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24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 09:18

La jeune Else (Elizabeth Bergner) part en vacances avec des amis, à St Moritz. Sa beauté et sa fraîcheur, dans la petite station de ski en effervescence (ce sont les jeux olympiques d'hiver) ont attiré l'oeil d'un ami de son père, Von Dorsday (Albert Steinrück)... Pendant ces vacances, son père apprend qu'il est ruiné suite à un coup en bourse mal négocié. Les parents envoient donc à leur fille une lettre où ils lui supplient de demander un prêt à leur "ami". Celui-ci accepte, à une condition: voir la jeune femme nue... 

Le film prend son temps pour arriver à ce stade: les vacances et leur douceur de vivre, mais aussi le statut particulier d'Else dans la famille, une jeune adolescente insouciante et heureuse de vivre, qui est adorée par les domestiques (une scène au début montre les convives d'un dîner se boucher les oreilles quand le maître de maison se met au piano, et quelques instants plus tard les domestiques tendent l'oreille quand Else lui succède...). a perspective des vacances l'enchante légitimement, et la caméra véloce et mobile de Karl Freund s'insinue dans chaque pièce, à la suite de la bondissante demoiselle...

Tout n'est pas réussi: la scène de la découverte de la ruine par les parents sonne juste mais est trop longue, et de fait, on aimerait rester plus longtemps en compagnie de l'héroïne. Mais une fois la cruauté de sa situation connue, tous les efforts précédents paient. En effet, dans ce film où tout va se résoudre dans un déshabillage crapuleux et profane, le quotidien et une certaine dimension innocente de la jeune femme nous ont été détaillées, en particulier les efforts pour s'habiller, entre une robe de mousseline, qui soulignait sa jeunesse, les habits adéquats pour faire du ski... Et pour finir les atours d'une jeune femme, pour aller quémander une aide. Le film nous montre ces habillages comme en écho d'une nudité que nous ne verrons jamais vraiment, mais qui est le centre du fil, dans une scène extraordinaire et d'une grande tristesse.. Le film est inspiré d'une nouvelle de Schnitzler, il est inutile de dire que l'ironie domine, et que ça ne se terminera pas bien... 

Quant à Elizabeth Bergner, décidément après Le violoniste de Florence, on pourrait croire qu'elle aimait à interpréter les jeunesses... Mais c'est en phase avec son physique étonnant, et ce film n'en finit pas de nous convaincre, elle n'est pas Mary Pickford. Cette ironique et méchante initiation express est un conte d'une grande noirceur.

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Paul Czinner Muet *
24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 08:47

Pour commencer, Ravel travaillait souvent en collaboration étroite, exclusivement avec Tony Lekain à la fin de sa carrière. D'où une certaine ambiguité sur l'auteur: des filmographies attribuent en vérité ce film à Lekain et Ravel... Ce dernier est pourtant le principal maître d'oeuvre, une maîtrise acquise depuis son arrivée à la Gaumont au milieu des années 10, quand il avait a rude tâche de remplacer Louis Feuillade, principal pourvoyeur de films de la firme à la marguerite, parti au front... Ravel n'est pas Feuillade. Il n'est pas non plus Feyder, autre cinéaste avec lequel il a travaillé en collaboration, mais qui lui a volé de ses propres ailes dès 1916! Mais Ravel a un savoir-faire évident, qui le confine parfois à l'académisme, et parfois, va un peu plus loin: c'est le cas de ce film paradoxal.

Paradoxal, parce qu'un film muet adapté de Beaumarchais, c'est inattendu. Mais Murnau a bien fait l'un de ses films les plus attachants avec le Tartuffe de Molière! Donc Figaro est une comédie, qui utilise pour chacun de ses actes une pièce de la trilogie de Beaumarchais: Le Barbier de Séville occupe donc la première partie, Figaro le barbier (Edmond Van Duren) aide le comte Alma-Viva (Tony D'algy) à conquérir le coeur de la belle Rosine (Arlette Marchal); puis il entre à leur service dans la deuxième partie (Le Mariage de Figaro), où il lui faut empêcher le comte, polisson notoire, de porter à son tableau de chasse sa propre fiancée Suzanne (Marie Bell) également à leur service. Durant cet acte nous voyons les contours de l'idylle entre la comtesse délaissée et le jeune Don Chérubin qui sera par précaution envoyée guerroyer au loin par le comte. Au début de la troisième partie (La mère coupable), Chérubin meurt, et expie son péché... Sauf qu'il y a un enfant, et u'il n'est pas du comte... Profitant de l'arrivée d'un intrigant qui a des vues sur tout ce qui porte jupon, Figaro enfin marié réussit à empêcher le comte d'envoyer son épouse au couvent...

Bref, c'est Figaro sans aucune matière grasse politique, ni sentiment pré-révolutionnaire. Et ça passe très bien parce que Ravel a gardé toute la dimension amoureuse, le jeu sur le désir, sur les tractations, aventures, machinations, déguisements, dissimulations, etc... intacts. Si Figaro et dans une moindre mesure Suzanne ne sont plus les représentants d'une lutte sociale, ils restent les observateurs, et parfois les acteurs de l'amour et du désir... Et à ce titre, le film se rapproche de Lubitsch, qui n'était pas le dernier à utiliser les domestiques pour nous compter la polissonnerie de leurs maîtres... Et Figaro, surtout dans les deux premières parties, est joué par un danseur, et ça se voir de suite, Ravel utilisant à merveille sa capacité à bondir de scène en scène, et sa gestuelle est ce qui va durant tout le film apporter le mouvement... 

Les autres acteurs sont bons, mais force reste aux femmes, Marie Bell en tête, qui est une Suzanne aussi ingénieuse que son fiancé, même si à un moment, on la sent prête à succomber aux avances de son fieffé coquin d'employeur le comte... Dans ce film surprenant, les femmes en prennent un peu pour leur grade et les hommes, comme chez Murnau, se font facilement déshabiller, c'est ainsi. Remarquez, il y a du déshabillage pour tout le monde! Selon la tradition établie dans les années 20 et souvent respectée (voyez les films de Gance, ou des oeuvres comme Casanova de Volkoff, L'enfant du Carnaval de Mosjoukine, ou encore Mandrin de Fescourt), on figure la tendance d'une caste à l'orgie et à la débauche en proposant des petits spectacles sans queue ni tête (si j'ose dire), dans lesquels on déshabille les figurantes à tour de bras: ici, c'est au début de la deuxième partie que des bacchantes inconnues et dévêtues pataugent dans un petit bassin sous l'oeil ravi et coquin du comte et de sa cour... Après cela, c'est sans transition que j'ajouterai que par ailleurs, les costumes, quand il y en a, sont fort bien exécutés...

Enfin, Ravel n'est pas Murnau, il n'a pas un Karl Freund sous la main, et ce n'est pas Eisenstein non plus... Donc il n'y aura pas ici de prouesse de montage ni de caméra ultra-mobile. Il y a juste une mise en scène sensée, qui fait merveille de l'espace, et qui a la lourde tâche de suivre le bondissant Figaro d'une scène à l'autre, la scène étant ici un terme à prendre dans ses deux sens... Bref, une excellente surprise, pour un film qui n'est certes pas le chef d'oeuvre de la période mais qui se défend fort bien... surtout dans ses deux premières parties, et qui a le bon goût rare de ne pas durer trop longtemps, quand on connaît la propension du cinéma Français de l'époque à faire durer le plaisir au-delà du raisonnable... A déguster dans un blu-ray tout nouveau tout beau, effectué sur la base d'une copie magnifique.

 

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Published by François Massarelli - dans Gaston Ravel Muet 1929 Comédie **
21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 09:41

Dans les années 30, à Edinburgh, nous suivons plusieurs années de la scolarité de quelques filles dans une école privée sélective et prestigieuse: dans cette institution pour jeunes filles modèles, nous ferons la connaissance de quatre adultes. Miss Mackay (Celia Johnson) est la principale, rigoriste mais juste, et toujours soucieuse de ramener ses ouailles sur terre... Surtout que dans le staff de l'école, trois enseignants se distinguent: Mr Lloyd (Robert Stephens), le professeur d'art, est un peintre passionné et séducteur, catholique de surcroît; Mr Lowther (Gordon Jackson), le professeur de musique, est passionné d'opéra et emmène parfois ses élèves pour partager sa passion, sous l'influence de Miss Brodie (Maggie Smith), professeure d'histoire célibataire. Entre ces trois enseignants se joue un triangle amoureux d'un genre nouveau... Lowther et Brodie sont amants, mais elle lui refuse le mariage. Et elle tente d'oublier une aventure d'un soir avec Lloyd, qui en dépit de sa relation productive avec son épouse (six enfants) est encore et toujours obsédé par sa collègue...

Pendant ce temps, les élèves grandissent: Jenny (Diane Grayson), une beauté classique, dont Miss Brodie voudrait tant que Lloyd fasse le portrait; Mary McGregor (Jane Carr), une orpheline richissime et bègue, dont Miss Brodie va aider à vaincre la timidité, mais ce ne sera pas sans heurts, ni accidents inattendus: c'est elle qui sera le témoin d'un baiser fougueux entre Brodie et Lloyd! Enfin, Sandy (Pamela Franklin) est, souvent et une fois de trop, prise par sa professeure pour argent comptant, de quoi pousser à la rébellion...

Bien sûr que le film, adapté d'un roman et d'une pièce à succès (un classique, qui se joue encore de nos jours) sera un de ces formidables contes autour de l'éducation, où Miss Brodie (une bien différente personnalité que celle de Mrs McGonnagal!) est un peu le centre d'intérêt... Et bien sûr que les personnalités différentes des files, celles que Brodie elle-même appelle le "Brodie set" vont se révéler dans des anecdotes passionnantes, soit de leurs vies soit de celles de leurs enseignants. Mais si Jean Brodie est effectivement le personnage principal, qui a valu un Oscar à Maggie Smith, elle est loin d'être une héroïne. Au contraire: elle est, et c'est ce que prouve le film du début à la fin, une narcissique toxique, une égocentrique militante et une passionnée de politique qui n'a absolument rien, mais rien du tout compris à la marche du monde: elle soutient Mussolini (comme beaucoup d'Européens et d'Américains à l'époque rappelons-le), et Franco qu'elle appelle ses élèves à aller aider dans "son combat contre les forces du mal"... Et elle répète constamment à ses élèves qu'elles sont à elle, et qu'elle va les changer pour le meilleur.

On comprend donc pourquoi le rôle est fascinant, et Maggie Smith y est géniale, ayant compris qu'il fallait pousser l'exagération, la flamboyance du personnage jusqu'à l'extrême, tout en se créant une distance émotionnelle à toute épreuve: Miss Jean Brodie n'aime pas son amant, elle n'aime pas non plus les filles qu'elle croit façonner à son image... Du coup, Neame s'amuse beaucoup à tisser autour d'elle, et de ses amours affriolantes, un univers qui fait semblant de continuer à être empreint de rigueur et d'ascèse. Le fait que la dramaturge Jay Preston Allen ait signé elle-même le script est une autre garantie de qualité. Quant aux acteurs... Robert Stephens est fabuleux, comme d'habitude, et le duo entre lui et son épouse Maggie Smith est volcanique. Et le rôle inattendu, celui qui donne tout son sens à la pièce, celui d'une élève qui ne se laissera pas faire, mais un rôle également assimilable à celui de Veda dans Mildred Pierce, est une occasion en or pour Pamela Franklin, un rôle pour lequel il convient de ne pas avoir froid, et pas qu'aux yeux. 

Tout ça vous fait un film essentiel sur la façon dont une éducation se forge, et sur la façon dont ces années de confrontation peuvent a priori informer une vie entière. Un film qui est à la fois une comédie et un drame terrible sur la façon dont une personne qui croit être, selon les mots de Brodie, la crème de la crème (en français dans le texte) peut entraîner sur les autres, l'erreur, le drame et la mort.

 

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Published by François Massarelli - dans Ronald Neame
21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 09:12

Espagne, de nos jours... Dans un désert du Sud, on tourne un film publicitaire. C'est Toby (Adam Driver), un réalisateur ombrageux et revenu de tout, qui est aux commandes. Son ego le pousse à la confrontation systématique, avec ses techniciens, ses producteurs, son agent, et même ses amis. Lors d'une soirée, un gitan mystérieux lui donne un DVD pirate d'un vieux film tourné en Espagne: Toby y reconnaît son film de fin d'études, un Don Quichotte en noir et blanc tourné avec des acteurs non-professionnels... Il se rend compte qu'il avait oublié cette partie de son passé et décide d'aller faire un tour sur les lieux du tournage situés à deux pas, et d'essayer de renouer les liens avec les gens qu'il avait rencontrés à cette époque...

...Il n'aurait pas du. Il va revoir quelques fantômes du passé, et s'apercevoir que Javier (Jonathan Pryce), le cordonnier qui interprétait Don Quichotte dans son film, est devenu fou et se prend effectivement pour le chevalier de Cervantès. Pire: il est tellement obsédé par la perte de Sancho Panza (l'acteur qui l'interprétait est décédé) qu'il décide sur le champ que Toby est son compagnon et faire-valoir!

Après les faux départs de 1989, 2002, 2015, Gilliam a fini par le faire, son film maudit! Forcément, il a bien du changer et évoluer en fonction des nouveaux interprètes, et de la nouvelle donne mondiale. Par exemple, il est souvent question de l'obsession terroriste avec des gens qui crie à l'assassin dès qu'ils rencontrent des musulmans! Il y a sans doute beaucoup de Gilliam lui-même dans le personnage de Toby, même si on a du mal à le reconnaître dans cette créature insatisfaite et si facilement prise au jeu du compromis... Mais le lien essentiel entre un artiste, son oeuvre, son évolution, ses principes et sa vie personnelle ne peuvent que résonner dans la tête de Terry Gilliam, le fou de cinéma qui n'a jamais été capable de compartimenter sa vie de quelque manière que ce soit...

Et le film lui ressemble aussi, tant il est "gilliamesque": un homme oris et balloté entre deux mondes, et un autre qui est définitivement passé de l'autre côté: avec Toby et Javier, Gilliam nous donne deux créatures que nous avons déjà vues dans ses films, entre Sam Lowry, Parry, le baron de Mücnhausen, James Cole, et Qohen. De même, son histoire a déjà été traitée sous une forme évidemment différente dans The fisher king, mais nous savions déjà que Gilliam est un artiste avec une thématique féconde mais délimitée... Ce qui change dans ce film soigné, c'est à quel point le drame qui se joue nous apparaît comme une comédie, faisant presque (j'insiste sur le presque) de ce film sur le lien ténu entre un artiste et sa création, et son effet sur le monde, une comédie...

Adam Driver est formidable, ce qui n'est pas nouveau, mais se confirme de film en film... Dans le personnage qu'il a créé (avec un costume blanc du plus haut prétentieux, des mocassins - sans chaussettes! -, et une queue de cheval), il apparaît en effet comme le type imbuvable, revenu de tout qu'il semble être. Mais le traitement que lui inflige Gilliam va le faire passer par toutes les horreurs et toutes les couleurs! Il réussit à intégrer la comédie façon Gilliam y compris physiquement, c'est troublant. Le film bénéficie aussi d'un tournage en Espagne, où Gilliam a pu avoir la satisfaction de ne pas avoir à créer des merveilles en studio ou en images de synthèse: à plusieurs reprises, le cinéaste capte des images sublimes... 

Mais il y a un bémol, de taille. Non que cette histoire, qu'il a essayé de filmer cent fois jusqu'à l'obsession, parce qu'elle ressemble tellement à son cinéma et en fait à tous ses films, soit inintéressante. Non: cette histoire qui ne fait pas mentir son titre se joue essentiellement entre deux hommes, et quel que soit le talent des autres interprètes (et Rossy de Palma, Sergi Lopez, Stellan Skarsgaard, ou Olga Kurylenko ONT du talent), ils peinent à exister, et la cavale magnifique se transforme parfois, dans ce film où la patte du créateur est si permanente, en une représentation de guignol avec des pantins agités: bref: c'est un film de Terry Gilliam, pour le meilleur et pour le pire.

 

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Published by François Massarelli - dans Terry Gilliam
21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 09:01

Deux garçons qui viennent de perdre leur père sont recueillis par un oncle et une tante à la Dickens! Ils ne s'entendent pas et fuient en compagnie du fils d'un ramoneur, la pire racaille de l'hémisphère nord Fabian: celui-ci leur propose de faire un tour dans un petit voilier qu'il a bricolé. Mais le bateau ne tient pas le choc, et au terme d'un combat contre les éléments, s'échoue... Les trois garçons, déterminés à ne pas retourner chez eux, vont voler un voilier de luxe et partir pour une vraie croisière pendant que tout le monde les croit morts...

Film de vacances avec aventures pour rire, film moral aussi (le plus grand des trois garçons, interprété par Einar Hanson, est quand même un peu boy-scout sur les bords, et s'oppose à l'abominable et immoral Fabian), film de pirates en culottes courtes, conte initiatique et comédie... Les trois gamins qui ont tourné dans ce film, manifestement, ont apprécié l'expérience!

Quel que soit l'angle d'approche il y a quelque chose à glaner dans ce film de jeunesse de Gustaf Molander, l'ancien scénariste qui a pris du galon! C'est réjouissant, léger, souvent drôle et ça soutient l'intérêt pendant ses 100 minutes. Forcément, ça donne envie d'en voir plus, les comédies muettes n'étant pas légion en Suède...

Il y a une foule de bonnes raisons de ne pas avoir Netflix, ce film est tout le contraire...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Gustaf Molander
20 avril 2021 2 20 /04 /avril /2021 11:29

Deux femmes en cavale: l'une des deux a tué le mari de l'autre suite à un pacte, car elle avait promis de la protéger contre tout danger... l'ex-épouse de la victime fuit les avances de son amie, qui en revanche est, depuis toujours, amoureuse de l'autre...

De deux choses l'une: soit on va se retrouver face à un film baroque, dans lequel une fuite en avant glorieuse de deux femmes, entre meurtre et cavale, féminisme et loi de la jungle, culminera dans une puissante fresque cinématographique: c'est Thelma et Louise et si vous ne l'avez pas vu, mais qu'est-ce que vous attendez, bon sang?

...soit c'est adapté d'un manga sur lequel je ne dirai rien puisque e ne l'ai pas lu et ne le lirai jamais, et entre deux meurtres, les deux connes font des selfies, et rigolent comme deux andouilles en se promettant qu'un jour elles se tueront mutuellement. Sinon, le suspense est long jusqu'à la scène lesbienne graphique de la fin! Mais, comme l'écrivait Souchon, "le long de la route il y a de beaux paysages", alors dans ce film vide, tout est décoratif, y compris les traces de la violence du mari sur le corps meurtri d'une femme battue. C'est le film nullissime du jour...

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Published by François Massarelli - dans Navets
20 avril 2021 2 20 /04 /avril /2021 11:13

C'est le matin, le cartooniste Carter James se réveille dans un lit qui n'est pas le sien: il a fait la rencontre d'une jeune femme, Perri (Zania Simone), et de fil en aiguille... Bref: il se lève, et après les conversations d'usage, sur la suite à donner, ou pas, à leur relation, Carter sort pour retourner chez lui où l'attend son chien. Il allume une cigarette et sans le vouloir bouscule un passant qui s'énerve après lui; croyant à une altercation, ou voyant une excellente occasion de taper sur un Afro-Américain, un policier (Andrew Howard) intervient, agresse Carter, émet des doutes sur le contenu de la cigarette qu'il fume, puis de fil en aiguille, le menotte, le ceinture, appelle ses copains et le tue par asphyxie.

Carter se réveille dans le même lit: il est coincé dans une boucle temporelle, à lui de trouver le moyen de sortir de là, et d'empêcher le flic raciste et agressif de le tuer. 

Bonne chance: certes, le film est une comédie, et certes, il repose sur un postulat de pure fantaisie, et on peut même aller jusqu'à dire que cette intrigue, sa répétition, les efforts de tout genre effectués par Carter pour échapper à ce qui est sans doute son destin, sont souvent drôles, mais pas longtemps. Il ne s'agit pas ici de se contenter de refaire Groundhog days... Quand il réussit à parler avec l'agent Merk, et qu'ils confrontent leurs expériences, au final le résultat sera le même: qu'importe le motif, il y aura toujours une raison aux Etats-Unis pour un flic blanc de tuer un noir uniquement parce qu'il est noir.

J'attends évidemment les commentaires, les "il y en a des bien, quand même", mais à aucun moment le film ne dit que toute la police est raciste. Quand à ceux qui diront qu'il n'y a pas de fumée sans feu (dans le film, c'est Merk qui dit que quelles que soient les circonstances, il faut dire que ce sont souvent les noirs qu'on retrouve à voler des biscuits dans le bocal, mais ça revient au même, c'est con, con et méchant comme Nadine Morano et Eric Zemmour). Bref: dans ce film militant qui se termine sur une énumération de bavures impliquant la mort d'êtres humains noirs de nationalité Américaine victimes de la police, le rire s'étrangle, parce que c'est vrai.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Black lives matter
18 avril 2021 7 18 /04 /avril /2021 13:28

Un "single standard", c'est le fait de réclamer l'égalité absolue en terme de conduite, pour tous les membres d'un groupe. Appliqué à l'humanité, ça revient donc à revendiquer les mêmes droits de liberté et de séduction pour les femmes que les hommes. Le film étant nommé ainsi, il était derechef considéré comme louche par la censure, et promis à un beau succès.

Ce n'est pourtant pas un chef d'oeuvre, loin de là: Arden Stuart souhaite trouver l'âme soeur chez un égal, mais sa première tentative sera désastreuse: quand un chauffeur sera viré pour avoir fricoté avec elle (elle était consentante, bien entendu), il se suicide... Elle décide de rester farouchement indépendante, jusqu'à ce qu'elle rencontre l'ancien boxeur, peintre et playboy Packy Cannon (Nils Asther), elle est intriguée et ils partent pour les mers du Sud sur un coup de tête... Packy se lasse: quand ils reviennent, elle doit faire face au scandale...

C'est un catalogue de toutes les situations se voulant scabreuses, agrémentées d'un romantisme de pacotille. Garbo joue une caricature probable d'elle-même et le film s'abîme dans la dernière partie, quand elle devient mère d'un abominable enfant 100%Américain, avec boucles blondes et tout et tout. Et si on oubliait ce film?

 

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Published by François Massarelli - dans Greta Garbo 1929 Muet *
18 avril 2021 7 18 /04 /avril /2021 08:41

Le trou, d'abord, c'est la prison: finir au trou, dit-on. et puis après ça devient, bien, sûr, juste un vrai trou, celui que des prisonnier creusent afin de s'évader. Enfin, on pourrait aller plus loin, et parler d'un trou qui représenterait les aspirations déçues, quand on creuse pour n'obtenir au final, rien du tout. Enfin, c'est le trou qui nous attend tous, sans doute, sorte de représentation sardonique du destin... On le voit, le dernier film de Becker est riche, profond, et parfaitement philosophique: il éclaire sans doute tellement bien son penchant pour les histoires d'hommes qui finissent par une trahison (voir l'ensemble de ses films) qu'on le prendrait facilement pour étendard de toute sa carrière...

Claude Gaspard (Mark Michel) arrive à la Santé, en préventive. Il est accusé par son épouse d'avoir voulu la tuer, lui, sa version est différente. Ils se sont disputés, il voulait lui enlever le fusil des mains, le coup est parti... Elle n'est que légèrement blessée, lui est passible de 5 à 10 ns de prison, puisque le fusil était chargé, on considère qu'il y avait préméditation. Dès le départ, on s'attache à ses pas, et ce sera lui le personnage central, le Candide, par lequel le reste de l'intrigue sera vue et entendue. Et comme il sera le seul "bleu" dans une cellule autrement occupée par des criminels endurcis, ce sera bien pratique...

Les autres, ce sont des voleurs et des meurtriers, on ne saura jamais totalement ce qu'ils ont fait, on saura juste que deux d'entre eux risquent gros, très gros: on parle d'une menace de guillotine. Tous sont en préventive... Jo (Michel Constantin), Manu (Philippe Leroy), "Monseigneur" (Raymond Meunier)... et Roland (Jean Kéraudy),le roi de l'évasion, celui qui va superviser toutes les phases d'une évasion savamment orchestrée. Tous ces hommes ont été choisis parce qu'ils ne sont pas tous acteurs, et qu'aucun n'est une vedette...

Venu de nulle part, du monde des gens honnêtes pour se retrouver à la Santé, Gaspard va se sentir tellement chez lui dans cette cellule, qu'il va adhérer au projet. Au projet et aux hommes... Seulement pendant ce temps, le monde va continuer à tourner à l'extérieur.

Becker voulait des inconnus pour son film, adapté d'un roman de José Giovanni, qui lui-même retraçait une anecdote réelle: l'évasion ratée en 1947 d'un groupe de détenus. Parmi eux, José Giovanni, et Roland Barbat, dit Jean Kéraudy... 

Le monde de la prison en 1960 nous est raconté sans fards, en se concentrant sur la journée et le quotidien d'un taulard à cette époque, sur les rapports compliqués, d'une part entre l'administration et les gardiens, d'autre part entre les détenus et leur co-détenus... Des scènes entières sont dédiées à ces petits riens, ces vexations du quotidien, comme la fouille systématique de toutes les denrées qui sont envoyées de l'extérieur: le beurre, le savon, le saucisson, le gâteau de riz, tous ouverts, massacrés, mis en morceaux, écrasés par l'administration pénitentiaire pour y chercher des objets interdits... 

Et sinon, le gros du film se déroule dans la cellule où les prisonniers attendent leur jugement, et où ils préparent leur départ, une évasion qui cette fois aurait bien pu réussir: minutieusement préparée par un cerveau de la chose, le taciturne Roland, dont les gestes sûrs trahissent à quel point il sait de quoi il est question. Il y a un peu de la manière de Howard Hawks dans la façon dont Becker nous montre le travail des hommes. Sauf que chez lui, le travail est souvent dénué du lyrisme que lui donne le metteur en scène Américain... Mais ce qui frappe, c'est bien sûr à quel point le suspense habite chaque action des occupants de la cellule, unis dans leur but commun. Nous sommes, dès le départ, avec eux et contre le reste du monde... Et l'identification, devant ces hommes courageux et unis en apparence comme les cinq doigts de la main, est immédiate. Le suspense qu'elle engendre culminera dans une scène formidable, dans un plan extraordinaire, auquel Becker nous aura savamment préparés durant plus de deux heures haletantes...

Mais derrière le code des hommes, les obligations du quotidien, le partage systématique, l'honneur et la fraternité, il y  quand même le fait qu'à la fin, l'un de ces hommes trahira. On le sait très vite, remarquez, et on se doute d'où viendra la trahison. On pense souvent à La Grande Illusion, mais sans le bagage idéologique du film de Renoir. Mais on se rappelle de ce que disait le personnage de Pierre Fresnay: une prison, ça sert à s'évader. Eh bien chez Becker, on ajoute que dans une affaire d'honneur comme l'évasion de ce film, il y a forcément un traître...

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Becker Noir
17 avril 2021 6 17 /04 /avril /2021 18:30

Renée (Elisabeth Bergner) est une jeune femme de très bonne famille qui a tout pour être heureuse, ou presque: elle vivait seule avec son père veuf (Conrad Veidt), mais hélas: celui-ci s'est remariée, et la "nouvelle maman" (Nora Gregor), comme on la lui présente, ne lui plait pas, mais alors pas du tout. Son but en chaque chose étant de pousser la nouvelle venue dehors, la vie n'est pas très rose. Du coup le père prend la décision de trouver une pension qui veuille bien accueillir la capricieuse. Mais quant à la retenir...

Quand elle se fait la belle pour rejoindre son père en Italie, Renée doit faire face à l'inévitable: sans papiers, sans aide, elle n'ira pas loin. Elle finit par trouver un stratagème, qui implique de se déguiser en garçon. Mais une fois recueillies par un peintre qui s'est mis en tête d'immortaliser ce drôle de bonhomme, elle va devoir continuer la farce. Jusqu'à quand?

Elisabeth Bergner, tragédienne et actrice atypique, avait sa propre maison de production, un mari qui réalisait ses propres films, et pour tout dire, personne à qui rendre des comptes. Comme on le voit, l'entreprise était après tout florissante, leur permettant d'engager rien moins que Conrad Veidt lui-même! Le film est pourtant une comédie dans laquelle les efforts de Czinner sont réduits au minimum, laissant faire le décor splendide de l'Italie estivale, où le film a été tourné. C'est bien sûr Bergner qui fournit l'essentiel du travail, chaque scène et même chaque plan tournant autour d'elle. C'est un drôle de petit bout de femme, au physique intéressant, qui fait beaucoup passer par son regard. En dépit de ses 29 ans au moment du tournage, elle interprète une jeune femme qui sort à peine de l'adolescence, mais s'en sort très bien. On est plus circonspect devant la partie du film dans laquelle cette femme de 29 ans interprète une adolescente en fuite qui elle même se grime en garçon...

Cela dit, cette partie reste fascinante par l'ensemble de possibilités contenues dans les confrontations, notamment le fait que l'arrivée du "garçon" dans la famille du peintre reproduit pour la soeur de ce dernier la situation de jalousie déjà vécue par Renée prise entre son père et sa belle-mère; mais aussi et surtout en raison de l'étrange réaction du peintre à son égard, qui dira à Renée "par moments on dirait que tu es une fille. Si c'était le cas, je t'épouserais"...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1926 Paul Czinner **