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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 17:09

C'est chez Al Christie, le second couteau des studios de comédie qui tentait désespérément de jouer le troisième homme après Roach et Sennett dans les années 20, que ce film a été tourné. Il a un pedigree étonnant: adapté d'une pièce de 1892 qui a eu un succès phénoménal, rien ne prédisposait ce classique des planches, basé sur des quiproquos et des dialogues à la fine répartie, à devenir un succès du cinéma muet! Par ailleurs, on connait surtout Scott Sidney pour un fiml de 1918, qui est la première adaptation au monde du comic et des romans Tarzan, d'Edgar Rice Burroughs... Mais en 1925, c'est un vétéran, et son style tient plutôt de l'absence de style. Non, bien sur, LA raison de voir ce film, en 1925 comme en 2017, c'est sa vedette Syd Chaplin.

Privé de moustache contrairement aux six autres de ses films "en solo" que j'ai pu voir, Sydney Chaplin interprète un lord Anglais, un étudiant d'Oxford dont les manières ne font aucun doute: l'homme est de noble extraction... Ce qui ne l'empêche pas d'être un coquin, un séducteur, un soiffard et un gaillard doté d'une sérieux sens de l'humour. Il va donc se prêter à la demande de ses amis à une mascarade qui va permettre à l'acteur de porter sur les deux tiers du film un déguisement ultra-codifié: alors que ses deux camarades de chambrée attendent la tante de l'un d'eux, et que ladite dame est en retard, les copains ont quand même besoin d'une duègne afin de permettre au tuteur de leurs petites amies de laisser les deux jeunes femmes passer du temps en leur compagnie. C'est donc Sydney Chaplin qui va interpréter la vieille tante... Y compris quand celle-ci arrive, qui plus est accompagnée de sa propre nièce, qui est l'ex-fiancée de Syd!

Donc, déguisement, et comportement décalé qui va avec. On est dans un registre dont on imagine que Leo McCarey aurait pu tirer un film de deux bobines rempli de gags sublimes, avec Charley Chase... Donc on peut questionner l'opportunité de l'étirer sur sept bobines. Sauf que ce temps permet à Syd Chaplin de monopoliser l'attention de toutes et de tous, par sa gestuelle, ses gags, et son incroyable charisme: bon sang ne saurait mentir. Il est totalement crédible en lord élégant et racé, et tout autant en vieille tante qui viendrait du Brésil... "Where the nuts come from". Le film est probablement son meilleur, et a eu, tant mieux, un certain succès en 1925.

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Comédie Sydney Chaplin *
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 17:07

Sydney Chaplin pourrait très bien n'être que le grand frère de qui vous savez, ce ne serait déjà pas mal... gagman, acteur dans les films de son frère, parfois sans doute assistant écouté, comme Albert Austin, Henry Bergman ou Charles Reisner, et pour finir son agent... C'est lui qui a présenté Karno et Chaplin, c'est lui qui a fait l'homme dans une maison au père absent... Bref. Mais Sydney a aussi eu une carrière solo, passionnante parce que totalement oubliée, et franchement atypique.

Une fois Charles parti de chez Sennett, Sydney s'est retrouvé à le remplacer en quelque sorte, avec un personnage récurrent, Gussle, qui inaugure le look qu'aura Sydney dans quelques films de son frère: une moustache envahissante, des cheveux raides, et une raie rectiligne au milieu. Il a ensuite rejoint Charles vers 1916 à la Mutual, puis est devenu un acteur proéminent dans A dog's life, Shoulder arms!, The Bond, Pay day et The Pilgrim. Il a continué à s'occuper des affaires de son petit frère, tout en menant une carrière solo, moins burlesque, plus dans la comédie de moeurs. Le film Charley's aunt (1925), réalisé pour Christie, est un excellent exemple. Il a ensuite eu une petite carrière à la Warner, mais celle-ci s'est arrêtée net: un scandale en Grande-Bretagne lui a été fatal, comme Arbuckle. Il s'est donc définitivement retiré derrière son frère...

A submarine pirate est le dernier film Sennett de Sydney Chaplin, son premier film à dépasser les deux bobines (dans sa version intégrale, il durait quatre bobines), et l'un de ses rares films survivants des années 10. On y voit bien le style très acrobatique des gags de Sydney qui ont souvent un petit arrière-gout d'absurde. C'est aussi un étrange objet, qui doit beaucoup à Charles Avery, collaborateur de Roscoe Arbuckle, dont le type d'humour tout en violence incontrôlée est ici très représenté, mais qui est aussi marqué par un choix délibéré de Sydney d'être le méchant: il est en effet un pirate, qui utilise un sous-marin pour terroriser les gens. ce qui explique peut-être qu'il ait été relégué si longtemps dans les poubelles de l'histoire, jusqu'à ce qu'un David Kalat enthousiaste l'édite dans le coffret American Slapstick.. Une curiosité, donc, mais suffisamment intrigante pour être revue de temps à autre, même dans une version sérieusement abrégée. C'est la même, quoique passée un peu plus rapidement, qui a les honneurs de la HD dans l'excellent coffret consacré à Mack Sennett chez Flicker Alley...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Sydney Chaplin 1915 **
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 13:42

Il ne reste pas grand chose de la pléthore de films avec Clara Bow, qui ont précédé son arrivée à la Paramount avec Mantrap en 1926. La plupart, mais pas tous, étaient des productions Preferred de B. P. Schulberg, un indépendant avisé, qui exploitait celle en laquelle il reconnaissait son principal atout, avec des rôles adéquats, et parfois très limités. Elle étai sous contrat, il avait pour idée de l'imposer au public, film après film, en la distribuant dans rôles plus ou moins grands selon les circonstances. D'une part, ça a payé. D'autre part, ça a contribué à forger une expérience professionnelle à une actrice qui toute sa vie a surtout laissé son tempérament et ses émotions prendre le dessus sur toute hypothétique technique de jeu...

Certains des films Preferred ont été mises en scène par Louis J. Gasnier, le patronyme à peine transformé du Français Louis Gasnier, auquel on doit les débuts de Max Linder en 1905, et bien sur les fameux Perils of Pauline... De Gasnier non plus il ne reste pas grand chose; la faute en incombe sans doute à des mauvais choix de carrière, ou tout simplement qu'en 1920, quiconque faisait déjà des films quinze années auparavant était automatiquement un has been: voir  ce sujet les carrières plus que déclinantes d'un Griffith ou d'un Olcott! Mais si tout ce qu'il faisait était à l'aulne de ce joli petit film, on aimerait en voir plus: il y a du métier, un oeil évident pour la composition, et une façon de laisser les acteurs "naturels" (donc Miss Bow) faire le spectacle...

L'histoire est un brin ridicule, et repose sur deux postulats: d'une part, les Français sont des grands romantiques; d'autre part, le public Américain ne connait pas la France au-delà des clichés... donc l'intrigue part d'une soirée au cabaret: des apaches tels que Feuillade les avait dépeints dans Les Vampires partagent leur temps entre leur danse canaille pour épater le bourgeois, et des visites dans leurs maisons pour les délester de leurs biens. C'est lors d'une de ces expéditions qu'Armand (Donald Keith) est blessé, pendant que sa petite amie Marie (Clara Bow) fait le guet. Mais Pierre Marcel (Lou Tellegen), l'homme qui est responsable de la blessure décide de changer la destinée du bandit, et le pousse à reprendre les études qu'il avait interrompu. c'est compter sans Marie, qui va tout faire pour récupérer "son homme", avec l'aide de la bande d'apaches...

Ca n'a ni queue ni tête, la police apparaît et disparaît sans crier gare, mais on s'en fout: ce qui compte, finalement, c'est l'atmosphère de canaillerie Parisienne, dont Gasnier essaie tant bien que mal de reconstituer les contours; et puis bien sur, il y  Clara Bow, en roue libre, qui s'est enfin trouvée esthétiquement (la coiffure, le maquillage), qui assure le show à elle toute seule: elle joue une criminelle, toute entière dédiée à une vengeance, et risque un moment la mort, mais le film reste une comédie du début à la fin. On notera que le film structure son intrigue sur une série de baisers, depuis la toute première, jusqu'à la dernière scène... Basée sur une unique copie conservée, la version actuellement en circulation a l'air d'être complète, en plus d'être présentée avec des teintes d'origine du plus bel effet. C'est rare et ça mérite d'être souligné...

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Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow 1925 Comédie *
29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 10:19

Les films de la compagnie Preferred Pictures, de B. P. Schulberg, sont assez peu remarquables en soi. Le fait que beaucoup d'entre eux aient été réalisés par le vétéran Louis Gasnier est déjà une indication... Mais le principal intérêt reste que c'est le studio qui a le premier offert un contrat à la jeune Clara Bow; parfois elle avait le premier rôle et ça donnait de bons résultats (Parisian Love), et parfois elle était reléguée, comme ici: elle joue le rôle d'Alice, un second rôle un peu trop effacé pour qu'on s'y retrouve. Les deux rôles principaux sont assumés par Ethel Shannon et un certain Harrison Ford (Aucune relation). Notons, et c'est sans doute le paradoxal principal intérêt de ce film aujourd'hui, que Maytime était un film perdu jusqu'à ce qu'on le retrouve en 2009 parmi les oeuvres muettes Américaines et Britanniques que possédaient les archives de Nouvelle-Zélande. Incomplet, les bobines restantes parfois en dangereux état de décomposition, mais regardable... du moins jusqu'au trois-cinquième de sa durée...

 Deux époques, vues l'une après l'autre: en 1895, Ottilie Van Zandt aime Dick Wayne, mais elle fait partie de la haute bourgeoisie, et lui est le fils de l'employé de son père. Tout avenir à cet amour est donc impossible... Il part pour faire fortune, pendant qu'Ottilie essaie de l'attendre... Mais la pression de sa famille pour la marier à l'improbable cousin Claude est trop forte, et le jour du mariage, Dick revient, et un scandale éclate. Une seule façon de s'en sortir: pour laver Ottilie de tout soupçon, Dick annonce qu'il va épouser la petite Alice, la voisine, qui l'aime en secret depuis toujours... On imagine que tous ces gens vont vivre malheureux pour l'éternité, néanmoins un court passage nous annonce que si Claude et Alice ont fini par mourir, les deux anciens amants ont survécu, mais ils sont trop vieux.

Nous faisons donc la connaissance, en plein jazz age, de leurs petits-enfants... Et c'est là que le film s'arrête, car les trois dernières bobines de cette oeuvrette sans prétention ni relief apparemment, n'ont tout bonnement pas été retrouvées... Un destin qui habtuellement, attend des films entiers. S'il fait se réjouir qu'une partie d'un film, fut-il sans grand intérêt, ait pu survivre, l'effet produit est assez ennuyeux: c'est exactement comme si l

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Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow 1923
28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 09:34

En 1985, Joe Dante faisait confiance à son cinquième long métrage pour l'installer définitivement parmi les metteurs en scène qui comptent. Du moins pendant le tournage. C'était sans compter sur, comment va-t-on appeler ça? La poisse? La malédiction? Quoi qu'il en soit, c'était sans compter sur le studio qui s'apprêtait à le sortir, pour les fêtes pensait Dante, mais en fait en été. le tournage n'était pas fini, les scènes à effets spéciaux n'avaient pas été finalisées, et la fin n'était même pas décidée. Le résultat est un naufrage...

Ben (Ethan Hawke) et ses copains Wolfgang (River Phoenix) et Darren (Jason Presson) sont des pré-ados assez typique de ce qu'on trouve dans un film de Dante: des jeunes mal assurés, victimes des railleries des néandertals qui les entourent, et laissés à des parents qui les négligent (Ben), les battent (Darren), ou sont tout simplement complètement à l'ouest (Wolfgang). Mais Ben a reçu, en rêve, des instructions mystérieuses pour pouvoir aller à la rencontre... des extra-terrestres. Et comme ils n'ont rien de mieux à faire, ils se mettent au travail.

Ouch! Une fois passées les premières quarante minutes, qui sont du pur Joe Dante (Description amusée d'une banlieue modeste, établissement de la différence entre Ben et ses copains d'une part, qui sont fans de cinéma et de cartoons classiques évidemment, et les débiles qui les entourent (Comme le dit un gamin: "J'aime pas les livres, j'aime pas l'école"), l'histoire devient du grand n'importe quoi. La rencontre avec les extra-terrestres a bien lieu, mais elle a l'air tellement amateur qu'elle est embarrassante et insupportable à regarder... D'autant qu'elle est longue et redondante. Dante assurait que dans tout ce qui a été coupé il y aurait le coeur du film, ce qui est toujours facile à dire une fois que le mal est fait, mais tel qu'il est, le film et surtout son dernier tiers, sont tellement embarrassants, qu'on ne demande qu'à le croire! reste que les ados vont rencontrer des extra-terrestres qui sont en fait... des ados. Et que la menace qui pèse sur eux et qui a motivé leur appel au secours, c'était bien sur leurs parents. Le monde est petit...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Joe Dante
27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 09:32

1897: On découvre de l'or en Alaska, dans la région du Klondike. La nouvelle se répand par la presse dans tous les Etats-Unis, et nous faisons la connaissance des protagonistes de l'épopée, des plus rompus à l'aventure, jusqu'aux obscurs baroudeurs novices. Une fois arrivés en Alaska, les ennuis vont commencer, certains vont abandonner, les uns seront déçus, et les autres... seront bien peu nombreux. En particulier, on s'intéresse à Jack Locasto (Harry Carey), l'un des premiers pionniers à avoir répandu la nouvelle, qui a une fâcheuse manie de s'approprier les exploitations, mais aussi les femmes des autres; et parmi les victimes du bandit, Berna (Dolores Del Rio, venue avec son grand père qui n'a pas survécu au voyage, a rencontré Larry (Ralph Forbes) mais celui-ci associé avec Jim (Tully Marshall, toujours dans les gros coups!!) et Lars (Karl Dane), semble plus préoccupé par l'or que par sa relation avec la jeune femme. Et d'autres, plein d'autres...

Ca peut paraître étonnant, de prime abord, de voir l'élégant metteur en scène de The flesh and the devil (1927) et Anna Karenina (1935) aux commandes d'un grand film d'aventures épique, tourné dans des conditions de danger telles qu'il y aurait eu, selon la légende, des morts parmi l'équipe technique... Ce serait oublier le parcours surprenant d'un homme qui s'intéressait à tous les aspects du cinéma, et dont le style policé et visuellement inventif savait occasionnellement s'adapter à toutes les conditions, qu'il soit en studio, ou plus rarement en extérieurs: parmi ses premières armes, Brown avait en particulier pris les commandes du Dernier des Mohicans (1920) de Maurice Tourneur, lorsque ce dernier était tombé malade, et ce n'est en aucun cas un tournage fait en studio! Mais Brown n'était pas Van Dyke, et un certain nombre des passages les plus spectaculaires ont été l'occasion pour la MGM de tester des effets spéciaux... Encore rudimentaires, les séquences de descente des rapides par exemple, sont un peu limite. Par contre les effets expérimentés lors du tournage de Ben Hur (La destruction de bâtiments) sont mis à contribution avec efficacité pour figurer cette fois des avalanches...

Le film est divisé en deux, d'une façon inédite: la première partie, comme on dit aujourd'hui, serait un film "choral", dans lequel on fait connaissance avec tous les protagonistes les uns après les autres, et elle fournit beaucoup d'humour tout en nous habituant à chacun des personnages. la deuxième, recentrée faute de combattants autour de Ralph, Berna, Lars, Jim et Locasto, ressort du mélodrame classique. Mais du début à la fin, ce qui frappe, c'est le réalisme des séquences... le fait, comme le souligne Leonard Maltin, qu'on puisse presque sentir l'effet du blizzard. Et pour cause: une partie du tournage s'est déroulée en Alaska, et Brown a du se résoudre à faire ce que Chaplin s'était refusé à faire: contrairement à l'acteur-metteur en scène de The Gold Rush, qui avait tourné le passage de Chilkoot au nord de la Californie, Brown a reçu de la MGM la mission de le tourner sur les lieux même... Ce qui est hallucinant à voir. Le cinéma montre ici finalement les limites de la recréation: on VOIT que lorsque certains personnages se plaignent (Un gamin, en particulier, forcé de prendre un bain réfrigéré de pieds pour le passage d'une rivière) des conditions, c'est parfaitement authentique! Le film est formidable, mais il ne fait sans doute pas trop creuser ce type d'informations. Quoi qu'il en soit, en dépit de l'indéniable réussite du film, Brown détestait en parler.

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Published by François Massarelli - dans Muet Clarence Brown 1928 *
26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 11:46

Retour à la noirceur... Ce film prend une fois de plus prétexte de flash-backs à la recherche de secrets de famille plus ou moins enfouis, pour fouiller dans l'âme de certaines femmes. Les hommes? A l'image de cette statuette d'argile souvent montrée dans le film, et qui est la production de l'une des protagonistes, ils ont le sexe érigé, mais coupé à la moitié: ils sont bien sûr souvent l'objet des secrets, mais n'en sont jamais le sujet, et ils restent à l'écart; une fois de plus, c'est une affaire de femmes.

Julieta s'apprête à tirer un trait sur sa vie à Madrid, une vie uniquement passée à attendre que sa fille Antia qui l'a quittée il y a douze ans, donne de ses nouvelles ou revienne, et elle va donc suivre son amoureux Lorenzo au Portugal... mais peu avant le départ, elle croise Béa, la meilleure amie de sa fille quand elle était adolescente, et celle-ci lui dit qu'elle a vu Antia. Elle va bien, elle a des enfants... Bouleversée, Julieta annule son départ, et sous le prétexte d'écrire à sa fille, replonge dans ses souvenirs, à partir d'une nuit dans un train, lorsqu'elle a fait la rencontre de Xoan, un jeune homme séduisant. Un pêcheur passionné, retenu à terre par la maladie de sa femme... Une nuit d'amour dans le train plus tard, les destins de Xoan et Julieta allaient être liés... Du moins pour un temps.

Aucune provocation, aucun humour non plus. Almodovar retrouve avec ce très beau film qui vous agrippe et ne vous lâche plus, la rigueur de La fleur de mon secret, de Volver ou de Etreintes brisées, mais il se refuse à détacher son regard et le nôtre, par des notations humoristiques, du drame de cette femme, qui vit dans l'éternelle incompréhension d'une absence. Celle-ci ne sera d'ailleurs pas totalement ni comprise, ni résolue dans le cours du film, mais Almodovar s'est plu à en montrer l'effet, les contours, avec l'aide de plusieurs actrices: Adriana Ugarte interpète Julieta jeune, et Emma Suarez à quarante-cinq ans.Tout autour d'elle est fait de regret, de souvenirs aussi, ce n'est d'ailleurs pas un hasard si un épisode prémonitoire du flash-back nous raconte la visite de Julieta à sa maman atteinte d'Alzheimer. Car le souvenir a beau être douloureux, au point qu'on veuille s'en débarrasser, il est aussi vital, et Julieta âgée est en grand danger de se perdre en essayant d'oublier son passé.

La mise en scène est faite de cette magnifique passion des personnages, suivant Julieta surtout dans ses recherches, égarements, décisions et regrets. chaque détail bien sûr compte, et Almodovar se permet parfois une douce ironie: lorsqu'on dit à Julieta qu'elle n'est pas vieille, un poster au fond la pièce annonce la production d'une pièce: The old woman... Une scène superbe lui permet de nous surprendre en passant d'une actrice à l'autre au sein de la même période temporelle, comme pour montrer le poids d'un traumatisme sur le personnage de Julieta. Il se livre aussi à une belle auto-parodie, en choisissant de privilégier pour la jeunesse de Julieta la palette de couleurs vives voire criardes qui était la sienne à ses débuts, pour contrer avec les nuances plus sobres et naturelles des scènes contemporaines. 

Bref: un film magnifique, un de plus.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar Espagne
26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 11:31

Ce film de deux bobines fait partie des solides productions de Thomas Ince, qui avait des coudées d'avances sur son concurrent Griffith en 1914: ses films étaient impressionnants par leur sens de la composition, le jeu des acteurs, le montage avec un sens consommé de l'action, et des scénarios qui permettaient aux films d'éviter des intertitres par trop envahissants. C'est regrettable que tant de films aient disparu... Par contre on pourra toujours reprocher à Ince d'avoir été sur un certain point un précurseur de Disney: bien qu'il ait lui-même (Contrairement à Walt Disney) mis en scène des films occasionnellement, il se refusait à créditer les techniciens, et le fait d'attribuer ce film à Jay Hunt est plutôt une supposition qu'un fait.

Ce qui distingue ce court métrage en deux bobines des autres, c'est la présence de Sessue Hayakawa, qui interprète... un jeune Sioux qui revient au pays après avoir été à l'école des blancs. Il revient fin saoul, et devient la honte de son père... Lorsque un groupe de bandits, des renégats sans foi ni li, l'enrôlent et le font participer à une attaque contre la cavalerie, son père va prendre une décision radicale afin de sauver l'honneur de la tribu...

Splendide en tous points, sinon... une fâcheuse tendance à mettre les pieds dans le plat du racisme, comme le western le fera souvent. Ce qu'on dénonce souvent à tort comme étant le racisme anti-indien du western, qui avait besoin de conventions dramatiques aisément identifiables, est plus souvent un refus du mélange, qui est illustré ici de manière flagrante: les sioux sont nobles, avec leur culture et leur honneur. la cavalerie est prête à cohabiter paisiblement avec eux... Mais dès qu'on mélange les groupes, on obtient des problèmes: ainsi, le jeune fils de chef est-il corrompu par la culture blanche, et les "renégats" qui sont probablement des métis nous sont dépeints comme des brutes inhumaines... Un refus du mélange qui trahit le racisme à l'état pur. On n'a pas avancé, d'ailleurs.

Ce qui est comique, c'est du reste que la rôle d'un sioux, dans ce film qui n'aime pas trop le mélange, a été confié à un acteur Américano-Japonais. Il est excellent, comme d'habitude, et le film aussi...

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Published by François Massarelli - dans Muet Western Thomas Ince
26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 10:58

Mantrap était l'un des films préférés de Clara Bow; c'était aussi son introduction au grand monde, après avoir enchaîné seconds rôles et productions moindres, c'était son premier rôle en vedette pour un studio de premier plan, qui allai ensuite lui proposer un contrat de star... Mais de tous les films qu'elle a tournés en vedette (Exception faite de Wings, dans lequel on peut décemment considérer que son rôle est limité), c'est sans doute le meilleur qu'on puisse voir aujourd'hui. L'entente a été parfaite entre la star et son metteur en scène (Et même plus que parfaite à en croire la légende, sacré Victor!), et de ce qui aurait pu être une comédie vaguement sexy de plus ou de moins, l'équipe en a fait un chef d'oeuvre de comédie gonflée.

Deux hommes s'apprêtent à prendre des vacances momentanément, pour des raisons différentes voire opposées: Joe Easter, le trappeur qui vit à Mantrap Lodge, en pleine nature, a besoin d'aller à la grande ville pour y voir des filles, parce que la solitude lui pèse, alors que l'avocat Ralph Prescott, de son côté, est un avocat spécialisé en divorces, qui n'en peut plus de recevoir des clientes fortunées qui tentent de le séduire. Easter se rend donc à Minneapolis où il rencontre une jeune manucure, Alverna, qui croit trouver en lui l'homme des bois, et Ralph écoute son ami Woodbury, qui le persuade d'aller camper au grand air. Et Ralph et Woodbury vont donc s'installer à Mantrap, en pleine saison des pluies, semble-t-il. Lorsque Ralph rencontre Joe, celui-ci l'invite à venir se refaire une santé dans sa cabane, et lui présente Alverna...

Comme on dit dans ces cas-là, "vous pouvez deviner la suite"... Sauf que non, ce serait trop facile! Fleming a distribué les rôles à une troupe formidable: Joe Easter est interprété par Ernest Torrence, qui sait si bien doser sa jovialité et son manque flagrant de sophistication, tout en provoquant la sympathie du public; Percy Marmont est arfait en avocat coincé, cela va sans dire! Eugene Pallette interprète Woodbury, et parmi les habitants de mantrap, on apercevra Ford Sterling, Lon Poff (En pasteur...), Josephine Crowell en une voisine qui se mèle de ce qui ne la regarde pas, et William Orlamond interprétant son mari qui la suit partout comme un petit chien. On note que j'ai gardé l'inévitable pour la fin: Clara Bow, confondante de naturel, est donc Alverna. Alverna, comme Clara Bow, est dotée dune sexualité visible et assumée, jamais mise en valeur par des robes suggestives, mais plus par un comportement exubérant. Et ce petit bout de bonne femme va en faire baver à tous les hommes, mais le pire c'est qu'elle en fait une affirmation de sa féminité, les hommes dans 'histoire étant priés d'accepter. Et Fleming ne cherche à aucun moment à la punir ou à l'excuser de son comportement. Lors d'une scène, la jeune femme prend le pouvoir, et confronte "ses" deux hommes, Prescott et Easter, et... montre qui est la patronne. Clara Bow est troublante, et c'est son meilleur rôle.

Au cas ou on se poserait la question, sachez qu'il existe bien un lac Mantrap dans le Minnesota, ce n'est donc pas une invention de l'auteur du roman, Sinclair Lewis, ou de Victor Fleming, qui s'était lui fait prendre aux pièges de Clara Bow. Ni le premier, ni le dernier...

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Published by François Massarelli - dans Victor Fleming Clara Bow Muet Comédie 1926 **
24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 08:39

Le même jour, Samuel "Kid" Boots (Eddie Cantor) se fait virer pour maladresse extrême de son travail chez un tailleur, se fait un ennemi mortel en la personne d'une grande brute (Malcolm Waite), et rencontre la femme de sa vie, Clara (Bow). Tant qu'à faire, il va aussi faire une autre rencontre déterminante, celle de Tom (Lawrence Gray), un professeur de golf empêtré dans un mariage avec une intrigante (Natalie Kingston) qui cherche, quant à elle, à s'échapper de son divorce. Suite à un certain nombre de quiproquos, "Kid Boots" devient le témoin de Tom, et ce trois jours avant que le divorce ne soit finalisé. Et tout ce petit monde se retrouve dans la même station balnéaire. Il va donc, y avoir du sport...

Ceci est le premier film de Eddie Cantor, star chez Ziegfeld, et dont la popularité grandissante coïncide avec l'avènement des studios. La Paramount, en lui offrant un "véhicule" taillé sur mesure (A la base de ce film, figure une pièce où l'acteur avait triomphé), pose du même coup les jalons de ce qui va bientôt devenir la façon de traiter le burlesque à la MGM, la Fox ou la Paramount: choix d'un réalisateur, des acteurs, lieux de l'action, tout passe par le studio; une gestion efficace de la comédie, qui fait certes du bon boulot, mais qui tranche avec l'artisanat tel que le pratiquaient tous les spécialistes du genre: Keaton, Chaplin, Lloyd et Langdon en tête. Bref, aurait pu dire Churchill, la comédie est un art trop important pour la confier à des néophytes... Non que ce film soit mauvais, loin de là. Mais il reste mécanique, et parfois on voit les ficelles. Et Eddie Cantor fait de son mieux, difficile dans les meilleurs moments de ne pas penser aux modèles prestigieux qu'il s'est choisi... Pour ce qui est de Clara Bow, qui était encore à l'essai, elle apporte à son rôle de flapper dynamique toute sa connaissance du type, et ses scènes avec Cantor, bien que peu nombreuses hélas, valent le détour. Si certaines scènes recyclent de façon voyante, notamment une scène de massage avec contorsionniste qui renvoie directement à The cure de Chaplin (Sauf que cette fois, c'est Cantor, c'est à dire le héros, qui est le contorsioniste), il y a une atmosphère générale de représentation du sport, qui fera des petits: Run girl run, de Alf Goulding chez Sennett, College de Buster Keaton, ou encore de nombreux courts métrages des années 20 ou 30... Ce n'est donc peut-être pas la comédie de la décennie, mais ça se laisse voir sans déplaisir.

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Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow Comédie 1926 **