Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 10:10

Connu, et même reconnu, ce court métrage est l’un des chefs d’œuvre de Griffith, l’une de ses grandes adaptations (de Frank Norris, d’après son roman The Pit), et un film-pamphlet à la forme intrigante. Dès le départ, sans intertitre polluant, les premières images suggèrent avec efficacité le désespoir et la tragédie des pauvres agriculteurs, dont le jeu lent et expressif, aidé par la tristesse du champ nu et immense qu’ils ont à charge, suggère toute la misère du monde. En contrepoint, il nous montre soudain la richesse d’un grand spéculateur, présenté comme le « roi du blé ». Celui-ci, qui après tout est lié aux gens qu’on nous a dépeint jusqu’ici, a droit à son propre intertitre : The Wheat King, ce qui a un effet disruptif : tout ne va pas de soi, les deux mondes sont donc séparés ; le montage devient ici commentaire social. Le reste du film nous montre les efforts des spéculateurs pour s’enrichir, et les effets sur les petites gens, le prix du pain qui flambe, la révolte de la population et la répression par la police avec la complicité des commerçants. Le film culmine lorsque le « Roi du blé » tombe dans une minoterie, et meurt asphyxié, à la Zola. La ou la fin aurait permis une certaine satisfaction du spectateur, Griffith nous montre les amis du spéculateur qui récupèrent sa dépouille, pleurent, et à la fin du film les agriculteurs du début, qui sèment. Le plan est ambigu. D'une part la vie continue, ils ont toujours du travail. D'autre part, le système n’a pas changé.


On le voit, il ne s’agit pas ici de se faire l’apôtre de la révolution, ce qui serait beaucoup demander au victorien Griffith. Le propos est surtout de faire part d’une réelle indignation, sans pour autant totalement remettre en cause les fondements du système. Le film est sincère, plastiquement plutôt beau, et souvent intrigant, notamment ce célèbre plan fixe (Non pas une photo, mais bien un plan « tableau vivant » durant lequel les acteurs sont priés de ne pas bouger, afin de jouer la peine des pauvres gens face à la montée des prix): Griffith expérimente!


En attendant, en quelques mois, Griffith n’a pas changé: c’est bien le même homme qui fustige la révolte ici et tape sur la bonne société là, qui enfile les bottes de père fouettard d’un coté pour jouer la main tendue de l’autre. De la même manière, il multipliera les contradictions toute sa carrière durant.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith
24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 10:06

Après Sennett, voici une apparition de Henry B. Walthall, alors jeune premier, 6 ans avant Birth of a nation. The sealed room est une incursion de Griffith dans la tragédie en costumes, ici Renaissance. C'est généralement le signe d'un ralentissement de l'action et d'un jeu relativement digne, car on n'est pas loin du théâtre "légitime", dans un souci d'élever les masses et de fournir un traitement "à l'européenne", surtout à la Française, ou à l'Italienne. Mais le film se conclut par une anecdote tout droit sortie de Poe: un roi offre une pièce de son château, privée de fenêtres, à sa bien aimée, dans laquelle il l’emmure avec son amant pendant qu’ils batifolent. Ils meurent asphyxiés.

Au-delà du ridicule, on peut noter dans ce film très moyen le désir de Griffith, une fois de plus, de rendre l’action lisible: les trois protagonistes se détachent efficacement du lot durant les premières scènes, malgré la présence d’une foule autour du roi. Le metteur en scène compose l’image autour des trois acteurs et de leurs regards, celui enamouré du roi pour sa femme, celui, plein de promesses friponnes, de Walthall pour l’épouse, celui enfin de l’épouse qui se prépare à tromper son mari tout en trompant son monde… Le final est annoncé par une embryon de montage parallèle, qui voit les amants se retrouver dans la pièce pendant que le roi les observe, puis prend la décision de murer la pièce, et enfin reste à coté du mur pour écouter et s’assurer de la mort des deux tourtereaux. Durant ce passage, le point de vue est totalement partagé, Griffith ne choisissant pas entre la vision du mari (Vengeance odieuse mais légitime), ou le destin tragique des deux amants, qu’en romantique invétéré il ne peut que plaindre ? Mais le mari, resté seul en lice, conclut le film, et on peut avoir le sentiment que son point de vue l’emporte, auquel cas on est, décidément, chez Edgar Allan Poe. On peut également voir un intéressant traitement de la cellule familiale chez Griffith: combien de foyers assiégés, d'épouses et de filles séquestrées à venir dans ses films? On progresse…

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith
24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 10:00

Réalisé sans doute pour agrémenter les sempiternels placards demandant aux clients des cinémas de se conduire de façon décente et sociable, ce tout petit film est constitué d’un plan, truqué crûment afin d’insérer un film projeté dans l’image: il a pour cadre une salle de cinéma en pleine activité, au public nombreux et gesticulant. Un client exaspéré de ne pas voir l’écran à travers les extravagantes extensions des chapeaux des dames assemblé change plusieurs fois de place, perturbe la représentation jusqu'à ce qu’un véhicule de chantier intervienne et ne saisisse d’une part le chapeau d’une femme, puis une dame afin de ramener la paix civile… Un carton final avertit les spectatrices: mesdames, s’il vous plait, enlevez vos chapeaux.

Au-delà de son déroulement surréaliste, ce film bien connu (Serge Bromberg, notamment, l’a diffusé) est très cru, et on assiste à d’incessantes gesticulations de la part des acteurs assemblés. Griffith y utilise des truquages, ce qui est rare chez lui (Sauf dans certaines scènes de Birth of a nation et Intolerance, chargées en symboles). Toutefois, un truc utilisé pour faire se dégager le personnage principal (Le monsieur exaspéré) est riche d’évocations pour le cinéphile: il est habillé d’un costume voyant, à petit carreaux noirs et blancs, préfiguration du grotesque de la Keystone. C'est Mack Sennett,auquel Griffith qui n'aimait pas ce qu'il considérait comme de la vulgarité, allait bien tôt confier la responsabilité de tourner les comédies burlesques de la Biograph.
 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet Comédie
24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 09:52

Le cameraman Billy Bitzer a eu des doutes sur la véritable place à accorder à ce film, mais c'est le premier Griffith sorti par la Biograph, alors on peut sans doute le considérer comme le premier film finalisé du metteur en scène…Avant cela, Griffith était acteur, et pourvoyeur de scénarios pour la American Biograph. Ce sont sans doute ses scénarios qui lui ont permis cette promotion, mais Bitzer lui-même aurait tout aussi bien pu devenir le metteur en scène numéro 1 de la firme… Il deviendra malgré tout le chef-opérateur attitré de Griffith. Quoi qu’il en soit, c’est Arthur Marvin qui est crédité de la photo de ce petit film de 1908, d’environ 700 pieds, soit à peine une bobine de pellicule. Le scénario est du pur mélodrame, mais éclaire d’un jour intéressant un certain nombre des futures obsessions tant thématiques que picturales de l’auteur : importance de la famille face à la menace extérieure, prégnance du suspense, la tension qui naît de l’introduction du drame dans le cadre intime du bonheur familial… Mais il importe d’être franc: si vous n’avez jamais vu ce premier film de Griffith et vous attendez à un saint Graal, passez votre chemin: ce film est cru, primitif, et pour tout dire anecdotique. Il faut bien commencer par quelque chose.…


Dollie, présenté dans une copie aujourd'hui délavée (Elle provient d’une sauvegarde sur papier, et c’est laid comme tout), ne possède pas (Plus ?) d’intertitres, même si des commentaires publiés ailleurs (Les cahiers de la cinémathèque, n°6, 1972) font état de quelques textes sentencieux de-ci de-là. Le film possède 13 plans, ce qui nous permet exceptionnellement d’en tenter la description :

1 : dans un petit bois bien propre, au fond, une petite fille puis sa mère font leur entrée, depuis la gauche. Elles sont suivies du père, et la famille ainsi reconstituée batifole un instant dans la clairière. La mère et la fille sortent ensuite du plan sur la droite, alors que le père sort par là où il est venu, en gesticulant quelque « a tout à l’heure » à l’adresse de sa famille. En un plan, Griffith aura finalement établi un décor, aussi simple soit-il, mais aussi un cadre : celui de la famille. Cette famille, réunie un plan durant, se sépare à la fin du plan. De là va venir le danger…

2 : On « suit » la mère et la fille, bien sur : le plan montre une route, fréquentée par deux jeunes garçons, qui n’auront aucune incidence sur l’action. Au fond du plan, les deux héroïnes s’avancent vers nous. Elles s’assoient à l’avant-plan, un peu en retrait de la route, et un gitan entre par le fond du plan, il porte des paniers. Il tente d’intéresser la mère à ses paniers, sans succès. Il repart, le geste menaçant, pose ses paniers et revient, en tentant de dérober un objet (Un sac à main de 1908 ?). La mère se défend, et le père, surgi du fond de l’écran, intervient, frappe et cogne pendant que sa femme prend leur fille sous son bras pour la protéger. A la fin du plan, le gitan retourne la d’où il était venu, le regard et le geste lourds de menaces… Ce deuxième plan n’établit pas le drame, il en est le prélude. On constatera une utilisation plus prononcée de la profondeur de champ, par l’utilisation d’un angle de prise de vue frontal : la route vient vers nous, les personnages aussi ; ce mouvement vers le spectateur sera utilisé plus tard dans le film à des fins de suspense. Sinon, les deux jeunes hommes anonymes qui passent au début du film sur la route, et qui vont eux dans le sens contraire de l’action apportent une nuance quasi réaliste à la scène bucolique. Il refera souvent usage de la vie contenue dans le décor de ses histoires au lieu de se contenter de la platitude du cadre.

3 : Une roulotte à gauche, un cheval plus au fond à droite, une gitane couchée par terre qui fume ; le gitan du plan 2 entre par la gauche, montre ses blessures, profère des menaces et gesticule : il va se passer quelque chose. Il ressort du champ par la gauche. Composition plus classique, mais aussi un effort pour enrichir le contexte du drame : la roulotte devient du même coup un signe, et resservira bientôt… Sinon, on peut noter ici que le paternalisme et les préjugés raciaux nauséabonds n’ont pas attendu Birth of a nation

4 : Le drame. Le père et la fille jouent dans une nouvelle clairière, rejoints par la gauche par la mère, puis celle-ci ressort, suivie par le mari. La fille est seule, au fond le gitan arrive et hésite, puis se jette sur elle et l’emporte par là où il est venu ; la mère revient dans le champ, panique, gesticule, et le mari la rejoint bientôt. Ici interviennent deux nouveaux personnages, non identifiés : une femme qui rentre par la gauche, soit du même endroit que la famille, ce qui l’associe au cercle intime, et un homme qui entre par la droite : un passant ? Ici, en tout cas, le drame devient potentiellement une tragédie. Ce n’est pas seulement la famille, mais la société qui est attaquée…

5. Ici, encore un plan dont le (ou les )mouvement(s) est(sont) depuis le fond vers la caméra : le gitan entre par le coin supérieur gauche avec Dollie dans les bras. Il court, péniblement, puis finit par passer devant la caméra et sort du champ par la droite. En haut à droite, on aperçoit un homme qui travaille aux champs (Bien que le relief soit accidenté, et le cadre ressemble plus à un maquis qu’à autre chose…) Le mari et l’homme non-identifié du plan précédent entrent à leur tour par la gauche, parlent au troisième homme qui les rejoint dans la poursuite, et ils sortent par la droite à leur tour. Beaucoup de choses à dire ici ; tout d’abord , le choix du décor permet de délayer l’action en prolongeant le suspense et le dynamisme de la poursuite. Ensuite, la présence d’un témoin justifié par son activité permet d’ajouter une nouvelle preuve à l’idée que retrouver Dollie, c’est l’affaire de tous. Enfin, le contraste entre le cadre doucereux et domestiqué du sous-bois et le coté « nature indomptable » de ce décor de ronces et de relief accidenté accentue les différences entre la bonne société dont fait partie la petite famille et le monde des gitans. On est chez Dickens !

6 : la roulotte sous un nouvel angle ; La gitane est en plein rangement. Le Gitan entre par la gauche avec Dollie, la dissimule dans un tonneau, juste à temps pour l’arrivée des trois hommes ; Les deux gitans restent très calmes pendant que les héros fouillent, puis repartent bredouilles. Les gitans laissés seuls terminent de ranger leurs effets puis sortent du cadre. La roulotte part. A nouveau, ce plan de la roulotte est moins chargé de sens que les autres, mais il est intéressant ne serait-ce que parce qu’il comprime efficacement la durée de son action, mais aussi parce qu’il souligne la volonté des auteurs du film de ne pas choisir deux fois le même angle de prise de vue.

7 : Plan très court de la route. La roulotte entre rapidement par le fond et sort par la droite.

8 : Le plan le plus célèbre du film ? La rivière occupe tout le cadre. Par la droite, la roulotte arrive, très près de la caméra, puis elle entre dans l’eau. Le tonneau, placé à l’arrière, passe très près de la caméra, et lorsque la roulotte est dans l’eau, le tonneau contenant Dollie tombe. La roulotte achève la traversée et sort du champ, tandis que le tonneau dérive vers la gauche. L’intérêt de ce plan réside dans l’angle de prise de vue, au plus efficace et au plus près du drame. Les plans suivants vont d’ailleurs partir de celui-ci dans la mesure ou tous vont comporter une vue de la rivière, mais à chaque fois la distance sera plus grande :

9 :Le tonneau dérive sur la rivière . Des remous, assez évidents dans le cadre, ajoutent à la menace.

10 :Une cascade. Le tonneau s’approche (Par le fond toujours) puis tombe. Il est intact.

11 : La cascade, vue d’une plus grande distance. Le tonneau continue sa dérive, toujours vers la caméra.

12 : Le tonneau sur la rivière, suivant le même dispositif.
Avec ce dernier plan, le relatif suspense prend fin, puisque le cadre va de nouveau être celui, domestiqué, de la civilisation :

13 : Le bord de la rivière. Visible dans le cadre, un petit mur sert à domestiquer la rive. Au fond du plan, des habitations. Dans ce décor symbolique d’une nature (Et de ses risques) domptée, un pêcheur est à l’avant-plan…. Il aperçoit le tonneau, et s’agite dans le but de le faire venir à lui. IL a des difficultés à le soulever, il est plus lourd qu’il avait prévu. A ce moment, le père arrive par la gauche, et l’aide. Lorsqu’il ouvre le tonneau, et découvre Dollie dissimulée à l’intérieur, il lève les bras au ciel. A ce moment la mère arrive, la famille est reconstituée… Les héros n’y sont pour rien, quant aux gitans, on ne les reverra plus. Déjà, le fatalisme de Griffith s’affiche: que peuvent les gens face aux bouleversements de l’histoire ? S’en remettre à la providence, c’est tout.

En attendant, on voit comment avant le montage, Griffith utilise le plan pour signifier, symboliser, comparer et produire un effet de suspense balbutiant sur le spectateur. il s'efforce d'utiliser la profondeur de champ afin de sortir d'un cadre théâtral, et y parvient plutôt bien dans ce petit film qui respire constamment. D'ici quelques années, le montage viendra raffiner tout cela (On imagine quel profit le Griffith de 1912 aurait pu tirer de la juxtaposition des plans du tonneau et de ceux de la cascade pour faire monter la tension par exemple), les acteurs gesticuleront moins et joueront plus. Les influences (La référence ici est sans aucun doute le Rescued by Rover, réalisé par Cecil Hepworth en 1903) disparaîtront, et le metteur en scène deviendra à son tour un metteur en scène imité par tous. 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet
20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 07:48

La cinquième saison, de plus en plus sombre et de plus en plus adulte, précède un changement de chaîne de télévision qui va bouleverser la planification de la série, d'où l'idée symbolique de tout casser une fois de plus... Inventive et exubérante, cette saison de passage définitif à l'âge adulte présente une fois de plus le cadre de la famille élargie et désormais soudée, avec l'arrivée de nouveaux membres, dont, de façon inattendue, l'ennemi d'avant, Spike. Mais il y a aussi une certaine gravité: Buffy a de nouvelles responsabilités, d'autant que Joyce est bien malade. C'est un secret de polichinelle: la saison 5 est bien celle durant laquelle l'héroïne va devoir dire adieu à sa maman, dans un épisode d'une audace remarquable, The body. C'est aussi la saison pour laquelle il faut avaler des couleuvres plus incroyables que d'habitude: une petite soeur, qu'on n'a jamais vue? Giles, devenu commerçant? Willow, ou l'improbable geek mal à l'aise en société, devenue une sorcière aux pouvoirs considérables? Et pourtant ça marche! Il faut dire que dans un esprit pulp ultime, l'équipe doit combattre cette fois contre un dieu, Glory (Clare Kramer), qui a pris forme humaine! 

1.Buffy vs Dracula (Ecrit par Marti Noxon, réalisé par David Solomon)

Titre improbable, tout comme la rencontre... Pourtant, c'est presque d'égal à égal que se déroule, au pays des vampires kitsch, la confrontation entre le vampire numéro un, et la tueuse... Une façon comme une autre de prendre le public à rebrousse-poil, pour lui asséner d'une part quelques prophéties bien senties, d'autre part... l'arrivée de la petite sœur.

2.Real me (Ecrit par David Fury, réalisé par David Grossman)

Dawn (Michelle Trachtenberg) est l'héroïne de cet épisode malin qui réécrit l'histoire, vue par un point de vue neuf. Mais on ne perd pas de vue le fil rouge, avec une confrontation de Dawn et d'un fou, la première. De son côté, Tara profite de la frustration de Dawn pour faire comprendre ses propres sentiments de décalage par rapport au groupe...

3.The replacement (Ecrit par Jane Espenson, réalisé par James Contner)

Xander est scindé en deux dans un épisode drôle, mais pas forcément essentiel. Par contre le personnage va faire des pas de géant, et devenir de plus en plus adulte, en s'engageant auprès d'Anya. L'épisode est l'occasion de découvrir le frère jumeau de Nicholas Brendon, Kelly...

4. Out of my mind (Ecrit par Rebecca Rand Kirshner, réalisé par David Grossman)

Buffy « chasse » le vampire pour se défouler de sa vie quotidienne tumultueuse, et se retrouve flanquée non seulement de Riley, mais aussi de Spike... Ce dernier va prendre une décision radicale: il va faire enlever la puce qui le rend inoffensif pour les humains. Une occaion lui est fournie clés en mains, en effet Joyce a été emmenée à l'hôpital suite à un malaise, et les internes ont décelé une tachycardie sévère chez Riley, que ses ex-amis de l'Initiative décident de faire opérer par un chirurgien très doué...

On avance sur beaucoup de dossiers; Riley et son état, le malaise de Joyce, et Dawn sont au cœur de l'épisode. Cette dernière en particulier, que l'espace d'un instant sa mère ne reconnaît plus. Autre avancée: Spike se découvre un nouvel amour...

5. No place like home (Ecrit par Doug Petrie, réalisé par David Solomon)

Le « méchant » de la saison est donc là : un dieu surpuissant, coincée dans l'enveloppe mortelle d'une jolie femme, et à la recherche d'une clé pour retrouver toute sa splendeur. Et on va donc apprendre que cette clé est... Dawn.

La condition de Joyce s'aggrave, et Buffy a un réflexe, celui de chercher dans le surnaturel la cause de son mal.

6.Family (Ecrit et réalisé par Joss Whedon)

Une pause dans l'intrigue et dans l'évolution de l'état de santé de Joyce: cette fois, Whedon à la barre nous donne enfin une raison pour une foule de petits indices qui rendaient le personnage de Tara troublant. Il en profite pour rappeler que le mal ne vient pas que des êtres maléfiques...

7.Fool for love (Ecrit par Doug Petrie, réalisé par Nick Mark)

Spike est interrogé par Buffy pour la renseigner sur les tueuses qu'il a lui-même supprimées... L'occasion d'une part pour un grand épisode dans lequel James Marsters s'en donne à coeur joie pour donner toujours plus de substance à son personnage, mais aussi pour un cross-over magique entre Buffy et Angel...

8.Shadow (Ecrit par David Fury, réalisé par Dan Attias)

Le mal de Joyce se concrétise, et la réalité brutale fait son apparition dans le fantastique... Pendant que Riley se sent de plus en plus écarté par Buffy. Et Glory continue à évoluer entre sa recherche incessante d'une « clé », et sa collection impressionnante de chaussures.

9.Listening to fear (Ecrit par Rebecca Rand Kirshner, réalisé par David Solomon)

Une créature venue de l'espace se nourrit de la folie des gens touchés au cerveau, soit fous, soit... malades. Joyce est donc en danger. Mais surtout elle commence à voir comme tous les autres «malades», que Dawn n'est pas humaine. Riley se rend compte que Spike fait sans doute plus pour aider Buffy que lui...

10.Into the woods (Ecrit et réalisé par Marti Noxon)

Riley part. Le personnage est très amer, a de bonnes raisons de partir: c'est "un homme, un vrai", et il est le second couteau d'une femme... Celle-ci en revanche ne lui pardonnera cette décision qu'avec difficultés...

11.Triangle (Ecrit par Jane Espenson, réalisé par Christopher Hibbler)

Anya et Willow, laissées par Giles pour garder la boutique, vont s'affronter et... créer un troll par inadvertance. Celui-ci, Olaf (Abraham Benrubi) s'avère être le petit ami qu'Anyanka avait puni pour se venger, ce qui lui avait valu une offre pour devenir démon de la vengeance... Episode très drôle, comme toujours quand on a un bon gros troll.

12.Checkpoint (Ecrit par Doug Petrie et Jane Espenson, réalisé par Nick Marck)

Glory vient réclamer sa « clé » chez Buffy. Durant la scène Dawn, inconsciente du danger, vient et se montre particulièrement adolescente! Et le conseil des observateurs vient en délégation pour effectuer une inspection de Giles et Buffy... Qui tournera à l'avantage de ces derniers. De son côté, Spike s'essaie au bien, avec une certaine touche personnelle.

13.Blood ties (Ecrit par Steven S. DeKnight, réalisé par Michael Gershman)

Dans ce qui est le désormais traditionnel épisode consacré à l'anniversaire de Buffy, le mal existentiel de Dawn atteint un point de crise ; en effet elle sait... Spike se rapproche de plus en plus, et on apprend enfin quel est le lien entre Glory, ou le dieu Glorificus, et le gentil interne de médecine Ben.

14.Crush (Ecrit par David Fury, réalisé par Dan Attias)

Dans un premier temps, le 'crush' en question semble être celui de Dawn pour Spike. Mais il s'agit, bien sûr, de l'amour fou furieux de ce dernier pour Buffy... Suffisamment pour que Buffy s'en inquiète, d'une part, mais aussi pour qu'on convoque pas moins de deux femmes pour s'attaquer à cette montagne de n'importe quoi: Harmony et Drusilla. C'est malgré tout à une confrontation entre Spike et Buffy que nous assistons essentiellement.

15.I was made to love you (Ecrit par Jane Espenson, réalisé par James Contner)

Oui, la jolie April qui cherche son petit ami partout est un robot. Mais cette histoire amusante de jeune femme parfaite qui a été créée pour satisfaire aux besoins émotionnels d'un éternel adolescent frustré aura des résonnaces sombres, burlesques, voire tragiques. Et Joss Whedon choisit précisément l'épisode le plus loufoque de la saison pour asséner le coup le plus terrible au spectateur...

16.The body (Ecrit et réalisé par Joss Whedon)

En une narration toute en tension, ce que souligne encore plus l'absence totale de musique (à l'exception du générique toutefois), et les silences pesants qui accompagnent l'intrigue, une chronique, minute après minute, d'une famille qui doit désormais vivre avec la perte de l'un(e) d'entre eux, d'autant plus frustrante que rien ne pouvait être fait, et qu'en dépit de tout, cette disparition n'a absolument rien de surnaturel... Chef d'oeuvre, douloureux et définitif.

17.Forever (Ecrit et réalisé par Marti Noxon)

Comment gérer la perte? C'est le sujet de cet épisode, qui montre chacun affairé du mieux qu'il/elle peut pour supporter le choc ; Mais Buffy, responsable de sa petite sœur, et Dawn, trop jeune, n'auront pas la même façon de faire. Et Willow, qui a confiance dans la magie pour tout résoudre, n'arrange pas les choses en aidant Dawn à mener un projet dangereux...

18.Intervention (Ecrit par Jane Espenson, réalisé par Michael Gershman)

Buffy désire comprendre comment elle peut arriver à triompher de son nouvel ennemi... Giles l'amène en plein désert pour un dialogue en tête à tête avec l'esprit de la première tueuse, qui va lui révéler une information dont dans un premier temps elle ne saura pas quoi faire: elle est mue par le feu, la passion et l'amour : elle a un don, et ce don est la mort... Elle comprendra plus tard. De son côté, Spike accuse réception de son nouveau jouet, un «Buffybot», qui va jouer un rôle crucial. Mais tout d'abord, il y aura bien sûr beaucoup de confusion... Et une très jolie scène qui renverse enfin la vapeur, entre Buffy et Spike, lorsque cette dernière comprend enfin que le vampire veut vraiment les aider contre Glory.

19.Tough love (Ecrit par Rebecca Rand Kirshner, réalisé par David Grossman)

Glory se rapproche, et croyant trouver la 'clé', s'en prend à Tara : mal lui en prend, on en profite pour constater que Willow est de plus en plus puissante. Prenons-en note, ça pourrait servir plus tard! Pour le reste, à la fin de cet épisode, Glory comprend enfin où elle doit aller chercher l'objet de sa convoitise, et le compte à reburs est lancé pour la fin de la saison...

20.Spiral (Ecrit par Steven S. DeKnight, réalisé par James Contner)

Le Scooby gang, flanqué de Spike, prend la fuite, poursuivi par un groupe de chevaliers... Whedon s'amuse à mélanger les époques, et rejoue la scène de poursuite dans le désert de Stagecoach, avec un fourgon aménagé, des chevaliers moyen-âgeux, et un vampire qui conduit...

21.The weight of the world (Ecrit par Doug Petrie, réalisé par David Solomon)

Avant le grand final, une pause onirique superbe, qui explore de nouveau l'inconscient de l'héroîne ; ce n'est pas la première fois, mais c'est cette fois-ci d'une grande lisibilité : Willow se rend 'dans le subconscient' de Buffy, et cherche à la remotiver alors qu'elle semble avoir abandonné sa mission, suite à l'enlèvement de sa sœur par Glory. Un excellent gag récurrent est lié à un truc de scénario embarrassant: le fait que Ben et Glory soient liés, semble impossible à capter pour les humains... Tant mieux, car sinon la saison ne tient pas debout !

22.The gift (Ecrit et réalisé par Joss Whedon)

Final, et à plus d'un titre. Comme souvent, l'équipe se ressoude, et triomphe, ou presque, grâce à leur travail de groupe. Mais plusieurs constats: d'une part, Spike semble passé totalement du bon côté; ensuite, Giles est décidément bien plus sombre qu'on ne le croirait, enfin, Willow devient tellement douée, qu'elle en serait presque inquiétante. Elle fait ici ses premières armes avec la télépathie, par exemple...

Une fois vu cette épisode, il semble ne  plus y avoir d'échappatoire. Et pourtant, il y aura une sixième saison: nouvelle, plus noire, plus belle pour moi, mais aussi controversée sur bien des points...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Joss Whedon TV
19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 15:50

Régulièrement cité parmi les films préférés, dans les listes des meilleurs films de tous les temps, et recueillant partout où il est montré une adhésion qui contraste singulièrement avec le peu de crédit qu'on lui a apporté à sa sortie, voici un film hors normes, une oeuvre unique en tous sens, seul film de son réalisateur, seul film de son genre aussi, un mélange rare de film noir, de chronique symbolique, et de vision onirique. C'est une de ces chroniques de la grande dépression comme il en existe beaucoup, mais elle tranche en permanence sur le réalisme, fut-il baroque, des autres films. Loin donc de Our daily bread, de The grapes of wrath, s'il fallait choisir un film à lui comparer, peut-être pourrait-on essayer avec Modern times de Chaplin: même tentation de faire un film sur une période à partir de carton-pâte assumé, même sentiment d'avoir devant soi les images définitives, une vision aussi inventive que paradoxalement authentique!

Cette "nuit du chasseur" raconte la cavale de deux enfants durant les années 30: leur père a volé et tué afin de leur garantir un avenir, mais il doit cacher l'argent avant de se faire arrêter. Une fois en prison, il partage sa cellule avec un fou dangereux; bien qu'arrêté pour des broutilles, Harry Powell (Robert Mitchum) est un serial killer, dont la spécialité est de supprimer des veuves avant de partir avec leur argent. Il se présente aussi comme un prédicateur auto-ordonné, ce que ses futures victimes apprécient particulièrement. Une fois libéré, il se rend chez la veuve de celui dont il a partagé les deniers jours, va vite la supprime, et comprenant que les deux enfants du couple sont la clé de son accession au magot, il va les poursuivre pendant qu'ils prennent la fuite sur une barque de fortune, sur la rivière Ohio. Ils vont trouver refuge chez une dame qui voue sa vie entière à recueillir des enfants en fuite, Rachel Cooper (Lillian Gish)... Et Harry Powell n'a qu'à bien se tenir!

Pourtant, ce film n'aurait pas du exister: à la base, trois visions se retrouvent: celles de James Agee, écrivain, cinéphile, écrivain, critique et scénariste, de Paul Gregory, producteur, qui avait lu le roman de Davis Grubb, et bien sur, Charles Laughton, l'ami de Gregory, qui saisissit avec cette production la chance de sa vie, celle de tourner un film selon ses propres termes, dans lequel l'acteur mythique choisissait de ne pas apparaître. Gregory voulait transposer à l'acran une intrigue riche, à la fois noire et empreinte du récit du parcours d'un enfant qui vivait l'enfer avant de pouvoir trouver à grandir dans de meilleures conditions. Agee, adaptant une histoire située sur la rivière Ohio, a laissé ses souvenirs du sud Profond se matérialiser sur l'écran, transfigurés par le style inattendu de Laughton: celui-ci est en effet arrivé au projet avec une idée très précise de ce qu'il voulait obtenir: un retour au cinéma muet, celui de Griffith, mais qui ne négligeait pas d'emprunter intelligemment aux meilleures sources cinématographiques comme picturales. Le film emprunte donc à Griffith (Dont deux anciens collaborateurs sont du reste présents), mais aussi à King Kong, et le cinéma d'épouvante des années 30 n'est jamais loin. Les techniques de trompe l'oeil utilisées par Murnau refont leur apparition... Laughton s'est enfermé dans une salle de projection pour y engloutir des kilomètres de cinéma muet avant de faire le film, et le résultat est à la hauteur...

Faisant du point de vue de deux enfants, surtout soyons juste celui du 'grand frère' John (Billy Chapin), le fil conducteur de son histoire, Laughton brouille savamment les pistes: il ne s'agira pas ici de livrer un film pour la jeunesse, loin s'en faut. Dès le départ, d'ailleurs, le metteur en scène choisit de nous perdre, en nous montrant d'abord des enfants qui écoutent sagement une femme leur lire avec douceur des morceaux choisis, d'une sagesse et d'un bon sens qui n'ont rien de très sophistiqué, de la bible...On ne le sait pas encore, mais c'est notre première rencontre avec Rachel, qui nous met ainsi en garde contre les dangereux hypocrites, des loups qui viendront déguisés en agneau. Et justement, la caméra plonge sur un champ inondé de soleil, et se concentre sur un enfant qui joue à cache-cache et s'apprête à se cacher dans une grange... le film oscille constamment entre l'univers de l'enfance, mais une enfance malheureuse, malmenée, confrontée au crime et à la nécessité de grandir trop vite, car il faut d'abord et avant tout survivre, et la vision d'une humanité adulte et corrompue, qui est incarnée par l'affreux Powell, et sa vision tordue et simpliste de la religion. Je ne parlerai pas de ses tatouages, l'anecdote est très connue...

A Powell, Laughton oppose Rachel Cooper, et a confié le rôle à Lillian Gish. La belle actroce du muet, désormais sexagénaire, s'approprie tout de suite le rôle de la dame d'un âge certain, et en fait l'une de ses plus belles caractérisations... Elle est un pendant bénéfique à Powell, mais elle partage la même vision personnelle de la religion. Une scène magnifique à voir (Stanley Cortez est un immense chef-opérateur, et le prouve en  durant 93 minutes) appuie justement sur cet aspect: tous deux sont face à face, prêts à s'affronter. Et ils chantent le même hymne... Sauf que Rachel n'oublie pas d'y citer Jésus. Mais Rachel a "adapté" la religion (Dans des dialogues savoureux) dans le but de protéger les enfants,, contrairement à Powell qui lui l'adapte pour s'enrichir! Et elle le comprend tel qu'il est: un homme qui sacralise le meurtre (Dans des compositions superbes, qui font froid dans le dos, comme lorsqu'il supprime Willa Harper, le cadre ressemble à une image pieuse), mis qui s'avère être un animal parmi tant d'autres; le film contient beaucoup d'images d'animaux, là aussi composées de façon très distinctive, mais celui qui grogne, aboie ou couine le plus fort, c'est bien sur Harry Powell.

Peinture de l'enfer d'être un enfant à part (Autobiographie?), merveilleux livre d'image aux connotations vénéneuses, dans lequel un homme tue des femmes qui ne demandent que ça, et un petit bout de bonne femme tient tête à une créature diabolique avec son caractère bien trempé, et son gros flingue, un film muet et parlant à la fois, dans lequel le metteur en scène a tout donné de lui-même, se doutant peut-être qu'il n'aurait pas d'autre chance. Dirigeant ses acteurs à la voix, il obtient le meilleur de chacun, et donne à la grande actrice qu'il a lui-même personnellement choisie, l'un de ses plus beaux rôles. Je ne vois là aucun défait, que de la beauté. Je dépose les armes: c'est un chef d'oeuvre, point.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Noir Lillian Gish Criterion
15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 11:25

Chili Palmer (John Travolta) est un prêteur sur gages, qui vit à Miami une petite vie tranquille de gangster "soft", jusqu'au jour où son patron décède, le mettant en danger d'avoir de sérieux ennuis à cause d'un homme auquel il a résisté, Ray Barboni (Dennis Farina). Palmer, à la faveur d'une mission, se retrouve à Los Angeles, et infiltre le milieu du cinéma... Il est très cinéphile, et se décide à sauter le pas: il va devenir producteur... Avec un producteur de série Z, Harry Zimm (Gene Hackman), une actrice qui lui fait les yeux doux (Rene Russo) et un acteur égocentrique, Martin Weir (Danny De Vito), il se lance dans le rêve de sa vie, avec l'optimisme qui le caractérise... Il va évidemment se faire de nouveaux ennemis.

Adapté d'un roman d'Elmore Leonard, qui était tant à la mode à l'époque, Get Shorty est à la fois un succès certain, et un film à la réputation mollassonne, ce que j'ai du mal à expliquer: d'une part, c'est peut-être le film de Sonnenfeld qui ressemble le plus à ce que les frères Coen ont fait dans leur carrière depuis qu'ils se sont attachés à reproduire aussi fidèlement les genres qu'ils parodient. Et Sonnenfeld, justement, était le chef-opérateur des premiers de ces pastiches éclairés. Ici, Sonnenfeld réalise sans doute, avec For love or money, son film le plus, disons, "normal"! Aucun monstre, aucun alien, aucune invention délirante, pas de camping car géant, pas de réincarnation...

Le metteur en scène, passé par la comédie comme chacun sait, maintient un parfait équilibre entre comédie visuelle, comédie de dialogues (avec une mention spéciale pour les répliques de Ray Bones et sa vulgarité assumée!!!), et un portrait ambigu du monde du cinéma. La morale souffrira, mais le fait est que ces escrocs, gangsters et autres margoulins semblent évoluer dans un monde d'où la police est (presque) totalement absente... Et les producteurs, acteurs, cinéastes en tous genres évoluent main dans la main avec des malfrats, tentant parfois de les imiter (Gene Hackman, fasciné par le monde des gangsters  s'essaie au rôle dans une scène hilarante) avec des résultats peu probants... John Travolta est excellent dans le rôle de Chili Palmer, le cinéphile qui semble ne jamais devoir avoir le moindre pépin. On appelle ça la force tranquille... Sa gentillesse paradoxale nous permet de garder l'impression que tout ceci n'est qu'un film de gangsters pour rire...

Sauf que pour moi il se fait constamment voler la vedette par Dennis Farina, dans le rôle sublime, une vraie synthèse de l'art du comédien, de Ray Barboni dit Bones, mafieux de la vieille école au verbe à la fois haut et très bas ("Fuck you, fuckball!"), au front tout aussi bas, et aux chaussettes antiques dans des mocassins en croco qui trahissent quelque peu son statut professionnel, ainsi que son mauvais goût absolu...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Barry Sonnenfeld Noir Comédie
13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 18:16

Stanley T. Banks, un avocat installé (Spencer Tracy), semble bien abattu après le mariage de sa fille Kay (Elizabeth Taylor). Se massant les pieds endoloris au milieu des verres cassés, des bouteilles de champagne vides, des confettis et des grains de riz, il nous raconte son expérience de 'père de la mariée', depuis les premiers indices d'un changement de comportement de la future épousée, qui ne parlait que de son Buckley, jusqu'à la cérémonie, en passant par la rencontre avec le futur marié, celle avec les beaux-parents, la mise en route du mariage, avec son budget pharaonique, les doutes occasionnels de la fille, les contraintes matérielles, etc etc etc... Jusqu'à, bien sur, la cérémonie elle-même.

Petite comédie? Oui, bien sur, et on pourra sans problème admettre que ce charmant petit film, tourné bien sur de façon impeccable -et à une certaine distance, en dépit de la présence affichée d'un narrateur-, n'est après tout qu'un film mineur de l'auteur de The bad and the beautiful. Mais il participe d'un courant de son cinéma, qui passe aussi bien par l'adaptation littéraire (Madame Bovary) que par la comédie ou le drame: Minnelli nous parle de bien plus que de l'expérience d'un père qui marie sa fille, passée au travers de la narration drôlatique d'un bonhomme tendre et bourru. Il en profite pour disséquer avec talent les codes de ces formalités, et de ces cérémonies, passés en revue avec justement cette distance presque burlesque qui les rend si loufoques. Il nous montre un homme qui s'attaque avec bon sens à une montagne d'ennuis qui seront de toutes façons amplifiés par tous les acteurs de la chose, et il le fait parfois en plan-séquence comme pour accentuer cette impression de roue libre, de rouleau-compresseur absurde qui s'apprête à écraser Banks. Depuis sa famille (L'impeccable Joan Bennett joue la mère, qui la larme à l'oeil exige pour sa fille le mariage princier qu'elle n'a pas obtenu elle-même!) jusqu'à ses collègues (Qui lors des fiançailles officielles l'obligent à rester en cuisine en lui réclamant cocktail après cocktail, le privant de sa seule satisfaction: le fait d'voir écrit un discours!), le monde se ligue pour mettre des bâtons dans les roues du brave homme, qui a donc décidé de nous mettre en garde... 

On s'en doute, tout finit par un mariage, et ça se passe très bien, mais en attendant Minnelli a mine de rien disséqué les codes sociaux, démontré l'absurde de tout ce cirque, et ajouté une pierre à son propre édifice: le portrait multicolore d'un homo americanus en proie à une modernité qui parfois le dépasse, et lui fait goûter aux joies du ras-le-bol et de la crise... Le film est gentil, mignon, ça oui... mais il y a quand même un arrière-goût de vitriol, non?

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Vincente Minnelli Comédie
12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 18:39

Une intrigue embrouillée dans laquelle on aimera se perdre: des méchants qui en veulent à une jeune femme, des morts violentes autour du casting d'un film porno et environnementaliste, des fêtes sur les hauteurs de Los Angeles... Peu importe finalement, car ce film conte la rencontre improbable entre deux solitudes, deux héros: le très mauvais Holland March (Ryan Gosling), un détective privé qui vit avec sa fille plus mature que lui, ses souvenirs et ses regrets, et Jackson Healy (Russell Crowe), gros bras à louer. Ils ont tout pour s'entre-tuer, mais ils vont s'allier...

Shane Black, c'est l'auteur de L'Arme fatale. Une fois qu'on a dit ça, on n'a pas tout dit mais ça devient difficile de se faire entendre! Alors entre le carton historique et planétaire du buddy movie des 80s réalisé par Richard Donner, le premier film du réalisateur Black (Kiss Kiss Bang Bang), ou celui-ci qui est son troisième long métrage, on voit bien sûr comme un trait commun (Tout comme chez Francis Veber quand on y réfléchit): association de deux tempéraments opposés, situation improbable, quelques gags, de l'action.

Mais Kiss Kiss Bang Bang, tout comme ce film, est irrésistible, et nous plonge dans une intrigue qui utilise les clichés pour les subvertir... Et dans un film actuel, il faut du courage pour faire des héros d'un colosse qui a pour métier de casser les figures sur commande, et d'un alcoolique! ça fume, ça boit, et la fille d'un de nos deux héros se dévergonde avec un aplomb qui a du émouvoir plus d'un membre du tea party. Pourtant cette subversion n'est rien d'autre que cinématographique, référentielle et pour tout dire, un brin cathartique aussi: bref, qu'est-ce que ça fait du bien!

Oh, et les cascades à tiroir, magnifiquement réalisées, drôles et totalement claires, ça aussi ça fait du bien! Le cinéma ne fait pas que reproduire les années 70, il en partage aussi le style filmique dans ses moindres détours.

Avec Richard Nixon.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Shane Black Comédie Ryan Gosling
10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 17:13

La boule de feu, autant le dire, c'est Barbara Stanwyck! Et avec cette histoire gentiment loufoque, on n'est pas très loin de Blanche-neige et les sept nains, mais la figure de prince charmant serait en fait un huitième nain... Je m'explique: dans cette histoire de Brackett et Wilder, les scénaristes qui étaient sur le point de lancer leur propre production pour la Paramount, un groupe de huit scientifiques, tous vieux et barbus sauf un, se sont lancés huit années auparavant dans la rédaction d'une encyclopédie définitive. Ils ne touchent pas encore au but et on sent bien poindre derrière certaines vieilles barbes, comme une certaine lassitude. Sauf chez le plus jeune, le professeur Bertram Potts (Gary Cooper): celui-ci s'est dédié corps et âmes à la langue anglaise, et ne voit pas ce qui pourrait empêcher leur tâche de s'accomplir! Mais il fait un jour un constat alarmant: ayant vécu à l'écart du monde toutes ces années, il se rend compte que sa connaissance de l'argot est limitée, et dépassée. Il se rend donc en quête de gens, pour assembler un panel de spécialistes. Parmi les perles rares, une jeune femme, la belle chanteuse Sugarpuss O'Shea (Barbara Stanwyck) le trouble d'autant plus qu'elle refuse de participer à ses recherches. Mais lorsque le petit ami de celle ci (Dana Andrews) est arrêté, elle est recherchée et doit se réfugier, pourquoi pas, dans la gentilhommière des professeurs, dont les sept plus vieux se réjouissent: elle leur rend la jeunesse... Bertram Potts tente vaillamment de résister...

C'est donc, quatre années après Bringing up baby, un retour de Hawks à la comédie et à sa critique railleuse de l'intellectualisme. Mais derrière le loufoque déballage d'obsédés en tout genre, mathématiques, biologie, langage ou histoire, il y a malgré tout une certaine tendresse qui s'affiche pour ces professeurs décalés, déphasés, qui sont tout à coup confrontés à une époque dont ils ne connaissent rien. Hawks, lui, la connait et on a droit à Gene Krupa et son big band, et à la conga, dont Stanwyck fait une rapide démonstration. Et puis il y a le monde du crime, et des dialogues marqués par un usage effréné de l'argot! Cela étant dit, sans faire la fine bouche, le film prend son temps, et ne laisse pas derrière lui la même dévastation loufoque de toute raison que Bringing up baby, et on est loin ici de l'abattage meurtrier de Twentieth century. le genre était en pleine mutation, et même si Gary Cooper est à son plus vulnérable et que les sept "crânes d'oeuf" sont adorables, Hawks, décidément, n'est pas Lubitsch. Donc on passera du bon temps, dans l'ensemble... Hawks aussi, puisque il "refera" le film avec A song is born en 1948, un film musical qui n'est pas souvent visible, et qui a assez mauvaise réputation. Quant à Wilder et Brackett, qu'on n'ait pas la moindre inquiétude pour eux, ils s'en sont très bien sortis...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie Howard Hawks Billy Wilder Barbara Stanwyck Gary Cooper