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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 10:11

Un violoniste virtuose (Fernand Herrmann)  se plaint auprès d’un ami à lui de ne pas être capable de s’ouvrir à la société, et en particulier d’être un empoté auprès des femmes. Il fait la rencontre d’une jeune Américaine dont il tombe instantanément amoureux, mais sous le conseil de son ami, décide de devenir sportif… Cela ne va pas aller dans le sens qu’il voudrait.

C’est au début de sa carrière, à l’époque de son contrat avec Gaumont, que Feyder a réalisé (et écrit) ce petit film, une comédie légère qui ne se prive pas d’adopter le ton délicat d’une intrigue sentimentale, avec son héros trop inepte pour convaincre… C’est assez subtil, bien réalisé, très différent de Feuillade, mais pas non plus une imitation de l’autre grand nom du cinéma Français alors en grâce chez Gaumont, le grand Léonce Perret. Alors que Feyder était souvent amené à réaliser des films qu’il n’avait pas envie de faire, ce court métrage interprété avec justesse montre assez bien quelles pouvaient être ses ambitions… Le film place ses personnages dans un environnement bourgeois qui est un héritage de la Belle Epoque, et leurs activités citadines (Sorties mondaines, sports…) sont sans doute fort modernes pour leur époque.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Feyder Muet
4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 10:04

Un homme saoul rentre chez lui, et entre dans tous les appartements, étage après étage . Partout, il est confronté à l’inexorable conclusion qu’il n’est pas chez lui, dérangeant occasionnellement d’autres personnes, dont un cambrioleur occupé à dévaliser son appartement, ce qui le pousse à s’excuser avant de sortir de chez lui pour continuer sa quête…

Si on veut savoir ce qui ne tournait pas rond avec les films que Feyder exécutait en râlant lors de ses débuts chez Gaumont, il suffit de voir ce petit film burlesque, qui malgré ses quinze minutes, semble durer une éternité. On remarque le coté adulte voire salace du scénario, qui nous permet d’assister au couchée de la jeune mariée, avec moult détails (Un intertitre attribue à la tremblotante dame une requête auprès de son mari, dont elle ne voulait pas qu’il allume la lumière), dont bien sûr l’abominable constat: au moment où commence cette nuit de noce, il y a un homme saoul dans leur lit ! Clairement, Jacques Feyder avait bien mieux à faire que ce genre de pochade.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Jacques Feyder
4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 09:51

Une affaire curieuse, mêlant escroquerie, vol en bande, et corruption généralisée, mâtinée de kidnapping, provoque l'intervention de Billy Stokes, vétéran aviateur de la première guerre mondiale et détective amateur. Réussira-t-il à récupérer l'argent volé et à innocenter le bouc-émissaire?

On pourrait se contenter d'ironiser, devant la pauvreté affichée de ce film qui se targue d'opposer deux aviateurs en pleine Floride, dans les arrières-cours les plus désolées des quartiers noirs des environs de Jacksonville... C'est fauché à l'extrême, les faux raccords sont légion, les acteurs pas vraiment au niveau, et en plus ils regardent parfois le metteur en scène hors champ leur donner des instructions. Le pire, bien sûr, ce sont les scènes aériennes tournées dans une grange devant une toile peinte, cette dernière avec des réparations visibles. On pourrait.

Pourtant, il faut avoir conscience que cette production 100% Afro-Américaine, située dans un état du Sud, et pas le plus progressiste loin de là, a du avoir bien des vicissitudes, et bien du courage pour s'accomplir. Norman était un passionné de cinéma qui s'était fixé pour mission de fournir les cinémas de la ségrégation avec des films qui n'avaient tout bêtement rien de militant, juste des films policiers, des films d'aventure, des comédies, en 35 mm avec un budget ridicule... Il a découpé son film en 6 parties pour permettre aux exploitants de montrer le film comme un serial s'ils le voulaient, et il a sciemment adopté le ton légèrement surréaliste et ultra-naïf du genre... Par moments, la proverbiale "suspension of disbelief" qui est la clé de l'adhésion au cinéma (en gros, c'est le moment où vous savez pertinemment que c'est faux, mais vous y croyez quand même)  finit même par fonctionner... un peu.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 **
1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 16:42

Le proviseur d'un lycée Britannique (pas une école très cotée) est arrivé au pinacle de sa carrière: il a été choisi comme président de l'association des proviseurs et va délivrer son premier discours, ce jour à 17h pile. Car comme tous les autres proviseurs, M. Stimpson est d'une ponctualité maladive...

Le problème, c'est que ce jour-là, il va se tromper de train, s'embarquer dans une fuite en avant de quiproquos, d'erreurs d'appréciations et de malentendus, et se retrouve donc à essayer par tous les moyens de se rendre à sa réunion, flanqué d'une élève en pleine école buissonnière, d'une ex-petite amie, et poursuivi par la police, les parents de son élève, trois vieilles dames à l'ouest, et tant qu'à faire son épouse qui le soupçonne d'avoir une aventure...

Qui dit malentendu, embarras, poursuite, dit comédie, et le script plus que soigné (même discipliné) du film va dans le sens d'exploiter intelligemment toutes les occasions de placer Mr Stimpson dans l'embarras, et de souligner sa rigidité, son obsession contre-nature pour l'heure exacte, sa tendance à être plus que pompeux, et même, disons-le, son conservatisme obsédant; que voulez-vous, durant les années Thatcher, c'était une cible de choix!

Alors pourquoi cela ne marche-t-il qu'à moitié? Peut-être parce que ça reste, constamment, et à l'exception d'un des éléments de la chose, terriblement raisonnable... L'élément, maintenant, qui est sans doute pour 99% dans le fait qu'on peut quand même sauver le film, c'est que le principal acteur n'est autre que... 

John Cleese. Un John Cleese qui s'il avait écrit ce film, aurait sans doute pu à 100% en exploiter tous les ingrédients dans un maelstrom de comédie jouissive... Au lieu de cela, il prend le texte d'un autre, et le sublime avec génie. C'est déjà ça...

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Published by François Massarelli - dans Comédie John Cleese
31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 18:51

Cette comédie biograph de l'ère pré-Griffithienne est intéressante à plus d'un titre: d'abord comme document sur un autre temps, en terme de civilisation et de moeurs... Ensuite parce que le sujet est quand même assez osé pour l'époque; enfin parce que c'est une comédie, et que son ton et sa mise en scène la placent au-dessus du tout venant contemporain...

Un homme lit dans le journal une proposition de mariage à l'essai, et se réjouit: il va rapidement le tester. Evidemment, toutes ses tentatives vont échouer, et ce ne sera jamais de sa faute: les femmes! ...Car le film s'inscrit dans la tendance à dénigrer ce qu'on appelait à l'époque, en toute hypocrisie, le "beau sexe".

Différent, donc, osé, mais pas forcément subtil et encore moins idéologiquement acceptable, le film possède en tout cas quelques bons moments, notamment cette scène durant laquelle le héros s'est marié avec son ancienne bonne... Qui a décidé de lui laisser tout faire et ne bouge absolument plus, mais alors plus du tout. Un tout petit passage, dans lequel s'esquisse une esthétique de la comédie qui fait penser, mais oui... à Keaton.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet
31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 18:44

Dans ce très court film, on retrouve la dialectique simpliste et dangereuse des opposants aux suffragettes des années 1900: un homme est laissé seul à la maison pour s'occuper des enfants, et il n'y arrive absolument pas. Un cadre, accroché au mur, entoure une maxime: a home is nothing without a mother, un foyer n'est rien sans une mère. D'où notre conclusion: si cet homme souffre, c'est parce qu'il fait un travail pour lequel il n'est pas taillé, le pauvre; c'est un homme...

Justement, l'épouse rentre et lui file une correction: nous devons comprendre que c'est Carrie Nation, une agitatrice des Temperance movements, ces groupements de femmes qui souhaitaient abolir la consommation et la vente d'alcool. Et le film du même coup sert une double cause: anti-prohibition, mais aussi contre les revendications des suffragettes, dans la mesure où tous ces agissements politiques éloignaient les dames de leur vraie place. C'est tout sauf élégant...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Edwin Porter
31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 18:34

Porter est un nom important des premiers temps. Après tout, on lui doit (entre autres) les fameux films fondateurs The life of an American fireman, et bien sût The great train robbery, qui inaugure symboliquement le western. Comme d'autres pionniers, certains anonymes, le metteur en scène, seul ou accompagné, a participé à un genre qui a fleuri dans la première décennie de l'art cinématographique: les comédies anti-féministes.

On se souvient que dans les pays développés, les efforts pour reconnaître le droit de vote des femmes ont abouti entre 1918 et 1920 (je ne parle pas des pays primitifs où il a fallu attendre 1944),, mais ce fut au terme d'une lutte politique particulièrement intense, dans laquelle se jetèrent à corps perdus les femmes, les féministes, leurs soutiens nombreux... et leurs opposants, plus nombreux encore. Le cinéma, un art encore très conservateur, a surtout embrassé la cause de ces derniers, même pas par intérêt, non: plutôt parce que, comme pour les cartoons de presse qui n'étaient pas tendres avec les suffragettes comme on les appelait, les femmes agitatrices et parfois considérées comme extrémistes faisaient une proie facile pour la caricature.

En témoigne ce film, qui semble être sur un sujet différent, mais c'est une illusion: des hommes sont tranquillement dans un saloon, à boire en toute quiétude, quand des furies débarquent et cassent tout. une vision comique, en un plan, brutale et décadente, mais surtout un reflet brûlant de l'actualité: car les Suffragettes étaient le plus souvent aussi des réformatrices, attachées à installer dans un pays une véritable prohibition. Un point qui les rendait faciles à critiquer, du reste...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Edwin Porter
30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 17:40

Ernst Graeber (John Gavin) est un soldat Allemand qui participe à la campagne de Russie. Le moral des troupes, dans la boue et les neiges sales, est au plus bas, et le fait que chaque patrouille se voit flanquée d'un membre de la Gestapo n'empêche pas la grogne. Les soldats rêvent tous d'un extérieur... Ernst, lui, attend une permission qui tarde à venir.

Quand elle vient, c'est presque trop tard: il a fait partie d'un peloton d'exécution qui a tué quatre civils. Mais les ordres sont les ordres, et y désobéir ne fait qu'ajouter des morts... Il retourne chez lui, sans savoir qua  la maison de ses parents est un tas de ruines. Il a trois semaines pour les retrouver, mais à la place il va trouver deux connaissances vagues de ses années de lycée: un officier nazi, huile locale qui se la coule douce et lui propose de faire la fiesta permanente avec lui, et une jeune femme: la fille du médecin de famille, envoyé en camp de concentration pour une parole malheureuse. Ersnt et Elisabeth (Liselotte Pulver) vont tomber amoureux, au milieu des ruines et des bombardements...

28 ans après la célèbre adaptation par Lewis Milestone de It's all quiet on the western front, la Universal réactualise le message pacifiste de Erich Maria Remarque, l'écrivain Allemand; une fois de plus, c'est le point de vue du troufion qui est privilégié , pour une ouverture philosophique: au menu, la responsabilité individuelle face à la mort ordonnée par des salauds, la survie aussi, la perte des illusions face non seulement à la barbarie (le nazisme, encore très présent en cette période d'intense débâcle)  mais aussi face à ses conséquences (les bombardements des alliés, que des victimes devenant fous imputent non aux Américains, mais bien à Hitler et ses sbires...).

Le constat est noir désespéré, devant une Europe où les soldats supposés conquérants ont perdu leurs repères et leur humanité... Au point où, revenu à l'arrière, le soldat semble ne trouver de tranquillité qu'avec les autres soldats... La ville est un tas de ruines, la vie des uns et des autres aussi, et chaque conversation est susceptible d'être épiée. dans ce dédale, Elisabeth va fouiller la conscience d'Ernst, lui reprocher sa fréquentation d'un nazi qui n'aura aucun scrupule (même si'l se présente comme un "tendre") à exécuter les ordres. Le crime initial du film, cette exécution sommaire qui ne passe pas (et provoque un suicide) agit en longueur, et va finir par provoquer une prise de décision d'un soldat remarquablement campé par John Gavin, l'acteur malléable qui venait de remplacer Rock Hudson dans les films de Sirk...

Ce dernier retourne donc en Allemagne après 20 ans, et sa vision est formidable, terrifiante aussi. Pas un plan, presque, dans lequel on ne devine de ruines, et il a abandonné sa palette de Technicolor rutilant au profit d'un Eastmancolor plus discret, idéal sans doute pour ce tournage largement en extérieurs. Il privilégie les acteurs d'origine Allemande, même si ils doivent parler Allemand. La post-synchronisation, à ce titre, est très réussie... Son film, qui conte la résilience de la conscience (d'aucuns diront l'âme) y compris dans le pire moment de l'histoire de l'Allemagne nazie, est un magnifique chant de désespoir, dans lequel passe enfin, le souvenir d'un homme chassé de chez lui, et qui s'y retrouve sans pouvoir s'y reconnaître. Quant à Erich Maria Remarque, il apparaît dans ce film, dans le rôle d'un professeur...

 

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Published by François Massarelli - dans Douglas Sirk
30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 10:53

On ne va pas prétendre: ni que ce film soit la meilleure comédie de tous les temps, ni qu'Irving Reis soit Lubitsch, Wilder ou Sturges (Preston, pas John): ne nous faisons pas d'illusions... D'ailleurs, pourquoi s'en faire? Il suffit parfois de pas grand chose: un réalisateur avec un certain métier et une envie de bien faire, un script malin, et... des acteurs.

Bien sûr, voilà ou je voulais en venir: c'est en quelque sorte, ici, un film "de" Cary Grant: à la gloire de, taillé autour, dans un studio qui avait trouvé la parade: avec Cary Grant, pas la peine d'aller débaucher un metteur en scène coté, il suffit d'un sujet qui fonctionne et hop! le tour est joué, le public viendra, de toute façon... Et le pire c'est que ça marche: ce film est drôle, tout bonnement...

Les deux soeurs Turner ont une certaine différence d'âge: Margaret (Myrna Loy) est juge, et elle a hérité de la charge de sa petite soeur Susan (Shirley Temple), qui bien entendu est à la fois brillante et sérieusement casse-pieds. Elle se cherche, et donc elle tente, et donc elle ramène des ennuis. Le dernier en date? Elle a entendu une conférence sur l'Art et veut devenir artiste... Non, mieux que ça, modèle, pour le conférencier: Richard Nugent (Cary Grant), playboy et peintre. Cette nouvelle obsession devient dangereuse, quand elle s'introduit chez lui à son insu...

Ce qui mène à des suites judiciaires; bien sûr... Margaret, qui a déjà eu maille à partir dans le cadre de son métier avec l'artiste-pitre, a une idée un peu incongrue: en échange de la clémence du jury, elle persuade Nugent de jouer le jeu et de devenir, en tout bien tout honneur, le fiancé officiel de Susan, le temps que cette dernière se lasse. Mais bon: Margaret a une idée derrière la tête, aussi, semble-t-il...

On nous le dit dès le départ: malgré la différence d'âge, les deux héroïnes, finalement, sont un peu les mêmes. Elles sont donc condamnées à devenir rivales pour les affections de Cary Grant, ce qui promet de la comédie enlevée. C'est l'un des points forts de ce film, il promet et donne beaucoup; en particulier, de nombreuses scènes fonctionnent sur l'accumulation de débats, querelles et autres conflits autour de la personne de Cary Grant, ce qui lui permet de retourner à son jeu de Arsenic and old lace. C'est donc drôle, dans la situation et les personnages. Et on peut aussi s'étonner que ce ne soit jamais scabreux... Enfin, si Shirley Temple est capable, on se réjouit de revoir Myrna Loy, qui était entrée dans sa période adulte responsable, après les excentricités du couple de The Thin Man...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Cary Grant
29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 18:39

On ne parle pas beaucoup de ce film, qui a pourtant tout pour être une cause célèbre... Une star en fin de course qui profite de sa dernière occasion de briller dans un premier rôle, une production internationale (scénario, distribution et studio français, réalisateur Italien, star Américaine, techniciens Allemands et extérieurs Espagnols...), et par dessus le marché un problème de timing particulièrement important: commencé en plein muet, sorti synchronisé et doublé puisque sa star ne parle pas un mot de français... ce qui se voit, et se lit sur les lèvres.

Le film devait être une réalisation de René Clair, mais ça ne s'est pas fait; il signe par contre l'argument, aussi simple que peut l'être Sous les toits de Paris: Lucienne (Louis Brooks) est en couple avec André (George Charlia), et il est jaloux, mais jaloux... La jeune femme, qui est dactylo, rêve de participer à un concours de beauté, et s'inscrit malgré les réticences de son fiancé... Et évidemment elle gagne: le couple va se déchirer à la suite de l'affaire...

Le miroir aux alouettes et l'illusion des paillettes, la difficulté à opérer une véritable ascension sociale, la jalousie, les moteurs mélodramatiques ne manquent pas pour une héroïne qui a autant envie de rêver que de s'en sortir: rêver, c'est justement, probablement, le point qui a motivé René Clair, mais le film me paraît peu en phase avec son oeuvre. D'une part parce que Gennina en a gommé toute fantaisie au profit d'une étonnante et souvent efficace peinture des milieux, des contrastes entre les deux vies possibles de Lucienne la dactylo. Avec son André si terriblement jaloux , elle aurait un peu d'affection et très peu de glamour. Avec les hommes qui guettent les miss, et qui tentent de les séduire et les exploiter elle bénéficie d'un rêve glauque et probablement de courte durée: le film nous conte le choc de ces deux mondes en même temps que le choc entre le prolétariat des années 20 et 30 et une certaine vision de la bourgeoisie. 

Louise Brooks est excellente, à condition bien sûr de regarder la version muette exhumée ces dernières années, qui font de Prix de beauté un bien meilleur film que le bricolage dégoûtant sorti en août 1930. Le film est plus long, plus fluide aussi... La tentation du son y est bien présente (nombreux plans de "machines parlantes", radios, phonographes, etc), et aurait pu être l'affaire d'une ou deux chansons, le reste tient la route presque sans intertitres. C'est souvent du grand cinéma muet, avec cette attention toute particulière du détail, de l'environnement, ces mouvements de caméra et cette place donnée au suspense. A ce titre, la dernière bobine est tout simplement remarquable... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1930 René Clair Louise Brooks Augusto Genina *