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5 juin 2025 4 05 /06 /juin /2025 22:00

Durant la grande dépression, des fermiers du Dust Bowl voient arriver la brebis galeuse de la famille, Red Stovall (Clint Eastwood)... Contrairement à sa soeur, Emmy (Verna Bloom) qui s'est mariée avec un paysan, Virgil Wagoneer (Matt Clark), et qui vit dans une certaine misère mais aussi une certaine stabilité (et avec bien trop d'enfants pour qu'il me soit possible de les compter), Red est musicien, alcoolique... et tuberculeux. Après des années précaires, il est sollicité pour se rendre au Grand Ole Opry, un concours radiophonique permanent qui récompense et promeut les artistes émergeants de la country music, mais il lui faut pour cela conduire jusqu'à Memphis, Tennessee... Comme Red est sérieusement malade, et un conducteur peu fiable, il "engage" son neveu Whit (Kyle Eastwood) pour conduire et veiller sur lui... Pour le garçon, une aventure initiatique commence.

Il y a toujours eu une sorte de tendance au masochisme chez Eastwood, l'acteur-metteur en scène, dans les films qu'il interprète en plus de les diriger. Comme s'il lui était impossible de ménager son personnage, ou peut-être comme s'il s'excusait d'avoir décroché le rôle principal! Cerre tendance se manifeste de façon évidente dans ce film, mais elle se double d'une incroyable tendresse, autant pour le personnage, que pour ce qu'il représente. Un marginal évident, une forte tête, oui, mais aussi un homme écorché par la vie, la maladie et les circonstances, et sa propre incapacité à assumer son génie. Car red Stoval, de fait, a du génie, et si je suis souvent embarrassé devant ces films qui nous présentent un musicien supposé génial, dont on entend les oeuvres en levant les yeux au ciel durant le film, ici le choix d'un chanteur et guitariste de country, qui cherche une voie poétique différente de celles des autres musiciens, et choisit de se laisser inspirer notamment par le jazz, le rend d'autant plus attachant. Il y a en Red Stovall un je-ne-sais quoi de Box Beiderbecke, le cornettiste de jazz fabuleux qui est mort trop jeune à cause des doses extrèmes d'alcool frelaté qu'il avalait quotidiennement... Et Clint Eastwood a la bonne idée d'interpréter les chansons lui-même, de ce filet de voix grave, qui chante juste sans chercher à faire autre chose que de se baser sur l'évidence de sa tranquille fragilité. C'est touchant...

Et le personnage, truculent et comme toujours chez Eastwood, militant dans sa marginalité, est ici vu par les yeux d'un gamin qui n'en finit pas de l'admirer, mais aussi d'une certaine manière de tenter de le protéger contre lui-même. La vision humaniste de Clint Eastwood est ici à son plus haut niveau, derrière la tendresse touchante de ces mésaventures de deux complices qui n'hésitent pas, le cas échéant, à devenir d'authentiques voleurs de poules! Le film devient vite la geste initiatique d'un jeune homme, Whit que Red surnomme "Hoss" (Horse), qui est de plus en plus attiré par la guitare, une magnifique Gibson L-5 (d'un modèle, la L-5C, qui était manufacturé dans les années 70, mais bon... on est chez Eastwood!), et par la liberté de son oncle, mais dont les frasques de ce dernier sont de nature à lui façonner une vraie éthique! Eastwood s'est plu à jouer avec ses acteurs sur l'accent des personnages, ce qu'il ne fait pas souvent, pour façonner une belle atmosphère picaresque et des éléments de comédie qui empêchent souvent la tragédie personnelle des limites de Red Stovall de prendre toute la place. Le passage de témoin de Red à Whit se prolonge de celui qui s'effectue entre les deux Eastwood, le père et le fils. On avait déjà vu Kyle interpréter des petits rôles dans les films de son père, mais ici, c'est lui qui tient tout le film, et la complicité entre les deux est fabuleuse. Ce sera la seule et unique collaboration de cet ordre entre les deux, puisque Kyle préférera embrasser une carrière de musicien...

Je parlais de masochisme, il se combine avec une vraie pudeur, dans ce filmqui est surtout, finalement, la naissance d'un gamin à une vie d'aventures qu'il n'aurait jamais pu rêver dans la ferme de ses parents. Eastwood n'a aucun mal à adopter une mise en scène qui met en permanence l'accent sur la comédie rustique, sans jamais se vautrer dans la gaudriole: un peu à la façon de Bonnie & Clyde, d'Arthur Penn... Qui lui aussi hésite entre comédie et tragédie. Mais bon, ce film, qui anticipe sur la magnifique déchéance de Bird, par bien des côtés, est l'un des grands films de Clint Eastwood.

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
2 juin 2025 1 02 /06 /juin /2025 14:06

Il y a toujours eu chez Clint Eastwood une tendance à l'alternance entre ses projets personnels d'une part, des films humanistes et souvent intimistes, qui participent d'une vision de l'Amérique, et des films plus ambitieux, des compromis souvent, qui reposent sur de gros budgets et dont la vocation première est bien souvent (pas toujours) de faire bouillir la marmite. Parfois (le diptyque Flags from our fathers / Sands of Iwo Jima, Invictus, par exemple), il a réussi à combiner les deux.

Pas avec ce film...

Mitchell Gant (Clint Eastwood) est un agent Américain, un pilote d'avion de chasse, qui garde un traumatisme fort de son passage par le Vietnam... Il est contacté par la CIA pour voler un avion soviétique de pointe, le Firefox: un supersonique partiellement piltoable par la pensée...

Après une exposition qui permet d'établir le personnage principal (choisi parce qu'il a une vengeance personnelle à exercer, mais aussi et surtout parce qu'il parle le Russe courament), nous avons droit au plus intéressant du film, une portion durant laquelle Gant s'infiltre en Union Soviétique... Puis le pire commence: la mission élle-même, un ratage monumental.

Si on doutait que le but de Firefox dans l'esprit de son metteur en scène était strictement de payer Bronco Billy d'une part, et obtenir le droit de réaliser Honky Tonk Man, il suffit de voir les trente dernière minutes, un monument de vide intégral, dans lequel Eastwood ne fait pas l'ombre d'un effort pour pimenter un peu le côté routinier de la séquence. 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
1 juin 2025 7 01 /06 /juin /2025 21:15

Laurent Van Horn (Paul Henreid), capitaine Hollandais, perd son navire au large de Cathagène, dont le gouverneur décide de l'emprisonner. Il s'évade, et quelques années plus tard, il a établi une solide réputation de pirate sous le nom de son bateau, le barracuda... Alors qu'il se trouve sur un bateau Espagnol qui transporte entre autres la belle Francisca Alvarado (Maureen O'Hara), promise à un noble espagnol, le vaisseau est attaqué par un bateau pirate... Le Barracuda! Commence alors une histoire d'amour inattendue entre le vaillant pirate et la belle Espagnole...

Voici un film de vacances, sans doute, pour Frank Borzage qui depuis son départ de la MGM après Seven Sweethearts, sorti en 1942, avait réalisé plusieurs films pour plusieurs studios différents: Stage Door Canteen pour UA, His butler's sister pour Universal et le délicat Til we meet again pour Paramount. Avant de repartir pour un (petit) contrat avec Republic pictures où il devait se douter qu'il aurait une certaine paradoxale liberté dans la mesure où le studio de Herbert Yates était minuscule (Ford et Wayne s'y sont sentis très bien justement pour cette raison), il s'offre donc un tour de piste pour un genre où on ne l'attendait absolument pas: le film de pirates, en Technicolor évidemment!

D'une part ce film flamboyant, qui se laisse voir sans déplaisir, nous donne à voir un spectacle certes léger et un peu facile, avec tout ce qu'on attend du genre: des bateaux magnifiquement reproduits (en miniatures), des costumes appropriés, un méchant d'envergure (Walter Slezak prend un malin plaisir à interpréter un sale type, dans la caricature de potentat illettré, capricieux et mal embouché), une belle héroïne, et en plus c'est la grande Maureen O'Hara, dont la première apparition en robe verte nous fait sérieusement douter qu'elle puisse un tant soit peu être Espagnole...

Et de l'autre, derrière la production de commande soignée mais vaine, Borzage s'amuse malgré tout avec ses deux héros, auxquels il ne donne pas l'ombre d'une chance de nous donner l'illusion qu'ils puissent finir autrement que dans les bras l'un de l'autre! Il pervertit l'un de ses motifs favoris en montrant Maureen O'Hara acceptant un chanage au mariage un peu particulier sur le bateau pirate, se forçant à épouser Paul Henreid afin d'éviter qu'il ne tue les autres passagers et marins du bateau Espagnol... 

 

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
1 juin 2025 7 01 /06 /juin /2025 18:24

Ce film de 1910 fait partie d'une série de huit films Vitagraph dont la star était un chien, un Colley appelé Jean (le nom féminin, donc, et non le nom Francophone masculin). Il y a une certaine confusion sur le réalisateur, ce qui est fraquent à la Vitagraph dans la mesure où la compagnie n'était pas vraiment intéressée par le fait de rendre publique la liste de ses collaborateurs, à une époque où le trust Edison faisait peser une lourde menace sur toute personne travaillant pour une compagnie cinématographique sans passer par leur comptabilité (Edison avait allègrement fait breveter des modèles de caméra qui étaient utilisés par tous, et faisait ensuite la chasse aux infractions, avec des gros bras comme messagers)...

Il est attribué le plus souvent à Larry Trimble, qui pour ce film agissait aussi en qualité de dresseur du chien-star, qui était d'ailleurs le sien. Pour ajouter à la confusion, le réalisateur Ralph Ince faisait aussi partie de la distribution!

Deux jeunes femmes (Florence Turner, Mary Fuller) s'installent pour camper au bord d'un lac. Deux adolescents locaux les aperçoivent et sont particulièrement effarouchés car timides. Mais Jean, leur chien, va jouer les entremetteuses...

C'est l'un des premiers chiens qui allaient devenir, des années avant le célèbre Rin-Tin-Tin, des stars travaillant sous contrat pour des studios, mais ce ne fut que pour huit films, d'une bobine généralement, mais aussi de genres très variés, du mélodrame à la comédie romatique... C'est charmant, gentil et sans prétentions... Et le film a eu un énorme succès.

 

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Published by François Massarelli - dans Wonder dogs Vitagraph Florence Turner Muet
30 mai 2025 5 30 /05 /mai /2025 23:44

En lançant Our gang, Hal Roach souhaitait en faire une série consacrée à des enfants avec leurs animaux. Il en reste des bribes dans les quelques premiers films de la série, à travers un parallèle forcé entre la vie des gamins de la troupe, et de quelques animaux qui sont le plus souvent dotés de vêtements qui les encombrent. C'est à Robert McGowan, qui reprit la direction des opérations en 1923, qu'on doit une décision salutaire: limiter considérablement les interventions des animaux, et se concentrer sur les enfants. Ouf!

Oui, ouf, car au vu de ce film entièrement consacré à des animaux plus ou moins doués pour la comédie, qui sont amenés à "jouer" dans un film en dépit du bon sens, on se dit qu'on l'a échappé belle! Ce court métrage d'une bobine a beau être tiré de la production d'une merveilleuse année (celle qui vit Harold Lloyd tourner ses derniers chefs d'oeuvre pour le studio, mais aussi Charley Chase reprendre l'unité de son frère et lancer ses propres courts métrages), il n'en reste pas moins que ces "Dippy-doo-dads", pour reprendre le titre de la série, était une lamentable exploitation de pauvres bêtes, dans des scénarios indigents. 

Bref, un gâchis de pellicule.

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Published by François Massarelli - dans Muet Hal Roach Wonder dogs Navets
30 mai 2025 5 30 /05 /mai /2025 23:40

Ce film Edison est assez incroyable, non par sa qualité, mais plutôt par le décalage extraordinaire qu'il offre avec ce qu'est devenu le cinéma en 2025... Il nous montre un numéro de cirque dans lequel une troupe de chiens sont invités à sauter par-dessus des obstacles empilés, au milieu d'une piste de cirque. On est bien sous un chapiteau, et le film s'inscrit clairement dans une série par ailleurs très fournie sur les numéros d'attraction existants... A chaque fois que les opérateurs Edison ont pu le faire, par exemple, ils ont filmé les numéros des employés du Cirque de Buffalo Bill, après tout...

Mais voilà: le film n'est désespérément QUE ça, une boucle qui aurait pu être infinie, de chiens après chiens, qui sautent par dessus des paniers empilés! On imagine même qu'on aurait pu conceptualiser cette boucle, et dire que derrière cette minute et demie de film, on était face à une sorte de mouvement perpétuel hypnotique... Mais non, ce ne sont là que chiens qui sautent. Et de par la magie de la façon dont travaillaient les employés d'Edison, il est attribué aux deux «chefs d'équipe» qui se relayaient pour diriger les films.

...Car autant le dire directement et sans prendre de gants, il n'y avait pas besoin de deux réalisateurs pionniers pour effectuer ce film sans grand intérêt!

 

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Published by François Massarelli - dans Thomas Edison J. Stuart Blackton Wonder dogs
30 mai 2025 5 30 /05 /mai /2025 09:49

Sous Charles V, un gentilhomme est assassiné par un rival politique. Le chien de la victime déploie une telle animosité à l'égard du tueur, qui garde pour l'instant son secret, que les soupçons de tous sont facilement éveillés: on décrète un jugement de Dieu...

Houlà! Ne nous emballons pas... C'est tiré d'un roman de René-Max Weil qu'on n'a pas envie de lire, que ce film qu'on n'a pas envie de revoir a été réalisé. C'est pompeux, et même pour 1909, le jeu des acteurs est profondément démodé... On notera toutefois que parmi les protagonistes, figurent le chien Dick, qui était à sa façon une vedette chez Pathé, mais aussi Paul Capellani, le frère d'Albert, et René Leprince, acteur et metteur en scène récurrent à la firme. C'est en Pathécolor...

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Published by François Massarelli - dans Muet Couleur Wonder dogs
30 mai 2025 5 30 /05 /mai /2025 09:41

Une mère et sa fille se rendent à Gennevilliers dans un refuge pour chiens, et recueillent un toutou. Mais quand Monsieur revint chez lui, il a la désagréable surprise de constater que l'animal s'est arrogé le droit de lui piquer son fauteuil préféré. Il va utiliser la ruse pour se débarrasser de l'animal...

Beaucoup de problèmes sont posés par ce film, dont je ne parviens pas à trouver la trace d'un titre Français original, ni celle d'un metteur en scène. Ce n'est en aucun cas un chef d'oeuvre, juste une vignette rigolarde qui montre une vision plus domestique et accepable de la lutte des genres, à une époque où le combat des suffragettes devenait de plus en plus un sujet d'articles de journaux et un énorme sujet de discorde...

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Published by François Massarelli - dans Wonder dogs Muet
30 mai 2025 5 30 /05 /mai /2025 09:20

Un homme voit un chien attaché dans la rue, devant l'entrée d'une maison cossue, et le kidnappe... La propriétaire se rend donc dans les bureaux d'un journal, pour y déposer une annonce: d'où le titre... Puis elle attend: amenés par des gens qui son attirés par la prime, les chiens commencent à affluer, un peu comme les épouses prospectives dans Seven chances de Buster Keaton! Elle s'enfuit et la meute la poursuit...

Ce film sans metteur en scène attitré peut rester dans l'histoire pour un certain nombre de raisons: d'abord parce qu'il est est à la fois bref et basé sur une idée simple, mais exploitée avec un goût sûr; ensuite il est audacieux par son cadrage, son montage même, et tant qu'à faire son rythme. La caméra y bouge! Et il a le culot de ne pas offrir de fin, ce qui est terriblement en avance (même en 2025, le grand public n'aime les films que "bien rangés"). Enfin, il est doté d'un titre fort long... Ce n'et pourtant pas le plus long, puisque Night of the day of the dawn of the son of the bride of the return of the revenge of the terror of the attack of the evil, mutant, alien, flesh eating, hellbound zombified living dead part 2: in shocking 2-d (de Lowell Mason) est sans doute, jusqu'à preuve du conraire, le plus long titre de toute l'histoire du cinéma...

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Published by François Massarelli - dans Wonder dogs Muet
30 mai 2025 5 30 /05 /mai /2025 09:10

Sans aller jusqu'à faire comme certains commentateurs, et considérer ce film comme une sorte de prélude à la science-fiction (je pense que les nombreuses versions du Voyage dans la lune, à commencer par celui de Méliès, se qualifient d'autant mieux, bien sûr), voici en tout cas un film bien intrigant, et pour tout dire unique, sans parler du fait qu'il est un peu perturbant: 

Deux hommes ont en effet inventé une machine qui transforme les saucisses en chiens... Mais aussi le contraire. Un acheteur peut donc leur demander de confectionner un caniche (mais pourquoi?), un berger allemand, ou un setter, à partir de modestes pièces de charcuterie...

Oui, chez Edison, on cherchait, on cherchait... Mais parfois, on trouvait mieux. Et sinon, cette obsession de la saucisse dans le cinéma des origines, c'est fou, quand même!

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Published by François Massarelli - dans Wonder dogs Muet Thomas Edison Edwin Porter