marié, formé d'un homme d'affaires d'un certain âge et de sa jeune épouse, se rend à Java: John Sterling (Lewis Stone) entend y sélectionner un thé pour future importation, et donc il y va pour des raisons o ne peut plus sérieuse... Mais Lillie (Greta Garbo) se laisse prendre parle romantisme de la croisière pour se rendre à Java, et voudrait bien partager un peu de ce romantisme avec son mari... De son côté, un potentat local, le Prince de Gace (Nils Asther), propriétaire puissant de nombreuses terres où l'on produit justement du thé, a bien compris comment le couple fonctionnait, et est prêt pour sa part à remplacer John auprès de Lillie...
C'est de prime abord un ensemble de fadaises et de lieux communs savamment orchestrés les uns avec les autres: Greta Garbo s'st souvent plainte, avec raison, du fait qu'on ne lui faisait pas interpréter de rôles intéressants à la MGM durant l'époque du cinéma muet. Sans me faire totalement l'avocat du diable (le film est quand même volontiers routinier), j'observe que la caractérisation de Lillie est à l'écart des clichés habituels. On fait généralement de Garbo une vamp morne et maussade? Lillie est enjouée. Elle "vant to be alone" tout le temps? Non, Lillie souhaite avoir de la compagnie... Et sa sensualité est ici totalement soumise à sa jeunesse et son amour... Bon, ce sont aussi des clichés, à n'en pas douter, mais ils tranchent au moins sur les habitudes!
Et puis le film, sous couvert de cocher toutes les cases du drame sensuel bien dans l'esprit de l'époque (avec sa dose de racisme bien assumé, dans la représentation du 'prince' et sa promesse d'être un amant bien supérieur à ce pauvre John qui s'endort dès que sa tête touche l'oreiller), le film rejoint le narquois Foolish wives dans la satire d'un peuple Américain en proie à l'oubli de ses sens... Si le "Prince" représente en cochant toutes les cases possible le fantasme ultime, jusqu'à la brutalité, de l'épouse insatisfaite dans l'esprit de l'époque, John Délaisse son épouse, malgré toute la tendresse dont il est capable (ah, ces amoureuses caresses sur la joue, ces sensuels tapotements du dos de Lillie!) quand elle, au contraire, fait tout ce qu'elle (et Adrian, le couturier de la MGM) peut pour attirer son attention: la garde-robe très étudiée de Garbo est ici, comme souvent, une savante étude de "jusqu'où, et comment, déshabiller la star tout en la rendant présentable pour le bal"... Avec une mention spéciale pour les dos nus et plongeants. Bref, l'homo Americanus est ici ciblé et accusé de négligence sexuelle, dans ce film à vocation familiale...
Et Sidney Franklin, dans tout ça? Le valeureux vétéran fait plutôt bien son boulot, si tant est qu'il ait eu une once de liberté, au vu du fonctionnement industriel du studio. Il est célèbre pour des films à intrigue sentimentale, et ses meilleurs films étaient les comédies avec Constance Talmadge: il y retrouve instinctivement cette manière de filmer à hauteur de personnage, qui sait jongler avec les points de vue. En témoignent de nombreuses scènes qui sont autant de passages de témoins, du Prince vers les Sterling, ou de Lillie vers John. La meilleure est traitée en deux plans superbes, et foncièrement économiques: Lillie vient de succomber à un baiser langoureux du Prince en l'absence de John... Mais celui-ci a vu tout un théâtre d'ombres chinoises en revenant au bungalow, donc il sait. Lillie quitte sa chambre pour rejoindre son mari dans le living-room, et pousse une porte: on voit donc Lillie, de dos, qui regarde son mari de dos qui se révèle une fois la porte ouverte. On coupe au contrechamp, cette fois c'est John qui est à l'avant-plan, inquiet et au fond on voit Lillie désemparée qui a compris que John la soupçonne de bien plus qu'un baiser...
Le film se résoudra dans une lutte conventionnelle mais efficace entre les deux hommes durant une chasse au tigre qui manque de devenir une battue à l'homme... Et John Comprendra-t-il enfin qu'il serait attendu qu'il montre un peu d'empressement vis-à-vis de son épouse? Réponse (mitigée) dans le film...
Deux hommes rencontrent deux femmes, et tout devrait aller pour le mieux, mais... L'un d'entre eux se laisse aller avec d'autres aventures. L'une d'entre elles va le mener jusqu'à un duel fatal.
...Du moins si j'en crois les scènes conservées, qui sont en désordre dans la bobine préservée, l'unique vestige d'un film qui reste assez mystérieux, notamment dans le fait qu'il soit signé non d'un, mais de deux grands noms du cinéma muet Danois. Un pedigree bizarre pour ce film adapté de Schnitzler. Par ailleurs, l'image choisie pour illustrer cet article est générique, il n'y a aucune trace de cette esthétique dans les treize minutes du film qui existent encore.
Un jeune homme de très bonne famille (Carlo Wieth) rencontre une vendeuse dans une boutique (Clara Wieth), et c'est le coup de foudre réciproque. Ils se voient souvent et trois mois plus tard, elle est enceinte. Quand elle le lui dit, il décide de faire ce qu'il faut: il vient annoncer son mariage à ses parents... Qui refusent, car la jeune femme est de basse extraction. les parents envoient le fils chez des amis, et le père va tout faire pour qu'aucun message de la jeune femme ne parvienne à son fils...
Selon la tradition du mélodrame, ça va aller plus loin encore: le jeune homme va rencontrer la fille (Zenny Petersen) des amis chez qui il séjourne, bien évidemment, des velléités de mariage, plus noble celui-ci, vont s'éveiller, avec la bénédiction des parents cette fois, et sinon la jeune mère célibataire va trouver son chemin de croix... Et comme le film est Danois, au bout: la mort.
Mais ce qui est frappant, en plus d'une certaine acuité sociale (le film fait le portrait sans fards d'une société bourgeoise et intolérante) et d'un ton résolument moderne (pas de chichis, et pas de temps morts, ici c'est un script signé du futur grand nom de la comédie burlesque, Lau Lauritzen, que Blom dirige), c'est à quel point le film prend totalement le point de vue de Clara Wieth, nous détaille son horreur, ses angoisses, ses fins de mois difficiles. L'accompagne sur son lit de mort, même... Et en la jeune femme qui la remplacera, elle a paradoxalement trouvé une alliée: c'est elle qui pousse l'homme qu'elle aime pourtant à recontacter la femme qu'il a trahie par faiblesse, et c'est elle enfin qui décide de poursuivre avec le mariage, assorti d'une adoption...
Rachel (Rosemarie DeWitt) se marie, alors sa petite soeur Kym (Anne Hathaway), ancienne toxicomane, revient à la maison. Elle est en clinique de réhabilitation suite à un accident dans lequel, shootée jusqu'à la moelle, elle avait conduit et précipité la mort de leur petit frère Ethan... L'ambiance va être compliquée...
Dès le départ, on est pris en plein dans le tourbillon insupportable d'un mariage en préparatin: c'est un avis personnel, et tranché, mais j'imagine qu'il y a des gens qui aiment ce genre de rassemblement. Pas moi. Kym aimait peut-être ça avant mais ici c'est difficile pour elle, qui est habituée depuis qu'elle passe de longues années à l'écart, à se centrer sur elle, et sur elle seule.
Du coup, elle dérape en permanence, revient toujours à elle, et c'est gênant! Et ça va finalement révéler qu'il y a un éléphant dans l pièce, comme on dit. Même si chacun sait que la mort de son frère a été un accident navrant, tout le monde lui en veut...
A commencer par elle-même.
C'est donc un film douloureux, et pas que dans son histoire: le déroulement est compliqué, avec un choix de caméra embarquée, de plans-séquences... une musique systématiquement diégétique, c'est-à-dire présente sur l'écran (Jonahan Demme avait un sacré carnet d'adresses). Et puis.. c'est un mariage à l'américaine, soit un concours du discours le plus lacrymal...
Alors pour faire court, Anne Hathaway est remarquable. Pour le reste...
Un drame mystérieux se joue, au retour de l'aventurier-journaliste-détective Stanislas Octave Seminario (Paul Meurisse) dit S.O.S. en France, après cinq années passées à crapahuter en Afrique: il est le bienvenu chez ses amis les Pescara, mais son meilleur copain Charles, le fils de la famille, fait d'étranges cachotteries... On le retrouvera mort sous peu.
Stanislas-Octave mène l'enquête, rondement, aidé (un peu) par Guillaume (Jean Tissier), le majordome farfelu qui écoute aux portes, par l'oncle Seminario (Jean Brochard), un juge irascible, et par Muriel (Micheline Francey), la soeur de Charles... Il y aura des poursuites en voiture, des bandits masqués, de l'illusion, un asile d'aliénés, une mystérieuse morte, un traître, des secrets enfouis, des chats et... une péniche.
Ne nous intéressons pas tant que ça à l'histoire, après tout: Jean-Paul Le Chanois et Jean Devaivre ont tout fait pour qu'elle mène aux scènes spectaculaires, plutôt que le contraire. C'est l'un des premiers films de genre (ici le noir) volontairement décérébré, guidé par le sens du collage et une certaine dose d'humour absurde, plus que par l'envie de faire passer un message. Et ça témoigne d'une volonté de faire du cinéma avant tout, qui permet à Paul Meurisse de jouer à la Tintin sans l'ombre d'u scrupule ni le soupçon d'un remords, une tendance qu'il se remémorera quelques années plus tard pour "sauver" la série des Monocles, en... la massacrant.
Réalisé durant l'année 1926 et distribué en janvier 1927, ce court métrage de deux bobines est l'avant-dernier film d'une très grande dame: Mabel Normand. Après avoir été chez Sennett l'une des stars, l'une des premières d'ailleurs pour le cinéma tout court, elle avait été frappée par un déclin de plus en plus prononcé, en particulier dans la faveur du public. Elle a fait partie d'un certain nombre de "vieilles gloires" du cinéma qui vont être repêchées par les studios Roach, soit pour les aider, soit... parce qu'ils souhaitaient désespérément travailler à n'importe quel prix: Betty Blythe, Nita Naldi, Theda Bara, Creighton Hale et Priscilla Dean sont tous passées par là...
Normand interprète une jeune femme qui est recueillie par un automobiliste (Creighton Hale): il est cambrioleur, elle est voleuse, ils sont faits pour s'entendre! Ils montent donc une affaire "à la Tod Browning": comme dans The exquisite Thief, le film de ce dernier, ils s'introduisent dans des fêtes organisées dans le beau monde pour y subtiliser des bijoux et, manifestement, de l'argenterie.
J'ai toujours été intrigué par Creighton Hale... L'impression qu'il dégage est qu'on aurait facilement le sentiment qu'il n'a rien à faire sur l'écran, qu'il est l'erreur de casting ultime. Comme s'il ne savait pas jouer, réagir, faire rire, et comme s'il était utilisé précisément pour ces défauts: ce film au titre générique (le nombre de ces courts métrages Roach avec "should" dans le titre est assez impressionnant) n'enlève rien à cette impression.
Pour Mabel Normand, c'est différent: d'une part elle a fait ses preuves, à la fois en incarnant des héroïnes délicates et sentimentales lâchées dans l'enfer de la comédie physique à la Sennett, et en réussissant à faire vivre ses héroïnes bien au-delà du cliché. Elle possédait un vrai timing, et la ressource mystérieuse d'un des visages les plus distinctifs qui soient... Ici, elle a 34 ans: le bel âge, certes, mais elle se remettait d'une tuberculose, et en prime elle s'adonnait à une toxicomanie galopante; ça se voit, quand même... Cela étant elle garde un talent corporel évident, qui est assez étonnant dans la mesure où elle joue sur la lenteur, et le décalage entre l'action et sa présence physique.
...Bref, elle fait quand même beaucoup penser à Harry Langdon.
Sinon, dans un film qui est loufoque à souhait, un peu répétitif mais bien construit, on verra aussi Eugene Palette, et une superstar en devenir: Oliver Hardy, rien que ça.
Nous suivons, de 1968 à 1974, l'itinéraire de Madame Claude, née Fernande Grudet (Karole Rocher): comment cette proxénète spécialisée dans la prostitution de luxe est devenue l'incontournable interlocutrice de la pègre, de la police et du gouvernement Français, à la fois impliquée dans, et peu au courant de l'affaire Markovic. Nous voyons aussi sa méthode, son recrutement, ses paroissiennes, ses façons à elle de montrer qui est le chef, et bien sûr sa chute...
Il y a probablement du Scorsese derrière tout ça: une personne ayant trempé dans des affaires louches et qui sans aucune langue de bois assume dans une voix off au langage fleuri ce qu'elle a été, ce qu'elle est, pendant que les anecdotes et les années défilent... Et il y a aussi un effort de reconstitution qui est un peu dans la lignée de l'auteur de Goodfellas, ainsi qu'un sens évident de l'esthétique de ces années 60-70 qui semblent aujourd'hui être redécouvertes par tout le monde dans tous les arts, tous les médias et tous les sens... Et ça implique aussi une certaine idée décorative de la sexualité.
Seulement, j'ai dit "un peu".
Parce que ce film distille, surtout, sous une pseudo-morale qui doit probablement être rudement profonde, un ennui certain, avec le jeu de ses acteurs, français, c'est à dire tous plus intenses dans l'expression et froids dans l'expressivité, qui déballent un dialogue d'une navrante platitude entre deux rails de coke. Oui, sans doute, il y a là quelqu'un qui s'est pris pour Scorsese. mais avec les intentions, on ne fait pas tout.