Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 18:27

Un professeur des écoles (Eiji Okada), passionné d'entomologie, et spécialiste du sable, aime à chercher des insectes spécifiques dans une zone sableuse côtière, où vivent des gens à l'abri de la civilisation: cachées dans les dunes, les maisons de leur village sont des vieilles cabanes qu'ils doivent en permanence protéger de l'engloutissement. Mais perdu dans sa rêverie, l'homme, qui vient de rompre avec sa petite amie, perd la notion du temps. Il doit donc être hébergé dans une des bicoques. Il passe la soirée en compagnie d'une femme (Kyoko Koshida), qui l'accueille avec gentillesse, mais dont le manège permanent (Un geste sur deux est destiné à se protéger de l'invasion du sable qui s'insère partout) l'étonne beaucoup. Mais le lendemain matin, quand il veut partir, c'est impossible: la maison est très enfoncée dans le sable, et il ne parvient pas à remonter. Il se rappelle être descendue sur une échelle de corde, qui était tenue par des hommes en haut de la dune, et comprend qu'il est tombé dans un piège... Retenu par la femme, prisonnier du sable, combien de temps mettra-t-il à sortir?

Teshigahara aime ces histoires d'aliénation, ayant après tout mis en scène dans les années 60 d'autres films qui voient un homme privé de son enveloppe corporelle, un autre qui change de visage puis de personnalité... Le héros de ce film, lui, se retrouve non seulement privé de liberté, il doit aussi sortir de son propre univers. Il réussit tant bien que mal à garder son libre arbitre, qui lui permet de planifier une évasion, voire d'en tenter une, mais il revient toujours, contraint et forcé, et doit parfois subir des humiliations: car la femme, qui a perdu sa famille, le réclame, mais les villageois aussi. La raison est un prétexte qui permet à l'histoire de tenir debout: si une maison est engloutie, les autres suivront. le village doit doc se défendre en tant que village.

On le voit, cette perte progressive de sa singularité, devient en fait le vrai thème de cette réflexion profondément ironique sur l'humanité. Et la vie à laquelle l'homme finit par s'abandonner, remplace peu à peu par ses enjeux, ses événements et son quotidien, la vie d'avant. Le conte fantastique grinçant finit par conter la conversion forcée d'un homme à travers des étapes troublantes: bien sur, la présence de l'autre protagoniste, une femme, dans le titre, n'est en rien le fruit du hasard. Kyoko Koshida joue ue femme qui semble s'être auto-condamnée à vivre dans ce trou dans le sable, réduite à systématiquement empêcher l'invasion du sable plutôt que d'aller chercher un accomplissement à Tokyo ou ailleurs. Mais elle est aussi naturelle, sensuelle et qui plus est, Teshigahara a pris le parti de filmer les deux acteurs au plus près du corps. On retrouve ici un écho des plans des insectes du début du film, qui étaient vus en gros plan, par un home satisfait et inconscient du fait que lui aussi allait bientôt être scruté, par une femme, des voisins voyeurs, un cinéaste avant-gardiste, et... des spectateurs fascinés, parce que oui, ce film, avec ses dialogues épars, sa musique étonnante, ses bruits du vent qui porte le sable partout, est absolument fascinant...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Hiroshi Teshigahara Criterion
2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 11:01

Sous la responsabilité de Val Lewton, la RKO va se doter d'un petit groupe de productions fantastiques d'une grande qualité, qui vont pouvoir faire oublier le désastreux score de Kane au box-office, qui a probablement du plomber sérieusement aussi bien la crédibilité que le tiroir-caisse du studio... Comme on le sait, ce film, qui fut un grand succès, est le premier de la série, et sans aucune seconde réflexion, le meilleur. Comme on le sait aussi, producteur longtemps dans l'ombre de Selznick, Lewton a projeté beaucoup de lui-même dans ces films, en particulier celui-ci (Au hasard, la phobie des chats et celle du contact humain), et il a vraiment piloté ces tournages avec bon goût, sens de l'improvisation et savoir-faire. ceci étant dit, je trouve absolument scandaleux la façon dont on parle des "films de Val Lewton" à tour de bras, quand on voit l'importance de ce film dans la carrière de Tourneur, ou celle du plus secret mais tout aussi intéressant I walked with a zombie. Donc on ne parlera plus ici de Lewton, pour se concentrer un peu sur Tourneur, qui fait une démonstration de son génie dans chaque séquence, chaque plan de ce film.

Le script rend bizarrement justice au titre (Qui rendait sceptique le public des previews, s'attendant à un nanar avant de se raviser devant la maîtrise du film), avec cette histoire de jeune femme possédée par une malédiction: obéissant à la règle thématique des films fantastiques, qui renvoient systématiquement à leur principal ingrédient, l'intrigue commence dans un zoo au coin des panthères, où un jeune homme bien sous tous rapports rencontre une jolie artiste, qui répond au nom si mystérieusement exotique d'Irena Dubrovna. Elle est Serbe, et elle ne sait pas encore qu'elle est une "femme-chat", soit une victime de la malédiction de son village, une panthère possédant une jeune femme... Elle connait la superstition, mais son mariage avec Oliver, le beau jeune homme, va vite tourner en eau de boudin: effrayée par la croyance superstitieuse de son village en les "cat people", elle ne va pas laisser le jeune homme s'approcher... C'est là qu'Alice, la collègue de travail et confidente d'Oliver, va précipiter les choses en prenant un peu trop de place dans la vie du mari d'Irena...

Une superstition, un soupçon de psychanalyse, un docteur aux idées bien arrêtées, un Américain moyen et une jeune femme destinée à devenir une tueuse, on est dans une figure classique du film fantastique, mais le sens de l'économie qui préside au tournage, plus les bonnes idées de Tourneur, plus l'influence du film noir, vont transformer le film en un joyau pictural, et un exemple parfait de l'utilisation créative de l'atmosphère. Les nombreuses séquences nocturnes Nicholas Musuraca est le responsable de la photo), et la rigueur (austère, elles sont le plus souvent privées de musique) des scènes de terreur sont justement célèbres... Et bien sur, le principal atout du film reste son pouvoir de suggestion, l'utilisation de l'ombre, du son, plutôt qu'une terreur explicite. Tout ceci concourt à faire de cette histoire un modèle de film fantastique, tout en traitant chez une jeune femme de peur/refus du sexe. Frigidité? Lesbianisme? Peur du viol? Aucune piste n'est écartée, ce qui est un tour de force dans un film de 1943, mais aucune piste ne sera non plus privilégiée. Et pour couronner le tout, le psychanalyste du film, interprété par Tom Conway, a beau être un (délicieusement) insupportable M. Je-sais-tout, il va néanmoins subir un sort peu enviable.

Donc, avec sa fameuse scène de terreur dans une piscine nocturne, c'est un chef d'oeuvre, celui de Tourneur bien sur, aisément son meilleur film. Il est bien aidé par sa distribution, aussi, de Kent Smith, le brave type, à Jane Randolph qui joue son amie Alice, en passant par une apparition troublante, celle de Elizabeth Russell: elle joue la "femme-chat" qui parle à Irena lors de son mariage, ce qui sème le doute dans son esprit sur sa vraie nature. Elle joue donc l'un des McGuffins les plus mémorables de l'écran! Enfin, on n'oubliera pas de mentionner la prestation de Simone Simon, de loin son meilleur rôle... Enfin, Tourneur profite de ce film pour inaugurer l'un de ses traits les plus célèbres, la peur "du bus": quand Alice, dans la scène la plus célèbre du film, réalise qu'elle est suivie et que l'angoisse monte, Tourneur prend un malin plaisir à lui/faire peur avec l'irruption inopinée... d'un bus très bruyant. Un gag qui a du lui faire plaisir, puisqu'il l'a réédité souvent, très souvent...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur Criterion Val Lewton
28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 15:59

Josh et Cornelia ont la quarantaine bien assumée, et il ne leur manque que ce qu'ils n'auront jamais: un enfant. Ce n'est pas faute d'avoir essayé... Mais ils ont fini par se résoudre à abandonner l'idée, et du reste avec leur métier, ce serait probablement difficile à assumer: Josh (Ben Stiller) est documentariste, du genre qui a le feu sacré, et Cornelia (Naomi Watts) est productrice... Leur histoire est intimement liée à ce milieu, du reste, le père de Cornelia ayant été un précurseur du style favorisé par Josh: orthodoxie, austérité et refus du maquillage. les faits, rien que les faits. Du coup, il travaille depuis 10 ans sur son prochain film, dont l'achèvement semble s'éloigner de jour en jour. Mais si le couple est très ami avec un autre couple New Yorkais qui ne se définit plus que par l'arrivée de leur nouvelle-née, c'est avec un autre couple, Jamie (Adam Driver) et Darby (Amanda Seyfried) qu'ils vont désormais passer le plus clair de leur temps: Jamie est lui aussi documentariste, et assure Josh de toute son admiration. les deux hommes vont travailler l'un avec l'autre, et les deux couples vont passer du temps ensemble, Josh et Cornelia essayant de retirer des bénéfices de la jeunesse de leurs nouveaux amis...

Bien sur, il y a un os, qui nous apparaît bien vite: Jamie est bien plus opportuniste que Josh ne le croie au départ, et n'est pas vraiment désintéressé... Et si dans des efforts souvent tendrement ridicules, Josh et Cornelia vont se croire revenus 15 années en arrière, s'ils vont parfois avoir l'impression d'être des mentors pour le jeune couple, c'est surtout Jamie qui va profiter allègrement de la situation. Mais c'est surtout d'un nouveau départ, qu'il s'agit. Et c'est là que le bât blesse. J'aime bien l'idée d'une comédie enfin subtile, qui joue la carte du couple d'artistes New Yorkais sans tomber dans le non-cinéma à la Woody Allen, mais le film dans sa dernière demi-heure passe son temps à torpiller ses bonnes idées en les désamorçant systématiquement. Et au final, on a l'impression d'avoir regardé la vie de nos voisins. Et aussi gentils qu'ils soient...

...On s'en fout un peu.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie
26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 16:08

Une petite surprise intéressante que ce petit film, tourné comme en contrebande avec assez peu de moyens, par un cinéaste habitués des coups de poker documentaires. Pourtant c'est une fiction: il raconte un épisode de la vie d'une femme d'un certain âge, comme on dit pudiquement, qui a abandonné sa famille pour vivre son rêve: devenir musicienne et star. Elle est devenue musicienne, oui mais pour ce qui est d'être star, c'est une autre paire de manche... Ricki (De son vrai nom Linda, interprétée par Meryl Streep) est chanteuse et guitariste du groupe Ricki and the Flash, et joue tous les soirs devant un parterre de 15 ou 16 fans qui aiment son rock sans prétention... Mais elle doit retrouver sa famille, car une crise vient d'arriver: sa fille, en effet, divorce alors qu'elle vient de se marier. L'ex-mari de Linda, Pete (Kevin Kline) juge en effet que seule la mère de Julie peut essayer de l'aider. Mais Julie, ainsi que les deux autres enfants, les garçons Josh et Adam, vont ils se laisser envahir de nouveau par celle qui les a abandonnés quand ils étaient enfants?

Une vraie bonne surprise, donc, que ce film situé dans un milieu de petites gens, modestes et qui doivent faire attention à chaque sou, dont des musiciens qui font une musique pour laquelle on ne se réveillerait pas la nuit, mais qui dégage des qualités de rapprochement, de simplicité humaine, qui motive les mêmes gens soir après soir pour aller la jouer ou l'écouter... Car Ricki et ses musiciens, d'une certaine façon, ce sont aussi bien les oubliés du rêve Reaganien (Ricki a enregistré un disque dans les années 80), que les déçus d'Obama. Et à coté, vivent Pete et ses enfants, des bourgeois, dont le rapprochement avec la mère partie va occasionner de l'embarras, de la comédie, des clashs et de la tendresse. Meryl Streep cabotine, oui, mais que voulez-vous on ne se refait pas. Et au moins, si elle chante vraiment, ce n'est cette fois pas du Abba, mais du rock 'n roll. Parfois pouilleux, parfois moins, parfois excellent... Joué en direct par les acteurs. Un film fortement sympathique, qui vous donnera un répit humain essentiel, même si de courte durée...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Jonathan Demme
26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 15:18

En 1913, durant la guerre des Balkans, un officier Montenegrin est tué, mais l'officier qui a mené le camp opposé est capturé par ses hommes. C'est un noble Turc, Mammhud Hassan (House Peters), et il va connaître la situation de nombreux prisonniers de guerre capturés en bonne santé: afin d'aider ceux qui sont à l'arrière, il va être captif dans une ferme, où il remplacera un homme mort au front. Par hasard, il se retrouve donc placé dans une petite maison, à l'écart de tout, et se retrouve en compagnie de la famille de celui qui est mort: la belle et farouche Sonia, sa soeur (Blanche Sweet), et son petit frère. Ils vivotent, en élevant des chèvres, principalement... Et si au début Hassan est accueilli par Sonia comme un mal nécessaire (Elle ne s'approche de lui qu'avec une arme!), une relation tendre va peu à peu se dessiner entre eux... Mais la guerre, pendant ce temps, évolue, et les soldats Turcs se rapprochent...

On murmure que ce film, l'un des quinze premiers de DeMille réalisés sur à peu près une année, a surtout été motivé par la nécessité de réutiliser des costumes qui avaient déjà servi pour le projet précédent The Unafraid, déjà situé en Europe de l'Est... Et le script, du à l'équipe Jeanie McPherson-DeMille, a sans doute été pondu très rapidement. D'ailleurs, on imagine très bien que Griffith en aurait fait un film beaucoup plus court, par exemple, en deux bobines sans doute: il y a là une scène de maison en proie à une attaque par des hommes menaçants, des péripéties inavouables, et une femme en danger d'être abusée par un soldat en rut! Bien dans le style des films de court métrage de la Biograph, donc.

Mais le film ne manque pas de charme, oscillant souvent entre drame, suspense et comédie, et Blanche Sweet y est excellente. Même si pour sa part elle n'a pas manqué de se plaindre d'un tournage qu'elle a détesté, sous la direction d'un metteur en scène qu'elle n'a pas supporté! The Captive, conservé en d'excellentes conditions après avoir été perdu jusqu'aux années70, est un film typique de la première manière de DeMille: direct, composé avec simplicité, et linéaire, il permet de voir une histoire qui débouche comme d'autres sur une ode à la liberté et au bonheur, deux luxes à aller chercher ailleurs, tant ils semblent impossibles à trouver pour ces Monténégrins et Turcs, prisonniers d'un monde vieillot dans lequel on se bouscule... Même si le film ne se conclut pas par un plaidoyer en faveur de l'exil pour les USA, il ne fait aucun doute que nos héros ne trouveront pas à s'aimer tranquillement dans la vieille Europe.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet 1915 **
25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 09:35

Pour aborder la carrière de celle qu'on a surnommée "La tragédienne de l'écran", ce film n'est peut-être pas le meilleur moyen... L'intrigue, la réalisation et le style global devaient probablement apparaître un peu surannés dès la sortie de cette solide et parfois indigeste pièce montée en 1923. On ne peut rien y faire: Frank Lloyd était un réalisateur compétent, pas un imaginatif, ni un révolutionnaire...

L'intrigue est compliquée, du moins si on se fie au prologue, qui précède donc l'entrée en scène de la star: Lors de la St Barthélémy, le comte de La Roche (Courtenay Foote), l'un des exécutants de Catherine de Medicis (C'est encore Josephine Crowell qui s'y colle comme dans Intolerance, et décidément le rôle lui sied!), paie sa dette à un Huguenot en lui laissant, ainsi qu'à sa fiancée, la vie sauve. L'homme est Rupert de Vrieac (Conway Tearle) et en échange pour cette faveur, doit se mettre au service de De La Roche, ainsi que de sa famille. Et parmi les membres de sa famille, bien sur, il y a une soeur, Yoeland (Norma Talmadge), qui ne va pas tarder à tomber amoureuse du ténébreux Protestant... Lors d'une visite à une cousine, qui va former l'essentiel de l'intrigue du film, elle exige d'être accompagné par lui afin qu'il la protège, et ils vont tous deux être confrontés à la bestialité de l'infâme Duc de Tours (Wallace Beery), un pourceau lâche, aviné, aux mains baladeuses, fourbes, et dont on devine en plus qu'il a certainement mauvaise haleine...

Prenat appui sur l'histoire de France, Lloyd se garde de nommer les camps autrement que par leur affiliation politique, allant finalement plus loin que Griffith dans la volonté de mettre le religieux à l'écart des guerres de religion! Mais son prologue, s'il multiplie parfois les personnages, a au moins le bon goût de ne pas trop déteindre sur l'histoire, car une fois Rupert au service des De La Roche, on ne se concentre plus que sur une intrigue mélodramatique à souhait, qui va permettre à Norma Talmadge d'utiliser son talent, centré une fois de plus sur sa capacité à utiliser son visage pour transmettre passion et émotions... Quoique, on peut quand même faire la fine bouche; D'une part elle n'est pas aidée par les autres acteurs, à commencer par Conway Tearle qui est infect. Wallace Beery est fidèle à lui-même, et on sait hélas par les souvenirs publiés de son épouse Gloria Swanson, que le rôle de violeur aviné qui lui échoit ici n'est pas un rôle de composition. Il est du coup un villain tout à fait solide... Sinon tous les autres jouent un peu à l'ancienne, sans se préoccuper de subtilité. Le metteur en scène b'a pas non plus un don phénoménal pour la composition, et si le film se laisse voir sans trop d'ennui, c'est quand même une déception, pour un film tourné la même année que Souls for sale, Safety last... Ou Greed.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet 1923
24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 09:33

Continuant de révolutionner discrètement mais en profondeur le canon de la science-fiction dite 'intelligente', les Britanniques vous sortent parfois des pépites inattendues qui se voient et se revoient avec plaisir: il y a deux ans, Under the skin, de Jonathan Glazer, et puis en 2015, cette petite merveille. Un sujet est commun aux deux films: qu'est-ce que l'humain? Et la façon d'évaluer est la même dans les deux: la séduction, la sensualité et la nudité (Ainsi que l'attirance qui en découle) jouent un rôle déterminant.

Ex machina conte l'expérience à laquelle se prête un analyste informatique, Caleb (Domnhall Gleeson), engagé officiellement par un ingénieur génial, Nathan (Oscar Isaac) pour évaluer l'intelligence artificielle d'un androïde, une jeune 'robote' très séduisante qui répond au doux nom d'Ava (Alicia Vikander), et qui va d'emblée (Elle est programmée pour ça, d'une certaine façon) jouer avec lui le jeu de la séduction. Dans un huis clos dévastateur, Ava, son interlocuteur, son créateur et une mystérieuse jeune femme d'origine Japonaise nous entraînent dans une intrigue de chat et de souris particulièrement relevée, et montée avec une délicieuse lenteur.

D'une part, le film cède de façon plus que satisfaisante aux règles imposées par la rencontre de l'homo erectus et de l'homo robotus, avec les développements les plus intéressants qui soient: entre Nathan, créateur surdoué mais à l'égo surdimensionné, Caleb le gentil Candide qui développe des sentiments de plus en plus troubles à l'égard de la créature face à lui, et Ava l'androïde à la grâce sensible, mais donc chaque geste de ballerine semble cacher des desseins moins attendus que ceux d'une machine, qui manipule qui?

Et d'autre part, bien sûr Ex Machina brasse un nombre gourmand de thèmes, de la créationnite aigüe dont souffrent tant de scientifiques, au désir de la tour d'ivoire, de la place de l'homme sur l'échiquier métaphysique, à la nouvelle donne technologique de nos années trop évoluées... Et le film est traité en huis-clos, sous la forme d'un mystère qui va engloutir aussi bien les spectateurs que les protagonistes... Les trois acteurs principaux sont formidables mais Alicia Vikander, dans un costume virtuel réduit à sa plus simple expression, est tout bonnement extraordinaire.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Science-fiction Alex Garland
18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 18:28

Arthur Hamilton, engoncé dans une routine qui le tue à petit feu, reçoit d'étranges appels d'un homme qui prétend être un ami mort... Il lui annonce qu'il peut comme lui, disparaître du monde et renaître, un nouvel humain qui pourra entièrement refaire sa vie à l'abri de son passé. Après beaucoup d'hésitations, Arthur va se laisser tenter, et bien sur... tomber dans un piège terrifiant.

C'est en plein coeur des sixties (Dont le joyeux laisser-aller se retrouve dans une scène de bacchanale délirante qu'on n'attend pas dans un film Paramount, fut-il de 1966) que Frankenheimer s'est pu à évoquer la paranoïa de l'humanité plutôt que son avenir. Pour lui, la technologie n'st pas une solution, mais ce qui va nous piéger et nous enfermer, on le voit ici avec une entreprise qui emprunte à la chirurgie esthétique sa sophistication la plus extrême, mais le fait dans une atmosphère de secret et de dissimulation criminelle...

Frankenheimer avait vu des films européens, dont la modernité l'avait manifestement inspiré: il y a du Bergman, de l'Antonioni et du Resnais (Voire du Fellini) dans l'étrange dispositif de ce film dont la structure est pourtant fortement linéaire. Les jeux de points de vue déstabilisent le spectateur, autant que le personnage impliqué dans cette expérience de changement d'identité, où le héros devient littéralement quelqu'un d'autre, pour finir par se rendre compte que même en choisissant une nouvelle vie, il finira toujours par aboutir à la même aliénation. Et ça, c'est une interrogation très Américaine, en ces années 60 qui sont définitivement celles du doute. Un film désespérant, mais essentiel... Le rôle peut-être le plus significatif de Rock Hudson, qui interprète le "nouveau" Arthur Hamilton.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Science-fiction Criterion
17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 17:20

Something to think about est un film de transition, un amalgame de genres qui est très impressionnant précisément par la quantité de styles qui y sont réemployés. Le voir permet de comprendre, sinon d'excuser, l'irruption dans la filmographie de celui qui avait tant et si bien réussi, de Manslaughter: car entre ses westerns (The Virginian), ses comédies piquantes et sophistiquées (Don't change your husband), ses drames mondains choquants (The cheat) et ses audaces psychologiques sans précédents (The whispering chorus), DeMille toujours à la recherche de moyen de continuer à promouvoir la portée du cinéma, s'était lancé dans la production de films à message pour la société... Celui-ci est l'un des premiers.

David Markley (Elliott Dexter) est riche, et a tout pour être heureux... sauf ses jambes, qui ne le soutiennent plus. Il en tient une rancune tenace à Dieu, auquel il refuse de croire, et s'estime perdu pour le bonheur... Jusqu'à ce qu'il fasse la rencontre d'un vieux forgeron, Luke (Theodore Roberts), et de sa fille Ruth (Gloria Swanson). Il décide d'aider celle-ci à acquérir une éducation, et trois années plus tard les deux hommes voient revenir une femme séduisante, en lieu et place de la gamine qu'ils ont envoyée en pension. David va tomber amoureux d'elle, bien sur, mais la jeune femme prendra sa reconnaissance pour des sentiments plus forts, et dans un premier temps acceptera sa demande en mariage, avant de se raviser. En effet, l'assistant de son père, Jim Dirk (Monte Blue), un grand gaillard costaud et gentil comme tout, vient d'entrer dans sa vie. Il n'est pas riche, mais il n'a pas non plus de béquilles...

Avec ses plans qui fouillent dans le décor, qui nous montrent les objets de la vie tranquille de ces gens, on est dans un premier temps dans l'univers des comédies de Cecil B DeMille: la première demi-heure joue à fond sur cette carte, même si on se doute que le drame n'est pas loin, car si c'est un homme fantastique, et doté d'un vrai sens du sacrifice (C'est Ruth qui fait les premiers pas, car il ne veut pas qu'elle se sente obligée de lui dire oui), il a un défaut rédhibitoire: il ne croit pas en Dieu. Et cet aspect va revenir dans des anecdotes de châtiment divin qui ne sont pas le meilleur du film. Mais le metteur en scène se laisse volontiers aller vers le mélo, et s'il n'est pas aussi à l'aise qu'un Borzage quand il s'agit de peindre un miracle, il fait en revanche merveille devant le drame: une scène formidable passe du rire à la tension, puis aux larmes: la mort de Jim Dirk, noyé alors qu'il participe à la construction d'un tunnel du métro, est une grande scène frontale et très impressionnante. Quel dommage que les copies en circulation ne nous permettent pas de profiter pleinement de l'excellente photographie de Karl Strüss...

Avec un temps relativement restreint (80 minutes), ses acteurs de prédilection (Monte Blue et Gloria Swanson en particulier sont impeccables), et les inévitables intertitres de Jeanie McPherson, ce film est certes moins intéressant, car plus prétentieux, que les fameuses comédies de 1918 à 1920, mais c'est largement meilleur que les tréfonds de vulgarité et de simplisme grossier dans lesquels tombera DeMille en 1922 avec Manslaughter.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet 1920
16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 20:49

Réalisé la même année que Dracula, le film de Whale est une adaptation étonnamment inventive du roman de Mary Shelley, dont il semblerait qu'on n'ait retenu que le meilleur. Comparé à l'autre film-évènement de cette année horrifique, il est évident que Frankenstein domine: là ou Browning s'était efforcé de coller au maximum sur la pièce de théâtre adaptée du roman de Stoker (Au point de donner parfois l'illusion que les acteurs sont sur une scène), Whale a privilégié le cinéma dans son film, prenant appui sur son amour fervent des films d'épouvante Allemands, Le cabinet du Dr Caligari en tête: Une inspiration qui apparait de façon évidente dans une scène qui cite ouvertement le classique expressioniste de Wiene: celle de la tentative de s'approprier la "mariée" Elizabeth vers la fin: Karloff s'approche de Mae Clarke aussi lentement que Conrad Veidt de Lil Dagover.

 

 

 

Frankenstein commence de façon appropriée, par un service funéraire, et un plan assez long qui montre les personnes assistant au dit service, jusqu'à une figure sculptée de squelette; la scène évoque non seulement le thème majeur du film, il est aussi une façon bien pratique de mettre en valeur le coté indiciblement Est-européen du film... un moyen passe-partout déja expérimenté par Browning dans la scène de la passe de Borgo dans Dracula, mais tellement plus efficace dans ce film, ou l'ambiance mortuaire installe dès le départ une atmosphère pesante, dont les scènes suivantes vont bénéficier: Henry Frankenstein (Colin Clive) et son serviteur Fritz (Dwight Frye) sont en effet venus attendre tranquillement la fin du service religieux pour déterrer le cadavre... ensuite, le bossu Fritz ira à l'université mettre la main sur un cerveau, afin de nourrir les expériences de son maitre. mais Whale maintient le suspense, et on ne sait pas vraiment, avant qu'au bout d'une vingtaine de minutes la fameuse séquence de "naissance" du monstre ne vienne mettre les points sur les I, ce qui se trame, si Frankenstein est fou ou génial, intéressé par le bien de l'humanité, ou profondément maléfique... Et puis une fois le monstre créé, tout s'éclaire, le savant est incapable de l'appeler autrement que "It", une vulgaire chose, une création vite oubliée car imparfaite. Voilà qui est clair, et qui explique pourquoi il sera si facile pour le spectateur de s'intéresser à ce monstre si humain: abandonné par son créateur, il va vite être à la recherche de gens qui l'aiment, ou s'intéressent à lui, et va hélas provoquer la mort sur son chemin...

 

C'est un peu injuste, du reste, de limiter l'intérêt qu'on porte au monstre de Boris Karloff (Rappelons à tous les béotiens que Frankenstein, ce n'est pas le monstre , mais son créateur) à un truc scénaristique: de toute évidence, un personnage aussi fabuleux ne pouvait prendre vie qu'avec le talent d'un acteur exceptionnel, quelqu'un qui puisse maitriser le langage du corps pour aller dans le sens des grands films muets dont Whale s'inspirait avec génie. L'une des raisons pour lesquelles on aime tant Boris Karloff aujourd'hui, c'est précisément qu'il a joué le rôle de sa vie dans ce film, l'un des plus beaux rôles et les plus inoubliables qui soient...

 

Le film a été majoritairement tourné en studio à l'exception des scènes de la fameuse mort de la petite fille, de la fête au village et de l'émotion des villageois qui va les conduire à une expédition punitive. Ca permet, une fois encore bien plus que dans Dracula, à la caméra de se libérer de façon très satisfaisante. Et de fait le talent de Robert Edeson dans le film est à la mesure des ambitions de Whale, et le film est rendu inoubliable par l'élégance picturale de l'ensemble; du reste, c'est depuis toujours un des plus beaux films en noir et blanc qui soient... Mais le talent de Whale ne s'arrête pas à sa collaboration réussie avec Edeson; si le matériau lui a tant plu (Le film est passé par plusieurs mains, avant d'être confié au metteur en scène Anglais, qui n'avait pas au départ de vraie envie de le tourner avant de réaliser qu'il s'agissait d'une opportunité incroyable), c'est aussi parce qu'il va pouvoir sans aucune retenue se livrer à des expérimentations de découpage, comme ce plan d'ouverture en plein vif du sujet, ou ces séquences qui en disent tellement plus en trangressant les petites habitudes: la façon dont il présente le triangle amoureux entre Henry, sa fiancée Elizabeth (Mae Clarke) et leur ami Victor (John Boles), passe par une scène qui commence par trois gros plans inattendus (Henry sur un portrait, puis Victor qui entre chez Elizabeth, Elizabeth enfin), avant même le plan d'ensemble qui va permettre au spectateur de comprendre ou il est... Ainsi, sont mises en valeur l'urgence des sentiments de Victor qui souhaite tant ramasser les miettes de son ami Henry, et ceux d'Elizabeth qui ressent l'absence d'Henry ainsi que les préoccupations scientifiques de ce dernier, comme une trahison implicite. Et puis le  metteur en scène a choisi des lieux (La tour délabrée où Henry se livre à des expériences, les décors de vieux château branlant, et le moulin final qui plaira tant à Tim Burton qu'il le citera le plus souvent possible), et a privilégié dans son découpage des scènes emblématiques qui vont lui permettre de jouer sur les nerfs. et puis surtout, il y a la scène hallucinante de la "naissance" du monstre, avec ses appareillages électriques, sa foudre, son attente sublime, et son couronnement d'un "It's alive" qui sera repris par tous les parodieurs de la planète... Une scène qui louche sérieusement du côté d'un autre film Allemand qu'on ne présente plus: Metropolis.

 

Le film aura comme chacun sait une suite, qui lui sera supérieure, mais reconnaissons à Frankenstein la place d'honneur: sorti en 1931, quelques mois après Dracula, le film semble avoir été tourné dix ans après tellement le metteur en scène a su éviter les écueils du début du parlant: une diction erratique, une pesanteur qui est due à l'absence de musique, et qui débouche sur de la lourdeur plutôt que de la tension, mais surtout Whale, un homosexuel militant, un intellectuel Anglais à Hollywood, a su mettre en question un thème qui taraude l'humanité, et agir en vrai rebelle, c'est-à-dire faire en sorte que le public s'identifie à celui qu'il aurait du rejeter, ce monstre sans parole, mais aux yeux avides de reconnaissance, et qui reviendra, on peut compter sur lui. Frankenstein a voulu jouer à Dieu, et comme Dieu, il a créé un monstre violent, aux passions irrésolues, et qui n'aura de cesse que de comprendre à quoi il sert. D'où la nécessité d'une vraie confrontation physique entre les deux hommes à la fin...

 

Oui, la question de la création hante ce film, et il la tourne, la retourne, et ne la lâche plus avant qu'elle ne finisse par nous éclabousser avec l'abusurdité même de l'existence. Comment voulez-vous après ça qu'on ne s'attache pas à un tel film?

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code James Whale