Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
21 août 2024 3 21 /08 /août /2024 08:52

Ce film est le premier à aborder un sujet qui est associé uniquement, aujourd'hui, à la Guerre Froide, il est le journal d'une défection... Et il est aussi le premier à aborder (voire définir) ce qu'était, justement, la Guerre Froide, dans une scène: le héros, agent et fonctionnaire zélé de l'Union Soviétique, questionne l'idée qu'on puisse être ennemis entre alliés face à la menace fasciste. On lui répond qu'il n'y a pas lieu de sympathiser avec les capitalistes... Un aveuglement qu'on pourra bien sûr retourner en affichant le même fanatisme de l'autre côté, il suffit pour s'en convaincre d'écouter les propos des candidats Républicains à l'élection présidentielle de 2024...

Mais revenons au film: Wellman a toujours affiché dans la dernière parti de sa vie un anticommunisme acharné, dont ce film est le point de départ. Il raconte la défection d'Igor Gouzenko (Dana Andrews), fonctionnaire à l'embassade d'URSS à Ottawa, en poste durant la guerre... Arrivé en petit soldat zélé, il a progressivement laissé le style de vie plus chaleureux infuser son existence, et a fait venir son épouse (Gene Tierney), qui l'a aidé à encore plus se laisser convaincre... Très vite, le couple s'est trouvé en danger...

Dans ce qu'il a voulu traiter comme une chronique très claire et directe des événements, Wellman s'est de lui-même trouvé emprisonné dans un de ses traits narratifs les plus remarquables: cette propension à laisser de côté des événements, des aspects attendus qu'on ne montrera justement pas. Ici, il a choisi de ne jamais montrer directement les Soviétiques en action, autrement que dans leur paroles et attitudes. On ne verra jamais de torture, ni punition... On n'est pas dans un film de John Wayne! 

Mais le film en devient sec, austère, et avec Andrews et Tierney en transfuges soviétiques, je ne surprendrai personne si je dis qu'on a du mal à y croire! Le traitement en film noir, bénéficiant du savoir-faire des techniciens de la Fox,  est esthétiquement engageant, mais ce récit vaut sans doute surtout par un final en crescendo dans lequel les deux héros sont menacés d'un risque tellement invisible que personne n'y croit. Une sorte d'anticipation sur les flms de science-fiction anticommunistes dont Hollywood allait faire une spécialité...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans William Wellman Noir
20 août 2024 2 20 /08 /août /2024 14:42

Ce court métrage de deux bobines fait partie d'une série tournée sous la responsabilité d'un juge pour enfants, le Juge Brown. Le principe était de tourner des films de propagande attractifs pour montrer les différents cheminements possibles pour éviter la délinquance. Paradoxalement, si celui-ci est a priori le seul qui ait survécu (on n'en est pas tout à fait sûr), il est aussi le seul à s'éloigner des neuf autres par deux aspects: d'une part le Juge n'apparait pas dans cette intrigue; d'autre part on est ici confronté à un autre versant de la société, dans cette histoire qui examine le rôle de l'armée et de l'engagement dans la construction d'un jeune homme de bonne famille...

Bud (Wallis Brennan) est un garçon énergique, qui anime une bande de chouettes copains, avec lesquels il joue à flanquer la patée au Kaiser... c'est qu'on est en plein engouement pour l'intervention Américaine dans la guerre mondiale, qui bat son plein. Entendant son grand frère Reggie (Robert Gordon) se vanter d'être satisfait de ne pas encore être incorporable, Bud se lamente... Comment rattraper l'erreur de son frère?

Certes, le ton patriotique est vaguement ridicule, mais il est reflète totalement l'esprit d'une époque, ce même esprit qui a vu Chaplin ou Fairbanks galvaniser des foules nombreuses dans les campagnes de levées de fonds, en 1918... Bud, le jeune garçon un rien trop enthousiaste d'un côté, et Reggie, le frère oisif qui souhaite se planquer le plus longtemps possible, sont des types de personnages qu'on voit beaucoup à cette époque.

Et de son côté, l'aspirant réalisateur King Vidor, l'un des premiers du métier à avoir été cinéphile avant d'embrasser la vocation et en faire une carrière, joue surtout la carte de la comédie, en donnant le rôle principal au jeune frère débrouillard, faisant du plus agé la cible de son ironie...

Mais pour finir, il serait passionnant, et un peu cruel, de donner à voir ce film en projection, et de l'accompagner de No greater glory, de Frank Borzage, qui en prend le contrepied en 1934...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans King Vidor Muet Première guerre mondiale
20 août 2024 2 20 /08 /août /2024 14:39

Une vieille maison détruite par un incendie au fond d'un parc... Une voix off, et des promesses de frissons, vite mises de coté pour un prologue sur la côte d'azur... Le film commence ainsi. Alfred Hitchcock s'est embarqué pour les Etats-unis en 1939, parce qu'il savait que c'était une opportunité à ne pas manquer; le résultat de l'engagement du metteur en scène par David O. Selznick, le premier de trois films inégaux, serait donc un film plus Anglais que les vrais films Britanniques, comme si avec le metteur en scène, Selznick avait fait l'acquisition d'un petit bout d'Angleterre: Rebecca convoque un grand nombre des acteurs Anglais exilés à Hollywood, dont George Sanders ou Leo G. Carroll, qui reviendront tous chez Hitchcock. Le but du producteur, bien sur, était de capter un peu de cette atmosphère gothique propre au roman, si délicatement Britannique pour un palais Américain. C'est même réussi, à ce niveau...

Quant à Hitchcock, il a fait, selon lui, ce qu'on attendait de lui, mais il faudrait être fou pour se contenter d'en dire cela: qu'Hitchcock ne se soit pas reconnu dans le résultat final (pas plus que dans son terne dernier film Britannique, Jamaica Inn, du reste), on le comprend surtout si on sait que le metteur en scène était très jaloux de SES films.

Mais le résultat lui ressemble par bien des cotés, ne serait-ce qu'en raison de son impressionnante faculté à filmer des images inoubliables, et définitives: les errements de Joan Fontaine dans une maison trop grande pour elle, ou la silhouette inquiétant de Mrs danvers, ou enfin, bien sûr, la fameuse nuit durant laquelle le cadavre sort du placard, comme on dit, ou plutôt de l'eau, sur un fond de brume obsédante, ou enfin la façon dont la caméra filme un incendie de l'intérieur, au plus près des flammes...

Joan Fontaine joue un personnage de jeune femme qui pour se prendre en charge a du accepter de devenir la compagne, en fait le souffre-douleur d'une dame (Florence Bates) de la bonne société américaine en villégiature à Monte-Carlo. Mais la jeune femme rencontre le veuf Maxim de Winter (Laurence Olivier) , un noble Anglais connu, dont l'épouse Rebecca s'est tuée dans des circonstances tragiques un an auparavant. Les deux tombent amoureux, et rentrent en angleterre, dans la belle propriété de Manderley, mais cela va être dur pour la nouvelle Mrs De Winter: d'une part, les petits secrets liés à la mort de Rebecca ne lui sont pas tous connus; d'autre part, la gouvernante de Manderley, Madame Danvers (Judith Anderson), ne la porte pas dans son coeur... Quant à Maxim, son épouse finit par douter de son amour en raison de son comportement.

La grande demeure, sombre, aux secrets qui sortent au compte-goutte: voici à peu près le type d'idée qu'on se fait aux Etats-unis d'une atmosphère gothique. C'est à peu près ça, mais justement, je pense que pour comprendre le peu d'intérêt manifesté par hitchcock pour ce film très soigné et prenant, il faut opérer une comparaison avec Suspicion: là aussi, Hitchcock recrée l'Angleterre riche et confortable du Sud en studio aux etats-unis en faisant passer la Californie pour la Cornouailles, mais l'inquiétude nait du quotidien, de la simplicité beaucoup plus que d'un vieux manoir... Hitchcock ne goutait sans doute pas trop le formatage, aussi brillant soit-il, auquel il avait fallu se résoudre pour tourner Rebecca. Celui-ci reste, bien sûr, un bon film, qui obtint l'Oscar du meilleur film cette année-là (Joli coup pour Selznick après Gone with the wind...).

Mais Hitchcock savait sans doute qu'il faisait avec ce film une oeuvre brilante qui allait pouvoir commencer à installer son image auprès du grand public... Il n'avait pas tort. et en terme de mise en scène, il s'en donne à coeur joie, jouant à fond la carte des éclairages, délayant ses effets, collaborant adroitement avec Joan Fontaine pour obtenir l'effet escompté dans le prologue ou elle est en butte à l'insupportable emprise de Florence Bates sur elle, puis se comportant comme une petite fille éternellement en faute une fois arrivée dans un Manderley trop grand pour elle, ou les oreillers sont brodés d'un R majestueux, ridicule de prétention, alors que son nom à elle ne sera jamais prononcé dans le film. Et puis il ya Judith Anderson, géniale en un portrait de méchante sans égale, amoureuse d'un fantôme... Si on fait la somme de ses qualités et attractions, c'est quand même un sacrément bon film, non?

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
20 août 2024 2 20 /08 /août /2024 11:46

1759, Boston: le jeune idéaliste et peintre Langton Towne (Robert Young) qui vient d'échouer à Harvard, a une querelle avec des notables britanniques... Avec "Hunk" Marriner (Walter Brennan), un excentrique qui ne cadre pas vraiment avec la morale puritaine du Massachussets, il se retrouve en compagnie du major Rogers (Spencer Tracy), un Ranger... Qui les incorpore de force dans son unité, qui s'apprête à partir en expédition contre des tribus hostiles...

C'est une autre époque, quand dans le sillage de ce qu'on avait appelé la "Destinée manifeste" (cette croyance selon laquelle les américains, comprendre les blancs et surtout les anglo-saxons, avaient une mission imposée par Dieu, qui était leur destin, de conquérir tout l'espace de leur continent), on justifiait le traitement infâme imposé aux peuples natifs. Une période de roman d'aventures, aussi, de James Fenimore Cooper notamment, et d'intrigues situées dans les grands espaces des lacs et des montagnes de l'Ouest.

L'histoire des rangers du major Rogers est un beau livre d'images, qui permettait aussi à la MGM de participer à la toute nouvelle et fort intéressante course au western (Dodge City, Stagecoach, The last command, Destry Rides again datent tous de cette même époque qui voit un genre délaissé reprendre de singulières couleurs), à sa façon, car ce film n'est pas (pas plus du reste que Drums along the Mohawk, réalisé par Ford pour la Fox) un western traditionnel en raison de la date des événements: le western se situe plus souvent dans la deuxième moitié du XIXe siècle... Donc on aura droit à tout: les escarmouches, la menace indienne, la présence des soldats Français, les grands lacs, la marche en plein bois, les pérdiodes sans nourriture, le découragement...

On a aussi une dimension qui nous explique pourquoi Vidor a fait ce film, lui qui s'intéressait tant aux visionnaires excentriques, il fait de son Major Rogers, incarné à merveille par Spencer Tracy, un américain qui est totalement acquis à sa mission, à sa façon, et sans aucune concession... Un film mineur, mais sympathique, qui prend sinon du sens, en tout cas une sacrée envergure quand on le voit enfin dans de bonnes conditions, avec son rutilant Technicolor...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans King Vidor
19 août 2024 1 19 /08 /août /2024 18:14

On compte 24 adaptations cinématographiques du roman de Dumas (...et de Maquet), du moins c'est le nombre répertorié par Wikipedia! Et je n'y comptabilise pas les adaptations télévisées... C'est un gotha de l'histoire du cinéma: les noms prestigieux et les oeuvres d'envergure y côtoient les oubliés et les nanars... l'adaptation par Victorin Jasset (Le prisonnier du chateau d'If, 1908) a-t-elle survécu? les adaptations Américaines, Argentines, Mexicaines, Italiennes apportent-elles plus d'épices à ce noble classique français du roman populaire?

Et pourtant il est hors de question de douter de la pertinence de réaliser un film en 2024, même si on soupçonne qu'on va entendre de nombreuses personnes s'imaginer que c'était nécessaire pour actualiser l'expérience cinématographique... Il y a d'ailleurs un je-ne-sais quoi de Netflixien dans cette adaptation! Mais qu'on se rassure, force reste au cinéma, et à ses traditions. Une exposition riche, et forte en drames et idéaux, un héros clairement identifié, qui va accomplir son destin dans la tragédie, la sienne avant de provoquer celle des autres... Pierre Niney est un Edmond Dantès solide, qui cède allègrement à l'un des péchés mignons du cinéma d'aventures: le déguisement. 

Oui, c'est l'un des grands avantages du film: si j'imagine qu'il a été utile de se servir de l'imagerie numérique pour certains décors, les déguisements et les vieillissements ont été principalement confiés aux acteurs eux-mêmes, et on va donc devoir céder à l'une des règles numéro 1 du mélodrame: nous voyons un film dans lequel l'acteur est déguisé. Nous sommes dans la confidence et le reconnaissons, car il FAUT que nous le reconnaissions... Mais autour de lui, personne ne le reconnait. Sauf celle qu'il a aimé, qui croise son regard et sait. Sortez, les ricaneurs.

Le Comte version 2024 n'a pas grand chose à envier à celui de 1929 (mon préféré, dans la version de Fescourt): il perd une grande part de son humanité dans l'épreuve (trahisons, humiliations, emprisonnement, fausse mort, évasion spectaculaire), et va suivre assez aveuglément la voie de la vengeance pour la retrouver. Niney l'habite avec panache... Et il est bien secondé par une brochette d'acteurs: Bastien Bouillon qui incarne le rival qui trahit Edmond et épouse celle qu'il aime. Anaïs Demoustier, justement, est la belle Mercédes; la mystérieuse Haydée (sur laquelle le film manque un peu de clarté, d'ailleurs) est interprétée par la Roumaine Anamaria Vartolomei. Mais je m'en voudrais d'oublier le grand, l'immense Laurent Lafitte, qui est un admirable méchant, en jouant le rôle de l'affreux procureur royaliste De Villefort... Un méchant à la Hitchcock, donc, sur lequel le film repose en large partie, et qui n'a pas besoin de faire grand chose pour qu'on ne regarde que lui!

C'est un film épique, de trois heures, il faut au moins ça, même si il a fallu considérablement élaguer pour faire tenir le film dans une durée raisonnable... J'ai toujours eu une préférence pour la première partie des adaptations que j'ai vus, celle qui établit la vie et les aventures de Dantès, de son arrestation jusqu'au Chateau D'If, et au-delà avec la découverte d'un trésor. C'est une fois de plus la meilleure partie du film à mes yeux...

Dans la suite, les metteurs en scène ont tendance à trop céder à des manies à la Netflix, des ruptures de continuité pour dévoiler de façon plus explicite les machiations et donner l'impression de mettre les spectateurs dans la confidence. c'est inutile, à mes yeux... Et c'est même assez prétentieux. Ils ont aussi utilisé avec un peu trop d'enthousiasme des clichés stylistiques qui sont irritants (les caméras qui virevoltent dans tous les sens, enfin! des flous omniprésents qui deviennent redondants) et une musique (la supervision est due à Pierre-Marie dru) qui cède prfois aux tendances extrèmes actuelles, avec ces percussions "héroïques" à la Game of Thrones... des modes qu'on regrettera dans cinq ans.

Mais l'essentiel est que ce film a l'honnêteté de montrer des décors tangibles, des confrontations d'acteurs, plutôt que de les noyer dans des reconstitutions numériques sans âme. Le film demande l'adhésion, tout comme il exigeait un acteur qui ait la carrure d'un tel rôle. Niney m'a gentiment convaincu... Dumas et son souffle épique ont toujours énormément apporté au cinéma mondial, c'est toujours le cas.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Dumas
18 août 2024 7 18 /08 /août /2024 19:12

Gar Evans (William Powell) est un homme de son temps: lessivé, enclin à la débrouille, il se laisse aller aux opportunités les plus inattendues, devenant en un clin d'oeil un homme d'affaire qui saute sur les inventions les plus saugrenues pour les présenter comme les idées les plus géniales possibles: sa dernière lubie est un caoutchouc supposé révolutionnaire, fabriqué à partir de déchets... Il a ses ennemis, mais aussi ses soutiens: parmi ces derniers, Francine (Evelyn Brent) est en passe de devenir son ennemie, car elle en a plus qu'assez de ses frasques. Mais si elle le lâche, il ne sera plus bon à rien...

William Powell en vendeur de tout et de n'importe quoi, habité par le démon de l'entreprise... Rien que ça c'est vendeur, et il se déchaîne... Mais le film reste quand même une oeuvre mineure, surtout qu'à l'époque et en quatre films, Mervyn Le Roy (Gold diggers of 1933, Little Caesar, Three on a match et I am a fugitive from a chain gang) avait admirablement résumé la période et ses incertitudes... 

Mais au-delà du pittoresque de la comédie et du faux suspense (Gar Evans va-t-il être rattrappé par la réalité? Va-t-il voir ses affaires péricliter lamentablement? La réponse à ces deux questions est assez évidente!), le film séduit par le grand n'importe quoi, le cirque de Powell, qui rejoint ici d'autres héros de la Warner, de William Powell lui même dans Fashions of 1934, de William Dieterle, à James Cagney dans Jimmy the gent, de Michael Curtiz, qui sont autant de sympathiques fripouilles qui tentent de surnager avec comme principe "plus c'est gros, plus ça passera"... Une sorte de portrait en creux d'une époque de grande débrouille, qui masque surtout une grande incertitude: tous les personnages, ici, ont une visibilité sur leur vie qui ne va pas au-delà de six mois...

C'est plus cet aspect du film qui le rend sympathique, que l'absence totale d'alchimie entre Evelyn Brent et William Powell...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Mervyn Le Roy Pre-code William Powell
18 août 2024 7 18 /08 /août /2024 14:06

Première collaboration entre Laughton et Hitchcock, premier film issu de la collaboration entre Laughton et le grand producteur Erich Pommer, retrouvailles de ce dernier avec Hitchcock qu'il avait croisé à Berlin durant les années 20, premier rôle d'envergure sous le nom de Maureen O'Hara pour une jeune actrice Irlandaise promise à un bel avenir, première de trois adaptations de Daphné du Maurier par Hitchcock, dernier film enfin de ce dernier en Angleterre avant son départ pour les Etats-Unis...

Ce qui précède fait qu'on avait de quoi attendre beaucoup de Jamaica inn, la déception est donc à la mesure de l'attente... Je ne sais pas s'il faut aller jusqu'à suivre Hitchcock qui lui parlait de désastre absolu, mais le fait est qu'on s'ennuie parfois ferme devant ce film d'aventures, qui fait partie d'un sous-genre assez particulier: le film de naufrageurs...

Adaptée de Daphné du Maurier, donc, l'intrigue raconte les mésaventures d'une jeune et innocente Irlandaise, Mary (Maureen O'Hara) qui est venue en Cornouailles pour retrouver sa tante Patience (Marie Ney) à la "Taverne de la Jamaïque", sans savoir qu'il s'agit d'un coupe-gorge, un repère de naufrageurs menés par son oncle Joss (Leslie Banks). Dès son arrivée elle va être mêlée à leurs affaires puisqu'elle va les empêcher de pendre l'un des leurs, en fait un officier de police venu enquêter sur leurs agissements (Robert Newton). Celui-ci aimerait bien savoir qui est le véritable meneur de la bande car il a deviné que Joss n'est qu'un comparse. Il s'entretient avec le potentat local, le juge de paix Sir Humphrey Pengallon (Charles Laughton), sans se douter un seul instant qu'il s'agit précisément du chef de la bande...

Le film épargne au spectateur le "whodunit", en révélant contrairement au roman le pot-aux-roses dès le départ; il est vrai que de savoir, contrairement à la plupart des protagonistes, que le juge est en fait le chef des bandits, donne un peu de sel supplémentaire au film, mais pas tant que ça, hélas...

Le problème, c'est qu'Hitchcock a l'esprit ailleurs, précisément tourné vers son voyage à venir vers Hollywood et ses plateaux, et ce film est essentiellement un prétexte pour permettre à Laughton d'assumer ses caprices. Il n'y est pas mauvais, même si on sent qu'il était difficile de le contenir. Hitchcock y a bien fait son travail, mais ne s'est pas passionné pour cette histoire, dont il faut peut-être sauver la qualité technique impressionnante des scènes de naufrage, et le personnage de Mary, jeune femme innocente tout à coup confrontée dans sa propre famille au crime le plus noir. Maureen O'Hara est merveilleuse, bien sûr, mais comment pourrait-il en être autrement? 

Et s'il a souvent pesté contre l'obligation dans laquelle il s'était trouvé de faire ce film, au moins Hitchcock a-t-il pu ici se faire les dents sur de remarquables scènes au montageparticulièrement excitant, et ce dès le départ du film, avec ce spectaculaire naufrage qui tourne au massacre...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
17 août 2024 6 17 /08 /août /2024 17:39

Il y a fort longtemps, en Ecosse, les Clans Campbell d'un côté et MacDonald de l'autre se vouent une haine sans limites... Quand le corps sans vie d'un MacDonald est retrouvé, sa famille n'a pas besoin de chercher bien loin les coupables! D'expéditions punitives en tentatives de réconciliation, les deux familles se jaugent sans jamais qu'une d'entre elles ne lance une grande attaque.

Mais ça va changer, car lors d'un raid, les MacDonald ont enlevé Enid Campbell, la fille du maître de l'autre clan. Sauf qu'elle va tomber amoureuse du jeune MacDonald! Et de son côté la cousine d'Enid, Annie Laurie (Lillian Gish) a rencontré Ian (Norman Kerry), l'ainé des fils du vieux MacDonald (Hobart Bosworth), et en dépit de ses fiançailles avec l'infect Donald Campbell (Creighton Hale), elle est prête à se laisser tenter...

Robertson est un réalisateur qui ne brille pas par son originalité, mais plutôt parson efficacité sans chichis... Et dans ce film, il délivre exactement ce qui lui était demandé, à savoir une romance suffisamment marquée et suffisamment illustrée par les clichés attendus (voyons... kilt, tartan, bonnets, chardons, et les mots "Lass", "Bonnie", "Ye", et "Aye" à longueurs d'intertitres)... Nous sommes donc face à un film réalisé à la MGM, qui devrait avoir tout du plaisant, de l'efficace, et sans aucune profondeur psychologique.

Sauf que... la production est tombée entre les mains de Lillian Gish. Cette dernière a toujours minimisé la présence de ce film dans sa carrière, sans doute parce que sa mère était tombée malade durant le tournage et qu'elle n'avait pas estimé y avoir mis autant d'elle-même que dans son précédent film, The scarlet letter. C'est vrai.

Mais... Même si elle n'a pas été au bout de ses capacités, sa façon de travailler a eu un effet sur toute l'équipe du film: c'est extrêmement soigné, et l'actrice, pour laquelle l'importance des répétitions n'était pas un vain mot, a réussi à obtenir de l'ensemble du casting un certain sérieux. Et elle est fidèle à la pratique de son art: quand Lillian Gish incarnait un personnage elle jouait de tout son corps et ça se voit. Elle donne d'ailleurs vie à des scènes d'amour avec ce grand nigaud de Norman Kerry, et ça il fallait le faire... Fidèle à ses valeurs elle tend constamment vers la tragédie, même si le studio ne la laisse pas faire, et d'ailleurs, il est difficile de prendre ce film même très soigné au sérieux. Ca fait partie de ses charmes...

Restauré et réédité avec son final en glorious Technicolor, accompagné d'une partition splendide due au talent de Robert Israel, c'est une résurrection inattendue, et un plaisir constant.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans ** 1927 Lillian Gish Muet Technicolor
17 août 2024 6 17 /08 /août /2024 17:26

Francis Ford interprète un scientifique totalement immergé dans ses recherches, et qui va devenir la victime d'un confrère d'origine mal définie, qui utilise l'ancienne addiction du héros pour l'alcool, afin de le faire tomber sous sa coupe, et lui voler ses secrets... Mais avec l'aide d'une jeune femme, le héros triomphera...

Pour commencer, j'ai de sérieux doutes quant à la présence de John Ford (même crédité Jack) dans les crédits, en tant qu'assistant réalisateur. Certes, il a travaillé à ce poste pour son grand frère, mais c'était avant de devenir lui-même un réalisateur, ce qu'il est donc depuis 1917. A moins donc que ce film date d'avant cette période (durant laquelle le jeune "Jack" Ford enchainait film après film), il semble douteux d'aller dans cette direction... 

C'est de toute façon un film remarquable, en particulier pour le côté baroque: à plusieurs reprises, Francis Ford utilise des effets spéciaux pour figurer l'ivresse et les tentations les plus folles... C'était dans l'air, après tout, l'année précédente, DeMille avait réalisé avec The Whispering Chorus une oeuvre d'une immense influence, dans laquelle les tourments de l'âme étaient représentés avec des surimpressions multiples... Mais Ford ne semble jamais utiliser le sac à trucs de façon excessive. 

Derrière la fable un peu simplette, il y a une leçon de morale: le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'est jamais très claire, allant des dangers de l'alcoolisme (un sujet que les frères Ford devaient hélas particulièrement bien connaître...) à la domination d'un être humain par un autre... Mais je pense que je préfère de très loin me concentrer sur le pouvoir onirique du cinéma tel que ce film hors du commun le présente!

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Francis Ford Muet 1918 **
17 août 2024 6 17 /08 /août /2024 10:07

On pouvait toujours faire confiance à Thomas Ince pour s'attribuer le crédit d'un film... Ici, le héros est Francis Ford, et comme pour d'autres films réalisés à la compagnie Bison 101, c'est vraisemblablement lui qui est aux commandes de ce court étrage de deux bobines... Un film dramatique, qui fait un usage systématique des rouages et traditions du western mélodramatique tels qu'ils étaient désormais établis... 

L'intrigue est simple: dans un avant-poste de l'Ouest, les Sioux préparent et effectuent une attaque spectaculaire, mais un télégraphiste de l'armée (Francis Ford) et sa petite amie, la fille du colonel (Ann Little) vont inverser le destin et sauver une partie du bataillon...

Il est important de mentionner le personnage de la jeune femme, qui subtilise un uniforme et prend un cheval, pour se rendre sur le lieu de la bataille et sauver son amoureux, cheveux au vent: d'une part le film ne le fait pas et crédite le succès de l'entreprise au seul héros, en contradiction avec ce que nous avons vu. Et d'autre part le metteur en scène a joué de l'esthétique de cette chevauchée désespérée d'une amazone inspirée!

L'esthtétique, d'ailleurs, est importante dans ce film, qui montre que si John Ford a toujours admis avoir pour sa part "un oeil pour la composition" (et un seul comme chacun sait), son grand frère n'était pas en reste, et ce film que je lui attribue sans vergogne  fait un bel usage de la profondeur de champ, du début à la fin, certes souvent à des fins mélodramatiques (la jeune femme qui fuit une maison assiégée, visible dans un coin de l'écran, pendant qu'au fond une diligence arrive), mais souvent avec des résultats stimulants: la tribu au premier plan qui aperçoit en haut d'une colline au fond du champ un guetteur qui leur fait des signaux, par exemple: c'est toujours très soigné dans un film qui nous rappelle l'importance d'un grand cinéaste oublié. 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Western Muet Francis Ford Thomas Ince