Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 14:06

Le film commence dans les coulisses d'une représentation miteuse, d'une pièce du répertoire. Pas de glamour, ici, juste des gens qui travaillent et se plaignent du retard qu'ils risquent de prendre: ils sont en tournée... Et l'acteur dont dépend la fin de la pièce, Saint-clair (Louis Jouvet), tout à la satisfaction d'être le héros du drame, fait durer justement. Mais ils attraperont leur train, quand même. Pour Saint-Clair, ce sera la dernière fois, car comme il le dit pudiquement, "il a pris la décision de se mettre au vert"... en réalité, il se rend dans une maison de retraite pour vieux comédiens. Mais saint-Clair, pas plus que la plupart des autres pensionnaires de l'établissement, n'a pas l'intention de raccrocher... Le vieil acteur flamboyant va essayer de maintenir l'illusion de sa magnificence, comme il va continuer à séduire des femmes qui sont autant de conquêtes anonymes. et il s'ajoute donc à la longue liste des pensionnaires qui tentent d'entretenir la flamme, comme l'illusion: Cabrissade (Michel Simon), le cabot qui accumule les farces de mauvais gout et qui fait le mur tous les soirs, Marny (Victor Francen) l'acteur qui a toujours été plus apprécié de ses pairs que du public, tous les acteurs, finalement, sont à l'affût de la moindre chance de retourner, un instant, vers leur passé... Et en dépit du pittoresque de certaines situations, le drame pointe le bout de son nez.

C'est un film magnifique, mais quelle noirceur! Duvivier n'avait pas beaucoup plus de pitié que Clouzot, finalement, mais montre assez joliment son affection réelle pour ces vieux comédiens qui essaient tant bien que mal de faire survivre leur vocation, leur art, voire de faire croire qu'ils avaient du talent, car dans le cas de Cabrissade, il a passé sa vie de doublure à attendre qu'on veuille bien lui confier un rôle, et n'a jamais fait ses preuves! Du coup, la pension est pour lui un endroit ou son énergie va pouvoir lui permettre, parfois au dépens des autres et en particulier de Marny, de briller un peu par ses blagues et son cabotinage incessant. Et il y a Saint-Clair, qui dans un premier temps nous apparaît comme un salaud, mais n'est-il pas l'homme qui refuse le plus le vieillissement, jusqu'à la folie? son traitement des autres, et des femmes en particulier, est celui d'un fou, et il finit par être plus pathétique encore que tous les autres...

Ce très beau film se veut finalement plus qu'un portrait affectueux mais triste du crépuscule des comédiens (Joué par tant d'acteurs, jeunes et moins jeunes, dont certains sont d'authentiques très vieilles gloires du théâtres, dont Coquelin, ou Sylvie, ou pierre Magnier...): Duvivier nous dresse un beau tableau de l'humanité vieillissante, et nous montre ainsi les coulisses inattendues de nos vies, à travers des gens qui n'ont pas fini de vivre, voire pour certains n'ont pas encore commencé! Les numéros d'acteurs sont présents bien sur, Jouvet et Simon (Absolument génial, mais c'est Michel Simon, donc...) en tête, mais tous sont époustouflant, dans ce film plus que jamais tourné à hauteur de comédien, au plus près du souffle, par une caméra qui s'invite au milieu de la vie.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier
13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 09:41

Les problèmes n'ont pas manqué lorsque ce film, une production Cinégraphic réalisée en partenariat avec Gaumont-British, s'est fait: l'un des acteurs de premier plan est décédé, et la star Anglaise Betty Balfour est tombée sérieusement malade, par exemple. Le choix de L'Herbier de tourner tous les extérieurs à Honfleur, le lieu où est sensé se passer l'action, s'est avéré difficile à assumer, et à la sortie du film, le verdict généralisé a été sans appel: c'est comme L'homme du large, mais e moins bien, ont dit les critiques! ...Or c'est on ne peut plus faux! Car si de nombreux commentateurs, y compris aujourd'hui, se plaignent du jeu de Betty Balfour, je pense que c'est un atout, et autant je trouve le film de 1920 souvent ridicule et prétentieux, autant j'aime celui-ci...

A Honfleur, on suit les vies quotidiennes de deux familles, qu'on ne peut pas imaginer plus différentes l'une de l'autre. Les Bucaille sont des fainéants: le père boit tout l'argent de sa paie de marin, la mère laisse les enfants traîner dans les rues, et la fille aînée Ludivine (Betty Balfour) est la meneuse, non seulement de ses deux voyous de jeunes frères, mais aussi de tous les gamins du quartier, qui passent leur temps à faire des crasses... Leurs victimes favorites sont les Leherg, une famille étrangère qui est venue s'installer à Honfleur: le père est marin, et le grand fils Delphin (Jaque Catelain) aussi; la mère maintient sa maison en ordre, et le soir ils s'attablent tous les trois avec pour commencer une prière. Ludivine aime mener des opérations contre eux, qui consistent essentiellement à jeter des pierres sur leur maison, à la faveur de la nuit. Un jour, les deux hommes Leherg sont victimes d'une tempête, et Ludivine est persuadée en être la cause; après une "expédition" chez les Leherg, le père et le garçon lui ont fait part de leur mécontentement! Elle leur a souhaité à tous les deux de mourir... Mais Delphin en réchappe. Lorsque sa mère meurt, de chagrin, Ludivine repentante demade à ses parents de le prendre chez eux. Elle insiste tant, que la famille cède...

Bien sur c'est un mélodrame, complet, avec son improbable histoire d'amour. Mais L'Herbier ne serait pas L'Herbier sans la couleur locale, et ici bien sur c'est l'univers du port de Honfleur, avec ses trognes authentiques, ses cérémonies religieuses et processions avec don d'ex-votos à la vierge: des maquettes de bateaux, sur socle, dans des bouteilles, voire fixées sur des sabots, qui sont sensées les protéger une fois en mer. Le metteur en scène reste fidèle aussi à ses choix d'auteur bourgeois d'histoires populaires (Même si le film est adapté d'un roman de Lucie Delarue-Mardrus, complètement oublié aujourd'hui): sa distinction entre les feignants, les Bucaille, vulgaires, sales et sans dieu, et les braves gens, les Leherg, travailleurs, propres, et pieux, est l'essence même du mélodrame! Mais dans cette intrigue qui se nourrit de l'arrivée extérieure d'une menace, celle d'un malhonnête qui décide de s'approprier Ludivine pour en faire la vedette d'un bar à matelots, et tant pis s'il faut organiser un simulacre de mariage d'abord, fait loucher le flm du côté de Griffith!

Et c'est sans doute là que l'apport de Betty Balfour est crucial, car elle rythme non seulement toute la première partie du film de son énergie communicative, mais en plus elle oppose à Jaque Catelain un jeu tout en contrastes, dans lequel elle sait jouer de ses yeux, et de ses gestes. Il est remarquable d'ailleurs de constater que l'acteur, généralement si fade, semble ici bénéficier de cette partenaire, si différente des rôles interprétés par Marcelle Pradot habituellement! Et Honfleur inspire L'Herbier avec son authenticité visuelle, sans parler du clou du spectacle, une tempête métaphorique dans laquelle Ludivine et Delphin vont enfin admettre leur amour. Le metteur en scène va d'ailleurs concentrer ses audaces de mise en scène à l'approche de cet événement, adoptant pour la première partie un rythme soutenu, mais essentiellement efficace... Bref, on est ici devant l'un des meilleurs films de son auteur, tout simplement.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Marcel L'Herbier 1927 **
11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 17:44

Réalisé au beau milieu des années 30, ce film est une production "Howard", l'une des premières tentatives de Hawks de produire un film en solo, sous la bannière toutefois de Samuel Goldwyn. le style et le ton du film sont à mi-chemin entre les films qui ont précédé le renforcement du code de production (En 1934), et l'aseptisation générale qui a suivi... Avec une intrigue située dans le San Francisco des années 1850, un script auquel Ben Hecht a collaboré, et des acteurs poids lourds (Edward G. Robinson, Miriam Hopkins, Joel McCrea ou Brian Donlevy), on était en droit d'attendre un spectacle haut en couleurs... D'où une certaine déception.

Mary Rutledge (Miriam Hopkins) arrive a San Francisco en compagnie d'un homme qui a pour intention de créer un journal sur place. Elle est venue pour se marier avec un homme qu'elle connait à peine, et apprend à son arrivée qu'il est mort, lors d'une partie de cartes fatale. Elle prend sur elle, et va désormais travailler dans le casino de l'homme qui l'a tué, Louis Chamalis (Edward G. Robinson), abandonnant toute illusion, jusqu'à ce qu'un jeune, beau, et honnête pionnier (Joel McCrea) ne passe par là et s'intéresse à la jeune femme...

On apprécie la confrontation entre Robinson en canaille, mais un de ces malfrats avec une certaine vision esthétique du crime. Il assume sans rougir un rôle à la Lon Chaney, un salaud amoureux d'une femme qui restera inaccessible même lorsqu'elle se donne à lui... Et la peinture du San Francisco brumeux, sale et corrompu ne manque pas de grandeur, surtout dans d'étonnantes scènes qui montrent les citoyens de la ville, menés par le shériff Harry Carey, prenant a loi en mains... Hawks oublie son style austère pour livrer quelques audaces visuelles avec des ombres que n'aurait pas reniées Michael Curtiz... Mais ces bonnes intentions ne suffisent pas à empêcher le film de souffrir sérieusement; en cause, l'histoire d'amour sirupeuse et mal foutue entre McCrea et Hopkins, l'un et l'autre montrant de sérieuses limites...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Howard Hawks
9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 14:00

Clint Eastwood confie les rênes à son complice Buddy Van Horn (rappelons que si l'acteur est toujours au rendez-vous, le réalisateur Eastwood n'a tourné qu'un seul de quatre autre films de la frnchise), et Harry rempile une fois de plus...

Une fois de trop? D'un côté, l'intrigue est encore bien tordue, mettant aux prises Harry Callahan avec un dingue qui a pris acte de l'importance médiatique du policier, dans un mélange indigeste et typique des années 80 entre milieux artistiques (Avec le jeune Jim Carrey en caricature de chanteur de hard rock sous diverses drogues) et criminalité.

De l'autre le film s'amuse à exploiter la façon dont dans la vraie vie le phénomène Harry, et avec lui Eastwood lui-même, sont devenus des faits de société depuis les premiers émois lors de la sortie "scandaleuse" de Dirty Harry en 1971, quand on traitait volontiers Eastwood de fasciste. Ce Harry qui nous est présenté a mis une dose considérable d'eau dans son vinaigre, en vérité...

Pourtant, même si Clint Eastwood fait son âge, décidément, il continue à singer l'ange exterminateur Harry Callahan, qui surgit des vapeurs et fumées urbaines pour faire triompher la justice, aussi bien avec un gros flingue qu'avec un harpon. Plus que jamais, après la réussite de Sudden impact (Qu'il a réalisé lui-même), ce Harry-là n'est sans doute pas d'une grande utilité.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Noir
8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 14:12

Après La Vérité en 1960, et la débâcle de L'Enfer en 1963, film inachevé, à cause essentiellement de ses ennuis de santé, on ne s'attendait sans doute pas vraiment à ce que Clouzot retrouve le chemin des studios. Il avait soixante ans, ce qui n'est pas vieux pour un cinéaste mais dans son cas et vu ses soucis chroniques, le fragilisait d'autant plus. Désireux de trouver un nouvel angle d'approche pour les recherches esthétiques qu'il n'avait pu faire aboutir en 1963, désormais passionné jusqu'à l'obsession par l'art moderne, l'art cinétique en particulier, le metteur en scène a profité de la nouvelle permissivité de cette fin de décennie, de sa proximité avec quelques grands noms de l'art moderne (Dont Yvaral et Vasarely) pour développer un script qui incorpore la nouvelle donne de l'art, en même temps que la nouvelle donne de la sexualité: car La prisonnière, qui parle d'une relation sadomasochiste qui tourne mal, n'est pas un film tiède... Une fois n'est pas coutume, le metteur en scène-scénariste, qui a tant collaboré avec des hommes durant sa carrière, se fait cette fois aider d'une femme, Monique Lange. Il faut dire qu'il va s'y attacher au point de vue d'une jeune femme.

Par contre, si c'est bien un film miraculé... pour autant il est loin d'être miraculeux.

On suit les journées de José (Elizabeth Wiener), monteuse à l'ORTF. Elle vit avec un artiste d'avant-garde, Gilbert (Bernard Fresson), qui expose à la galerie la plus en vue, celle de Stan Hassler (Laurent Terzieff). C'est entre ces trois personnages que le drame bourgeois va se dérouler: Gilbert et José ont un petit arrangement: ils s'autorisent mutuellement un peu de liberté dans leur vie amoureuse, à condition de se dire la vérité. Mais José, qui est fascinée par Stan, va en cachette s'intéresser à lui, et découvrir qu'il est passionné par une certaine forme de voyeurisme. Il fait venir des modèles, et les humilie en leur faisant prendre des poses érotiques. Un jour, José assiste à une séance durant laquelle la jeune modèle Maggy (Dany Carrel) pose pour Stan, et tout va basculer: elle souhaite elle aussi commander de façon rugueuse ces modèles qui prennent la pose, puis poser à son tour, et puis... elle développe une relation avec Stan. Mais elle n'en parle pas à Gilbert, qui devient terriblement jaloux...

L'intrigue est un ressort tiré du drame bourgeois dans lequel l'adultère le plus sordide s'épanouit une fois de plus en toute tranquillité.Pourtant cette construction quasi boulevardière contraste avec la réactualisation de son style par Clouzot, qui prend acte de l'évolution du langage, mais aussi de l'évolution des moeurs. Le sexe est omniprésent, dans le film, sans être représenté vraiment frontalement, mais les dernières limites à franchir ne sont plus très loin... On ressent une étrange impression d'un choc frontal entre ce film qui semble bien de son temps, une sorte de reflet de la France de 1968, mais qui parfois pense comme en 1935!

Et cette impression de choc malaisé est renforcé par le fait que la forme du film est ici envahie par les obsessions artistiques de Clouzot, qui laisse l'art cinétique envahir le film, comme il l'avait fait dans ce qui reste du brouillon de L'enfer. On se rappelle bien sur des jeux de lumière qui présidaient à la fameuse scène entre le docteur Germain et le docteur Vorzet dans Le Corbeau (1943), et l'interprétation qu'en avait donné Vorzet. On retrouve ici cette lubie des jeux de lumières, désormais privés de ce sens salutaire, qui s'ajoutent à de nombreuses scènes dans lesquelles formes géométriques, lignes, ondulations, décalages, fragmentation (Les miroirs brisés sont un cliché de ce genre de recherche) n'en finissent pas de remodeler, redéfinir notre rapport à l'image, comme Elizabeth Wiener qui se perd dans ses propres obsessions... mais Gilbert, dans une scène située au début du film, utilise ses mains pour brouiller sa propre vision, la morceler, et le fait en utilisant ses mains de façon un peu embarrassante. Mais je suis sur qu'il reproduit un geste que Clouzot lui a dicté, et qui est peut-être un geste personnel récurrent du cinéaste lui-même. On y retrouve son obsession de la façon dont un même objet, un même acte, un même personnage puisse être perçu différemment suivant la façon dont la lumière les met en valeur, ou selon le point de vue: La Vérité, Les espions, Les diaboliques, Le retour de Jean, Le Corbeau et Quai des orfèvres, ainsi que L'enfer dans les intentions de Clouzot, touchaient déjà ce thème, mais il est ici fondu dans la pratique de la mise en scène et dans les à-côtés de l'intrigue. par exemple, José, qui est monteuse, travaille sur un documentaire dans lequel elle entend justement des femmes parler de leur soumission aux actes violents de leurs compagnons... Elle entend avant de succomber aux mêmes obsessions, une litanie de témoignages sur les mêmes expériences dans lesquelles elle va s'abîmer.

D'ailleurs, il se projette dans les deux personnages masculins, l'un est un artiste qui souhaite ne pas faire de compromis, mais qui est prêt littéralement à coucher pour se vendre, et l'autre est un esthète vaguement passé à autre chose (Il s'adonne en privé à des photos autrement plus figuratives que l'art qu'il vend), qui ne semble plus motivé par l'art, mais par le mode de fonctionnement de sa commercialisation. Les deux tournent bien sur autour de la même femme, et leur confrontation est inévitable... Mais Clouzot nous montre essentiellement le choc entre deux impuissances: l'un étant tellement obsédé par sa carrière qu'il ne pense plus à faire l'amour à sa femme, et l'autre qui séduit une femme en l'avilissant, mais qui doit se faire mener par la main pour la toucher...

Donc, La prisonnière est un film hautement personnel, film auto-portrait, qui fait semblant de prendre acte de la nouvelle permissivité, et qui fait acte de modernité pour mieux recourir une fois de plus aux obsessions intimes du cinéaste. Le film est intéressant, oui, mais plus par son ratage et ses défauts que par ses audaces... Au moins peut-on se réjouir qu'un cinéaste exigeant, éloigné longtemps des studios par ses problèmes de santé, ait pu finalement retourner à son art, et finir un nouveau film... Pour une dernière fois.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Henri-Georges Clouzot
5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 08:23

Paul Haggis est le scénariste de Million dollar baby, le beau film humaniste et un brin noir de Clint Eastwood qui a obtenu le très mérité (Ca arrive) Oscar du meilleur film en 2004... L'année d'après, rebelote avec ce film choral, qui suit deux journées à Los Angeles dans le sillage d'une quinzaine de personnages, autour d'une série d'anecdotes: le procureur de LA s'est fait braquer en pleine rue, une rue passante qui plus est, par deux voyous noirs armés, qui lui ont volé sa voiture, et on va suivre aussi bien le couple de victimes, que les deux voleurs et leurs discussions philosophiques qui les distraient tellement qu'ils roulent sur un Chinois en pleine rue... Un policier noir, parvenu à un poste intéressant en dépit du racisme de la société, se voit obligé de céder à un chantage odieux et questionne la validité de son intégrité... Un boutiquier d'origine Iranienne se fait cambrioler une fois de trop et s'en prend au serrurier chicano dont il pense qu'il a mal fait son boulot exprès... Ca et tant d'autres histoires, qui se répondent, se complètent, et transforment éventuellement le jugement du spectateur.

Le film est double: à la fois une exploration un peu tape-à-l'oeil des extrêmes humains, parfois au coeur d'une seule et même personne, et une illustration tangible et passionnante de ce qu'est au quotidien le multiculturalisme à LA. Avec les parfois gros sabots, ce n'est pas fascinant, mais c'est toujours prenant, et le film étant situé aux alentours de Noël, on n'échappe pas à un "miracle" figuré... Le monde n'est ni simple, ni manichéen, c'est ce qui fait le sel de la vie. Mais l'essentiel du plaisir qu'on prend à ce film, c'est justement dans la capacité des personnages, qu'ils soient bons ou mauvais, à nous entraîner dans leur sillage, comme un Chinois (Ou un Coréen) qui serait collé à une voiture... Oui, l'analogie parait un peu étrange, mais c'est que vous n'avez pas vu le film. Dans Crash, les gens se catapultent, s'accrochent, se culbutent, s'entrechoquent, comme de juste. Donc si l'Oscar a été surtout du au fait que l'Académie avait peur de récompenser Brokeback Mountain de Ang Lee, au moins ce film généreux atteint-il certains des buts qu'il s'est fixés.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Paul Haggis
5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 08:10

Ceci est un court métrage, qui remplit solidement ses deux bobines de film, en racontant par le menu le mécanisme qui conduit une femme ayant le désir d'être indépendante vers la prostitution, au début du 20e siècle aux Etats-unis... On y voit les "travaux d'approche" des "trafiquants", puis leur technique de mise en dépendance de la victime, avec faux mariage et toutes les ficelles du genre, entre New York et New Orleans, et on voit comment les proxénètes se jettent sur les immigrantes de fraîche date, une proie facile. Ce qui a poussé les autorités d'Ellis Island à interdire l'accès du pays aux femmes arrivées seules...

Dans ce film sorti il y a bien longtemps, dans une galaxie loin d'Hollywood, on assiste donc à la mise en marche de tous les mécanismes du glissement vers la prostitution, même si le mot n'est jamais présent; à la place, l'euphémisme 'slave' remplit son rôle. Mais ce n'est pas une charge contre les femmes elles-mêmes; plutôt contre ceux qui les exploitent, dont les méthodes sont ici exposées de façon naïve, mais sans pour autant tomber dans le happy end de façade. Et ce film qui tentait justement de ne pas tomber dans le conte de fées cinématographique, finit par créer à sa façon un certain nombre de figures qui seront ensuite reprises dans de nombreux films à caractère social ou polémique, puis dans les mélos des années 20... Un document passionnant, donc...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet
2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 11:09

 

Pas la peine de tourner autour du pot: il sera ici question de foi. Pas tant la foi dont il est question dans le film, qui déroule une improbable histoire de possession satanique vue du point de vue d'un scientifique chevronné et sceptique, non, plus de foi dans le cinéma, et plus particulièrement dans ce film... On fait grand cas, avec raison, du génie de Tourneur tel qu'il se manifeste dans l'époustouflant film Cat People; mais son meilleur film, selon moi, c'est celui-ci, une production Anglo-Américaine, effectuée sous l'égide de la Columbia et dans laquelle les artistes Britanniques occupent vraiment le terrain. Je vais profiter de cet espace pour parler un peu d'un malentendu tenace: non, Tourneur n'est pas un réalisateur de films fantastiques. Comme Tod Browning, il est souvent associé à ce domaine dans la mesure où il s'y est illustré, mais comme Tod Browning il a souvent touché à d'autres domaines, en particulier le film noir sous plusieurs formes (De Nightfall à Circle of danger, en passant par Experiment perilous et Out of the past), mais aussi divers films d'aventures et bien sûr des westerns. Son étiquette "fantastique" est surtout due à ces trois films produits par Val Lewton pour la RKO, dont Cat people qui semble à lui tout seul résumer le style adopté par le réalisateur... Trois autres films doivent être ajoutés à cette galerie, les très inégaux Comedy of terrors et War gods of the deep, ses deux derniers films, mais aussi et surtout, donc, Night of the demon.

En Grande-bretagne, un scientifique qui enquêtait sur le culte satanique de l'étrange Julian Karswell (Niall McGinnis) trouve la mort dans des circonstances d'autant plus étranges que ce décès avait été "prédit" au défunt, à la date et l'heure exacte. Pourtant, si les spectateurs savent que c'est à une forme démoniaque que l'homme doit sa mort, tous les indices concourent à faire penser à un accident. Le lendemain, John Holden (Dana Andrews) un scientifique Américain arrive sur les lieux, et va lui aussi s'attaquer à Karswell, qui lui réserve également le même sort...

Il est difficile de résumer ce film en raison d'un fait tout simple: d'une certaine façon il viole dès le départ une loi du genre, en nous livrant de but en blanc la vérité toute crue: si Holden est un sceptique dur à cuire qui refuse d'admettre l'existence de la magie et des forces occultes, le spectateur sait lui qu'il se trompe sur toute la ligne. Et il devient même difficile ensuite de garder de la sympathie pour le bonhomme! C'est là qu'intervient Patricia Harrington (Peggy Cummins), la nièce du scientifique disparu, qui se retrouve entre ses propres questionnements et son attirance pour l'Américain. Elle l'humanise, au moins pour donner un enjeu au spectateur qui manque cruellement de billes pour conserver son affection envers celui qui est très officiellement le héros! Mais Karswell, interprété par un de ces acteurs géniaux dont la grande-Bretagne a le secret, même si McGinnis est lui-même d'origine Irlandaise, est tellement plus intéressant que Holden! Comme disait Hitchcock, plus le méchant est réussi, meilleur sera le film: Karswell est sans doute la clé de la réussite de ce film... Totalement impliqué dans son culte démoniaque, entièrement dédié à sa mission, qui consiste à mener une troupe de croyants pour lesquels "le bien c'est le mal, et le mal c'est le bien", Karswell est spirituel, cultivé, affectueux presque, rondouillard, et en prime il se comporte en brave citoyen qui organise des goùters pour Halloween avec des tours de magie! Mais sous ce masque bienveillant, est-il un inquiétant démiurge qui distribue la mort, ou un être humain qui est le jouet de forces démoniaques qui le dépassent? Veut-il par sa résistance à une enquête qui risque de gêner les affaires de son culte se protéger personnellement, ou éviter que trop de gens ne meurent?

On fait souvent tout un plat des prétendus intérêts de Tourneur pour l'occulte, surtout autour de ses films fantastiques bien entendu. Mais je pense qu'il s'agit surtout d'une pose de dandy, d'un intérêt essentiellement esthétique. Ici comme dans Cat people, si on excepte les apparitions embarrassantes d'un monstre en peluche qui est moche comme tout, il fait merveille avec trois fois rien, utilisant la suggestion et l'atmosphère pour produire un effet maximal. Et ça marche d'autant plus qu'il y a quand même du suspense: oui, nous savons qu'Holden doit mourir, et nous souhaitons tout comme Patricia qu'il s'en sorte! Et nous avons vu ce qui est arrivé au professeur Harrington, donc il nous reste une inconnue: s'il y a de fortes chances que le héros s'en sorte, comment procédera-t-il? Mais pour revenir à Tourneur, qui reste bien flou sur le "culte" qui fait l'objet des investigations scientifiques de Harrington et Holden, il se sert ici de ces milieux occultes, démoniaques, satanistes, sorciers, etc, comme d'un révélateur pour quelque chose de bien plus réel, tout comme il utilisait une intrigue fantastique dans Cat people pour se livrer à un portrait en creux de la psychanalyse et de ses pratiquants...

Car le film est sans doute beaucoup plus une réflexion ironique sur la science, qui en ces triomphantes années 50 est en danger de se transformer en un monde de certitudes sans âme. C'est l'une des raisons de la confrontation permanente de Holden d'une part, qui ne croit en rien, et affiche une obsession de la rigueur qui est en fait plus une fermeture totale de son esprit, et d'autres scientifiques d'autre part, qui gardent un esprit ouvert (Un Indien, lorsqu'on lui demande ce qu'il pense des démons et des esprits, répond: "Oh, j'y crois, absolument!"). Le film est le parcours d'un scientifique buté, qui résiste avec mauvaise foi durant toute ses aventures au pays de la magie, ce qui ne l'empêche pas, confronté à une énigme, d'être totalement dépourvu: c'est très certainement le sens de la très belle séquence qui voit Dana Andrews à Stonehenge... Le film termine sur une phrase d'une douce ironie, si on la compare à ces fameuses certitudes froides et envahissantes qui semblent être la seule motivation de Holden au début du film: "Quelquefois, c'est mieux de ne pas savoir". Tourneur semble dans une dernière pirouette nous donner son secret: il parle, finalement, de rien. Rien qu'on puisse prouver, rien qu'on puisse réfuter... C'est un illusionniste de première, et il nous a bien eu, avec ce film fantastique impeccable qui garde son pouvoir de fascination à la quarantième vision... A condition donc qu'on ait la foi dans le pouvoir subtilement vénéneux de ses images pas toutes expliquées, et qu'on ne soit pas rebuté par ce sacré monstre!!

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur
1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 18:47

The unseen enemy est un de ces thrillers comme Griffith en produisait presque sans réfléchir, avec ses héros assiégés, son héros qui rameutait de l’aide, son téléphone, unique lien entre le dedans et le dehors, et ses moyens de locomotion en pagaille qui servaient à sauver tout le monde. Il ne fait pas exception à la règle: tout le monde est sauvé à la fin. Alors, pourquoi en parler? Sans doute que l’arrivée des Soeurs Gish est un événement suffisant en soi, pourtant il entraîne plus de déception que de satisfaction; non qu’elles jouent mal: ce sont les sœurs Gish, enfin!

Non, c’est plutôt Griffith qui nous déçoit a posteriori. Il croyait dur comme fer que des deux, le génie, c’était Dorothy, pas Lillian, et il s’est employé à donner à Dorothy le beau rôle et des tonnes de choses à faire, et à Lillian, rien ou presque. Cette situation durera quelques mois avant que Griffith ne se rende compte de sa bourde…

Mais n’anticipons pas. Ce film nous conte donc la lamentable histoire de deux jeunes sœurs, orphelines depuis peu, et dont le frère vient apporter une somme d’argent, mise en coffre sous les yeux torves d’une femme de ménage louche… Celle-ci va téléphoner à des bandits de sa connaissance, qui vont profiter du fait que les deux jeunes filles sont seules pour venir dérober l’argent, pendant que les deux filles, apeurées, contactent leur frère par téléphone, pendant qu’elles ont enfermées.

Le dispositif de la maison assiégée est ici complexe, avec d’abord une menace qui vient de la maison elle-même, avec la complicité de la domestique, le déplacement, par rapport au modèle de The lonely Villa, du centre d’intérêt des bandits : les deux sœurs sont dans une pièce et le magot dans la pièce ou sont les bandits; la cerise sur le gâteau, c’est un petit espace par lequel les deux pièces communiquent: il permet aux bandits de passer un bras avec une arme, qui tire en aveugle quelques coups de feu. 

Ici, à la vision de ce trou dans le mur dont dépasse une forme phallique (et chargée) se situerait une inévitable lecture Freudienne, mais celle-ci a probablement besoin d’un coup de pouce supplémentaire; retournons en arrière, et ajoutons un personnage: au début du film, les deux jeunes filles sont dehors, et Bobby Harron intervient: il joue le petit ami (Un gentil benêt) de Dorothy. Celle-ci lui refuse un baiser au moment de le voir partir pour ses études, et il s’en va tout penaud. Lors du siège, donc, avec Lillian toute traumatisée qui se réfugie dans ses bras, Dorothy décide de tenter le tout pour le tout, et s’approche du fameux trou dans le mur, lentement, en rassemblant tout son courage. La caméra reste cadrée sur Lillian, ce qui fait que Dorothy dépasse bientôt du cadre. Le plan suivant nous montre l’action élargie, et Dorothy qui s’approche du trou, dans le but de saisir l’arme sans doute, mais le bras surgit brusquement, et elle renonce, apeurée. A ce moment, Griffith coupe et nous montre, deux secondes durant, le gentil fiancé. A la fin du film, les deux amoureux, une fois les filles sauvées, s’échangeront enfin un chaste mais décisif baiser.

Ouf! Le siège d’une maison, nous dit Griffith, n’est pas que l’atteinte à la famille; du reste, avec des parents décédés, une domestique traîtresse, et un frère qui est trop grand pour rester à la maison, cette famille est réduite aux deux jeune filles. Les connotations sexuelles de ce film vont donc particulièrement droit au but, et apportent rétrospectivement à toutes ces scènes de maisons assiégées, d’enfermement et de femmes qui prennent les armes, l’initiative, et le taureau par les cornes une lecture sans ambiguïté. Il est dommage que Griffith n’ait pas eu mieux à faire de Lillian Gish, qui se contente de rester à l’écart pendant la scène de flirt entre Harron et Dorothy, et qui contrairement à sa sœur a peu d’accessoires pour soutenir son jeu; quant on sait l’usage qu’elle saura faire de tout accessoire possible et imaginable dans ses films ultérieurs, c’est vraiment dommage. Mais ce n’est que partie remise…

 
Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith Lillian Gish Dorothy Gish
1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 18:43

Ce film contient l’essentiel de son “message” dans le titre : Griffith décide de commencer son court métrage par deux mariages, semble-t-il aisés tous les deux. Seulement l’un des couples va tomber dans les ennuis, puis la pauvreté. Le pli est pris, et Griffith continue de nous les présenter en parallèle, mais c’est justifié par l’intrigue: ils vont se rencontrer. L’intrigue est centrée autour de la décision douteuse que l’homme riche (Edwin August) a prise: il a accepté un pot-de-vin, à l’insu de son épouse (Blanche Sweet). Elle le découvre le jour ou l’homme pauvre (Charles West) s’introduit chez elle pour voler l’enveloppe d’argent du pot-de-vin. Elle décide de laisser partir le cambrioleur qui retourne vers son épouse (Dorothy Bernard). Elle met le mari face à ses responsabilités; celui-ci décide de rendre l’argent et d’aider le couple pauvre à s’insérer.

Le scénario n’est pas, on le remarque, des plus révolutionnaires. Le traitement est intéressant pourtant: apparemment détachée et frivole, l’épouse jouée par Blanche Sweet va non seulement être le pivot de l’intrigue, mais l’essentiel passe par son point de vue. Le montage est utilisé ici moins pour le suspense (La tentative du cambrioleur se tient en un plan) que pour effectuer le parallèle entre les destinées des deux couples et pour souligner les tourments intérieurs : ainsi lorsque le cambrioleur repart chez lui, il nous est montré dans sa cabane, accueilli par son épouse. Blanche Sweet et Edwin August, quant à eux, ont droit à leur espace privatif, séparés dans la maison par une cloison ET par le montage.

Pour finir avec ce film somme toute mineur, ajoutons que Griffith permet à Blanche Sweet (Il est vrai qu’elle joue une riche oisive, donc elle a le temps) d’user de toute sa séduction: robe décolletée, "déshabillé" 1912 pas trop vaporeux quand même. Elle illumine l’écran, on ne voit qu’elle: c’est le but. Précisons que sinon, son jeu est irréprochable, et le serait d'ailleurs y compris si elle était habillée d'un sac de patates.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet