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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 10:58

Mantrap était l'un des films préférés de Clara Bow; c'était aussi son introduction au grand monde, après avoir enchaîné seconds rôles et productions moindres, c'était son premier rôle en vedette pour un studio de premier plan, qui allai ensuite lui proposer un contrat de star... Mais de tous les films qu'elle a tournés en vedette (Exception faite de Wings, dans lequel on peut décemment considérer que son rôle est limité), c'est sans doute le meilleur qu'on puisse voir aujourd'hui. L'entente a été parfaite entre la star et son metteur en scène (Et même plus que parfaite à en croire la légende, sacré Victor!), et de ce qui aurait pu être une comédie vaguement sexy de plus ou de moins, l'équipe en a fait un chef d'oeuvre de comédie gonflée.

Deux hommes s'apprêtent à prendre des vacances momentanément, pour des raisons différentes voire opposées: Joe Easter, le trappeur qui vit à Mantrap Lodge, en pleine nature, a besoin d'aller à la grande ville pour y voir des filles, parce que la solitude lui pèse, alors que l'avocat Ralph Prescott, de son côté, est un avocat spécialisé en divorces, qui n'en peut plus de recevoir des clientes fortunées qui tentent de le séduire. Easter se rend donc à Minneapolis où il rencontre une jeune manucure, Alverna, qui croit trouver en lui l'homme des bois, et Ralph écoute son ami Woodbury, qui le persuade d'aller camper au grand air. Et Ralph et Woodbury vont donc s'installer à Mantrap, en pleine saison des pluies, semble-t-il. Lorsque Ralph rencontre Joe, celui-ci l'invite à venir se refaire une santé dans sa cabane, et lui présente Alverna...

Comme on dit dans ces cas-là, "vous pouvez deviner la suite"... Sauf que non, ce serait trop facile! Fleming a distribué les rôles à une troupe formidable: Joe Easter est interprété par Ernest Torrence, qui sait si bien doser sa jovialité et son manque flagrant de sophistication, tout en provoquant la sympathie du public; Percy Marmont est arfait en avocat coincé, cela va sans dire! Eugene Pallette interprète Woodbury, et parmi les habitants de mantrap, on apercevra Ford Sterling, Lon Poff (En pasteur...), Josephine Crowell en une voisine qui se mèle de ce qui ne la regarde pas, et William Orlamond interprétant son mari qui la suit partout comme un petit chien. On note que j'ai gardé l'inévitable pour la fin: Clara Bow, confondante de naturel, est donc Alverna. Alverna, comme Clara Bow, est dotée dune sexualité visible et assumée, jamais mise en valeur par des robes suggestives, mais plus par un comportement exubérant. Et ce petit bout de bonne femme va en faire baver à tous les hommes, mais le pire c'est qu'elle en fait une affirmation de sa féminité, les hommes dans 'histoire étant priés d'accepter. Et Fleming ne cherche à aucun moment à la punir ou à l'excuser de son comportement. Lors d'une scène, la jeune femme prend le pouvoir, et confronte "ses" deux hommes, Prescott et Easter, et... montre qui est la patronne. Clara Bow est troublante, et c'est son meilleur rôle.

Au cas ou on se poserait la question, sachez qu'il existe bien un lac Mantrap dans le Minnesota, ce n'est donc pas une invention de l'auteur du roman, Sinclair Lewis, ou de Victor Fleming, qui s'était lui fait prendre aux pièges de Clara Bow. Ni le premier, ni le dernier...

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Published by François Massarelli - dans Victor Fleming Clara Bow Muet Comédie 1926 **
24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 08:39

Le même jour, Samuel "Kid" Boots (Eddie Cantor) se fait virer pour maladresse extrême de son travail chez un tailleur, se fait un ennemi mortel en la personne d'une grande brute (Malcolm Waite), et rencontre la femme de sa vie, Clara (Bow). Tant qu'à faire, il va aussi faire une autre rencontre déterminante, celle de Tom (Lawrence Gray), un professeur de golf empêtré dans un mariage avec une intrigante (Natalie Kingston) qui cherche, quant à elle, à s'échapper de son divorce. Suite à un certain nombre de quiproquos, "Kid Boots" devient le témoin de Tom, et ce trois jours avant que le divorce ne soit finalisé. Et tout ce petit monde se retrouve dans la même station balnéaire. Il va donc, y avoir du sport...

Ceci est le premier film de Eddie Cantor, star chez Ziegfeld, et dont la popularité grandissante coïncide avec l'avènement des studios. La Paramount, en lui offrant un "véhicule" taillé sur mesure (A la base de ce film, figure une pièce où l'acteur avait triomphé), pose du même coup les jalons de ce qui va bientôt devenir la façon de traiter le burlesque à la MGM, la Fox ou la Paramount: choix d'un réalisateur, des acteurs, lieux de l'action, tout passe par le studio; une gestion efficace de la comédie, qui fait certes du bon boulot, mais qui tranche avec l'artisanat tel que le pratiquaient tous les spécialistes du genre: Keaton, Chaplin, Lloyd et Langdon en tête. Bref, aurait pu dire Churchill, la comédie est un art trop important pour la confier à des néophytes... Non que ce film soit mauvais, loin de là. Mais il reste mécanique, et parfois on voit les ficelles. Et Eddie Cantor fait de son mieux, difficile dans les meilleurs moments de ne pas penser aux modèles prestigieux qu'il s'est choisi... Pour ce qui est de Clara Bow, qui était encore à l'essai, elle apporte à son rôle de flapper dynamique toute sa connaissance du type, et ses scènes avec Cantor, bien que peu nombreuses hélas, valent le détour. Si certaines scènes recyclent de façon voyante, notamment une scène de massage avec contorsionniste qui renvoie directement à The cure de Chaplin (Sauf que cette fois, c'est Cantor, c'est à dire le héros, qui est le contorsioniste), il y a une atmosphère générale de représentation du sport, qui fera des petits: Run girl run, de Alf Goulding chez Sennett, College de Buster Keaton, ou encore de nombreux courts métrages des années 20 ou 30... Ce n'est donc peut-être pas la comédie de la décennie, mais ça se laisse voir sans déplaisir.

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Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow Comédie 1926 **
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 18:28

Trois enfants Américains, tous trois de parents divorcés, jouent ensemble à Paris. Les deux filles, Kitty et Jean, ont été placées dans un couvent pour enfant de divorcés aisés par leurs ères volages, et le jeune garçon Ted ronge son frein en attendant de quitter sa famille, excédé par le comportement déluré de son père divorcé... Mais en grandissant, Kitty (Clara Bow) et Ted (Gary Cooper), qui sont voisins aux Etats-Unis, sont devenus assez proche des styles de viee de leurs parents. Quand Jean (Esther Ralston) les rejoint, Ted et elle tombent amoureux l'un de l'autre. Mais Jean explique à Ted que le mariage ne sera possible que s'il travaille. Il trouve assez facilement un emploi, mais Kitty très attaché à son style de vie oisif vient l'empêcher de mener à bien sa mission, et un matin, il se réveille à ses côtés, n'ayant aucun souvenir de leur nuit, durant laquelle ils se sont mariés... Pour Ted et Jean, c'est une catastrophe: faut-il un nouveau divorce qui risque de gâcher la vie de Kitty, ou faut-il lui laisser sa chance, bien que Ted ne l'aime pas?

On fait grand cas de la participation de Josef Von Sternberg à ce film, qui a certainement bénéficié de retakes, ou d'embellissements de la part du metteur en scène génial... mais ce serait injuste de ne pas d'abord le considérer comme ce qu'il est: l'un des meilleurs films du très conservateur cinéaste qu'était Frank Lloyd. Il se surpasse globalement, même si le message anti-divorce est aujourd'hui complètement vide de sens, au moins le film se permet-il d'explorer avec un oeil volontiers critique (Et un brin trop vertueux) la vie dissolue des gens de la haute société. N'empêche que Clara Bow se jette à corps perdu dans un rôle taillé pour elle, sans arrière-pensées... Le film a de plus le bon goût, en plus de nous donner à voir Cooper et Bow ensemble, de ne pas durer très longtemps, et du coup il n'y a pas la moindre redondance. Compte tenu de son sujet, c'est un plaisir coupable, mais on ne dira rien...

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Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet Clara Bow 1927 ** Gary Cooper
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 18:14

Ce film, entièrement à la gloire de Clara Bow, vient à la fin d'une année frénétique: entre autres, Clara Bow y a tourné Children of divorce (Frank Lloyd), It (Clarence Badger), Hula (Victor Fleming) et si le film n'était pas à proprement parler typique de l'actrice, on pourra difficilement faire l'impasse sur le formidable Wings de William Wellman... Mais Get your man, pure comédie sans un gramme de pathos, correspond finalement à l'image délurée et mutine de la star telle que l'avaient forgée un certain nombre de personnes à l'époque, parmi lesquelles... Clara Bow elle-même.

On peut rendre compte de l'intrigue facilement, même si deux bobines ont aujourd'hui disparu: à Paris, le jeune Duc d'Albin (Charles Buddy Rogers) fait la connaissance de la jolie eet exubérante Américaine Nancy Worthington (Clara Bow). Ils se plaisent immédiatement, mais le problème, c'est que selon d'antiques coutumes, le jeune homme est promis à une jeune femme (Josephine Dunn) depuis leur plus jeune âge... N'écoutant que son coeur, la belle Américaine décide de mettre la pagaille dans cette union programmée, afin de donner raison au titre du film... Elle débarque donc dans la luxueuse résidence des Ducs D'Albin, ou on reçoit justement la future belle famille du jeune home, les De Villeneuve...

C'est drôle, enlevé, vite passé et pas si vite oublié que ça. La mise en scène de Dorothy Arzner va à l'essentiel, et repose surtout sur l'énergie indomptable de la jeune actrice, totalement dans son élément. On notera que si la morale à la fin reste sauve, le moyen ultime utilisé par Clara Bow est tout simplement de compromettre la réputation de sa vertu de façon irrémédiable...

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Published by François Massarelli - dans Clara Bow Muet Comédie 1927 **
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 09:14

Talking about his absurd Tour de Nesles released in 1954, the film which marked his return to directing after twelve years of exile and unemployment, Abel Gance, with the exaggerated style that characterized him, said that he had made this film not to live, but "to not die". It's funny, and the nuance is subtle. But frankly, it had been a while since something was wrong, and certainly if The Tower of Nesles was absolutely unworthy, an uneasy mix of silly melodramatic adventures, overt nudity and bad taste innuendos, there had been a forerunner. The most widely available print of Lucrèce Borgia starts ... with a visa from th board of National Education. I guess the production company wanted to look respectable, and imply that this film would provide a lesson in history. It finally reminds us of this mania borrowed by Gance from Griffith, of peddling (in Napoleon, he constantly does) the worst rumors of history and of giving them a respectable stamp by putting the word "Historical" on a title...

We thus witness a series of episodes in the life of the Borgias, whose father Alexander VI, a mercenary become pope, is interpreted with some restraint by Roger Karl. The eldest child, Giovanni (Maurice Escande), is a friend of the arts, and of course, from there on, the undertones to make him a homosexual abound. Caesar Borgia is, to my knowledge, the worst rôle ever by Gabriel Gabrio: my absolute favorite passage (?)of the film sees him seated at a table eating like Séverin-Mars in J'accuse, that is to say, in a dirty and brutal fashion. Suddenly, a woman is brought to him He quickly rips her dress, opening on her nude bosom, and he raises his bulging eyes while rasping "Beautiful" ... all the rest is in this mode. Finally, Lucrece, interpreted by Edwige Feuillère, gives its title to the film, and one can better understand the finality of the film for Gance, noting that she was made up so as to resemble Claudette Colbert.  Colbert took an infamous milk bath in Cecil B. DeMille's The Sign of the Cross, and we know that the young Gance loved the cinema of DeMille... So Lucrèce Borgia is his take on "Sign of the Cross", his answer to all the folklore of scandal that surrounds the film of 1932, and as such, it is particularly impressive.

And so, in a mise-en-scène that is certainly good, but not revolutionary, Gance allows himself to have a go at all the bad taste: a bath of Edwige Feuillère, immersed to the waist only, so that the spectators can get an eyeful. A fight between two hairy and muscled guys, to be enjoyed by the ladies, both the spectators and the female members of the cast. Many orgies, to which Caesar Borgia participates regularly, it goes without saying. Various figurative rapes. Meals in which one eats with fingers wallowing in fruit crushed by bodies of the topless female extras ! Naughty dancing:there is a bosom obsession with Gance, we see it at work here...

(Ok, we get the point !!!)

what's the lesson in all this? Well, on the one hand, Gance, who could not really pretend he was on an educational mission with this film, did everything on a grand scale here, but we still do not know much at the end of this film (Vaguely narrated by Nicolas Machiavelli) about Lucrece Borgia. To the popular belief, which made of her an intriguing and poisonous, the director responds by making her a ravishing idiot, a bit sensual, eager to experience love, but who is too fickle to be satisfied with one husband at a time ; And she's also a friend of the arts, anxious in the last scene to leave a trace in history that would be positive

...Well, she didn't.

Speaking about History, precisely, the film enlightens us a little more on what Gance had retained: History advances. For example, when the Borgias intrigue, rape, eat, plot, assassinate, e tutti quanti, the monk Savonarola travels Italy and sows doubt and revolt. Of course, he will be burned at the stake (By the way he's played by Antonin Artaud, and his rôle is similar to his part in The end of the world, another particularly unwillingly funny film by Gance), but his views would in the long run put a little order in the Vatican ... In short, it reminds me of the character of Violine who wanted to assassinate Saint-Just and Robespierre in Napoleon, who are we to meddle with history? "They're too big for us," she concluded before changing her mind. Gance shows us people, like Lucrèce, who live on the edge of history, who will have only a tiny incidence, and shows us once again that his cinema is often an ode to... man's powerlessness in front of history. Look at Jean Diaz and his useless poems to prevent the war (J'accuse), or Norma who fails to save his brother and attends, stunned, his fatal fall (La Roue), Max Linder unable to win a bet that simply required of him to stay one night in a castle (Au secours). The heroes of Gance all have a sort of sublime tendency to fail. It's troubling.

And this acceptance of failure is good news for Gance, because, except for the performance of Mrs. Feuillère who, although not hampered by too many costumes, is absolutely excellent, this silly film is a failure from the first to the last frame.

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Published by François Massarelli - dans In English
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 09:04

Zola avait la main lourde, mais quelle bénédiction pour le cinéma Français! Après tout, le premier de ses romans à avoir été transcrit sur l'écran avait donné à Albert Capellani une occasion de faire ses premières armes sur un film "long" (Trois bobines) dès 1908 (L'assommoir); Renoir utilisera Nana pour faire un film maladroit à la manière de Stroheim, et Duvivier, mais aussi Christian-Jacques, Marcel L'Herbier, Marcel carné et tant d'autres s'y frotteront à leur tour. Mais tous n'avaient pas la rigueur et ce que j'appellerais volontiers si ce 'était un peu redondant le naturalisme naturel d'Antoine. Ce metteur en scène de théâtre, passé occasionnellement et semble-t-il parfois avec réticences au cinéma avait fait du naturalisme sa marque de fabrique, au point de provoquer chez ses acteurs, souvent amateurs ou débutants, les conditions de vivre pleinement leur rôle... Donc il se devait de venir à Zola, forcément!

Le choix de ce roman, pas parmi les plus flamboyants de l'auteur, est étonnant, mais je pense qu'il faut y voir une tentation de se prendre des chemins de traverse, et de ne pas faire comme les autres; et La terre permettait aussi un tournage en liberté, sur les lieux même du drame, sans avoir les encombrements de la vie citadine. Le film a donc bénéficié de ce réalisme, et je pense qu'on n'a que très rarement filmé la paysannerie et l'agriculture avec moins de lyrisme: c'est glorieusement sordide!!

Les acteurs qui jouent les protagonistes sont pour la plupart méconnus, sauf sans doute Germaine Rouer, qui débutait avec ce film une carrière un peu en marge des grands noms du cinéma Français, et qui était à peine âgée de vingt ans. Comme ses autres collègues, elle correspond parfaitement à ce que voulaient aussi bien Zola (Elle est l'une des rares personnes 'fiables' de l'intrigue) qu'Antoine (Elle est photogénique et son jeu est retenu mais clair). Comme toujours avec Zola, l'intrigue est plus un enchevêtrement de sous-intrigues qu'autre chose, et tout commence par l'arrivée d'un personnage, Jean Macquart, qui s'installe dans une ferme, dans la Beauce. Les "autorités" locales sont plusieurs familles, mais ce ne sont pas des dynasties, plus des troupes disparates de gens dont l'humanité disparaît sous leurs turpitudes, leurs jalousies, leurs médiocrités... et leurs tares: bien sur, il y a un ou deux alcooliques dans le lot; on se rappelle qu'on est chez les Rougon-Macquart. Sauf que Jean, d'une part, est le seul de la belle famille à avoir échappé à la malédiction voulue par l'auteur, d'une part, et d'autre part, Antoine coupe court à cette identification en ne le nommant jamais...

Le film est âpre et sans concessions, mais il est surtout réaliste jusqu'à une certaine nausée. On pourrait s'en plaindre tellement le visionnage est malaisé, mais les acteurs et la mise en scène, parfois à distance, parfois au plus près des acteurs, sont très réussis. pas de décors, le film a été tourné dans du vrai, du tangible, et là encore c'est très impressionnant! Rien d'étonnant à ce qu'Antoine ait eu tant de difficultés à monter ses films, qu'il a fini par laisser tomber la carrière, ce film a dû avoir le plus grand mal à s'imposer. Et il a longtemps été perdu, on en doit la redécouverte au Gosfilmofond, qui en avait gardé une copie; rien d'étonnant, car si le film n'est pas socialiste, il attaque avec une férocité implacable la médiocrité rapace de ses protagonistes qui sont tous à se battre pour des saletés... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 *
22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 09:14

Quand il évoquait l'absurde Tour de Nesles de 1954, le film qui marquait son retour à la réalisation après douze années d'exil et de chômage, Abel Gance, avec le style ampoulé qui le caractérisait, disait qu'il avait fait ce film non pour vivre, mais "pour ne pas mourir". C'est amusant, et la nuance est subtile. Mais franchement, ça faisait un bout de temps qu'il y avait de l'eau dans le gaz, et si certes La tour de Nesles était absolument indigne, une infâme bouillie d'aventures téléphonées, de nudités étalées et de sous-entendus atroces, il avait un précurseur. Sur la copie la plus largement disponible de ce film, tout commence... par un visa de l'éducation nationale. Je suppose que la compagnie de production a souhaité se donner une contenance de respectabilité, et sous-entendre que ce film fournirait une leçon d'histoire. Ca nous renvoie finalement à cette manie empruntée par Gance à Griffith, de colporter (Dans Napoléon, il le fait constamment) les pires rumeurs de l'histoire et de leur donner un cachet respectable en écrivant sur un intertitre "Historique"...

On assiste donc à une série d'épisodes de la vie des Borgia, dont le père Alexandre VI, soudard devenu pape, est interprété avec une certaine retenue par Roger Karl. L'aîné des enfants, Giovanni (Maurice Escande), est un ami des arts, et bien sur à partir de là, les sous-entendus pour faire de lui un homosexuel abondent. César Borgia est à ma connaissance le pire rôle de Gabriel Gabrio: mon passage absolument préféré du film le voit attablé, mangeant comme Séverin-Mars dans J'accuse, c'est-à-dire salement, la marque de la brute. Tout à coup, on lui amène une femme. Il déchire prestement sa robe, qui s'ouvre opportunément sur une généreuse poitrine, et il lève ses yeux exorbités en râlant "Belle"... le reste est à l'avenant. Enfin, Lucrèce, interprétée par Edwige Feuillère, donne son titre au film, et on comprendra mieux la finalité du film pour Gance, en constatant qu'elle est maquillée de manière à ressembler à Claudette Colbert. Celle-ci avait pris un bain de lait célèbre dans The sign of the cross, de Cecil B. DeMille, et on sait que le jeune Gance adorait le cinéma de DeMille... Donc Lucrèce Borgia est son "Signe de la Croix" à lui, sa réponse à tout le folklore de scandale qui entoure le film de 1932, il est vrai particulièrement croquignolet.

Et donc, dans une mise en scène certes enlevées, mais qui n'a rien de révolutionnaire, Gance se permet toutes les turpitudes: bain d'Edwige Feuillère, immergée jusqu'à la taille seulement, afin que les spectateurs puissent en profiter. Lutte entre deux costauds bien gras, bien poilus et bien musclés, afin que les dames se pâment. Moult orgies, auxquelles César Borgia participe régulièrement, ça va de soi. Viols figurés divers et variés. Repas dans lesquels on mange avec les doigts en se vautrant dans les fruits écrasés par les corps des figurantes dénudées qui sont disséminées un peu partout sur les tables. Danses coquines (Il y a une obsession mammaire chez Gance, on le voit bien ici)...

N'en jetez plus!!

La leçon de tout ça? Eh bien d'une part, Gance, qui ne va pas pouvoir prétendre être ici en mission éducative, avait la main leste et les idées scabreuses, mais on n'en sait pas plus à la fin de ce film (Vaguement narré, au fait, par Nicolas Machiavel) sur Lucrèce Borgia, qu'avant de le visionner. Aux croyances populaires, qui font d'elle une intrigante et empoisonneuse, le metteur en scène répond en en faisant une ravissante idiote un brin sensuelle, pressée de se faire lutiner, mais qui est trop volage pour se contenter d'un mari à la fois, et une amie des arts, soucieuse dans la dernière scène de laisser dans l'histoire une trace qui serait bénéfique.

...C'est raté.

 

Mais à propos de l'Histoire, justement, le film nous éclaire un peu plus sur ce que Gance avait retenu: l'Histoire, elle, avance. Par exemple, lorsque les Borgia intriguent, lutinent, ripaillent, se goinfrent, assassinent, e tutti quanti, le moine Savonarole, lui, arpente l'Italie et sème le doute et la révolte. Bien sur, il sera brûlé (C'est Antonin Artaud, et il reprend un rôle qu'il avait déjà dans une version inédite de La fin du monde, un autre film particulièrement rigolo de Gance), mais sa façon de voir allait in fine mettre un peu d'ordre au Vatican... Bref comme Violine qui souhaitait assassiner Saint-Just et Robespierre dans Napoléon, qui sommes nous pour nous mettre en travers de l'histoire? "Ils sont trop grands pour nous" concluait-elle avant de se raviser. Gance nous montre des gens, comme Lucrèce, qui vivent en marge, qui n'auront qu'une incidence infime, et nous montre une fois de plus que son cinéma est souvent une ode à... l'impuissance de l'homme face à l'histoire. Regardez Jean Diaz et ses poèmes inutiles pour empêcher la guerre (J'accuse), ou Norma qui échoue à sauver son frère et assiste éberluée à sa chute mortelle (La roue), Max Linder incapable de gagner le pari qui l'a engagé durant une nuit entière (Au secours). Les héros de Gance ont tous une sorte de sublime tendance à l'échec. C'est troublant.

Et ça tombe bien, parce que, excepté pour la prestation de Mme Feuillère qui, bien que souvent lestée de peu de costumes, est absolument excellente, ce film idiot est un échec sur toute la ligne.

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Published by François Massarelli - dans Abel Gance Navets
21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 11:06

Le dernier long métrage muet du metteur en scène d'Un chapeau de paille d'Italie naît clairement du succès de ce dernier film, et la compagnie Albatros et le metteur en scène ont tout naturellement choisi de rééditer l'expérience en retournant à la même source: le théâtre de boulevard d'Eugène Labiche, mais cette fois il met moins l'accent sur l'époque comme il l'avait fait pour son film précédent, pour se concentrer sur la situation et les personnages. 

Ceux-ci, les deux timides du titre, sont respectivement un jeune avocat débutant et maladroit, Frémissin (Pierre Batcheff), éperdument amoureux de Cécile (Véra Flory), une femme à laquelle il lui est fort difficile d'adresser la parole, et Thibaudier (Maurice de Féraudy), le père de la jeune dame en question. Lui aussi a des soucis de communication, et il est fort embarrassé de choisir entre un jeune homme qui ne lui inspire pas grand chose, mais que sa fille aime, et un coureur de dot sans scrupules, Garadoux (Jim Gérald), mais qui l'intimide sérieusement voire lui fait peur. Et pour compliquer le tout, Garadoux a reconnu Frémission comme l'avocat minable qui l'a envoyé en prison suite à une regrettable erreur de jeunesse: il a battu sa femme. Pour Garadoux, tous les moyens sont bons pour éloigner Frémissin avant qu'il ne le reconnaisse et ne fasse capoter tous ses plans d'avenir...

Le film commence pr une mémorable scène, dans laquelle se joue l'avenir de Garadoux: il rentre chez lui et attaque son épouse de façon fort brutale... C'est en fait un flash-back, l'histoire est racontée par l'avocat général dans son réquisitoire contre le prévenu. Frémissin va bénéficier de la même attention du metteur en scène, et son flash-back à lui va bien sur partir dans une direction totalement différente... avant de dégénérer suite à l'intervention d'un animal inattendu: une souris qui sème la panique dans le tribunal. Ce début réjouissant est rendu encore plus drôle par les interprétations contrastées de Jim Gerald (Un excellent acteur... du muet.dommage que sa voix n'ait jamais reflété le talent versatile mais visuel de ce comédien!) et de Pierre Batcheff. Clair qui commence son fil sur les chapeaux de roue, va rééditer l'exploit à la fin en utilisant cette fois pour ses plaidoiries contradictoires des photos, et un split-screen qui là aussi va partir dans tous les sens. C'est cette inventivité fabuleuse qui fait tant défaut au cinéma Français muet (On se méfiait des "effets", n'est-ce-pas, ce n'est pas "artistique"... Les guillemets sont d'époque), et qui détache les films de René Clair, mais aussi les films de l'Albatros, du reste de la production... Mais pas que.

Car si j'admire aussi bien Un chapeau de paille d'Italie que La proie du vent, les deux autres productions Albatros (Je mets de côté La tour, qui est un très court métrage) du metteur en scène, force est de constater que ce film possède un atout de taille dans la personne de Pierre Batcheff, inspiré à dose égale de deux comédiens dont il y a fort à parier que Clair les vénérait, car il avait bon goût: Lloyd et Keaton. Et c'est largement sous le parrainage de ces deux acteurs-cinéastes que se place le metteur en scène ici, pour un film qui se moque gentiment mais avec finesse des avocats, et des moeurs corsetées d'une époque révolue durant laquelle il fallait passer par les adultes pour pouvoir s'aimer. Les scènes bucoliques entre Pierre Batcheff et Véra Flory, la façon aussi dont les enfants, observateurs innocents et extérieurs à l'action, se mêlent pourtant de la partie, le sens rigoureux de la composition, allié à un découpage strict, achèvent de mener le film vers la réussite. Et bien sur, pas le succès... 

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Published by François Massarelli - dans René Clair Albatros Muet Comédie 1928
20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 12:44

Sorti un an avant J'accuse, ce film est le deuxième après Mater Dolorosa dans lequel Gance utilise un arrière-plan psychologique qui détermine toute la mise en scène, et sur ce point, il est l'héritier direct de The cheat (Eclairages sophistiqués) et de The whispering chorus (Visualisation de la pensée et du tourment intérieur des personnages), tous les deux réalisés (En 1915 et 1917 respectivement) par Cecil B. DeMille. Le film est donc ambitieux, marqué comme les films du modèle par une volonté de faire évoluer le cinéma vers le haut, mais... La dixième Symphonie est aussi un mélodrame Européen de la pire espèce, situé strictement dans la grande bourgeoisie, et qui résout tous les conflits et fait avancer toutes les parties de l'intrigue en utilisant des échanges épistolaires permanents, qui lassent avant même la fin de la première bobine! C'est donc une oeuvre à la fois riche et ratée, pleine de promesses et remplie de défauts...

Lors d'un échange vif et chargé de menaces, Eve Dinant (Emmy Lynn) tue Varna Ryce, la soeur de son amant Fred (Jean Toulout); celui-ci, qui est sur les lieux, conclut un pacte avec elle: il étouffe l'affaire en ne la dénonçant pas à la police (Qui croira donc à un suicide) si elle accepte de continuer à vivre avec lui, en dépit de sa lassitude d'être le jouet de ses fantasmes les plus sordides. Eve accepte mais après quelque temps achète sa liberté contre une somme colossale. Une année passe, Eve s'est mariée avec le compositeur Enric Damor (Séverin-Mars), et elle s'entend fort bien avec la fille de ce dernier, la jeune Claire (Elizabeth Nizan). Une famille sans ombres, mais... Claire rencontre Fred et tombe amoureuse. Et ce dernier est fort attiré par le poids du compte en banque de la demoiselle...

Une intrigue fourre-tout, mais qui sent sérieusement la naphtaline, et je pense que c'était déjà le cas en 1918. Il y a des qualités, c'est vrai: ce talent qu'à Gance de nous faire partager les émotions de ses personnages est illustré par deux tours de force: d'une part, une ouverture directe et violente sur le coeur même du drame, sur un plan qui illustre le moment situé immédiatement après la mort de Varna. Tout ce que nous avons à savoir de Fred et Eve nous sera communiqué par cette scène, et les enjeux du mélo y sont on ne peut plus clairs. La scène se joue dans un désordre de coussins et de meubles, dans la pénombre d'un intérieur bourgeois qui se pare d'ambiances inquiétantes. Ensuite, lors de la présentation de sa symphonie de la souffrance, Enric Damor provoque une telle charge d'émotions en son public, que Gance nous montre la musique, ce qui est en soi gonflé, et à demi-réussi: chaque personne dans l'audience réagit à l'unisson des autres, et la tension du moment est palpable.

Mais à côté de ces réussites occasionnelles, et des audaces (Les inserts psychologiques, parfois ironiques, la construction qui prévient, anticipe, rappelle avec brio, via des plans oniriques, ironiques ou tout bonnement illustratifs), Gance a été trop loin par exemple en nous montrant la musique (et puis quoi encore?) par le truchement d'une danseuse dans des inserts ridicules, d'un genre qui reviennent aussi dans J'accuse lorsque le cinéaste veut nous faire partager la beauté supposée d'une poésie... Il se perd aussi dans des transfigurations poétiques qui transforment ce pauvre Séverin-Mars en Beethoven, et Emmy Lynn en victoire de Samothrace! Et sinon, beaucoup de choses passent par l'écrit: pas les intertitres, non: des échanges épistolaires, petits messages et autres: c'est de la tricherie! Enfin, le cinéma Français avait besoin de mieux prendre modèle sur les Américains, qui privilégiaient déjà dans leurs drames comme leurs comédies, un point de vue plus démocratique. Avec ses oisifs, bourgeois, compositeurs, poètes aisés ou autres marquis, Gance se situe encore dans un avant-guerre rassis, ce qui on l'admettra est paradoxal pour un film sorti en novembre 1918...

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Published by François Massarelli - dans Abel Gance Muet 1918
18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 18:36

Marcel L'herbier n'avait peur de rien et encore moins du ridicule. C'est simple: il suffit de se pencher sur n'importe lequel de ses films muets pour s'en rendre compte. Seulement à tort ou à raison, il habitait ses oeuvres, il se mettait tout entier derrière chaque scène, chaque plan, et se donnait corps et âme. C'est déjà un signe de forte respectabilité, qui fait de lui l'égal d'un Stroheim, d'un Vidor ou d'un Gance... quand ses films sont réussis. Et outre le splendide Feu Mathias Pascal où L'Herbier fait sienne l'ironie de Pirandello en y ajoutant son sens hallucinant du visuel, et laisse Ivan Mosjoukine faire montre de son talent exceptionnel, L'argent est 'un de ces films dans lequel un metteur en scène qui ose tout oser obtient des résultats uniques, brillants et inoubliables...

C'est irracontable: il y est tellement question de spéculation, que le fonds exact des malversations, transactions, coups fourrés et trahisons me semble, après plusieurs visionnage, tout bonnement incompréhensible. Peu importe d'ailleurs: dans ce film adapté plus ou moins de Zola mais transposé dans le Paris boursier de 1928, le metteur en scène nous montre un arroseur arrosé, un de ces hommes qui croit être au-dessus de tout, et posséder tout le monde. Il va jouer, beaucoup gagner, spécule, tenter de s'approprier les êtres, et finalement perdre... mais pas pour longtemps. L'Herbier lui impose surtout ses semblables, et à Saccard (PIerre Alcover), le banquier sans scrupules, il ajoute Gunderman, (Alfred Abel) un homme qui prend ses distances et qui se réfugie lui derrière un style moins carnassier... avec d'excellents résultats. On verra aussi la Sandorf (Brigitte Helm), une dame qui règle les élans de son coeur sur les comptes en banque des prétendants, et bien d'autres. Contrairement au Saccard de Zola qui montrait quelques penchants antisémites chez celui qui n'avait pas encore écrit J'accuse, celui de L'Herbier est surtout un enfant de son siècle, un homme qui a choisi une voie dictée par les dieux de la bourse. Sandorf et Gunderman, chacun avec sa manière (Froide et efféminée chez Gunderman, féline et calculatrice chez Sandorf) lui ressemblent beaucoup.

Mais le petit peuple de la bourse est une faune dans laquelle on trouve de tout, et on y trouve aussi des gens qui se sont perdus en route: ainsi les Hamelin donnent ils un angle d'approche intéressant, qui renvoie qui plus est à l'actualité: Jacques Hamelin (Henry Victor) est un aviateur doublé d'un home d'affaires, qui cherche un financement. Saccard va spéculer sur le héros et mettre tout ce petit monde en danger, et surtout il va essayer de s'approprier Madame Hamelin (Marie Glory) en l'absence de son mari. Une séquence, filmée au plus près des corps, nous montre une tentative de viol d'une violence rare...

Outre le jeu des acteurs, totalement irréprochable (Et à la liste ci-dessus il faudrait ajouter Alexandre MIhalesco, Yvette Guibert, Antonin Artaud et Jules Berry, excusez du peu) c'est bien sur la mise en scène enfiévrée, faite de plans mouvants, L'Herbier ayant tout fait pour bouger ses caméras dans tous les sens; on pense souvent au Dernier des hommes, pour situer, mais le metteur en scène ajoute un angle inattendu: à Murnau, démiurge de l'image, il répond par une sorte de détournement du style documentaire. Il construit des décors intrigants, habités par ses acteurs et sa figuration, et place sa caméra au milieu, en captant le plus souvent l'action centrale à travers le reste: il en ressort un fourmillement, une vie intérieure rare dans un film Français de l'époque. Et comment ne pas penser en voyant ces cercles boursiers vus d'en haut, avec ce grouillement des personnes, à une fécondation bizarre, ou pour le moins à une expérience délirante? L'argent est un joyau vénéneux, un film qui se mérite, le couronnement de la carrière muette de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans 1928 Marcel L'Herbier Muet **