Mabel Normand quitte son foyer, et quasiment le film, et laisse derrière elle... Un chien, un chat et un oiseau. Comme le chien tend à vouloir suivre sa maîtresse, le chat décide d'en profiter pour un (fort légitime mais ce n'est que mon point de vue) canary-burger... Le chien, bien que minuscule, va jouer les justiciers (ou les trouble-fête mais là encore c'est une affaire d'opinion).
C'était, déjà dans l'air: les compagnies se faisaient déjà toutes concurrence pour faire "jouer" leurs animaux. On crédite ici souvent Teddy le chien et Pepper le chat pour ce film, mais il me semble que ces animaux-stars de l'écurie Sennett ont été formés plus tardivement. Reste que ce film n'a pas grand intérêt...
Un garçon (Sonny Edward), un chien et un ours qui s'ennuie dans sa cage, ont tous en commun de s'ennuyer... Chacun de son côté, ils s'échappent, et vont se retrouver dans la même fugue...
Nell Shipman avait co-réalisé avec David Hartford l'un des premiers films Canadiens, Back to God's country, en 1919. Elle y retrouvait l'esprit des oeuvres de James Oliver Curwood (que le film adaptait d'ailleurs très officiellement), mais on finira par se rendre compte que ce qui l'avait principalement intéressée était... La présence d'un ours apprivoisé. Son deuxième long métrage, Something New (1920), qui manque singulièrement d'intérêt, la montrait aussi en compagnie d'un chien...
Jamais deux sans trois? Ce troisième film, moins ambitieux (seulement trois bobines) est à nouveau une histoire de cohabitation et de complicité. Mais le film reste assez clairement un effort amateur, avec un héros mal défini (le june garçon) et des animaux plus ou moins bien dirigés...
A San Francisco, nous voyons une femme éliminer un homme, pendant ce qui ressemble à une étreinte... Pendant ce temps l'inspecteur Harry Callahan (Clint Eastwood) fais ce qu'il fait le plus, sinon le mieux: il se voit reprocher ses méthodes par ses supérieurs, par les politiciens, les juges... Alors comment s'étonner qu'au passage, en ville, entre deux grognements, il ne réalise (avec la fameuse réplique "Smith & Wesson and me") un massacre en débarrassant un diner des quelques gangsters qui s'apprêtaient à mettre l'établissement à sac. Puis, devenu la cible d'une famille mafieuse après qu'il ait eu un coup de sang, il échappe de peu à un attentat... Puis se livre à un autre massacre pour faire bonne mesure, subit un autre attentat... etc.
Mis au vert, Callahan est envoyé à San Paulo, où il va croiser la route de la peintre Jennifer Spencer (Sondra Locke), dont la soeur a été violée il y a quelques années lors d'une de leurs sorties, et qui est devenue l'ange exterminateur aperçu au début du film...
Aux thèmes habituels des films qui mettent en scène Harry Callahan (la disparité entre l'efficacité et le professionnalisme de l'inspecteur, et les lourdeurs protocolaires d'une justice qui ne souhaite pas assumer d'être parfois radicale, les bisbilles entre un monde politique qui souhaite tout lisser, et un inspecteur qui reste attaché à l'esprit de la Frontière, et aurait plutôt tendance à vouloir tirer d'abord et discuter ensuite...), viennent s'ajouter une sorte d'officialisation du fait que Harry est seul: on lui adjoint d'autorité un compagnon, le bulldog Meathead... Et il va croiser le chemin d'une femme qui accomplit de façon illégale une vengeance qu'il ne peut que comprendre...
On n'a bien sûr pas l'habitude de voir Harry accompagné d'une femme, et si le fait que ce soit Sondra Locke, sa partenaire dans un certain nombre de films quand même, nous y aide, il est vrai que ce film ne joue pas la même partition que d'habitude. Après tout, il e sagit sans doute pas d'humaniser Harry, mais bien plutôt de montrer sous un angle différent le sens, disons, particulier, de la justice qui l'habite. Car même s'il est expéditif, de droite, bardé de préjugés (on se souvient de sa diatribe rigolarde sur les étrangers dans le Dirty Harry de Don Siegel) et peu encombré de compassion, Harry est surtout mû par une morale sans le moindre compromis...
Pourtant dans ce film où il assume la mise en scène, pour l'unique fois de la carrière d'Harry, Eastwood choisit de détourner l'un des codes de la franchise: après une trentaine de minutes qui le voient se mettre toute sa hiérarchie à dos, Harry Callahan mis devant la nécessité de se mettre au vert part, alors que la caméra s'envole, comme elle le fait dans chacun des films, à la toute fin. Comme si ce qui devait suivre devenait en quelque sorte une variation officieuse... C'est presque une enquête privée à laquelle Eastwood va se livrer, qui va le mener à prendre parfois de drastiques décisions, notamment face à la tueuse qu'il trouvera sur ses pas.
C'est je pense le plus intéressant de tous les films de la franchise, dans lequel avant d'être définitivement trop vieux pour le rôle, Eastwood s'autorise une série constante de variations, en même temps pour faire bonne mesure, que quelques passages obligés. L'efficacité narrative est à son comble, les facilités (la police contre le département de la justice, ça finit par tourner en rond) sont gardées au minimum, et l'humour, s'il est bien présent, reste souvent grippé par la gravité de l'histoire des deux femmes qui ont été violées.
Un banquier (Van Dyke Brooks) rigoriste et froid, contre l'avis de son épouse (Mary Maurice), répudie son fils (James Morrison): il le trouve trop aventureux et dépensier... Mais quand lui-même a des ennuis à cause de son inconséquence financière, il meurt d'une crise cardiaque. Son épouse est amenée à la déchéance... Leur fils en apprenant la triste nouvelle part à sa recherche...
Le film est un mélodrame strict, réalisé par l'undes acteurs principaux. C'était le début d'un long déclin pour la Vitagraph, dont la plupart des stars arrivaient au bout de leur course. Florence Turner avait fondé sa propre compagnie et était partie en Grande-Bretagne en compagnie de Larry Trimble. Seul lien avec les années fastes, le chien Jean restait une star, et il sert ici de fil rouge, et de révélateur, car c'est en l'apercevant dans la rue que le fils va pouvoir retrouver la trace de sa mère...
Oscar (William Humphrey) pense qu'il aime Alice (Florence Turner), mais il est épouvantablement jaloux... Il n'apprécie pas qu'elle ait un chien, le colley Jean, ni qu'elle voie parfois un ami, le gentil Horace (Leo Delaney). Un jour, après qu'il ait manifesté son mécontentement, il refuse de se jeter à l'eau pour sauver son rival, qui ne devra d'avoir la vie sauve que grâce au chien d'Alice...
C'est une fois de plus simple et direct, et animé par un jeu retenu, surtout de la part de Florence Turner. Le film a été tourné dans le Maine, dans exactement les mêmes décors de bord de lac que la charmante comédie A tin-type romance de 1910...
Nous assistons à deux parcours, celui d'un couple d'abord (Leah Baird et William Humphrey). Ils s'aiment, mais le temps a passé et ils n'ont pas pu avoir d'enfant... En lieu et place ils ont bien un chien (le colley Jean), mais... Ensuite, nous faisons la connaissance d'une petite fille (Adele de Garde), qui est orpheline, et elle est exploitée. Une veille de Noël, elle décide de braver la neige et de s'enfuir, et elle se réfugie... chez le gentil couple qui n'en revient pas de son bonheur...
C'est direct et simple, et l'une des immenses qualités de ces films Vitagraph avec le chien star Jean est justement que l'animal est présent, comme un fil rouge, mais il n'est pas question de tout faire reposer sur lui... C'est fort bien troussé, et le jeu est excellent. Un seul regret finalement, le fait que Florence Turner, trop jeune pour le rôle, n'ait pas interprété la mère...
Comme Jean the Match-maker, ce film est une comédie d'une bobine, mettant en scène le chien Jean, et la "Vitagraph Girl", Florence Turner. Le chien, dans le film, est la propriété de Phil (Leo Delaney), un jeune homme, qui croise la belle Beth, sur une plage, un jour. Ils sont amoureux, ils se promènent, et ont l'idée d'immortaliser la journée par une photo. Chacun d'entre eux en possède un exemplaire sur lui... Mais un jour que Phil ne peut présenter la photo, ils se fâchent... Il faudra la patience de Jean pour les remettre ensemble, et pour empêcher qu'ils ne mettent à exécution des projets funestes (et bien peu crédibles)...
Les films de la série Jean que j'ai vus sont d'une grande qualité globale, principalement par leur jeu et la vitalité manifestée par ces intrigues simples, quotidiennes, et menées tambour battant... Mais celui-ci est le meilleur, et ce grâce à Florence Turner. Elle avait une approche moderne de la comédie, et jouait avec l'intégralité de son corps. Il faut la voir manifester son désespoir dans une scène de suicide... Où elle ne se mettra pas à l'eau parce qu'elle est trop froide. Elle incarne se frustration jusque dans ses orteils!
Durant la grande dépression, des fermiers du Dust Bowl voient arriver la brebis galeuse de la famille, Red Stovall (Clint Eastwood)... Contrairement à sa soeur, Emmy (Verna Bloom) qui s'est mariée avec un paysan, Virgil Wagoneer (Matt Clark), et qui vit dans une certaine misère mais aussi une certaine stabilité (et avec bien trop d'enfants pour qu'il me soit possible de les compter), Red est musicien, alcoolique... et tuberculeux. Après des années précaires, il est sollicité pour se rendre au Grand Ole Opry, un concours radiophonique permanent qui récompense et promeut les artistes émergeants de la country music, mais il lui faut pour cela conduire jusqu'à Memphis, Tennessee... Comme Red est sérieusement malade, et un conducteur peu fiable, il "engage" son neveu Whit (Kyle Eastwood) pour conduire et veiller sur lui... Pour le garçon, une aventure initiatique commence.
Il y a toujours eu une sorte de tendance au masochisme chez Eastwood, l'acteur-metteur en scène, dans les films qu'il interprète en plus de les diriger. Comme s'il lui était impossible de ménager son personnage, ou peut-être comme s'il s'excusait d'avoir décroché le rôle principal! Cerre tendance se manifeste de façon évidente dans ce film, mais elle se double d'une incroyable tendresse, autant pour le personnage, que pour ce qu'il représente. Un marginal évident, une forte tête, oui, mais aussi un homme écorché par la vie, la maladie et les circonstances, et sa propre incapacité à assumer son génie. Car red Stoval, de fait, a du génie, et si je suis souvent embarrassé devant ces films qui nous présentent un musicien supposé génial, dont on entend les oeuvres en levant les yeux au ciel durant le film, ici le choix d'un chanteur et guitariste de country, qui cherche une voie poétique différente de celles des autres musiciens, et choisit de se laisser inspirer notamment par le jazz, le rend d'autant plus attachant. Il y a en Red Stovall un je-ne-sais quoi de Box Beiderbecke, le cornettiste de jazz fabuleux qui est mort trop jeune à cause des doses extrèmes d'alcool frelaté qu'il avalait quotidiennement... Et Clint Eastwood a la bonne idée d'interpréter les chansons lui-même, de ce filet de voix grave, qui chante juste sans chercher à faire autre chose que de se baser sur l'évidence de sa tranquille fragilité. C'est touchant...
Et le personnage, truculent et comme toujours chez Eastwood, militant dans sa marginalité, est ici vu par les yeux d'un gamin qui n'en finit pas de l'admirer, mais aussi d'une certaine manière de tenter de le protéger contre lui-même. La vision humaniste de Clint Eastwood est ici à son plus haut niveau, derrière la tendresse touchante de ces mésaventures de deux complices qui n'hésitent pas, le cas échéant, à devenir d'authentiques voleurs de poules! Le film devient vite la geste initiatique d'un jeune homme, Whit que Red surnomme "Hoss" (Horse), qui est de plus en plus attiré par la guitare, une magnifique Gibson L-5 (d'un modèle, la L-5C, qui était manufacturé dans les années 70, mais bon... on est chez Eastwood!), et par la liberté de son oncle, mais dont les frasques de ce dernier sont de nature à lui façonner une vraie éthique! Eastwood s'est plu à jouer avec ses acteurs sur l'accent des personnages, ce qu'il ne fait pas souvent, pour façonner une belle atmosphère picaresque et des éléments de comédie qui empêchent souvent la tragédie personnelle des limites de Red Stovall de prendre toute la place. Le passage de témoin de Red à Whit se prolonge de celui qui s'effectue entre les deux Eastwood, le père et le fils. On avait déjà vu Kyle interpréter des petits rôles dans les films de son père, mais ici, c'est lui qui tient tout le film, et la complicité entre les deux est fabuleuse. Ce sera la seule et unique collaboration de cet ordre entre les deux, puisque Kyle préférera embrasser une carrière de musicien...
Je parlais de masochisme, il se combine avec une vraie pudeur, dans ce filmqui est surtout, finalement, la naissance d'un gamin à une vie d'aventures qu'il n'aurait jamais pu rêver dans la ferme de ses parents. Eastwood n'a aucun mal à adopter une mise en scène qui met en permanence l'accent sur la comédie rustique, sans jamais se vautrer dans la gaudriole: un peu à la façon de Bonnie & Clyde, d'Arthur Penn... Qui lui aussi hésite entre comédie et tragédie. Mais bon, ce film, qui anticipe sur la magnifique déchéance de Bird, par bien des côtés, est l'un des grands films de Clint Eastwood.
Il y a toujours eu chez Clint Eastwood une tendance à l'alternance entre ses projets personnels d'une part, des films humanistes et souvent intimistes, qui participent d'une vision de l'Amérique, et des films plus ambitieux, des compromis souvent, qui reposent sur de gros budgets et dont la vocation première est bien souvent (pas toujours) de faire bouillir la marmite. Parfois (le diptyque Flags from our fathers / Sands of Iwo Jima, Invictus, par exemple), il a réussi à combiner les deux.
Pas avec ce film...
Mitchell Gant (Clint Eastwood) est un agent Américain, un pilote d'avion de chasse, qui garde un traumatisme fort de son passage par le Vietnam... Il est contacté par la CIA pour voler un avion soviétique de pointe, le Firefox: un supersonique partiellement piltoable par la pensée...
Après une exposition qui permet d'établir le personnage principal (choisi parce qu'il a une vengeance personnelle à exercer, mais aussi et surtout parce qu'il parle le Russe courament), nous avons droit au plus intéressant du film, une portion durant laquelle Gant s'infiltre en Union Soviétique... Puis le pire commence: la mission élle-même, un ratage monumental.
Si on doutait que le but de Firefox dans l'esprit de son metteur en scène était strictement de payer Bronco Billy d'une part, et obtenir le droit de réaliser Honky Tonk Man, il suffit de voir les trente dernière minutes, un monument de vide intégral, dans lequel Eastwood ne fait pas l'ombre d'un effort pour pimenter un peu le côté routinier de la séquence.
Laurent Van Horn (Paul Henreid), capitaine Hollandais, perd son navire au large de Cathagène, dont le gouverneur décide de l'emprisonner. Il s'évade, et quelques années plus tard, il a établi une solide réputation de pirate sous le nom de son bateau, le barracuda... Alors qu'il se trouve sur un bateau Espagnol qui transporte entre autres la belle Francisca Alvarado (Maureen O'Hara), promise à un noble espagnol, le vaisseau est attaqué par un bateau pirate... Le Barracuda! Commence alors une histoire d'amour inattendue entre le vaillant pirate et la belle Espagnole...
Voici un film de vacances, sans doute, pour Frank Borzage qui depuis son départ de la MGM après Seven Sweethearts, sorti en 1942, avait réalisé plusieurs films pour plusieurs studios différents: Stage Door Canteen pour UA, His butler's sister pour Universal et le délicat Til we meet again pour Paramount. Avant de repartir pour un (petit) contrat avec Republic pictures où il devait se douter qu'il aurait une certaine paradoxale liberté dans la mesure où le studio de Herbert Yates était minuscule (Ford et Wayne s'y sont sentis très bien justement pour cette raison), il s'offre donc un tour de piste pour un genre où on ne l'attendait absolument pas: le film de pirates, en Technicolor évidemment!
D'une part ce film flamboyant, qui se laisse voir sans déplaisir, nous donne à voir un spectacle certes léger et un peu facile, avec tout ce qu'on attend du genre: des bateaux magnifiquement reproduits (en miniatures), des costumes appropriés, un méchant d'envergure (Walter Slezak prend un malin plaisir à interpréter un sale type, dans la caricature de potentat illettré, capricieux et mal embouché), une belle héroïne, et en plus c'est la grande Maureen O'Hara, dont la première apparition en robe verte nous fait sérieusement douter qu'elle puisse un tant soit peu être Espagnole...
Et de l'autre, derrière la production de commande soignée mais vaine, Borzage s'amuse malgré tout avec ses deux héros, auxquels il ne donne pas l'ombre d'une chance de nous donner l'illusion qu'ils puissent finir autrement que dans les bras l'un de l'autre! Il pervertit l'un de ses motifs favoris en montrant Maureen O'Hara acceptant un chanage au mariage un peu particulier sur le bateau pirate, se forçant à épouser Paul Henreid afin d'éviter qu'il ne tue les autres passagers et marins du bateau Espagnol...