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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 23:13

Comme pour passer à a vitesse supérieure, Douglas Fairbanks s'attache les services d'Allan Dwan, un vétéran déjà, pourtant encore à l'aube d'une carrière de cinquante années. L'un (Fairbanks) et l'autre (Dwan) avaient semble-t-il un attachement particulier à la personne de D'Artagnan, et un autre de leurs dix films ensemble (Tous muets, sortis de 1916 à 1929) sera d'ailleurs de nouveau consacré au personnage de Dumas: The Iron Mask (1929). Mais en attendant, Douglas Fairbanks est encore dans ce film co-écrit avec Dwan le héros moderne et bondissant de films d'aventures comiques, situées dans l'Amérique contemporaine, les deux hommes vont donc user d'un stratagème pour permettre au comédien, pour une petite partie du film, d'incarner le mousquetaire de légende... Et ce pour servir en réalité une autre cause, qui prend tout son sens en examinant la carrière et la filmographie de l'acteur...

Donc, un prologue nous rappelle l'ardeur, la vivacité et le style de D'artagnan, bien sur interprété par Fairbanks, qui comment un acte chevaleresque (Rendre à une belle dame son mouchoir qu'un bandit lui a volé) en fauchant tout ce qui bouge de son épée adroite. Mais Doug a bien pris soin de s'avancer vers la caméra, pour montrer d'un clin d'oeil complice à ses admirateurs qu'il est bien toujours le même sous l'étonnante moustache, en tout point similaire à celle qu'il fera vraiment pousser à partir de 1921, et gardera jusqu'à la fin de ses jours. A la fin de ce court prologue, le Doug moderne s'avance de nouveau vers la caméra pour effectuer une transition, par un nouveau clin d'oeil. C'est un étrange début, assez en phase avec la structure chaotique de ce long métrage, par ailleurs l'un des meilleurs de cette première période de Fairbanks... en même temps que son plus décousu.

L'intrigue proprement dite démarre par une nouvelle allusion, lorsque Ned Thacker, né sous le double signe de D'Artagnan qu'aimait tant sa maman, et d'un cyclone qui ravageait le Kansas au moment de sa naissance, quitte le domicile familial avec un véhicule offert par son papa. Ultime allusion, la voiture est...jaune. En chemin vers l'Ouest, il rencontre des touristes: Madame Dodge (Kathleen Kirkham), accompagnée de sa fille Elsie (Marjorie Daw) et d'un intrigant multigame qui cherche à accrocher Elsie à son tableau de chasse, Forrest Vandeteer (Eugene Ormonde). Ils font route ensemble vers le Canyon du Colorado, ou ils vont rencontrer des Indiens Hopis, menés par le dangereux Chin-de-Chah (Frank Campeau qui lui aussi, tout comme Ned bien sur, convoite la jolie Elsie. Mais qui, des trois amoureux, l'emportera? A votre avis?

Je mentionnai plus haut une cause qui justifierait l'emploi du personnage de D'artagnan et du Paris de Dumas, mais c'est à mon avis évident que Fairbanks a déjà l'ambition de révolutionner le film d'aventures comme il le fera plus tard avec ses grands films. Le prologue et le thème servent ici de ballon d'essai, tout comme l'élargissement spectaculaire des décors, en passant par le grand Canyon, et la façon dont Dwan et ses chefs-opérateurs utilisent l'arrière-plan, sont la marque d'une ambition, qui passe ensuite, suprême audace, par une liberté de ton, et une liberté de filmer, qui me semble absolue. Le film est superbe, impertinent, et "Fairbanksien" en diable, tout en se situant sans aucune tricherie dans un décor mythologique, avec ses vrais villages Hopis, et ses vrais canyons! L'acteur a su trouver le ton parfait, et signe son premier chef d'oeuvre, voilà tout.

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Published by François Massarelli - dans Muet Douglas Fairbanks 1917 Allan Dwan *
5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 18:43

Le dernier film de l'équipe rassemblée autour de Doug Fairbanks, avec Anita Loos et John Emerson, Victor Fleming à la photo (Assisté de Sam Landers) et Eileen Percy en vedette, Reaching for the moon prouve que désormais Douglas voit grand. Il commence à tenter de faire reculer les limites du cadre qui est le sien: cinq bobines, c'est assez pour des comédies, mais... il voit plus grand, plus loin... Quatre ans plus tard, il sautera le pas comme on le sait, mais pour l'instant il trouve des moyens d'élargir son champ d'action sans pour autant renier les côtés sportifs, modernes et optimistes de ses petites productions...

Alexis Brown est né, de son propre aveu, sous un patronage exigeant: sa mère qu'il n'a jamais connue l'avait en effet prénommé Alexis Caesar Napoleon, en hommage bien sur à deux autocrates bien connus, mais aussi au roi Alexis, de son lointain pays, la Vulgaria. Et Alexis, qui ne s'y est jamais rendu, est persuadé que son destin est lié à ce royaume, où il serait appelé à faire de grandes choses. Il lit en permanence des livres de pseudo-philosophie dont il ne comprend pas le sens, et s'imagine fait pour la grandeur, au grand dam de son amie Elsie, qui l'aime désespérément, mais qui souhaiterait qu'il retombe sur terre, tout comme son patron, d'ailleurs, qui espère que son imagination galopante va un jour servir les destinées de l'entreprise qui l'a embauché. Mais peine perdue: le rêve reste le maître mot d'Alexis, qui va justement se laisser embarquer dans une histoire particulièrement délirante...

L'introduction au film nous montre Doug qui tente de saisir la lune, comme le propose le titre. Au figuré, il s'agit d'une injonction à être ambitieux, et si le film tend à nous montrer que c'est bien joli, mais qu'il fait aussi savoir avoir les pieds sur terre, de fait on sent que Fairbanks se laisse emporter lui aussi par des rêves de grandeur, qui donnent justement au film une certaine classe: la portion qui se passe en Vulgaria a permis à l'équipe de faire construire des décors et de multiplier les costumes des nombreux figurants; désormais, Fairbanks entend bien jouer dans la cou des grands; il filme encore à New York (Dont il nous montre des images tournées en toute liberté), mais se rend aussi en Californie, une partie du film ayant été tournée à Venice. Il ne tardera pas à s'y installer définitivement. Pour finir, Fairbanks gardait un bon souvenir de ce petit film, au point d'en voler le titre pour un de ses films parlant, mais qui semble n'avoir rien en commun avec cette intrigue...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks *
5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 11:28

Réalisé dans la foulée de l'exubérant Wild and Woolly, Down to earth part dans une direction nouvelle, tout en se situant clairement dans le genre de comédies qui ont fait la popularité de Douglas Fairbanks: il y reconduit d'ailleurs la même équipe que dans son précédent film, avec Anita Loos, John Emerson, Victor Fleming, et jusqu'à Eileen Percy qui est engagée pour interpréter un rôle totalement différent que celui de Nell qu'elle jouait dans le précédent film. Mais surtout, il s'agit du premier film Californien de Fairbanks, tourné pour une large part à Yosemite National Park. Il ne tardera plus à s'installer définitivement sur la côte ouest pour devenir un membre influent de l'aristocratie Hollywoodienne...

Billy Gaynor (Fairbanks) est un homme aventureux, sportif et doté d'une certaine hygiène de vie rigoureuse et dynamique. Mais depuis sa plus tendre enfance il est amoureux de Ethel Forsythe (Eileen Perry), une jeune femme comme il faut de la bonne société, qui lui préfère un homme de sa classe (Charles K. Gerrard), et va se marier avec lui. Billy parcourt le monde pour oublier la dame de ses pensées pendant que celle-ci plonge la tête la première dans une vie sociale faite de fêtes, de dîners tardifs, d'alcool et de cigarettes qui l'épuisent. Elle doit être soignée pour une dépression carabinée, et Billy vient un jour la voir dans un sanatorium pour riches, tenu par un docteur véreux (Gustav Von Seyffertitz). Rien n'est fait pour y améliorer la santé des patients, et Billy décide de racheter l'établissement et d'emmener les patients en croisière vers une île déserte où il va les forcer à sortir de leur coquille...

Si c'est un film mineur dans la carrière de Fairbanks, il a le mérite d'être original, et probablement très personnel: on sait que l'acteur mettra beaucoup de lui-même dans des films à grand spectacle qui seront toujours marqués par une morale foncièrement optimiste, aussi simpliste que sincère. C'est cet optimisme et ce semblant de bon sens qui me semblent l'emporter dans Down to earth: Billy Gaynor décide d'imposer à ses "patients" une vie radicalement différente de celle qu'ils ont vécu jusqu'à présent. il va les secouer jusqu'à ce qu'ils chagent, en les manipulant s'il le faut. La partie du film consacrée à l'île déserte (Un mensonge, en fait, comme on le verra à la fin du film) montre Douglas Fairbanks régir son petit monde un peu à la façon dont Crichton va prendre le contrôle de ses patrons dans Male and female de Cecil B. DeMille, mais ici, le but n'est pas de survivre, mais il est de montrer à tous, de façon peut-être un peu dictatoriale, le chemin d'une vie saine. Cette obsession de la bonne santé est une préoccupation bien de son époque, dans l'Amérique de 1917, c'est aussi une croyance profonde de Fairbanks.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks *
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 15:44

Un vrai gamin, Jeff Hillington, qui est tellement obsédé par l'Ouest sauvage, du moins celui qu'on découvre dans les romans qu'il lit... Il s'est aménagé dans sa chambre un coin "tente" atour duquel il recrée avec une précision maniaque les conditions de vie d'un cow-boy. Ca irrite forcément son père, qui rêverait volontiers d'un héritier plus convenable pour ses affaires, mais il l'a quand même embauché pour l'assister. Arrive une occasion rêvée: des clients de l'Arizona viennent solliciter une aide financière pour des installations, M. Hillington propose d'y envoyer son fils afin de faire d'une pierre deux coups: venir en aide à ses clients, et... permettre à son fils de découvrir le vrai Ouest moderne. Mais d'une part les habitants du village dans lequel Jeff va se rendre ont l'idée de recréer l'ambiance de l'Ouest mythique, afin de faire une farce au jeune homme, qui est bien sur ravi en arrivant dans une ville de cow-boys plus vraie que nature, et d'autre part une bande de hors-a-loi mijote un coup fumant, et pourraient bien tirer parti de la confusion qui va s'installer avec la venue de Jeff...

Filmé à Fort Lee, New Jersey, Wild and Woolly est l'une des premières productions indépendantes de Fairbanks, qui a quitté la Triangle et travaille désormais pour Artcraft/Paramount. Il a constitué une fine équipe avec laquelle il travaille dans une totale indépendance, et avec une redoutable efficacité: Anita Loos au script, John Emerson à la direction et Victor Fleming fait ses débuts de chef-opérateur à l'aube d'une exceptionnelle carrière. Le film est du pur Fairbanks, empreint d'un enthousiasme enfantin, communicatif et débordant d'énergie positive et de clins d'oeil. On aperçoit, outre la star incontestée qui n'hésite pas à se moquer de son propre enthousiasme débordant , et se représente en pur naïf, Eileen Percy qui joue la belle Nell, l'une des autochtones qui va être chamboulée par l'arrivée de Jeff, ou encore Sam De Grasse en méchant à moustache... Parmi les rôles moins importants, on eut noter Charles Stevens, le petit-fils de Geronimo selon la légende, et qui est le plus souvent de la partie dans les films de Doug. Enfin, Tom Wilson et Monte Blue font eux aussi des apparitions.

Le film ne se prive pas de montrer une image des peuples Indiens (Lâches, pouilleux, et soiffards) qui ne leur fait pas honneur, mais c'est à mon sens dans la lignée de The battle at Elderbush Gulch, de Griffith (L'un de ses pires films à mon avis), et de la littérature de gare que Jeff Hillington lit par brouettes entières... Le film, tourné à une cadence moins rapide que ses prédecesseurs, est aussi plus long: petit à petit, Fairbanks fait son trou dans le cinéma Américain. On ne m'empêchera d'ailleurs pas de penser qu'à sa façon, ce film célèbre le genre même des oeuvres du comédien-producteur, cette capacité à fournir du rêve, quitte à oublier toute vraisemblance. L'ouest rêvé par Jeff est anachronique, et n'a bien sur jamais vraiment existé, mais l'acteur nous montre comment le jeune homme peut, par le simple pouvoir de sa venue, lui donner corps, et donner aux habitants des raisons d'y croire eux-mêmes. On est ici dans une symbolique, dont l"optimisme dépasse largement le champ du western ou du cinéma. Des années avant ses superproductions, Doug Fairbanks donne déjà des leçons de vie qu'on aimerait tellement avoir la possibilité de mettre en pratique!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks *
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 08:55

Le film commence sans aucun temps mort: Jimmy (Douglas Fairbanks) et Marna (Constance Talmadge) vont se marier: l'Anglais a un verbe, To elope, qui veut dire "se marier en douce", et c'est une tradition des récits romantiques, l'idée étant pour des jeunes gens de ne pas attendre un accord des parents, d'ailleurs parfois pas garanti dans ces histoires d'un autre temps, et de se trouver un certificat de mariage d'une part, et un révérend d'autre part... Pour échapper au père de la jeune femme, les deux amoureux vont donc prendre un train... Mais les péripéties vont se multiplier, et comme la père très en colère a embauché pour récupérer sa fille le fiancé qu'il avait lui-même choisi, il va y avoir du sport pendant 46 minutes fort concentrées...

Douglas Fairbanks sort d'un train, ou court après un train, bondissant de toit en toit pour échapper à ses poursuivants... On est en pleine légende ici, tant il est vrai que l'acteur-producteur n'a pas attendu ses héros légendaires de films épiques pour bondir avec bonheur dans tous les sens dans des séquences espiègles et insouciantes. Ici, il remplit son contrat avec un film au but simple, mais dont les péripéties multiples ne vont pas tarder à devenir des habitudes de la comédie. Harold Lloyd lui-même va beaucoup s'inspirer de ce type d'intrigue, et on peut même tracer une filiation entre ce film et la screwball comedy dans années 30. Par ailleurs, la "chorégraphie de ce film montre que l'art de Douglas Fairbanks est en train de se raffiner. L'acteur est ainsi vu s'installer sous un train en marche comme les vagabonds le faisaient dans tant de contes, ou arrêter un train en marche en s'installent sur la voie pour le stopper! Et puis ici, la cerise sur le gâteau, c'est que pour une fois, Doug qui choisissait toujours des actrices effacées pour être la seule attraction, a eu la bonne idée de confier à une vraie grande actrice un vrai r^ole, et Constance Talmadge participe avec bonheur à la fête...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Douglas Fairbanks *
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 08:17

Le cinéma de Peckinpah, et bien sur en particulier ses westerns, renvoie beaucoup plus à John Ford qu'à n'importe quel autre metteur en scène. Les deux hommes partagent d'une certaine manière le même univers, celui d'une histoire de la frontière, contée sous l'angle d'un changement d'époque et d'un choc entre les générations: leurs protagonistes sont souvent des groupes humains en butte à l'arrivée de nouvelles pratiques, qui vont soit provoquer, soit empêcher le progrès. Mais là ou Ford, lyrique, tend à faire de ses récits des chroniques du passage inéluctable et irrépressible du temps, Peckinpah lui s'intéresse au chaos engendré par le choc en question. Cette différence fondamentale se ressent bien sur dans l'irruption de la violence, puis l'insistance du metteur en scène à faire de celle-ci le sujet même de ses films. C'est en particulier sensible, bien sur, dans cet opéra de la violence qu'est The wild bunch, un film dont décidément on pourra dire qu'il y a un avant et un après...

1913: Un groupe de gangsters, déguisés en soldats, s'introduit dans une petite ville Texane pour un coup spectaculaire: ils vont dévaliser le bureau du chemin de fer car ils ont eu vent d'une cargaison d'argent qui y serait entreposée. Mais ils ne savent pas qu'il s'agit d'un piège, et une fusillade éclate entre les "soldats" et des tireurs embusqués. Six bandits survivront au massacre: leur chef, Pike Bishop (William Holden), le second Dutch Engstrom (Ernest Borgnine), le jeune Mexicain Angel (Jaime Sanchez), les deux frères Gorch, Lyle (Warren Oates) et Tector (Ben Johnson), et enfin le vieux Freddie Sykes (Edmond O'Brien).Non seulement ils ont perdu des hommes, mais ils ont aussi perdu leur temps: il n'y avait pas d'argent, c'était un coup monté. Ils doivent se rendre au Mexique, pour échapper à leurs poursuivants menés par Deke Thornton -Robert Ryan), un ancien complice de Bishop qui est obligé d'accomplir cette mission s'il ne veut pas retourner en prison. Au Mexique, les bandits vont tenter de se refaire en accomplissant une mission pour le "Général Mapache" (Emilio Fernandez), un soit-disant militaire qui mène un combat pas toujours régulier contre Pancho Villa, et en profite pour mettre tout le pays à sa botte...

La "frontière" n'existe plus en ce début de siècle, et Peckinpah nous montre des hommes fatigués, usés, dont l'idéal s'est évaporé avec elle. Pike Bishop, d'ailleurs, est déterminé à trouver la porte de sortie, c'était tout le sens du hold-up du chemin de fer. Les hommes de sa bande vivent désormais à l'écart d'un monde qui continue tranquillement à tourner sans eux, et les bandits croisent, un moment, une automobile, qui les fait parler du progrès: ils mentionnent en particulier les rumeurs selon lesquelles il y aurait un appareil volant qui aurait été expérimenté, là-bas dans l'Est... Et pour appuyer son propos, le metteur en scène va jalonner son film de rencontres entre les bandits lessivés et des groupes d'enfants. Le nombre de jeunes mères qu'ils croisent, en particulier parmi les prostituées qu'ils sollicitent de façon constante, est clair: l'avenir se prépare, il se préparera bientôt sans eux. L'ouverture magistrale du film, consacrée au hold-up, se déroule pendant qu'un groupe d'enfants s'amuse autour d'un micro-incident: deux scorpions luttent sans espoir contre des fourmis rouges. Ca les amuse beaucoup, pourtant c'est poignant, cruel, et... inéluctable, comme le destin des anti-héros du film.

Et bien sur, on ne peut pas parler de ce film sans mentionner ces séquences de montage fou qui ont tant fait jaser, été tant copiées, voire parodiées (Avec génie par Monty Python notamment): si Sergio Leone aimait à étirer avec le montage et la tension qu'il installait les moments qui précèdent la violence, son contemporain Peckinpah fait de cette dernière le sujet même de ses séquences spectaculaires, en utilisant le montage, le ralenti, et une multiplication, jusqu'à la nausée s'il le faut, de plans de mort violente, avec bien sur le sang qui gicle au ralenti... L'Ouest, et même les Etats-unis, nous dit-il, se sont construits dans le chaos et la guerre, dans la mort et le meurtre. Ca commence dès l'enfance, et ça ne s'arrête jamais: on notera l'age des protagonistes qui sont loin d'être frais comme la rosée... Cette ultra-violence qui fait ainsi irruption dans le cinéma classique (Pekinpah après tout peint aussi les mêmes paysages que Ford, Monument Valley en moins, et se délecte de montrer des communautés Anglo-Hispaniques à l'heure de la sieste, qui chantent Shall we gather at the river, une chanson souvent présente chez Ford) n'est pas un acte gratuit, mais pour Peckinpah tout un pan, jusqu'alors occulté, de l'Histoire. Des litres d'hémoglobine trouvent ainsi leur justification. Mais le destin contrarié (tout en étant programmé vers la destruction) de ces bandits valait bien un dernier chant, un baroud d'honneur.

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Published by François Massarelli - dans Western
1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 18:32

August Holliday (Douglas Fairbanks) est peintre, autant dire qu'il crève la faim... Néanmoins il a une bonne humeur et un optimisme de tous les instants. Un jour, il montre à son meilleur ami Harry (W. E. Lawrence) un portrait qu'il a peint d'une jeune femme qu'il a croisée dans un parc, et il s'avère qu'Harry la connait. August lui supplie de la lui présenter, et si la famille aisée (Des rapaces!) de la jeune femme, Gladys (Jewel Carmen), est immédiatement hostile à un artiste, en revanche Gladys ele-même ne lui est pas indifférente. Afin d'aider le jeune homme, pas très dégourdi dans ses approches, la meilleure amie de la jeune femme l'assiste dans une "répétition" de déclaration d'amour enflammée... qui est évidemment surprise par Gladys, qui se méprend et coupe les ponts. Et quand il rentre chez lui, le portrait a disparu, volé par un cambrioleur. August décide de se tuer, constate que c'est difficile, et se résout à engager un tueur (George Beranger). Celui-ci n'accomplira pas sa mission car le jour même sa maman décède non sans lui avoir fait promettre de retourner dans le droit chemin! Mais ça, August, qui va retrouver toutes les raisons de considérer la vie comme valant la peine d'être vécue (Gladys comprend sa méprise et l'aime toujours, le tableau est retrouvé intact, et un oncle obscur et inconnu lui lègue une fortune!), vit désormais dans la peur panique de se faire tuer à tout moment...

C'est à William Christy Cabanne qu'on doit l'argument de ce film, qui rappelle vaguement l'argument des Tribulations d'un Chinois en Chine, de Jules Verne... Le film a été beaucoup critiqué pour la longueur de son exposition, Variety allant jusqu'à parler d'une absence de comédie. Pourtant cette longueur à montrer dans toute sa clarté la situation d'August Holliday me semble aller dans la bonne direction, permettant par une exposition aussi complète que possible de donner à Fairbanks quelque chose qui lui manquait souvent cruellement: la motivation, en bonne et due forme, contrairement à une identité toute faite et un peu artificielle comme ses personnages modernes, dans des films où il fallait aller vite, en avaient trop souvent. Et basée sur la possibilité du meurtre, l'intrigue est empreinte d'humour noir, une rareté dans les films muets Américains... à part chez Keaton, bien sur! Le film est donc très intéressant avec sa façon de poser les éléments d'intrigue les uns après les autres avant d'établir une poursuite entre Faibanks et rien (Chaque individu croisé dans la rue, surtout es barbus, devient une menace!) qui est, n'en dépaise à la presse de l'époque, drôle et très enlevée. Et le film, mis en images par le chef-opérateur William Fildew, bénéficie d'une lumière splendide, ce qui ne gâche rien.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Douglas Fairbanks *
1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 17:58

Il existe des films inhabituels, excentriques, étonnants, anachroniques ou en avance sur leur temps... Il me semble toutefois que celui-ci les dépasse tous d'une manière ou d'une autre. Il me vient deux hypothèses, d'ailleurs compatibles, pour en expliquer l'existence d'un tel court métrage (Deux bobines) avec Douglas Fairbanks, dont le format habituel était à cette époque le long métrage de cinq bobines. D'une part, le succès de l'adaptation de la pièce "Sherlock Holmes" avait provoqué un certain engouement pour le détective, ce qui encourageait bien sur la parodie, et d'autre part, Fairbanks avait peut-être envie de se frotter au burlesque. Le cocktail qui en résulte est donc ce film, dont le script est du à Tod Browning, alors en convalescence après un accident de voiture spectaculaire qui l'avait éloigné des studios.

Coke Ennyday (Douglas Fairbanks) est un détective moderne, épris de technologie de point: il possède un attirail impressionnant de déguisements, tous plus ou moins dans les mêmes couleurs car on a sa coquetterie, il a un système de télévision interne dans son bureau qui lui permet de voir ses visiteurs avant qu'ils ne le rencontrent (Pourquoi? On ne le saura pas!), et sa journée est rythmée par une pendule qui lui indique les moments essentiels de la journée: boire, manger, consommer de la drogue... Oui, car le prédestiné Cole Ennyday ("De la coke quand je veux", en gros) est comme son illustre modèle, c'est-à-dire cocaïnomane. Un officier de police au bout du rouleau (Tom Wilson, décidément destiné à jouer les pandores!) lui apporte une affaire étrange; il s'agit d'une part de déterminer la source de la fortune considérable d'un gentleman qui nage littéralement dans l'argent (Allan Sears), et d'autre part de comprendre à quel jeu se livrent les Asiatiques qui louent des poissons gonflables sur les plages d'Atlantic City. Chemin faisant, Ennyday va consommer des doses impressionnantes de cocaïne, rencontrer une jolie demoiselle interprétée par Bessie Love (L'un de ses premiers rôles), manger de l'opium avec les doigts comme si c'était de la pâte à tartiner, déjouer un trafic de drogue (Ironie qui n'est même pas soulevée par le script), et enquêter "discrètement" avec sa Coke-omobile ultra-voyante...

Plus grotesque que le moindre film Sennett de 1916, le court métrage a été tourné non pas une, mais deux fois: Christy Cabanne en avait en effet dirigé une première version, jugée ratée, il a donc été demandé au complice John Emerson de reprendre le tournage. Certains créditent Tod Browning comme son assistant, mais il ne reviendra à l'ouvrage qu'en 1917, et était d'après ses biographes salement amoché à cette période. Mais même cette deuxième version réalisée par son complice favori n'a pas plu à Fairbanks qui a même été tenté de s'opposer à sa sortie. Le résultat est absolument idiot, c'est le moins qu'on puisse dire, mais il l'est volontairement, et c'est à ma connaissance le seul film muet Américain dans lequel le personnage principal consomme en 25 minutes autant de drogues que les Rolling Stones en 60 ans, et s'en tire avec le statut de héros! Coke Ennyday est en plus, une parodie permanente, d'ailleurs assez franchement éloignée de son modèle. Il sautille constamment sous les effets additionnés des produits qu'il ingère en quantités astronomiques, et se ridiculise volontiers. Pas autant que le film, il est vrai... Voilà un cas d'école, un film impossible à aimer, impossible à détester. Un film rondement, absolument, totalement, irrémédiablement, définitivement, volontairement... crétin.

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Published by François Massarelli - dans Muet Douglas Fairbanks
1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 09:23

Avant d'incarner les justiciers les plus divers, de préférence en costume, Douglas Fairbanks avait mené avec talent et énergie sa petite entreprise de confection de films, mettant généralement la main au scénario, et incarnant avec esprit, voire espièglerie, un héros bondissant et ô combien moderne. Le troisième de ses longs métrages, et un classique à part entière, His picture in the papers est l'une de ces comédies, située non en Californie mais bien dans la région de New York et du New Jersey (N'oublions pas qu'avant Hollywood, Fort Lee, N.J. était la Mecque du cinéma Américain pour les Tourneur, Griffith et consorts), et Fairbanks s'y moque de certaines tendances contemporaines: la diététique à outrance, ou l'art de se croire supérieur quand on mange sans plaisir, (...Et qu'on en a les moyens); l'obsession de la publicité, ici clairement revendiquée comme vide et sans aucune raison d'être, et l'arrivée dans le mélodrame des proto-mafias, ces groupes de méchants aux mines patibulaires, inspirées probablement beaucoup plus des Vampires de Feuillade que des vrais gangsters Américains...

La famille Prindle est toute entière dédiée aux produits diététiques qu'elle produit en quantités astronomiques. Le père Proteus, les deux grandes files Pearl et Pansy...toute, sauf un: Pete, l'unique fils (Douglas Fairbanks), n'a aucun goût pour ces produits miracles, et préfère un bon steak. C'est d'ailleurs le cas de Christine (Loretta Blake), la fille d'un ami de son papa, Cassius Cadwalader. Ce dernier qui envisageait de ne donner sa fille qu'à un adepte de la diététique Prindle, accepte l'union entre sa fille et l'héritier paradoxal, à la seule condition que ce dernier se fasse vraiment remarquer et permette de faire de la publicité pour les produits de son papa. Pete se met donc en tête de mettre "sa photo dans les journaux", en première page bien sur...

Le film va à toute vitesse, et comme la plupart des films de Fairbanks à l'époque, il totalise cinq bobines, et est produit par la compagnie Fine arts, qui fait partie du conglomérat Triangle. Faitrbanks, qui n'a jamais signé la mise en scène de ses films, même s'il aurait pu y prétendre, en était le maître d'oeuvre reconnu de tous. Ici, il bénéficie de la complicité qui ne tardera pas à devenir systématique, de la scénariste Anita Loos (Formée chez Griffith, mais aux idées trop délirantes pour son patron!) et de son futur mari, le co-scénariste et metteur en scène John Emerson. L'univers de Douglas Fairbanks, c'est déjà un monde entier d'aventures bondissantes, mais elles sont aussi farfelues et se terminent systématiquement sur un sourire; Il fait d'ailleurs énormément pour créer un modèle de structure que d'autres reprendront à leur compte avec succès: notamment Harold Lloyd. Il s'y moque du monde cotemporain, mais sans cette supériorité affichée, parfois insupportable de suffisance, qu'on décèle chez Griffith. Quand Fairbanks se moque des Américains qui font de la boxe le dimanche, c'est parce qu'il en faisait partie, tout simplement. Pour finir, parmi la bande de bras cassés qui s'attaquent dans une sous-intrigue u vieux Cadwallader, on reconnaîtra la silhouette inquiétante d'un malfrat aux cheveux très courts, avec un bandeau sur l'oeil: Erich Von Stroheim.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Douglas Fairbanks *
29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 09:52

Fouiller la filmographie de Mizoguchi nous permet d’aboutir rapidement à la conclusion que la majeure partie de son œuvre muette est perdue. Sont aujourd’hui en circulation 5 de ces films, et tous ne sont pas complets. Les facteurs de cette perte importante sont connus: outre l’oubli immédiat dans lequel le muet est tombé après 1930 dans la plupart des pays, il faut ajouter les tremblements de terre successifs qui ont détruit la plupart des films japonais conservés dans les entrepôts des studios.

Le Japon a pourtant produit des films muets ou seulement sonorisés jusqu’à 1935, pour tout un éventail de raisons. Ce film est un des films sonores de Mizoguchi: bien que muet, il est narré par des intertitres, lus et complétés par un bonimenteur (« Benshi »). C’est la principale source de gêne de cette version (Manifestement d’époque) : d’une part le Benshi est redondant, voire excessif dans son commentaire (Le final en particulier, un modèle d’économie et de subtilité à l’écran, devient franchement pesant avec l’ajout du boniment), et comme les éditeurs de la version publiée en France (Carlotta) on fait correspondre les sous-titres au boniment, au lieu des intertitres, cela se fait souvent au détriment de l’image.

Mais au-delà, le film est souvent étonnant, par l’audace de sa structure, avec deux flash-backs imbriqués l’un dans l’autre : L’histoire nous conte la rêverie d’un homme et d’une femme, réunis à leur insu sur un quai de gare par une panne d’électricité, et chacun d’entre eux associe le lieu à leur passé commun lorsque Geisha la jeune femme avait étudié le jeune homme étudiant, et lui avait sauvé la vie, tout en sacrifiant la sienne. A un moment, l’homme jeune génère un flash-back pour expliquer les circonstances dans lesquelles il a quitté sa grand-mère au village natal.

Egalement à noter, Mizoguchi en 1934 fait dire beaucoup de choses à ses plans, changeant de point de vue, en utilisant beaucoup l’arrière-plan, et bougeant la caméra de façon significative: on sait l’importance du plan-séquence dans les chef-d’œuvres futurs; ici, le vagabondage de la caméra dans une échoppe de nouilles nous montre d’abord un client qui demande l’addition, puis qui quitte le restaurant précipitamment lorsqu’il ne trouve pas sa bourse ; la caméra nous emporte alors à travers un rideau vers le couple de héros qui mange, pour une fois, à sa faim: la jeune femme fournit la nourriture; on sait qu’elle a volé, afin de nourrir son ami.

Avec ce mélodrame, la thématique de Mizoguchi est déjà en place, et cette histoire d’un couple qui va essayer de lutter contre le déterminisme social qui pousse les femmes vers la prostitution en annonce bien d’autres. Osen, la Geisha qui se rebelle contre les proxénètes-escrocs qui l’emploient, n’est pas encore un personnage aussi fort que Oharu, et ce film apre n’est pas aussi définitif que les œuvres des années 50, mais c’est une expérience qui en vaut bien la peine. Parmi les acteurs, il faut faire particulièrement attention à Isuzu Yamada, qui prête son beau visage à Osen, et qui brille de tous ses feux dans la séquence la plus sublime du film, lorsqu’au moment de son arrestation, elle sort de son kimono (Avec les dents) une cigogne en papier qu’elle fait s’envoler en soufflant vers son ami pour lui signifier que son ame veillera toujours sur lui. La cigogne, préparée de longue date, devient du même coup le symbole de la fatalité, mais nous rappelle que c’est en se saisissant d’un rasoir avec les dents qu’elle s’est enfuie et a déclaré son indépendance. Ces deux scènes nous montrent la limite du champ d’action d’une prostituée dans le japon de ce début de siècle…

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Published by François Massarelli - dans Kenji Mizoguchi 1934 Muet *