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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 15:32

Anna Karenine, réactualisé, non dans son intrigue, mais bien dans ses costumes, et un peu dans ses moeurs, aussi. Il faut au comte Vronsky (John Gilbert) beaucoup de courage pour convaincre la belle Anna (Garbo) de se laisser aller à un petit amour adultère de derrière les fagots, et la dame gardera d'une certaine manière un peu de sa vertu en ayant pour son fils (Philippe de Lacy, qui est comme d'habitude excellent) un amour inconditionnel...

D'ailleurs Vronsky s'en émeut et lui demande directement lequel des deux, l'amant ou le fils, a la préférence de la mère... Bref, on l'aura compris, après le danger de la vamp du XXe siècle dans le très esthétique Flesh and the devil, la mission de Garbo et Goulding, dans ce film qui n'a pas vraiment eu les faveurs de l'actrice, était sans doute de montrer Garbo, après les femmes fatales et maléfiques de ses deux films précédents, en mère, dont le pêché sera au final racheté par sa maternité...

On s'ennuie un peu dans un film dont Goulding réussit la composition, mais qui souffre généralement d'un manque d'enjeu. Gilbert sort un peu la panoplie habituelle, et Garbo ne s'illumine qu'en présence du petit garçon qui reste sans doute l'un de ses meilleurs partenaires sur toute sa carrière...

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Published by François Massarelli - dans Greta Garbo 1927 Muet *
10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 17:11

Dorothy Gish a été en quelque sorte rebaptisée à vie en 1918, lorsque Griffith (qui a toujours eu un faible pour elle, parce qu'elle devait lui en faire sérieusement baver) lui a confié le rôle d'une espiègle créature, complètement à l'inverse de sa soeur la toujours digne Lillian, dans Hearts of the world. Cette 'little disturber', comme elle était nommée au générique, allait façonner bien des rôles à venir, à commencer par l'une des deux plus visibles de ses interprétations, celle d'une mendiante dans Romola aux côtés de sa soeur. C'est aussi le cas pour ce film: il y a fort à parier que Wilcox avait vu dans cette petite peste à l'écran une actrice capable de remplir ses images de la dose d'espièglerie voulue...

Le cas de Nell Gwyn (comme il était orthographié, au mépris du nom historique de son héroïne, avec deux N) est plutôt curieux: il s'agit sans doute du film Anglais ayant eu le plus de succès aux Etats-Unis durant les années 20. Son auteur, un jeune réalisateur-producteur ambitieux, avait eu du succès avec Chu-chin-chow, avec Betty Blythe en 1923. Blythe était plus ou moins lessivée après avoir été une star importante pour la Fox, et cherchait des opportunités en Europe, alors que Wilcox cherchait justement à percer sur le marché Américain; le film ayant été distribué par MGM en 1925 aux USA, le réalisateur s'est dit qu'il fallait retenter le coup, avec une autre vedette Américaine. Dans ce film désormais distribué par Paramount, c'est à Dorothy Gish que le metteur en scène a fait appel pour interpréter la maîtresse du roi dans ce film en costumes pour lequel la publicité insistait bien sur l'aspect fripon: il est surtout ici question de coucheries, et l'obsession mammaire (Si on en croit les gestes déplacés qu'il tente par-ci, par-là ) de Charles II est plutôt mise en valeur par les décolletés impressionnants affichés par la star (Oui, oui, la soeur de Lillian). C'est d'ailleurs un cas d'école, et on n'a jamais l'impression que Dorothy Gish soit très mal à l'aise avec ces tenues plus que suggestives; elle assume les poses et les déshabillés provocants avec un remarquable aplomb.

Est-ce parce qu'elle savait qu'elle n'avait plus aucune chance de concurrencer sa soeur, et qu'elle n'avait plus vingt ans, ou qu'elle ne pouvait rivaliser avec les nouvelles venues de Hollywood (Evelyn Brent, Janet Gaynor, Clara Bow, Joan Crawford, Greta Garbo sont là et bien là)? Dorothy Gish, exubérante (A plus forte raison à 24 i/s!) et mutine, domine l'écran, et on n'attendait pas une telle franchise dans la sexualité de la part de la soeur de Lillian Gish: lorsque le roi, qui a installé Nell dans un palais luxueux, vient récolter son dû et éteint une à une toutes les bougies, on voit le visage de Dorothy passer de l'appréhension à la curiosité, puis à un franc sourire sans aucune ambiguité. Elle joue de toute sa candeur aussi, notamment dans les scènes du bain (Rassurez-vous, la baignoire est un tonneau suffisamment haut pour que la morale y trouve son compte) ou quelques instants après ses ablutions quand elle essaye des bas, qu'elle montre à ses amis sans aucune pudeur. Le film qui prend assez clairement le prétexte de redonner à cette personne connue de tous mais plus ou moins écartée de l'Histoire, la grande, louvoie entre la comédie avec les provocations de la star, sa rivalité affichée avec Lady Castlemaine, l'autre favorite (Juliette Compton), et le marivaudage entre le roi et la fille du peuple, et une certaine tendresse à l'égard de ces coulisses de l'histoire, qui culmine dans une belle scène de passage de témoin à la fin: le roi est mort, vive le roi... et Nell disparaît de l'Histoire.

Voici un film historique dans lequel la nécessaire reconstitution s'arrête aux costumes, aussi révélateurs soient-ils, car le film a été assez économique: Wilcox fait reposer l'essentiel de son film sur une reconstitution sans grand faste, des costumes soignés, et l'ambiance. Mais c'est cohérent dans la mesure où le film parle plutôt d'intimité à travers la belle actrice qui a réussi à faire plier un roi et à vivre un amour plutôt qu'une promotion canapé. Tout le film est subordonné à ses personnages, et surtout, surtout, à celle qui lui a donné son titre... Le film a été un succès à l'époque, mais il n'a pas engendré de réel intérêt pour le cinéma Britannique au-delà de la curiosité de voir Dorothy Gish, alors éclipsée par sa soeur, dans un inhabituel véhicule. Le film sera refait en 1934 avec Anna Neagle, qui n'est pas Dorothy Gish. Cette fois, l'orthographe initiale de Nell Gwynn sera respectée.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Dorothy Gish *
10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 08:43

Le bac: cette vénérable institution n'a pas forcément un potentiel cinématographique certain, elle a pourtant servi occasionnellement, ne serait-ce que par son suspense... Mais quant à servir noblement, ce n'est pas gagné. On se souvient tous, et pas forcément pour la gloire du cinéma Français, des Sous-Doués de Claude Zidi, ont les candidats passaient un bac dans lequel on semblait leur poser des questions que les responsables des sujets avaient pris chez Jean-Charles...

Mais ce qui nous occupe ici c'est ce film relativement récent, une comédie avec des jeunes dedans, qui tourne autour du bac, de ses angoisses liées non seulement à l'avenir mais même au destin (!) et de sa légende, la vraie: cette impression que 15 années de fréquentation des bancs de l'école vont soudain prendre du sens en une dizaine de jours à plancher sur des sujets en suant, des sujets venus d'ailleurs, les mêmes pour à peu près tout le monde: forcément, ces sujets ont acquis une sorte de dimension mythique...

Grégoire et Yani (Thomas Solivérès et Samy Séghir) sont deux cancres, on utiliserait un autre mot en B normalement, mais ce serait ici inapproprié: Yani s'est fait piéger sur internet par une camarade de classe (Allison Wheeler) qui a obtenu des images de lui en pleine action, et le nombre de vues sur Youtube lui ont assuré le surnom de Yani-La Branlette pour une bonne partie de l'éternité. Mais reprenons...

Grégoire et Yani sont donc des cancres, qui vont mollement (très mollement) vers le bac, en travaillant le moins possible et en se disant qu'ils ne l'auront probablement jamais. Grégoire en particulier se voit signifier par sa mère (Valérie Karsenti) qui l'a élevé seule, que l'obtention du bac n'est pas une option, et qu'il ne redoublera certainement pas dans le même établissement s'il ne se réveille pas. Mais c'est la rencontre avec la petite nouvelle, Maeva (Mathilde Warnier), qui va agir comme un électrochoc: elle est belle, elle l'aime bien, elle est douée, et... elle part à Londres pour faire de l'art l'année prochaine. Thomas se dit que lui aussi (il a un excellent coup de crayon), et donc...

Donc il va bosser? Mais non, voyons! où serait l'intérêt du film? Il se met en quête, d'abord avec Yani, puis avec un spécialiste (La Fouine) qui est interdit d'examen depuis bientôt dix ans pour avoir fraudé, ils se mettent en quête de voler les sujets du bac. 

Le film est placé avec insistance sous le signe de la bande dessinée dans un générique extrêmement drôle, et c'est une assez bonne idée, car le ton (un mélange de ce style de dialogues qu'on trouve dans la rue d'une part et sur les chaînes de télévision d'autre part) apporte à ce film très éloigné de l'esprit d'Eric Rohmer un aspect fortement exagéré. Le rythme est assez rapide, les acteurs ont le verbe haut et particulièrement fleuri... L'extrême des situations, la quête des personnages d'une sorte de mythe inaccessible, le Bac, et le portrait à la fois bien senti et profondément caricatural (car c'est bien vrai pour les deux) de la jeunesse scolaire, font tout pour qu'on se retrouve dans cette situation.

C'est donc une comédie à l'Américaine, avec ses situations improbables, et une tendance à fonctionner par blagues coup de poing. Par blagues poids lourd aussi à l'occasion, cela va sans dire... On rira, selon ses affinités, ou pas, en voyant un grand gaillard stopper avec insistance sa camionnette vintage DeLorean, à chaque fois dans les poubelles, et sortir de son véhicule en avisant le bâtiment de la direction des examens, en clamant un "A nous deux, salope!"... Je pense qu'une forte dose de deuxième degré est nécessaire. ...Comme lorsqu'un avocat psychotique intime dans un autre film l'ordre à une jeune fille saoule de ne pas toucher l'argent qui est sur la table de la cuisine, après tout. Et puis il faut avoir vu Valérie Karsenti (excellente) sous ecsta, poursuivre Marc Lavoine (qui joue un proviseur psychopathe) avec une énorme pelle et commencer à attaquer son pare-brise...

Bref, un spectacle pas subtil, mais occasionnellement amusant, qui nous fait regretter l'ambiance des Beaux Gosses de Riad Sattouf, une vraie réussite celui-là, et dans lequel on rira parfois, avant que le film ne rejoigne le musée: il parle du bac à l'ancienne, un truc en voie de disparition jusqu'au 16 mars 2020, et qui n'a même pas pu mourir de sa belle mort dans un dernier souffle cette année.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 17:16

C'est en 1927 que Walter Ruttmann a sorti son film le plus connu, Berlin, Symphonie d'une grande ville, un documentaire non narratif qui présentait, en une heure, un portrait effervescent de la capitale Allemande, rythmé autour d'un principe de voyage (entrer, visiter, sortir de la ville) et en une journée. Ce n'est pas un hasard si plus tard cette même année, Lucie Derain, critique de cinéma enthousiaste et qui a déjà tourné un court métrage, récidive et propose sa vision de Paris dans un style similaire...

Souvent rigoureusement objectif, le film fait aussi la jonction avec l'avant-garde par des jeux de caméra, comme ces moments où l'image est comprimée dans le sens de la hauteur, donnant l'impression d'une foule plus compacte encore dans les rues. Le vertige des monuments et autres statues en hauteur est marqué par des images qui se déforment... Mais essentiellement, les plans tendent à montrer ce qui est passé devant la caméra.

Souvent rendu par des plans fixes, structuré en chapitres (qui nous présentent les monuments, les lieux emblématiques mais aussi la vie grouillante des marchés, et beaucoup d'autres choses dont certaines ont sans doute disparu, modernité urbaine oblige), le film n'occulte ni le présent ni le passé, et fascine par l'impression de bonheur absolu qui ressort de ces vues enthousiasmées d'une grande ville. A la fin, un gros plan nous montre le visage radieux d'une jeune femme, qui nous regarde droit dans les yeux... Je ne serais pas surpris si c'était madame Derain.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albatros
7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 18:14

Un comptable Américain, Harry (Nicolas Rimsky), francophile jusqu'à la naïveté (il passe le plus clair de son temps de travail à lire une vieille édition d'un roman de mousquetaires et rêve de vivre "là-bas", rencontre une jeune femme (Dolly Davis) qu'il croit, dans son délire chevaleresque, sauver du suicide, et ils deviennent inséparables. Ils se fiancent, et quand Harry gagne de l'argent grâce à un coup en bourse, il décide qu'ils vont s'offrir un voyage mémorable à Paris, au terme duquel il envisage un mariage face à Notre-Dame!

Mais rien, alors rien du tout, ne se passera comme prévu! Pour commencer, lors du voyage organisé, Harry passera son temps à ralentir la troupe à cause de sa maladresse; ensuite, il va vite être supplanté par un bellâtre, nobliau de surcroît. Et pour finir, il va se perdre...

L'idée de Nicolas Rimsky, auréolé d'un beau succès pour son film précédent, était de contribuer avec Albatros à rendre le cinéma français international. Juste retour des choses, le film est construit sur une optique que les cinéastes jugeaient internationale, marchant aussi bien en France (caricature tendre des Américains visitant la France) qu'à l'étranger (un Paris éternel, mais parfois bien embrouillé pour le voyageur). Le film a eu du succès, mais il n'est pas la meilleure comédie de tous les temps loin de là. Au moins permet-il de nous rappeler l'existence, au sein de la décidément bien versatile compagnie de Montreuil, d'une équipe d'excentriques qui tentaient de faire sienne le slapstick, en le francisant un peu. Ici, on appréciera de quelle façon les cinéastes suivent l'exemple de Gance et Volkoff en se livrant à quelques prouesses de montage, et une visite express du Louvre (reconstitué en studio, et on y voit au moins deux "Jocondes"!)... Le reste est parfois un rien franchouillard quand même. Pas mal pour un Russe!

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Comédie Albatros Nicolas Rimsky
7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 18:04

Il y a dans ce film court (19 minutes) un parti pris de non-subtilité, qui renvoie à tout un courant du cinéma, dans lequel se sont parfois illustrés, chacun à sa façon, Javier Fesser, Jan Kounen, Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, et même Terry Gilliam. Donc ça commence bien, mais... J'ai dit non-subtilité, et c'est vrai, donc ça peut aussi rebuter un poil. 

Ca commence de façon fort charnelle, mais la scène torride est une fausse piste... Jusqu'au moment ou la dame (Géraldine Martineau) mord de façon très sauvage le monsieur (Moustafa Benaïbout) qui ne s'y attendait pas. Le lendemain, Daphnée doit donc laisser momentanément Karim pour rejoindre ses parents, mais le jeune homme décide de lui faire une surprise et se cache dans le Scénic avec du champagne, répétant son texte: "Surprise!" pour se préparer au bon moment.

Il entend donc sa fiancée inviter un homme dans sa voiture, les entend parler avec une complicité troublante, et... les entend arriver, discuter avec les parents, puis... il entend le coup violent porté par Daphnée à la tête de l'autre homme. Après, ça vire au grand d'importe quoi comme il convient à un film burlesque sur l'anthropophagie des aristocrates... Delicatessen, en moins soigné, rencontre ici la bande dessinée Les Crannibales de Jean-Claude Fournier.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yum yum
6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 18:33

Curieuse carrière que celle du cinéaste Arnold Fanck, un tenant conservateur d'une Allemagne forte qui durant les années 20 s'est réfugié en cinéaste dans sa passion: la montagne... Un metteur en scène qui ne pouvait faire des films que dans la neige et dans des conditions limite! Il est principalement célèbre pour avoir mis le pied (ou les crampons) de Leni Riefenstahl à l'étrier, ce qui n'est pas rien. Mais quand on pense à la plupart de ses films, des drames d'aventures dans lesquels l'humain est systématiquement confronté à la mort dans une nature plus forte que lui, on ne pense pas forcément à la comédie.

Et pourtant...

Dans Le Grand Saut, un citadin qui pense s'étioler dans la grande ville se voit prescrit par son médecin un séjour dans les Dolomites, où il va s'illustrer par sa gaucherie en matière d'alpinisme. Mais il va aussi y faire une rencontre, celle de Zita, tout son contraire, une paysanne bondissant de rocher en rocher comme si c'était des galets. Il est amoureux, elle n'est pas indifférente, il va donc lui falloir gagner une course à skis pour la conquérir!

Le film est donc une comédie, authentique, dans laquelle Fanck mâtine ses aventures Alpines d'une grande dose de slapstick, d'une solide rasade d'absurde et même occasionnellement de surréalisme. Le fait que le "héros" soit dans la vraie vie un illustre champion de ski n'y fait rien: dans le film, il est un piètre skieur, qui va devoir s'améliorer et se prendre en charge physiquement, au pris de prouesses certes mais aussi et surtout d'un système D à toute épreuve... Une structure qui n'est pas sans rappeler les films contemporains de Keaton. Pour Fanck, qui s'est beaucoup amusé avec son script, tous les coups sont permis: ralenti, retour en arrière, accéléré... Mais il demande à ses acteurs et surtout à Leni Riefenstahl la même discipline que dans les autres films. Il faut donc la voir, escalader à mains et pieds nus, une arête rocheuse de  mètres, en vrai... Elle n'est, par contre, pas forcément douée pour la comédie.

Bon, admettons qu'il n'y a pas forcément lieu d'y passer deux heures, sauf si on aime le ski-pour-rire; mais la copie est si belle, et les paysages si photogéniques... C'est assez rare pour être mentionné: un film Allemand de 1927, qui a survécu dans une magnifique copie de première génération, absolument 100% complète!

 

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Published by François Massarelli - dans Arnold Fanck Muet 1927 Comédie **
5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 10:40

Ce n'est pas la première adaptation du roman de Louis Pergaud, mais la deuxième: La Guerre des gosses de Jacques Daroy et Eugène Deslaw est sorti en 1936. Mais la version d'Yves Robert reste la plus célèbre des adaptations du roman... Un roman qui portait en sous-titre "Roman de ma douzième année", et ce n'est pas un hasard: que cette histoire soit ou non authentique, elle résonne auprès de chaque enfant, ou de chaque personne qui a été un enfant... du XXe siècle en tout cas.

Nous suivons donc les mésaventures des garçons de l'école de Longeverne, contre leurs ennemis jurés, de la commune voisine de Velrans. Ils se définissent, simplement, par leur appartenance à l'une ou l'autre localité, les Longeverne contre les Velrans. Un prétexte au début du film permet d'expliciter la source de la discorde, lorsque deux Longeverne, les Gibus (le grand et le petit), tentent de vendre des carnets de timbres pour les tuberculeux, à des habitants qui ont tous déjà payés... aux Velrans. Si vous voulez mon avis, si ça n'avait pas été ce prétexte, il y en aurait eu un autre...

Les luttes sont quotidiennes, agressives, homériques évidemment, et les petits Longeverne et Velrans se forgent une sorte de culture héroïque et patriotique bien à eux, avec leurs valeurs (à cul les Velrans!), leurs symboles (les boutons de vêtements des adversaires qu'on a récolté au combat), des places fortes (la cabane au destin funeste), les cris de guerre (Couille molles! Peigne-Culs!), les chefs (Lebrac d'un côté, Laztec de l'autre), et même les techniques guerrières: ainsi seront testés, avec plus ou moins de bonheur, la cavalerie, les chars, et... le nudisme, dans une séquence bien connue. Ce sont tellement de vais guerriers, qu'il y a même un traître parmi les Longeverne... Le film a tout de la comédie initiatique, reposant sur le fragile équilibre entre le vert paradis de l'enfance, et l'impression d'une violence monumentale et cruelle, sauf que...

Ce n'est pas si drôle, en fait. Yves Robert a tourné une large partie du film comme une comédie, mais c'est aussi une question de point de vue. Il fait du public le complice adulte des parents, et ces complices sont invités à garder un sourire tendre face à ces enfants qui se font une montagne d'un rien, et qui apprennent la vie à leur façon, à l'imitation lointaine des adultes... Mais la musique ne nous trompe pas, le plus souvent elle adopte strictement le point de vue des enfants. Et les enfants, justement, voient ici beaucoup plus loin que les adultes. Leur lutte est idiote, inutile, dangereuse même, mais ils savent s'arrêter avant de devenir... trop cons. Et les aventures du petit Lebrac, leader le jour, souffre-douleur d'un père violent la nuit, ne sont ni de la blague, ni une petite historiette de rien du tout. C'est ce qu'a compris l'instituteur (Pierre Trabaud), qui va épauler Lebrac pour sa première journée en pension, lorsqu'il paiera pour l'ensemble de ses "crimes"... Lebrac, l'écorché vif, est une tendre, mais il souhaite que ça reste privé. Nous sommes donc les seuls à le savoir... La musique de José Berghmans, volontairement intensément dramatique au fur et à mesure de la progression du film, semble donc nous raconter une autre histoire qu'une simple plongée vaguement nostalgique dans l'enfance. Une histoire qui aurait pu dégénérer aussi: rappelez-vous de No greater glory de Frank Borzage dans lequel insidieusement, la guerre des enfants débouche sur un parfum de nazisme. Ou encore rappelez-vous de Sa majesté des mouches, le roman impitoyable de William Golding.

Et l'une des clés de ce film tendre, mi-figue mi-raisin, est sans doute à prendre quelque part entre la scène où, sans crier gare, les parents Longeverne (Jean Richard, Pierre Tchernia, Michel Galabru) se querellent avec les parents Velrans (Jacques Dufilho, Robert Rollis, Paul Crauchet) pour un rien avant de se rabibocher autour de... six bouteilles de vin (appartenant à trois hommes qui n'étaient pourtant partis que pour quelques heures), et la scène finale lorsque les deux leaders des gamins, réconciliés, se demandent s'ils réussiront à être plus intelligents que leurs parents.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yves Robert
2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 17:36

1928, dans un petit trou perdu du Kansas, Deanie aime Bud, Bud aime Deanie; ils sont jeunes et beaux, il a une voiture et il a emmené sa petite amie pour admirer les spectaculaires chutes d'eau de la rivière locale. Un tumulte aquatique auquel le film revient, et qui symbolise à lui tout seul le désir: celui du jeune homme qui s'enhardit, mais aussi celui de la jeune femme qui en revanche dit, plusieurs fois et assez fermement, non.

Bud est le gendre idéal en ces années de prospérité: un jeune prodige du sport, qui ne devrait pas aller trop loin dans ses études, mais qu'importe... le père est en ville celui qui a réussi et dont la richesse entraîne tout le monde vers l'aisance... C'est, du coup, un type absolument infect, incapable d'écouter qui que ce soit, à commencer par son fils qui lui a d'autres ambitions que celles que son père lui destine. Deanie a des parents d'une grande gentillesse, mais qui ne comprennent absolument pas qu'elle est devenue une femme, et une femme consciente non seulement de ses désirs mais aussi de ceux de son partenaire... Entre famille, société, tentations, et aléas divers du jazz age, les deux amoureux vont découvrir la difficulté et la douleur de sortir de l'enfance... Et le film parle de sexualité et non de sexe, ce qui était quand même rare à l'époque, surtout en sonnant aussi juste.

Je ne suis pas un admirateur de Kazan, et de son naturalisme (franchement, A streetcar named desire est un repoussoir pour moi!), mais ici, dans sa réflexion acide sur la façon dont la civilisation Américaine semble avoir été incapable d'intégrer les femmes dans ses plans de carrière, dans ce film sur le difficile passage à l'âge adulte, il fait mouche du début à la fin... Natalie Wood, en jeune femme élevée "comme il faut" par des braves gens modestes, et qui culpabilise encore plus d'avoir des désirs quand elle parle avec sa mère, est parfaite. C'est un rôle poignant, qui passe par toutes les couleurs du spectre. Et Warren Beatty, en ado idéalisé par un père odieux de suffisance, montre assez bien de quelle façon la société est permissive avec les garçons, est formidable. Kazan privilégie son approche naturaliste avec ses deux acteurs principaux, et le dialogue sonne juste.

En père étouffant, Pat Hingle est énorme, et il incarne formidablement la société patriarcale de l'Amérique profonde... Une société qui cherche par tous les moyens à reproduire de générations en générations, le même schéma. Les années 20 en ont vu une tentative de remise en question par les jeunes (Barbara Loden incarne d'ailleurs Ginny, la soeur de Bud qui est ce que leur père considère à voix haute comme "son ratage": une "flapper" qui provoque en permanence son père, mais surtout une jeune femme qui s'est perdue dans la lutte contre la fatalité), et les années 60 vont en remettre une couche... Dont, finalement, ce film est sans doute l'une des premières pierres, timide mais bien là.

 

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Published by François Massarelli - dans Elia Kazan
1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 17:35

Interrogé sur ses films Gance a toujours été clair: il y avait ceux qu'il avait voulu faire, et qui étaient son oeuvre, généralement doté d'un message fort et humaniste... Et puis il y avait les autres, ceux qu'il avait faits selon sa formule, "non pour vivre mais pour ne pas mourir"... Paradis perdu, tourné à l'invitation de Joseph Than, un producteur Allemand (en fuite depuis 1936) qui avait aussi écrit le scénario, faisait certainement partie de cette catégorie, qui comprenait aussi pour le réalisateur de La Roue, les crimes cinématographiques que sont Lucrèce Borgia et La tour de Nesles... Mais tout le monde peut se tromper, et je sais que je ne suis pas le seul à penser que Gance, sur ce point, avait tort.

14 juillet 1914: le peintre sans le sou Pierre Leblan (Fernand Gravey) rencontre une jeune femme qui le subjugue, Janine (Micheline Presle)... Ils passent la soirée ensemble, dansent et ne se quittent pas, jusqu'à ce qu'un contretemps les séparent. Le hasard va les réunir, et du même coup les unir: Pierre arrange la toilette de Janine qui porte une robe d'une laideur à faire peur: après deux ou trois coups de ciseaux, elle porte une robe extraordinairement belle: de fil en aiguille, si j'ose dire, Pierre devient concepteur de robes pour un grand couturier, et Janine est son unique modèle: ils se marient sur le champ... Pour apprendre lors de leur lune de miel, qu'il leur faut se séparer: la guerre est déclarée. 

Cette première partie est une comédie, virevoltante, optimiste, avec une histoire d'amour à la Borzage! c'est grâce à un tableau qui la représente, et dont elle n'avait pas connaissance, que Janine retrouve la trace de Pierre. Les amants sont tellement amoureux qu'ils ne se quittent pas de la première nuit qu'ils passent ensemble, et Janine l'affirme haut et fort. Leur affection et le jeu simple et subtil des acteurs, plus des dialogues qui vont droit au but, permettent de rendre leur union parfaitement irrésistible. Et c'est là que le public va souffrir, car non seulement la guerre va les séparer, mais dans le deuxième acte entièrement consacré au premier conflit mondial (une obsession de Gance, mais elle était dans le script original), on va apprendre la mort de Janine, qui décède en mettant au monde leur petite fille. A la fin de cette deuxième partie, Pierre, plus amer que jamais et en voulant à la petite, résout de ne pas s'en occuper. Il va donc la confier à un orphelinat... Le film tourne, potentiellement, à la tragédie. Gance, qui avait choisi de nous montrer tout un univers autour de l'atelier de peintre, la pension de famille (tenue par une habituée du rôle, Jane Marken), et les ateliers de haute couture sans oublier les bals, concentre toute son action sur le Q.G. où le sergent Leblan apprend de son supérieur la mort de son épouse. Le cinéaste se sert d'une chanson qui est le fil rouge du film (Paradis perdu, bien sûr) pour créer un lien affectif fort entre les deux parties... 

La troisième verra la vie continuer, et ce qui est assez troublant, dès le départ, c'est de constater qu'elle semble ne pas avoir d'enjeu, car les deux principaux problèmes du film y sont résolu dès les dix premières minutes: d'un côté, Pierre démobilisé et toujours profondément amer, s'aperçoit que des dessins inédits de ses robes ont été dérobés, et utilisés par une maison de couture, mais celle-ci est disposée sans conditions à lui en attribuer la paternité et les avantages financiers; d'autre part, quand il retrouve sa position de grand créateur, Pierre file récupérer Janine qui va grandir avec lui dans le culte de la mère disparue... Je vous laisse découvrir la fin, mais disons que ce n'est pas là qu'on trouvera les plus importantes péripéties du drame. 

Gance a tort de considérer ce film comme une de ses productions médiocres, car Paradis perdu est loin au-dessus de tous ses films parlants. C'est aussi, et c'est rare, un film qui est exactement aujourd'hui comme il l'a voulu: les restaurateurs du film (Pathé en 2014) ont pu retrouver le montage de Gance tel qu'il l'avait établi en 1939... Et ça fonctionne pleinement! Il y a une magie de cette histoire d'amour et de mort, qui est troublante sans jamais être ridicule, y compris quand Pierre, en héros Gancien typique (au fait, c'est une fois de plus un créateur), voue un tel culte à sa femme disparue qu'il a improvisé un musée chez lui avec des objets mis en valeur sur des autels un peu ridicules... Mais si c'est un mélodrame, donc du point de vue de Gance, qui rêvait de Napoléon, Jésus, Beethoven, Cyrano, D'Artagnan, Molière (dans le film de Perret dont il avait écrit le scénario en 1910) ou Christophe Colomb (film qu'il ne fera jamais), un genre indigne, il me semble qu'on n'a jamais si bien juxtaposé dans un film la part de nostalgie de tout être humain confronté à la perte irrémédiable d'un autre être humain, et l'inéluctabilité de la marche du temps. Les scènes fabuleuses se suivent à un rythme impressionnant... Les acteurs sont tous formidables, Gravey, Micheline Presles si juste dans un double rôle (Janine / Jeannette), Elvire Popesco en bonne fée, Robert Le Vigan en financier un peu à l'ouest... Les dialogues, privés de l'emphase si typique de films de Gance, sont dus à Stève Passeur, qui a fait ici un remarquable travail. Et la photo de Christian Matras est irréprochable!

Et puis Gance, qui avait perdu sa première épouse Ida Danis en 1922, ne s'en était sans doute jamais remis. Lui qui avait mis toute la force de son chagrin dans la création d'oeuvres impressionnantes, ne parvenait pas à se relancer dans la vie. Il savait donc exactement, comme le fait si bien remarquer l'historien George Mourier, ce que Pierre Leblan pouvait ressentir...

 

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Published by François Massarelli - dans Abel Gance