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27 mai 2020 3 27 /05 /mai /2020 16:47

Ce n'est pas le premier film de Becker, qui a déjà réalisé à droite et à gauche des moyens métrages, et a fini un long métrage avant celui-ci. Mais c'est une oeuvre très accomplie, et un authentique classique, d'ailleurs adapté comme Les disparus de St-Agil et L'assassinat du Père Noël, d'un roman de Pierre Véry... 

La ferme des Goupi, en Charente, est la propriété de la famille du même nom depuis des générations. Ils ont d'ailleurs fini par prendre l'habitude de se marier entre Goupi... Il y a le patriarche, Goupi dit l'empereur (Maurice Schutz), 106 ans, et pas si gâteux qu'on ne veut le dire; l'aubergiste dit Mes-Sous (Arthur Devère) parce qu'il est très près des siens; La-loi (Guy Favières), l'ancien gendarme qui passe le plus clair de son temps à la chasse; Tisane (Germaine Kerjean), la vieille fille, est une sacrée garce, qui mène tout son monde à la baguette; Goupi-Dicton (René Génin), appelé ainsi parce qu'il se réfugie toujours derrière des phrases toutes faites, ne sert pas à gand chose dans la famille, et Goupi dite "cancan" (Marcelle Hainia) est tellement souvent priée de la fermer sans sommations, qu'on en finit par se demander comment elle a bien pu acquérir son surnom...

Un peu à part, on trouve aussi Goupi "Tonkin" (Robert Le Vigan), le nostalgique des colonies considéré comme un bon à rien, et amoureux de sa cousine la belle Antoinette dite "Muguet" (Blanchette Brunoy). Vivant à l'écart, Mains-Rouges (Fernand Ledoux) est un taiseux, un chasseur lui aussi, avec une morale, mais qui reproche à sa famille d'avoir causé la perte de la femme qu'il aimait... Avec les Goupi, vivent aussi Marie (Line Noro) dite "des Goupi", une domestique que "Tisane" voudrait voir décamper, et le timide Jean (Albert Rémy), son fils, simple d'esprit... 

Quand commence le film, on attend deux arrivées: celle d'un veau qui met du temps à naître, et celle d'Eugène (Georges Rollin) dit "Monsieur", le fils de "Mes Sous". Il a suivi sa mère quand elle a quitté son mari, mais on aimerait bien qu'il se marie avec Muguet pour perpétuer la tradition. Son surnom (qui lui a été donné par contumace) est dû au fait qu'on croit qu'il a réussi, alors qu'il n'est qu'un modeste vendeur de cravates. Je vous laisse deviner le surnom que lui donnera la famille quand ils l'apprendront... Quoi qu'il en soit, quand "Monsieur" arrive, il ne mettra pas longtemps avant de réaliser qu'il est chez des fous furieux: Mains Rouges vient le chercher à la gare et lui fait subir un bizutage en règle, aidé par Tonkin qui en rajoute dans le bizarre, et un vol a été commis, sans parler d'un assassinat, celui de Tisane... Vol et assassinat qui ne vont pas tarder à lui être mis sur le dos, bien entendu...

Sorti en 1943, soit la même année que Le corbeau, ce film est tout aussi noir! Même si j'imagine que le but de la production était de se reposer sur le côté "policier familial" des romans de Véry, je pense que Becker s'en est donné à coeur joie. Comme tout film Français produit durant l'occupation a alternativement la réputation d'être vaguement collaborationniste, puis profondément résistant, j'imagine qu'ici la balance penche surtout de ce dernier côté avec cette famille qui s'enferme dans le chacun pour soi, le soupçon, les vexations (ah, Tisane et ses coups de fouet à l'égard du pauvre Jean qu'elle ne peut pas piffer!) et cette obsession maladive pour l'argent... Mais si on peut en effet croire que Mains-Rouges, un paria qui s'avère un juste authentique à la fin du film, tend à incarner l'esprit de résistance à la bêtise des autres, le portrait qui se dessine, dans un film aussi noir que ses merveilleuses séquences nocturnes, est celui de la paysannerie... Un portrait peu glorieux, mais pas non plus totalement à charge.

Et avec le style impeccable de Jacques Becker qui transpose en France une mise en scène sous forte influence Américaine, son enquête interne (ce qui se passe chez les Goupi doit être résolu par les Goupi!), ses drôles de pourparlers politiques, et ses alliances inattendues, Goupi mains-Rouges est assurément l'un des grands films noirs à la Française.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Becker Noir
26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 08:08

Le cinéma Français a très tôt raté le train du cinéma fantastique, malgré les efforts non négligeables d'un Méliès. Toujours cette idée que l'art devait rester réaliste, d'où un apport important en matière de proto-film noir... Mais la fantaisie, ce n'était pas suffisamment sérieux, ou alors ça entrait dans le cadre de l'avant-garde. Alfred Machin, qui n'était pas n'importe qui, s'est distingué essentiellement par un film pacifiste visionnaire en 1913, Maudite soit la guerre, des films animaliers et des films de safari (qui ont atrocement mal vieilli) ainsi qu'une envie de mettre en route la machine du cinéma en Belgique, ce à quoi il s'est employé. Mais en France, au milieu des années 20, il avait eu aussi cette envie de créer un cinéma du mystère à la Française...

Et pour bien faire, prêtons attention au deuxième nom qui est crédité ici en tant que réalisateur: Henry Wulschleger était aussi et avant tout un chef-opérateur, et cela se voit; le double crédit nous signale une collaboration parfaite entre un metteur en scène et un chef-opérateur qui fait un travail absolument remarquable dans ce film dont l'essentiel des scènes fut tourné de nuit, et qui en dégage un style très impressionnant.

Dans un petit village provençal à la quiétude trompeuse, un inconnu (Romuald Joubé) vient s'installer. La mine austère, un grand chapeau vissé sur la tête et ne se séparant jamais d'une grande cape, il intrigue puis fait peur: d'ailleurs, il s'est installé dans le grand manoir vide, derrière le cimetière. Des événements commencent à se produire la nuit, qui vont semer la panique.

L'intrigue se double aussi d'une histoire sentimentale, qui n'est pas le plus réussi du film: un jeune violoniste (Gabriel de Gravone) et une jeune femme du village (Lynn Arnell) mais le père de celle-ci ne veut pas de cette union. Et puis il y a l'acteur Cinq-Léon, acrobate, acteur comique et homme de cirque, qui joue un énigmatique (lui aussi) valet de l'homme en noir, gardant un chimpanzé. Il apparaît très tôt que cet homme poursuit un but malhonnête et que le chimpanzé est utilisé dans des cambriolages, ce qui a d'ailleurs pour tendance à affadir le mystère... Le fait qu'il y ait un animal, aussi, est à porter au crédit de l'intérêt de Machin pour toutes les bestioles, qui peuplaient ses films dans tous les genres.

Avec son histoire naïve, le film a le bon goût de rester relativement court, et de maintenir l'intérêt et la curiosité, jusqu'à une sombre histoire de poison qui va causer un accident ferroviaire, générant ainsi du suspense: rocambolesque, mais il est à porter au crédit des réalisateurs d'avoir réussi leur coup sans jamais perdre de vue le spectateur! Enfin, le film est certes assez mineur, avec ses personnages comme empruntés à Gance (Gabriel de Gravone et son violon comme dans La Roue) et Feuillade (Romuald Joubé en remake de Judex) mais franchement la photographie est une splendeur, avec ses trouvailles stylistiques qui feront date, comme cette vision d'un homme inconnu derrière la fenêtre...

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Alfred Machin
24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 16:56

Avant ce musée de cire, il y a bien sûr Doctor X, premier film d'épouvante de Curtiz, qui partage plus d'un point commun avec celui-ci: Lionel Atwill dans un rôle clé, le Technicolor, Fay Wray, un ton hérité des différents genres auxquels il emprunte (film de gangster, film d'horreur, comédie journalistique...), mais ce nouveau film apparaît plus structuré; l'histoire est connue:

Un musée de cire s'ouvre à New York, hérité du souvenir d'un autre établissement brûlé 25 ans auparavant par un malhonnête actionnaire; les héros du film finissent par rapprocher les activités du musée de la disparition d'un certain nombre de cadavres de la morgue...
Michael Curtiz était par bien des côtés le symbole de la renaissance de la Warner, lui qui avait été débauché de son travail dans les studios Européens en 1926 pour permettre au studio d'acquérir un statut plus  noble, en réalisant pour eux des films spectaculaires: c'était l'idée. Ca n'a pas empêché les producteurs maison de l'employer à tous les genres, de la comédie musicale au western en passant par le film policier. Et le plus souvent, Curtiz a délivré en temps et en heure des oeuvres à succès... Plus prestigieux que Dieterle, moins à cheval sur les idées de ses films qu'un Wellman, et nettement plus adroit qu'un Del Ruth ou qu'un Lloyd Bacon, Curtiz était le joyau de la couronne chez les frères Warner, et c'est lui qui depuis 1929, était en charge dans le studio de la mise en scène de films en Technicolor.

La mise en scène de ce film est plus épurée, moins brute et délirante que celle du Doctor X, mais dans les grandes lignes, cette épure permet à Curtiz de retenir les principaux effets d'épouvante de son film précédent, tout en situant les protagonistes dans un espace un peu moins stylisé. Mais les correspondances sont nombreuses: la présence de Igor, émigré (Déjà à Londres, c'était un étranger) et exilé dont les souvenirs le hantent et motivent sa vie, et sa folie, vient en écho au meurtrier cannibale soi-disant bienfaiteur de l'humanité, alors que les hommes qui l'entourent ne sont pas reluisants non plus: un drogué (Le mot Junkie est franchement utilisé plusieurs fois), un sourd-muet vaguement idiot (On reconnait Mathew Betz, qui croisait déjà Fay Wray dans The wedding march en 1928)... Le tout en pleine fin de la prohibition, avec les débordements que cela implique (Le gentil héros: "C'était mon Bootlegger, inspecteur/ on peut en parler, maintenant, non?"). Au cannibalisme créateur, Curtiz substitue ici une action artistique tout aussi monstrueuse, avec de nouveau un Lionel Atwill qui tire les ficelles: on se rappelle que celui-ci agissait déjà en metteur en scène dans Doctor X, mais cette fois-ci il donne de l'action artistique une vision qui fait froid dans le dos...

Le processus artistique dans ce film repose en effet sur l'appropriation pour un musée de cire de cadavres, parfois trouvés à la morgue, parfois provoqués. C'est le cas d'un juge qui s'est avéré gênant, c'est aussi le cas d'une jeune femme qu'on va "suicider" puis dont le corps sera volé pour en faire une réplique de Jeanne D'Arc. Igor, qui montrait déjà à Londres une tendance à la sociopathie, parlant plus à ses créations qu'aux hommes de chair et d'os, va se transformer en un monstre obsédé par une certaine forme d'amour nécrophile pour ses créations détruites, dont bien sûr la Marie-Antoinette dont il était si fier et qui pour lui renaît quand il aperçoit Fay Wray. Alors bien sûr que rien ne tient debout dans l'idée d'immortaliser pour un musée de cire, le corps se tordant de douleur d'une femme sur laquelle on fait tomber des centaines de litres de cire bouillante... Mais c'est justement cette folie qui fait le jusqu'au-boutisme du personnage, et donc du film...

Un dernier détail enfin, si Glenda Farrell est quelque peu irritante en Cagney féminin (Quoiqu'elle fasse partie d'un ensemble de rôles de femmes d'action notables, parmi lesquelles on retrouve beaucoup d'héroïnes Curtiziennes), la présence de Fay Wray (Souvent nommée "The Scream Queen" à cause de son rôle dans King Kong, durant lequel elle crie, disons, beaucoup...) donne lieu ici à un très beau champ-contrechamp, pas une habitude de Curtiz qui faisait tout pour les éviter:vue de trois quarts dos, elle touche le visage d'un assaillant, qui se casse; puis, vue de trois quarts face, alors que le visage de l'homme lui apparaît désormais défiguré, elle écarquille les yeux, ouvre la bouche, et pousse avec un léger retard un cri d'effroi: elle est absolument convaincante, pour le plus beau cri de sa carrière, elle qui admettait avoir préféré le muet, car on ne l'y faisait pas crier, elle fait dresser les cheveux sur la tête dans cette séquence...

Le film, après des années de purgatoire, durant lesquelles il n'était trouvable qu'en bonus de son remake, est enfin reconnu à sa juste valeur et a fait l'objet d'une salutaire restauration, et d'une parution très soignée en Blu-ray. 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code Technicolor
22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 11:32

Wei-Tung (Winston Chao) et Simon (Mitchell Lichtenstein) vivent tous deux ensemble, ce sont les années 90, donc pas question pour eux de mariage, mais leur couple est en harmonie... pas avec les voisins, certes, mais sinon tout va bien. Wei-Tung, émigré de Taïwan et parfaitement intégré, n'a en revanche jamais osé dire à ses parents, qui aimeraient tant le voir marié et père, qu'il est gay. Il doit donc se coltiner des questionnaires en provenance du pays, et des correspondances avec des jeunes femmes conseillées par sa mère! Pour mettre fin à la situation, il accepte la proposition de Simon: il va se marier avec Wei-Wei (May Chin), une jeune artiste en mal de carte verte, et inviter ses parents, qui ainsi le laisseront enfin tranquille... Mais ça va souvent s'avérer une mauvaise idée...

Il y a un soupçon de Billy Wilder, propice à la comédie triste, dans l'idée de départ de ce film formidable. Le fait de construire sur du vide, ou en tout cas sur un gros mensonge, nous rapproche en effet de l'univers du grand cinéaste tout en permettant à Ang Lee de parfaire sa réflexion douce-amère sur les contraste et oppositions violents, liés à la culture Chinoise à la fin du XXe siècle: les effets de la mondialisation, avec la diaspora Chinoise, le choc des générations qui se complique du fait de la libéralisation des moeurs en occident, et un superbe portrait de la pérennité des traditions chinoises, sont en effet au menu.

Et si le metteur en scène est tendre avec ses personnages, il se fait acide dans la peinture d'un mariage, qui, aussi bidon soit-il, dégénère exactement de la même façon dans un milieu Asiatique que partout ailleurs, avec ses rituels d'intrusion dans l'intimité, l'accent sur la bouffe, les pratiques d'un autre âge et sa cohorte de viandes saoûles... ce qui va ajouter un degré de confusion quand We-Tung et Wei-Wei vont se retrouver seuls, complètement saouls, ne fois la noce passée... 

Il y a des clashs, mais comme je le disais c'est tout en délicatesse. Sihung Lung, qui interprétait le père de famille dépassé par les événements dans Pushing hands, incarne cette fois un père digne, qui a beaucoup plus d'intelligence qu'on ne le soupçonnerait au départ, et permet finalement à la jonction entre orient et occident de se faire. Le film aussi, d'ailleurs, qui a obtenu un énorme succès et a consacré Ang Lee comme l'un des réalisateurs les plus doués de sa génération.

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 15:56

Un architecte Anglais rêve de construire un nouveau Taj Mahal, et se retrouve tout à coup face à un énigmatique Yogi qui s'est introduit, ou plutôt matérialisé, dans son salon, et lui propose d'honorer une commande de son maître, le Prince Ayan, richissime Rajah Indien. Celui-ci souhaite construire un tombeau pour son épouse. Herbert Rowland accepte le marché, sans savoir qu'il a mis le pied dans un engrenage fatal de violence, de trahison, de mort... Il ne sait pas non plus, par exemple, que la femme dont il doit construire la tombe n'est en réalité pas morte. Du moins pas encore...

On a surtout retenu de la production de ce film, première des trois adaptations du roman de gare de Thea Von Harbou, que Fritz Lang (qui avait co-rédigé le script auprès de Von Harbou) aurait du le réaliser, mais que son patron Joe May lui avait ravi l'aubaine... On lit souvent aussi que le film est médiocre, ce qu'il n'aurait pas été si... etc etc. Bon, d'une part, c'est Lang lui-même qui a répandu ces notions, avec insistance. D'autre part, j'admire Lang mais il a aussi sa part de films médiocres, parmi lesquels sa version de 1958 de ce même roman tient probablement la palme du navet! Je ne le dirais d'ailleurs pas de cette version, qui fait quarante minutes de plus que le diptyque de Lang.

Venu de Von Harbou et scénarisé par Lang, c'est donc une histoire de vengeance compliquée, dans laquelle on suit les manigances de Ayan (Conrad Veidt), rajah trompé par son épouse (Erna Morena). Il souhaite lui faire payer d'avoir eu une aventure avec l'aventurier Mac Allan (Paul Richter), sous les yeux horrifiés de Rowland (Olaf Fonss) et de sa fiancée Irene qui l'a suivi jusqu'en Inde (Mia May).

Divisé en deux parties, le film épouse dès le départ, et pour trois quarts de sa durée, le rythme imposé par Bernhard Goetzke, qui interprète Ramigani le Yogi. Un personnage qui mobilise toute l'attention sur lui à chaque fois qu'il apparaît, et qui apporte un élément important du film, la magie: c'est en efet par sorcellerie qu'il s'introduit chez Rowland, ou qu'il guérit ce dernier de la lèpre. Mais il est aussi une certaine forme de caution morale pour le dangereux rajah, choisissant d'abandonner celui-ci quand sa soif de vengeance commence à faire des victimes tous azimuts! Un septième personnage retient notre attention, et elle aussi va disparaître tragiquement avant le dernier quart: la petite esclave Mirjanna (Lya de Putti) sert de liaison entre Mac Allan et sa maîtresse la princesse... May s'est finalement beaucoup plus intéressé à elle, ainsi qu'à Ramigani et Ayan, beaucoup plus qu'aux amants maudits... 

La présence de Fonss et de Mia May permet au film d'être une plongée de deux occidentaux dans les grands mystères de l'Inde, au milieu de décors malins. Les Alpes figurent un Himalaya d'une grande beauté, et les eaux de lacs Allemands se voient tout à coup infestés de crocodiles. Tout y est, des éléphants aux tigres, en passant par les serpents et bien entendu les grottes de lépreux. C'est une Inde de fantasmes, un pays d'évasion qui a le parfum incroyable de l'aventure... Si on attrape le rythme du film, il se déroule assez majestueusement jusqu'à une poursuite finale assez haletante. Du dépaysement, en quelque sorte, la spécialité des films monumentaux à épisodes de Joe May qui régnait alors en maître incontesté du cinéma populaire Allemand avant le déferlement de l'avant-garde... et l'avènement de Fritz Lang. Celui-ci est pourtant présent ça et là, à travers une histoire qu'il a fait sienne au point d'en répéter les éléments et contours (la danse de mort, les grottes, les dangers hérités du pulp...) durant toute sa carrière. Les signes cinématographiques (une bague chargée de sens, des traces sur une berge...) sont autant de petites touches proches de celles que Lang et Von Harbou dissémineront plus tard dans tant d'oeuvres...

 

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Published by François Massarelli - dans 1921 Muet Fritz Lang Joe May **
19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 17:14

1974; nous faisons la connaissance d'un funambule, confronté à la plus belle des tentations: la construction à Manhattan de deux tours jumelles, hautes de plus de 400 mètres. Pour le Français Philippe Petit (Joseph Gordon-Levitt), impossible de se soustraire à l'appel. Il va donc falloir s'entraîner (Notre-Dme, peut-être...), trouver ce qu'il appelle des "complices", et bien sûr se rendre sur place, pour repérer les lieux, échafauder un plan pour cette entreprise hautement illégale, et... passer à l'action.

Le film, d'une certaine façon, est monté comme un film de casse, avec voix off omniprésente, celle de Philippe Petit interprétée par Gordon-Levitt, bien sûr), et tout se dirige vers l'inéluctable grand moment, cette marche au-dessus du vide dont nous savons qu'elle a effectivement eu lieu, et que Zemeckis, prolongeant son travail sur Forrest Gump, va recréer à sa façon, même si elle n'a jamais été filmée, d'ailleurs. On est donc en plein mythe, et la voix off sert à concentrer le point de vue du spectateur sur celui du rêveur.

Et c'est là à mon sens que le bât blesse, car si le film est évidemment une belle entreprise de suspense, impeccablement réalisée, et qui ne nous laisse pas un instant de doute, pour nous spectateurs, Gordon-Levitt, pardon Petit est bien au-dessus du vide, pour de vrai, entre ces deux tours, et il risque bien sa peau, en revanche, l'arrogance du personnage est irritante au possible, et la voix off omniprésente gâche la fête. Autre motif de fâcherie en ce qui me concerne, la langue: l'acteur principal est Anglophone et parle fort bien le français, mais passe son temps à demander aux autres protagonistes de parler anglais 'pour m'habituer', et c'est du plus haut ridicule d'entendre tous ces anglophones interpréter des français qui parlent l'anglais avec un accent à la noix... Pour le reste, c'est une merveille, Zemeckis s'étant attaché à décrire ce "plus beau jour dans la vie au destin tragique de ces deux tours".

Bah oui, c'était le World Trade Center, donc tout ce que nous voyons à l'écran n'existe plus. Comme souvent avec Zemeckis, qui n'est pas l'auteur de Back to the future pour rien, il a fallu recréer le passé de toutes pièces, et à ce niveau, on peut compter sur lui... Mais la fin du film est poignante, car nous savons, nous, ce qui leur est arrivé, à ces deux tours. 

 

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Published by François Massarelli - dans Robert Zemeckis
19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 17:06

Dans un format très court, nous assistons au rêve d'un bobby Londonien, qui rêve d'être "plus fort que Sherlock Holmes". Il aura du fil à retordre, car dans son rêve, il s'attaque à un bandit très difficile à attraper: une vraie anguille!

Et pour cause! C'est un film à trucs, ce genre né avec Méliès, et dans lequel tous les truquages sont permis afin de montrer une réalité complètement déformée, soumise à d'autres lois que celles de la gravité. Démembrement, lévitation, transparence, invisibilité, dédoublement, apparition, disparition... les magiciens du cinéma s'amusent durant ces six minutes avec beaucoup de bonheur... Par contre, si vous cherchez Sherlock Holmes, vous serez déçus, il n'a été utilisé que comme argument publicitaire dans le titre.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Giovanni Pastrone
19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 07:44

Pas très loin de Mexico, une mission archéologique menée par le professeur Alfred

Stoner (James Robertson Justice) a exhumé d'une mystérieuse pyramide statuette du dieu Jaguar. Le professeur la montre à son ami le journaliste Terry (Steve Forrest) et la fille de son collaborateur, la jeune Juanita (Liliane Montevecchi). celle-ci est bouleversée, car... car quoi, au fait? Parce qu'à partir de là, soit de la cinquième minute, il n'y a plus rien à comprendre, si ce n'est des commentaires sentencieux, mystiques, mi-raisin, assénés sans l'ombre d'un soupçon de réflexion par l'un des pires acteurs de tous les temps, l'Anglais James Robertson-Justice, abonnés aux érudits pompeux et autres m. je-sais-tout. Ceci est le dernier film de Lewin, et... on comprend que personne n'ait voulu rien lui confier après, c'est triste mais c'est comme ça!

Il y avait des possibilités pourtant, le metteur en scène ayant tourné son film, partiellement, au Mexique, afin de rendre possible les mêmes juxtapositions que dans son Pandora and the flying Dutchman, entre les traces d'un monde ancien (dans Pandora c'était l'apparition dans tous les coins de statues méditerranéennes, ici ce sont les pyramides et statuettes Maya) et des personnages modernes. Le Cinémascope lui permettait de penser son film en peintre, mais il ne suffit pas d'aligner les images, il faut aussi leur donner une intrigue, et...

...et à tout prendre il aurait mieux valu qu'il n'y en ait pas. Cette histoire de réincarnation plaquée sur des décors étranges ("oh! Regardez! elle a peur des jaguars, c'est la preuve qu'elle est réincarnée!" "Mon dieu, professeur, mais vous avez raison") est révoltante de bêtise... Lewin aimait le surréalisme, mais là c''est à ses dépens. Quant aux acteurs, ils sont tous mauvais comme des cochons. La palme ne va même pas à James Machin-Bidule qui est pourtant d'une nullité crasse. Liliane Montevecchi, la Parisienne des ballets Roland Petit (vous l'avez forcément vue dans Moonfleet, où personne ne lui a demandé d'interpréter un texte), est terrifiante de médiocrité, sans parler du fait qu'un accent Français qu'elle ne fait aucun effort pour dissimuler, ça fait tache dans cette famille Mexicaine.

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Published by François Massarelli - dans Albert Lewin
16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 08:45

Immigrer, oui, mais pourquoi? Et une fois sur place, comment se reconstruire, surtout quand les différences de valeur d'un pays à l'autre agissent comme une barrière? Ce sont deux parmi les nombreuses questions et les thèmes abordés par le premier film de Ang Lee, dans lequel un homme d'âge mûr, qui est venu de Chine pour rejoindre son grand fils, marié et avec un enfant, ne parvient pas à, voire refuse de s'intégrer comme sa belle-fille le souhaiterait... 

le film est structuré autour du vieil homme et prend un point de vue qui permet d'incorporer la compréhension du spectateur de ce qu'il vit (notamment dans les premières séquences qui le voient se heurter à l'hostilité de sa belle-fille, qui lui reproche ne serait-ce que son refus d'apprendre l'anglais), mais qui ne nous empêche absolument pas de comprendre à quel point ce personnage qui s'invite et perturbe tout le quotidien, peut etre assez lourd à gérer.

Et si la comédie est omniprésente, en demi-teintes, le personnage est poignant, par sa gaucherie, mais aussi son côté forcément lunaire... Mais le film dévie vers ce qui s'apparente à 'histoire d'une renaissance, celle du vieil homme qui finit, à son rythme, par trouver le moyen de donner du sens à sa présence dans le pays de la liberté qu'il ne comprend pas... 

Evoquant le respect des anciens, comparaison de situations (le vieil homme finit par se dire qu'il préfère la torture qu'il a subi en Chine par les dirigeants, à la solitude dans laquelle on le cantonne en Amérique), le film nous montre aussi l façon dont le vieux Chu devient un membre actif de la communauté Chinoise, en donnant des cours de Tai-chi. Il va aussi y faire la rencontre d'une veuve, avec laquelle il va peut-être se dessiner un avenir.

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
15 mai 2020 5 15 /05 /mai /2020 07:23

S'il y a une chose qu'on apprend, en visionnant cet étrange documentaire, c'est qu'on consomme des drogues récréatives et psychédéliques quand on est une star et/ou un musicien/comédien/stand-up artist, et plus si affinités. Donc on n'apprend pas grand chose...

Dans un film à la forme forcément éclatée, avec moult références au style cartoon si particulier de la fin des années 60, alternant entre interviews franches, cartoons (notamment pour visualiser Sting expérimentant avec du peyotl, pendant que la star nous explique par le menu ses sensations), recréations sur-jouées avec des acteurs, et hallucinantes (ben tiens) images d'archives nous montrant les films éducatifs de la grande époque et leur parodie, on écoutera sagement un certain nombre de nantis (Dont Carrie Fisher, Ben Stiller, Sarah Silverman, Donovan, Sting...), on peut le voir comme ça, nous expliquer que c'est soit une expérience unique à faire obligatoirement, soit ça vous met la tête à l'envers pour toujours...

L'intérêt dépend donc plus de la teneur en rigolitude des anecdotes narrées, bien sûr, et certaines sont marrantes comme tout... Mais le documentariste termine sur une note militante, puisque les produits hallucinogènes (LSD, champignons divers) sont sérieusement à l'étude en psychologie, pour traiter certains troubles. Ca va sans doute nous mettre la tête à l'endroit. 

Visible sur... devinez.

 

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Published by François Massarelli - dans Documentaire