Le titre est l'une des innombrables façons que l'argot anglo-saxon a de qualifier quelqu'un qui a trop bu. Une façon d'annoncer la couleur, car ici Stan Laurel fait à son tour un portrait d'un joyeux fêtard mais contrairement à son collègue Charles Chaplin (One A.M. , 1916), il ne le fait pas en solo.
Le film a d'ailleurs du mal à démarrer parce que Laurel choisit de laisser son personnage s'attarder dans son leu de débauche et en dépit de bons moments, ça fait que le film se traine. C'est lorsque le personnage tente de rentrer chez lui, et finira non seulement dans l'appartement de quelqu'un d'autre (et de sa frêle épouse) mais aussi dans son lit...
C'est dans ces scènes de variations toutes plus loufoques les unes que les autres que le film finit par décoller... C'est a priori le dernier des films de Stan Laurel avant son retour chez Roach dans l'équipe des réalisateurs... du moins pour un temps; on sent ici qu'il est à la manoeuvre, mais en dehors de lui-même et en dépit de la solidité de Glen Cavender, il lui manque vraiment un partenaire à la hauteur, c'est d'ailleurs ce qui caractérisera les films à venir chez Hal Roach.
Twins est l'une des raretés du catalogue de Stan Laurel... Réalisé durant le contrat qui liait l'acteur à Joe Rock, distribué par Universal, c'est comme tous ces films un mélange parfois malaisé de loufoquerie profonde, de gags des plus sublimement idiots qui puissent être, et de facilités parfois embarrassantes... C'est aussi un film à l'intrigue simple, pour ne pas dire simpliste.
Un homme doit partir quelques jours pour son travail et quitte le domicile familial (et par là-même Alberta Vaughn, l'abominable mégère qui lui sert d'épouse). Au moment de prendre son train, il croise son frère jumeau Stan, soit le même avec des lorgnons, et lui propose de passer du temps dans sa maison. Mais évidemment, l'autre n'a jamais dit à son épouse qu'il avait un frère jumeau... Donc tous les coups sont permis, mais on râle quand même devant l'improbabilité de la chose!
Les lorgnons! c'est l'un des mystères liés à cette période de la carrière de Stan Laurel. Il les porte, par exemple, dans Sleuth ou West of Hot-Dog. Peut-être avait-on pensé que ça l'installerait de façon distinctive dans l'univers de la comédie burlesque. Peut-être que c'était une façon de lui donner une classe qui tranchait avec son propre univers burlesque... Sinon, bien sûr, ici ça nous permet de distinguer Stan de Laurel et Laurel de Stan dans les plans rapprochés avec truquages.
Sur la frontière Américano-Mexicaine, un magnat de la construction qui sortait d'un bar avec une conquête explose à cause d'une bombe dans sa voiture... Dépêché sur les lieux, le capitaine Hank Quinlan (Orson Welles), policier local dur et à la morale élastique, va passer plus de temps à essayer de chercher des ennuis à un témoin, Mike Vargas (Charlton Heston), un homme politique qui monte au Mexique, et qui vient juste de se marier, qu'à essayer de résoudre l'affaire... Et ça va aller loin, très loin, et aussi salement que possible...
J'allais même écrire "aussi salement que la censure de 1958 pouvait le permettre", mais ce ne serait pas tout à fait vrai puisque le film tel qu'on peut le voir actuellement, dans la version qui fait (plus ou moins, car il y a débat) autorité, va justement un peu plus loin, en étant particulièrement franche en matière de sexualité. Il y est aussi beaucoup question de drogue, mais sans jeu de mots volontaire, c'est un peu de la poudre aux yeux! On ne peut de toute façon pas faire l'impasse sur un aspect de Touch of evil qui est partagé avec tant de films de son auteur: dès que le tournage a débuté, les ennuis ont commencé pour Welles et le compte à rebours vers son éviction a été enclenché... Ca avait pourtant bien commencé, cette fois: un film noir, un genre donc dans lequel on attendrait forcément cette touche artistique et expressionniste que Welles ne peut s'empêcher de donner à tous ces films... Un acteur en vue, qui n'hésite pas à recommander Welles, et d'autres acteurs (Janet Leigh, mais aussi Marlene Dietrich) qui sont prêts à suivre les instructions du réalisateur à la lettre...
Seulement Welles ne pouvait pas se contenter d'un produit formaté. Il suffit de comparer le film avec n'importe quel film noir de la Universal en 1958 ou environs... Le studio ne brille pas par son originalité... Touch of evil, si: et dès le départ: un plan-séquence de près de cinq minutes dans lequel le metteur en scène cimente la véracité de son univers, la présence d'un couple (un Mexicain, une Américaine, ça n'avait pourtant rien de scandaleux, mais Welles sait qu'on peut lire entre les lignes) et il se paie même le luxe de commencer en très gros plan sur la bombe qui va détonner cinq minutes plus tard... Le deuxième plan, une explosion, est celui qui va précipiter le chaos dans une mécanique frontalière bien huilée: des gentils touristes, des gentils gens locaux, des gentils douaniers... Qui vont faire place à un chaos dans lequel on reconnaîtra un médecin lassé et blasé de tant de violence (Joseph Cotten), et surtout un policier odieux, véritable reflet de ses turpitudes (excès en tous genres, et on n'ose pas trop creuser): Hank Quinlan, un nouveau rôle à transformation pour Welles. Et le film est un festival de tentatives de mise en scène, de techniques, car Welles veut profiter du film noir pour TOUT expérimenter, le montage, la profondeur de champ, les plans-séquences, le clair-obscur mais aussi le son, et le tout en simulant un temps réel sur une journée puis une nuit...
Des frères ennemis de la frontière, des tentatives de fraternisation, des complots sous la table, des liens de famille dévoyé, des seconds couteaux dévoués jusqu'au sacrifice, une voyante, un couple à l'amour solaire et absolu, et un idiot en renfort: on est plus chez Shakespeare que chez Raymond Chandler, et cette particularité est plus Wellesienne que tout. On sait que quoi qu'il fasse, et dès Citizen Kane, le metteur en scène a tenté de faire comme Ford, élever le cinéma à a hauteur du barde. Une passion personnelle qui transparaît dans le film, et qui débouche inévitablement sur un constat amer: de par les ambitions de Welles, le film souffre d'un déséquilibre entre les intentions délirantes du metteur en scène, et le pulp assumé du sujet, jusque dans un viol contenu en ellipse, qui est du plus haut sordide... D'autant qu'il est l'objet d'un suspense crapuleux qui distille encore aujourd'hui un malaise certain. Mais cette insistance trouve aussi un écho dans les nombreuses promesses que le couple Leigh-Heston se fait, car cette nuit étrange, ne l'oublions pas, est supposée être la nuit de noces, et ils ont hâte... Janet Leigh ne s'en cache pas dans la voiture qui les conduit au motel fatal. Je ne vais pas pouvoir retenir la phrase suivante: on a presque envie d'ajouter que cette pauvre Janet Leigh devrait se tenir à l'écart des motels.
C'est doc devenu un classique par la force des choses, mais je pense qu'il est temps de le dire: je continue à penser que Welles s'est perdu après le massacre des Ambersons, et ce film a beau être un relatif retour en grâce, il n'est pas un très grand film. Il est un laboratoire dans lequel une certaine idée du cinéma s'expérimente sous nos yeux, et nos oreilles (le son, dans certaines versions, est du plus haut révolutionnaire), mais le fait qu'aucune version du film, il y en a trois en circulation, ne puisse totalement fonctionner sans référer aux deux autres, est gênant. Bien sûr, ce ne peut être imputé au metteur en scène. C'est le principal problème de Welles: on ne l'a plus laissé, après Kane, faire son cinéma comme il l'entendait. Et ça se voit.
Un avocat lessivé, Frank Galvin (Paul Newman) reçoit d'un ami et collègue qui lui veut du bien un tuyau pour se remettre en selle: lui qui est ce qu'il appelle un "ambulance chaser", un avocat réduit à faire la tournée des hôpitaux et des cimetières pour trouver d'éventuels clients, ne devrait avoir aucun scrupule à s'occuper d'une navrante affaire qui traîne en longueur: une jeune femme a subi une anesthésie dans un hôpital prestigieux et n'est jamais sortie du coma. La famille est prête à signer un accord avec les avocats de l'établissement, et Frank recevrait un tiers... Sauf qu'en s'intéressant à l'affaire, ce dernier se rend vite compte qu'il y a eu injustice, et son sens moral se réveille... Durant cette période (il faut faire vite, le procès est dans les dix jours), il fait la rencontre d'une jeune femme qui s'intéresse à lui, Laura (Charlotte Rampling). Une rencontre très opportune...
Un procès, quel merveilleux prétexte pour le cinéma. Ca fédère forcément les spectateurs, le suspense, bien géré, est inévitable, et l'histoire est automatiquement structurée... Pourtant la Fox et Richard Zanuck, le producteur, ont eu les plus grandes difficultés à accepter le script de David Mamet, et pour cause: celui-ci faisait tout peser sur la morale et sur le retour à la vie de l'avocat (qui nous en rappelle un autre, d'ailleurs, celui de Raimu dans Les inconnus dans la maison), au point où il avait décidé de finir le film avant l'énoncé du verdict! Une fois Lumet dans le projet, un verdict, donc une fin satisfaisante pour ces messieurs, s'est vue ajoutée à l'échafaudage... Mais ce n'est pas ce qui a intéressé le plus Lumet, ici.
Non, il a vraiment tout fait peser sur la transformation d'un homme, d'un déchet alcoolique et qui passait le plus clair de ses journées à jouer au flipper, à un homme qui reprend goût à son métier, qui retrouve ce qu'il avait cherché toujours dans la pratique de la justice. Et à travers ce portrait, qui n'est pas spécialement éloigné des conventions, d'ailleurs, Lumet nous montre autre chose: comment derrière les ors et les boiseries de palais de justice plusieurs fois séculaires, se cache un système assez franchement corrompu dans lequel la loi est plus souvent limitée à l'apparence de la justice: à ce titre, James Mason, de toute sa splendeur, joue un avocat de la défense sûr de sa finalité et qui trône sur un panel d'assistants tous plus dévoués les uns que les autres. Une prestation qui est un régal... autour de lui, pourtant, la morale souffre et Lumet n'oublie pas d'opposer les systèmes corrompus, là encore (dont cet hôpital géré par une secte bien connue (située à Rome) et dont les dignitaires semblent avoir oublié les messages fondamentaux de leurs écritures... ) et les braves gens, pions d'un système qu'ils ne peuvent maîtriser (La famille de la victime, à la recherche d'un deuil d'autant plus impossible que la jeune femme n'est pas décédée, un témoin qui a fui pour échapper à la machinerie du mensonge, etc). C'est un film généreux, qui bénéficie d'un savoir-faire qu'on ne présente plus.
La fin est on ne peut plus explicite: dignité retrouvée, Frank voit au loin la femme qui a failli le perdre. Une jeune femme payée par l'adversaire pour lui mettre des bâtons dans les roues, ou une certaine idée de la justice, qui menace tout avocat? Lumet ne répond pas, et fidèle au script, il stoppe le film en pleine course... La poursuite de la vérité, elle, continuera.
Dans une petite ville de l'ouest, un conflit entre, d'un côté, des éleveurs et la loi locale (James Finlayson) et de l'autre un valeureux outsider avec un chapeau bizarre (Stan Laurel) se résoudra sans doute à coups de Colt...
Ce film incomplet (il manque la deuxième bobine) est un éclairage intéressant sur la façon de travailler dans un studio comme celui de Roach, et nous en apprend aussi sur l'aspect décousu de la carrière de Stan Laurel à cette époque... Il était au départ prévu de réaliser un film parodiant une version de Wild Bill Hiccup avec William Hart: d'où le chapeau... Mais la chose a été rejetée par les décideurs du studio qui l'ont trouvé médiocre, et on t exigé des retakes. Le problème c'est que Laurel avait entretemps quitté le studio... Mais l'original de cette parodie, Wild bill hiccough, n'a donc jamais été achevé, et en lieu et place, on a sorti après le départ de sa star, ce Wide open spaces dont on ne connaîtra sans doute jamais la fin.
Pas étonnant dans ces conditions que Laurel ait écumé les studios entre 1918 et 1927... On voit que si son style comique fait de parodie, d'absurde, d'un refus de s'arrêter avant le ridicule, n'était pas du goût de tout le monde... Et nous voilà avec un film bien encombrant dans son incomplétude! A noter que Laurel y apparaît (voir photo) aux côtés de son envahissante épouse, Mae, voir photo, qui joue... Calamity Jane. Si.
En pleine nature, un très timide benêt se retrouve à échanger ses vêtements, contraint et forcé, avec un bagnard qui s'évade. On a déjà vu ça dans un film de Buster Keaton, Convict 13. Ce n'était pas son meilleur loin de là, et c'est aussi très vrai pour ce court métrage curieusement incomplet de Stan Laurel... curieusement, car malgré tout il semble ne rien manquer, mais la première bobine n'est pas complète, nous assure-t-on.
L'intrigue, si on peut utiliser le terme, permet en tout cas à Laurel de tenter un certain nombre de gags qui reviendront dans des films avec Hardy: une gestuelle récurrente des bagnards qui sont "dirigés" à la pointe d'un fusil, et qui lèvent la main droite en adoptant une démarche exagérée; une évasion à la bougie, qui sera l'occasion d'une série de brûlures du postérieur, etc... Des gags qu'on reverra sous une forme ou une autre dans The second hundred years, ou dans Pardon us. Sinon le gag de la bougie a été vu chez Roach dans Pick and shovel...
Le personnage de Laurel est incertain, vaguement efféminé, et manque de substance, ce qui sera un défaut récurrent de ces films Rock/Universal. L'équipe a recours à des truquages poids lourds aussi, le plus gênant étant celui qui voit Laurel, pendu, avec un cou élastique de deux mètres...
Deux jumeaux orphelins séparés à la naissance vont se retrouver sans se reconnaître: l'un est capitaine d'un bateau (James Finlayson), plus ou moins louche, et l'autre (Stan Laurel) est engagé de force pour faire la cuisine. Lors d'une mutinerie, les deux hommes se retrouvent face à face...
Le titre (un abominable jeu de mots en relation avec Brothers under the skin, un film dont la parodie est essentiellement limitée au titre) est une allusion à une marque distinctive, un élément indispensable à tout mélo tournant autour de deux personnes d'une même famille séparés à la naissance. Ils ont donc tous les deux un Z sous le menton, ce qui servira évidemment le final...
S'il est satisfaisant de voir Laurel avec Finlayson comme partenaire, et un film de deux bobines qui est une réappropriation comique du mélodrame, on attend mieux de Roach et de Laurel. Ici, la relation entre les deux stars est limitée au pugilat permanent, et c'est vite assommant. Si j'ose dire... Par contre, on se réjouira un peu d'une apparition du grand Noah Young, sous une barbe qui le rend presque méconnaissable...
Cecilia Kass (Elisabeth Moss) quitte son petit ami Adrian Griffin, un brillant chercheur spécialiste de l'optique... Et ça n'a pas l'air facile: il lui faut partir en pleine nuit, après l'avoir drogué... Elle se réfugie chez un ami de sa soeur, un policier qui vit seul avec sa fille adolescente. Pendant qu'elle y séjourne, elle apprend le décès d'Adrian: elle va même hériter via un fonds spectaculaire créé pour elle. Mais après une courte période de soulagement, elle commence à recevoir la visite de quelque chose, ou quelqu'un d'invisible...
Pour une fois, on va laisser de côté ce qu'Hitchcock a dit sur les films de genre, et l'importance d'y créer des méchants formidables, car ici, justement, le point de vue de ce film penche tellement du côté de l'héroïne, qu'on finit par ne plus voir du tout le méchant de l'intrigue. Le film, d'ailleurs, est à son meilleur quand il disparaît complètement, car il n'est qu'une vague menace. ...Pas si vague que ça, le titre reste bien sûr The invisible man, et sans jeu de mots c'est assez clair.
Notons que pour cadrer avec un siècle ou tout doit être expliqué (même si les gens dans leur vaste majorité sont prêts à croire à tout du moment que ce soit aberrant et rejettent tout ce qui est scientifique), on a cru bon de tenter de proposer une vision optique de l'homme invisible, et non chimique. Peu importe en l'occurrence, ce qui compte c'est qu'on croie qu'il y a quelqu'un quand on ne le voit pas, et la première heure du film réussit assez bien, en dosant aussi subtilement que possible ses effets, à assurer le coup! après... le soufflé retombe, on regarde la fin par politesse, même si on sait globalement où ça va!
Par contre, la grande surprise est qu'en faisant passer le point de vue intégralement sur l'héroïne, Whannel obtient de son film qu'il se consacre dans un sous-texte très pertinent, à l'histoire d'une femme battue, avilie, manipulée par un salopard toxique. Et tout y est, de l'extrême détresse psychologique de Cecilia (on connaît le talent jusqu'au-boutiste d'Elisabeth Moss) jusqu'à l'inévitable incrédulité de tout le monde en ce qui concerne ses allégations... Un tour de passe-passe, plutôt bien joué, avant que le film ne redevienne pour sa dernière partie un efficace thriller, sans beaucoup plus.
Un homme vient de perdre son épouse: le médecin le laisse à son chagrin, c'est une rude journée: en plus du décès (plus ou moins programmé) de la dame, il y a eu deux morts infantiles et un matricide particulièrement carabiné... L'homme prend le train pour rentrer chez lui, et pendant le trajet, il se retrouve face à un abominable garnement, qui se moque de tout, et en particulier du chagrin d'un couple dans le wagon, qui viennent de perdre leur bébé...
C'est un court métrage de 26 minutes, écrit et réalisé par McDonagh, et présenté triomphalement au festival de Cork; il a reçu un certain nombre de distinctions dont un Oscar en 2006... le metteur en scène agit ici, définitivement, en auteur, aussi bien d'un point de vue cinématographique (il se joue de devoir placer ses personnages dans un train en marche pendant environ 20 minutes de film, comme s'il l'avait fait toute sa vie) que d'un point de vue textuel. On le sait depuis le succès de ses longs métrages, McDonagh est comme Billy Wilder, le texte de ses films doit être respecté à la virgule près, et on le comprend particulièrement ici: le comique méchant et assez irrésistible du film se nourrit justement de cette précision verbale, qui installe magistralement, d'un côté la détresse notamment ressentie par le personnage principal (Brendan Gleeson), de l'autre une sorte de renoncement humain ultime, un pied-de-nez à toutes les convenances, incarné par le jeune Rúaidhrí Conroy.
Et comme dans les films des Coen, McDonagh a un talent incroyable pour la digression pertinente, ainsi ici, il installe une sorte de besoin pour le personnage principal comme pour le spectateur, d'entendre une histoire dont il est question à plusieurs reprises, avant qu'on ne l'entende. L'avantage du cinéma, c'est que non seulement on entend l'histoire de la vache qui avait trop de gaz, mais en plus on la voit, et sa chute est explosive...
A l'origine, un roman réputé inadaptable: tout de suite, on va s'en débarrasser, car ne l'ayant pas lu et n'ayant aucune envie de le lire, je ne vas évidemment pas m'y attarder! Non, ici on va parler de cinéma, de David Lynch, un peu de Alan Smithee, et ce sera déjà bien.
D'ailleurs, comment voulez-vous résumer ça? A l'époque de la sortie, des voix discordantes se sont faites entendre, qui critiquaient le côté "raccourci" du film (ce qui me fait froid dans le dos: ah parce que ce pensum était une version courte?), donc j'imagine que ce que Lynch a tenté était justement de faire un résumé de l'intrigue embrouillée. Donc, en très gros, dans un futur lointain, dans une galaxie située je ne sais où, deux familles régnant sur deux planètes différentes se disputent le contrôle d'une planète désolée sur laquelle on trouve une drogue indispensable et prisée par tous... Du chaos de cette histoire émergera un nouveau leader, Paul Atreides (Kyle McLachlan)...
Quelle salade!
Bien, donc c'est un échec, plutôt sévère, et un film qui accumule les provocations à se faire taper dessus: un jeu volontairement ampoulé, imaginez Star Wars mis en scène par Cecil B DeMille avec Alain Cuny et Henry Daniels (l'acteur qui chevrotait "Emperor of the world" dans The great dictator, de Chaplin), et vous aurez une petite idée de la façon dont ces acteurs, pourtant tous compétents, massacrent leur rôle... Sinon Lynch (ou la production? On ne sait plus) a privilégié un mélange extrêmement volatil de décors ouvertement en toc, de CGI antédiluviens, et de truquages optiques bâclés. Qui a eu l'idée saugrenue de constamment faire ponctuer les scènes du film, souvent très bavardes, par les pensées des personnages clé, je ne sais pas non plus, mais elle n'est pas bonne! Enfin tout ça est épouvantablement laid et dénué d'humour, ou alors involontaire...
Lynch est mécontent du film, au point de refuser de l'évoquer. On le comprend, en même temps: on ne retrouve pas son style, au delà des scories volontaires (rythme, décalage) dont il aime souvent à truffer ses films. On n'a pas l'impression d'assister à un rêve éveillé, mais à une sorte de répétition cauchemardesque d'une pièce de patronage par des acteurs amateurs. Quoi qu'il en soit, le metteur en scène a accepté de signer la version sortie en salle, mais a refusé d'être associé à d'autres versions plus longues, concoctées pour la télévision, il a donc dégainé le truc que font les réalisateurs mécontents d'avoir été dépossédés d'un film: il a signé ces redites du nom mythique d'Alan Smithee. La filmographie de ce dernier serait intéressante à établir... Plus intéressante que la vision de cet infernal navet.