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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 12:24

Une jeune femme (Clara Wieth) est présentée à un homme (Valdemar Psilander), dont elle tombe amoureuse: il est mormon, et décide l'emmener avec lui en Utah. Mais durant le voyage elle réalise qu'elle n'a plus le moindre droit, face à un homme qui s'avère brutal. Et les choses s'enveniment à l'arrivée aux Etats-Unis... Pendant ce temps, le frère et les amis de la jeune femme font tout pour la retrouver, et leur enquête les amène à Salt Lake City...

Salt Lake City, qui ressemble sans doute beaucoup à Copenhague! On peut éventuellement être patient et tolérant, et admettre qu'en ces temps reculés, le public populaire visé par la compagnie Nordisk ne voyait sans doute pas la pauvreté des tours de passe-passe mobilisés par Blom et son équipe, pour figurer une action située en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis... Des images authentiques de la rue de Londres où se trouvait le principal lieu de culte Mormon en Europe a été filmé, mais intégré sans être le moins du monde convaincant au montage!

On peut aussi voir que le film a été tourné à la va-vite, pour capitaliser sur la sensation de titres de journaux du moment, qui ont peut-être décrit les Mormons comme encore plus exotiques que la normale... Mais Psilander porte ici des costumes de grande classe, boit, fume, habite un intérieur bourgeois et fréquente les restaurants avec un haut de forme... Il officie à des cérémonies qui tiennent plus du délire, qu'on ne peut pas imaginer plus éloigné de la rigueur et de l'obsession de la frugalité et de la pureté qui sont les bases d'un fanatisme autrement plus dangereux que les éléments risibles du film, qui prouvent que le film a été fait sans l'ombre d'une tentation de documentation... 

Il faut aussi dire que Blom, sans doute, avait lu et appliqué à la lettre dans un film vite fait mal fait, les compliments nombreux (et justifiés) des critiques sur ses deux productions consacrées à la traite des blanches. On retrouve donc ici toute la gamme des frissons prodigués par les gros succès précédents: enlèvement, famille qui s'inquiète, poursuite, sauvetage de dernière minute, en plus de la cérémonie de baptême grandiloquente... Faut se méfier des mélanges: Mormons + traite des blanches, ça fait mal à la tête...

 

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Published by François Massarelli - dans August Blom 1911 Muet
12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 10:12

1845, en Orégon: un convoi de pionnier fait route vers la vallée de Willamette, un endroit fertile et dont le statut mythique provient du fait que beaucoup des gens qui s'y rendaient mouraient en chemin. Nous assistons à un voyage rendu difficile d'une part parce qu'une rumeur insistante prétendait que les Indiens locaux étaient assoiffés de sang, d'autre part parce que les gens qui composaient la petite caravane ne faisaient plus confiance en leur guide Stephen Meek (Bruce Greenwood), qu'ils soupçonnaient de vouloir les tuer afin de préserver la tranquillité de l'Oregon: une autre rumeur... Alors que les braves gens commencent à évoquer la possibilité de tuer Meek, ils vont faire la rencontre d'un Indien isolé...

La pari de Kelly Reichardt est insensé, à une époque où le moindre pln dépassant deux secondes est accusé de "ralentir l'action". Ralentir l'action! Et puis quoi encore? Car des fois, une histoire, ça prend du temps, et des digressions, et il faut poser le cadre pour commencer. Et ici on ne s'embarrasse pas de longs discours pour exposer l'intrigue, car on arrive dans le film alors que les jeux sont faits... On rejoint la caravane alors que les pionniers ont le sentiment de tourner en rond, et qu'ils parlent tous en permanence dans le dos de leur guide...

Les pionniers sont tous des novices, plus ou moins courageux ou solides pour faire le voyage. Trois couples, dot un avec enfant, et Reichardt nous montre bien, sans jamais le souligner à trop gros traits, une atmosphère patriarcale paradoxale, dans laquelle les femmes sont quasiment enfouies dans des vêtements informes, sous d'abominables bonnets (qui au passage, de façon fort pratique pour le spectateur, sont comme les robes de couleurs différentes pour les trois femmes, Michelle Williams, Zoe Kazan et Shirley Henderson), mais en vérité ce sont souvent les femmes qui vont mener le groupe, idéologiquement parlant: L'une (Shirley Henderson), déjà mère, possède une autorité morale sur le clan; la deuxième (Zoe Kazan), paranoïaque et à bout de nerfs, va beaucoup influencer la fraction la plus en proie aux rumeurs, à travers son mari (Paul Dano); mais le personnage principal reste Emily (Michelle Williams), qui va souvent prendre les décisions les plus sensées: elle se refuse à totalement condamner Meek, dont elle se méfie, mais ce sera elle qui montrera la plus grande ouverture d'esprit vis-à-vis de l'Indien, allant jusqu'à lui confier la responsabilité de la piste...

C'est troublant, le film (Tourné en 1:33:1, comme les westerns d'avant) a souvent l'air d'avoir été pris sur le vif, et sur les lieux même de l'action historique. On imagine que tous ces gens ont du souffrir, notamment les femmes dans leur costume pesant, sous le soleil de plomb d'un désert qui est souvent de sel... La narration prend son temps, mais tout est dans le geste, car le film fait aussi souvent que possible l'économie de la parole, qu'on devine une perte absurde d'énergie! donc il faut s'accrocher, pour rester captif d'un fil narratif ténu mis, au final, passionnant et qui pose sur cette période historique des questions cruciales: comment survit-on dans un milieu hostile, au jour le jour, à la minute même? Et sur quelles croyances, sur quels critères s'est créé la nation Américaine? Et enfin, si comme le souligne Meek, "les deux genres" ne sont pas identiques, quel a été le rôle de la femme dans cette "colonisation" d'un nouveau genre?

Enfin, comment ne pas penser au film de Griffith, The female of the species qui déjà, en 1911, abordait l'importance de la femme dans la route de l'ouest...

 

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Published by François Massarelli - dans Western Zoe Kazan
12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 09:57

Willy (Valdemar Psilander) est un jeune homme qui cause beaucoup de souci à sa mère: il a pris l'habitude de la laisser régler ses dettes, nombreuses, après ses frasques. Il est justement régulièrement en contact avec un homme qui lui a prêté de l'argent, et le soumet à une forte pression pour qu'il paie avec des intérêts exorbitants. Mais Willy voit surtout qu'Anna (Clara Wieth), la fille de l'usurier, est tout à fait à son goût. Quand il se met en ménage avec elle, pour la mère c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase...

Sous le vernis moraliste en diable (si j'ose dire!) Blom s'intéresse aux différents moyens de rendre le drame intéressant, dans des scènes systématiquement tournées en intérieurs: bien sûr, les miroirs ont leur mot à dire, placés stratégiquement, notamment dans la scène où ma mère découvre à la nuit tombée son fils cambriolant son appartement! La façon dont il utilise le clair obscur nous rappelle l'influence énorme que les longs métrages Danois vont avoir jusqu'à la première guerre mondiale sur l'ensemble de la galaxie cinématographique!

Il veille aussi au rapprochement des corps, et on voit comment la suggestion fonctionne dans son cinéma à l'époque... Clara Wieth-Pontopiddan, méconnaissable, s'enlaidit sous une perruque blonde et joue à fond la vulgarité quelconque, pendant que Psilander incarne un piètre jeune homme tellement habitué à se reposer sur sa mère qu'il va désormais devenir tributaire de la femme qu'il aime...

 

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Published by François Massarelli - dans 1911 Muet August Blom
11 avril 2021 7 11 /04 /avril /2021 10:12

C'est durant la période qui  suivi Orphans of the storm que ce film est sorti, et Griffith y retourne à l'évocation du Sud, dans un mélodrame cette fois... Il y tourne avec Ivor Novello et y retrouve Mae Marsh, pour la dernière fois.

Quatre personnages nous sont présentés: Marie Carrington (Carol Dempster), fille d'une riche famille du Sud, et qui attend son mariage avec un fiancé choisi par la famille; Joseph Beaugardé (Ivor Novello), beau parti et futur pasteur, mais qui souhaite vivre sa jeunesse un peu avant de plonger dans la rigueur qui sied à son office. C'est lui le fiancé de Marie... John White (Neil Hamilton) est un jeune idéaliste issu d'une famille pauvre, et il est amoureux de Marie, qui n'est pas indifférente... Enfin, Bessie (Mae Marsh) est une jeune orpheline qui se lance dans la vie et qui va croiser le chemin de Joseph.

Bessie va être enceinte, et le parcours de Joseph va se transformer en une épreuve de conscience... Une fois qu'il sera au courant, car dans un premier temps Bessie ne lui dira rien. 

C'est Griffith dans ses oeuvres, donc on a ici une forte présence du mélodrame... De la comédie aussi, parfois curieusement réussie comme quand Bessie commence à travailler pour un restaurant et que les serveuses lui apprennent à être plus aguicheuse... Il y a de la morale cette foi encore mais ce sont au moins les gens aisés qui en prennent pour leur grade: Joseph en particulier est la cible des attaques! 

Mais le film reste quand même bien en dessous de ses modèles, Way down east en tête, dont Griffith tente de reprendre l'atmosphère. Il est aussi, sans doute, coincé par une alchimie qui peine à se mettre en place entre ses personnages... Mae Marsh est fidèle à son style chez Griffith, et Novello réussit à être plus terne que Carol Dempster!

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 David Wark Griffith Muet *
9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 17:52

Sous titré La traite des blanches, III, le film montre bien comment ce thème était devenu un raccourci facile pour vendre de la pellicule. ce troisième film de la série initiée par August Blom n'ajoute rien, et est globalement moins efficace. L'intrigue reprend les contours des deux films précédents, en changeant peu de choses, si ce n'est que l'intrigue concerne désormais de nouveaux personnages.

L victime, Nina, est une musicienne dont le contrat avec un théâtre de Copenhague se termine, et qui tombe dans un piège tendu par un cercle de proxénètes qui alimentent leurs bordels de St Petersbourg en prétendant être les gérants d'un prestigieux théâtre Russe... A partir de là on retrouve tous les passages obligés: l'arrivée dans le bordel, la réalisation qu'il y a un problème, les tentatives de plus en plus insistantes de mettre l'héroïne "au travail", et l'enquête du valeureux petit ami.

Bref, on tourne en rond, et August Blom pendant ce temps avait été jusqu'à tourner un succédané déguisé avec Victime des Mormons

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Published by François Massarelli - dans Urban Gad 1912 Muet
8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 17:26

Une jeune femme de bonne famille (Henny Lauritzen) se prépare à convoler en justes noces avec un fiancé qu'elle n'aime pas, mais que ses parents ont choisi pour elle. Elle se console comme elle peut dans les bras d'un garde forestier, Poul (Frederik Jacobsen). Mais les choses vont prendre un tournant dramatique quand pour ne pas être surpris dans la chambre de la damoiselle, Poul se voit contraint de se cacher sur le balcon, dont il tombe... Accusé d'avoir voulu cambrioler la maison, le seul moyen est de trahir l'honneur de la jeune femme...

Le film est contemporain de Afgrunden, et des autres premiers films d'Urban Gad avec Asta Nielsen, ou encore du premier film de "traite des blanches" du même Blom, autant dire que c'est un moment de l'histoire du cinéma danois, lorsque la température a sérieusement monté! Ca reste assez prude toutefois, Blom réservant ses audaces pour les rapprochements clandestins des deux héros, dont les ébats sont bien sûr laissé à la discrétion des imaginatifs! Reste que le film s'introduit comme on le faisait assez peu dans le cinéma de l'époque, dans les alcôves de la bourgeoisie, et le fait avec une certaine franchise: par exemple, lors d'une escapade en pleine nature, Henny Lauritzen ouvre son manteau pour dévoiler... sa robe, certes, mais le geste est sans équivoque. Et Jacobsen répond en dénudant avec empressement... le bras de sa partenaire, on n'a rien vu, rien n'a été montré, mais on sait tout. La tension érotique obtenue est assez typique, finalement, de ce qui allait devenir la règle dans le cinéma Danois durant les années qui précèdent la guerre.

A noter que, bien qu'il soit privé d'intertitres, le film reste étonnamment lisible aujourd'hui...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1911 August Blom
8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 11:29

Un énorme succès, au cinéma, ça conduit généralement à la tentation d'une suite ou deux... August Blom avait déjà dirigé le très réussi remake d'une histoire de "traite des blanches" avec un film de 1910, il y revient, en changeant à peine l'intrigue, pour un film plus long et qui montre bien les progrès rapides du septième art dans ces années de formation. Le montage, les éclairages, la narration, tout dans ce film montre la maîtrise de Blom et des studios Danois...

L'intrigue est la suivante: Edith (Clara Wieth) est enlevée par une bande de proxénètes alors qu'elle se rend en Angleterre pour y vivre chez sa tante. On assiste à ses efforts pour résister à son destin abominable pendant qu'un détective remue ciel et terre pour débusquer la bande...

Dans ces conditions, le destin d'Edith (Clara Wieth sera aussi connue sous le nom de Clara Pontopiddan) est scellé, il va devenir tout bonnement celui d'une héroïne de feuilleton, trimbalée, enlevée, ligotée, sans jamais évidemment qu'une occasion ne se présente de la mettre vraiment au travail. Le film effleure donc le sujet, et s'il fournit un effort notable, c'est surtout pour rendre l'impression que l'on puisse, dans un film respectable, l'évoquer. A ce titre, l'actrice fait un travail impressionnant, compte tenu de tout ce qui lui arrive. La longue carrière de cette actrice éminente parle du reste pour elle...

Blom de son côté, un solide gaillard dont les films des années 10 seront parmi les fleurons du long métrage mondial, fait aussi un excellent travail, maintenant la pression dans ses péripéties, tout en soignant ici ou là d'une manière inattendue sa mise en scène. Il avait dans son premier film sur le sujet en 1910, divisé l'écran en trois pour une scène et ainsi lancé une mode qui allait être reprise de film en film, et il la reprend ici lui-même. Des exemples de split-screen, sous directe influence de ce film, allaient en effet inonder les écrans. Des films sur la traite des blanches aussi, cela va sans dire...

 

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Published by François Massarelli - dans August Blom 1911 Muet
8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 11:24

Eprise d'un musicien (Georges Thill), une jeune couturière (Grace Moore) désobéit à ses parents pour vivre avec l'homme qu'elle aime... en chantant.

C'st adapté d'une opérette de Charpentier, qui s'est impliqué dans la production, et dans la supervision de la prestation de Grace Moore, une soprano comme on les aimait dans les années 30 vieillissantes. C'est assez éloigné de Lady Gaga.

J'ai dit un jour que Gance avait fait trois types de films: des chefs d'oeuvre, des films mal foutus mais éminemment sympathiques, et des navets. Je me trompais, il a aussi fait Louise, un gâchis de pellicule sur 85 minutes. C'est au-delà de la dimension du navet.

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Published by François Massarelli - dans Musical Abel Gance Navets
8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 11:13

Avant 1910, on savait bien que le cinéma se mariait impeccablement avec l'érotisme... Mais c'était quand même limité, à la fois par les convenances, et par l'idée d'un cinéma essentiellement ressenti comme un divertissement familial. Tout change, finalement, quand le cinéma devient vraiment adulte, au moment où les Italiens, les Français et les Danois sans se concerter vont lancer le nouvel art vers des sujets plus vastes, des films plus longs, et des adaptations de romans (L'assommoir, d'Albert Capellani en 1908) ou des films à vocation historique (L'assassinat du Duc de Guise, de Le Bargy en 1908 aussi). C'est à ce moment qu'on a découvert au Danemark un filon.

Ceci est le premier film d'une longue série, qui va explorer les possibilités mélodramatique qui tournent autour du sujet de la prostitution. Une jeune femme (Kristel Holch) est détournée involontairement de son droit chemin, secourue, reprise par ses kidnappeurs, et au terme d'une folle équipée, secourue par un valeureux détective... ces événements apparaissent dans les six minutes du film qui ont été conservées (sur environ 45 minutes) mais elles sont plus facilement visible dans un remake immédiat (et illégal) réalisé par August Blom afin de capitaliser sur le succès du film de Cohn. 

...la vérité, maintenant, est qu'entre l'original et la copie, cette fois, il faut sans doute privilégier la copie.

 

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Published by François Massarelli - dans 1910 Muet Alfred Cohn
8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 11:13

On pouvait faire confiance au cinéma Danois pour montrer la voie à suivre, en ces temps lointains... Ceci est en effet l'un des tous premiers longs métrages de l'histoire du cinéma, en même temps qu'un des films les plus importants d'une tendance qui va durer quasiment jusqu'à l'aube des années 20, et se prolonger parfois au-delà...

L'histoire concerne une jeune femme (Ellen Dietrich) qui se voit offrir une position comme dame de compagnie, mais c'est un piège tendu par un réseau de "traite des blanches", bref un système de prostitution. Une fois arrivée à Londres, et alors que sa famille ne reçoit plus de nouvelles d'elle, elle va aller d'aventure désastreuse en enlèvement de dernière minute... Car pendant ce temps, une amie d'enfance qui a flairé l'entourloupe a engagé un détective valeureux (Lauritz Olsen)... Pendant ce temps également, sa famille est rongée par l'angoisse...

Le sujet était déjà l'objet d'un film qui a obtenu un immense succès, sous le même titre, et réalisé pour le compte d'une petite société par Alfred Cohn. Devant l'engouement pour cette histoire sordide, la compagnie Nordisk a sans aucun scrupule décidé de le plagier... On peut comparer le film de Blom à 6 mn de fragments du film de Cohn, et on voir à la fois les similarités et la supériorité évidente du deuxième film... 

Aux Etats-Unis, on n'avait pas encore trouvé la parade pour parler de prostitution dans les films, et ce long métrage aux péripéties de serial allait donner l'impulsion: puisqu'on ne peut pas en 1910 ou 1911 représenter la prostitution (d'ailleurs le terme est prohibé, et on se cache alors derrière le plus évasif d'esclave dans la "white slave trade"), autant montrer les contours: les moyens rocambolesques déployés par les bandits pour mettre une femme en confiance puis les façons de l'enlever, les hommes qui gravitent autour des cercles de prostitution et qui montrent de diverses façons leur désir de s'approprier une de ces femmes, etc... 

Le film va plus loin que ses suites futures, sans doute victimes d'une censure de plus en plus tatillonne: ainsi, l'héroïne est-elle souvent en grand danger de devoir effectivement laisser les hommes, visiteurs du bordel clandestin où elle est prisonnière, disposer d'elle, et ses "collègues", pour leur part, sont manifestement aguerries, et ne semblent pas se plaindre de leur sort. Une dimension qui disparaîtra dès le deuxième opus, également dirigé par August Blom. Par contre, le deuxième film reprendra aussi un truc innovant qui fera beaucoup parler de lui, et qui voit ici l'une de ses premières utilisations: le split-screen, dans lequel l'écran est divisé en trois sections pour enrichir la narration.

 

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Published by François Massarelli - dans August Blom Muet 1910 *