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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 17:00

...Ou comment aller totalement contre la politique des auteurs! Avec ce film, on est au coeur de la machinerie de la Metro-Goldwyn-Mayer des années 50, avec un réalisateur qui était essentiellement spécialisé dans le tout venant (Des séries B, des "Lassie", etc) de la firme, et une équipe dans laquelle chaque artisan, chaque technicien était entièrement investi dans le projet, derrière Wilcox, mais aussi derrière les décorateurs, menés par Arthur Lonergan, l'armée de scénaristes de la MGM dirigée cette fois par Cyril Hume... Le tout débouche sur un film d'une remarquable portée, à la fois sorte de trace ultime de la science-fiction des années 50, donc démodée sitôt passé un délai de cinq ans, et film intemporel et unique, une série B gonflée par l'astuce et le savoir-faire de ses techniciens en un produit de luxe, avec sa photo en couleurs et son Cinémascope des grands jours, dus à la patte du chef-opérateur George Folsey. Pour couronner le tout, et ajouter à l'étrangeté du projet, il n'y a pas de musique; mais plutôt des bruitages électroniques d'ambiance, qui jouent exactement le rôle qu'aurait joué une partition classique, et qui sont désormais indissociables du film et de son atmosphère.

Un vaisseau spatial terrien vogue vers une lointaine galaxie, à la recherche d'une expédition scientifique qui se serait abîmée vingt ans auparavant, à proximité d'une planète hospitalière appelée Altair 4. Au moment d'arriver à destination, les hommes de l'équipage (il s'agit essentiellement d'une mission militaire) ont la surprise d'entendre à la radio la voix du Dr Edward Morbius, un des scientifiques du Bellérophon, le vaisseau de l'expédition perdue, leur dire avec une certaine autorité de s'éloigner et de rentrer sur terre. Ils n'en font rien, et vont vite découvrir la retraite de Morbius, l'unique survivant retranché en naufragé volontaire sur la planète où il s'est trouvé comme en un paradis, étudiant depuis vingt ans les traces éparses mais fascinantes d'une civilisation disparue, les Krells, tâchant de comprendre de quelle façon ces êtres infiniment supérieurs aux terriens avaient pu s'auto-détruire alors que leur vie entière était une recherche de la connaissance, de la science et de la pureté pacifique... Les militaires vont aussi faire la connaissance de Robbie, le robot le plus perfectionné qui soit, mais surtout d'Altaira, la jeune fille née des amours de Morbius et d'une autre scientifique du Béllérophon... Mais tous ces humains sont ils les seuls êtres sur cette planète lointaine? Bien des événements vont contredire cette hypothèse.

D'un côté, avec Leslie Nielsen en maître de cérémonie, les soldats (Qui viennent au nom d'une alliance des nations belle utopie!) se rendent sur une autre planète avec l'innocence des ignorants, et face à eux, Morbius (Walter Pidgeon) est un home doté à l'origine d'un Q.I. hors concours, et qui a trouvé dans ses recherches autour de la civilisation Krell une source de nouvelles connaissances inépuisables. Son intelligence est sans limites, et il ne le sait pas encore. Le film joue beaucoup de la prestance et de la séduction naturelle de Pidgeon pour installer une forte ambiguïté: quelle part joue-t-il dans les étranges attentats dont sont victimes les terriens, dans leur vaisseau, puis des meurtres barbares dont sont victimes certains d'entre eux? Quelle part la technologie Krell, magnifiquement conservée car dotée de toute une machinerie interne d'auto-entretien et d'auto-alimentation, joue-t-elle dans le mystère? Ce sont là certaines des questions passionnantes et aussi un peu délirantes auquel ce film à la rigueur sciencefictionnelle typique des années 50 se charge de répondre... Tout en empruntant à Shakespeare et à The tempest, tant qu'à faire!

...Mais si on aime vraiment l'idée d'un film dont la trame se situe autour justement de l'absence, de l'invisible aussi, de l'insaisissable enfin (Mais qui est ce montre, et d'ailleurs, existe-t-il?), il n'en reste pas moins que le grand plaisir du film dérive essentiellement de cette science-fiction codifiée, du message d'humilité face à une science qui voudrait en savoir trop et ignorerait la nature même de l'humanité dans sa beauté ET sa laideur (Le monstre d'un côté, la jolie Altaira, jouée par la jolie Anne Francis, de l'autre, sont après tout deux faces d'un seul et même être, et rassurez-vous si vous n'avez pas encore vu le film, je n'ai malgré tout pas tout dit), dans ses décors superbes, son Cinémascope utilisé à fond, ses animations surannées (Dues à des équipes venues de chez Disney) et dans ses ridicules vaguement assumés. Série B de grande classe, ou film cosmique et grandiose déguisé en produit de grande consommation, qu'importe: c'est un classique.

Forbidden planet (Fred McLeod Wilcox, 1956)
Forbidden planet (Fred McLeod Wilcox, 1956)
Forbidden planet (Fred McLeod Wilcox, 1956)
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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Shakespeare
15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 13:56

Kwaidan, c'est par excellence le plus excentrique et le plus rigoureux des films de fantôme, une oeuvre qui repose moins sur la peur que l'esthétique, un film qui prend son temps (185 minutes environ) et qui développe quatre histoires, toutes plus ou moins inspirées du folklore, via sa récupération par Lafcadio Hearn, poète Irlandais exilé au Japon au XIXe siècle. Rien que ce pedigree est détonnant:un film reprenant des traces du folklore Japonais revu et corrigé par un Irlandais, et mis en scène par un cinéaste polémiste et attaché à critiquer parfois violemment les traditions paternalistes de son pays, dans un Scope couleurs absolument magnifique, et mis en sons (Plus qu'en musique) par Toru Takemitsu, un avant-gardiste qui a fait rigoureusement ce qu'il a voulu. Il est d'ailleurs assez courant de considérer ce beau, très beau film comme une pause dans l'oeuvre polémique de Kobayashi, mais c'est absurde: ce serait comme de séparer Psycho ou Peeping Tom des oeuvres respectives de Hitchcock et Powell. Alors oui, Kwaidan s'éloigne du canon, des sujets même choisis par le cinéaste, mais il est, à sa façon, partie intégrante de la succession de films de Kobayashi.

Le film se divise en quatre histoires, racontées de façon linéaire, et sans autre lien entre elles que le fait d'être des histoires de fantômes. Un homme revient chez lui après la guerre et est perturbé par la chevelure fantôme de son épouse; un homme qui a survécu à une rencontre avec une mystérieuse "femme des neiges", qui a par contre coûté la vie à son ami, ne doit jamais parler de l'incident sous peine de voir revenir la créature. Il rencontre une femme merveilleuse, avec laquelle il file le parfait amour et fonde une famille, jusqu'au jour où...; la troisième histoire est la plus longue, mettant en scène un jeune moine aveugle qui est réquisitionné pour chanter par les fantômes de la cour d'un empereur, tous morts lors de la même bataille. Le moine, ignorant la nature de ses commanditaires, leur fait revivre les circonstances tragiques mais héroïques de leur sacrifice, mais est en grand danger de ne pouvoir revenir dans le monde des vivants; enfin la dernière histoire, qui se situe partiellement à l'époque de Lafcadio Hearn, montre un samouraï devenu fou à cause de sa rencontre avec le reflet d'un mystérieux jeune homme dans des bols de thé ou autre ustensiles remplis de liquide...

C'est après le monumental La Condition de l'homme (1959-1961) et Harakiri (1962) que Kobayashi a mis ce film en chantier. On sent, de la première à la dernière minute, le cinéaste en contrôle absolu de son film, et les décisions derrière chaque choix, depuis le casting brillant (En premier lieux Tatsuya Nakadai, son alter ego de La condition humaine et son samouraï provocateur de Harakiri, qui interprète ici l'homme qui rencontre La femme des neiges) jusqu'au choix de tourner intégralement en studio et de souligner aussi souvent que possible le faux, les décors littéralement peints, dans chacune des quatre intrigues. La dénonciation du Japon ancestral, qui passait par le pamphlet provocateur dans ses films précédents, est ici présente à travers la mise en scène, qui souligne de façon adroite et non-invasive les rapports de pouvoir, qui évite aussi de tomber dans la complaisance et la vulgarité patriotique ou belliciste dans les deux derniers contes, ou dans la façon dont Kobayashi réussit à prendre de la distance. a ce titre, la bande-son est souvent déstructurée: de nombreuses scènes font intervenir des actes normalement bruyants qui sont ici laissés muets, ou accompagnés d'instruments de musique qui apportent un décalage ironique. Si ma préférence va clairement à l'admirable Femme des neiges (le fragment qui sera souvent coupé du film lors de l'exploitation!), tout le film est une expérience plastique extraordinaire...

 

Kwaidan (Masaki Kobayashi, 1964)
Kwaidan (Masaki Kobayashi, 1964)
Kwaidan (Masaki Kobayashi, 1964)
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Published by François Massarelli - dans Masaki Kobayashi Criterion
11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 15:58
Two friends (Jane Campion, 1986)

Ce petit film est en fait, en 75 minutes, le premier long métrage réalisé pour la télévision par Jane Campion, auréolée des succès de ses courts métrages si distinctifs. Il s'intéresse littéralement à "Deux amies": D'octobre à juillet, il nous conte les mésaventures de deux adolescentes entre le moment où elles s'apprêtent à entrer dans l'école de leurs rêves, et le dur réveil de la séparation entre deux destins qui n'en finissent plus de ne plus se ressembler: si les deux sont issues de familles déchirées, les choix de vie des filles comme de leurs parents, les différences entre les filles, et le flux de la vie, ont fait que l'amitié n'a pas résisté.

Cette chronique filmée à distance, mais sous le confortable couvert de la fiction, est rendue encore plus passionnante par l'idée de chambouler l'ordre chronologique: Juillet, puis février, puis Janvier, décembre et enfin octobre, ou comment out a commencé: tout cela débouche sur une cruelle, mais réaliste leçon de vie, interprétée avec talent par deux actrices inconnues, Kris Bidenko et Emma Coles. Aucune n'a fait carrière. La narration reste distanciée, de par le choix narratif très contraignant, et ce film intime débouche sur 'impression d'avoir assisté à des fragments de vérité.

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion
11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 15:41
Bright star (Jane Campion, 2009)

Il est des artistes avec lesquels on a signé un jour un pacte. On lira tous leurs livres, achètera tous leurs disques verra tous leurs films. Avec Campion, ça remonte bien sur à The piano, qui reste sans doute un sommet indépassable, mais dont la thématique survit à chaque changement de cap, à chaque bifurcation de style: tous ses films parlent de choix féminins face à l'amour et au désir, que ce soit par la comédie (Holly Smoke), par le film policier (In the cut), ou par le "film à costumes", comme on dit (Portrait of a lady). Bright star, basé sur les derniers jours du poète John Keats, appartient à cette dernière catégorie.

Le film retrace la rencontre entre Keats (Ben Wishaw) et une jeune femme (Abbie Cornish), leur attirance, et leur idylle. Pour une fois, Campion s'interdit de visiter le chapitre de la sexualité, tant l'amour littéraire qui nous est présenté semble en être dénué. Mais même sans qu'on les voie jamais consommer leur amour, l'univers de sensualité de la cinéaste s'invite à a fête, avec ses notations vestimentaires, sa caméra au plus près des sensations: Fleurs, Papillons, même un chat participent à une représentation suggestive des sens, qui débouche bien sur sur de la poésie pure, rythmée par des citations des poèmes de John Keats... en particulier Bright star, dont la genèse nous est contée.

Dans cette histoire d’amour asexué, la cinéaste a su une fois de plus imposer son alchimie extravagante si particulière ce ballet baroque des sens, qui la pousse (et ce dès le générique fini) à montrer en gros plan, les étoffes, les chairs, la matière. Elle s’amuse des petites promenades des amoureux dans le parc, en plaçant la caméra derrière des fleurs, des herbes, dont on croirait pouvoir jusque à sentir le parfum. Le toucher, sens essentiel des films de Jane Campion (Et véritable sujet de The piano, Sweetie et In the cut) est ici accompagné d’une symphonie sensorielle esthétiquement superbe, qui accompagne l’omniprésence de la poésie de Keats d’une sorte d’illustration personnelle, et constamment stimulante pour l’œil. Bref, du cinéma.

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion
8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 18:00

Des êtres en errance, entre deux feux, entre par exemple la "frontière" et la paix (Stagecoach), entre une guerre ratée et le risque de se faire massacrer par des Comanches en révolte (The searchers), entre l'arrivée dans l'ouest et la lutte politique (The man who shot Liberty Valance)... Ford a passé sa vie et sa carrière à raconter ce genre d'histoires, finalement, alors comment s'étonner qu'avec une petite production personnelle comme ce film (Sous la bannière d'Argosy Pictures qu'il vient de créer avec Merian C. Cooper), il revienne à ce thème? Il en profite aussi pour montrer son attachement romantique à ces histoires de marins, tout en rendant un hommage aussi vibrant que d'habitude à "son" Irlande: le bateau où se situe l'action des trois quarts du film s'appelle le Glencairn, et Thomas Mitchell, Barry Fitzgerald et Arthur Shields y interprètent des marins Irlandais.

Le film oscille en permanence entre comédie picaresque et drame, et Ford a décidé d'adopter un style qui renvoie à ses années Fox au temps du muet, lorsque à partir d'Upstream le cinéaste avait suivi l'exemple de Murnau et intégré le Chiaroscuro dans son style pictural.Avec Gregg Toland à la caméra, le résultat est splendide, bien entendu, bien meilleur en tout cas que ne le sera le style de The fugitive lorsqu'il reviendra à cette tendance (Que certains critiquent fortement dans son oeuvre, Lindsay Anderson le premier). Adaptée de plusieurs pièces de Eugene O'Neill, l'intrigue est essentiellement basée autour des pérégrinations de quelques marins rassemblés sur le même bateau, chacun ayant son histoire. On remarquera en particulier Driscoll, l'Irlandais à forte tête (Thomas Mitchell), l'Américain Yank au destin triste (Ward Bond), l'alcoolique Britannique qui a fui sa famille (Ian Hunter), et enfin les deux marins Suédois John Qualen et John Wayne, ce dernier servant vaguement de fil rouge tant son désir de rentrer au pays est l'objet d'un petit suspense: y parviendra-t-il sans rempiler? John Wayne en marin Suédois (Avec accent, bien sur), c'est bien sur inattendu, et on sent vaguement comme une certaine farce du metteur en scène, qui ne traitera jamais Wayne comme une grande vedette, et lui jouera parfois des tours pendables...

S'il n'est pas un très grand film de John Ford, ce jolie effort au lyrisme parfois un peu pesant reste, au moins, un film totalement personnel, et l'auteur qui vient de triompher avec Stagecoach inaugurait là une série de productions indépendantes qui allaient enrichir son canon de façon intéressante. Tout en montrant avec une grande affection la vie de ces perdants, Ford n'oublie pas de manier l'ironie. Mais sans la moindre méchanceté, juste une forte pointe d'amertume...

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Published by François Massarelli - dans John Ford John Wayne
1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 09:29
Agent Carter (Louis D'Esposito, Christopher Markus, Stephen McFeely, 2015)

De toute la galaxie Marvel actuellement disponible sur nos écrans, les joyaux de la couronne ne sont pas pour moi les longs métrages de plus en plus calibrés, qui me semblent certes sympathiques, mais qui maintiennent de plus en plus une flamme artificielle entre le public et les décideurs du studio. On ne s'y retrouve plus... Le paradoxe, c'est que les deux séries créées à partir de l'univers Marvel, diffusées toutes les deux sur la chaîne ABC et supposées remplir quelques espaces narratifs laissés vacants par les longs métrages, sont en fait les fictions les plus excitantes, et les plus improbables du lot. C'est vrai pour Marvel's agents of S.H.I.E.L.D., réalisée sous le haut patronage de Joss Whedon, mais due essentiellement à son frère Jed et la petite amie de celui-ci, Maurissa Tancharoen. Ils ont repris pour eux la thématique Whedonienne de la famille, cet espace fragile et propice aux ennuis, et l'ont adapté à cette équipe de baroudeurs de luxe dont la tâche principale est de nettoyer derrière les passages des Avengers. De plus en plus sombre au fur et à mesure des développements de ses deux saisons, la série suit les développements de l'univers Marvel et s'y adapte en proposant des coulisses superbes... Et nettement plus intéressantes que bien des films.

Mais ce qui nous occupe ici, c'est l'autre série: là où Agents of S.H.I.E.L.D. est traitée comme une série classique, se déroulant sur 22 épisodes par saison (A l'instar des séries mythiques de Joss Whedon, Buffy the vampire slayer et Angel), Agent Carter a été crée pour boucher un trou: durant la trève hivernale de Agents of S.H.I.E.L.D., ABC s'est saisie de l'occasion pour diffuser les huit épisodes de ce petit retour en arrière, basé bien sur sur le final de Captain America, the first avenger, réalisé par Joe Johnston. On se rappelle (Si on a vu le film, bien sur) que Captain America y est porté disparu pour l'Amérique de 1945, lors de son naufrage au Pôle Nord, alors qu'il est en liaison radio avec sa petite amie, l'agent Carter, qui l'a guidé et aidé dans ses missions durant le film. C'est de là que part la série, tout comme le court métrage Agent Carter (Dont pour l'instant le script est incompatible avec les événements de la série telle qu'elle existe dans sa première saison) réalisé par Louis D'Esposito en 2012, et qui sert essentiellement de pilote à la série, sans y être inséré. En 1946, nous retrouvons l'Agent Carter (Hayley Atwell, qui reprend son rôle du film), qui est maintenue par les agents du SSR (Strategic Scientific Reserve, cette officine créée dans l'univers Marvel par Roosevelt, et qui développé le programme de "super-soldats" dont Captain America allait découler) dans une condition de subalterne: c'est une femme, elle est donc supposée devoir sa promotion à ses rapports avec Captain America, on ne lui confie pas de missions plus importantes que de classer les dossiers, faire du café, etc... Elle ronge son frein, et va faire une rencontre déterminante: Howard Stark (Dominic Cooper) va en effet être victime d'un coup monté, qui va faire de lui l'ennemi public numéro un. Mais le milliardaire, qui contrairement à tous les hommes qui entourent Carter, se rappelle de la valeur de l'agent Britannique, lui confie la charge de le disculper auprès de ses supérieurs. Comme il est impensable pour les hommes qui entourent la belle brune de lui confier la moindre mission "pour hommes", elle va donc le faire dans l'ombre, aidée de Jarvis (James D'Arcy), le majordome tous terrains de Stark... qui avec sa réserve toute Britannique, aura du mal à se faire aux méthodes musclées de la super-agente.

Tous les hommes qui entourent l'agent Carter ont un défaut: Stark, bien sur, est sur de lui, et est un obsédé sexuel de première classe. Jarvis est réservé sur tout, et réticent face à l'action, sans compter sa vie pépère d'homme marié qui n'a de cesse de rentrer chez lui pour faire la cuisine, ce qui semble incompatible avec le fait de se battre et de se trouver au milieu d'explosions variées. Les autres personnages masculins ont tous aussi leurs talons d'Achille (Si on met de leur côté leur misogynie galopante): Le chef Dooley (Shea Wigham, fantastique comme toujours) est rongé par une vie conjugale en lambeaux qui le pousse à se comporter en mâle dominant face à Peggy Carter; son second, Jack Thompson (Chad Michael Murray), est vaguement amoureux de Carter, mais gâche tout en se comportant en homme protecteur face à elle, et en se laissant guider par une ambition dévorante. Plus, s'il est comme Carter un vétéran de la seconde guerre mondiale, il cache un secret difficile à avouer sur son héroïsme. Enfin, Daniel Sousa (Enver Gjokaj, découvert par Joss Whedon, dans Dollhouse) est un homme qui semble comprendre l'agent Carter, jusqu'à un certain point: il est lui aussi revenu de la guerre avec des séquelles, à savoir une jambe farcie de plomb qui lui impose de porter une béquille et de subir le complexe de supériorité de l'agent Thompson. Mais lui aussi va inévitablement se méprendre sur l'agent Carter, et la prendre pour une faible femme à défendre... avant de se tromper encore plus en la croyant coupable de traîtrise.

Face à ce monde masculin en crise, l'Agent Carter porte haut les couleurs d'une féminité combattante, efficace et intelligente, même si elle aussi porte son étendard de femme blessée, mais essentiellement dans ses sentiments: elle a perdu l'homme de sa vie, et ne s'en remettra jamais. Malins, les scénaristes se sont efforcés de placer quand même le Captain America, même absent physiquement, au coeur de l'action, via une des nombreuses inventions de l'excentrique Howard Stark, et dans un final cathartique. Mais les déboires "civils" de Peggy Carter dans l'Amérique de 1946 ne sont pas oubliés, notamment le fait de devoir trouver un logement à New York quand on est une femme seule et respectable: Peggy trouve d'abord un appartement en colocation, mais va devoir l'abandonner lorsque sa colocataire est retrouvée exécutée par un espion d'en face. Non seulement ça oblige Carter à s'installer dans une pouponnière pour jeunes femmes comme il faut, une pension ultra-rigoriste (Ce qui est difficilement compatible avec la vie tumultueuse d'une espionne), mais ça lui donne aussi un regard résigné sur son impossibilité à développer une relation avec une personne étrangère à ses activités, qui serait immédiatement mis en danger: le fameux complexe des super-héros, une fois de plus... Femme et agent secret en 1945, cette super-héroïne (Toujours impeccable, pas de costume super-crétin à la Wonder Woman heureusement) a du fil à retordre dans ce monde de néandertaliens, de fascistes invétérés, et de mâles obsédés par l'illusion de supériorité que leur donne leur extrémité. D'autant qu'elle va tomber sur des ennemis (Devinez leur nationalité, sachant qu'on est en 1945...) qui ont une longueur d'avance, puisqu'il utilisent des super-espionnes formées à la dure, et qui sont virtuellement imbattables. Bref, l'avenir est à la femme... Ou devrait l'être.

La réalisation doit tout à ce court métrage séminal de Louis D'Esposito, développé dans le cadre désormais abandonné des Marvel One-Shots, des courts métrages qui servaient de bonus de luxe sur cinq DVD de la série des longs métrages Marvel. Le film jouait comme Captain America The first Avenger sur le décalage entre l'univers Marvel et l'Amérique de 1945, dont l'utilisation d'éclairages francs et massifs, de couleurs primaires, et des codes vestimentaires et langagiers contemporains donnaient une impression de patine vintage qui faisait beaucoup pour le charme du film. Avec l'Agent Carter (Dont le premier épisode est lui aussi réalisé par D'Esposito, qui imprime son style direct et "vintage" sur toute la série), on retrouve cet aspect proche du ton des Indiana Jones de Tonton Spielberg et Tonton Lucas... Un sentiment diffus d'assister à un spectacle à l'ancienne, sans grand enjeu, mais diablement distrayant. Les Russes y font un ennemi parfait, à ne surtout pas prendre au sérieux: on est dans de un méta-univers... De l'humour, de l'action, des surprises, des personnages attachants... En huit épisodes, la production de la série ne se développe par sur une multitude d'intrigue, mais propose à peu près le développement qui serait celui d'un solide long métrage, dont je répète qu'il serait inévitablement supérieur à bien des films Marvel: pour commencer, Agent Carter ne cache en rien son statut de petite production à part, dont le but est de s'amuser et d'amuser, sans pour autant se prendre au sérieux en faisant semblant de ne pas se prendre au sérieux, comme tant de films. Bref, un OTNI, Objet Télévisuel Non Identifié, qui est amené, pour une deuxième saison (De dix épisodes cette fois) à être complété dans l'avenir. Peut-être pas pour longtemps, mais tant que cette série existe, il faut en profiter...

Agent Carter (Louis D'Esposito, Christopher Markus, Stephen McFeely, 2015)
Agent Carter (Louis D'Esposito, Christopher Markus, Stephen McFeely, 2015)
Agent Carter (Louis D'Esposito, Christopher Markus, Stephen McFeely, 2015)
Agent Carter (Louis D'Esposito, Christopher Markus, Stephen McFeely, 2015)
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Published by François Massarelli - dans Television Marvel
29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 17:05
Ouvre les yeux (Alejandro Amenabar, 1997)

Ce film est décidément bien curieux. Il est à la fois un gadget sans nom, un de ces films entièrement basés sur un coup de théâtre qui a tout de la tricherie, ce qui explique qu'un réalisateur de films de mauvais gout s'y soit attaché au point d'en faire un fort vomitif remake (Vanilla Sky, l'un des plus mauvais rôles de Tom Cruise, ce qui vous donne une idée de l'insondable) et en même temps un film totalement en phase avec la thématique de son auteur, celui-ci ayant sauvé le tout du naufrage par quelques bonnes idées... et par de véritables provocations. L'intrigue est irracontable, d'autant qu'il est délicat de ne pas en dévoiler les contours.

Pour résumer toutefois, sachez que Cesar (Eduardo Noriega) est un jeune homme tout ce qu'il y a de riche, qui a tout: le luxe, la beauté, les femmes, et un penchant pour la solitude. Jusqu'au jour où il rencontre Sofia (Penelope Cruz). Il tombe amoureux, mais ne profitera pas très longtemps de la félicité du coup de foudre, puisque le même jour il est victime d'un accident de voiture provoqué par une femme jalouse, Nuria (Najwa Nimri). si cette dernière y restera, Cesar survit mais il est affreusement défiguré. C'est pour lui la fin de la période dorée: Sofia l'évite... Jusqu'au moment ou elle revient vers lui et le soutient dans son nouvel espoir: Cesar va expérimenter un miracle de chirurgie... Mais il va aussi avoir des visions, de la confusion mentale, et ça va mal finir... ou pas.

Disons que le film est bien une oeuvre d'Amenabar, on voit son penchant pour une mise en scène qui inclut le contrôle absolu du spectateur. Le script, bien que basé sur une intrigue qui est rendue logique par son pesant d'explications rationnelles au moment adéquat, inclut en particulier l'obsession pour le passage vers la mort, un thème récurrent dans les cinq premiers longs métrages du metteur en scène. On regrette bien sur de ne pas pouvoir aimer le personnage principal, un goujat particulièrement imbu de lui-même, mais le film possède suffisamment de péripéties pour que son parcours lui soit au moins désagréable... Et Amenabar, on ne doit pas l'oublier, possède un humour vachard qui se manifeste ici aux moments les plus inattendus. Il en fallait pour faire passer la pilule de l'intrigue d'ailleurs. Pour en savoir plus... voyez le film.

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Published by François Massarelli - dans Alejandro Amenabar Espagne Science-fiction
28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 08:49

En 1917 et 1928, l'Amérique engagée dans la guerre mondiale recrute ses stars, notamment Douglas Fairbanks et Charles Chaplin, qui galvanisent les foules en chair et en os, en mettant l'accent sur le combat contre la barbarie. Certes, les Allemands s'en prennent plein la figure et le cinéma à cette époque ne se prive absolument pas de sombrer dans le délire anti-germanique, mais on ne peut s'empêcher de pense que de voir ces deux-là prêcher leur message, ça devait sérieusement avoir de l'allure! En France aussi on a sa propagande et le monde du cinéma n'est as en reste... Mères Françaises est donc un film consacré à cette thématique patriotique, et on s'en voudrait presque d'avoir un instant esquissé une comparaison avec les géants du cinéma évoqués plus tôt!

Le film, produit par la petite société Eclipse, est un mélodrame bourgeois qui montre la France à la veille de la guerre, dans un petit village dont nous sont présentés certains habitants. Tout tourne autour de la famille du maire, un brave homme (Il est noble et riche). L'un de ses conseillers municipaux, l'instituteur Guinot, est un doux rêveur: il est pacifiste! il est amoureux de Marie, la jeune fille des Lebrou qui tiennent la ferme des châtelains, mais celle-ci n'a d'yeux que pour le Nonet, un gars de l'assistance qui travaille à la ferme. La guerre va arriver, et décimer tout ça, créant pour tous ceux qui restent une union sacrée, leur permettant d'avaler la mort de leurs hommes: après tout, ils sont morts pour la France, "notre mère à tous". Bref, le film fait joyeusement exploser le déconomètre, en nous montrant en plus de nombreux appels à Jeanne d'Arc, qui n'en a sans doute pas demandé tant: c'est une manie, décidément, d'en appeler à Jeanne d'Arc dans une certaine frange de la vieille France...

Le seul intérêt de ce film (Qui pêche essentiellement par son idéologie nauséabonde et son patriotisme vomitif, car pour le reste c'est un honnête mélo ni superbe ni franchement mal foutu) est sans doute d'être l'un des survivants de la filmographie de Sarah Bernhardt qui confirme par ailleurs ce que les photos de plateau laissent entendre avec leur composition compassée: elle était au cinéma une abominable cabotine de la pire espèce, et est ici, haut la main, la pire des actrices. Les autres, en dépit du sujet propice à des dérapages, sont après tout fort acceptables.

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Published by François Massarelli - dans Muet Première guerre mondiale 1917 **
20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 16:21

 

Une ex-petite amie d'autant plus récalcitrante qu'elle est morte? On a déjà vu ça, bien sur, dans Blithe Spirit de David Lean, d'après Noel Coward. Mais là où les deux maîtres d'oeuvre très Anglais de ce classique de 1945 ont eu recours au très traditionnel et très Britannique procédé du fantôme qui hante le nouveau couple, Joe Dante, Américain et surtout, comme nul n'ignore, fan de films d'épouvante, a quant à lui à gérer une affaire de zombie... Ou de zombies, comme nous révèle l'intrigue de cette, mais oui, comédie sentimentale, car techniquement, il s'agit pour Max (Anton Yelchin) de se débarrasser d'une petite amie encombrante, Evelyn (Ashley Greene), dont il est clair qu'ils n'ont décidément rien en commun, afin de filer enfin le parfait amour avec la jolie Olivia (Alexandra Daddario) qui elle est totalement faite pour lui... Le film ajoute du piment avec le fait qu'Evelyn soit morte, et enterrée d'ailleurs.

La décennie précédente a entériné le fait que Dante, naguère enfant prodige sous la protection de Seven Spielberg, appartient plus ou moins au passé, et il n'a sorti entre 1999 et 2009 que deux films au cinéma, le controversé (Mais il a ses fans, et j'en suis) Looney Tunes back in action, et d'autre part le film d'horreur sage pour ados The hole; on a aussi vu quelques productions télévisées, notamment deux épisodes de l'anthologie Masters of horror: c'est tout, et ce n'est pas grand chose...

Donc qu'un nouveau film sorte d'un studio avec sa griffe, même si c'est pour finir directement en vente en DVD, c'est toujours une bonne nouvelle. Et ce Burying the ex, techniquement très soigné, est une comédie bien dans la ligne des films de ce réalisateur qui a choisi un jour de ne pas choisir entre burlesque (Il est très fan de cartoons) et horreur (Un domaine dans lequel, comme la plupart de ses héros, il s'y connait particulièrement!). Les acteurs font donc bien leur travail, et jouent clairement la carte de la comédie contemporaine, avec un certain succès... Mais quant à penser qu'il apporte quoi que ce soit de plus à la légende et à l'oeuvre du réalisateur de tant de films majeurs, je crois qu'il ne faut pas rêver. On y passe une heure et demie en agréable compagnie, et certaines scènes nous rappellent vaguement quelques frissons passés, c'est à peu près tout. Déjà pas mal...

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Published by François Massarelli - dans Joe Dante Comédie
18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 10:14

Mine de rien, Wichita est le premier film en Cinémascope de Tourneur, et mine de rien, le metteur en scène a réalisé une sacrée prouesse: en 1 heure et 21 minutes, chrono en mains, il nous brosse un super-western intrigant, riche et rempli à ras bords, à la fois de traditions gouleyantes, tout comme de frissons inattendus, on n'est pas le réalisateur de Cat People pour rien, et le fils de Maurice Tourneur s'y entendait comme pas un pour distiller en contrebande des ingrédients inattendus...

Tout commence dans l'Ouest, sur la prairie. Une troupe de cow-boys sales et mal rasés sont à la fin d'une étape de leur voyage: ils convoient du bétail et vont arriver à Wichita, Kansas, une ville construite par et pour les gens comme eux, une étape joyeuse pour les garçons vachers de passage, qui peuvent y trouver tout ce dont ils ont manqué dans leur voyage: du bon temps, un bon bain, de quoi boire, et des filles. La devise de la ville, c'est que "Tout est permis à Wichita". Mais avant l'arrivée, la troupe croise un inconnu, un cow-boy solitaire, Wyatt Earp (Joel Mc Crea) qui ne recherche rien d'autre qu'un peu de nourriture et un contact humain pour la nuit. La discussion s'engage autour de l'arme impressionnante que possède le nouveau venu, et dans la nuit, deux hommes tentent de le voler. Ce sera un échec, mais Wyatt Earp va ainsi se faire des ennemis farouches. Il arrive le lendemain à Wichita, où il empêche le bon déroulement d'un hold-up, en présence de Mc Coy (Walter Coy), le négociant tout puissant de la ville, et de sa fille (Vera Miles): les notables vont bien vite demander à Wyatt Earp de se charger de pacifier la ville... puis vont le regretter bien vite...

Earp n'est pas ici le héros romantique malgré lui de Henry Fonda dans le film de Ford, il n'est pas non plus le redresseur de torts professionnel d'autres films: il est un homme capable, mais qui garde ses mystères. Son apparition le rend fantomatique, presque surnaturel, et il défie à sa façon la logique des cow-boys, avec son pistolet plus grand que les colts des Texans, plus lourd aussi, mais qu'il est toujours plus rapide qu'eux à dégainer. C'est un maverick, mais il est aussi doté d'un sens moral exceptionnel. Il anticipe tout, et s'il a un passé (Comme à leur façon Shane, et son remake virtuel, le "Pale rider" d'Eastwood, deux autres justiciers laconiques célèbres), celui-ci n'apparaîtra pas dans le film. Un effet de surprise formidable est apporté par l'arrivée en ville de Morgan et Jim Earp, les deux petits frères, qui le complètent si bien: durant un temps, ils se présentent comme des tueurs venus pour l'assassiner, puis se révèlent; qui les a prévenus de la présence de leur frère à Wichita? On ne le saura pas vraiment...

Mais ce héros super-positif, qui est en lutte avec les malfrats, est aussi en lutte avec les braves gens de la ville, pour lesquels le cow-boy apporte des dividendes nécessaires, et ils voient donc d'un mauvais oeil ce redresseur de torts qui ose les mettre en prison puis les chasser de la ville. Earp est bien vite en lutte contre une corporation et des notables, sans bien sur que ça dégénère comme dans le baroque High plains drifter, de Clint Eastwood, mais la menace qui pèse sur le justicier fait bien vite que Earp doit faire face à deux oppositions, plutôt qu'une.

Du coup, ce western aux apparences classiques devient très vite l'histoire d'un homme vertueux contre un système capitaliste gangréné par une certaine forme de corruption, et la bataille de la civilisation contre la barbarie acceptable... Le film n'hésite pas à nous indiquer dans quelle direction porter notre partialité, en montrant la mort accidentelle d'un enfant dans une orgie de coups de feu qui dure bien trois minutes. Et le film se transforme alors en une tragédie de civilisation qui dépasse joliment le cadre westernien...

 

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Published by François Massarelli - dans Western Jacques Tourneur