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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 21:16

Douglas Fairbanks, à l'aube des années 20, était clairement prêt à franchir le pas: ce film montre à quel point ses ambitions vont vers le film d'aventures spectaculaires, même si The Mollycoddle est une comédie avant tout. Un "mollycoddle", c'est une poule mouillée. Douglas Fairbanks incarne donc un Américain fier de ses racines, mais qui a quitté les Etats-Unis à l'age de quatre ans, et se comporte comme une femmelette, résidant à Monte Carlo, portant monocle et s'imaginant New York comme une ville du far West dans laquelle les gens se déplacent en diligence. Il n'a jamais travaillé de sa vie, porte une moustache ridicule, et voit venir les touristes Américains avec une certaine curiosité naïve... Quelques amis Américains, justement, de passage à Monte-Carlo le persuadent de "rentrer au pays" avec eux, mais il tombe alors dans une sombre histoire d'espionnage dans laquelle on va justement le soupçonner d'être un espion...

Histoire de métamorphose, comme souvent les petits films d'aventures produits par Fairbanks, The Mollycoddle sera suivi d'un film important: The mark of Zorro (Fred Niblo, 1920). Les deux films ne sont pas sans rapports... Il est tentant d'imaginer que le mystérieux espion qui surveille les agissements louches d'un contrebandier en diamants (Wallace Beery, en "villain" classique), soit précisément le personnage incarné par Fairbanks. C'est d'ailleurs ce que croient les bandits pendant un temps. Mais il est, contrairement à Don Diego dans le futur film de Niblo, authentiquement un naïf au coeur pur! D'une certaine façon, la moustache de Fairbanks est l'emblème de son inefficacité, et lorsqu'il devient un homme (Et quel homme, quelle fougue, quelle prestance!), il la coupe. Mais dans les films d'aventures musclées qui suivront, Zorro sera le seul héros qui n'aura pas droit à sa moustache chez Doug Fairbanks!

Un petit film, certes, mais pas de temps mort, et les images authentiques captées sur la réserve Hopi de l'Arizona sont magnifiques. Fleming, pour sa deuxième et dernière collaboration avec l'acteur-producteur, fait merveille avec les constantes ruptures de ton de ce film qui commence en comédie mondaine, se poursuit sur un bateau, avant de se terminer dans les déserts magnifiques de l'Ouest Américain. Complice de toujours dans les films de Fairbanks, Charles Stevens interprète un petit rôle, bien qu'il soit le petit-fils de.... Geronimo. C'est du moins ce que la publicité a si souvent annoncé, alors que c'était en réalité totalement inventé. Par contre la passion du producteur pour la culture Indienne débouche sur des images respectueuses, et surtout authentiques, du territoire des Hopis, pas si souvent filmés. Donc ce film mineur sur la contrebande de diamants est une mine d'or!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Victor Fleming Douglas Fairbanks **
15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 16:49

Le scénariste génial de The Truman Show (Peter Weir, 1998), et réalisateur célébré de Gattaca (1997) a bien grandi, et il continue à explorer des voies inédites de la science-fiction, tout en décrivant avec un certain talent notre monde dans toute sa splendeur... Voulez-vous savoir pourquoi vous n'êtes pas riches? Parce qu'il faut bien que certains le soient à votre place. Et si le temps était de l'argent, ce ne serait que bien plus vrai encore. Avec deux nouveaux Bonnie and Clyde qui n'auraient pas besoin de mourir, Niccol renouvelle le cinéma à vocation sociale, et le fait avec des poursuites en voiture! Bien sur il sera assez facile de déceler ce que son cinéma a de fabriqué tant le metteur en scène aime à se reposer sur des gimmicks, et le fait d'ailleurs avec une certaine constance de film en film. Mais lui, contrairement à Nolan, ne se prend pas pour un génie, et utilise un concept simple (Comme le principe du héros de série inconscient de ce qui se passe autour de lui) comme point de départ, sans jamais perdre son public. Sa mise en scène s'attache à des personnages dont le but es clairement identifié, et comme on est dans un cinéma de genre par excellence, le film présente son lot de scènes gratifiantes...

Le concept de In time (Time out selon le titre Français...) est une fois de plus simple et respecté à la lettre dans tous ses développements: dans un futur proche et hypothétique, l'argent a été remplacé par du temps: le corps s'arrête de vieillir à 25 ans, mais une pendule se met en route, qu'il fait alimenter au fur et à mesure, mais si on ne fait rien, l'arrivée à 0 tue immédiatement l'humain... Et certains ont eu les moyens d'accumuler une fortune (Et donc d 'être virtuellement immortels), alors que d'autres vivent le plus souvent avec un crédit d'une heure, et sont habitués à croiser les cadavres de ceux dont l'horloge a fini sa course... Le système est savamment entretenu par les puissants de façon à ce que les zones soient aussi hermétiques que possible, et qu'ils soit toujours lus difficile de changer de classe sociale, pardon, de zone temporelle. C'est ce que va vérifier Will Salas, un jeune homme qui un jour sauve la mise d'un riche oisif qui se promène dans la zone avec une centaine d'années de crédit au compteur, et une folle envie de se suicider: Will se réveille avec une fortune au compteur et les policiers aux trousses, il va alors tenter de passer de l'autre côté.

Le darwinisme est ici repensé en fonction de cette notion de temps, mais le réalisateur dénonce, naïvement ne manqueront pas de dire les uns et les autres mais c'est un conte après tout, une société qui fonctionne selon des règles établies par ceux qui en profiteront le plus... son film peut être vu, bien sur, comme un divertissement, ce qu'il est sans aucun doute, mais il est satisfaisant de voir qu'un cinéaste parle, à sa façon, et avec humour en plus, d'une situation d'inégalité établie, pensée et en apparence immuable, et balance là-dedans deux robins de bois beaux comme des dieux, irréels, et soyons francs, qu'on suivrait jusqu'au bout du monde: Justin Timberlake et Amanda Seyfried. On peut adhérer à ce film rafraîchissant qui nous rappelle que le monde est malade de ses inégalités, ou... aller se faire voir chez les Grecs.

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Published by François Massarelli - dans Andrew Niccol Science-fiction
14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 11:15

La cupidité est au coeur de l'oeuvre de Pabst, en particulier ses films muets: l'argent est le moteur de nombreux personnages de La Rue sans joie, le pharmacien du Journal d'une fille perdue est prêt à vendre sa fille pour garder son commerce, et certains amis de Loulou semblent aisément et dangereusement corruptibles... Ce premier film du metteur en scène sous forte influence de l'expressionnisme cinématographique Allemand, qui vivait ses derniers feux en cette année 1923 (Le cabinet des figures de cire, de Paul Leni), s'appelle justement Le trésor, et va tourner autour de réactions différentes à l'appât d'un magot, qui pour rejoindre une autre préoccupation majeure du cinéaste, est assimilé à la sexualité, et l'amour...

En actuelle Slovénie, chez un artisan, on parle d'un trésor légendaire: quand les Turcs ont envahi la région de Vienne, un magot phénoménal aurait été caché dans les environs. C'est un conte plus ou moins accepté comme une légende, mais un homme y croit dur comme fer, un assistant (Werner Krauss) de l'artisan (Albert Steinruck). Arrive un travailleur itinérant (Hans Brausewetter) qui demande et obtient de s'installer avec eux, et entend parler du trésor. Il n'y croit pas, préférant s'intéresser à a fille du patron, mais celle-ci (Lucie Mannheim) lui fait comprendre qu'il y a peut-être du vrai dans cette histoire... La compétition devient rude entre les deux assistants, que ce soit pour trouver ce fameux trésor, ou pour les faveurs de la jeune femme...

La préférence de Pabst, elle, ne fait aucun doute. Werner Krauss, qui sera bientôt (Dans la magnifique La rue sans joie de 1925, le troisième film de Pabst) un boucher qui fournit de la viande aux jeunes femmes contre des faveurs sexuelles, joue ici un homme inquiétant, presque animal, dont l'obsession sexuelle est soulignée dès les premières séquences, au moyen du regard terrifiant et fixe avec lequel il dévisage l'objet de son désir. On le verra, le trésor est pour lui plus qu'une obsession, ce sera la clé de ses fantasmes puisqu'il échangera l'usufruit du magot une fois celui-ci trouvé contre la fille... Mais le héros, pourtant un cavaleur de première classe trouvera lui en la fille de la maison l'amour, et saura s'arrêter à temps.

L'intrigue, comme celle de beaucoup de films muets Allemands, tient en vraiment peu de péripéties, mais Pabst a surtout soigné son image, en combinant avec adresse des décors inspirés de l"expressionnisme, mais bien plus réalistes, un clair-obscur adroit (Du au chef-opérateur Otto Tober) et un jeu divisé en deux tendances: excessif pour les obsédés du trésor, plus raisonnable pour les autres. Pabst, on le sait, ira vers le naturalisme avant la fin de la décennie, pour l'instant il est amené à étudier et exploiter l'héritage expressionniste avec une certaine finesse, dans un petit film miraculé comme tant d'autres...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Georg Wilhelm Pabst * ...Jusqu'à l'aube
11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 21:32

THX 1138 (Robert Duvall) et Luh 3417 (Maggie McOmie) sont deux êtres humains à part dans une cité futuriste aussi déshumanisée que possible: ils s'aiment, et sous l'impulsion de Luh qui traffique les dosages de médicaments qui contrôlent normalement les pulsions des gens, vont laisser libre court de la façon la plus naturelle qui soit à leur affection réciproque... Ce qui va être le début d'une longue série d'ennuis en tous genres...

Le premier long métrage de Lucas est donc une extension de son court métrage d'études (Electronic labyrinth: THX 1138 4EB, tourné en 1967) , et c'est probablement l'un des films de science-fiction les plus distinctifs qui soient: décor unique, et largement dominé par des pièces uniformément blanches, toutes les têtes rasées, et des acteurs qui jouent des êtres totalement asservis à une société totalitaire par les drogues qu'on leur fournit quotidiennement: tout est mécanisé, prévu, automatisé, et chaque humain n'est qu'un maillon de la chaîne. Le sexe, réflexe de liberté, est proscrit au profit d'une reproduction assistée de l'extérieur. Quant à essayer de se sortir du carcan, impossible... Contrairement à sa réputation, le film possède même un peu d'humour notable, et quelques éléments qui anticipent, de façon embryonnaire sur les aspects esthétiques de l'"Empire"... La mise en scène de Lucas, des années avant ses films tournés systématiquement en virtuel, se signale déjà par une recherche du décor nu absolu, et l'invention et la débrouille se devinent encore malgré le vernis contre-nature d'effets spéciaux numériques ajoutés par Lucas qui décidément ne peut s'empêcher de refaire ses films. Quelle sale manie.

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Published by François Massarelli - dans George Lucas Science-fiction
11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 15:22

Beaucoup des films Artcraft de Fairbanks, produits en indépendant mais avant la création de la compagnie United Artists, ont été perdus. C'est la raison pour laquelle, en dépit de qualités exceptionnelle de A modern musketeer, paru en 1917 soit plus d'un an avant celui-ci, il semble y avoir un gouffre entre ces deux films! Fairbanks entend bien jouer dans la cour des grands avec ce long métrage extravagant et d'une exceptionnelle richesse. Ses films feront désormais six bobines, et il va déployer une impressionnante galerie d'effets spéciaux pour donner vie à une intrigue qui ressemble à du Fairbanks concentré, mais aussi sérieusement enrichi. L'ancien chef-opérateur Victor Fleming est désormais à la manoeuvre, une idée qui me parait excellente tant les péripéties de cette intrigue nécessitaient une maîtrise de l'image que bien des metteurs en scène n'avaient pas. On peine d'ailleurs à croire qu'un tel log métrage puisse venir d'un débutant, et pourtant Fleming n'avait jamais réalisé de film avant. Par contre, comme chacun sait, il ne va pas s'arrêter en si bon chemin...

Un préambule incongru nous montre un scientifique, le Dr Ulrich Metz (Herbert Grimwood), qui devant un parterre de confrères annonce sa décision de se lancer dans une expérience inédite: il va manipuler un être humain jusqu'à provoquer sa mort, réclame, et obtient leur approbation... L'être humain en question est Daniel Boone Brown (Douglas Fairbanks), un jeune homme tellement superstitieux qu'il se complique la vie en permanence. Les manigances du Dr Metz le rendent en retard chez son employeur, qui est aussi son oncle (Ralph Lewis) Celui-ci le met à pied pour lui apprendre la vie, et durant sa période de chômage technique, il rencontre une jeune femme aussi toquée que lui (Kathleen Clifford), et c'est bien sur le coup de foudre réciproque. Sauf que... Lonette, la jeune femme, est plus ou moins promise, et à un escroc en plus (Frank Campeau), et celui-ci vient justement en ville, pour faire affaire avec l'oncle. Il va donc y avoir du sport, des cris et des quiproquos, sous le regard inquiétant du Dr Metz....

Quel autre film peut se vanter de montrer son protagoniste en plein cauchemar, courant au ralenti pour échapper à une tourte, un homard, un oignon et du fromage Gallois qui le poursuivent? Dans quel autre film un savant fou s'adresse-t-il à une assemblée de scientifiques pour leur faire part de son projet de tuer un être humain à titre expérimental? Et quel autre film de la période passe ainsi de la comédie de boulevard, avec triangle amoureux et poursuites d'une pièce à l'autre, à une représentation des rêves de son héros puis à une inondation géante? Ca aurait bien sur pu être très brouillon, mais la réussite de l'ensemble (Découpage, interprétation, effets spéciaux, etc...) est telle que le problème ne se pose pas. Une fois de plus, Douglas Fairbanks réussit à nous faire croire qu'il est un homme timoré, empêché cette fois de briller par une superstition maladive, jouée avec cocasserie, mais il montre aussi le chemin à d'autres: Lloyd et Keaton (Qui se souviendra de l'effet dramatique d'une inondation dans Steamboat Bill Junior) tireront tous deux la leçon de ce film brillant et unique en son genre.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 Victor Fleming Douglas Fairbanks *
9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 10:20

Un agent recruté par le service le plus secret de la planète, un décalage (Age, éducation, style) entre son principal complice et lui, puis une intrigue qui débouche sur service secret d'élite contre méchant à l'échelle planétaire: qu'est-ce qui différencierait Kingsman d'une fusion entre MenInBlack et n'importe quel James Bond de consommation courante? Eh bien beaucoup de choses, tant de qualités même qu'on ne va pas les énumérer ici, ce serait stérile. D'autant que le film a eu un succès bien mérité, de par son esprit, sa construction, et l'atmosphère généralisée... Plus qu'un gigantesque défouloir, plus qu'une brillante parodie, c'est aussi une manière très Britannique de célébrer le passé, tout en l'envoyant aux orties, soit la quadrature du cercle pour un film d'action, un terme auquel je répugne souvent tant il me semble idiot d'en faire un genre: le film, ça bouge, non?

Un jeune délinquant dont le père a fait partie d'un service ultra-secret d'espions, Kingsman, est recruté par eux afin de faire partie de la brochette de remplaçants probables d'un agent mort en mission; Gary surnommé Eggsy (Taron Egerton), est le plus inattendu des candidats, car il ne vient ni d'Oxford, ni de Cambridge, ni d'une famille "posh", et bien sur il va être parmi les meilleurs, ce qui va lui permettre de participer à la lutte de Kingsman contre Richmond Valentine (Samuel L. Jackson), le très excentrique milliardaire préoccupé d'environnement, qui envisage de massacrer les 99/100e de la population... Donc faire ses classes, convaincre des supérieurs exigeants, acquérir un minimum d'éducation pour devenir un gentleman, et bien sur sauver la planète en prime, ce n'est donc pas une mince affaire...

Le film ne ressemble pas à un produit de grande consommation, bon ou mauvais peu importe pour une seule et bonne raison: il est absolument imprévisible. Rien, ou peu de choses, se déroulent comme on les attendrait, et il n'est pas rare que Kingsman déborde joyeusement du cadre si souvent rassurant de ce genre de film. On se doute que Iron man a une vie échevelée, mais peut-on l'imaginer sauver le monde en quatrième vitesse parce qu'une princesse lui a promis une faveur sexuelle à laquelle il va d'ailleurs avoir droit? Peut-on imaginer, dans le cadre policé d'un James Bond, une séance d'église qui dégénère en un massacre ultra-graphique, dont aucun détail ne nous est épargné, tout en restant une chorégraphie de la violence? Comme le Britannique qu'il est, Matthew Vaughn sait conserver une distance salutaire vis-à-vis du genre, tout en y sacrifiant avec bonheur, et avec en guise de cerises sur le gâteau, rien moins que Colin Firth, impeccable bien sur, et Michael Caine. Michael Caine!! Je passe sur la performance impeccable de Samuel Jackson (Le méchant qui zozotte, et qui est obsédé par les films à l'ancienne, et qui réussit à avoir une certaine consistance), je passe aussi sur une apparition de Mark Hamill soi-même, je passe aussi sur une trace de mauvais goût des effets spéciaux inspirés du pire film au monde, Matrix, pour saluer ce qui est une réussite, dont on espère qu'elle ne va pas être déclinée en suites: ça ne sert à rien.

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Published by François Massarelli - dans Matthew Vaughn
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 23:13

Comme pour passer à a vitesse supérieure, Douglas Fairbanks s'attache les services d'Allan Dwan, un vétéran déjà, pourtant encore à l'aube d'une carrière de cinquante années. L'un (Fairbanks) et l'autre (Dwan) avaient semble-t-il un attachement particulier à la personne de D'Artagnan, et un autre de leurs dix films ensemble (Tous muets, sortis de 1916 à 1929) sera d'ailleurs de nouveau consacré au personnage de Dumas: The Iron Mask (1929). Mais en attendant, Douglas Fairbanks est encore dans ce film co-écrit avec Dwan le héros moderne et bondissant de films d'aventures comiques, situées dans l'Amérique contemporaine, les deux hommes vont donc user d'un stratagème pour permettre au comédien, pour une petite partie du film, d'incarner le mousquetaire de légende... Et ce pour servir en réalité une autre cause, qui prend tout son sens en examinant la carrière et la filmographie de l'acteur...

Donc, un prologue nous rappelle l'ardeur, la vivacité et le style de D'artagnan, bien sur interprété par Fairbanks, qui comment un acte chevaleresque (Rendre à une belle dame son mouchoir qu'un bandit lui a volé) en fauchant tout ce qui bouge de son épée adroite. Mais Doug a bien pris soin de s'avancer vers la caméra, pour montrer d'un clin d'oeil complice à ses admirateurs qu'il est bien toujours le même sous l'étonnante moustache, en tout point similaire à celle qu'il fera vraiment pousser à partir de 1921, et gardera jusqu'à la fin de ses jours. A la fin de ce court prologue, le Doug moderne s'avance de nouveau vers la caméra pour effectuer une transition, par un nouveau clin d'oeil. C'est un étrange début, assez en phase avec la structure chaotique de ce long métrage, par ailleurs l'un des meilleurs de cette première période de Fairbanks... en même temps que son plus décousu.

L'intrigue proprement dite démarre par une nouvelle allusion, lorsque Ned Thacker, né sous le double signe de D'Artagnan qu'aimait tant sa maman, et d'un cyclone qui ravageait le Kansas au moment de sa naissance, quitte le domicile familial avec un véhicule offert par son papa. Ultime allusion, la voiture est...jaune. En chemin vers l'Ouest, il rencontre des touristes: Madame Dodge (Kathleen Kirkham), accompagnée de sa fille Elsie (Marjorie Daw) et d'un intrigant multigame qui cherche à accrocher Elsie à son tableau de chasse, Forrest Vandeteer (Eugene Ormonde). Ils font route ensemble vers le Canyon du Colorado, ou ils vont rencontrer des Indiens Hopis, menés par le dangereux Chin-de-Chah (Frank Campeau qui lui aussi, tout comme Ned bien sur, convoite la jolie Elsie. Mais qui, des trois amoureux, l'emportera? A votre avis?

Je mentionnai plus haut une cause qui justifierait l'emploi du personnage de D'artagnan et du Paris de Dumas, mais c'est à mon avis évident que Fairbanks a déjà l'ambition de révolutionner le film d'aventures comme il le fera plus tard avec ses grands films. Le prologue et le thème servent ici de ballon d'essai, tout comme l'élargissement spectaculaire des décors, en passant par le grand Canyon, et la façon dont Dwan et ses chefs-opérateurs utilisent l'arrière-plan, sont la marque d'une ambition, qui passe ensuite, suprême audace, par une liberté de ton, et une liberté de filmer, qui me semble absolue. Le film est superbe, impertinent, et "Fairbanksien" en diable, tout en se situant sans aucune tricherie dans un décor mythologique, avec ses vrais villages Hopis, et ses vrais canyons! L'acteur a su trouver le ton parfait, et signe son premier chef d'oeuvre, voilà tout.

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Published by François Massarelli - dans Muet Douglas Fairbanks 1917 Allan Dwan *
5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 18:43

Le dernier film de l'équipe rassemblée autour de Doug Fairbanks, avec Anita Loos et John Emerson, Victor Fleming à la photo (Assisté de Sam Landers) et Eileen Percy en vedette, Reaching for the moon prouve que désormais Douglas voit grand. Il commence à tenter de faire reculer les limites du cadre qui est le sien: cinq bobines, c'est assez pour des comédies, mais... il voit plus grand, plus loin... Quatre ans plus tard, il sautera le pas comme on le sait, mais pour l'instant il trouve des moyens d'élargir son champ d'action sans pour autant renier les côtés sportifs, modernes et optimistes de ses petites productions...

Alexis Brown est né, de son propre aveu, sous un patronage exigeant: sa mère qu'il n'a jamais connue l'avait en effet prénommé Alexis Caesar Napoleon, en hommage bien sur à deux autocrates bien connus, mais aussi au roi Alexis, de son lointain pays, la Vulgaria. Et Alexis, qui ne s'y est jamais rendu, est persuadé que son destin est lié à ce royaume, où il serait appelé à faire de grandes choses. Il lit en permanence des livres de pseudo-philosophie dont il ne comprend pas le sens, et s'imagine fait pour la grandeur, au grand dam de son amie Elsie, qui l'aime désespérément, mais qui souhaiterait qu'il retombe sur terre, tout comme son patron, d'ailleurs, qui espère que son imagination galopante va un jour servir les destinées de l'entreprise qui l'a embauché. Mais peine perdue: le rêve reste le maître mot d'Alexis, qui va justement se laisser embarquer dans une histoire particulièrement délirante...

L'introduction au film nous montre Doug qui tente de saisir la lune, comme le propose le titre. Au figuré, il s'agit d'une injonction à être ambitieux, et si le film tend à nous montrer que c'est bien joli, mais qu'il fait aussi savoir avoir les pieds sur terre, de fait on sent que Fairbanks se laisse emporter lui aussi par des rêves de grandeur, qui donnent justement au film une certaine classe: la portion qui se passe en Vulgaria a permis à l'équipe de faire construire des décors et de multiplier les costumes des nombreux figurants; désormais, Fairbanks entend bien jouer dans la cou des grands; il filme encore à New York (Dont il nous montre des images tournées en toute liberté), mais se rend aussi en Californie, une partie du film ayant été tournée à Venice. Il ne tardera pas à s'y installer définitivement. Pour finir, Fairbanks gardait un bon souvenir de ce petit film, au point d'en voler le titre pour un de ses films parlant, mais qui semble n'avoir rien en commun avec cette intrigue...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks *
5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 11:28

Réalisé dans la foulée de l'exubérant Wild and Woolly, Down to earth part dans une direction nouvelle, tout en se situant clairement dans le genre de comédies qui ont fait la popularité de Douglas Fairbanks: il y reconduit d'ailleurs la même équipe que dans son précédent film, avec Anita Loos, John Emerson, Victor Fleming, et jusqu'à Eileen Percy qui est engagée pour interpréter un rôle totalement différent que celui de Nell qu'elle jouait dans le précédent film. Mais surtout, il s'agit du premier film Californien de Fairbanks, tourné pour une large part à Yosemite National Park. Il ne tardera plus à s'installer définitivement sur la côte ouest pour devenir un membre influent de l'aristocratie Hollywoodienne...

Billy Gaynor (Fairbanks) est un homme aventureux, sportif et doté d'une certaine hygiène de vie rigoureuse et dynamique. Mais depuis sa plus tendre enfance il est amoureux de Ethel Forsythe (Eileen Perry), une jeune femme comme il faut de la bonne société, qui lui préfère un homme de sa classe (Charles K. Gerrard), et va se marier avec lui. Billy parcourt le monde pour oublier la dame de ses pensées pendant que celle-ci plonge la tête la première dans une vie sociale faite de fêtes, de dîners tardifs, d'alcool et de cigarettes qui l'épuisent. Elle doit être soignée pour une dépression carabinée, et Billy vient un jour la voir dans un sanatorium pour riches, tenu par un docteur véreux (Gustav Von Seyffertitz). Rien n'est fait pour y améliorer la santé des patients, et Billy décide de racheter l'établissement et d'emmener les patients en croisière vers une île déserte où il va les forcer à sortir de leur coquille...

Si c'est un film mineur dans la carrière de Fairbanks, il a le mérite d'être original, et probablement très personnel: on sait que l'acteur mettra beaucoup de lui-même dans des films à grand spectacle qui seront toujours marqués par une morale foncièrement optimiste, aussi simpliste que sincère. C'est cet optimisme et ce semblant de bon sens qui me semblent l'emporter dans Down to earth: Billy Gaynor décide d'imposer à ses "patients" une vie radicalement différente de celle qu'ils ont vécu jusqu'à présent. il va les secouer jusqu'à ce qu'ils chagent, en les manipulant s'il le faut. La partie du film consacrée à l'île déserte (Un mensonge, en fait, comme on le verra à la fin du film) montre Douglas Fairbanks régir son petit monde un peu à la façon dont Crichton va prendre le contrôle de ses patrons dans Male and female de Cecil B. DeMille, mais ici, le but n'est pas de survivre, mais il est de montrer à tous, de façon peut-être un peu dictatoriale, le chemin d'une vie saine. Cette obsession de la bonne santé est une préoccupation bien de son époque, dans l'Amérique de 1917, c'est aussi une croyance profonde de Fairbanks.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks *
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 15:44

Un vrai gamin, Jeff Hillington, qui est tellement obsédé par l'Ouest sauvage, du moins celui qu'on découvre dans les romans qu'il lit... Il s'est aménagé dans sa chambre un coin "tente" atour duquel il recrée avec une précision maniaque les conditions de vie d'un cow-boy. Ca irrite forcément son père, qui rêverait volontiers d'un héritier plus convenable pour ses affaires, mais il l'a quand même embauché pour l'assister. Arrive une occasion rêvée: des clients de l'Arizona viennent solliciter une aide financière pour des installations, M. Hillington propose d'y envoyer son fils afin de faire d'une pierre deux coups: venir en aide à ses clients, et... permettre à son fils de découvrir le vrai Ouest moderne. Mais d'une part les habitants du village dans lequel Jeff va se rendre ont l'idée de recréer l'ambiance de l'Ouest mythique, afin de faire une farce au jeune homme, qui est bien sur ravi en arrivant dans une ville de cow-boys plus vraie que nature, et d'autre part une bande de hors-a-loi mijote un coup fumant, et pourraient bien tirer parti de la confusion qui va s'installer avec la venue de Jeff...

Filmé à Fort Lee, New Jersey, Wild and Woolly est l'une des premières productions indépendantes de Fairbanks, qui a quitté la Triangle et travaille désormais pour Artcraft/Paramount. Il a constitué une fine équipe avec laquelle il travaille dans une totale indépendance, et avec une redoutable efficacité: Anita Loos au script, John Emerson à la direction et Victor Fleming fait ses débuts de chef-opérateur à l'aube d'une exceptionnelle carrière. Le film est du pur Fairbanks, empreint d'un enthousiasme enfantin, communicatif et débordant d'énergie positive et de clins d'oeil. On aperçoit, outre la star incontestée qui n'hésite pas à se moquer de son propre enthousiasme débordant , et se représente en pur naïf, Eileen Percy qui joue la belle Nell, l'une des autochtones qui va être chamboulée par l'arrivée de Jeff, ou encore Sam De Grasse en méchant à moustache... Parmi les rôles moins importants, on eut noter Charles Stevens, le petit-fils de Geronimo selon la légende, et qui est le plus souvent de la partie dans les films de Doug. Enfin, Tom Wilson et Monte Blue font eux aussi des apparitions.

Le film ne se prive pas de montrer une image des peuples Indiens (Lâches, pouilleux, et soiffards) qui ne leur fait pas honneur, mais c'est à mon sens dans la lignée de The battle at Elderbush Gulch, de Griffith (L'un de ses pires films à mon avis), et de la littérature de gare que Jeff Hillington lit par brouettes entières... Le film, tourné à une cadence moins rapide que ses prédecesseurs, est aussi plus long: petit à petit, Fairbanks fait son trou dans le cinéma Américain. On ne m'empêchera d'ailleurs pas de penser qu'à sa façon, ce film célèbre le genre même des oeuvres du comédien-producteur, cette capacité à fournir du rêve, quitte à oublier toute vraisemblance. L'ouest rêvé par Jeff est anachronique, et n'a bien sur jamais vraiment existé, mais l'acteur nous montre comment le jeune homme peut, par le simple pouvoir de sa venue, lui donner corps, et donner aux habitants des raisons d'y croire eux-mêmes. On est ici dans une symbolique, dont l"optimisme dépasse largement le champ du western ou du cinéma. Des années avant ses superproductions, Doug Fairbanks donne déjà des leçons de vie qu'on aimerait tellement avoir la possibilité de mettre en pratique!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks *