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8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 07:39

Mary (Kristin Davis) écrit, ou du moins écrivait. Elle considère qu'elle n'a plus à se lancer sur le marché maintenant que sa vie est faite et que sa série à succès fonctionne très bien, lui permettant de vivre avec son mari et leurs deux enfants, de façon très confortable. Et elle se souvient que l'acte de création n'a pas été de tout repos, la fragilisant toujours psychologiquement... Mais quand son mari (Dermot Mulroney) lui annonce avoir fait un très mauvais choix dans son travail (une affaire d'argent), elle est obligée de retourner à l'écriture. Et donc doit engager une nounou pour ses jumeaux... L'heureuse élue sera Grace (Greer Grammer), une jeune innocente tellement fleur bleue, tellement au-dessus de tout soupçon dans sa virginale blondeur, qu'on se demande comment le couple n'a pas repéré qu'ils allaient avoir les pires ennuis du monde... Ils n'ont sans doute jamais vu ni L'exorciste, ni Jeune femme cherche appartement, ni Saw.

(Oui, parce que vers la fin, ça tranche à tout va)

C'est un bon gros navet, bien mal fichu, qui coche toutes les cases les unes après les autres... Rien à en tirer, on décroche d'ailleurs très vite de cette route balisée de clichés et de rebondissements qui sont autant d'invitations à faire autre chose. La plupart des acteurs avaient sans doute un toit à réparer, des difficultés de fin de mois ou toute autre chose dans ce genre, et ce qu'on craignait est arrivé: entre les exceptionnels Mank, The Irishman, Roma et ce tas de boue gluant, Netflix est devenu un robinet à film, sans jugement, sans éthique, sinon l'envie de remplir l'espace avec tout et n'importe quoi.

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Published by François Massarelli - dans Noir Navets
7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 10:46

C'est un film d'horreur à petit budget, et comme souvent dans ce genre de cas, on a deux faces d'un même objet...

Côté face, une mère divorcée et sa fille pré-ado (Respectivement, Zoe Kazan et Ella Ballentine) effectuent un trajet de nuit, en voiture, à travers bois. Elles percutent un loup, et la voiture est endommagée: elle font venir un dépanneur, et contactent une ambulance. Mais elles ont remarqué qu'elles ne sont pas seules avec le cadavre du loup: il y a aussi une bête, non identifiée, qui est tapie dans l'ombre et guette leurs moindres faits et gestes...

Ca va être un massacre.

Côté pile, on apprend par un ensemble de flash-backs que la mère et la fille sont arrivée au bout de leur relation, semble-t-il. le divorce qui a été prononcé a donné la garde de la fille à sa mère, mais celle-ci ne sait absolument pas gérer la situation: elle boit, elle fréquente des hommes violents et qui ne valent guère mieux... Et elle a aussi des accès de frustration et de violence à l'égard de sa fille. Le voyage est la dernière occasion pour l'une et l'autre de se côtoyer, et la tension est palpable entre elles...

Là aussi, c'est un massacre.

Un film d'horreur qui est bien plus qu'un film d'horreur, ce n'est pas nouveau. De même qu'une oeuvre de ce genre qui se distingue par son souci de faire reposer l'essentiel sur la suggestion. Bien sûr, certains se plaindront qu'on voie le monstre, ce qui n'est pas le meilleur du film, mais comme la plupart d'entre eux se plaindront aussi qu'il ne soit pas en CGI, on ne va pas les écouter... Reste deux actrices, Zoe Kazan, dont j'ai déjà souvent dit le plus grand bien, et qui confirme ici son talent, dans un rôle de mère alcoolique au bout du rouleau, qui ne se vautre aucunement dans aucun cliché; et Ella Ballentine, qui avait quinze ans à l'époque, mais possédait la stature d'une fille de 12 ans. 

Elle est remarquable et apporte à son rôle de petite fille qui a mal grandi dans une famille déchirée, une sensibilité et une maturité hors du commun. Elle est la clé du film, avec sa relation étrange avec son monstre de mère, un monstre qu'il lui faut, littéralement et physiquement, affronter...

 

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Published by François Massarelli - dans Zoe Kazan
6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 10:12

Film "monumental" en deux parties (l'adjectif s'impose d'autant plus que c'était le nom de la compagnie de Reinert), perdu selon la cinémathèque de Munich, même si les archives Russes estiment posséder une copie de chacune des deux parties, Sterbende Völker a au moins survécu sous la forme d'une bobine de fragments plus ou moins disjoints. On peut y voir la dimension épique du film, son souffle pseudo-historique (l'intrigue y oppose l'empire Romain et les peuples proto-Germaniques, dans un écheveau de batailles, de pillages, d'incendies et de drames) et l'indéniable sens pictural singulier du metteur en scène.

Les quelques 9 minutes ainsi rendues disponibles nous font mettre la main sur l'incendie d'un village lacustre, nous montrent une transhumance hivernale dans les montagnes, qui anticipe sur la fabuleuse séquence célèbre du col de Chilkoot dans The Gold Rush de Chaplin, et nous donne à voir des fragments des prestations de Paul Wegener, Fritz Korner, Aud-Egede Nissen... Ca donne envie, donc. 

Reste le soupçon, toujours embarrassant: avec un sujet pareil, Reinert étant de droite (et là on parle de la droite Allemande des années 20), quels délires nationalistes s'est-il permis dans cette oeuvre? On ne saura sans doute jamais.

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Published by François Massarelli - dans Muet Robert Reinert 1922 *
6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 08:12

Des touristes Américains, forcément désoeuvrés, abordent une île du Pacifique... Un homme v tomber sous le charme d'une femme locale, au grand dam des passagères qui avaient toutes des vues sur lui (et sa grande fortune, ça va de soi)...

C'est un court métrage de 10 minutes, prétexte à utiliser le Technicolor deux bandes, en cours de raffinement à cette époque. C'est rempli de tous les clichés possibles et imaginables, et le premier but est atteint: oui, décidément, le Technicolor des années 20, c'est formidable... Mais pour le reste, circulez, il n'y a rien à voir.

...Mais c'est du rien en couleurs.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Technicolor
6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 07:46

Dominika Egorova (Jennifer Lawrence) est une ballerine du Bolchoï, qui ira loin... Le soir de sa grande performance, pourtant, son partenaire la blesse accidentellement... La jambe cassée, l'os littéralement brisé, pourra-t-elle marcher, et surtout danser? Son oncle, ponte des services secrets Moscovites, lui apporte la preuve que l'accident n'en était pas un, précipitant un acte de vengeance. Parce que sa mère malade a besoin d'elle, et que son unique rêve a été anéanti, elle accepte une proposition de son oncle: elle travaillera pour lui, et deviendra un "moineau", un agent à tout faire. Mais plutôt qu'une école d'espionnage, ça ressemble à s'y méprendre à une école de prostitution... Devenue un modèle, Dominika est engagée pour tirer au clair une affaire sombre, la recherche d'un agent double qui donne trop de renseignements aux Américains...

La guerre froide, c'était le bon temps, finalement! Le cinéma avait du tout cuit, du tout chaud, du prêt à servir, et nul n'était besoin de la moindre mise en contexte, on y était déjà. Aujourd'hui, les précautions oratoires prennent toute la place, d'où les quarante premières minutes du film. Cela étant, cette lente montée de l'atmosphère et de l'action du film servent au moins la caractérisation, puisqu'on y apprend à connaître, non seulement Dominika, mais aussi son oncle affreux (Matthias Schonaerts), l'agent Américain qui a déclenché toute l'affaire de la recherche de l'agent double (Joel Edgerton) voire les supérieurs de Dominika (Ciaran Hinds, Jeremy Irons et Charlotte Rampling dans un grand numéro de chef de camp d'entraînement avec une nette tendance au sadisme laconique). Et assez rapidement, on comprend qu'on est tombé devant un film qui d'une part va beaucoup sacrifier à la quête du sensationnel, et d'autre part va mettre en avant la notion de sacrifice à un idéal, tendance extrême.

Ce qui me fait immédiatement penser à l'admirable Lust, caution, de Ang Lee: Wei Tang y incarne une jeune idéaliste qui se révèle prête à tout, mais alors tout, pour se lancer dans une lutte contre l'envahisseur Japonais, mais qui va se prendre au piège de sa propre sensualité et tomber amoureuse de sa cible. Dominika va devoir se plier à des contraintes particulièrement drastiques, et coucher, recoucher, en public, avec tout un tas de personnes, et ça se voit: on est partagé. D'une part, bien sûr, l'actrice n'a subi aucune pression, et donne d'elle-même avec un aplomb remarquable... Mais d'autre part, on comprend assez rapidement de quoi il retourne, fallait-il en rajouter autant? Non seulement en matière de sexualité, mais aussi et surtout, la question de la violence extrême du film fait débat. Si le sujet reste bien une réflexion sur les sacrifices que le fameux "service au pays" requiert, ce vieux prétexte des salopards pour mener des saletés dans leur coin, reste que le film est surtout un tour de manège, mais au lieu d'y attraper la queue de Mickey, on y voit beaucoup, mais alors beaucoup, de sexe et de violence...

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Published by François Massarelli - dans Noir
5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 09:35

Joe Gardner est un pianiste de jazz, à Harlem, qui n'a jamais eu la chance de sa vie: se faire engager pour un boulot de pianiste, un vrai. Plus ou moins découragé par sa mère qui ne souhaite pas qu'il prenne le même chemin que son père, un musicien qui a galéré toute sa vie, il gagne la sienne en dirigeant l'orchestre d'un collège public local: et franchement, ils ne sont pas bons, à part une petite tromboniste qui m'a tout l'air d'avoir le feu sacré.

La chance arrive pourtant: un de ses anciens élèves, devenu batteur professionnel, lui signale que la grande saxophoniste Dorothea Williams se produit en quartet au club Half Note et a perdu son pianiste... Il se rend sur place pour une audition, époustoufle tout le monde, et apprend qu'il a le job! Il est heureux, c'est la chance de sa vie, il ne regarde pas où il va, tombe dan un trou, et...

...Se retrouve, âme en transit, sur un escalator galactique en direction d'une grande, très grande lumière. Ca ne lui convient pas, mais alors pas du tout, il se rebelle, et se retrouve dans un autre univers, un autre site de transit: non pas l'au-delà, mais le "you seminar", un endroit où les âmes des humains futurs sont dotés des caractéristiques qui les différencieront plus tard. Une fois dotés de leurs éléments constitutifs, elles peuvent aller vers la terre. Joe va devoir aider une âme réfractaire à tout valider, afin de lui prendre son badge et retourner sur terre, car l'âme n°22, de son côté, n'a pas, mais alors pas du tout envie de tester la vie terrestre...

C'est cette intrigue existentielle qui est le point de départ de ce film, pour lequel on distingue essentiellement trois aspects: d'une part, donc, un nouvel univers Pixar dans lequel une fois de plus on nous montre comment chacun peut compter (au fait, un thème récurrent en particulier chez Pete Docter: voir Monsters Inc, Up et Inside out), ensuite un portrait sensible et affectueux, à l'écart des clichés réducteurs, de la communauté afro-américaine; enfin, une belle promenade dans le monde du jazz et de sa difficulté: à l'écart des clichés, là aussi, et réalisé avec une rigueur qui laisse pantois. La séquence de l'audition est d'une beauté picturale, et d'une exactitude impressionnantes. Et non seulement les gestes de ces musiciens sont totalement crédibles, mais la musique en est aussi une version complètement dans la ligne du jazz actuel, c'est-à-dire qu'on y entend une musique qui vient en droite ligne des années 60 et de leurs cassures révolutionnaires, de John Coltrane (même si Dorothea Williams joue de l'alto et non du ténor) ou du quintet de Miles Davis de 1964 - 1968...

Mais avec Pixar, rien n'est jamais simple, et si on peut toujours essayer de leur reprocher d'appliquer une formule (conte initiatique + buddy movie + exploitation d'un univers représenté dans son intégrité), les films se différencient toujours par leur sensibilité, et par le fait que chacun d'entre eux représente un défi visuel, voire plusieurs... Et techniquement comme esthétiquement, celui-ci se distingue par son exceptionnelle richesse, et la façon dont les recherches picturales ont débouché sur un au-delà et un "avant" des plus singuliers, avec ces âmes rondouillardes et ces "guides" spirituels en fil de fer; l'animation y est superlative, les décors surprenants, et les gags distribués avec une précision d'horloger. 

Mais pour moi, le sel du film provient plus de la façon dont Joe, éternel loser, va revenir sur terre, et au lieu d'y retrouver le bonheur, y être confronté à son propre univers, mais par personne interposée, car quand il retourne sur terre avec un stratagème, il emmène accidentellement "22" avec lui, et au lieu d'habiter son corps, Joe va devoir passer une demi-heure de film dans la peau d'un... Non, regardez-le plutôt, je ne veux pas vous gâcher ce plaisir. Mais le conte initiatique double va aussi passer par la découverte du plaisir de vivre par l'âme n°22, dans la peau d'un pianiste de jazz frustré, et c'est irrésistible.

Et pour finir, le film a été fait dans un souci de respect culturel, de la communauté Afro-Américaine d'abord, mais aussi afin de ne pas enfermer l'intrigue existentielle dans une seule obédience religieuse. Une façon de respecter les religions comme celles et ceux qui n'en ont pas, ce que les Américains ont parfois tendance à oublier.

 

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Published by François Massarelli - dans Pixar Animation Pete Docter Disney
5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 09:21

Pour son unique film réalisé pendant le confinement, un moyen métrage de 29 minutes, Almodovar surprend à plus d'un titre: adaptation libre d'une courte pièce de théâtre (de Jean Coquetôt), une comédienne seule sur l'écran ou presque, et premier film en langue anglaise...

Une femme (Tilda Swinton) attend désespérément un signe de son amant: elle le sait, ils sont au bord de la rupture. Lorsque celui-ci se manifeste, c'est au téléphone... Seule avec le chien que lui a laissé l'homme, elle répond au téléphone et va prendre le dessus durant la rupture.

C'est cette même pièce de Cocktaux qui avait servi de prétexte à un des deux épisodes de L'amore, de Rossellini; c'est Anna Magnani qui interprétait le solo. Cette fois, Tilda Swinton fait preuve de son exceptionnel talent et de son extravagance aussi. Elle est à son aise dans un décor qui est, c'est souligné en permanence, un appartement construit en studio. Le générique, mais aussi la première séquence du film, se déroule sur fond de bricolage, puisque le point de départ du film est la décision d'acheter une hache afin de rompre symboliquement et de façon tranchante avec l'être aimé depuis quatre ans... 

L'exercice du solo est toujours aride, mais ici, repris en main par aussi l'actrice que le metteur en scène, réactualisé en deux langues (Tilda Swinton est Anglaise mais le cadre est Espagnol), l'intérêt de cet exercice de style de Jean Kocto se maintient, d'autant qu'on y retrouve inévitablement des accents de La fleur de mon secret... en attendant un hypothétique long métrage, pour lequel je serai évidemment toujours preneur...

 

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 10:43

Matthias Duval (Pierre Richard), éditeur un peu miteux (il édite des cartes postales supposées être drôles), flambeur notoire, rencontre une jeune héritière Américaine (Carey More), et le courant passe tout de suite entre eux. Mais Matthias apprend qu'elle a une jumelle (Camilla More), et il décide de s'inventer un jumeau, lui aussi, afin d'ajouter l'autre soeur à son tableau de chasse. Parallèlement, les deux soeurs sont manifestement impliquées dans de louches tractations avec un avocat au nom ridicule, Ernest Volpinex (Jean-Pierre Kalfon)...

Le scénario est d'Elisabeth Rappeneau, la soeur de Jean-Paul, et auteure pour lui du script de Tout feu tout flamme, et on retrouve ici un trait assez courant des films de cet autre cinéaste: le fait qu'on n'aime pas les personnages... Mais alors pas du tout. C'était d'ailleurs plus ou moins prévu puisque le film est adapté d'un roman noir, et qu'il a été confié à Pierre Richard un rôle foncièrement antipathique, avec ceci d'intéressant que la situation permet à Matthias d'inventer un autre personnage, plus décalé, qui correspond à un Pierre Richard que nous connaissons mieux. Mais le mal est fait!

Ces histoires de coucheries diverses et variées, ces jumelles Américaines qui prononcent avec difficulté un dialogue écrit par Boris Bergman (et qui est un sommet de vulgarité involontaire) en tenues toujours plus légères, ces moments obligés où Pierre Richard doit passer d'une chambre à l'autre, étaient sensés être une comédie. C'est surtout un pensum, long et ennuyeux.

Le seul film d'Yves Robert dans les années 80 (il a aussi réalisé une mini-série, L'été 36) est donc un ratage. Dommage, on arrive bientôt à la fin de sa carrière...

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Published by François Massarelli - dans Yves Robert Comédie
3 avril 2021 6 03 /04 /avril /2021 08:36

Avec un titre pareil, difficile d'échapper à la tentation de l'énumération, elle viendra donc, en temps et en heure... Mais avant, on peut affirmer qu'au regard de celui qui précède (In Bruges) et de celui qui suit (Three billboards...), ce deuxième long métrage de Martin McDonagh cède assez volontiers à une démarche de digression permanente qui donne assez souvent une impression d'un certain laisser-aller... Même si j'insiste bien sur le terme "impression". Quoi qu'il en soit le fait que le principal personnage soit scénariste en panne, Irlandais, et surtout s'appelle Martin n'est sans doute pas anodin. Et ça explique la tendance de ce film à naviguer constamment entre une narration directe d'une histoire linéaire et un certain nombre de bifurcations vers le méta-film, un commentaire obsédant et hilarant sur le genre pratiqué par Martin: le film, vous l'aurez deviné, de psychopathes.

D'où le titre.

Martin (Colin Farrell) est donc un scénariste miteux, coincé dans on projet que les commanditaires attendent de pied ferme: un script qui s'appelle Seven Psychopaths", et qui n'a rien d'autre de prêt que son titre! Il écoute souvent la conversation permanente de son meilleur ami Billy Bickle (Sam Rockwell) qui lui raconte de glorieuses et délirantes histoires de tueurs fous, que Martin tente de reprendre ensuite à son compte... Et sinon, Martin boit: comme le dit Billy, c'est son double héritage, étant à la fois Irlandais et scénariste à Hollywood! Du coup il est en train, lentement mais sûrement, de foutre sa vie en l'air, à commencer par son couple avec Kaya (Abbie Cornish).

De son côté, Billy aide un ami, Hans (Christopher Walken) qui gagne sa vie en kidnappant des chiens qu'il ramène à ses propriétaires en échange d'argent qu'ils lui donnent évidemment spontanément. Le problème c'est que Billy a kidnappé un chien, lui aussi: Bonny, le Shi-Tzu de Charlie Costello (Woody Harrelson), un mafieux dangereux, psychopathe n°3 sur la liste du film! Et il l'a fait, justement, dans le but d'embêter Costello, car Billy couche avec la petite amie de ce dernier (Olg Kurylenko). Du coup Costello se lance dans une vendetta sanglante et un brin déraisonnable, massacrant notamment l'épouse d'Hans.

Ce serait déjà compliqué, si l'on n'apprenait pas en plus que l'un des trois losers magnifiques qui composent le groupe de héros minables, est en réalité l'un (voire deux) des mythiques psychopathes contenus dans le titre du film! 

S'il y a une logique narrative dans ce film, elle est à géométrie variable et s'adapte à ce qui se passe sur l'écran. Le style de McDonagh tenant de la mécanique de précision, on en se perdra pas, c'est sûr, mais il faut parfois s'adapter aussi, et avaler les couleuvres d'un film qui ne se prive pas de laisser parfois les personnages admettre qu'ils font partie d'une fiction: Sam Rockwell en particulier, qui monopolise à lui tout seul une proportion impressionnante du grain de folie qui a présidé à l'accomplissement de ce film... Qui comme d'habitude oscille entre conversations rigoureuses, plans fixes, flambées de violence, comédie loufoque, humour noir, tragédie et danse de mort. Bref: tout un univers... Un univers qui ressemble beaucoup quand même à un film délirant qui serait né d'une diabolique crise d'inspiration, quand même.

 

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Published by François Massarelli - dans Martin McDonagh Comédie
29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 18:53

Ivy (Zoe Kazan) revient chez elle, pendant de courtes vacances. En quittant l'université, elle a aussi laissé derrière elle son petit ami Greg, avec lequel elle va maintenir une conversation de sourds, par téléphone. Elle revient avec Al (Mark Rendall), son ami d'enfance, auquel elle propose de rester chez elle... Ivy est épileptique, et la période va être difficile: elle se sent de plus en plus airée par Al, sent que Greg veut partir et casser leur relation, et sent que cette crise risque de la précipiter vers une crise... et Al n'est pas réceptif comme elle le souhaiterait.

Le film est fait d'une myriade de petits riens, ces passages de la vie quotidienne qu'on ne remarquera que lorsqu'ils vous arrivent. C'est un pari risqué, que le metteur en scène et son interprète principale ont construit pas à pas, en se livrant à des repérages minutieux, et en intégrant aussi, sans doute, une forte dose d'improvisation. Zoe Kazan, rompue aux rôles plus classiques au théâtre, et qui jusqu'à cette époque était surtout connue au cinéma pour des seconds rôles (son côté "physique de rigolote", sans doute?), tient le film à bout de bras. 

On s'accroche justement au film parce qu'il y a quelque chose en Ivy qui fait qu'on s'attache, parce que sinon, ça ressemble beaucoup à un énième marivaudage boueux dans les eaux troubles des jeunes de 20 à 25 ans, avec des portables dans toutes les cènes par-dessus le marché... Mais la façon dont le bruit, la distance sociale forcée par les circonstances urbaines, et même la circulation (dans les scènes de rue, la caméra est à bonne distance et les acteurs évoluent en toute liberté) ont été utilisés, et l'ancrage fort du point de vue d'Ivy, ont un effet bénéfique...

Rien que pour la façon dont Zoe Kazan tire de son propre naturel, de sa gestuelle spécifique, de son corps voire de ses propres tenues (il y a un naturel à porter certains vêtements, qui vous donnent l'impression d'être dans l'intimité d'un personnage. Ici, une étrange robe, des chaussures usées, un pyjama de fortune, aident à construire un personnage tangible) un personnage de chair et d'os, dans sa complexité et sa fragilité, nous maintient en phase avec le film. Attention, toutefois, c'est fragile: ce n'est pas un film d'action.

Et puis il y a, occasionnellement, un peu de magie: Ivy, seule avec Al sur un toit, croit être au bout du rouleau... Derrière elle, un ciel magnifique, magique avec ses formations de nuages. Un vol de pigeons enclenche un mouvement simultané des deux acteurs, qui tournent la tête vers la même direction. Un plan qu'il a sans doute fallu planifier et répéter, mais qui ressemble à un accident heureux... Une scène dont l'affiche se souvient, d'ailleurs, voir plus haut. Et LA scène qu'on attend, celle de la crise d'épilepsie, est vue à distance, filmée avec une immense pudeur. 

 

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Published by François Massarelli - dans Zoe Kazan