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27 mai 2025 2 27 /05 /mai /2025 14:48

Une petite fille s'amuse avec un petit chien, qu'elle nourrit au biberon...

Une deuxième preuve du fait que pour plaire au public, les enfants n'étaient plus du tout suffisant, à l'approche du XXe siècle, pour déclencher la sympathie du spectateur. Le chien devenait donc un facteur d'engouement... Par contre, il y aurait beaucoup à dire sur le fait qu'on semble vouloir à tout pris déclencher la chute du chiot, ce qui est quand même un rien exagéré, non?

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Published by François Massarelli - dans Muet 19e siècle Wonder dogs
27 mai 2025 2 27 /05 /mai /2025 14:38

Ce film de 1898 n'a pas de réalisateur revendiqué, et c'est sans doute bien normal... Les seuls films qui étaient vraiment attribuables à cette époque lointaine étaient les productions Méliès... Ce très court métrage (présenté comme l'un des plus gros succès du catalogue Biograph) ne raconte rien, mais plutôt il montre: une adolescente et un chien se tiennent sur une corde au bord d'un étang. La jeune fille fait des signes complices au caméraman, puis les deux tombent à l'eau...

C'est tout, et ça ne dire que quelques secondes. Dans ces primitifs quelques mètres, ces quelques bribes de proto-cinéma, on a quand même l'idée que pour occuper le terrain et plaire au public, il fallait parfois lui fournir des images qui puissent être un reflet du quotidien, aussi, pas seulement lui fournir de l'exotique. Et en prime, on peut sans doute considérer que ces quelques images ressortent plutôt du genre de la comédie... A son plus cru, son plus fondamental, bien entendu. Voici une entrée en matière appropriée pour entamer une anthologie consacrée aux chiens du cinéma muet, Wonder Dogs, chez Kino...

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Published by François Massarelli - dans Muet 19e siècle Wonder dogs
26 mai 2025 1 26 /05 /mai /2025 16:54

Une famille Américaine (Lucy Liu, Chris Sullivan, Callina Liang, Eddy Mayday) s'installe dans une nouvelle maison... Ce qui ne devrait être finalement qu'une vague formalité (une famille aisée, des parents sûrs d'eux, deux adolescents bien sous tout rapport, une maison digne mais cossue) s'avère plus important que prévu: les nouveaux arrivants parlent en effet d'une affaire de vie ou de mort pour leur fille, Chloe. Celle-ci, en effet, est suivie par une présence, et nous le savons: ce fantôme, probablement celui de Nadia, sa meilleure amie décédée d'une overdose inattendue (c'est du moins les conclusions du rapport du médecin légiste) est l'unique point de vue du film. Et Chloe ne tarde pas à constater que ce fantôme ne semble pas vraiment hostile, mais bien plutôt prévenant...

Le film est une suite ininterrompue de plans-séquences tournés sur téléphone portable par le double du metteur en scène, Peter Andrews. Certains sont longs, d'autres durent quelques instants. Toutes ces séquences, disposées en ordre chronologique, montrent le point de vue d'une présence, probablement celle de Nadia, donc, dont le mystère sera éclairci avant la fin du film... Une séquence, pourtant, nous proposera un autre point de vue.

Cet aspect du tournage, un principe du genre de ceux dont un cinéaste de plus de trente films ne souhaite pas s'encombrer (mais décidément Soderbergh ne fait rien comme les autres), conditionne le film mais lui donne aussi un aspect étonnamment objectif, qui nous permet un point de vue intéressant sur une famille qui a vécu des crises, qu'il ne nous sera pas donné de comprendre intégralement (le couple a failli se déchirer, les deux adolescents sont en conflit permanent, la mère favorise son fils et le père a une tendresse particulière pour sa fille, les deux adolescents mentent à leurs parents et boivent, se droguent et font du sexe: bref, une famille Américaine aisée assez lambda, quoi! En quelque sorte l'intrusion d'un fantôme "moral" dans cette famille agit comme un biais parfait d'observation des turpitudes de l'homo-americanus... Tout en proposant un renouveau intéressant du film d'épouvante, en offrant pour une fois le point de vue du fantôme, d'un façon parfaitement convaincante! Le fait que l'image ait des limitations sert le propos, aussi, eveloppant l'ensemble du film dans une sorte d'authenticité...

Le point de vue de Nadia va aussi nous permettre de devancer les personnages du film sur la dangereuse duplicité de Ryan (West Mulholland), un ami de Tyler qui a une histoire en cours avec Chloe: un garçon pas net, qui a l'air coutumier de l'usage des drogues somnifères pour les autres... 

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Boo!!
24 mai 2025 6 24 /05 /mai /2025 15:01

A la lisière d'un désert, des agitateurs politiques Turcs tentent de contrer l'influence d'une mission Chrétienne, menée par un Américain et sa fille Mary (Alice Terry). Jamil (Ramon Novarro), un bédouin qui a déserté de l'armée, s'intéresse à cette dernière, qui lui donne des cours de lecture et d'anglais. Mais les Turcs tentent d'utiliser la personnalité volatile de Jamil pour affaiblir les occidentaux...

C'est un film perdu, apparemment, dont une copie incomplète a survécu, préservée au Gosfilmofond de Moscou. Il y manque au moins deux bobines, et le film tel qu'on peut le voir ne possède plus son début, pas plus que sa fin... Ce qui évidemment n'est pas des plus pratiques! Une autre copie existe à la Cinémathèque Royale de Belgique, mais il m'est impossible de dire si celle-ci est plus complète...

Apparemment, c'est un film de Rex Ingram qui a surtout été réalisée dans le but de servir sur un plateau un rôle en or pour Ramon Novarro, et pour capitaliser sur le succès remporté par Valentino avec The Sheik... Mais il a néanmoins une qualité essentielle, et qui aura des conséquences: Ingram a profité d'un voyage en Europe où il souhaitait relocaliser son équipe (il reprendra finalement les studios de la Victorine à Nice), pour pousser jusqu'en Tunisie. Les décors des extérieurs du film en gardent une authenticité impressionnante, et Ingram a été inspiré pour quelques scènes et vignettes, profitant du soleil local pour composer comme lui seul (et John Seitz, son chef-opérateur attitré) savait le faire des images hautement décoratives... Même si c'est pour un film vide de sens et rempli de clichés affligeants!

Finalement, le remake par Sam Wood, débarrassé de ses oripeaux politiques, et réduit à un conflit intérieur entre la raison (Myrna Loy est chrétienne, elle ne peut décemment pas fricoter avec Ramon Novarro le musulman) et l'amour, est nettement plus intéressant: The barbarian (1932)!

Je parlais de conséquences: Rex Ingram, qui a mené le tournage des intérieurs de ce film à Paris, ne tournerait plus jamais aux Etats-Unis, peu satisfait de la nouvelle donne de la compagnie Metro pour laquelle il tournait depuis 1920, et qui était désormais englobé dans un partenariat avec Goldwyn et Mayer... Pour commencer, il a tourné Mare Nostrum, l'un de ses films les plus intrigants...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Rex Ingram 1924
24 mai 2025 6 24 /05 /mai /2025 14:09

Et pour changer, un film gentil... Cédric Klapisch aime beaucoup examiner dans ses films les rapports des gens dans un cadre commun, qui prend diverses formes en encourage l'aspect choral de ses oeuvres: Riens du tout, par exemple, concernait un groupe d'employés d'un magasin menacé de fermeture; L'auberge Espagnole, Les poupées Russes et Le casse-tête Chinois (complétés par la série Salade Grecque) plaçaient Romain Duris et parfois quelques autres, dont Cecile de France et Kelly Reilly, dans le récit au long cours d'un séjour Erasmus farfelu et de ses conséquences à parfois très long terme... Et Paris racontait quelques histoires quotidiennes d'un groupe d'humains qui vivent dans la capitale.

Ici, d'un côté,

on suit les pérégrinations de quatre personnes qui viennent d'apprendre qu'ils sont cousins: Céline (Julia Piaton), Guy (Vincent Macaigne), Abdel (Zinedine Souallem) et Sébastien (Abraham Wapler) ont en effet tous une ancêtre commune, Adèle Meunier, qui vivait à la fin du XIXe siècle. On les a contactés car il n'y a pas d'héritier pour pouvoir prendre une décision concernant la vente d'une maison abandonnée, qui permettrait à un complexe commercial de s'étendre... Ils vont donc se rendre sur les lieux, en Normandie, pour représenter le groupe de trente héritiers et piloter une décision... 

d'autre part,

quand ils arrivent sur place, les quatre cousins sont confrontés à un endroit poussiéreux, mais riche en trésors et mystères. Des photos accumulées sur les murs, des lettres, tout un fatras de faits passés les accueillent... Et un joli tableau inconnu les intrigue. Abdel, par exemple, va contacter son ancienne élève Calixte (Cécile de France) devenue une importante historienne de l'art, avec un goût pour l'impressionnisme pour tirer son origine au clair. Mais surtout, Sébastien, le plus réticent des cousins (il est réalisateur de contenus sur Tik-Tok ou je ne sais quelle connerie du même genre) s'endort... Et déclenche un nouveau parcours pour les spectateurs qui vont être confrontés à la vie d'Adèle pas encore Meunier, née Vermillard, à l'âge de 20 ans (Suzanne Lindon).  Sa grand-mère l'a élevée, mais elle vient de mourir, elle décide de partir pour Paris afin d'y rencontrer sa mère Odette (Sara Giraudeau) qu'elle n'a jamais vue... En chemin, elle rencontre deux artistes, Lucien le photographe (Vassili Schneider) et Anatole le peintre (Paul Kircher) qui eux aussi montent à la capitale... 

Le film poursuit ainsi un parcours parallèle, en s'intéressant aussi subtilement que possible aux clins d'oeil et aux éventuelles correspondances entre les deux époques. Une seule fois Klapisch sortira-t-il de sa réserve poétique pour tenter un télescopage, qui est tellement loufoque qu'on l'accepte sans barguigner: sous l'influence d'une boisson hallucinogène chamanique, Sébastien et Calixte se retrouvent à une exposition de 1870 et y croisent Berthe Morizot, Camille Pissarro, Renoir, Degas, Monet, et... Victor Hugo. Calixte est d'ailleurs draguée par ce dernier (François Berléand)... Pour le reste, le passé nourrit le présent et la quête des cousins (qui mène à Giverny, à un retour aux conditions de création au Hâvre, du tableau Impression Soleil Levant, de Claude Monet, mais aussi à Félix Nadar dont la signature orne deux photographies trouvées dans la maison) va leur donner la bonne décision à prendre quant à la maison...

C'est donc un parcours d'apaisement qui nous est conté, de quoi agacer les critiques Parisiens, on s'en doute, et ils n'ont pas manqué de le faire savoir, considérant ce film comme d'une confondante médiocrité. Peu importe, s'il est effectivement profondément tendre, optimiste et généreux, on constate que sa leçon (qui n'est pas, comme l'a écrit récemment un critique de Télération ou Libérama, de considérer que le bonheur est conditionné au fait d'être bien né, et puis quoi encore?) sur notre monde malade vaut d'être vécue dans une salle obscure, entre les tribulations farfelues de cousins qui s'ignoraient, et une gentille et timide Normande confrontée tout à coup à un avenir qui passe par une récupération de son passé... Car oui, le passé, ses leçons, ses artefacts, ses livres et photos, ses tableaux, ses poèmes, ses lettres, tous ces vieux machins qui attendent sous des tas de poussière sont importants. Il nous nourrit, il a beaucoup à nous apprendre, surtout à une époque où une chargée de communication demande à un publicitaire de changer la couleur du tableau qu'il est en train de filmer, car ça jure avec la teinte de la robe dont il s'agit de faire la réclame.

 

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Published by François Massarelli - dans Cédric Klapisch
22 mai 2025 4 22 /05 /mai /2025 22:59

Ramona (Dolores Del Rio) a grandi auprès de sa famille Mexicaine, auprès de son frère (Roland Drew)... Elle est adoptée: son frère en profite pour lui avouer son amour, mais elle est attirée par Alessandro (Warner Baxter), un chef de tribu local. Quand elle apprend qu'elle a été retirée d'une famille native, elle fuit avec Alessandro...

Carewe était lui-même partiellement Chickasaw, et Dolores Del Rio était une authentique Mexicaine aux racines bigarrées... Leur choix de réadapter le roman de 1884 de Helen Hunt Jackson se justifie d'autant (c'était pourtant la troisième version, la dernière muette)... Si Carewe est oublié aujourd'hui, il avait tenté à travers des réalisations soignées (Evangeline tourné l'année suivante en est un autre exemple) de de proposer un portrait d'un autre type de mélodrame Hollywoodien que les intrigues habituelles, qu'elles soient urbaines ou rurales: son cinéma souhaitait se pencher sur les racines profondes de l'Amérique. 

Par ailleurs, il n'est pas trop surprenant de trouver ce film sous la bannière de Inspiration Pictures, la structure créée autour de Henry King et Richard Barthelmess: beaucoup des films qu'ils ont produit étaient de forte inspiration religieuse, et celui-ci ne fait pas exception.

De toute façon, Ramona est sacrément intéressant, adoptant sciemment le point de vue des marginaux que sont une jeune femme élevée dans l'ignorance de son origine, et cet Indien (comme on disait alors) qui se refuse à accepter la fatalité de la ségrégation... Le film en plus est tourné dans de superbes décors de la Califonie montagneuse, dans de lyriques paysages, et avec un arrière-goût de presque western, qui le rend encore plus intéressant; enfin, une scène retient mon attention, réussissant à faire de l'or avec le sujet délicat qu'est la mort d'un enfant. Cette résurrection (due aux efforts conjoints de la Bibliothèque du Congrès, profitons-en tant qu'elle existe encore, du Gosfilmofond de Moscou et du Narodny Film Archive de Prague) débouche sur un film qui ne changera peut-être pas le cours du monde, mais qui est bien plus qu'une touchante découverte...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 **
21 mai 2025 3 21 /05 /mai /2025 21:28

Josey Wales (Clint Eastwood), un homme qui aurait du passer totalement inaperçu, mais qui est né à l'histoire suite au massacre de sa famille par une troupe de nordistes, est un homme en colère, un être humain blessé dans sa chair et dans sa liberté. Sa vengeance est inéluctable...

C'est que le film commence par une scène qui voit l'atmosphère passer d'un lyrisme rural évident (Josey Wales, aidé de son tout jeune fils, commence à labourer sa terre sous le regard bienveillant de son épouse) au drame le plus sombre (une troupe de bandits plus ou moins affiliés au Nord viennent de s'introduire dans le Missouri, et incendient sa ferme après avoir tué sa famille)... Un acte fondateur, qu'on le veuille ou non: après avoir enterré les siens, Wales va paticiper à sa façon à la guerre qu'il avait auparavant évité en intégrant une troupe de Jayawkers, des bandits et des soldats Sudistes qui vivent de pillage en revendiquant d'être loyaux à la cause du Sud. Quand la guerre finie, on leur propose l'amnistie, tous ou presque acceptent, pas Josey Wales...

Bien lui en prend: ses camarades sont massacrés. C'est donc entouré, habité par l'omniprésence de la mort autour de lui qu'il se lance dans une fuite permanente, pourchassé par les autorités et les chasseurs de primes...

La production de ce qui s'avèrera être le deuxième western réalisé par Eastwood n'a pas été de tout repos. Malpaso, la compagnie de l'acteur, avait engagé Philip Kaufman (il est probable qu'Eastwood ne se sentait pas pret à se lancer en tant que réalisateur dans une telle production) pour le réaliser... Mais le tournage n'a pas commencé dans une ambiance satisfaisante pour sa vedette-producteur, et celui-ci a donc pris la décision de remplacer son metteur en scène, afin de mener la production à un rythme plus satisfaisant. L'affaire est célèbre, d'abord parce qu'Eastwood a eu maille à partir avec le puissant syndicat des réalisateurs, et ensuite parce que quels que furent les défauts de Kaufman sur le film, le résultat final est considéré comme un chef d'oeuvre, et même l'un des westerns majeurs des années 70.

Le western n'est pas exempt de lyrisme, depuis les films fondateurs, ceux de John Ford ou James Cruze qui nous montraient la conquête de l'Ouest et l'avancée d'une civilisation (à tort ou à raison, selon les films)... Ce lyrisme s'est déplacé vers des films de plus en plus riches, de plus en plus complexes, et les oeuvres présentant des héros de plus en plus éloignés des contraintes de la loi (Ethan Edwards ou The Ringo Kid, chez John Ford, sont des bandits avérés). La mutation du genre dans les années 60, entre les révolutions stylistiques d'un Leone et le néo-classicisme transgressif d'un Peckinpah, a créé un nouveau genre, un western dans lequel un souci de plus grand réalisme d'un côté, et un sens du baroque de plus en plus affirmé, ont rebattu les cartes. Eastwood vient de lç, comme le prouvait son premier western, l'impayable, et profondément jouissif, High plains drifter...

Mais avec ce film, c'est un autre paire de manches: Opposant à son héros des films Italiens (largement repris dans High plains drifter et dans Two mules for sister Sara, de Don Siegel) un personnage de fermier soudain freiné dans sa tentative de vivre tranquille par une guerre qu'il n'a pas souhaité, Eastwood invente un nouveau personnage, qui cette fois existe au delà d'un simple type. Il a une histoire, une vengeance à accomplir, des ennemis à fuir. Il va construire, presque malencontreusement autour de lui, une troupe de marginaux: Jamie (Sam Bottoms), un autre Jayhawker qui a survécu au massacre; Lone Watie (Chief Dan George), un Cherokee d'un certain âge; Little Moonlight (Geraldine Kearns), une femme Navajo; enfin, deux femmes du Kansas, Sarah Turner (Paula Trueman) et sa petite fille Laura Lee (Sondra Locke) se joignent à la fuite, entre les escarmouches, les dangers divers et l'élimination lasse mais certaine des chasseurs de primes rencontrés en chemin...

L'humour ne manque pas, mais le film est surtout notable pour son admirable grand écart entre le lyrisme picaresque de son épopée inattendue, et la façon dont il nous montre une vision totalement privée de la moindre glorification des faits militaires, des actes de justice, dans un Sud en proie au chaos d'après-guerre... Que le film ait été inspiré d'un roman pro-Sudiste, écrit par un admirateur de la cause du Klan, importe peu: Eastwood en fait sa première grande méditation sur l'engagement et l'héroïsme dans l'histoire Américaine... Un film majeur qui a fait de lui, qu'on le veuille ou non, un réalisateur incontournable.

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Western
19 mai 2025 1 19 /05 /mai /2025 21:59

Au moins, il y a des paysages merveilleux: par ordre d'arrivée, Monument Valley et ses environs, et bien sur les Alpes Suisses... Pour le reste, ce film a la désavantageuse réputation d'être l'une des pires réalisations de Clint Eastwood, et ma foi, c'est on ne peut plus exact. C'est un étrange mélange, dans lequel Clint incarne un professeur d'art, assassin à ses heures perdues pour ce qui est sans doute une interprétation psychédélique de la CIA, retiré des affaires à ce niveau précis, mais acceptant occasionnellement une mission parce qu'une collection d'art, ça coûte cher... Le bonhomme est accessoirement un alpiniste de renom, et je ne serais pas surpris qu'il soit également champion de tennis, pianiste virtuose, maître des échecs, chevalier Jedi et probablement collectionneur de timbres.

Dans l'intrigue qui part dans tous les sens, de ce qui est un film d'espionnage à cheval sur les années 60 (Stylisation) et 70 (Excès, transgressions infantiles, allusions aux minorités), le professeur Jonathan Hemlock doit tuer des hommes qui ont tué un agent Américain. Le but est d'appliquer une sanction, ce qui est une nécessité dans le code des espions. On apprend à quarante minutes de la fin que tout cela n'est que du pipeau destiné à faire passer une information, et sinon l'essentiel du film est une ascension de l'Eiger, l'une des montagnes les plus difficiles au monde. La CIA sait que le traître que doit tuer Eastwood est un participant à une expédition, mais ils ne savent pas son nom! Le problème c'est qu'un film qui présente une ascension a à mon sens suffisamment de suspense sans avoir besoin d'en rajouter au niveau intrigue et espionnage, mais l'ascension (Cinématographiquement mal foutue, mais spectaculaire) est constamment entrecoupée de digressions liées à l'intrigue. C'est une faute de goût...

Sinon, le film semble célèbre pour une scène, une seule: Clint Eastwood forcé de s'entraîner dans la nature fascinante mais aride de l'Arizona, et suivant toute la journée une jeune femme Navajo qui pour l'inciter à aller plus vite, court topless. Toute en finesse, quoi.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
18 mai 2025 7 18 /05 /mai /2025 21:55

René Le Somptier, engagé à la Gaumont à l'époque de Louis Feuillade, était un étrange cinéaste, accessoirement journaliste et poète, qui officia sur des films Gaumont avant de bifurquer vers une carrière de metteur en scène mercenaire, réalisant pour nalpas, le Film d'Art et la Société des Ciné-romans, des films essentiellement populaires... On pourrait sans problème citer, aussi, La dame de Monsoreau et La Sultane de l'Amour (co-réalisé avec Charles Burguet)comme ses hauts faits d'arme, deux films assez inspides, mais réhaussés par une coloration au pochoir sur l'intégralité de leur métrage...

Georges Biscot de son côté est un acteur de comédie, révélé par Feuillade là encore, qui s'illustra dans un rôle proche de celui de Marcel Levesque avant lui: l'éternel faire-valoir, mais moins le meilleur ami du héros (Mazamette, interprété par Levesque dans Les Vampires) qu'un domestique doté d'un bon sens comique (Tih-Minh)... Sa popularité était énorme, et le voici donc propulsé vedette d'un feuilleton en six épisodes pince-sans rire...

Georges Grigny-Latour, fils d'un éminent académicien, fait le désespoir de ce dernier, depuis qu'il a choisi une carrire sportive: sous le pseudonyme du Petit Parigot, il est deenu extrèmement populaire... Mais dans le cadre d'une rencontre sportive, il est amené à croiser le chemin d'une jeune femme, qu'il va retrouver de manière systématique face à lui... Il découvre qu'elle est la victime des agissements d'un sale type, qui se trouve être le futur beau-frère de Georges... Celui-ci est donc lancé dans une aventure plus que rocambolesque... en six épisodes.

Totalement impossible à prendre au sérieux, ce film joue en permanence sur les faux-semblants, beaucoup plus dans son intrigue que dans sa mise en scène (pas vraiment notable)... Le scénario a permis à l'équipe, très probablement, une bonne dose d'improvisation, et des tournages au gré des envies, un jour à Paris, le lendemain à Cherbourg... Et jamais le film ne semble totalement oublier de souligner l'absurde intégrale de la situation, notamment à travers un art de la digression loufoque. De là à le classer dans la même catégorie que les chefs d'oeuvre de Feuillade, il n'y a qu'un pas... Que je ne franchirai certes pas.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926
11 mai 2025 7 11 /05 /mai /2025 21:05

Breezy (Kay Lenz) est une jeune femme de dix-neuf ans, qui vit en bohémienne au Sud de la Californie. Elle se lève le matin auprès d'un homme qu'elle ne connaît pas vraiment, et transporte sa guitare de lieu en lieu, passant des journées auprès d'amis qui sont des hippies comme elle. Elle a une confiance solide dans l'humanité, y compris après avoir été prise en stop par un vieux salopard qui voulait profiter de la situation. Elle n'a pas vraiment réfléchi à l'avenir, elle l'attend juste en confiance... Ou peut-être en toute inconscience, ça dépend forcément des points de vue.

Frank Harmon (William Holden) est un agent immobilier qui vit dans les hauteurs de Los Angeles. Autrefois marié, il vit seul, volontairement, et tout en ayant des aventures, affiche farouchement sa volonté de rester seul... Quoique il ait un faible de plus en plus prononcé pour une de ses clientes avec laquelle il a une relation. Mais il a tout fait pour bien faire comprendre que cette relation n'était pas du genre monogame, bref, il a freiné de toutes ses forces... Et Frank, un homme d'âge moyen comme on dit pudiquement, n'est certes pas du genre à fréquenter les jeunes hippies, encore moins à en accueillir un ou une chez lui.

Le film est donc l'histoire du rapprochement de l'une et de l'autre, de l'irrésistible aventure entre un homme qui est partagé entre se réjouir de l'aubaine, et fuir à toutes jambes les complications (Et les railleries de ses amis en sus), et une jeune femme qui ne pense pas à l'avenir, a assez peu de jugeote, mais qui sait aimer. Et puis, pensez, elle n'a jamais vu la mer...

On commence par le point de vue de Breezy (Edith Breezerman de son vrai nom): on comprend en très peu de temps son mode de vie, qui est assez cliché en ces années post-psychédéliques, et d'ailleurs ça nous fait craindre le pire pour le film. Mais Clint Eastwood, qui ne juge pas le mouvement hippie, ne tombe pas dans les écueils habituels, de nous montrer des utopistes pris à leur propre piège, dans les affres de la drogue jusqu'au cou, etc... Breezy est saine... Et elle est surtout jeune. C'est un taxi qui rapproche les deux héros: Breezy, tentant d'échapper à son automobiliste indélicat, a appelé un taxi, mais il ne s'arrête pas pour elle: il vient chercher une conquête d'un soir chez Frank. La jeune femme reste à l'écart, et une fois la belle dame blonde partie dans son taxi, Breezy demande à Frank de l'amener en ville. Les conversations entre eux sont au début un peu malaisées, car ils n'ont pas beaucoup en commun. Mais le film va tisser des liens de fortune: une guitare oubliée dans une voiture, un chien qu'il faut secourir... Et l'inévitable va arriver.

Pour le reste du film, c'est le point de vue de Frank qui prévaut. Tant mieux d'une certaine façon, en cette fin 1973 (Le film a été tourné une année auparavant, mais laissé de côté), les hippies sont passés de mode, et les braves gens comme Frank Harmon ont continué à vivre comme avant... Mais Frank, c'est pour moi un auto-portrait cinglant de Clint Eastwood. On n'est d'ailleurs pas loin, dans son mode de vie (Solitaire, pas d'attaches, mais profondément replié sur son charme naturel, et en tirant tous les bénéfices), du héros de Play Misty for me; c'est curieux qu'il n'ait pas interprété le rôle lui-même, lui qui va sans scrupules accumuler les conquêtes sur pellicule, au risque de devenir un serial détourneur de mineures! Mais peut-être, justement, le rôle était-il trop proche de lui!

Breezy, c'est la jeunesse, une chance-éclair à prendre tant qu'elle est là de retourner, pour Frank qui a sans doute tout gâché dans sa vie, à des sensations disparues, avant qu'il ne soit trop tard. Tout un symbole, joué par une actrice qui n'a aucun mal à nous faire croire à son insouciance juvénile. Mais Breezy est loin d'être l'héroïne du film qui porte son nom.

Tourné dans un automne Californien absolument superbe, avec le style économique et gentiment romantique du Clint Eastwood des grands jours, aux frontières de la chronique et de la comédie, Breezy est une belle méditation sur l'âge face au temps qui passe, en même temps qu'une étude sans concession d'un rapprochement des contraires, deux thèmes auxquels Eastwood reviendra sans cesse de multiples façons. C'est la première fois que le metteur en scène choisit de ne pas être acteur, et ce sont souvent les meilleurs de ses films qui en résulteront. A commencer par celui-ci...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood