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13 octobre 2024 7 13 /10 /octobre /2024 09:50

Sans doute était-ce pour les concepteurs du film un joyeux gag: imaginer un type très moyen confronté à une terre future où le QI moyen de l'humain dépasse à peine celui d'une mouche, c'est effectivement propice à l'humour, disons, poids lourd. Et d'ailleurs on ne s'en prive pas ici... Mais ça va nettement plus loin malgré tout. Et ça va même, j'en ai peur, un peu trop loin: sous la comédie, le malaise pointe...

Joe Bauers (Luke Wilson) est un militaire sans ambition autre que de rester en poste à la biblothèque de la caserne. Autant dire qu'il est inutile, ce qui lui convient très bien... Mais ça fait aussi de lui un "fusible" idéal. Quand il s'agit de faire une expérience un peu dangereuse, Joe est le candidat désigné d'office: il va donc être congelé, pour un an, afin de permettre de voir si l'humain peut supporter un tel traitement. Il subira le traitement en compagnie d'une femme, recrutée dans la rue (elle est prostituée), Rita (Maya Rudolph). Manque de chance, le responsable du projet est arrêté, la base fermée, le projet oublié, et les deux conteneurs vont devoir attendre jusqu'à 2505! Traité comme déchets, ils sont rapportés vers une grande ville lors d'une avalanche, et s'ouvrent pour laisser les deux humains contempler le chaos qu'est devenue la terre: un abyme de bêtise, dans lequel la fainéantise, l'économie privée et l'apauvrissement des humains qui se sont un peu trop laissés aller en terme d'éducation, de culture et de nourriture, les a rendus totalement idiots... Joe est devenu l'homme le plus intelligent de la planète. Mais... comment rentrer "chez lui"?

C'est drôle, inventif, et finement observé... un préambule installe d'ailleurs une voix off, qui détaille du début à la fin les aventures rocambolesques de Joe et Rita, et les met en perspective (ce que Joe, qui est assez limité, ne peut manifestement pas faire tout seul). La bêtise des protagonistes et leur crudité deviennent des cibles faciles mais jouissives de la comédie: la façon dont ils parlent, devenus incapables de former une phrase correcte, fait de Joe et Rita des cibles de leur "humour". Ils utilisent en effet des mots trop compliqués...

Sinon l'humour de l'humanité future est au ras du plancher, comme une séquence située au cinéma le prouve: un film consiste en un plan de 90 minutes sur un postérieur dénudé, qui lâche parfois une flatulence... Ou encore, les humains adorent une émisison qui consiste à montrer un personnage se prendre des coups violents dans les testicules. La publicité est partout, y compris et surtout dans la tête des gens, où elle tient lieu de raisonnement: interrogés sur le fait que l'eau a été remplacée dans l'agriculture par des boissons énergisantes, les humains de 2505 répètent à l'envi les slogans des réclames de la marque. La science et la connaissance ont quasiment disparu et ne parlons pas du niveau zéro de la politique. Le monde, bref, est dominé par l'argent, la bêtise, la sexualité tarifée (désormais Starbucks est une chaine de maisons de passe), la scatologie, l'appat du gain...

On peut d'ailleur établir le parallèle avec Planet of the apes, de Franklin Schaffner: c'est tout sauf hors-sujet, d'ailleurs... La planète se meurt d'avoir été souillée par la civilisation d'une espèce invasive sans aucune considération pour les conséquences de sa bêtise... 

Ah oui. En effet, et c'est bien là que ça fait mal. C'était encore hilarant en 2006. C'est visionnaire aujourd'hui. Difficile de ne pas imaginer donald trump (l'absence de majuscules est volontaire) en "président Camacho", ancien lutteur et star du porno, dont les discours sont particulièrement vides de sens... Difficile de ne pas voir une caricature de notre société actuelle à travers ces gens incapables de parler, pour lesquels la lecture a été remplacée par des éléments visuels de niveau zéro, et pour qui la concentration moyenne ne dépasse pas une poignée de minutes... Le seul ingrédient qui manque à l'appel, c'est cette saloperie de téléphone portable! Ici, il est remplacé par la télévision, mais on voit très bien comment on pourrait incorporer tik-tok (là encore, pas de majuscules) dans un tel dispositif!

Bref, on aimerait beaucoup rigoler devant ce film. Ca devient difficile: il pique vraiment...

Une preuve? En cherchant de la documentation sur ce film, je suis tombé sur un site "Idiocracy: explication de film". Oui, j'imagine que la subtilité cinématographique va devenir de plus en plus difficile pour nos chères têtes blondes.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Science-fiction
13 octobre 2024 7 13 /10 /octobre /2024 09:26

Planet of the apes, de Franklin Schaffner, est un chef d'oeuvre. Un film qui a marqué son temps. Je suppose qu'il était inévitable qu'un film aussi marquant visuellement, et iconique dans son développement (et sa fin) se retrouve gratifié de suites, développements postérieurs, et autres univers dérivés. Voire de remakes, mais pas charité on ne va pas les évoquer plus avant...

Le propos de ce deuxième film est de compléter l'autre, semble-t-il, qui après tout se finissait de façon ouverte, et comme chacun sait, les Américains n'aiment pas les fins ouvertes, qu'ils identifient systématiquement à des occasions de remplir les trous et relier les pointillés... ou pire, expliquer lourdement, des fois qu'on n'ait pas compris! Ou, comme ici, prolonger le film initial avec plus ou moins de bonheur, tout en fournissant des développements dont on n'a pas besoin, voire en proposant une fin, qui cete fois n'a rien, mais alors rien du tout, d'ouverte!

Reprenons: Taylor, l'humain confronté à cette étonnante "planète des singes", a triomphé de ses ennemis, les gorilles belliqueux, et les orang-outans politiciens, et a trouvé le moyen de s'enfuir avec l'humanoïde Nova, grâce à la complicité des chimpanzés scientifiques Cornelius et Zira. Il a pris la route (pour où?...) et a compris, enfin, où il était: la terre a évolué de travers jusqu'à devenir la planète dominée par les grands singes, alors que l'humain, affaibli par sa civilisation, a régressé...

Ce qui précède est donc la fin du premier film, d'ailleurs reprise dans cette suite. Charlton Heston y reprend le rôle de Taylor, mais il ne tarde pas à disparaître du film, au profit d'un autre astronaute; première bizarrerie: Brent (James Franciscus), le héros de ce film, a "suivi" Taylor avec son vaisseau, et est arrivé sur "la même planète", au "même moment". Et il va être confronté aux mêmes étonnements et aux mêmes conclusions que Taylor, et tant qu'à faire avec les mêmes alliés, Cornelius (Roddy McDowall, présent uniquement dans le prologue, est remplacé par David Watson) et Zira (Kim Hunter)...

Jusqu'à un certain point, le film répète la dynamique du classique qu'il tente de prolonger... Il recycle toutes les surprises, les décalages, tout en précisant les antagonismes de la société des singes, et leur mysticisme. Autant de redites dont on n'avait absolument pas besoin! Mais il offre aussi une porte de sortie qui l'apparente au pire du pire de la science-fiction des années 70, à travers l'apparition d'une secte extra-terrestre ultra-évoluée, venue sur terre pour vénérer une bombe atomique. Certes, le film évoque ainsi non seulement l'agitation politique de l'époque (une scène voit les chimpanzés manifester contre la guerre) mais aussi la peur atomique, mais...

C'est quand même joyeusement ridicule. Un avantage toutefois à toutes ces salades: avec l'intrusion de la bombe, la fin est très propre, efficace et définitive. Du moins c'est sans doute ce qu'on croyait à la sortie du film!

 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
13 octobre 2024 7 13 /10 /octobre /2024 09:04

Mary Gibson (Kim Hunter), une pensionnaire d'une école privée très rigoureuse, est informée que sa soeur, qui paie sa scolarité, a disparu sans laisser de traces. Elle doit donc partir ou travailler pour l'institution. Mais Mary décide de retrouver Jacqueline (Jean Brooks)...

Elle se rend donc à New York, où elle va prendre contact avec des connaissances de sa soeur: son mari, Gregory Ward (Hugh Beaumont), et un psychiatre, Dr Judd (Tom Conway). Elle fait également la connaissance d'un écrivain, Jason Hoag (Erford Gage), qui va l'aider. Mais en engageant un détective privé, Irving August, qui est tué lors de leur visite nocturne d'une entreprise où Jacqueline a travaillé...

Le film a une réputation d'incohérence qui n'est pas injustifiée, et c'est pourtant un film exemplaire de la manière des productions de Val Lewton! Il était prévu de confier à Jacques Tourneur la direction, ce qui ne s'est pas fait; en lieu et place, le film est donc devenu la première réalisation de Mark Robson, monteur à la RKO. Sous une intention qui l'apparente aux films d'horreur bien particulier de l'unité Lewton, The Seventh Victim ressemble énormément à un film noir, et un film noir exemplaire en plus: Mary Gibson, jeune femme naïve et n'ayant jamais vécu en dehors de l'école où elle a passé sa jeunesse, est confrontée à un monde qui se révèle à elle au fur et à mesure, de plus en plus corrompu...

Le film est nocturne, et ne se prive jamais de tomber dans le bizarre, le baroque. Le Dr Louis Judd, incarné par l'impeccable Tom Conway (le frère deGeorge Sanders, qui jouait déjà un psychiâtre qui répondait au même nom dans Cat People), fait volontiers tomber l'intrigue vers le soupçon, tant il lui est facile d'incarner presque sans un mot le mystère et l'intrigue... Ce sera pourtant vers un autre groupe de gens étranges qu'il faudra se tourner, pour comprendre la clé du mystère, un groupe de satanistes particulièrement cinglés!

Mais qu'importe... En proposant une mise en scène attentive aux codes du film noir, et en allant au bout de son pessimisme, le film est passionnant non seulement malgré les imperfections, mais probablement aussi à cause d'elles... Et c'est un bel exemple du cinéma d'épouvante de l'époque, que ce soit en créant de toutes pièces des climats étranges (la séquence de la douche, celle du métro) ou en citant délibérément une scène célèbre de suspense de Cat People, totalement reprise au niveau du montage.

 

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Published by François Massarelli - dans Val Lewton Mark Robson
12 octobre 2024 6 12 /10 /octobre /2024 20:23

Qu'ils soient réalisés par Del Lord, par Roy Del Ruth ou comme ici par Ralph Ceder, un transfuge de chez Roach, les films des studios Sennett avec Billy Bevan ont tous en commun d'être marqués par le grand n'importe quoi... Les deux bobines semblent souvent déconnectées, comme si elles pouvaient être chacunes recyclées en deux films de très court métrage...

Dans celui-ci, on part d'une situation près d'une plage: deux hommes, Bevan et Sid Smith, se battent pour les beaux yeux de Madeline Hurlock, et pour ce faire, ils utilisent la compétition sportive. Ce qui ne les empêche pas, occasionnellement, de risquer leur vie dans des cascades folles furieuses, uniquement rendues possibles par la physionomie de la Californie. 

Ensuite, les deux vont s'affronter sur un ring, avant de se battre ensemble contre l'entraineur de Bevan (Kalla Pasha), dans un match particulièrement idiot. Et de toute évidence, une fois qu'on arrive aux dernières minutes du film, on a complètement oublié de quoi il parlait au départ... Et parfois, c'est un avantage!

Pour finir, le film était supposé perdu jusqu'à il y a peu, et non seulement il a été retrouvé, mais en prime il est complet.

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Published by François Massarelli - dans Mack Sennett Muet
12 octobre 2024 6 12 /10 /octobre /2024 14:34

Mis en ligne par la Cinémathèque Franàaise, ce film est à l'origine un projet de propagande, lié à une officine de cinéma ouvrier, qui souhaitait faire oeuvre sociale par le cinéma. Le metteur en scène principal (Clamour) est un inconnu, et s'il n'y avait pas Musidora dedans, parlerait-on vraiment de ce film?

L'intrigue est d'autant plus obscure que le film est réduit à une copie de travail, semble-t-il, désordonnée et privée d'intertitres! On y découvre ce qui a l'air d'être un mélodrame ultra-classique, avec jeune ouvrière exploitée, tentative de séduction crapuleuse, et le spectre de la misère pour l'héroïne, lié à la maladie dans sa famille...

Les commentateurs du film se refilent tous l'information selon laquelle cette bobine montre comment l'héroïne (Musidora) est sauvée par une coopérative ouvrière, mais on a envie de les croire sur parole... Car c'est à peine esquissé dans la copie survivante. Et difficile de se prononcer sur le jeu de Musidora, dans cette version qui la voit systématiquement regarder vers le metteur en scène à la fin de chaque prise...

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Published by François Massarelli - dans Muet Musidora
11 octobre 2024 5 11 /10 /octobre /2024 22:00

Piper est un petit pluvier (un oiseau du littoral^), qui a bien grandi. Sa maman s'apprête à le laisser vivre auprès des autres, et il va donc lui falloir quitter le confort du nid, pour aller chercher des coquillages sous le sable. Mais il y a de grosses vagues...

Côté pile, le film se conforme à la tradition Pixarienne d'évoquer un rite de passage pour un enfant amené à voler de ses propres ailes...

Côté face, un court métrage à la perfection impressionnante, dans lequel la texture, grâce au savoir-faire habituel des magiciens de Pixar, se joue de tous les écueils. Plumes, sable, vagues... Tout ici est beau. Encore un Oscar mérité...

 

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Published by François Massarelli - dans Pixar Disney Animation
11 octobre 2024 5 11 /10 /octobre /2024 21:52

Une "lizzie" est une voiture bricolée, dans l'argot des années 20. C'est un terme qui a du accrocher l'oreille de Del Lord, qui a d'ailleurs tourné plusieurs films dans lesquels des véhicule improbables se poursuivent dans une frénésie de destruction...

Dont celui-ci. Billy Bevan est mécanicien dans un garage qui participe à une course rurale, dans les collines (autour de Los Angeles, donc pour ce qui est de la ruralité...). Et bien sûr, le final sera une poursuite de folie, dans laquelle les tacots s'emplâtrent les uns dans les autres, avec méthode et sans aucune retenue.

Le film commence d'ailleurs par un rêve durant lequel Bevan conduit...un lit.

C'est de toute évidence un cas d'école et ça ferait même froid dans le dos, si on y pensait un peu plus (des cascades sur les pentes des collines Californiennes, par exemple, on se dit que c'est quand même dangereux...), mais c'est grâce à ce genre de films, qu'aujourd'hui le studio de Mack Sennett est passé à la postérité comme un endroit de destruction systématique. Et le film, réduit pendant des années à une bobine, a désormais retrouvé son métrage intégral depuis la restauration de 2021.

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Published by François Massarelli - dans Mack Sennett Muet Del Lord
11 octobre 2024 5 11 /10 /octobre /2024 21:44

Un agent de Wall Street (Andy Clyde) va marier sa fille (Natalie Kingston) à un malfaisant (Sid Smith)... Mais le concierge (Billy Bevan) veille au grain...

C'est très moyen, mais c'est au moins un film de deux bobines dans lequel on a une histoire... Ce qui n'était pas toujours le cas des films réalisés chez Sennett à l'époque, souvent assemblés vite fait mal fait. Bevan est clairement, au milieu d'une distribution solide, le principal atout et apporte sa bonhomie et sa simplicité (sans oublier sa moustache!) à l'affaire. 

Et bien sûr, le film se termine par une poursuite totalement idiote! On ne pourrait sans doute pas s'en passer.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Mack Sennett Del Lord
11 octobre 2024 5 11 /10 /octobre /2024 21:34

Ce film avec Harry Gribbon, Kewpie Morgan et Billy Bevan est une nouvelle manifestation du principe de n'importe quoi qui prévalait chez Mack Sennett dans les années 20... Les deux premiers sont tailleurs, et durant la première moitié de la première bobine, on suit un peu cette idée. Des gags s'accumulent, liés à leur boutique et leur métier. 

Puis, un peu arbitrairement, Billy Bevan arrive, costumé en marin, et explique qu'il est en escale... Il raconte une histoire qui ressemble à un éventuel réemploi d'un autre film (même si ca ressemble en l'occurrence... à un film ultérieur, A sea dog's tale, de Del Lord!)... 

Enfin, Bevan plume allègrement Gribbon au poker, même si les trois acteurs trichent autant les uns que les autres: à un moment, un tour de table produit 13 as!

C'est routinier et moyen, mais la reconstruction du film, en proposant une version intégrale, a au moins le mérite d'éclairer la façon dont chez Sennett, on accumulait les idées, en créant des films sans queue ni tête, sans complexe ni scrupules! 

...et on rit.

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Published by François Massarelli - dans Muet Mack Sennett
9 octobre 2024 3 09 /10 /octobre /2024 17:00

J'abandonne toute prétention de résumer ce film qui a survécu sous la forme de trois extraits de dimensions différentes. Les plus notables sont le premier, qui voit Billy Bevan voyager dans une limousine exagérément grande (un segment qui a été utilisé en 1969) pour un épisode de Sesame Street...

L'autre passage intéressant concerne une invasion... de lions. Qui occasionne une série de gags, de cascades et d'évenements incompréhensibles, mais hautement délectables justement pour leur côté faussement arbitraires; des hommes, des femmes et des lions se trouvent tous dans les différentes pièces d'une maison. Les uns veulent manger les autres...

Bref, la routine, quoi...

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Published by François Massarelli - dans Muet Mack Sennett