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4 mai 2025 7 04 /05 /mai /2025 12:05

Retour au temps des "moueketeers", ces parodies de l'ambiance des romans de Dumas avec Jerry et le petit souriceau énervant, qui portent les habits des mousquetaires du Roi. On s'éloigne des Trois mousquetaires avec une situation qui n'a ni queue ni tête: Jerry et son petit compagnon dérangent le roi dans son sommeil, et celui-ci fait appel à Tom (en uniforme de arde du Cardinal) pour préserver son repos... Que Jerry et son complice vont tout faire pour perturber de nouveau!

...Ce qui nous rappelle furieusement Rock-a-bye Bear, de Tex Avery, sorti en 1952. Ce n'est pas la première fois, d'ailleurs, mais ici c'est flagrant: avant de crier au scandale, rappelons que Tom et Jerry sont réalisés et produits pour le compte de la MGM, tout comme les cartoons de Tex Avery qui à cette époque, depuis 1956, travaillait hors du studio. Mais il a vait du laisser derrière lui les droits des dessins animés produits pas Fred Quimby, qui appartenant au studio, pouvaient être revisités... 

Donc, menacé de perdre littéralement la tête si le Roi devait être réveillé de nouveau, Tom a une pression folle pour éviter de faire du bruit et recourt aux mêmes méthodes délirantes que dans le cartoon mentionné, y compris quand par surprise les souris ont déversé des punaises à même le sol, il se discipline et part crier ailleurs... C'est drôle de toute façon, et Hanna et Barbera se refusent à aller aussi loin dans le délire que Tex Avery, leur voisin de pupitre pendant une bonne quinzaine d'années...

Ce sera la dernière fois que Tom et Jerry revisitent l'univers des Mousquetaires.

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Published by François Massarelli - dans Tom & Jerry Animation
4 mai 2025 7 04 /05 /mai /2025 11:51

Le lapin de Pâques a laissé pour Tom & Jerry UN oeuf... qu'ils se disputent âprement. Mais dans la lutte, l'oeuf se casse et... un caneton apparaît, qui va passer les 6 minutes du dessin à dire "Happy easter!", soit "Joyeuses Pâques", à tout bout de champ...

C'est un court métrage clairement destiné aux enfants, avec la présence insistante d'un caneton, disons, énervant. C'est vers la fin de la production des Tom & Jerry par Hanna et Barbera que ce film s'est fait, et s'il se laisse regarder (disons, mollement), il n'apportera pas grand chose à légende du duo... 

 

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Published by François Massarelli - dans Tom & Jerry Animation
2 mai 2025 5 02 /05 /mai /2025 22:54

Dunkerque, mai 1940: cernés sur la terre, les combattants français et britanniques n'ont plus que deux options: la reddition ou l'évacuation. Repliés sur Dunkerque, les Britanniques sont sur la plage en attendant les moyens de partir, et c'est la confusion...

Les Stukas (bombardiers en piqué) les attaquent régulièrement avec gourmandise, et au sol, les soldats et marins s'impatientent... Un seul bateau est présent pour les recueillir...

Trois soldats réussissent à trouver une embarcation, et tentent la traversée.

Un anglais d'âge mûr, accompagné de son fils et d'un autre adolescent, met son navire à la disposition de l'armée et fonce vers Dunkerque; en chemin, il récupère des soldats naufragés, dont l'un d'entre eux est déterminé à ne pas retourner sur la côte française.

Des pilotes de Spitfire font route vers Dunkerque pour couvrir l'évacuation. Auront-ils assez de carburant?

Les choix de Nolan lui permettent de couvrir beaucoup de situations et évidemment de croiser les éléments des différentes composantes du film, traité de façon aussi chronologique que possible. La question de la collaboration entre les français et les anglais est au coeur du film, et donne lieu aux plus importantes incompréhensions de la part du public... Il convient de rappeler que Dunkerque, justement, a été longtemps la pomme de discorde entre une armée Française qui s'estimait trahie par les "Tommies" qui rentraient chez eux, et des Britanniques dont les ordres étaient assez contradictoires, ce que rappelle le film à travers un officier qui doit "interpréter" les ordres de Churchill, qui a aussi bien demandé qu'on rapatrie surtout les Anglais, que de laisser une chance équitable aux Français. 

Pourtant, c'est la confusion qui règne, et le système D pour tout le monde: ce soldat Britannique au début, seul survivant d'un bataillon, qui tente de s'insérer dans des files d'attente qui ne le concernent pas, ces Ecossais qui avisent un bateau isolé sur la côte, ou ce français qui réussit à se faire passer pour un britannique, mais ne parle pas la langue et provoque une émeute dans un des bateaux...

C'est souvent virtuose dans l'exécution, dans la gestion des moyens, et on applaudit la décision de tourner en 70mm, pourtant la sauce ne prend pas toujours. En choisissant de tourner un film aux dimensions modestes (1h46, c'est notable à l'heure où n'importe quel blockbuster assume des dimensions épiques pour un oui ou pour un non), tout en couvrant un maximum de terrain, Nolan survole un peu trop le drame humain, et semble presque retourner à The longest day... C'est donc un film qui a le mérite, au moins, de montrer une débâcle, ce qui n'est pas courant (Waterloo l'avait fait, et Blackhawk down aussi, mais peu de films sinon).

C'est aussi, au milieu d'une production riche et variée, un film qui s'attelle à raconter l'histoire et en donner un point de vue à hauteur d'hommes. Et il le fait d'une façon éminemment sensorielle, car il a compris le pouvoir du cinéma.

 

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Published by François Massarelli - dans Christopher Nolan
1 mai 2025 4 01 /05 /mai /2025 18:11

Karsh (vincent Cassel) est un homme d'affaire Canadien d'origine biélorusse, qui a perdu assez récemment son épouse des suites prolongées d'un cancer très agressif. Il a investi dans une invention (des linceuls très tendance, qui permettent aux familles de disparus de visionner dans leur tombe l'évolution post-mortem de leur corps) et finance personnellement un cométière où il expose ses tombes connectées... Le film nous promène dans cette obsession,Karsh évoluant entre ses souvenirs de Becca, son épouse (Diane Kruger), et son flirt peu assumé avec Terry, la soeur de celle-ci (Diane Kruger); on fait aussi la connaissance d'un petit génie de l'informatique, doublé d'un compliste obsessionnel, Maury (Guy Pearce), qui est justement l'ex-époux de Terry; Karsh est en affaire avec une femme Coréenne (Sandrine Holt) mariée à un hongrois qui va bientôt mourir, et qui voudrait bénéficier de l'invention de Karsh. Enfin, Karsh utilise une intelligence artificelle, Hunny (Diane Kruger), dont le comportement semble poser de plus en plus de questions...

Est-ce un rêve, ou une suite de scènes pas forcément jointes? Cronenberg nous promène dans sa chronologie, en brouillant constamment les pistes... Je n'écrirai pas "au risque de nous perdre" car en l'occurrence c'est ce qui est arrivé! On connait l'univers du cinéaste, qu'il avait un peu délaissé depuis le début du XXIe siècle avec A history of violence, notamment: cette obsession maladive du corps et de se extensions, technologiques, organiques ou même virtuelles (Crash, Existenz) est justement ce qui caractérise Vincent Cassel ici, qui s'est d'ailleurs fait la tête du metteur en scène. En apparence, aucun trait d'humour, même si on imagine que tout ça est une vaste blague... Un cauchemar qui distille un malaise certain, et insistant,

...et qui nous perd par son rythme funéraire, l'absence totale d'émotions, et des enjeux qui restent bien nébuleux. Le film parle, sans doute, de faire son deuil. Il est gonflé dans cette intrigue dont la meilleure scène est une visite écoeurante d'un cimetière dans lequel un veuf peut effectivement regarder sous toutes les coutures le corps pourissant de son épouse disparue. Pour autant, il faut vraiment avoir envie de suivre...

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Published by François Massarelli - dans David Cronenberg
1 mai 2025 4 01 /05 /mai /2025 18:04

Essayons peut-être dans un premier temps, de trouver des excuses à ce film... C'est vrai que dans la carrière du maître, depuis The birds, ça ne va plus très fort; c'est vrai que tout en étant indépendant, on ne peut pas forcément toujours faire exactement ce qu'on veut... Et c'est vrai que si c'est bien une erreur d'avoir lancé une telle production, le maître du suspense n'était aidé ni par son état de santé, ni par le script de ce film trop long, ni par un certain nombre de ses acteurs et enfin, ouf, ni par le livre qu'il adaptait: Topaz, de Leon Uris, un de ces romans d'espionnage qui s'immergeait dans la guerre froide et ses amusants particularismes. Des livres de ce genre, il a du en fleurir 15 par mois au début des années 60. Mais en 1969, qui intéressaient-ils encore?

Pas Hitchcock, en tout cas! Tout commence pourtant bien, par une séquence de défection à l'ouest d'un agent du KGB en résidence à Copenhague, et ça continue avec une histoire d'espionnage propice à bien des rebondissements: une scène de suspense dans un hôtel de Harlem où une délégation Cubaine invite toute une faune locale, de journalistes ou de militants... Quelques notations poétiques dans une séquence Cubaine qui obéit aux lois Hitchcockiennes (Elle présente les spécialités locales, mais ce ne seront pas que des cigares: foule, discours fleuve du lider maximo et torture sont en effet au menu)... mais voilà, le but de Leon Uris était politique. Il prenait parti, ce que Hitchcock n'a jamais fait. Et j'imagine qu'il a tenté d'insuffler de l'ironie là-dedans, mais... C'est raté. D'abord parce qu'on s'ennuie ferme, ensuite parce que les acteurs semblent avoir des infos contradictoires, certains adoptant un certain cynisme de bon aloi et d'autres jouant la carte du premier degré total.

Et puis il y a toute la partie française, les quarante minutes les plus ennuyeuses de la filmographie d'Hitchcock depuis au moins Juno and the Paycock! et ces personnages enfoncés dans des coucheries et autres histoires extra-conjugales, mais pas un d'entre eux ne nous donne envie de le soutenir ou d'avoir ne serait-ce que pitié de lui ou elle.

Pouah.

Bref, dans ce film qu'il n'avait pas envie de faire, avec des acteurs qu'il n'avait pas envie de diriger (Le personnage de Frederick Stafford mériterait de se faire assassiner sous la douche dans les trois premières minutes si vous voulez mon avis: l'acteur est nul. Mais alors nul. Sourcil inquisiteur, et une gamme d'expressions qui est réduite à une seule grimace, du début à la fin), il tente de mettre un peu de suspense, et d'atténuer la charge violemment anti-communiste qui est tellement ridicule que même McCarthy et Hoover ont du la trouver excessive. mais loin de sa partie, même Hitchcock ne peut pas tout.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
1 mai 2025 4 01 /05 /mai /2025 11:04

La journée d'un dentiste (W.C. Fields) entre ses envies de jouer au golf, ses patients, et sa gestion d'une crise familiale: sa fille (Babe Kane) souhaite voir son petit ami (Arnold Gray) qui livre des pains de glace, il le lui interdit...

C'est l'un des quatre films avec Fields produits par Sennett pour Paramount au début des années 30. C'est sans doute le plus spectaculaire... Pour commencer, il semble suivre une journée vide qui ne se remplit que d'incidents routiniers, tous affublés de double-sens plus salaces les uns que les autres: par exemple, Fields découvre que sa fille a un galant en entrant dans une pièce et en lui tapotant sur le fessier pour attirer son attention sur un article (un geste paternel d'un autre temps, nous en conviendrons), ce qui fait que la jeune femme croit que le livreur de glace est arrivé.

La scène la plus célèbre du film implique une gestuelle digne du cinéma muet... ou de films d'un tout autre genre: une cliente grande et sculpturale (Elise Cavanna) vient trouver le dentiste pour un problème de douleur particulièrement importante, et commence alors une lutte frénétique entre le praticien et la dent... Qui finit par déboucher sur des poses d'une intimité embarrassante. Mais la force du film est de ne rien faire de cet embarras, qui devient alors l'affaire du spectateur et du spectateur seul... Photo à l'appui:

 

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Published by François Massarelli - dans W.C. Fields Pre-code Mack Sennett
30 avril 2025 3 30 /04 /avril /2025 23:33

The Champeen est un classique de la série Our gang, peut-être le meilleur de leurs films muets... Produit évidemment par Hal Roach et sorti à l'époque où la série trouve simultanément le succès et sa vitesse de croisière, c'est un modèle de construction, et chaque composante de la légende de ces courts métrages est représentée à la perfection...

Pour commencer, évidemment l'élément déclencheur reste Ernest Morrison, qui après avoir chapardé des pommes, se voit dans l'obligation de touver un truc pour rembourser le marchand. Devant l'atmosphère d'hostilité dans la bande de copains (deux d'entre eux se battent pour une fille), il décide d'organiser un match de boxe.

...Ce qui en soi n'est sans doute pas original, car le réflexe du film de boxe était déjà bien ancré, et ça ne s'est d'ailleurs jamais démenti. Mais avec les espiègles acteurs juvéniles de Our gang, ça ne manque pas de sel...

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Published by François Massarelli - dans Muet Hal Roach
30 avril 2025 3 30 /04 /avril /2025 13:46

Le premier film de long métrage de Christopher Nolan est construit sur un certain nombre de principes, liés au budget (répéter le film de manière à éviter de multiplier les prises, le 16mm coûte cher; Nolan qui accumule les casquettes de manière à limiter les dépenses: mise en scène, caméra, montage...) ou à une envie furieuse de secouer le cocotier (la chronologie complètement chamboulée)... Il a coûté un prix dérisoire.

C'est pourtant un film noir dans lequel le metteur en scène (qui n'a pas eu la moindre envie de planifier un budget pour les éclairages et a donc toujours décidé de se baser sur la lumière ambiante, ce qui ne peut que se voir) a réussi à créer une atmosphère, en particulier à travers son intrigue et sa narration apparemment anarchique...

Un jeune homme est interrogé (par qui? On ne le saura que plus tard) au sujet d'une affaire, et raconte sa vie: il est un "suiveur"... Jeune auteur, il cherche, dit-il, l'inspiration en suivant des inconnus dans la rue. Alors qu'il nous explique que le plus compliqué est de se retrouvé embarqué dans la vie de ses "sujets", il nous montre que c'est exactement ce qui lui est arrivé...

Toute la panoplie du film noir est là, dans cette conversation-puzzle, dont l'absence de chronologie créé l'intérêt et les aspects les plus intrigants... Les questions, durant le film, abondent: on voit des flashes de moments dans la vie de l'individu qui donne son titre au film, avant d'avoir l'explication de ce qui lui est arrivé... Il croise des truands, une femme fatale, et un "ami" paradoxal. Le film fait mentir sa structure, en montrant que la conversation dont nous sommes témoins n'est pas la seule source de points de vue, puisque certains épisodes nous sont contés sans que le narrateur ait pu les connaître.

C'est probablement le principal atout de ce film, d'être si différent. N'empêche, derrière cette chronologie non-linéaire, il y a toute une route exigeante, faite de réussites et d'expériences, un cheminement qui mène à Oppenheimer.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Christopher Nolan Criterion
30 avril 2025 3 30 /04 /avril /2025 13:04

Ce film, le deuxième du réalisateur Eastwood, vient compléter le premier de façon rudement efficace: difficile en effet de voir en ce personnage incarné par le metteur en scène, le même reflet légèrement déformé de lui-même qu'il s'était amusé à peindre dans Play Misty for me. En lieu et place, il est crédité en tant que "The stranger", un homme qui ne sera jamais identifié, du moins dans la version originale, j'y reviendrai et j'en profiterai une fois de plus pour dire à quel point le doublage est une sale manie... Cet étranger, par bien des égards, semble prolonger un autre personnage codifié et bien connu pourtant, ce "Blondie", surnommé de façon impropre "l'homme sans nom" dans trois films de Sergio Leone. Et cet étranger apporte aussi un bonne dose de surnaturel, dans une intrigue westernienne formidable et propice à de la violence, bien sûr, mais aussi du baroque et un humour noir qui n'hésite pas à franchir les limites du bon goût. Et le tout fait un film parfaitement réjouissant...

Lago (Dans un état qui n'est jamais nommé, mais le film a été tourné en Californie), une petite ville minière sur les bords d'un lac austère mais assez majestueux reçoit la visite d'un étranger. mal accueilli par trois hommes au saloon, il est agressé par ces mêmes bandits alors qu'il se fait raser chez le barbier de la ville. Il les tue tous les trois, sort de la boutique, et se fait accoster par une femme. Après un échange vif avec elle, il l'emmène dans une grange... Elle parlera ensuite de viol, mais il semblerait que ce n'en soit pas un. Bref, l'étranger dérange, agace, et fait peur, dans une ville où bien des conversations rappellent, à l'occasion, un événement qui s'est passé quelques années auparavant, et dont l'évocation semble faire peur à tous: la mort d'un homme, fouetté à mort par trois bandits, trois malfrats qui s'apprêtent à sortir de prison, et revenir en ville pour y régler un vieux compte. La population se décide à engager le nouveau venu, certes désagréable dans son attitude, mais qui sait y faire avec une arme, et à lui confier la sécurité de la ville en cas de retour des trois hommes... Il accepte, mais va surtout, semble-t-il, profiter de la situation pour s'amuser aux dépens des villageois...

L'une des belles idées du film a déplu, semble-t-il, au distributeur Français: on ne saura jamais, en effet, le nom du "héros", cet ange exterminateur qui vient de nulle part et y retourne, ce qui est clairement suggéré par l'ouverture et le final du film. Une scène, située vers la fin, a donc été triturée en France de manière à incorporer une réplique supplémentaire qui indique, sinon le nom, en tout cas un indice qui me semble arbitrairement ajouté à l'intrigue. Bref, non content d'avoir été créé sur demande de Mussolini, non content d'être techniquement une infamie (Il n'existe pas de bon doublage, point final), le doublage dénature les oeuvres, la preuve est faite...

Mais revenons au film: à la peinture amoureuse du western proposée par l'Italien Leone, Eastwood ajoute une variation sur un thème de vengeance qu'on a souvent vu dans les films depuis les années 60: quelle que soit son identité et sa nature, cet étranger sait ce qu'il est arrivé au marshal Jim Duncan, fouetté à mort. Sans que quoi que ce soit puisse le légitimer (L'étranger n'est jamais venu à Lago), il semble en porter le souvenir en lui, et ce souvenir se réveille lorsqu'il se tient à l'endroit où le crime a eu lieu, ce qui semble confirmer une connexion de type surnaturelle avec le défunt. L'homme, véritable outsider absolu (Hors la ville, hors la loi, et même hors le crime!) est une incarnation de la vengeance, sur une bande de médiocres...

Et c'est là sans doute que le film est réjouissant: car on découvre au fur et à mesure de ses idées farfelues, toutes plus provocatrices les unes que les autres, que ce que cherche à faire l'homme dans l'exécution de son contrat, c'est d'être aussi désagréable que possible en se servant copieusement et gratuitement dans les magasins, en nommant les édiles et les hommes de loi à sa guise (C'est un nain qui va devenir le shérif, selon le bon vouloir de l'homme qui a carte blanche!).. et en les laissant se débrouiller un peu avant de leur venir en aide quand le besoin s'en fait sentir! Cette stratégie fait bien sûr partie de la punition du village, qui va aussi se retrouver peint en rouge (Et renommé "Hell") pour accueillir les bandits de retour... Tout ça n'est pas très sérieux, bien sûr, mais on peut y voir sans doute une expression Anglaise prise au pied de la lettre, "paint the town red", ce qui veut le plus souvent dire "faire la fête"... Mais on s'en rend vite compte, c'est la fête d'un seul homme.

Mis en scène avec le même style que son film précédent, un mélange de simplicité directe, et d'une façon de prendre son temps à l'imitation de Leone (auquel la musique de Dee Barton, à la manière d'Ennio Morricone, renvoie indubitablement), ce film rappelle à sa façon comment l'Ouest s'est parfois construit, à coups de fouet parfois, et de quelle façon une communauté peut parfois avancer en se retournant contre un membre et un seul, ce qui ne peut évidemment que déplaire au farouche partisan des libertés qu'est Eastwood depuis toujours. Bien sûr, ce film est léger, il n'est pas un réquisitoire à la Wellman, mais ce dernier n'est pas pour rien un modèle revendiqué par Eastwood...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Western
29 avril 2025 2 29 /04 /avril /2025 18:07

Dans un noir et blanc assez poisseux, obtenu par la grâce du 16mm, un homme en bras de chemise, l’air stressé et épuisé, s’évertue à essayer de se débarrasser d’une créature sans succès, en donnant des coups de chaussure…

Nous aurons à la fin la révélation de l’identité de la «chose»: un double minuscule du personnage, qui lui-même est en train de faire exactement la même chose. De là à penser qu’il y a donc, quelque part, une autre version gigantesque de lui-même qui s’apprête à l’écrabouiller avec sa propre chaussure, il n’y a qu’un pas!

On n’est déjà pas très loin de Kafka, d’abord dans l’ironie existentielle, l’absurde inquiétant, mais aussi dans le fait de saisir un dysfonctionnement interne de l’humanité en pleine expression paradoxale. Histoire de voir que dès ses films d’étude (celui-ci a été conçu par Nolan en fin de parcours à l’université, dans le cadre de son cursus donc) le metteur en scène réfléchissait déjà à de nombreux aspects de son œuvre future : la multiplication paradoxale des plans dans des constructions visuelles impossibles, les mondes parallèles, et autres idées-gigognes...

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Published by François Massarelli - dans Christopher Nolan