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8 mai 2025 4 08 /05 /mai /2025 18:08

San Francisco... Un tueur cinglé prend des cibles au hasard et fait savoir qu'il ne fait que commencer: la ville s'inquiète, et convoque le policier responsable de l'enquête, l'inspecteur Harry Callahan (Clint Eastwood), pour lui demander à la fois des résultats (c'est l'un des plus efficaces policiers de la ville), et de la retenue (c'est sans doute parce qu'il est, disons, expéditif, qu'on l'appelle "Dirty Harry"...). La lutte, d'abord effectuée entre le tueur et les braves gens, tourne à une vendette personnelle quand le tueur est remis en liberté à cause d'un vice de forme: Harry, avec son sens aigu de la justice et de sa cause, voit rouge...

C'est le premier d'une série de cinq films, qui seront tous interptrétés par Eastwood, entre 1971 et 1988. Don Siegel et Eastwood ont déjà tourné ensemble, depuis 1968, trois films, mais c'est le premier qui soit distribué par la Warner. Eastwood le produit, via sa société Malpaso, et s'est aussi impliqué plus personnellement, en obtenant de Siegel l'autorisation de tourner une scène, symboliquement. Par bien des côtés, ce film est un passage de témoins entre Eastwood, qui venait de réaliser son premier film quasi simultanément, Play Misty for me, et Siegel, auquel Eastwood dédiera d'ailleurs son western définitif, Unforgiven, ainsi qu'à Sergio Leone...

Harry, ce n'est pas la mauvaise conscience de l'Amérique, ce serait plutôt son âme la plus noire, celle des Américains qui ne croient en rien d'autre qu'en leur pouvoir à se faire justice eux-mêmes... Un credo assumé depuis toujors par le libertarien Eastwood, qui s'est toujours méfié des corps constitués, mais qui en plus est profondément irrité par une certaine tendance en ces balbutiantes années 70, à vouloir faire acte de bienveillance en matière de police. Un amalgame douteux, mais qui a l'avantage ici de créer un contentieux valable entre Harry Callahan, flic intègre mais teigneux, et ses supérieurs, ainsi que les politiciens. Il n'y a pas beaucoup de différence entre cet inspecteur Harry Callahan et le shériff John T. Chance, dans Rio Bravo, un homme qui fait son boulot, et entend qu'on le laisse le faire avec son savoir-faire, sans lui mettre dans les jambes le moindre obstacle. Une mise en perspective foncièrement exagérée, mais influencée malgré tout de façon évidente par l'affaire récente à l'époque (et toujours pas, à l'heure où j'écris, élucidée) du Zodiac... Le film de David Fincher qui raconte cette dernière fait d'ailleurs explicitement référence au film de Siegel...

Mais il n'y a pas que Zodiac, car chez Harry, être redresseur de tort à coups de pelle, clairement, est un boulot à plein temps: il profite donc de toutes les occasions, comme dans cette scène célèbre où il essaie de trouver le temps de anger son repas, avant d'intervenir en face de l'endroit où il mange, car il a repéré tous les signes extérieurs d'un hold-up! La confrontation, à la fin (après un échange musclé de quincaillerie) avec le bandit à terre est restée célèbre pour les mots de Harry qui s'amuse à jouer avec la peur du truand de se faire tuer à bout portant... C'est un trait d'humour, d'un humour profondément noir, mais c'est une façon de souligner ce qui était pour Eastwood une urgence: ne plus s'embarrasser de paperasse, et faire le travail de police, plutôt que de tergiverser! On a accusé l'acteur d'être de droite: il l'est. On l'a accusé d'être un fasciste: trop facile! Harry n'est pas Clint, et réciproquement C'est une caricature pour une fable, essentiellement... Une caricature qui fait beaucoup pour l'aspect baroque du film, et qui joue à fond en faveur du personnage... Car on l'aime bien, y compris quand pour sauver un homme fragile d'une tentative de suicide, il préfère jouer à fond la carte de la provocation ("vous savez, quand les gens sautent, en bas, c'est le bazar, on ne s'y retrouve plus avec tous ces bras, ces jambes..."), plutôt que la psychologie de la douceur!

Harry Callahan n'est pas raciste, il est pragmatique. Il ne souhaite en aucun cas être pris pour un tendre, autant par souci du raccourci, volonté d'efficacité, et sans doute aussi par une certaine pudeur de célibataire! Il souhaite une justice expéditive, mais il garde pour lui une sorte de morale dans laquelle il se veut le représentant des braves gens... C'est sans doute simpliste, mais d'une certaine façon il est le garant de la loi dans un monde qu'il juge en déconfiture, ce qui fait de lui un héritier de la Frontière: le western, décidément, n'est pas très loin dans cette sombre histoire de gros flingue!

Si le film est le reflet à la fois d'une lecture de la société et d'un manque d'autorité établi en principe directeur selon Eastwood, il est aussi à sa façon une déclaration d'amour paradoxale à une ville! Car le San Francisco de Siegel et Eastwood est d'une grande poésie, certes nocturne, faite de ces sighnes distinctifs du film policier, les sirènes, les flingues, les bruitages secs des chaussures et bottines sur le pavé, la musique de Lalo Schifrin... Et ces zooms, cette mise en scène ultra-fluide efficace jusqu'au bout, jusqu'à ce mouvement de caméra en hauteur, qui sera répété cinq fois dans les quatre films qui suivront, tous dus à une metteur en scène différent.

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Don Siegel
8 mai 2025 4 08 /05 /mai /2025 15:15

Lors d'une opération critique en Ukraine pour un service secret Américain, le protagoniste (nous ne connaitrons jamais son nom, si ce n'est qu'il est inteprété par John David washington) se retrouve sous le feu d'étranges balles, auxquelles il échappe de justesse... Il se renseigne et une scentifique de la CIA lui explique qu'il a été la cible de balles "inversées", qui ont été trafiquées par une technologie future, et qui sont en fait quasi impossible à éviter. En effet, elles fonctionnent à l'envers de notre temporalité: on sait où elles finissent, mais on ne sait pas dans quel laps de temps on risque d'en recevoir une... Il est alors aiguillé vers une équipe qui travaille justement sur cette nouvelle technologie, dont certains membres sont en fait déjà passés par la nouvelle technologie et ont la faculté de naviguer d'une temporalité à l'autre...

J'ai fait ce que j'ai pu, car comment peut-on résumer un film qui est basé sur une technologie quasiment impossible à concevoir hors du film? ...d'ailleurs, beaucoup de commentaires sur internet prouvent qu'un grand nombre de spectateurs du film n'ont pas compris ce qu'on leur montrait, c'est en dire la complexité. Je dois le dire de suite: ce film d'espionnage d'un genre nouveau, clairement, ne sera pas possible à comprendre dans sa globalité. On le sait depuis le début (dès Doodlebug, son court métrage, en réalité), Nolan est un illusionniste. Son excellent film The Prestige était d'ailleurs un aveu tendre du metteur en scène, de sa fascination pour le fait de tromper le spectateur, essence non seulement de la prestidigitation, mais aussi bien sûr du cinéma.

On ne le comprendra pas, tout bonnement parce qu'on ne le peut pas, pas en tout cas à 100%. La logique de ce film, visionné dans notre monde avec sa temporalité linéaire, repose sur l'acceptation d'un truc impossible, une acceptation qui nous donne accès au reste de l'intrigue. Il nous suffit d'accepter que les héros et certains objets puissent marcher à l'envers, pour apprécier le tour de force. Mais ce n'est heureusement pas tout, car par tant de côtés, s'il s'agissait juste de faire accepter (ou non) au public un retournement temporel, à quoi bon? Le "truc", est donc à accepter, et la complexité sert surtout à masquer les invitables failles. 

La vérité est que le film nous montre un nouvel aspect d'un thème de Nolan, qui est au coeur de bien des films, à commencer par Insomnia, en passant par les trois Batman, Interstellar, Dunkirk, et surtout Oppenheimer. La notion de service, liée à un sacrifice... Dès la première scène, John David Washington est clairement impliqué dans une démarche qui va le pousser, alors que ce n'est pas prévu par la mission, à éviter un maximum les morts de civils présents malgré eux sur le théâtre des opérations...Sa lutte contre un terroriste du futur, qui a créé les conditions d'une apocalypse ingénieuse et folle, lui donne une forte dimension morale, qu'on retrouve bien sûr dans Oppenheimer... Qui est cité en clin d'oeil: quoi de plus logique que de faire allusion au film qui suivra, dans une oeuvre ludique qui s'amuse de la manipulation du temps? Mais le fait est que les personnages, dans ce qui est une intrigue d'espionnage très élaborée, ont beaucoup à gagner et beaucoup à perdre, personnellement, dans chaque aspect du film. Comme si Nolan se refusait à se contenter d'un exercice de style jouissif, mais vide de sens. M'est avis qu'en cachant ces intentions, cette réflexion à la fois riche et subtile sur le fait de servir, de potentiellement donner sa vie pour les autres, derrière une complexité affichée (et comme d'habitude avec Nolan, hélas, cette complexité est devenue un argument de vente du film), fait plus que brouiller les cartes: elle dissimule un peu trop la préciosité du film, et sans doute son originalité. Mais une fois accepté ce prédicat, on peut s'extasier sur la structure suprenante du film, qui s'inverse par bien des côtés (à 1 heure et quinze minutes), et qui adopte une démarche de palindrome, comme son titre...

Et on peut s'extasier aussi sur le paradoxe potentiel du "protagoniste", dont il me semble que la raison précise de cet anonymat du personnage, est cachée de façon impressionnante au coeur, justement, de cette étonnante structure. Pour finir, on ne peut qu'applaudir la façon dont le film, en deux étapes, nous surprend de telle manière qu'on ne pourra que retourner vers lui: "à l'étape, épate-la", pourrait-on sans doute dire. 

(note: cet article a été rédigé après une unique vision du film)

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Published by François Massarelli - dans Christopher Nolan Science-fiction
7 mai 2025 3 07 /05 /mai /2025 15:04

Frenzy avait tout pour être le bouquet final d'une des plus impressionnantes carrières de cinéaste: un résumé de toute l'oeuvre en même temps qu'une réactualisation de la plupart des thèmes, une replongée dans l'univers des premiers films qui bénéficiait de l'art, de l'exigence et de l'efficacité acquises en tant d'années de travail, et une mise en danger pour Hitchcock qui en privilégiant le tournage en extérieurs, loin des studios Universal, sortait de façon spectaculaire de sa zone de confort...

Mais on n'arrête pas l'envie de tourner, et c'est à mon avis la seule justification pour ce dernier long métrage. Il a été tourné en Californie, avec des acteurs de second plan, il est Américano-Américain, le ton est un mélange de film policier, de comédie, et c'est saupoudré d'un soupçon de comédie qu'on trouvera embarrassante ou charmante, mais pour choisir, il faudra tout simplement se baser sur l'humeur du moment. Car ce Complot de famille n'a pas grand chose pour lui...

Blanche (Barbara Harris) est une medium, qui se sert des talents de détective de son petit ami George (Bruce Dern), qui par ailleurs est chauffeur de taxi, afin d'avoir des renseignements sur ses "clients" (Généralement, plutôt des clientes), pour les convaincre de la véracité de son don. Elle est tombée sur une affaire intéressante: une dame qui cherche à entrer en contact avec sa soeur défunte pour que celle-ci lui pardonne. Quarante ans auparavant, elle lui a "volé" son enfant illégitime et l'a fait adopter par des inconnus, afin d'étouffer le scandale. Elle souhaite retrouver son neveu pour lui léguer sa fortune avant qu'il ne soit trop tard.

Pendant ce temps, nous assistons aux agissements de deux malfrats peu ordinaires: ils kidnappent des sommités, et réclament des rançons impressionnantes, en diamants. Une femme (Karen Black), blonde (A moins qu'il ne s'agisse d'une perruque) et un homme (William Devane), habillé d'une façon très élégante, et qui doit bien avoir à peu près quarante ans...

C'est long, et souvent inutilement. C'est mal foutu de bout en bout, même quand Hitchcock tente d'insérer une scène de suspense. Mais aucune, selon moi, ne fonctionne... Il faut quand même être sacrément indulgent pour accepter ces scènes interminables de tribulations en voiture sabotée dans les montagnes Californiennes, avec les acteurs qui s'agitent devant des incrustations sur fond vert, qui sont tellement mal faites qu'on jurerait un épisode de Police Squad! les héros sont à la mode des seventies: des gens comme vous et moi, qui survivent plus ou moins, et qui sont loin de la sophistication habituelle. Pourquoi pas, après tout? c'était déjà le cas dans Frenzy. Mais Blanche et George ne fonctionnent pas vraiment comme couple, et elle, supposée être le personnage principal, est irritante au possible.

C'est un peu mieux avec les deux autres, une fois qu'on aura accepté la coupe "1976" de Devane, et son insupportable sourire sous une moustache qui le rend proche d'une vision d'enfer: un mannequin pour le chapitre des cabanes de jardins, du catalogue de La Redoute 1973... Mais leur dynamique est intéressante. D'abord Devane joue un homme qui s'est construit seul en pratiquant une impressionnante politique de la terre brûlée, et possède une certaine sophistication. L'idée d'un passé qu'on tente de retrouver, et qui s'avère empoisonné (Ce type n'en est pas à son premier meurtre) est séduisante, mais pas assez développée. Et cet intrigant joaillier attire sa compagne dans ses filets, en dépit des réserves de cette dernière, qui se font de plus en plus pressantes au fur et à mesure de l'évolution du film.

Mais bon, il faut quand même tenir deux heures devant ce qui reste du niveau d'un téléfilm comme Universal en concoctait à la même époque. Certains, tournés avant son succès de Jaws par Spielberg, étaient d'un autre calibre. Ca s'appelle la relève...

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
7 mai 2025 3 07 /05 /mai /2025 14:53

Les patrons des deux bouledogues, le père Spike et le fils Tyke, partent pour la soirée, et confient la maison aux deux chiens, en leur demandant de faire attention à ne pas laisser leur chat faire ce qu'il veut... Spike en profite pour faire la leçon à son petit sur la technique de chien de garde. Mais le chat de la maison a décidé de convoquer ses trois copains pour faire la fête...

C'est assez classique, avec une mission clairement identifiée (les chiens gardent la maison) et des trouble-fêtes: les trois chats. Pour bien faire, peut-être aurait-il fallu que leurs tentatives soient un peu plus efficaces, car ici, ils auront beau faire, ils ont affaire à forte partie.

Après deux courts métrages, Hanna et Barbera vont malgré tout abandonner l'idée de continuer cette série, qui était un spin-off de Tom & Jerry: le chat de la maison, d'ailleurs, avait été en concurrence avec Tom sur un court métrage, et par ailleurs, les deux maîtres des chiens sont un couple qu'on aperçoit dans certains courts métrages de la fin de la série des Tom & Jerry réalisés par Hanna et Barbera.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry
7 mai 2025 3 07 /05 /mai /2025 14:42

Spike and Tyke, les deux chiens qui apparaissent parfois dans les Tom & Jerry, passeraient une journée assez tranquille à faire une sieste bien méritée, s'il n'y avait eu deux éléments inattendus: d'une part, un chien errant qui vient s'installer dans le quartier. De l'autre, une opération de la fourrière... Entre les trois chiens, seulement deux colliers... Commence alors un jeu de chaises musicales dans lequel Spike essaie d'empêcher le chien inconnu de prendre le collier de son fiston...

C'est un ballet assez enlevé entre les deux chiens "établis" et le vagabond, qui joue ici le rôle du cheveu sur la soupe. On constate à un moment que la vraie menace, à savoir l'agent de la fourrière (d'ailleurs il s'agit d'un personnage repris d'un court métrage de Tex Avery), est finalement assez débonnaire: du moment qu'il ramène un chien errant, peu importe après tout. 

C'est le premier de deux courts métrages de Spike & Tyke, qui sont vraiment dans le sillage de Tom & Jerry: même design, même univers, et même musique de Scott Bradley au générique, d'ailleurs reprise par le chien vagabond qui chantonne dans la scène d'ouverture...

 

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Published by François Massarelli - dans Tom & Jerry Animation
5 mai 2025 1 05 /05 /mai /2025 16:42

Ce film reprend une bonne part de l'action et des protagonistes du film Busy Buddies de 1956: une baby-sitter plus intéressée par sa conversation au téléphone néglige le bébé qu'elle a la charge de garder, et il incombe à Tom et Jerry qui auraient mieux à faire, de s'occuper du petit. Mais la jeune fille les accuse de tous les maux!

La fin est différente, et le traitement tente d'incorporer l'idée que Tom et Jerry sont constamment interrompus dans leurs tentatives de se massacrer mutuellement. En soi, c'est une idée intéressante, mais le film sert surtout de constat: ayant pris en plus de la réalisation, le job de produire leurs films, se retrouvent avec une charge trop importante. Et de toute façon, ils ont pris la décision d'arrêter la série, qui sera reprise par d'autres...

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Published by François Massarelli - dans Tom & Jerry Animation
5 mai 2025 1 05 /05 /mai /2025 16:33

Après avoir fait leurs adieux aux parodies des Trois Mousquetaires, le duo Hanna et Barbera tente une nouvelle approche qui restera sans suite: Tom et Jerry (et la petite souris en couche, Tuffy) sont donc désormais des animaux vivant dans l'univers de la forêt de Sherwood... 

Robin Hood a été fait prisonnier, ses compagnons désespèrent de le libérer... Mais Jerry et Tuffy, menés par ce dernier, décident de prendre l'affaire en mains. Seulement Tom, veille au grain et fait tout ce qu'il peut pour empêcher les souris d'arriver à leur but...

C'est un film assez moyen, dans lequel les soucis du quotidien sont remplacés par des chassés-croisés autour de la clé de la cellule du héros (qu'on ne verra évidemment jamais). Une fois de plus le court métrage semble faire l'impasse sur Jerry qui devient un faire-valoir de Tuffy... Et l'animation est réduite à sa plus simple expression.

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Published by François Massarelli - dans Tom & Jerry Animation
4 mai 2025 7 04 /05 /mai /2025 21:09

Il y a une filiation inévitable entre cet avant-dernier film d'Hitchcock et The Lodger, le troisième long métrage de ce géant du cinéma: la boucle est bouclée, Hitch est enfin revenu à Londres, sans faire semblant, comme avec ses films "Anglais" réalisés aux Etats-Unis (Rebecca, Suspicion), où avec Stage Fright dont les scènes d'extérieurs avaient certes été tournées dans la capitale Britannique, mais le rôle principal, celui d'une aspirante comédienne Britannique, était interprété par Jane Wyman! Non, Frenzy, c'est du British pur jus, tourné sur place, intérieurs comme extérieurs, avec des acteurs du cru, un sujet local et un scénariste dégoté sur place: Anthony Shaffer.

On doit à ce dernier Sleuth, une pièce supposée être un chef d'oeuvre, qui a donné lieu à une adaptation par Mankiewicz, l'un des films les plus ennuyeux que j'ai vus de ma vie, probablement. Mais il y était question d'une confrontation entre deux hommes, dans laquelle hiérarchie, classe sociale, et rapport complexe (et comique, paraît-il) à la femme jouaient un rôle. Autant d'ingrédients qu'on retrouve ici, mais comme chacun sait, à chaque fois qu'il le pouvait, Hitchcock s'il n'écrivait pas ses scripts, les pilotait. Il convoquait des conférences, des réunions préparatoires, et finissait toujours par modeler le script - à distance... Ici, c'est flagrant.

Hitchcock, devenu selon ses propre dires "pâtissier" à Hollywood ("Certains films sont des tranches de vie, les miens sont des tranches de gâteau", disait-il...), revient donc sur les lieux où il a tourné tant de grands films de sa période Anglaise, et renoue avec le petit peuple Londonien, ces gens qui travaillent, qui vont au pub, qui parlent avec un accent qu'aucun film Américain n'a jamais su s'approprier. Et dans ce petit monde du petit matin, qui sent la bière (le pub) et les légumes (le marché de Covent Garden), Hitchcock insère un meurtre. Mieux: une série de meurtres, comme dans... The lodger.

On se souvient de la tendance du metteur en scène à ne jamais faire oublier au spectateur le lieu où se situe l'action, en passant autant par un rappel des endroits emblématiques (Plaza Hotel, New York; Statue de la Liberté; Mont Rushmore...) que par des clichés-clins d'oeil (dans Secret agent, on est en Suisse, il y aura du chocolat; dans Foreign correspondent, la Hollande sera représentée par des parapluies et des moulins). Ici, pour insister sur le fait qu'il s'agit de Londres, on a droit à une conversation dans un pub entre deux gentlemen bien sous tout rapports, qui rappellent le caractère fondamentalement Anglais du crime sexuel!

Donc, à Londres au début des années 70, on découvre une fois de plus le cadavre d'une femme, laissée nue, une cravate autour du cou. La police est sur les dents, mais on suit plutôt les aventures assez lamentables d'un homme, Richard Blaney (Jon Finch): ancien capitaine dans l'armée de l'air, le héros n'a pas été capable de se reconvertir dans la vraie vie et traîne son alcoolisme de petit boulot en petit boulot. Au début du film, il est viré de son travail de barman dans un pub situé à deux pas du marché de Covent Garden. Un ami, le négociant en fruits et légumes Bob Rusk (Barry Foster), lui propose de l'aide, mais Blaney refuse, par fierté. Il va trouver son ex-épouse Brenda (Barbara Leigh-Hunt), qui elle aussi tente de l'aider... Sans succès. 

Le lendemain, Brenda qui tient une très digne agence de rencontres, reçoit la visite de Rusk, qu'elle connaît sous un autre nom. Elle tente de se débarrasser de lui (Ce n'est pas la première fois que "Mr Robinson" vient, et ses motivations pour trouver l'âme soeur sont entachées de demandes perverses que l'agence ne souhaite pas honorer. Mais il l'attaque, la viole, et... l'étrangle avec sa cravate. Et bien sûr, entre le départ de Rusk et le moment où sa secrétaire revient de son déjeuner, Blaney sera venu, aura frappé à la porte et sera reparti... juste le temps pour lui d'être aperçu quittant les lieux d'un crime dont la terre entière jurera que c'est lui qui l'a commis...

Blaney n'est pas un type sympathique. Il est considéré plus ou moins comme un minable par tout le monde: son ex-patron, un propriétaire de pub le considère comme un voleur (Il l'a surpris en train de se servir dans les réserves), son épouse a surtout pitié de lui... Mais deux personnes semblent vraiment l'apprécier: sa collègue Barbara (Anna Massey), qui est plus ou moins sa petite amie, et son "copain" Bob Rusk, qui est sincère quand il lui propose de l'aide au début du film. Mais le personnage traîne sa rancoeur jusqu'à son procès, et s'évadera pour régler son compte au vrai coupable! Toujours cette idée que la justice quand elle se trompe finit toujours par créer des authentiques coupables à partir des pauvres types qu'elle a dans ses griffes. Je maintiens le "pauvre type", cela dit, ça reste une assez bonne description de Blaney. Pour une fois, Hitchcock qui n'est pas lié par les conventions Hollywoodiennes, nous permet de soupçonner un peu son personnage principal (Un faux coupable, 100% Hitchcock, recette inchangée depuis 1926), comme on l'a si souvent fait au début de ses films criminels, mais ne nous fera jamais l'accepter totalement.

Par contre, Rusk est sympathique (tant qu'on ne connaît pas ses penchants du moins), serviable, et même, mais oui, drôle: Hitchcock, y compris après nous avoir révélé le pot-aux-roses, nous montre une scène durant laquelle Foster discute avec le patron du pub qui a incriminé Blaney, et se paie sa tête, mettant immédiatement le public des rieurs de son côté. Il nous le montre en pleine panade aussi, comme Norman Bates tentant de faire disparaître les traces de la victime de sa maman dans Psycho: il a assassiné une fois de plus, et se rend compte qu'il a mis un cadavre de femme nue dans un vieux sac de patates, portant dans une de ses mains un objet qui l'incrimine. La scène qui en découle, une virée nocturne d'un homme habituellement si propre sur lui, se débattant dans un camion avec une femme si nue et si morte, et des tubercules sales, est une nouvelle variation brillante sur le suspense tel qu'Hitchcock le pratiquait si bien... Et nous rend sacrément proche de ce personnage! Pour en finir avec Rusk (Et son accent cockney), Hitchcock a semé quelques indices qui en font un peu le petit cousin de Norman Bates, déjà mentionné, mais aussi de ce magnifique meurtrier qu'était Bruno dans Strangers on a train. Un homme qui va au bout de ses pulsions, y compris si elles impliquent le meurtre, qu'il assume pleinement. mais aussi un homme flamboyant, bien habillé, qui se plierait en quatre pour un copain, mais qui n'aime de la femme que ce qu'il peu lui tirer de force... Et pour finir, comme ses deux "petits cousins" de crime, Rusk est doté d'une mère, une brave et terrienne dame qu'on n'a aucun problème à imaginer étouffante.

La police est présente aussi, et là encore, Hitchcock s'est amusé à remettre les pendules à l'heure: les fonctionnaires de police sont des braves gens, un peu lents, qui bien sûr (Ca va souvent avec la fonction en particulier à l'aube des années 70) sont totalement en phase avec la morale conservatrice qui les emploie. Ils ont des petits appartements, des fins de mois difficiles, et des calvities... Eux aussi, on les trouvera à l'occasion au pub, avec le peuple. C'était déjà le cas dans The lodger, dans Blackmail, dans Sabotage, et Hitchcock ne l'a pas oublié. Mais surtout, il réussit le tour de force de multiplier les gags (Tous liés à la vie quotidienne) autour de son inspecteur Oxford (Alec McCowen), l'homme en charge de l'enquête, tout en le maintenant dans les faveurs du public... Il faut dire que le pauvre n'est pas aidé: son épouse a des idées de grandeur, elle veut faire de la Cuisine avec un C majuscule... Et ce n'est pas très ragoûtant!

Alors, finalement, un faux coupable, un meurtrier maniaque dans Londres, et des petites gens qui oscillent entre médiocrité et petite vie quotidienne sans histoire? On se dit qu'il n'y a pas tant de nouveauté que ça, dans ce film d'Hitchcock... Mais on aurait tort. D'une part parce que s'il échappe de façon spectaculaire au style élégant développé par le metteur en scène dans les années 50, mais dont les derniers films avaient tourné à vide après les fulgurances de Psycho, le film n'est pas pour autant du cinéma-vérité: la mise en scène est du pur Hitchcock, en pleine possession de ses moyens, mêlant des mouvements de caméra virtuoses et efficaces, des plans-séquences magnifiquement intégrés et un dosage impressionnant des sons et de la musique. Il passe souvent par des scènes muettes, et par le regard des personnages secondaires, tous plus moralistes les uns que les autres. Il promène son regard et le nôtre dans un monde tangible, fait d'accents, de comportements, de petites habitudes et manies, de monnaies au décompte étrange, magnifiquement reproduit... Londres ne lui est pas du tout étranger même s'il n'y vit plus depuis 30 ans...

Il laisse aussi son style se laisser envahir par les audaces et la crudité du cinéma de l'époque, sans jamais en abuser. Elle est insupportable, mais la scène de viol et de meurtre se justifie pleinement: comme avec les meurtres de Psycho et Torn curtain, Hitchcock appelle un chat un chat, et cesse de tourner autour du pot. Son propos est de sonder le comportement humain, il n'a pas de fausse pudeur (On notera que si Anna Massey, l'héroïne potentielle, disparaît bien tôt dans le film un peu à la façon de Marion Crane, on n'aura que des bribes de la scène de sa mort: on l'a déjà vécue avec Barbara Leigh-Hunt, inutile d'y retourner), pas non plus d'excès. Et la vision de l'humanité proposée dans ce film, l'un des plus personnels de son auteur, fait une fois de plus très très froid dans le dos. Frenzy est son dernier chef d'oeuvre.

Mais il y a quand même un point sur lequel on peut râler, sans pour autant, ce serait naïf, s'en étonner outre mesure: résumons donc en quelques points:

Brenda Blaney a quitté son mari (dont elle garde le nom maintenant que sa boutique a pignon sur rue) et lui a concocté un divorce aux petits oignons, avec "cruauté mentale" pour aller plus vite.

Barbara soutient son amant, mais à la première occasion elle vient chez Rusk, et avant de finir étranglée, aura probablement des rapports consentants avec lui (aucune trace de lutte dans l'appartement, au contraire: des bouteilles de jus de fruits sur la table basse témoignent du fait qu'il y a du avoir conversation à bâtons rompus...): bref, elle a probablement trompé Blaney, avec lequel elle s'apprête pourtant à fuir.

Blaney trouve refuge chez un copain, mais l'épouse de celui-ci fait tout pour l'éloigner, imposant à son mari de virer son copain.

Enfin, l'inspecteur est marié à une femme gentille comme tout, mais qui le met en danger permanent avec sa cuisine.

"Misogyne", dites-vous? Pas une surprise, en même temps, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
4 mai 2025 7 04 /05 /mai /2025 13:55

Huit ans après la disparition de Batman, qui s'était auto-accusé du meurtre de Harvey Dent, le monde de Gotham City se porte mieux... Mais des malfrats arrivent pour prendre la relève!

Quel ennui, mais quel ennui... Passé une ouverture sophistiquée, superbe et ouvragée, plus rien de surnage dans ce dédale d'informations vides de sens, qui exigent du spectateur de s'être intéressé à cette saga de gens qui passent leur temps à se manipuler les uns les autres, à faire des cachotteries, avec des tonnes de pognon, des dialogues vides et obsessionnellement cryptés, et des masques et des armes du dernier cri technologique...

Bruce Wayne n'en finit pas de ne pas revenir ou presque, et pour tout dire on s'intéresserait presque plus au parcours de Selina, la "Catwoman" de Anne Hathaway, avant qu'elle ne rejoigne la troupe des héros masqués qui pour passer inaperçus se couvrent de spandex noir. Rien de nouveau au monde des super-héros, le ridicule ne tue plus, par contre.... Quel ennui.

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Published by François Massarelli - dans Christopher Nolan
4 mai 2025 7 04 /05 /mai /2025 12:17

En 1947, The invisible mouse mettait aux prises Tom avec un Jerry qui découvrait l'encre invisible... Ce film recycle le concept en proposant à nouveau un duo affadi par la présence envahissante d'un caneton: l'animal est un cadeau du propriétaire de la maison à son épouse, que le couple a eu l'idée idiote de laisser seul avec le chat pendant la soirée...

C'est moyen, et si le fond (les gags, et la lutte de Tom contre la présence de non pas un, mais deux -le canard et la souris- animaux invisibles) est honnête, c'est quand même pour une large part une énime redite dans une série qui touche à fin: deux films plus loin, Hanna et Barbera passeront en effet la main et partiront de la MGM pour fonder leur propre studio...

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Published by François Massarelli - dans Tom & Jerry Animation