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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 09:10

L'Herbier a souvent raconté comment, durant ses années chez Gaumont, il a du batailler ferme contre la bêtise du maître des lieux, Léon Gaumont, qui ne comprenait absolument rien à ses recherches... Lorsque L'Herbier par exemple avait recours à un flou artistique, savamment pesé, calculé, et inséré de façon dramatique dans une scène, au cours de la projection de présentation aux producteurs, le patron ne manquait pas une occasion d'engueuler le projectionniste, accusé d'être incapable de faire le point! On n'a pas forcément idée, en voyant aujourd'hui ses films, quel point il était novateur, et surtout à quel point L'Herbier sentait le cinéma, en ayant pour cet art encore balbutiant des idées qui aujourd'hui ont fini par s'installer... Ainsi que d'autres plus étonnantes qui tendent à rendre son style si distinctif. Dans un film de L'Herbier, pour commencer, aucun plan n'est naturaliste, y compris si l'intention était de capter la vie, il y aura toujours quelque chose pour le distinguer: cadrage, voire encadrement (Il aime les iris inattendus et les caches biscornus, et en use en en abuse avec délectation dans cet Homme du large), teintes recherchées et mélangées au cours d'une séquence, un jeu d'acteurs souvent paroxystique, et une utilisation parfois envahissante des intertitres, qui véhiculent une poésie certes novatrice, mais bien embarrassante. Avant Feu Mathias Pascal, l'oeuvre de L'Herbier est faite de films qui oscillent constamment entre le génie formel et le ridicule de l'intrigue, et ce mélodrame de la mer ne fait pas exception.

On y fait la connaissance d'une famille Bretonne (Les Bretons vus de Paris, ombrageux, superstitieux, chaussés de sabots et pauvres d'esprit comme de bourse), dans laquelle le père (Roger Karl) pêcheur se réjouit de la naissance de son fils Michel. Il décide que le fils sera sa chasse gardée, et que l'épouse se chargera de Djenna, la file aînée. Mais en grandissant, les deux adolescents sont diamétralement opposés: Djenna (Marcelle Pradot) est exemplaire, et Michel (Jaque-Catelain) est un feignant, attiré par le vice, auquel on père passe tout, jusqu'au jour bien sur où e drame s'installera dans le village, à cause évidemment de Michel...

Stylistiquement, c'est souvent enthousiasmant, avec un sens du rythme plus qu'enviable, grâce à un montage hyper serré, et cette touche visuelle qui détache sensiblement es films de L'Herbier du tout-venant. Mais quelle salade! Toujours aussi prétentieux, le metteur en scène appelle son film une "marine", comme il avait appelé Rose-France (1918) une "cantilène", et convoque les figures du mélodrame ultra-conservateur comme si c'était l'évangile. Aveuglé par l'affection, il donne aux deux acteurs qui partagent sa vie le beau rôle, et Pradot s'en sort bien, d'autant qu'elle a un rôle passe-partout, mais Jaque-Catelain est immonde, ayant finalement plus de talent dans la coiffure que dans on jeu d'acteur. Le mélodrame est classique et sans véritable logique, et franchement, dans cette histoire moralisatrice (Michel est vraiment diabolique, la preuve, il va au café le dimanche), on ne voit pas un seul instant où le metteur en scène veut nous amener. Bref, L'Herbier avait beaucoup à dire, il avait aussi et surtout beaucoup à apprendre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Marcel L'Herbier 1920 *
13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 10:17

Deux ans après la démission de Nixon, qui encourait un risque sérieux d'impeachment (Une procédure de privation des droits supérieurs du président, pouvant conduire à sa mise en examen et sa criminalisation, qui rappelons-le a été tentée deux fois, mais n'a jamais abouti, contrairement à la croyance populaire), un film revient avec talent sur l'enquête du Washington Post, menée par deux jeunes journalistes dont un relativement novices: Bob Woodward et Walter Bernstein sont interprétés respectivement par Robert Redford (Qui co-produit le film, et le crédit est sans ambiguïté: "A Redford-Pakula film", il le signe donc aussi...) et Dustin Hoffman. Nous assistons à la fameuse et désastreuse soirée du Watergate en juin 1972, durant laquelle des "plombiers" nocturnes, en costume et cravate, se font piquer par des flics en bob et survêtement, puis Woodward s'empare de l'affaire en y décelant des détails troublants, puis cela va très vite... Le film n'ira pas jusqu'au bout, et s'arrête de façon significative avec le soutien affiché du patron des deux journalistes, Ben Bradlee, incarné par rien moins que Jason Robards. La suite, finalement, est désormais de l'histoire, et on n'a pas besoin d'aller y voir plus loin que ce que les journaux, justement, en ont relaté.

Le film prend appui sur une longue tradition, celle d'un cinéma qui traite la presse avec une certaine tendresse, et des films qui prennent appui sur le parler ultra-rapide et largement codifié des hommes et femmes du métier. Et la vérité, ici, passe à travers des bribes d'enquête dans lesquelles le téléphone, les visites impromptues, les faux départs, mais aussi le bafouillage, les dénégations et autres traces de gêne prennent le pouvoir. Les deux acteurs principaux sont aussi naturels que possible, et l'enquête est parfois ardue, mais toujours suffisamment claire pour qu'on y comprenne ce que vont finalement comprendre les deux journalistes: cela va, et ira, toujours plus haut, et cette affaire de micros posés comme par des amateurs cache en fait un complot anti-démocratique qui mouille plus d'une sommité gouvernementale. Et le film, souvent cité en exemple par David Fincher (Qui lui emboîte la pas dans son admirable film Zodiac) est d'une rigueur permanente, ne se basant que sur le point de vue des deux journalistes du début à la fin.

Et pour finir sur une note tendre, je ne me lasse pas des bougonnements de Robards appelant avec colère ses deux jeunots en raccourcissant l'appel d'un tonitruant "Woodstein!"... Les deux journalistes, vaguement concurrents à l'origine de leur collaboration, sont désormais collés l'un à l'autre pour l'éternité, et gravés dans l'Histoire avec un grand H.

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Published by François Massarelli - dans Alan Pakula
12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 18:14
The hurricane (John Ford, 1937)

Il peut paraître surprenant de voir John Ford sacrifier au genre du film catastrophe, d'autant que ce n'était pas un genre très développé à cette époque lointaine. Tourné pour la Goldwyn, avec des moyens conséquents mais au prix d'une certaine frustration, The Hurricane est donc pour Ford l'occasion de mettre en scène une communauté en proie à une catastrophe, ce qui ne nous surprendra pas vraiment, tant le réalisateur a pris l'habitude de conter des aventures de groupes humains en proie à toutes sortes de périls, sur les routes de l'ouest (Wagon master, Stagecoach), les déserts (Three Godfathers, The lost patrol) ou même les jungles du Pacifique, perdues dans la guerre (They were expendable). Et Ford, amoureux de la mer et du Pacifique en particulier, devait prendre comme une bonne nouvelle la mission de tourner un film sur la Polynésie... mais dut le tourner en studio.

Sur une petite île de Polynésie Française, deux jeunes indigènes, Marama (Dorothy Lamour) et Terangi (Jon Hall) se marient. Au cours d'un voyge à Tahiti, Terangi va se battre contre un Français qui l'a insulté, et écope donc de six mois de prison. Ayant tenté de s'évader, il va voir sa peine prolongée. La troisième tentative sera pourtant la bonne, et il revient à Marama et à sa fille qu'il n'a pas encore connue. le gouverneur De Laage (Raymond Massey), un homme intransigeant, est déterminé à le retrouver, alors que Mme De Laage (Mary Astor) se fait la protectrice du couple et de la communauté indigène. Mais un ouragan menace...

Le film est contemporain de la menace de guerre, et l'historien Joseph McBride attribue à ce film une dimension métaphorique, voire prophétique, lorsque le drapeau Français flottant au dessus de Tahiti se fait déchirer par l'ouragan dévastateur... Il est possible qu'il y ait ici comme un petit commentaire symbolique, doublé par l'attitude profondément intolérante de Massey (Qui est, comme à son habitude, merveilleusement méchant!), mais je pense qu'il faut surtout y lire une critique violente du colonialisme, sous toutes ses formes, que les humanistes Ford et son scénariste Dudley Nichols, ne pouvaient pas supporter. Et le film se situe bien dans la peinture habituelle par Ford des destinées tragiques des groupes humains. Si on n'en fait pas plus de cas, bien que le film soit après tout fort distrayant et très bien réalisé, c'est sans doute parce que décidément, Ford n'a pas eu comme Murnau la chance de tourner "son" film Polynésien sur les lieux mêmes du drame, et qu'on est plutôt dans un tranquille savoir-faire Hollywoodien que dans Tabu...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 17:22

Fièvre est le deuxième film de Delluc, ce critique Français passionné, et passé à la mise en scène dans un élan jusqu'alors inédit, créant du même coup le terme de "Cinéaste". Terme qui, au passage, change de sens d'une langue à l'autre: si en Français il désigne principalement ceux qui font du cinéma, et en premier lieu les metteurs en scène, en Anglais il prend plutôt la signification de notre 'cinéphile'... Donc on revient toujours à l'idée que Delluc était aussi passionné que créateur d'images.

Fièvre est une date importante du cinéma Français, ayant contribué à créer un mouvement au nom étonnant, l'impressionnisme cinématographique, à mon sens beaucoup plus une réponse apportée au style "Expressionniste" du cinéma Allemand, alors en vogue dans la critique Européenne malgré le fort ressenti anti-germanique de la population, qu'une traduction à l'écran du style impressionniste des oeuvres de Monet, Renoir et autres "impressionnistes"... S'il fallait trouver une style artistique auquel raccrocher Fièvre, il me semble que le terme de naturalisme s'imposerait de fait, car cette histoire d'un drame sordide, contée sur un temps comprimé mais sur une seule soirée, dans un décor unique, renvoie beaucoup aux oeuvres de Zola et Maupassant, et pour le cinéma, aux films de Stroheim. Cela était-il conscient? J'en doute, car en 1921, on commençai tout juste à distribuer les films de ce dernier en France, et le grand choc de Foolish Wives n'allait pas se produire avant 1923. Il y a pourtant, dans l'idée de départ, dans le ton et dans la façon de conter cette histoire, beaucoup de similitudes entre Delluc et le réalisateur de Blind Husbands...

Dans un bar à matelots sur le port de Marseille, on fait la connaissance de Sarah (Eve Francis), l'épouse de Topinelli (Gaston Modot), le patron. Elle l'a épousé suite à un chagrin d'amour: son amant Militis (Edmond Van Daele) avait disparu sans laisser de trace, elle ne l'a jamais ni revu, ni oublié... Des matelots en escale arrivent, et envahissent les lieux, accompagnés de filles. Parmi eux, Militis... la confrontation entre l'homme et sa maîtresse sera électrique, mais ce n'est rien à coté de ce qui va arriver lorsque Topinelli va comprendre la situation...

Tout part du café, que Delluc nous détaille: le bar, la façon tranquille dont Sarah mène son petit monde, les habitués, dont certains vont participer au drame, d'autres non. Et l'arrivée des marins en bordée va apporter le tumulte, on sent bien à partir de là la façon dont Delluc a choisi de traiter la mise en scène: il a assigné à chacun un rôle, tout en laissant faire les caractères et les affinités. On soupçonnerait volontiers le metteur en scène d'avoir choisi d'engager des professionnelles, comme Stroheim ou Pabst le feraient quelques années plus tard... Il ressort de ces scènes des impressions de vérité qui sont assez frappantes, et le film, tout en se déroulant souvent sur des plans larges, possède un sens du détail qui reste frappant... L'interprétation reste finalement très réaliste, à l'exception sans doute de Eve Francis, la star, qui en fait parfois des tonnes... Le film se conclura avec l'intervention d'un personnage finalement assez énigmatique, déclencheur du drame malgré elle: Militis est revenu d'orient avec une épouse, une jeune femme (Elena Sagrary) qui semble ne rien comprendre à rien, et qui ne s'anime, indifférente à ce qui l'entoure, que pour s'approcher d'une fleur qui l'intrigue par sa beauté... Mais elle sera déçue, elle est artificielle. Un soupçon de réminiscence de la beauté intrigante de Broken Blossoms, de Griffith, nous passe alors par la tête...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 *
5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 08:54
The hangman (Michael Curtiz, 1959)

Sorti en 1959, ce western de relativement petite envergure fait partie de la fin de la carrière souvent atypique de Michael Curtiz, décédé en 1962, et qui ne s'est pour ainsi dire jamais arrêté de tourner, y compris après son départ des studios Warner pour une carrière freelance. Au milieu d'un ensemble de films disparates, tournés dans de nombreux studios (La Fox pour The Egyptian, la MGM pour Huckleberry Finn, la Paramount pour A breath of scandal, etc), The Hangman (Paramount) brille de tous ses feux, et fait un peu oublier la médiocrité du reste. Le film est riche de questionnement moral, et me semble prouver que Curtiz, y compris au bout de quarante-cinq années de bons et loyaux services dans le médium qu'il s'est choisi, a su rester au fait des nouveaux développements... Plus encore, il le fait sans trahir en rien ses thèmes de prédilection, et en continuant, comme du reste dans ses films noirs, à montrer une vision humaniste et flamboyante, constamment généreuse, de la vie. Et ce qui me semble encore plus intéressant, il le fait aussi en se situant clairement à l'opposé des tendances les pires de la chasse aux sorcières poussiéreuse qui a eu lieu dans le Hollywood du début de la décennie.

Rappelons que le film raconte l'histoire d'un justicier à l'ancienne, droit dans ses bottes et rigide dans ses conceptions, interprété par un Robert Taylor assumant totalement son âge. Il est à la recherche d'un homme qui a commis une erreur de jeunesse, mais dont la population de la ville qui l'a accueilli se porte garante de son intégrité, acquise depuis qu'il s'est installé. Le "Bourreau", comme on l'appelle, n'en a cure, et est bien décidé à trouver, voire acheter, des témoins pour pouvoir arrêter l'homme...

Dans un noir et blanc ultra-classique, Curtiz va droit au bit, et nous fait suivre les pérégrinations d'un héros paradoxal, un jusqu'au-boutiste fascnant mais dont il n'est pas possible un seul instant de douter qu'il puisse effectivement se tromper. Bien sur, c'est l'amour d'une femme (Tina Louise) qui va faire triompher le bien, et tout rentrera dans l'ordre, mais cette critique moralement haute, et impeccablement distrayante sur les 87 minutes du film, est l'une des grandes réussites de Curtiz, et pas seulement de cette fin de carrière.

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Published by François Massarelli - dans Western Michael Curtiz
29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 19:52
Burn after reading (Joel & Ethan Coen, 2008)

C'est une histoire de rien. Pour commencer, "Burn after reading", c'est une allusion aux documents "top secrets", qu'on doit brûler après les avoir lus, et le film commence justement dans un temple de ce genre de document: le QG de la CIA à Langley, Virginie. Un homme, Osbourne Cox (John Malkovich), subit une humiliation: il est rétrogradé de son poste d'analyste financier. Du coup, il s'emporte et donne sa démission, ce qu'il n'arrive pas à dire à son épouse, dont il fait bien dire qu'elle ne l'écoute pas. C'est Tilda Swinton, et elle trompe Osbourne avec un con, un gros, un beau, pour tout dire c'est George Clooney, qui a toujours dit qu'à chaque fois qu'il interprète un rôle pour les Coen, il bat des records de crétinerie. Mais là, le con en question est un VRP multi-cartes de la muflerie, car non seulement il trompe sa femme Sandy, une dame qui a fait fortune en écrivant des livres pour enfants, mais en prime il trompe sa maîtresse en répondant aux annonces de rencontres, et en se faisant passer pour séparé. De son côté, Linda Litzke (Frances McDormand) travaille pour un centre de remise en forme, ou elle a un grand copain, Chad (Brad Pitt). Linda souhaite financer une quadruple opération esthétique, tout en rêvant au grand amour, qu'elle a la malencontreuse idée de vouloir concrétiser par le biais des sites de rencontres. Tout ce petit monde va se retrouver autour d'un mystérieux document, un CD-rom contenant à la fois les données financières du compte d'Osbourne, que son épouse envisageant le divorce a récupéré afin de faire analyser ses chances de rafler la mise, et les notes prises par Osbourne qui souhaite raconter ses années de CIA dans un livre abandonné au bout de trente minutes. Le CD est trouvé dans le club de gym, et Chad et Linda sont persuadés de tenir un document en or qui va les enrichir...

Burn after reading, donc: une fois brûlé, le document ne laissera aucune trace. Et c'est un peu ce qui arrive aussi aux cadavres dans le film, tués en des circonstances diverses, violentes bien sur, souvent tristement comiques pour ne pas dire hilarantes, mais la CIA est là, qui veille, on ne retrouvera donc rien. Pas plus que Linda et Chad n'arriveront à comprendre exactement à quel point le document qu'ils ont en leur possession n'est en fait que rien, un rien aux proportions cosmiques, auquel ils attribuent une dimension ridiculement inverses à sa véritable importance. C'est que dans ce film, personne n'est rien, personne n'est personne. Tout le monde ment, pas grand monde ne comprend. Tout le monde a ses préoccupations, et elles sont loin d'être très hautes, intellectuellement parlant... Les deux maître-chanteurs sont préoccupés de leur physique, Brad Pitt a un vocabulaire très limité, et Clooney se vide l'esprit d'une manière radicale: d'une part, il a une vie sexuelle débridée, d'autre part, il court. Mais il est aussi paranoïaque, sachant que parfois il a raison de se méfier, mais la plupart du temps, il se trompe totalement...

C'est une prouesse d'avoir fait un film sur un tel vide, et on retrouve bien là les tours de passe-passe auxquels nous ont habitués les deux frères dans leurs comédies: monter une histoire de kidnapping quand personne n'a été kidnappé, une affaire de rançon dans laquelle l'argent se perd dans l'indifférence générale, un scénariste qui ne trouve pas une minute pour écrire un script que de toutes façons personne ne semble lui demander, et un chanteur révolutionnaire se fait piquer son créneau par un inconnu qui va devenir Bob Dylan, renvoyant l'autre aux oubliettes... Burn after reading, c'est un film fait sans doute pour patienter entre deux oeuvres majeures, mais on y est bien, parce qu'on y rit et qu'on se lâche... même pour rien.

Et en plus, Brad Pitt est encore plus idiot ici que George Clooney, avec lequel il partage une scène, une seule, mais elle laissera des traces.

Burn after reading (Joel & Ethan Coen, 2008)
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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen George Clooney
29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 13:58

On voit très vite ce qui cloche avec ce film: c'est Casablanca 2... Même type d'intrigue, même acteur principal, retour bien sûr de Max Steiner, et si James Wong Howe succède (Brillamment) à Arthur Edeson, Michael Curtiz est quant à lui y toujours de la parie, auréolé de son statut de metteur en scène systématique des oeuvres de propagande de la Warner: après Casablanca, il a réalisé coup sur coup l'étrange Mission to Moscow (Sur "notre ami", le gentil Staline...) et la grosse machine This is the army.

Au moins, avec ce film, on retourne au cycle des productions romantiques chères Curtiz, et bien sûr, on retourne à Humphrey Bogart, mais aussi Peter Lorre dans un rôle plus sympathique (Et plus consistant) que son ambigu Ugarte dans Casablanca. Sont également présents Sidney Greenstreet et Claude Rains, mais aussi en lieu et place d'Ingrid Bergman, une autre Européenne de luxe: Michèle Morgan. L'intrigue est souvent un rappel des thèmes de résistance et d'engagement personnel, mais aussi d'un idéal d'amour passé, comme Casablanca, le tout dans le contexte d'une France occupée.

1944: Un journaliste Américain fait un reportage en Grande-Bretagne, dans une base de la France libre, et dans sa conversation avec le commandant Freycinet (Rains), apprend l'épopée qu'ont vécu avec ce dernier un groupe d'évadés de Cayenne, qui ont rejoint la France Libre en apprenant la défaite, et ont eu ) se battre contre Vichy sur le bateau qui les ramenait en Europe... Le journaliste apprend en particulier la singulière histoire de Matrac (Bogart), le plus flamboyant de ces hommes, un ancien journaliste idéaliste, arrêté sous un prétexte pour son agitation politique dans la France de Daladier, et qui n'avait d'autre préoccupation que de retrouver Paula (Morgan), son épouse...

Casablanca transcendait tous ses menus défauts (Le fameux laisser-passer signé par De Gaulle, qui prouvait à quel point les Américains ne comprenaient pas grand chose à la politique Européenne des années de guerre...) par la puissance romantique de ses personnages, ses intrigues, et sa mise en scène fabuleuse. D'une certaine manière, ce film prend plus de risques encore, et du coup accumule les défauts: trop patriotique, trop répétitif (De même qu'on pourrait s'occuper à compter les "Fuck!" dans un film de Scorsese, on peut toujours passer du temps à compter ici les "vive la France" et les Marseillaises...).

Mais pour ce qui est du romantisme, on y a droit: entre les flash-backs vers la France d'avant (Qui nous renvoie d'ailleurs à un autre flash-back, mais dans Casablanca, celui consacré à "Paris") avec Bogart et Morgan, les aventures des bagnards qui s'évadent et doivent sacrifier l'un d'entre eux, les crapahutages dans la jungle avec de vrais marais dangereux, et le meilleur du film, son intrigue sur le bateau, avec l'incertitude la destination (Marseille et la collaboration, ou Londres et la résistance?), il faut avouer qu'on est servi.

Car si j'admets que ce film est souvent une redite, d'ailleurs parfaitement assumée, de Casablanca, avec le même discours sur la nécessité romantique de l'engagement, qui est de toute façon un thème de l'oeuvre entière de Michael Curtiz, il n'en est pas moins une belle démonstration du talent de toute une équipe pour nous faire accepter tut et n'importe quoi, une sorte de super-Curtiz aussi avec tous les ingrédients qui font sa supériorité: du mouvement (Bateaux, voitures, avions...), du baroque, de l'énorme, du souffle! Et rares sont les films Hollywoodiens qui reposent sur une structure incorporant trois flash-backs en poupées russes. Certes, ce n'est pas Le manuscrit trouvé à Saragosse, mais on est quand même dans une conversation qui débouche sur un retour en arrière dans lequel un retour en arrière occasionne un retour en arrière... Et le peu de gants pris avec la politique Française rappelle que bien des gens en France, comme le personnage joué par Greenstreet, appelaient clairement de leurs voeux une occupation qui allait leur permettre d'installer un fascisme à la Française, Pétain le premier. Pas une leçon d'histoire, non, mais une leçon de romantisme, ça oui.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Guerre
28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 09:02
The drummer of the 8th (Thomas Ince, 1913)

Ce film en deux bobines très remplies raconte les exploits d'un jeune garçon désireux de devancer l'appel des armes, au début de la guerre de Sécession. Son frère venant de s'engager dans l'armée de l'Union, et ses parents alarmés par son enthousiasme pour la guerre lui ayant refusé de l'accompagner à la gare, il fugue et s'engage dans un régiment en tant que tambour. Il sera blessé, prisonnier, s'évadera et sera, bien sur, un héros.

Ince, c'est un peu comme Jasset en France: on a l'impression à la lecture des histoires du cinéma d'une oeuvre immense et incontournable, certains le mettent au-dessus de Griffith par exemple, mais les films sont rares et peu diffusés. Celui-ci, tourné en 1912, est un exemple frappant de la qualité dont ses productions pouvaient faire preuve à l'époque d'un cinéma encore balbutiant. Contemporain des premiers courts métrages en deux bobines de la Biograph, réalisés par Griffith, et qui seront pour lui le tremplin vers le long métrage, The drummer of the 8th conte en un temps record, finalement, toute une épopée, et le fait avec un grand soin; bien sur, il ne fait pas aller chercher très loin pour constater que le film est essentiellement un mélo situé en pleine guerre civile, jouant ainsi sur plusieurs tableaux à une époque ou toutes les familles Américaines avaient sans doute un lien avec cette histoire pas si lointaine... Mais la maîtrise de l'interprétation, assez remarquable, la profusion de décors, les scènes de batailles très fougueuses (et parfois propices à quelques débordements histrioniques toutefois), méritent effectivement le détour. Pour finir, on a l'habitude, avec les productions Ince, de se méfier du crédit de metteur en scène, le patron ayant la fâcheuse de ramener la couverture à lui et de signer les films qu'il n'avait pas réalisé, un peu à la manière d'un Walt Disney, mais pour celui-ci on le sait: Ince en était bien le réalisateur.

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Published by François Massarelli - dans Thomas Ince Muet
22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 11:40

"Attaque de drones", la formule est magique: il suffit de le dire dans un journal télévisé, et le tour est joué, on comprend instantanément sans avoir besoin d'entrer dans les détails, et le fait que les "frappes chirurgicales" (Autre formule très pratique) aient eu lieu sans la laideur d'un affrontement physique, donne une impression de sécurité qui ajoute à l'efficacité. Oui, mais qui opère une attaque de drone, et comment, à partir de quel poste, de quels ordres, dans quelles circonstances, quelles sont les marges de manoeuvre, et surtout les risques d'erreur? Le film tente de répondre à ces questions, et l'expression "Good Kill" est la conclusion tranquille apportée par le major Thomas Egan (Ethan Hawke) après une mission réussie.

Il y a un aspect documentaire dans ce film, la moindre des choses bien sur. On y voit que les militaires pilotant une attaque de drone sont deux plus un officier supérieur chargé de superviser l'opération; l'un des soldats localise les cibles et supervise le déplacement des drones, l'autre a la difficile part: il ou elle doit faire le travail de précision, cadrer la cible, viser, choisir le bon moment, obtenir l'autorisation et tirer. Thomas Egan, ancien pilote d'avion qui a du se reconvertir à cette nouvelle façon de faire la guerre, fait précisément ce travail, et en souffre. Pourtant, il y a des avantages certains, comme le fait de pouvoir rester sur le territoire Américain, et ne pas risquer de se faire descendre durant une mission, et de rentrer à la maison dans une boîte en bois. Egan rentre chez lui tous les soirs, sauf quand il a des missions de nuit. Mais la vie de famille n'est hélas plus ce qu'elle était, Thomas Egan ayant du mal à avaler le bilan de chaque mission: comme le dit un officier, quel que soit la façon qu'on ait de couvrir les faits par des mots, un pilote de drone n'en reste pas moins un tueur, et c'est ce qui ronge Egan... Alors quand d'une part son mariage finit de s'effriter à force de trop de silence et de vodka, et que d'autre part la CIA commandite une série d'attaques qui sortent de l'ordinaire et ressemblent encore plus à des assassinats, il souffre encore plus et remet tout en question...

Le lieu ou se passe l'essentiel de l'action est une base, dans le Nevada, à quelques encablures de Las Vegas. Les soldats se rendent donc le matin à a base et leur mission est effectuée dans des petits containers aménagés, toute la journée. Les éléments de langage ne ma naquent pas mais on constate que l'essentiel des conversations des hommes et des femmes sert essentiellement à justifier leur travail, ou sa moralité (Soit "Si on ne les tue pas, il vont nous attaquer", soit "au moins je vois mon épouse et mes enfants"). Mais comme le dit un protagoniste à un moment, la plupart des experts qui pilotent les drones sont recrutés à partir de leurs capacités à jouer à des jeux vidéo. On en revient donc à une situation dans laquelle tout repose sur la capacité à faire totalement abstraction de l'humanité et de la réalité des victimes. Ce qui différencie bien sur Egan de ces jeunes loups, c'est le fat d'avoir au moins connu la réalité physique des missions de combat. Ses scrupules ne sont pas d'ordre pacifiste, il ne critique pas la validité de la guerre ou des engagements de l'armée, il en valide la moralité, et souffre tot simplement d'avoir du sang sur les mains.

Et l'essentiel du film montre que même avec la technologie la plus perfectionnée, l'homme tue quand même à tort et à travers, et que les morts innocentes font toujours partie intégrante du décor. Et plus la chaîne de commandement est longue, plus les doutes quant à la moralité de l'action deviennent importants: lors de l'épisode du film consacré à la façon dont la CIA s'impose aux experts de la base pour ordonner des attaques toujours plus douteuses, des enfants, des médecins arrivés sur les lieux d'un bombardement, des passants sont abattus à tout hasard, mais les soldats obéissent à un officier supérieur, qui obéit à un agent de la CIA, qui obéit à ses supérieurs, qui obéissent à... à qui? Le metteur en scène choisit de cadrer aussi souvent que possible les Américains vaquant à leurs occupations, dans leurs villes et leurs banlieues, d'en haut: point de vue de Dieu, ou point de vue de pilote de drones?

Derrière le questionnement de la morale, qui aboutit prudemment à une conclusion ambiguë, mais rigoureuse et largement justifiée, le film en profite pour poursuivre les thèmes de prédilection de Niccol: comme dans ses films de science-fiction "légère" (Gattaca, SimOne et In Time, sans oublier son scénario pour The Truman Show de Peter Weir), il fait reposer son intrigue sur un fait technologique parfaitement clair, cette fois la capacité à frapper à distance sans aucun engagement humain de la part de l'attaquant, et donne parfois l'impression d'assister à un film d'anticipation. Pourtant tout y est rigoureusement authentique... Le réalisateur-scénariste a su poser les bonnes questions, et son film est hautement moral, sans jamais sombrer comme peut le faire par exemple American Sniper de Clint Eastwood dans la moindre tentation patriotique. La réflexion de Niccol porte ici sur l'humanité, non pas sur l'Américain, ou la nation Américaine. Ce n'en est que plus effrayant...

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Published by François Massarelli - dans Andrew Niccol Guerre
20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 17:00

...Ou comment aller totalement contre la politique des auteurs! Avec ce film, on est au coeur de la machinerie de la Metro-Goldwyn-Mayer des années 50, avec un réalisateur qui était essentiellement spécialisé dans le tout venant (Des séries B, des "Lassie", etc) de la firme, et une équipe dans laquelle chaque artisan, chaque technicien était entièrement investi dans le projet, derrière Wilcox, mais aussi derrière les décorateurs, menés par Arthur Lonergan, l'armée de scénaristes de la MGM dirigée cette fois par Cyril Hume... Le tout débouche sur un film d'une remarquable portée, à la fois sorte de trace ultime de la science-fiction des années 50, donc démodée sitôt passé un délai de cinq ans, et film intemporel et unique, une série B gonflée par l'astuce et le savoir-faire de ses techniciens en un produit de luxe, avec sa photo en couleurs et son Cinémascope des grands jours, dus à la patte du chef-opérateur George Folsey. Pour couronner le tout, et ajouter à l'étrangeté du projet, il n'y a pas de musique; mais plutôt des bruitages électroniques d'ambiance, qui jouent exactement le rôle qu'aurait joué une partition classique, et qui sont désormais indissociables du film et de son atmosphère.

Un vaisseau spatial terrien vogue vers une lointaine galaxie, à la recherche d'une expédition scientifique qui se serait abîmée vingt ans auparavant, à proximité d'une planète hospitalière appelée Altair 4. Au moment d'arriver à destination, les hommes de l'équipage (il s'agit essentiellement d'une mission militaire) ont la surprise d'entendre à la radio la voix du Dr Edward Morbius, un des scientifiques du Bellérophon, le vaisseau de l'expédition perdue, leur dire avec une certaine autorité de s'éloigner et de rentrer sur terre. Ils n'en font rien, et vont vite découvrir la retraite de Morbius, l'unique survivant retranché en naufragé volontaire sur la planète où il s'est trouvé comme en un paradis, étudiant depuis vingt ans les traces éparses mais fascinantes d'une civilisation disparue, les Krells, tâchant de comprendre de quelle façon ces êtres infiniment supérieurs aux terriens avaient pu s'auto-détruire alors que leur vie entière était une recherche de la connaissance, de la science et de la pureté pacifique... Les militaires vont aussi faire la connaissance de Robbie, le robot le plus perfectionné qui soit, mais surtout d'Altaira, la jeune fille née des amours de Morbius et d'une autre scientifique du Béllérophon... Mais tous ces humains sont ils les seuls êtres sur cette planète lointaine? Bien des événements vont contredire cette hypothèse.

D'un côté, avec Leslie Nielsen en maître de cérémonie, les soldats (Qui viennent au nom d'une alliance des nations belle utopie!) se rendent sur une autre planète avec l'innocence des ignorants, et face à eux, Morbius (Walter Pidgeon) est un home doté à l'origine d'un Q.I. hors concours, et qui a trouvé dans ses recherches autour de la civilisation Krell une source de nouvelles connaissances inépuisables. Son intelligence est sans limites, et il ne le sait pas encore. Le film joue beaucoup de la prestance et de la séduction naturelle de Pidgeon pour installer une forte ambiguïté: quelle part joue-t-il dans les étranges attentats dont sont victimes les terriens, dans leur vaisseau, puis des meurtres barbares dont sont victimes certains d'entre eux? Quelle part la technologie Krell, magnifiquement conservée car dotée de toute une machinerie interne d'auto-entretien et d'auto-alimentation, joue-t-elle dans le mystère? Ce sont là certaines des questions passionnantes et aussi un peu délirantes auquel ce film à la rigueur sciencefictionnelle typique des années 50 se charge de répondre... Tout en empruntant à Shakespeare et à The tempest, tant qu'à faire!

...Mais si on aime vraiment l'idée d'un film dont la trame se situe autour justement de l'absence, de l'invisible aussi, de l'insaisissable enfin (Mais qui est ce montre, et d'ailleurs, existe-t-il?), il n'en reste pas moins que le grand plaisir du film dérive essentiellement de cette science-fiction codifiée, du message d'humilité face à une science qui voudrait en savoir trop et ignorerait la nature même de l'humanité dans sa beauté ET sa laideur (Le monstre d'un côté, la jolie Altaira, jouée par la jolie Anne Francis, de l'autre, sont après tout deux faces d'un seul et même être, et rassurez-vous si vous n'avez pas encore vu le film, je n'ai malgré tout pas tout dit), dans ses décors superbes, son Cinémascope utilisé à fond, ses animations surannées (Dues à des équipes venues de chez Disney) et dans ses ridicules vaguement assumés. Série B de grande classe, ou film cosmique et grandiose déguisé en produit de grande consommation, qu'importe: c'est un classique.

Forbidden planet (Fred McLeod Wilcox, 1956)
Forbidden planet (Fred McLeod Wilcox, 1956)
Forbidden planet (Fred McLeod Wilcox, 1956)
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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Shakespeare