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Durant la grande dépression, des fermiers du Dust Bowl voient arriver la brebis galeuse de la famille, Red Stovall (Clint Eastwood)... Contrairement à sa soeur, Emmy (Verna Bloom) qui s'est mariée avec un paysan, Virgil Wagoneer (Matt Clark), et qui vit dans une certaine misère mais aussi une certaine stabilité (et avec bien trop d'enfants pour qu'il me soit possible de les compter), Red est musicien, alcoolique... et tuberculeux. Après des années précaires, il est sollicité pour se rendre au Grand Ole Opry, un concours radiophonique permanent qui récompense et promeut les artistes émergeants de la country music, mais il lui faut pour cela conduire jusqu'à Memphis, Tennessee... Comme Red est sérieusement malade, et un conducteur peu fiable, il "engage" son neveu Whit (Kyle Eastwood) pour conduire et veiller sur lui... Pour le garçon, une aventure initiatique commence.
Il y a toujours eu une sorte de tendance au masochisme chez Eastwood, l'acteur-metteur en scène, dans les films qu'il interprète en plus de les diriger. Comme s'il lui était impossible de ménager son personnage, ou peut-être comme s'il s'excusait d'avoir décroché le rôle principal! Cerre tendance se manifeste de façon évidente dans ce film, mais elle se double d'une incroyable tendresse, autant pour le personnage, que pour ce qu'il représente. Un marginal évident, une forte tête, oui, mais aussi un homme écorché par la vie, la maladie et les circonstances, et sa propre incapacité à assumer son génie. Car red Stoval, de fait, a du génie, et si je suis souvent embarrassé devant ces films qui nous présentent un musicien supposé génial, dont on entend les oeuvres en levant les yeux au ciel durant le film, ici le choix d'un chanteur et guitariste de country, qui cherche une voie poétique différente de celles des autres musiciens, et choisit de se laisser inspirer notamment par le jazz, le rend d'autant plus attachant. Il y a en Red Stovall un je-ne-sais quoi de Box Beiderbecke, le cornettiste de jazz fabuleux qui est mort trop jeune à cause des doses extrèmes d'alcool frelaté qu'il avalait quotidiennement... Et Clint Eastwood a la bonne idée d'interpréter les chansons lui-même, de ce filet de voix grave, qui chante juste sans chercher à faire autre chose que de se baser sur l'évidence de sa tranquille fragilité. C'est touchant...
Et le personnage, truculent et comme toujours chez Eastwood, militant dans sa marginalité, est ici vu par les yeux d'un gamin qui n'en finit pas de l'admirer, mais aussi d'une certaine manière de tenter de le protéger contre lui-même. La vision humaniste de Clint Eastwood est ici à son plus haut niveau, derrière la tendresse touchante de ces mésaventures de deux complices qui n'hésitent pas, le cas échéant, à devenir d'authentiques voleurs de poules! Le film devient vite la geste initiatique d'un jeune homme, Whit que Red surnomme "Hoss" (Horse), qui est de plus en plus attiré par la guitare, une magnifique Gibson L-5 (d'un modèle, la L-5C, qui était manufacturé dans les années 70, mais bon... on est chez Eastwood!), et par la liberté de son oncle, mais dont les frasques de ce dernier sont de nature à lui façonner une vraie éthique! Eastwood s'est plu à jouer avec ses acteurs sur l'accent des personnages, ce qu'il ne fait pas souvent, pour façonner une belle atmosphère picaresque et des éléments de comédie qui empêchent souvent la tragédie personnelle des limites de Red Stovall de prendre toute la place. Le passage de témoin de Red à Whit se prolonge de celui qui s'effectue entre les deux Eastwood, le père et le fils. On avait déjà vu Kyle interpréter des petits rôles dans les films de son père, mais ici, c'est lui qui tient tout le film, et la complicité entre les deux est fabuleuse. Ce sera la seule et unique collaboration de cet ordre entre les deux, puisque Kyle préférera embrasser une carrière de musicien...
Je parlais de masochisme, il se combine avec une vraie pudeur, dans ce filmqui est surtout, finalement, la naissance d'un gamin à une vie d'aventures qu'il n'aurait jamais pu rêver dans la ferme de ses parents. Eastwood n'a aucun mal à adopter une mise en scène qui met en permanence l'accent sur la comédie rustique, sans jamais se vautrer dans la gaudriole: un peu à la façon de Bonnie & Clyde, d'Arthur Penn... Qui lui aussi hésite entre comédie et tragédie. Mais bon, ce film, qui anticipe sur la magnifique déchéance de Bird, par bien des côtés, est l'un des grands films de Clint Eastwood.
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