Henry Spencer (John Nance) visite sa fiancée, et les parents de celle-ci. Il apprend qu'il y a un enfant, si on peut appeler ça un enfant... C'est une créature qui ressemble globalement à un lapin pelé prêt à passer à la casserole...
J'admets que le film aussi.
Il y a un culte totalement ahurissant autour de ce film, d'ailleurs sorti initialement en France sous le titre de Labyrinth Man pour faire écho au grand succès du deuxième long métrage de Lynch, The Elephant Man... Lynch y expérimente avec la narration, adoptant un style narratif qui le rapproche du muet... Esthétiquement, il accomplit son film dans un noir et blanc impressionnant, qui ajoute autant au maaise qu'à l'impression d'étrangeté.
Maintenant...
Et le film montre aussi une anticipation de l'obsession (qui admettons-le atteint son apogée avec Twin Peaks) de mélanger invention surréaliste, horreur corporelle, et le domaine presque doucereux d'une chronique familiale...
Le principal problème de ce film à mes yeux, c'est qu'il m'ait fallu le voir jusqu'au bout. Des fois, ça ne peut pas marcher...
Une famille de riches va être bouleversée par un "medicine show"... La fille qui est promise à un assistant de son père s'enfuit avec un charlatan de barraque de foire. Mais ce faux docteur n'a que des intentions malhonnêtes...
C'est certainement un film dans lequel Sennett a demandé la contribution d'une grand partie de son cheptel: on y reconnait beaucoup de ses stars, dont Louise Fazenda, Billy Bevan, Ben Turpin, Billy Armstrong...
Une partie de bonneteau vient rompre ici l'équilibre habituel des films sennett (à savoir, frénésie, gags, cascades, et rapidité à tous les étages: Louise Fazenda et Billy Bevan y sont victimes d'un camelot, et la séquence dure cinq bonnes minutes, intégralement placées sous la responsabilité des acteurs, qui y sont géniaux...
Ce film, réduit aujourd'hui à un fragment de quelques minutes, est une victime paradoxale de l'usure du temps. Il avait été selectionné pour fournir des éléments à une compilation de Robert Youngson, qui s'intéressait au burlesque Américain; la seule copie existante est donc ces extraits, bien que le film n'ait finalement pas été retenu dans le montage final du film de Youngson! quoi qu'il en soit, c'est en quelque sorte parce qu'il a été coupé, qu'il a été partiellement conservé!
Youngson l'avait coupé de manière à garder les gags et leur énergie (un des points forts de Del Lord, dont les films accumulent les gags et la destruction dans un maelström de loufoquerie)... s'il fallait faire un inventaire, voici ce qu'il faudrait en dire: un séducteur kleptomane (Harry Gribbon), une manucure armée (Charlotte Mineau), une voiture qui traine un homme jusqu'à une plage (le chauffeur est Billy Bevan sans moustache), une chaussire qui fume, des beautés qui se baignent, un faux officier de l'armée de l'air, un vrai pilote, un avion qui va souffrir, une baraque de hot-dogs qui était mal placée, une bagarre dans les airs, quelques loopings, et une fin abrupte.
Comment s'étonner que les surréalistes aient été si fascinés par les films des studios Sennett?
Dans une station balnéaire un rien trop tranquille, un groupe de filles (Dont Billie Rhodes) s'ennuient, car elles n'ont pas d'homme... Ce n'est pas moi qui le dit mais un intertitre! Deux voyageurs, un scénariste de cinéma (Cullen Landis) et son secrétaire (Billy Bevan, sans moustache), arrivent, et ne tardent pas à attirer le regard de la troupe de baigneuses... Pourtant ils ne manifestent qu'indifférence à leur égard. Jusqu'à ce que Mary (Billie Rhodes) n'ait l'idée de se faire passer pour une veuve...
Cullen Landis est le dindon de la farce ici, à travers ce personnage d'auteur de films qui devient la proie médusée des faveurs d'une jeune femme particulièrement entreprenante. Si on a surtout retenu les comédiens de cette époque, il y avait aussi beaucoup de comédiennes qui étaient très actives, et cette Billie Rhodes, petite brune atypique, en est un témoignage. Le film est soigné, et on apprécie la façon dont l'équipe évite les pièges du grotesque à la Sennett...
Ce film n'est pas un monument, mais une monumentale rareté: un court métrage d'un obscur comédien (Sammy Burns) réalisé par un obscur réalisateur (Vin Moore), produit par une compagnie oubliée (L-KO, de Los Angeles), et distribuée par Universal, une compagnie qui a souvent été un robinet prolifique à films... La raison de sa disponibilité est sans doute la présence au casting de Billy Bevan avant son passage chez Sennett.
Sammy Burns y incarne l'assistant d'un maire (Vin Moore) qui a tout de la caricature: grand, costaud même, moustachu, qui aime à fricoter avec ses secrétaires... La secrétaire du maire (Dolly Dimples) a d'ailleurs fort à faire, car elle a droit aussi aux avances d'un officier de police (Billy Bevan), et bien sûr aux affections de Sammy Burns. D'autres thèmes se font remarquer, la corruption, inévitablement, puisqu'on y parle de politique, et on constate que le titre nous avertit d'une dimension criminelle... Ignatz Tamale, un révolutionnaire Mexicain (?) pousse ses sbires à perturber la loi...
Tout ceci occasionne bien entendu moult gags boulevardiers, gestuelles ad hoc, et un manque généralisé de subtilité. Ce n'est pas pour autant indigne, c'est surtout un film rapiécé de partout et dont la cohérence peine à nous appatraîre: il en manque environ 40%... Peu importe, il y a des gags, des cascades délirantes (incluant un avion et un train) et une intervention loufoque de policiers en patrouille qui nous rappellera l'influence phénoménale qu'avaient les films de Mack Sennett à l'époque.
2008: John McCain, sénateur Républicain de l'Arizona, héros de la guerre du Vietnam, politicien modéré, accède à l'investiture de son parti pour l'élection présidentielle, mais face à lui le camp Démocrate a trouvé en Barack Obama un candidat en or... Il enthousiasme les foules partout où il passe, et semble se glisser vers la victoire sans le moindre accroc. L'équipe McCain sait qu'ell va pouvoir rééquilibrer la situation en choisissant le bon, ou la bonne, Vice-Président(e)...
Leur choix se porte sur une quasi-inconnue: Sarah Palin, gouverneure de l'Alaska, une Chrétienne assez rigoriste, proche des thèses du Tea Party, frange libertarienne et très conservatrice du Parti, pro-armes et anti-avortement. Elle accepte...
C'est le point de départ, d'ailleurs historique, d'un film qui fonctionne sur le même principe que le film Recount de 2008 (consacré à l'élection agitée de 2000), des mêmes auteurs (le réalisateur Jay roach et le scénariste Danny Strong): raconter l'histoire politique récente de l'intérieur, en rejouant les scènes privées d'après les rémoignages croisés des protagonistes, et en les mélant à des images d'archives, qui sont d'autant moins difficiles à trouver qu'à l'ère de Youtube, le donne est extraordiairement dense...on pourra donc s'amuser à comparer ce film qui n'est pas une fiction avec les images réelles...
C'est un film passionnant, d'abord par sa galerie de personnages: Steve Schmidt (Woody Harrelson) est un conseiller et directeur de campagne du camp Républicain; Sarah Palin est interprétée par Julianne Moore; Ed Harris compose un John McCain touchant, qui fait regretter qu'un butor al léché (le 45e président des Etats-Unis) ait prononcé la plus méchant des oraisons funèbres en le traitant après sa mort de "Loser"; Sarah Paulson enfin est l'assistante personnelle de Palin, qui va déchanter très vite en se rendant compte que la candidate, pourtant très enthousiaste, au poste de vice-présidence des Etats-Unis, ne connait strictement rien à l'économie de son pays, à ses institutions fédérales, à son histoire, à l'Histoire en général, à la géographie et à la géopolitique... Par exemple il faut lui expliquer que durant la seconde guerre mondiale l'Allemagne était l'ennemie des Etats-Unis mais que ce n'est plus le cas, et qu'il y a deux Corées...
La politicienne s'est d'ailleurs plainte de ce traitement, on ne saura donc pas où le film exagère (il est pour une large part de son métrage, une comédie après tout fort subtile), ni où exactement il met en plein dans le mille. La méthode, basée sur une maîtrise consommée de l'image et de sa manipulation, est un beau film militant en douceur, diffusé trois ans et demi après les faits. Militant parce que comme Recount, tout en restant assez objectif, et en proposant des portraits humainement passionnants, le point de vue est assez clairement en faveur d'une politique humaniste...
Et en effet, là où les auteurs ont vraiment fait fort, c'est dans le fait qu'ils ont capté à travers leur recréation historique un moment de glissement de l'idéologie Républicaine, lorsqu'une inconnue sympathique mais à l'envergure bien trop étroite pour la fonction qu'elle souhaitait occuper, s'est retrouvée presque malgré elle une candidate populiste pour une base qui n'avait finalement qu'une envie: trouver chez les Républicains un antidote à l'élection probable d'un Afro-Américain aux plus hautes fonctions... Lors des discours de McCain (toujours mesuré, jamais offensant comme peuvent l'être les candidats MAGA du parti républicain d'aujourd'hui), il doit se poser en rempart contre les invectives anti-Obama de plus en plus délirantes au fur et à mesure du rapprochement de l'échéance... Derrière la candidature pittoresque de Palin, c'est tout un pan de la politique Américaine et mondiale qui semble glisser vers le chaos, le bruit, la fureur et l'obscurantisme. 12 ans après le film, on en mesure bien la vérité...
100 ans après les frères Lumière, on demande à David Lynch d'utiliser leur matériel dans le but de créer un film, d'une minute et en muet... L'auteur de Mulholland Dr. a donc pris le parti de faire une oeuvre qui s'inscrive parfaitement dans le ton de ses autres films, en particulier ceux qu'il a tournés juste avant et juste après le passage au siècle et au millénaire suivants...
En quelques plans disjoints, il montre une histoire qu'il sera compliquée de résumer, comme de comprendre d'ailleurs... Une histoire qui montre la police intervenir dans une famille après le meurtre d'une jeune femme...
Les images, en noir et blanc, muettes, se font à la fois l'écho des films des premiers temps, et de l'univers parfois cauchemardesque de Lynch, qui aime à faire travailler le spectateur, en dehors de toute logique...
C'est pendant le tournage ou la préparation de Eraserhead, son premier long métrage, que Lynch a tourné ce petit film en vidéo. On y voit Catherine Coulson (l'épouse de Jack Nance, qui était assistante sur Eraserhead, et qui est sans doute surtout connue pour avoir interprété l'un des rôles les plus bizarres de Twin peaks: Margaret, la "femme à la buche"...) dans le rôle d'une femme amputée des deux jambes, qui écrit une lettre (dont le texte nous est donné en voix off) pendant qu'un infirmier (David Lynch) s'occupe de ses moignons...
C'est un plan-séquence dont le contraste repose sur le décalage entre la tranquillité affichée de Coulson (qui fume tranquillement une cigarette pendant qu'elle écrit sa lettre), et le fait que Lynch semble s'attaquer à des plaies qui pourraient bien être de la gangrène... Le thème constant de la corruption du quotidien dans la civilisation Américaine, la grande obsession de Lynch...
Avec ses trente-quatre minutes, ce film largement narratif et tourné en 16 mm était une commande de l'American Film Institute... C'est le moyen métrage qui a changé la vie de Lynch, qui a pu ainsi devenir un cinéaste, tout en se faisant copieusement remarquer...
Un couple dysfonctionnel a un enfant, qui grandit dans la peur constante de se faire rabrouer (il a en particulier un mauvais traitement récurrent, à chaque fois qu'il s'oublie dans son lit, il doit mettre la tête dans son urine...). Pour avoir de la complicité avec quelqu'un, il fait pousser une grand-mère...
Etrange film, qui semble naître de l'animation à la Lynch, tout comme les personnages naissent de silhouettes en papier et de dessins torturés... Nettement plus figuratif que ne le sont les précédents films de l'auteur, ce n'en est pas moins très inconfortable! On retrouve une esthétique proche de ce qui deviendra Eraserhead, le premier long métrage de Lynch...
Un cauchemar de fièvre? C'est en tout cas, derrière une façade de collage surréaliste entre film narratif et animation lysergique, un film qui met mal à l'aise...
L'animation met en scène une récitation de l'alphabet, qui dégénère et se répète... Et la partie filmée montre une femme (Peggy Lynch) hantée par cette récitation insupportable...
Le mélange entre réalité et rêve, animation et prise de vue réelle, et enfin abstraction et la réalité concrète du film d'horreur, montre un unives déjà bien cohérent...