Le film commence dans les coulisses d'une représentation miteuse, d'une pièce du répertoire. Pas de glamour, ici, juste des gens qui travaillent et se plaignent du retard qu'ils risquent de prendre: ils sont en tournée... Et l'acteur dont dépend la fin de la pièce, Saint-clair (Louis Jouvet), tout à la satisfaction d'être le héros du drame, fait durer justement. Mais ils attraperont leur train, quand même. Pour Saint-Clair, ce sera la dernière fois, car comme il le dit pudiquement, "il a pris la décision de se mettre au vert"... en réalité, il se rend dans une maison de retraite pour vieux comédiens. Mais saint-Clair, pas plus que la plupart des autres pensionnaires de l'établissement, n'a pas l'intention de raccrocher... Le vieil acteur flamboyant va essayer de maintenir l'illusion de sa magnificence, comme il va continuer à séduire des femmes qui sont autant de conquêtes anonymes. et il s'ajoute donc à la longue liste des pensionnaires qui tentent d'entretenir la flamme, comme l'illusion: Cabrissade (Michel Simon), le cabot qui accumule les farces de mauvais gout et qui fait le mur tous les soirs, Marny (Victor Francen) l'acteur qui a toujours été plus apprécié de ses pairs que du public, tous les acteurs, finalement, sont à l'affût de la moindre chance de retourner, un instant, vers leur passé... Et en dépit du pittoresque de certaines situations, le drame pointe le bout de son nez.

C'est un film magnifique, mais quelle noirceur! Duvivier n'avait pas beaucoup plus de pitié que Clouzot, finalement, mais montre assez joliment son affection réelle pour ces vieux comédiens qui essaient tant bien que mal de faire survivre leur vocation, leur art, voire de faire croire qu'ils avaient du talent, car dans le cas de Cabrissade, il a passé sa vie de doublure à attendre qu'on veuille bien lui confier un rôle, et n'a jamais fait ses preuves! Du coup, la pension est pour lui un endroit ou son énergie va pouvoir lui permettre, parfois au dépens des autres et en particulier de Marny, de briller un peu par ses blagues et son cabotinage incessant. Et il y a Saint-Clair, qui dans un premier temps nous apparaît comme un salaud, mais n'est-il pas l'homme qui refuse le plus le vieillissement, jusqu'à la folie? son traitement des autres, et des femmes en particulier, est celui d'un fou, et il finit par être plus pathétique encore que tous les autres...
Ce très beau film se veut finalement plus qu'un portrait affectueux mais triste du crépuscule des comédiens (Joué par tant d'acteurs, jeunes et moins jeunes, dont certains sont d'authentiques très vieilles gloires du théâtres, dont Coquelin, ou Sylvie, ou pierre Magnier...): Duvivier nous dresse un beau tableau de l'humanité vieillissante, et nous montre ainsi les coulisses inattendues de nos vies, à travers des gens qui n'ont pas fini de vivre, voire pour certains n'ont pas encore commencé! Les numéros d'acteurs sont présents bien sur, Jouvet et Simon (Absolument génial, mais c'est Michel Simon, donc...) en tête, mais tous sont époustouflant, dans ce film plus que jamais tourné à hauteur de comédien, au plus près du souffle, par une caméra qui s'invite au milieu de la vie.
Les problèmes n'ont pas manqué lorsque ce film, une production Cinégraphic réalisée en partenariat avec Gaumont-British, s'est fait: l'un des acteurs de premier plan est décédé, et la star Anglaise Betty Balfour est tombée sérieusement malade, par exemple. Le choix de L'Herbier de tourner tous les extérieurs à Honfleur, le lieu où est sensé se passer l'action, s'est avéré difficile à assumer, et à la sortie du film, le verdict généralisé a été sans appel: c'est comme L'homme du large, mais e moins bien, ont dit les critiques! ...Or c'est on ne peut plus faux! Car si de nombreux commentateurs, y compris aujourd'hui, se plaignent du jeu de Betty Balfour, je pense que c'est un atout, et autant je trouve le film de 1920 souvent ridicule et prétentieux, autant j'aime celui-ci...
A Honfleur, on suit les vies quotidiennes de deux familles, qu'on ne peut pas imaginer plus différentes l'une de l'autre. Les Bucaille sont des fainéants: le père boit tout l'argent de sa paie de marin, la mère laisse les enfants traîner dans les rues, et la fille aînée Ludivine (Betty Balfour) est la meneuse, non seulement de ses deux voyous de jeunes frères, mais aussi de tous les gamins du quartier, qui passent leur temps à faire des crasses... Leurs victimes favorites sont les Leherg, une famille étrangère qui est venue s'installer à Honfleur: le père est marin, et le grand fils Delphin (Jaque Catelain) aussi; la mère maintient sa maison en ordre, et le soir ils s'attablent tous les trois avec pour commencer une prière. Ludivine aime mener des opérations contre eux, qui consistent essentiellement à jeter des pierres sur leur maison, à la faveur de la nuit. Un jour, les deux hommes Leherg sont victimes d'une tempête, et Ludivine est persuadée en être la cause; après une "expédition" chez les Leherg, le père et le garçon lui ont fait part de leur mécontentement! Elle leur a souhaité à tous les deux de mourir... Mais Delphin en réchappe. Lorsque sa mère meurt, de chagrin, Ludivine repentante demade à ses parents de le prendre chez eux. Elle insiste tant, que la famille cède...


Réalisé au beau milieu des années 30, ce film est une production "Howard", l'une des premières tentatives de Hawks de produire un film en solo, sous la bannière toutefois de Samuel Goldwyn. le style et le ton du film sont à mi-chemin entre les films qui ont précédé le renforcement du code de production (En 1934), et l'aseptisation générale qui a suivi... Avec une intrigue située dans le San Francisco des années 1850, un script auquel Ben Hecht a collaboré, et des acteurs poids lourds (Edward G. Robinson, Miriam Hopkins, Joel McCrea ou Brian Donlevy), on était en droit d'attendre un spectacle haut en couleurs... D'où une certaine déception.
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olents de leurs compagnons... Elle entend avant de succomber aux mêmes obsessions, une litanie de témoignages sur les mêmes expériences dans lesquelles elle va s'abîmer.
Dans ce film sorti il y a bien longtemps, dans une galaxie loin d'Hollywood, on assiste donc à la mise en marche de tous les mécanismes du glissement vers la prostitution, même si le mot n'est jamais présent; à la place, l'euphémisme 'slave' remplit son rôle. Mais ce n'est pas une charge contre les femmes elles-mêmes; plutôt contre ceux qui les exploitent, dont les méthodes sont ici exposées de façon naïve, mais sans pour autant tomber dans le happy end de façade. Et ce film qui tentait justement de ne pas tomber dans le conte de fées cinématographique, finit par créer à sa façon un certain nombre de figures qui seront ensuite reprises dans de nombreux films à caractère social ou polémique, puis dans les mélos des années 20... Un document passionnant, donc...





