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29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 17:09

Une femme fait boire son mari, une tante devient une suffragette folle, et toute la maisonnée est persuadée qu'une bouteille d'alcool est en réalité, soit du poison, soit du jus de citron... Le tout dans une farandole absurde et assez franchement jouissive en plus d'être rigolote.

C'est l'une des comédies de la compagnie Solax dont la maîtresse d'oeuvre était le plus souvent Madame Guy. Sa carrière de metteure en scène avait été mise de côté entre son mariage en 1907, suivi de son arrivée aux Etats-Unis, et la fondation de leur compagnie par les époux Blaché: la mission de madame Guy qui avait motivé son installation aux Etats-Unis, à savoir le fait de vanter les mérites du Chronophone Gaumont, avait été un échec total. Donc retour à ce que la dame savait le mieux faire: du cinéma...

Et du cinéma Américain, s'il vous plaît, mais avec un petit quelque chose en plus. Avec une certaine rigueur et une certaine persuasion dans le jeu des acteurs, il semble que la réalisatrice ici recycle les folles poursuites idiotes des films burlesques Gaumont et Pathé... Et le fait que le film ait souffert et que certaines séquences soient perdues à jamais, joue paradoxalement encore plus en sa faveur, ajoutant au délire...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 09:50

Un inspecteur de police, Park Doo-man (Song Kang-ho) mène une enquête compliquée et qui ne mène à rien, autour des meurtres de plusieurs femmes, tous liés par les circonstances: toutes jeunes, violées et étranglées, et tuées durant une averse carabinée. Il est rejoint par un inspecteur de Séoul, Seo Tae-yoon (Kim Sang-kyeong), qui va sérieusement remettre en cause et bouleverser ses "méthodes"...

Les guillemets s'imposent: confrontés à un serial killer en pleine cambrousse, Park et ses collègues sont bien incapables de quoi que ce soit, si ce n'est harceler la population jusqu'à trouver un coupable... Torturer? Pourquoi pas! D'ailleurs ils sont tellement désespérés qu'ils sont prêts à tout, y compris à "inventer" un coupable en désignant à la justice un gamin avec des problèmes mentaux, proie facile et qu'ils manipulent afin de lui faire dire tout et n'importe quoi...

Le film est âpre, violent, tourné dans des couleurs trafiquées pour être toutes plus moches que les autres, avec une teinte générale entre le brun et le verdâtre... Sauf deux nuances: les crimes ont souvent lieu dans un champ de céréales dont la blondeur tranche avec le reste. Et les victimes (pas toutes) ont en commun de porter des vêtements rouges... On oscille entre des scènes à la limite du burlesque, avec les pieds nickelés du poste de police qui se comportent comme des gosses ou des voyous, et le professionnel de Séoul qui n'en peut plus de leur immaturité... Mais le rire s'étrangle très vite, car si les méthodes changent vers plus de logique et d'efficacité, les résultats, eux manquent à l'appel.

Au final, le film nous offre une vision de la façon dont le crime et le mal finissent par tout corrompre, avec la rigueur d'une mise en scène qui choisi de s'arrêter aux faits, saisissant dans l'urgence uniquement les comportements des inspecteurs. La caméra se met presque à les suivre y compris dans leurs égarements, comme pour en suivre la véracité... ca en est même dérangeant, mais c'est voulu: voilà une approche fascinante du film de serial killer, qui semble prendre le genre là où il était, pour le bouleverser totalement.

 

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Published by François Massarelli - dans Bong Joon-Ho Noir Criterion
29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 09:24

1744: une petite noble Autrichienne (Elizabeth Bergner) débarque à Moscou. Sa mission? devenir l'épouse de Pierre III (Douglas Fairbanks Jr), l'héritier fantasque du trône après sa tante Elizabeth (Flora Robson). En dépit des frasques du potentiel empereur, le mariage a bien lieu, mais il tourne à l'affrontement, puis à la farce... Avant que le conflit entre les deux époux ne décident la cour à conspirer pour tout faire afin que Catherine ne récupère le trône pour elle toute seule...

Comme tout le monde, j'ai pensé inévitablement à un autre film, sorti la même année, sur le même matériau historique: The scarlet empress, de Josef Von Sternberg, est pourtant très différent... Il s'agit dans cet autre film de montrer l'irrésistible ascension d'une jeune femme romanesque qui se rend tout à coup compte qu'elle est un personnage de roman et semble ne pas avoir trop de mal à accepter cette destinée. Dans le film, la cour est dépeinte comme un lieu assez barbare aux yeux de la d'abord très prude Catherine, et Pierre III est dépeint comme un malade mental, inapte à diriger un pays. Czinner et Bergner (qui n'avaient pas connaissance du film Américain qui se tournait en même temps) pour leur part ont choisi de prendre un autre chemin...

Ca commence dans la comédie, une comédie leste où le marivaudage repose sur du vent: Pierre ne veut pas coucher avec Catherine, et celle-ci s'invente des liaisons fictives afin de le rendre jaloux. C'est que Catherine, interprétée comme elle savait si bien le faire en post-adolescente décalée par Bergner, est amoureuse de son prince, qui ne le lui rend pas bien, mais alors pas bien du tout. Une fois le mariage consommé, le lien entre les deux va se briser, et l'amour laisser la place à la responsabilité pour la jeune femme qui aura freiné jusqu'au bout pour sauver la peau de son mari...

Le film est tributaire de ses trois interprètes principaux, bien sûr, et on retrouve la patte du producteur Korda qui venait de triompher avec son film The private life of Henry VIII. mais ce serait une erreur d'imaginer que ce nouveau film de la London Production n'est qu'un démarquage de leur précédent succès. Czinner et Bergner, habitués à leurs propres méthodes, ont vraiment apposé leur marque sur le film à commencer par cet étrange petit bout de femme, cette actrice qui une fois de plus nous montre un parcours à partir de l'enfance... Bergner a cette fois bien du mal à nous faire croire qu'elle est une adolescente, trahie par sa voix. Elle ne fait aucun effort pour cacher son accent Autrichien, qui après tout sert le film, et elle promène ses grands yeux de scène en scène, sous le regard affectueux de la grande Flora Robson, et avec un partenaire étonnant: Douglas Fairbanks Jr avait un talent fou, et rarement autant de chances de la prouver et de se faire plaisir en interprétant un personnage ambigu... Dont acte.

Voilà, ne  nous amusons pas à chercher qui a fait le meilleur film, cela n'aurait aucun sens tant les deux films, qui commencent presque au même moment, et se terminent exactement au même endroit, sont dissemblables et racontent une histoire différente.

 

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Published by François Massarelli - dans Paul Czinner Criterion
28 avril 2021 3 28 /04 /avril /2021 07:38

Tourné après Her sister from paris par la même équipe (Le scénariste Hans Kräly, le réalisateur Sidney franklin, et l'actrice Constance Talmadge), ce film est à nouveau une pétillante comédie dans laquelle la bonne humeur et l'exubérance triomphent, tout en surfant sur les non-dits d'une situation très boulevardière: Constance Talmadge est Marian Duncan, une danseuse Américaine de passage en Russie qui fait chavirer les coeurs de deux hommes: le Lieutenant Orloff (Tullio Carminati), et le Grand Duc Grégoire Alexandrovitch (Edward Martindel). Elle est elle aussi amoureuse du lieutenant, mais celui-ci est sous la coupe de son supérieur le grand duc qui entend bien profiter de la situation. Quant à la Grande-duchesse (Rose Dione), elle sait à quoi s'en tenir, et a décidé d'agir... Provoquant dans une petite auberge une série de quiproquos, de confusions et de portes qui claquent.

La situation est toute entière proche de l'opérette, et on imagine très bien le grand Lubitsch s'attaquer à un tel film, avec son collaborateur fréquent Hans Kräly... Mais une fois de plus, Franklin n'est pas Ernst, et son film, aussi bien fait soit-il, n'offre de grands moments que sporadiquement. C'est bien sûr une comédie hautement recommandable, dont le rythme ne faillit pas, mais on est loin de la mélancolie sous-jacente de Her sister from Paris, qui bénéficiait d'un numéro de dédoublement de personnalité de la star, et bien entendu de la présence de rien moins que Ronald Colman. Ici, au moins, on a quelques marivaudages réjouissants en particulier entre Marian Duncan et le Grand-Duc... Franklin se fait parfois plaisir avec sa science des personnages (il est toujours doué pour les huis-clos à variation dans des situations scabreuses, et le prouve avec sa maîtrise du point de vue dans la dernière bobine), et a eu l'idée d'un très joli plan: en pleine mélancolie, Marian Duncan s'effondre sur un fauteuil et pleure. Par l'immense fenêtre à côté d'elle, on voit une neige insistante et surréelle (éclairée de l'extérieur de la maison) qui enfonce le clou de sa tristesse...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Sidney Franklin Constance Talmadge Comédie *
27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 18:08

Un monsieur d'âge moyen (Paul Biensfeldt) vit avec son épouse et la famille (uniquement constituée de femmes) de celle-ci, et... c'est un enfer quotidien. Il n'a aucune liberté, aucun répit et quand il essaie d'être tendre, c'est pire: il se prend des baffes. Il lit une annonce pour une agence matrimoniale dans un journal et prend la poudre d'escampette: il va se trouver une épouse à se mesure. Il en trouve une en effet, mais elle sourit tout le temps: y compris quand il s'étrangle avec une arête, quand il lui flanque une baffe ou quand il essaie de lui faire peur...

C'est une farce, en une bobine, ce qui n'empêche pas le film d'être soigné... On y retrouve avec plaisir, même si c'est pour une trentaine de secondes, Ernst Lubitsch alors à ses débuts cinématographiques, dans le rôle du conseiller matrimonial, mais le clou du spectacle reste quand même Lyda Salmonova, qui interprète la "femme idéale", un sourire niais constamment imprimé sur son visage. Le film, grâce à elle, tourne à l'absurde parfaitement assumé.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Ernst Lubitsch
26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 18:24

Ce film est une grande date à plus d'un titre: d'une part il est l'un des premiers longs métrages d'un pays qui a bien du mal à exister dans le monde du cinéma, dominé par les Danois, les Italiens et les Français. Ensuite, il est aussi l'invention d'un mythe cinématographique, certes plus ou moins adapté d'une nouvelle de Poe, mais qui va générer sa propre légende, au point de fournir une cargaison de remakes... De là à penser que ce film ouvre la voie à une kyrielle de films fantastiques Allemands, et non des moindres, il n'y a qu'un pas!

Balduin (Paul Wegener) est un étudiant à Prague, matamore et fort satisfait de lui-même: fin bretteur, beau parleur, séduisant, il supporte assez mal le rejet. Aussi, quand une comtesse qu'il a sauvé de la noyade l'envoie paître en raison de son statut social inférieur, il plonge dans le doute. Il écoute la suggestion d'un étrange personnage, Scapinelli, sorte d'incarnation du diable: celui-ci lui garantit la fortune en échange de "tout ce qu'il souhaite prendre" dans l'appartement de l'étudiant. Il prend... le reflet dans son miroir. 

Balduin parvient donc à la richesse, et les portes de la noblesse s'ouvrent toutes grandes pour lui. Mais il est suivi constamment, par son double d'une part, et par une mystérieuse Gitane... Les deux seront sa perte.

On est encore dans un cinéma dominé par les tableaux, les plans uniques qui suffisent à une séquence... Le film délaisse les possibilités du montage pour s'intéresser, d'une part, au champ lui-même, qui est systématiquement traité en fonction de l'effet qu'il produira sur le spectateur (exactement la démarche que suivra à la lettre Wiene dans son Caligari 6 ans plus tard); d'autre part, Ewers et Rye s'amusent avec des doubles expositions, permettant au double maléfique de Paul Wegener de faire peur à Balduin, et c'est rudement bien fait... C'est vrai aussi que le film prend son temps, en particulier pour laisser les effets, justement, faire leur petit effet! Mis on a souvent le sentiment d'assister à la naissance d'un grand courant du cinéma mondial, et ça, ce n'est pas rien!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913 *
25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 18:38

En Californie, la ruée vers l'or va bouleverser la donne, et pour une famille de propriétaires terriens qui vont tout perdre dans un pari idiot, l'arrivée de tous ces étrangers, qui parlent tous Anglais, est vécue come un traumatisme... Pourtant Dermod D'Arcy, le bel aventurier au coeur d'or (George Duryea) va émouvoir la belle et fière Josephita (Renée Adorée) et la convertir à la nouvelle donne... Mais ce ne sera pas facile!

La MGM est arrivée un peu tard dans la bataille des grands films épiques sur la conquête du territoire, d'autant qu'en 1923-1924, l'essentiel a été joué à travers la présence de deux chefs d'oeuvre définitifs: The covered wagon de Cruze en 1923, puis The iron horse de Ford en 1924. Néanmoins la firme du lion a mis en chantier le très beau The trail of 98 qui explorait sous la direction de Clarence Brown, la ruée vers l'Or aux confins de l'Alaska (et était lui-même aux confins du western). Ce film muet tardif avait tout d'un complément de programme sur le papier, mais le confier à Allan Dwan, vétéran encore plus qu'actif, et cinéaste au goût et aux capacités impressionnantes, en a quand même fait une oeuvre formidable...

Certes, on est en plein MGM land, mais Dwan transcende assez facilement le style maison, et s'approprie le cadre de manière impressionnante. Il donne à voir à plusieurs reprises sa vision d'une caméra mobile en mettant en avant le tumulte des boom-towns, avec un lent travelling arrière capté en hauteur, qui donne parfois l'impression d'être un zoom... Il garde un tempo constamment enlevé à son intrigue, et profite du beau visage plastique de Renée Adorée, qui domine sans aucun problème l'interprétation du film. Il utilise aussi à merveille les gros plans pour lui permettre d'exprimer les émotions requises par son personnage de jeune Californienne d'origine Espagnole... 

Réalisé entre The iron mask (pour Fairbanks) et The far call (Un film perdu, pour la Fox), c'est aussi son avant-dernier film muet, et sans doute le plus spectaculaire des films muets de la MGM produits cette année-là, avec l'étrange The mysterious island, bien entendu...

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Western Muet Allan Dwan *
25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 16:17

Une fée au milieu d'un parterre de choux nous démontre comment naissent les bébés...

Le film La fée aux choux est passé à la postérité comme "la première fiction" du cinéma: mon oeil! Le court film des frères Lumière L'arroseur arrosé (1895) ne l'a pas attendu. Mais on s'étonne aussi en voyant ce film, car il vient au bout de quatre années d'existence de la narration cinématographique... 

Tout simplement, cette "Fée aux choux" de 1900 est un remake, l'un des premiers de l'histoire: la première version, nettement plus élaborée, a eu tellement de succès, il en a été tiré tant de copies, que le négatif n'a pas survécu... Et au passage, de copies non plus. Donc quand on vous dit que La fée aux choux est le premier film de fiction, méfiez-vous: ce n'est pas celui qu'on vous montrera! Sans parler du fait que ce remake sera refait deux ans plus tard sous un nouveau titre, avec un scénario et un découpage deux fois plus évolué (il comprendra deux plans!)

Sinon, eh bien lisez l'intrigue, là haut: à part le fait que les pauvres enfants sont bien apeurés et donc doivent brailler tout leur saoul, il ne se passe rien d'autre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 16:08

Le futur: un policier observe avec rancoeur les robots prendre de plus en plus de place dans notre quotidien. Aussi, quand un scientifique qui a joué un rôle crucial dans le développement des intelligences artificielles meurt, il soupçonne de suite le premier robot venu. Et comme le film ne dure que 110 minutes et qu'on n'a pas trop le temps de compliquer, il a raison. Donc son pire cauchemar, des robots qui se retournent contre leur créateurs, devient réalité. 

S'ensuivent une phase durant laquelle le monde entier lui dit qu'il a tort, une phase durant laquelle il tente de prouver qu'il a raison, puis enfin le monde entier qui réalise qu'il a effectivement raison. Et puis c'est tout, ou presque. 

...Bien sûr, il y a Will Smith dans le rôle de Will Smith. Des zefféspécio en CGI (cris d'extase d'un côté, cris de vomi de l'autre), de l'action (ben, oui, en fait, mais c'est un film, donc ça bouge, hein), et puis le vide intersidéral. Une même pas adaptation d'un récit d'Isaac Asimov, transformée en une pub de presque deux heures pour Converse, c'est beaucoup. Ou rien.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 15:47

Au seizième siècle, lors d'une pause dans les guerres de religion, une dame de la cour, Isabelle Ginori, se fiance à un noble catholique, Henri de Rogier. Mais elle est convoitée par un seigneur protestant trouble, aux fréquentations interlopes, et à la morale douteuse: celui-ci intrigue auprès de la régente Catherine de Médicis pour avoir ses chances auprès d'elle, et obtient de la mère du roi l'idée d'un défi: un combat entre les deux homes, dont l'enjeu serait la main d'Isabelle...

Reprenons les mots définitifs prononcés par Max Ernst, en chef des bandits dans L'âge d'or: "Quelle salade!"... Il est fort probable que Renoir n'avait pas la folle envie de tourner ce film, pas plus d'ailleurs que Marquitta (aujourd'hui perdu) et son dernier muet, Le bled. Mais en aspirant cinéaste professionnel (ce qu'il croyait qu'il allait être un jour, comme quoi tout un chacun peut se tromper), il avait de bonne grâce accepté ces missions... ca part pourtant de bons auspices: la compagnie qui a produit ce Tournoi est la même qui avait officié sur Le miracle des Loups, et sur Le joueur d'échecs. Deux fantaisies historiques effectuées avec rigueur par Raymond Bernard. D'ailleurs les remparts de Carcassonne, un décor déjà utilisé pour Le miracle, allaient être repris aussi bien pour ce film que pour la production de La vie merveilleuse de Jeanne d'Arc, de Marco de Gastyne... Les costumes montrent un certain savoir-faire, aussi, alors?

Eh bien, honnêtement, où se trouvait Renoir durant le tournage? Qui a cadré ce film? Certes, en bon cinéphile, Renoir a du voir dans certains films de Griffith mais aussi dans Metropolis, ces plans où l'action importante est dans le fond, derrière ce qui normalement à l'arrière-plan. Des occasions pour les cinéastes de cimenter l'impression de réalité... Il tente de reproduire cet effet à plusieurs reprises et se plante généreusement, donnant l'impression qu'on a monté bout à bout des rushes des répétitions. L'action se traîne (en cause, certainement, la lenteur du défilement choisi pour le transfert), et que dire de ces moments à faire, où un gros plan bien senti aurait fédéré un peu plus les spectateurs à ce spectacle ennuyeux? Par exemple, au moment où l'abominable traître vient de tuer un homme et essuie le sans sur son épée avec les cheveux de sa maîtresse, appelait une implication de cadre et de montage, qui est ici absente. En lieu et place: un plan général, vite fait mal fait, hop! Les préparatifs du tournoi sont autant de plans qui semblent avoir été tournés par un amateur pendant une parade d'une attraction équestre quelconque... 

Renoir, sans doute, savait ce qu'il faisait, la preuve nous en est apportée par la façon dont il a traité la découverte d'un cadavre, partie importante de l'intrigue mais qui a été jetée par dessus les remparts en même temps que l'infortuné personnage. L'épisode est, là encore, traité en un seul plan: des soldats arrivent, en une grappe grossière. Ils voient le corps, et tous lèvent les yeux vers le haut des remparts: effet comique assuré. 

Je suppose que ce comique est volontaire, sinon, je soupçonne que le metteur en scène de ce film a aussi peu de talent, que, disons, l'acteur abominable qui gâche certaines séquences de, au hasard, Partie de Campagne, La bête humaine et La règle du jeu... Un certain Renoir, Jean.

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir 1928 Muet **