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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 08:19
Up the river (John Ford, 1930)

Le parlant en était encore à ses balbutiements lorsque Ford a réalisé ce film, une comédie sans grande prétention qui témoigne au moins de sa capacité à s'adapter à la nouvelle donne cinématographique. S'il est un aspect du film qui nous pouse à nous y intéresser aujourd'hui, c'est bien sur la présence de jeunes acteurs venus du théâtre, et qui tranchaient sur les jeunes premiers favorisés par les studios en cette époque de tout-parlant et tout-chantant, par leur naturel et leur aura: Spencer Tracy et Humphrey Bogart. C'est d'ailleurs sans doute à Tracy, vedette en titre du film pour son tout premier rôle dans un long métrage, qu'on doit la présence de Bogart, les deux étant à l'époque très proches. Si Bogart est encore un peu vert, mal à l'aise dans un rôle qui tranche sur sa future personalité cinématographique (Sauf lorsque le personnage doit montrer les dents, sans surprise...), Tracy est déjà là et bien là... Pour le reste, cette comédie d'évasion et d eprison est largement, comme on dit, "sympathique":

On y asiste aux aventures de Saint Louis (Tracy), un professionnel de l'évasion carcérale, qui est une vedette confirmée dans toutes les prisons où il passe... Et ne fait que passer. Mais le film se concentre essentiellement sur une évasion qu'il va mettre à profit pour venir en aide à un ancien copain de prison, Steve Jordan (Bogart), d'une bonne famille de la Nouvelle Angleterre, dont l'image est menacée par un escroc qui menace de révéler son passé de taulard à sa famille. Saint Louis s'évade donc uniquement pour régler le problème, et promet de revenir...

Mineur dans la carrière de Ford qui en ces débuts du parlant attendait, un peu maussade, qu'on lui donne de vrais bons sujets à la Fox après ses oeuvres personnelles de 1924 à 1928, on pense en voyant ce film à un autre auteur: Ford considérait, disait-il jusque dans les années 60, le film Fox The honor system de son collègue Raoul Walsh (Sorti en 1917, et hélas perdu), comme le meilleur qu'il auit jamais vu. Le film exposait avec un style coup de poing la violence et la brutalité de la vie en prison, ainsi que les liens des prisonniers avec l'extérieur, généralement situés dans une ambiance d'uintimidation et de corruption politique... Au vu de ce qui est pour Ford son seul film "de prison", on se dit qu'il a laissé passer une belle occasion!

Néanmoins,le film reste quand même d'un niveau honnête, avec la diction rapide typique des films de prison, mais si on cherche ici un film coup de poing à la Big house, on sera déçu: la prison ressemble surtout à un endroit sympa, ou les hommes parlent fort, mais s'amusent à organiser des spectacles et des matchs de base-ball, avec la complicité du directeur de la prison, et tout ce petit monde reluque en permanence du côté de la prison pour femmes située juste à côté des bâtiments pour les hommes... C'est malgré tout le plus distrayant des trois films de 1930 (Les deux autres sont Born Reckless, et Men Without women, dont seule une copie partiellement parlante a survécu), en dépit de la qualité douteuse de la seule copie ayant survécu... On pourra toujours y chercher un lointain cousinage avec les scènes de camaraderie et de comédie des films de cavalerie des années 40-50, ou des ingrédients qui rattachent ce petit film du folklore des comédies Sudistes indolentes qui n'allaient pas tarder à raviver le petit univers de Ford, quelques années plus tard, toujours pour la Fox. Et à propos de l'univers Fordien, le film nous permet d'assister à la correction d'un grand barraqué qui s'en prend aux plus faibles, et qui est interprété par... Ward Bond.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code Comédie
3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 19:01

Un groupe de délinquants est envoyé dans une maison de correction, dans laquelle la discipline, le régime et les méthodes globales employées par la direction sont tout bonnement inhumaines. Thompson (Dudley Digges), le patron de l'établissement, traite les gosses sans aucun égards, et l'infirmière, Dorothy Griffith, fait tout ce qu'elle peut pour leur témoigner de l'humanité... Jusqu'au jour où un administrateur d'un genre nouveau apparaît: c'est Patsy Gargan (James Cagney), un gangster qui a hérité d'un faut emploi suite à des services rendus à des politiciens; même si la mission est fausse, il lui faut quand même visiter l'établissement une fois par an. La belle infirmière, ou un sursaut de tendresse paternelle aidant, il va se prendre d'intérêt pour le lieu, et tout faire pour améliorer la vie des pensionnaires... Jusqu'au drame.

A la suite de I was a fugitive from a chain gang la réputation de la Warner en matière de drame social et de films polémiques n'était plus à faire... Mais ce film, par son thème du moins, est loin du brûlot de Mervyn Le Roy. Sur un sujet voisin, et avec des acteurs en commun (On reconnait le génial Frankie Darro, par exemple), il est également assez éloigné de Wild boys of the road, de William Wellman. Mais avec The mayor of hell, le propos est plutôt d'utiliser les ressources d'un drame baroque pour pointer du doigt un système qui a grand besoin d'être réformé... et depuis fort longtemps, le cinéma s'étant déjà penché sur le problème des "reform schools" dès 1915. D'un autre côté, avec James Cagney qui est ici à la fois un gangster et un administrateur de maison de redressement, comme on dit pudiquement, il est difficile de prétendre au réalisme. On n'a donc qu'à se laisser aller à la narration, au style habituel de la Warner avec ses dialogues à la mitrailleuse, et à constater: Cagney sera toujours Cagney, mais ici, il se fait voler la vedette par Darro et ses copains... Et par un final grandiose, confié à Curtiz après que la fin initiale dirigée par ce brave Archie Mayo ne convainque la direction de la Warner qu'un film pareil ne devait se finir que dans les flammes de l'enfer...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 10:28

14 années après le triomphe mérité de La ballade de Narayama, le toujours actif, toujours pétulant Imamura récidive et se paie le luxe, lui qui n'a jamais cessé de taper sur tout ce qui bouge, de se re-faire consacrer par une palme d'or, certes partagée. Et L'anguille est un bien beau film, situé dans un décor qui ne pouvait que motiver l'auteur de quelques classiques provocateurs des années 60: Yamashita (Kôji Yashuko)est sorti de prison, bien décidé à se tenir à l'écart de tout ce qui risque de le faire rechuter: il a tué sa femme qui le trompait, dans une scène graphique terrible, et on s'en doute dominée par le rouge. Donc s'il veut réussir sa libération conditionnelle, la loi exige qu'il ne commette aucun délit, aussi mineur soit-il, mais pour lui ce n'est pas suffisant: il doute de sa capacité à aimer, et à assumer le désir, compte tenu de ce qu'il a fait à la femme qu'il aimait. Dans ce qui est pour l'instant un drame lourd et psychologique, arrive donc Keiko (Misa Shimizu), un petit bout de bonne femme, en fuite (Elle a même tenté de se suicider), mais qui va s'accrocher à Yamashita, qui l'a sauvée de la mort, mais elle va surtout tomber amoureuse de lui, bien qu'elle soit enceinte d'un autre...

Le film tient essentiellement du conte loufoque, mais sous-tendu par une dimension tragique; car le crime du début du film est le chaos qu'il va falloir dépasser pour avancer, et dans le microcosme du film, autour de cette absurde baraque de coiffeur que Yamashita a investi pour sa reconversion, tout le monde semble fonctionner dans le seul but de sauver Yamashita de lui-même: c'est tout un univers qui est montré, dans lequel chaque personnage (Un charpentier, un jeune vaguement voyou qui promène sa voiture de sport partout, un bonze chargé d'accompagner le retour à la liberté de Yamashita, et son épouse, un étudiant obsédé par les extra-terrestres, etc...) semble finalement ne se préoccuper que du bien-être du héros. La seule exception, c'est un ancien taulard, qui lui a choisi de tout faire pour retourner en prison, et qui représente essentiellement la tentation de mal faire pour le héros. Mais la plus visible, c'est bien sur Keiko, qui ressemble un peu à lépouse disparue, et qui est si clairement une chance d'avancer pour Yamashita qu'on lui en voudrait presque d'hésiter... Quant au titre, il se réfère à l'animal que Yamashita a élevé depuis qu'il était en prison, envers lequel il tente de témoigner de tout l'amour et de toute la tendresse dont il se croit capable, et avec lequel il a parfois d'étranges conversations, qui seules lui rendent une certaine joie. Les interprétations de la symbolique de l'animal sont bien sur nombreuses, et toutes les hypothèses sont permises...

Parfois burlesque, même violent, le film déroule sa petite histoire un peu bouffonne, un peu triste, sur près de deux heures durant lesquelles on ne s'ennuie jamais. Imamura, toujours partisan de la sensualité et du bonheur terrestre, tente une fois de plus de s'approcher de la réalité humaine avec les yeux d'un entomologiste un rien fripon... Mais débarrassé de la colère qui était la sienne au début des années 60 (Cochons et cuirassés ou Le pornographe en témoignent), il nous livre un conte apaisé, et, mais oui, plein d'espoir...

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Published by François Massarelli - dans Shohei Imamura
31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 09:32

On réduit un peu souvent ce film à une réplique, en l'occurrence "Boys will be boys!", prononcée par Al Jolson, alors qu'il vient de voir deux hommes commencer à danser ensemble dans son club, le subtilement nommé Wonder bar. Al "Wonder" est donc une sorte de pré-Rick: Américain, il vit à Paris, et tient un night-club de luxe, essentiellement visité par des Américains, ce qui est une bonne chose, car on n'y parle manifestement pas un gramme de Français. L'intrigue principale est un pentagone amoureux: deux hommes, le patron Al Wonder et le chef d'orchestre-crooner (Dick Powell) aiment la même femme, la plantureuse Inez (Dolores Del Rio). Mais celle-ci est amoureuse de son partenaire (Ricardo Cortez), un goujat qui la trompe avec des bourgeoises auxquelles il donne des... leçons de danse. La dernière en date s'appelle Mme Renaud (Kay Francis). Durant une soirée typique au club, les rivalités vont culminer en coulisses, pendant que se succèdent les numéros mis en images par rien moins que Busby Berkeley...

Ce 'est pas un chef d'oeuvre: Lloyd Bacon a eu la chance d'être le maître d'oeuvre principal de deux autres films avec Berkeley, 42nd street et Footlight parade, mais autant ces deux-là étaient fantastique, autant Wonder bar déçoit par son côté poussif et téléphoné, et le manque de numéros musicaux d'intérêt. Par moments, on n'est pas très éloigné d'un Hollywood party avec ses numéros de stars enchaînés sans génie, alors qu'on serait en droit d'attendre un Grand hotel à la façon Warner... Et Al Jolson, après sept années au cinéma, n'a toujours pas un gramme de talent.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Musical Busby Berkeley Lloyd Bacon
31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 09:15

Dans la jungle représentée par les films WB de 1933, Lady Killer n'est sans doute pas le plus brillant des joyaux... Il ne manque pourtant ni d'intérêts, ni de qualités. Et surtout, il est un de ces films qui rendent totalement transparente la politique du studio en cette période riche en expérimentations, tout en étant une bien aimable comédie... Le film, comme d'autres avant lui, et de nombreux autres après, nous conte l'ascension et la chute d'un truand, Dan Quigley (James Cagney), qui est venu à ce métier par véritable talent et vocation, et qui, à environ la moitié du film, se fait doubler par sa bande. Acculé, il réussit à s'en sortir, trouve un emploi de figurant sur les tournages, et de fil en aiguille, devient une star, qui file le parfait amour avec sa co-vedette Lois Underwood (Margaret Lindsay). Mais bien sur au moment ou tout va bien, sa bande se rappelle à son bon souvenir...

Comme Edward G. Robinson à la même époque, Cagney semble enchaîner les comédies en cette période. Rien d'étonnant: si le code de production n'est pas vraiment en vigueur, et les studios sont en relative liberté, de nombreuses voix s'élèvent pour demander à ce que les films de gangsters cessent de glorifier la pègre... D'où la profusion de comédies durant lesquelles les durs tentent de s'affranchir de leur passé (Little giant, Archie Mayo, 1933; Jimmie the gent, Michael Curtiz, 1934...). C'est doublement payant: on retient donc des films initiaux les frissons et l'image de leurs stars (Public enemy et Little Caesar restent à ce niveau les principales références), tout en dotant d'une intrigue qui dégonfle un peu la charge, voire des situations qui les tournent un peu en ridicule.

Mais ici, la Warner joue de toute évidence un double jeu: oubliez Margaret Lindsay, l'essentiel du film est une joute entre Cagney et une autre actrice, Mae Clarke. Vous la connaissez certainement, elle était dans de nombreux films, notamment en 1931 Waterloo Bridge et Frankenstein, tous les deux de James Whale, mais aussi et surtout, Public enemy, cachée dans une scène célèbre derrière un pamplemousse. Ici, l'actrice a une fois de plus à subir le caractère de Cagney, mais d'une façon différente (même si lors d'une scène, l'acteur lui donne de façon menaçante... un ananas!). Le film, vendu au public sur cette réminiscence, vaut bien sûr mieux que ça... Et il participera sans doute de façon importante à la cristallisation du statut de star de James Cagney, et ça, après tout, ce n'est pas rien!

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Comédie
30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 08:50

Le gangster Danny Kean (James Cagney) sort de prison, bien décidé à ne pas y retourner. Il a durant son séjour reçu une visite d'un rédacteur d'un magazine, et envisage de lui demander du travail. McLean (Ralph Bellamy), le rédacteur en question, n'est pas très chaud, mais une opportunité se présente: un pompier devenu fou après avoir trouvé dans les restes de sa maison incendiée les cadavres de son épouse et de l'amant de celle-ci, s'est retranché à l'étage de son domicile et tire sur tout ce qui bouge; aucun reporter n'étant assez fou pour s'approcher, on a besoin d'un type assez gonflé pour tenter l'affaire... C'est ce qui va rapporter à Danny un engagement en bonne et due forme, et il va devenir photographe pour la presse à scandale...

Ce film a presque tout ce qui fait le bonheur d'un spectateur des films pre-code de la Warner: un rythme enlevé, des situations qui évoluent en permanence entre comédie, faits de société, situations limites et drame contemporain, des dialogues à la mitraillette, et des personnages: Kean, bien sur, est une nouvelle variation sur le mythe Cagney, un homme dur, aux scrupules pas toujours conformes aux désirs de la bonne société, mais avec une éthique fondamentale indéniable... Et comme le film est essentiellement une comédie, il s'en sortira! A côté de lui, Ralph Bellamy interprète avec la bonhomie qui le caractérise un homme qui n'a jamais été du mauvais côté de la loi, contrairement à son collègue, mais qui est brisé par les abus (Alcool, un métier qu'il juge foncièrement immoral, et une petite amie interprétée par Alice White qui nécessite un mode d'emploi particulier...).

Le script permet ici de trouver une échappatoire au mythe des films de gangsters (La grande préoccupation dans le studio, après la belle envolée des débuts de la décennie, chaque film ressemblait à une déclaration d'intention de sortir des clichés...) en reportant l'énergie de Cagney sur le monde de la presse, et le fait qu'il travaille pour un tabloïd permet au moins de maintenir l'imagerie canaille du personnage! S'il faut trouver des défauts, disons qu'on a du mal à croire qu'il délaisse Alice White (C'est sa collègue du journal, et sans être nymphomane, disons qu'elle a du tempérament...) pour Patricia Ellis, qui joue non seulement une étudiante et le genre de femme qu'on épouse, mais surtout elle est fille de flic... Quant à Lloyd Bacon, s'il n'est ni Dieterle, ni Curtiz, ni Wellman, au moins on sait à quel point il connait son métier. Il effectue ici un excellent travail, dans le rythme, la direction d'acteurs au métronome et un don pour l'économie: là ou Curtiz alourdissait le budget, il semble que Bacon n'ait pas son pareil pour l'alléger intelligemment.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Lloyd Bacon
28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 17:41

Il n'y a pas si longtemps, disons il y a un peu plus de dix ans, on avait de Pixar une autre image, celle d'un groupe de génies qui étaient tous unis dans la création de films tous plus beaux les uns que les autres... Et d'autre part, on avait un peu le sentiment, lié à l'image de modernité et de progrès absolu incarnés par le studio, que les films Pixar ne pouvaient aller que de l'avant, et que le dernier était forcément le meilleur. C'est naïf, mais heureusement, Cars y a mis bon ordre...

Donc désormais, il y a des bons et des moins bons films chez Pixar, c'est comme ça, et si le studio continue à faire des films situés en marge de l'être humain, que ce soit chez les fourmis, chez les jouets qui s'animent en notre absence, chez les monstres qui vivent dans une dimension parallèle à la nôtre, ou dans notre subconscient, on sait aujourd'hui aussi que Pixar, c'est d'abord et avant tout un studio qui permet à des auteurs de faire des films, et quels films! Brad Bird, John Lasseter, Pete Docter et Andrew Stanton y ont finalement le loisir de développer leur style personnel, leur univers, comme avant eux à la Warner Bob Clampett, Chuck Jones, Tex Avery ou Friz Freleng...

Inside out (Vice Versa en Français) est donc un film de Pete Docter (Monsters Inc., Up), qui part d'une idée géniale, mais difficile à mettre en images: on assiste à une petite aventure pour une jeune pré-adolescente, vue du point de vue de son cerveau, où agissent cinq personnages qui contrôlent et provoquent ses émotions: La Joie, la Tristesse, La Colère, Le Dégoût et la Peur... Ils gèrent aussi les souvenirs qui s'accumulent, et finissent par former la personnalité de la jeune fille. Celle-ci est une jeune insouciante, hockeyeuse de talent, qui vient hélas de quitter le Minnesota avec ses parents pour s'installer à San Francisco, et ça lui pose de gros problèmes... A plus forte raison lorsque dans le poste de commande, une série de bourdes privent la jeune fille de deux personnages cruciaux: la Joie et la Tristesse, en effet, sont envoyées par erreur à l'autre bout de l'univers-cerveau, et vont avoir les pires difficultés à revenir...

Difficile à mettre en images, disais-je, mais c'est réussi sur toute la ligne. Comme on est chez Pixar, aucun risque de se tromper ou de dissimuler l'étrangeté de cette histoire derrière le vieux procédé du rêve, c'est en effet uniquement le point de vue des coulisses qui nous est montré ici! Et l'esthétique est constamment cohérente, renvoyant sans cesse à l'image d'une jeune fille de 11 ans, à peine sortie de l'enfance, et qui commence son adolescence par une fugue irraisonnée. les deux personnages principaux, la Joie et la Tristesse, sont bien sûr a priori antagonistes, mais il va leur falloir apprendre à vivre et travailler ensemble. 94 minutes de bonheur plus tard, on en redemande, tant le film tient la route. L'univers de Pete Docter est d'une incroyable cohérence, une fois de plus.

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Published by François Massarelli - dans Pixar Animation Pete Docter Disney
28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 17:16

Sorti en janvier 1921, soit quelques mois avant The affairs of Anatol, ce film partage avec ce dernier le privilège d'être une expérimentation de son auteur, qui incorpore à la fois les éléments de ses comédies et du mélodrame, pour renouveler un genre qu'il ne sent peut-être plus, après il est vrai en avoir épuisé toutes combinaisons. Pour ce faire il recycle ici l'argument de son film The golden chance, en axant l'essentiel de la première partie sur la comédie d'observation: Les Mallory sont un couple de bourgeois distingués, et M. Mallory (Theodore Roberts) a besoin de l'appui d'un jeune homme entreprenant pour ses affaires, et le jeune homme (Forrest Stanley) ne souhaite pas s'attarder chez eux, ce qui pourrait faire perdre à son ami certaines opportunités lucratives. Son épouse (Kathlyn Williams) lui propose donc de le faire rester en l'appâtant avec une jeune beauté qu'il sera facile de contrôler: leur couturière Mary Maddock (Agnes Ayres) est justement tout à fait charmante, elle fera un piège facile. Il n'y a que deux problèmes: le premier, c'est que Mary est mariée, à un homme brutal qui est revenu de tout à force de ne pas trouver de travail... Et le deuxième, c'est bien sur que Mary et l'ami des Mallory vont, bien sur, tomber follement amoureux l'un de l'autre...

Après The Golden Chance dont le titre soulignait la possibilité donnée à une jeune femme de s'élever et d'échapper à son destin, Jeanie McPherson prêche beaucoup ici, contre l'attrait du "fruit défendu". Mais comme d'habitude, le prêche sert essentiellement à masquer les intentions salaces, le film étant comme d'habitude fort risqué. On reste dubitatif devant la nécessité de refaire ce qui reste l'un des chefs d'oeuvre formels de DeMille, et le résultat ne donne pas raison à son auteur. D'autant que si on y montre avec virulence les différences entre les classes, et il faut voir comme Mary est bien mal lotie, on voit bien qu'une fois de plus les classes dirigeantes sont grâce à leur chance à l'abri de la tentation du crime... ce qui n'est pas le cas des pauvres, qui sont manifestement attirés par la malfaisance! Quant aux Mallory, ils n'auront aucun châtiment pour leur supercherie d'un goût douteux. ...Il faut croire que ce n'était pas le sujet!

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet 1920
23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 08:38

George Lucas est désormais l'auteur de l'histoire originale, et producteur exécutif sur ce deuxième film, qui prend acte de l'immense succès du film de 1977. Cette apparente désertion de l'auteur s'explique sans doute parce que le metteur en scène n'en peut plus: il n'est pas à l'aise sur un plateau et encore moins, si on en croit la légende, avec les acteurs. De plus, le poids de la production, les soucis des tournages en extérieurs ont fini par le dégoûter du métier... Une décision surprenante, donc, mais qui porte ses fruits: aujourd'hui, personne ne doute un seul instant du fait que Lucas ait gardé le contact avec la production, ni qu'il ait eu un rôle crucial dans la confection de ce qui est à mes yeux le meilleur film de cette saga. Et la décision de confier la mise en scène à Kershner s'avère payante tant le metteur en scène a su rentrer dans son tournage avec un volontarisme de tous les instants. Des scènes coupées du film, ni synchronisées, ni étalonnées et parfois non montées, témoignent de sa méthode directe et impulsive, de se placer au plus près des acteurs et de les guider dans chaque geste en maintenant un rythme soutenu, comme au temps du muet. Cette agitation débouche évidemment sur un film sans temps morts, et dans lequel les scènes de dialogue et les scènes d'action s'enchaînent en toute allégresse... Et les effets spéciaux, physiques et optiques, rendent le tout toujours aussi tangible.

Le style du premier film, établi par George Lucas sur imitation de celui de Kurosawa dans La Forteresse cachée, est maintenu, de même que la structure, qui prend une fois de plus l'action en cours avec l'aide d'un de ces fameux déroulants de texte qui établit un contexte plus sûrement que n'importe quel flash-back, mais cette fois un changement a eu lieu: d'une part, Star Wars devient le titre générique, et The empire strikes back est un sous-titre, et le film est désormais numéroté, d'un "Episode V" qui a beaucoup étonné les spectateurs de 1980... ou du moins moi quand je l'ai vu pour la première fois. On sait donc désormais que les plans ambitieux de Lucas ont pris naissance à cette époque, et que de toute façon, un troisième film était rendu indispensable par une série de cliffhangers de bonne taille à la fin de ce deuxième film... Le "bestiaire" technologique s'allonge un peu plus, et si une "étoile noire" manque à l'appel (Mais on ne perd rien pour attendre), on remarquera une superbe invention, ces machines d'invasion géantes et sur pattes, qui donnent lieu à l'une des scènes les plus réjouissantes de toute l'histoire. Le film répète également brièvement la fameuse poursuite-bataille dans un canyon située lors de l'assaut de la rébellion contre l'étoile noire dans Star Wars, cette fois avec une incursion du Falcon Millenium (Pour les béotiens, l'impressionnant tas de rouille de Han Solo) sur un gros astéroïde, où les occupants du vaisseau se sont réfugiés, et où il vont faire une rencontre imprévue. Et d'une manière générale, le film déroule un univers cohérent, immédiatement saisi par le spectateur, invité à plonger dans l'action de façon dynamique... il faut aussi dire que le spectateur ne demande que ça!

Quant à l'intrigue, elle se noircit considérablement, donnant pour l'instant l'avantage aux malfaiteurs de tout poil, et permettant aux personnages de grandir un peu. Solo et Skywalker sont maintenant constamment séparés, et bien que ce soit sur quatre décors bien distincts, tous sont désormais en fuite. Luke "abandonne" ses copains pour suivre sa destinée, et Leia et Han Solo laissent leurs sentiments parler. Enfin, Luke Skywalker va devoir affronter ses démons, mais surtout il va se découvrir un peu plus en compagnie de Yoda, magnifique création qui va à la fois faire avancer la mythologie (malgré une manie langagière qui le rend parfois volontiers obscur) et fournir, mais oui, du gag. Le final, pourtant, se déroule dans un espace qui a tout de la métaphore à la fois du mental et de l'inconscient: Luke se rend à un piège tendu par son ennemi juré, et l'affronte dans des couloirs, des boyaux, des salles de machines tout en descendant toujours plus bas dans une structure en orbite, débouchant sur le vide. C'est alors que sa vie ne tient qu'à un fil que le jeune héros va perdre une main d'une part, et faire une découverte embarrassante et qui va changer sa vie, transformant définitivement le jeune loup un peu excité en un Jedi sage et sombre dans les films suivants. Roublard et économe, George Lucas a su choisir LA bonne révélation pour terminer son film, mais il en a encore une sous le coude... Quoique... arrivés à ce stade (Je parle bien sûr des spectateurs de 1980), on s'en doute plus qu'un peu.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction George Lucas Star Wars
20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 10:11

Le film de 1977, phénomène de société sans précédent à sa sortie, a beaucoup changé depuis sa sortie... Que reste-t-il du troisième long métrage (Et sa dernière réalisation avant plus de vingt longues années, et soyons franc, son dernier grand film) de George Lucas, dans les infâmes tripatouillages à tous les niveaux que ce petit film d'aventures intersidérales a subi depuis? C'est un fait: pour le juger à sa juste valeur, il convient de revenir à la source, aux copies de 1977, celles qui n'ont fait l'objet d'aucun remontage, d'aucun ajout numérique, d'aucune trahison de ses personnages (qui a tiré sur qui dans la fameuse auberge de Mos Eisley?) ni d'aucun retitrage révisionniste: En 1977, le film n'était ni un "épisode IV", ni "A new hope", ni quoi que ce soit d'autre. C'était un film inattendu, inspiré par une oeuvre Japonaise, en l'occurence La forteresse cachée, de Kurosawa, et une possibilité inattendue de véritable renouveau de la science-fiction, à cette époque essentiellement cantonnée en deux courants: le courant "noble", représenté par les films-pamphlets et les oeuvres à connotation environnementale d'un côté (Planet of the apes, Soylent green), et de l'autre le reste: "Space opera", les films de genre, séries B ou Z, promesses éphémères d'échappatoire provisoire pour des cinéphiles en quête de frisson, et pas trop regardants sur les budgets. Difficile à imaginer aujourd'hui, mais un film d'aventures intergalactiques, vu et célébré à travers le monde par des millions de passionnés, c'était de la fiction... avant Star Wars.

Lucas le dit encore aujourd'hui, et à chaque fois ça change un peu: il avait tout prévu. Et c'est probablement vrai: dans sa tête, tout était déjà là: les histoires des personnages (le parcours de Darth Vader, par exemple, avant qu'il ne devienne cette menace ambulante et mystérieuse, les liens familiaux entre les personnages, etc.). Mais cela n'apparaît que succinctement dans le film, et cela n'était sans doute destiné à vraiment servir que dans l'hypothèse d'une suite. Comme on le sait, la possibilité de mettre en chantier The Empire strikes back est sans doute ce qui a vraiment donné vie à la "saga" Star Wars. Maintenant, on peut tout simplement imaginer que ce film de 1977 se soit planté, et qu'il n'ait donc rien généré au-delà des deux heures de plaisir qu'il offre, et... exit les liens mythiques ("I am your father" qui n'est pas dans Star wars puisque c'est dans Empire...), exit le développement de la "Force" et des Jedis au-delà des quelques allusions du film, exit les Ewoks, et... exit Haydn Christensen... Traitons donc ce Star Wars de 1977 à sa juste mesure, comme le film d'aventures absolument définitif qu'il est, ce ne sera déjà pas mal...

Et pour commencer, ce qui me frappe a posteriori, c'est à quel point le film est né d'une filiation étrange avec American graffiti. On a beau être,dans Star wars, situé de nombreuses années avant notre ère dans une galaxie lointaine, Luke Skywalker et Han Solo, ce sont des jeunes Américains! l'un est désireux de sortir de son trou pour se confronter au monde, et l'autre l'a déjà fait, et depuis si longtemps que la filouterie est chez lui une seconde nature... On est proche de ces jeunes Américains en proie à un rite de passage en une seule nuit avant de partir qui à l'université, qui au Vietnam. C'est frappant aussi de les entendre parler en jeunes Américains de 1977, alors que d'autre part tous les personnages adultes engagés dans la lutte, que ce soit pour l'empire ou pour la rébellion, parlent avec une emphase qui ferait passer les dialogues de Cecil B. DeMille et Jeanie McPherson pour du Audiard. Le "couple" Solo-Skywalker, deux hommes éloignés des habitudes de la rébellion, fonctionne à merveille, nous donnant toutes les clés pour entrer en douceur dans cette histoire improbable... De son côté, la princesse Leia, inspirée d'une des héroïnes les plus fascinantes de Kurosawa, fait beaucoup plus que la prolonger, et mène sa barque avec beaucoup plus qu'une autorité capricieuse: on comprend qu'elle puisse être irrésistible. Cette force des personnages du film, bons comme méchants, est un atout de poids et l'un des grands arguments du film. Depuis THX 1138 et ses personnages en quête d'humanité, Lucas a bien su justement développer ses caractères, et cet aspect se retrouve jusque dans les droïdes, cette merveilleuse invention scénaristique qui renvoie Robbie le robot (Forbidden planet) à l'antiquité de la science-fiction. George Lucas donne aussi en quelques scènes et en regards une vérité touchante à l'oncle et à la tante de Luke, et bien sûr fait d'un personnage marmoréen doté de handicaps terribles, et de soucis techniques irréversibles, l'incarnation du mal absolu. Et il laisse la porte ouverte de façon troublante, grâce à la superbe prestation d'Alec Guiness, qui donne vie sans effort au personnage le plus mystérieux du film. Lucas (encore une fois sans doute mené par une pré-science des directions dans lesquelles il allait mener la suite, mais comment pouvait-il en être sûr, et comment pouvait-on l'imaginer à l'époque?) donne même à Obi-Wan Kenobi une sortie grandiose et inexplicable à la fois, sans que jamais une explication rationnelle ne vienne gâcher la fête! Kenobi incarne bien toute la séduction de l'inconnu, de cette évasion mystique qui va faire que Luke ira dans une direction bien différente de celle de son frère d'arme Han Solo, qui lui ne se départit jamais de sa lecture cynique et terre-à-terre des événements. Avec ce film, le personnage du jeune Skywalker entame bien un authentique parcours initiatique totalement justifié par le destin de celui qu'il a, brièvement, choisi comme maître, et qui sans explication choisit de quitter la scène à un moment où il sait qu'on n'aura plus besoin de lui. Ainsi le film possède-t-il sa propre touche mythologique sans avoir besoin de trop en ajouter, ou de puiser dans le passé hypothétique des personnages!

Quant à la thématique, on ne sera pas surpris du fait que Lucas choisisse de botter en touche en choisissant du passe-partout: résistance contre la barbarie dictatoriale, et renvoi à une hypothétique et mythique situation primale: Leia Organa est donc une princesse, sans plus de précision. Elle est impliquée, oui, se bat contre une certaine forme de fascisme qui ne fait aucun doute, mais elle le fait en combattant pour "son peuple", comme le dit le déroulant initial. Le film, en ces généreuses années 70 (Jimmy Carter vient d'être élu président des Etats-Unis, et durant quatre années, la politique extérieure des Etats-Unis va se teinter d'un certain idéalisme), est exportable à l'infini, il trouvera grâce à son histoire passe-partout une résonance chez tous les peuples du monde, ce qui en fait un film bien pratique pour passer les fêtes... Non, décidément, l'essentiel est ailleurs, dans le renouveau d'un genre, dans le plaisir de passer deux heures en compagnie des personnages, et au niveau du film la création d'un univers aussi cohérent que possible est encore bien limitée par rapport à ce que ça va devenir dès le film suivant. On remarque ici, d'ailleurs, quelques détails qui vont bien changer, notamment dans la façon de s'exprimer: la Force est jugée essentiellement comme un élément purement religieux, sans qu'aucune (inutile) explication "physique" ne soit donnée quant à son existence, car après tout comme disait Alfred Hitchcock, la force n'est qu'un "MacGuffin", un prétexte à accepter si on veut que le film marche. Et dans ce monde troublé par la lutte entre dictature et résistance, les Jedis sont mentionné comme une secte, un élément qui disparaîtra au fur et à mesure des dialogues des films suivants...

Enfin, le film est aujourd'hui émouvant à voir parce qu'il tranche complètement sur l'image véhiculée par les superproductions qui ne manqueront pas de suivre, et c'est ce qui rend indispensable de le voir dans son montage d'origine: les effets spéciaux optiques, les truquages vintage, l'impression d'assister à un spectacle physique, et tangible sont sans prix, dans un business qui se noie dans l'artifice. Spielberg aujourd'hui fait tout pour maintenir le contact avec la réalité, en utilisant à l'ère numérique le plus de live-action possible, et en privilégiant à chaque fois que c'est possible et pertinent des effets spéciaux en système D. On sait que c'est précisément parce qu'il n'en pouvait plus de devoir lutter contre les imprévus d'un tournage que Lucas allait déléguer ses deux films suivants, puis tourner sa dernière trilogie en utilisant toujours plus de numérique. Mais ici, justement, le fait d'avoir utilisé de vrais décors (Et beaucoup, par leur nudité même, sont fascinants), de vraies maquettes, et ce bon vieil arsenal de la science-fiction, en l'état: truquages optiques et surimpressions sur maquettes: et c'est là que se situe le travail de l'illusionniste. Lucas était sans doute mal à l'aise, mais le résultats est une splendeur... si on a la chance de le voir tel qu'il a été conçu, et comme chacun sait ce n'est pas facile, compte tenu de la volonté farouche d'enterrer cette version, et de noyer le film spectaculaire et visionnaire de 1977 dans une saga dont il ne serait qu'un maillon.

Star wars (George Lucas, 1977)
Star wars (George Lucas, 1977)
Star wars (George Lucas, 1977)
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Published by François Massarelli - dans Science-fiction George Lucas Star Wars