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29 août 2024 4 29 /08 /août /2024 15:07

M. et Mme Smith (Robert Montgomery et Carole Lombard) s'aiment. Ils ont une relation fusionnelle, et nous les surprenons un matin, lors d'une escapade, une embardée des deux époux hors du monde, à rester au lit sans jamais quitter leur chambre d'hôtel... Mais ils apprennent quelques jours plus tard qu'un détail technique (le découpage du territoire entre la frontière du Nevada et celle de l'Idaho) empêche leur mariage d'être légal. Amusé, M. Smith décide de profiter de la situation pour faire de son épouse sa maîtresse... Mais celle-ci prend la chose très au sérieux.

D'une part:

Non, ceci n'est pas, comme on le lit partout, "la seule comédie d'Alfred Hitchcock" (The farmer's wife, Waltzes from Vienna, To catch a thief ou The trouble with Harry, par exemple, en sont la preuve), ni "le pire film d'Alfred Hitchcock" (Topaz, Easy virtue, Juno and the paycock, The Skin Game, et Family plot sont tous bien pires). Ce n'est pas non plus "un film imposé par les producteurs" comme on l'entendra ici ou là: en 1941, on n'impose rien à Hitchcock. 

La présence, dans la filmographie du "maître du suspense", de cette petite comédie qui ne casse pas des briques, peut s'expliquer après tout par le fait que Carole Lombard qui admirait ses films, avait vu avec raison des éléments de comédie qui brillaient dans la plupart des films du metteur en scène et rêvait d'interpréter un film sous sa direction. Et si on regarde ne serait-ce que l'excellente scène de The 39 steps durant laquelle Donat et Madeleine Carroll son coincés l'un avec l'autre, réunis par une paire de menottes, on comprend totalement ce qu'elle voulait dire... Et Hitchcock, qui a à coeur de s'intégrer dans le Hollywood de 1941, s'est après tout laissé faire.

D'autre part:

Maintenant, il faut bien l'avouer, si la mise en scène est tout à fait fonctionnelle du début à la fin, ce n'est pas le genre de film qui a pu l'inspirer, ni d'ailleurs le genre de script. Pas plus les personnages, au fait! ces deux amoureux, le mari et la femme, qui découvrent que leur mariage est en fait illégal suite à une erreur administrative, et qui se battent entre eux au lieu de tenter de préserver leur amour, dénotent dans l'oeuvre d'Hitchcock. Le film semble plus proche du ton d'autres metteurs en scène... Le ton qu'aurait insufflé Hawks dans le scénario de Norman Krasna aurait été bien plus intéressant...

Et si on ne peut que se référer à cette époque d'hypocrisie, et comprendre le problème de ce couple, qui n'est marié que dans leur souvenir, ce qui fait de leur couple une aberration, il n'empêche que ce sujet ne peut qu'être daté, et que les positions de l'un et de l'autre sont finalement assez difficiles à soutenir quand on le voit avec un esprit contemporain. Hitchcock semble ici nous donner l'impression que le vernis du mariag fait tout dans un couple. Ce que son oeuvre a tendance à contredire, quand même...

Restent quelques scènes sympathiques, quelques moments fabuleux (Dus à Carole Lombard, sans surprise), et quelques moments gênants (Robert Montgomery est à peu près aussi déplacé que son metteur en scène. Et l'acteur ressemble à quelqu'un qui ne devait pas être sobre très souvent)... Mais tout le début, qui nous prend par surprise en s'invitant chez les Smith, durant une matinée où M. Smith ne peut pas se détacher de sa tendre épouse, est quand même intéressant dans l'oeuvre de notre cinéaste, qui dès cette époque essayait par tous les moyens d'appeler un chat un chat. Les moments qui établissent l'incroyable complicité entre M. et Mme Smith, la façon dont Carole Lombard entre en scène, le détail des pieds nus de Madame qui ne peuvent se passer de sentir les jambes de Monsieur...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Comédie
29 août 2024 4 29 /08 /août /2024 08:26

Aux Etats-Unis, la réussite d'un artiste est mesurée le plus souvent en données supposées objectives et surtout binaires: ça marche donc c'est bon. Ca ne marche pas... donc c'est mauvais. Le titre de ce documentaire est assez clair, et il contient une mention à peine voilée de la chanson la plus connue de l'interprète Harry Nilsson: Everybody's talking. Ce n'est pas une chanson de lui, et si son succès est indéniable, il y a une histoire compliquée autour d'elle: un titre enregistré, un single sorti dans l'indifférence, et tout à coup un placement opportun dans un flm qui va tout changer!

Il semble d'ailleurs que les succès occasionnels, voire accidentels, de Harry Nilsson, lui soient tous arrivés par erreur, car l'artiste lui-même a plutôt eu tendance à se saboter qu'à se mettre en avant...

Né en 1941, sa vie a été marquée à tout jamais par l'absence du père, disparu pour fuir ses responsabilités. Un quartier des plus défavorisés de Brooklyn, une mère alcoolique qui s'est avéré un exemple (qu'il a allègrement suivi, développant une impressionnante dépendance, ainsi qu'une impressionnante consommation de tout ce qui pouvait lui amener un plaisir fugitif et artificiel), et très tôt une fascination pour l'acte de chanter... Le parcours d'Harry Nilsson aurait peut-être du le pousser à s'accomplir plus sagement, plus classiquement. Mais voilà: c'était un artiste atypique, unique et insaisissable.

C'est ce que montre ce documentaire, qui fonctionne d'une façon très classique: une chronologie parfois approximative, des intervenants connus et pertinents, dont les remarques nous permettent de cerner un peu le personnage et son histoire: la famille (un oncle d'un côté, les enfants et anciennes épouses), les collègues de travail (les producteurs Rick Jarrard et Richard Perry, des musiciens, compositeurs) et les amis (Yoko Ono, Eric Idle, Robin Williams). Tous montrent assez clairement que Harry Nilsson a été l'artisan principal de sa chute: mort à 52 ans, des suites d'un comportement auto-destructeur, celui dont la voix sublime et le tlent d'auteur-compositeur le destinaient au plus grand succès (au-dessus des genres) s'est d'emblée placé sur la touche, et a semble-t-il tout fait pour rater.

Arrosé d'extraits copieux de ses 15 albums, de ses rares interventions médiatiques (Harry ne faisait pas de concerts), ce documentaire réalisé à une époque durant laquelle le chanteur était totalement oublié, ne révolutionne pas l'art établi de la bographie audio-visuelle, mais il confirme trois choses:

on est forcément passé à côté d'un génie.

c'était l'une des plus belles voix de toute l'histoire de la musique.

certes, il s'est saboté, mais avec un tel entrain et une telle énergie destructrice que cet échec en devient un record à lui tout seul!

 

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Published by François Massarelli - dans Musique
28 août 2024 3 28 /08 /août /2024 23:13

Passer de Little women (Les quatre filles du Dr March) à ce film... Il fallait le faire! S'il est des films qui inventent un genre à eux tout seul, celui-ci est un OFNI absolu: un film qui ne ressemble à aucun autre. On peut toujours espérer que la Warner s'abstienne de lancer une suite, mais... On ne se fait pas trop d'illusions...

Dans le monde de Barbie, créé par Mattel "afin de permettre aux jeunes filles humaines heureuses", vivent des Barbies et des Kens. Parmi eux, la Barbie stéréotypée (Margot Robbie) et Ken (Ryan Gosling) vivent une vie de poupées, sans acun changement, jusqu'à ce que...

Barbie pense, tout à coup, à la mort... Et le doute s'installe en elle. Des changements physiques interviennent, qui menacent son équilibre. Il lui est conseillé de se rendre dans le vrai monde. Ken, qui a sans le savoir des doutes existentiels lui aussi, est du voyage: dans le monde réel, Barbie rencontre celle qui a créé ses doutes, une employée de Mattel qui dessine des Barbies déjantées, mais Ken découvre que le monde réel est dominé par les hommes: cela va créer des complications phénoménales en rentrant à BarbieLand... devenu Kendom.

J'ai essayé de rendre compte de la façon la plus directe de ce que le film raconte, mais à la base c'est ça. Enveloppé de rose, plastiquement hallucinant et avec un tour de force: Greta Gerwig a réussi à jouer le jeu de l'esthétique Barbie au premier degré sans pour autant en faire trop. Le seul reproche de ce côté 'produit de consommation' du film, c'est la musique qui tente de se conformer au goût actuel: soit de la soupe répugnante. Mais sinon la façon dont l'intrigue évolue sans jamais se vautrer dans la facilité, et joue de toutes ses couches de sens, est bluffante.

Mais oui, le film est un jeu permanent sur le décalage inévitable entre l'existence plombante d'une entité qui stéréotype les genres jusqu'au stigmate, et la nécessaire remise en question des codes, des genres tels qu'on peut enfin les concevoir en 2024. La quête de Barbie est une quête féministe, dans laquelle deux femmes que tout oppose (elles sont une mère et sa fille) vont aider, enfin, les Barbies à y voir clair, pendant que les Kens s'allient pour être des hommes, c'est à dire non seulement inutile et vaguement décoratifs, mais en plus lourdingues! Le film est constamment surprenant, depuis la scène d'ouverture qui parodie 2001, en passant par la narration pince-sans-rire de l'immense Helen Mirren, jusqu'à ce gag discret mais hilarant, quand Margot Robbie/Barbie exprime des doutes sur sa beauté, en voix off: "note aux cinéastes de l'adaptation: ce serait embarrassant d'engager Margot Robbie"...

 

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Published by François Massarelli - dans Greta Gerwig Ryan Gosling
28 août 2024 3 28 /08 /août /2024 08:53

Mis en chantier la même année que Father of the bride, pour capitaliser sur l'énorme succès, ce deuxième (et dernier) film de la série aurait pu n'être qu'un pur produit de consommation. Et c'est d'ailleurs de cette façon qu'il est considéré aujourd'hui, quand la MGM a été jusqu'à oublier d'en renouveler le copyright! Le film est donc dans le domaine public, ce qui veut dire qu'il fait avoir de la chance pour en voir une copie décente. Pourtant le film a non seulement eu du succès, mais il est aussi l'un des rares cas de suite appropriée, et réussie!

Le mariage de Fay (Elizabeth Taylor) et Buckley (Don Taylor) n'est pas, pour Stanley Banks (Spencer Tracy), la dernière épreuve: en effet, après avoir souffert de voir sa fille voler de ses propres ailes, il doit maintenant passer à l'étape suivante: devenir un grand-père...

D'autres éléments sont à prendre en compte: la jalousie de la future grand-mère Banks (Joan Bennett) à l'égard des autres grands-parents, qui entendent bien s'approprier le couple et leur futur enfant; les tensions entre les jeunes mariés, et leurs doutes et soupçons... Mais ce qui reste le principal ancrage du film, c'est bien sûr Spencer Tracy, ses humeurs bougonnes (après un démarrage printanier qui le voit limite coquin avec son épouse, c'est bien normal après tout), sa philosophie d'un autre siècle...

Oui, car ce qui fait sans doute le sel de ce film, comme du précédent, c'est cet aspect d'irrésistible capsule temporelle, de vision parfaite de la classe moyenne Américaine en 1951. Encapsulé en 81 minutes, pas une de plus...

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Published by François Massarelli - dans Vincente Minnelli
26 août 2024 1 26 /08 /août /2024 22:23

Rebecca était, c'est un fait établi, plus le film de Selznick que celui d'Hitchcock. Il a reçu l'Oscar du meilleur film en 1940, c'est entendu, ce qui ne veut pas dire qu'il était forcément meilleur que d'autres films qui concouraient cette année là pour la précieuse statuette: après tout, parmi les concurrents, on trouvait par exemple The grapes of wrath de John Ford, The great dictator de Chaplin... et Foreign Correspondent. Ce n'était pas l'habitude de Selznick de garder pour lui ses poulains, qu'ils soient acteurs ou metteurs en scène, et tant mieux. Dès le travail d'Hitchcock accompli sur Rebecca, le producteur l'a laissé se dégourdir les jambes sur cette audacieuse production qui lui correspondait tellement plus... Et qui a un peu le statut de film de vacances. C'est étonnant, quand on y pense, tant cette production indépendante (Due à l'intéressant Walter Wanger) ressemble à un état des lieux Hitchcockien, un catalogue conçu par le metteur en scène avant d'aborder la suite de sa carrière Américaine! Un grand nombre de thèmes qui reviendront sont ici abordés, de la dangereuse tentation de mêler amour, espionnage et politique, à la difficile survie sur une embarcation bien fragile en plein océan...

Johnny Jones (Joel McCrea), rebaptisé Huntley Haverstock par son patron (ce qui va occasionner un running gag inévitable), est nommé correspondant de presse pour un journal Américain. On est en 1939, et la guerre menace en Europe; le patron veut des reportages véridiques, du vécu, pas du "prédigéré" comme ont trop souvent l'habitude de lui envoyer ses autres employés envoyés en Europe. Avec "Huntley Haverstock", il va en avoir pour son argent! Très vite, le jeune reporter met les pieds dans une drôle de situation, étant témoin du meurtre d'un homme politique Hollandais, poursuivant des bandits jusque dans des moulins, survivant à un attentat sur sa personne perpétré par un vieux traître cockney (Edmund Gwenn)... et surtout rencontrant la belle Carol Fisher (Laraine Day), la fille d'un important diplomate (le toujours aussi suave Herbert Marshall) aux étranges fréquentations.

Un peu à l'image de Scott ffoliot, le personnage à l'étrange patronyme (L'absence de majuscule pour la consonne double qui ouvre le nom de famille est non seulement intentionnelle, elle est explicitée dans le film et devient même à une ou deux reprises un signe cinématographique important!), qui apparait et disparait de façon inattendue, les péripéties s'enchaînent sans temps morts... On sent qu'Hitchcock est totalement à son aise avec son histoire, qui lui permet finalement d'accumuler les ruptures de ton, passant du film d'aventures improbable (poursuite sur le plat pays, d'un moulin à l'autre) à la propagande pro-interventionniste (ce qui n'était pas en 1940 du goût de tous, rappelons-le), tout en explorant ses thèmes et ses types de personnages préférés.

Disons qu'avec Herbert Marshall, l'espion devenu presque si Anglais qu'il a des regrets à trahir le pays de sa fille, il a trouvé un "méchant" passionant et à la hauteur. Et Joel McCrea, préfiguration de ce que Hitch fera de Cary Grant quelques années plus tard, on sent le metteur en scène prèt à tout: ce n'est sans doute pas à Laurence Olivier qu'il aurait demandé de tourner une scène en caleçon et peignoir, et McCrea qui a tourné quelques comédies avec Preston Sturges, incarne à merveille le décalage du 'straight man' dans le panier de crabes de l'espionnage.

Se terminant sur un plaidoyer pour l'intervention Américaine, un rappel de l'importance de la démocratie et de la décence dans le monde de1940, le deuxième film Américain d'Hitchcock renvoie un peu à certains de ses meilleurs films Anglais, à commencer par The lady vanishes, dans lequel le spectre de la guerre était déjà bien présent. Et il inaugure une série de films qui se poursuivra jusqu'à Notorious, dans lesquels la présence inévitable, ou les souvenirs des conflits lointains se feront ressentir aux Etats-Unis. Cette série de films de propagande prend sa source dans ces 120 minutes bondissantes, mais toujours justes, qui mériteraient mieux que d'être constamment considérées comme appartenant à 'un Hitchcock mineur'.

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Criterion
26 août 2024 1 26 /08 /août /2024 15:17

1829: Le trappeur Flint Mitchell (Clark Gable) se lance dans une expédition en territoire Blackfoot; mais pour éviter l'hostilité des natifs, il s'arrange pour se marier avec la fille d'un dignitaire Nez Percé, Kamiah (Maria Elena Marques), qui a été adoptée par Bear Ghost (Jack Holt), chef d'une importante famille Blackfoot... Ce qui est un arrangement économique au départ va profondément changer le trappeur du Kentucky.

C'est une ode à l'Amérique des pionniers, aux vastes étendues sauvages à apprivoiser, à ces Américains que tout opposait mais qui réussissaient à s'allier pour vivre ensemble, côte à côte... C'est aussi une aventure particulièrement impressionnante en soi, un film qui a certainement été une expédition délirante à lui seul! Clark Gable en trappeur, ça interpelle, mais après tout, pas plus que de le voir en chasseur au fin fond de l'Afrique dans Mogambo... Et la galerie de personnages est passionnante, s'il n'y avait un problème: sautez le paragraphe suivant pour en savoir plus!

Adolhe Menjou joue un trappeur béarnais d'origine, qui sert d'interprète aux trappeurs qui doivent parlementer ou dialoguer avec les familles natives; il jouera un rôle crucial dans la communication entre Flint et son épouse, contribuant ainsi à humaniser le héros; John Hodiak est Brecan, un écossais qui a décidé de vivre parmi les Blackfeet du Dakota; Alan Napier interprète un autre Ecossais, le capitaine Lyon, venu d'Europe avec son kilt, et ses souvenirs de la bataille de Waterloo; à côté de ces personnages sympathiques, Ricardo Montalban incarne la menace: il joue Iron shirt, l'héritier Blackfoot qui ne veut pas laisser les trappeurs s'installer, et leur déclare ouvertement la guerre.

Une intrigue simple, mais qui permet une narration ensoleillée des mésaventures dans les grands espaces... La vision fascinante d'une période située bien avant les années rendues traditionnelles par les canons du western... On voit bien ce qui a fasciné Wellman dans ce film. Le problème c'est que le metteur en scène a réalisé une oeuvre jugée trop longue, et avait bien sûr pris son temps dans sa version. Les coupures étaient inévitables (avec l'aide d'une narration en voix off, du fils de Flint Mitchell, un procédé artificiel, mais qui fonctionne plutôt bien malgré tout), et la galerie de personnages en souffre à mon avis, certains devenant de brèves caricatures. Ils apparaissent ou disparaissent, déséquilibrant l'ensemble. Le film, qui représentait pour Wellman une aventure lyrique, est devenu le symbole même du compromis fâcheux... Dommage.

Reste que ce film est une superbe plongée aux origines du western, une histoire d'amour atypique dans laquelle deux forts caractères vont apprendre beaucoup l'un de l'autre, et une oeuvre qui fourmille de détails: à ne pas manquer, une scène de pourparlers qui aurait pu être totalement inspide, et devient hilarante quand on se rend compte que les personnages, tout en devisant sur leurs rapports d'amitié à venir, se refilent tous en douce une puce...

 

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Published by François Massarelli - dans Western William Wellman
23 août 2024 5 23 /08 /août /2024 15:54

Certes, c'est d'abord un classique, à part entière... Mais il y a une foule de raisons qui rendent ce film fascinant, pour tout un tas de raisons, certaines vraiment paradoxales!

Pierre (Michel Piccoli) est un architecte établi, qui est arrivé au milieu de sa vie... Du moins le croit-il. Il est séparé de son épouse, Catherine (Léa Massari), avec laquelle il a eu un fils qui vole désormais de ses propres ailes. Et il est en couple avec une jeune femme, Hélène (Romy Schneider). Mais Pierre ne sait pas ce qu'il veut:

continuer avec Hélène?

ou

rester seul, pour éviter "d'être misérable", comme il l'écrit dans une lettre?

C'est à ce moment que Pierre a un accident. Et il revoit les événements passés de sa vie récente, qui défile sous ses yeux...

C'est ce dernier point qui fait la renommée du film, aussi sûrement qu'on parlera de landau et d'escalier à propos du Cuirassé Potemkine, ou de la fameuse et délectable scène du poulet quand on évoquera La Ruée vers l'or! C'est d'abord à ça qu'on reconnaît un classique, cette faculté à se faire encapsuler dans une scène, un détail, voire une impression...

Mais à la vision du film, la structure en est bien plus riche, bien plus novatrice, bien plus éclairante encore que cette description hâtive le laisserait entrevoir. Pour commencer, quand le film commence, tout ou presque est consommé: l'accident a eu lieu, et Sautet promène sa caméra au milieu des témoins nombreux (l'accident, spectaculaire, a bloqué la circulation sur une petite route du Finistère). Une impression forte de naturalisme, ne nous empêche pas pour autant de reconnaître l'un des conducteurs qui se sentent coupables de l'éventuelle mort de la victime: Boby Lapointe agira en qualité de fil rouge, et nous le reconnaîtrons instantanément à chaque fois qu'il fera son apparition, comme une balise qui nous permettra de savoir qu'on est revenu dans "l'infortuné présent" d'un homme qui est entre la vie et la mort.

Et la chronologie, pour le reste, est bouleversée, sans qu'on puisse dégager de cet ensemble un puzzle complet: une scène esquissera par exemple la première rencontre entre Pierre et Hélène; la chronologie, du reste, serait la suivante: Hélène et Pierre ont prévu de partir trois ans travailler ensemble en Tunisie, mais Pierre qui a des doutes ralentit. A la faveur d'un voyage professionnel vers Rennes, il écrit sur une table de café une lettre de rupture, qu'il ne postera pas, et qu'il finira même par juger inutile: il n'a finalement pas envie de quitter Hélène. Mais il conduit trop vite...

Mais le cinéaste et son partenaire, le scénariste et dialoguiste Jean-Loup Dabadie, ont décidé de compliquer la tâche du spectateur en éclatant cette non-intrigue en multitude de scènes dans lesquelles l'importance du détail est primordiale: surtout des petits riens, une personne sonne à la porte, un copain parle de vin, un abordage en voilier à La Rochelle, une faute de frappe qui voit Romy Schneider lancer un "Merde" retentissant, ou un petit moment d'authenticité touchante: Romy Schneider qui ne peut cacher son accent, demande à Piccoli de lui donner un mot en Français, dont elle ne se rappelle pas. Il s'agit du mot "affabuler", et... elle oublie un F en l'écrivant. Nous n'en saurons pas plus: qui est-elle, quelle est sa nationalité, pourquoi, ou pour qui écrit-elle? Peu importe... Cette scène est l'une des nombreuses séquences qui font le principal sel du film, à savoir sa captation maitrisée d'une illusion de la vie quotidienne...

Une vie dans laquelle on boit, mange, rit, roule, et surtout fume! Car on le dit souvent, Michel Piccoli à lui tout seul semble tenter de battre le record du monde de consommation tabagique, et du reste il n'est pas le seul. Une paire de cigare éteints, fumés aux trois quarts, esquisse un parcours vers un personnage secondaire qui est (probablement) le nouveau compagnon de Léa Massari dans le film. Un cendrier dans un film de Claude Sautet joue un rôle de réelle importance dans la caractérisation des personnages! Et quand il se trouve pris au piège de la voiture qui enchaîne les tonneaux au ralenti, Piccoli se retrouve ballotté... au milieu des mégots.

Et Les choses de la vie devient aussi un classique par son statut même, paradoxal, de capsule temporelle: cette période où fumer et boire étaient des actes du quotidien pour tout le monde, où on ne se préoccupait pas de ceinture de sécurité, où les bornes indicatrices de patelins (La Noue, 0,7) étaient en béton peint... Un monde de Dianes Citroën, de bétaillères rouges, d'ambulances anté-diluviennes, un monde enfin où Michel Piccoli, Romy Schneider, Boby Lapointe et Jean Bouise vivaient sous nos yeux! 

Et pourtant, le film se résout dans un suspense haletant. C'est un pied de nez à Hitchcock, finalement: lui qui disait qu'un film devait être oit une tranche de vie, soit une tranche de gâteau, avait une préférence pour la deuxième catégorie. J'imagine qu'il a du faire la fine bouche devant celui-ci. Pourtant le destin personnel de la jeune femme incarnée par Romy Schneider (qui s'en sort admirablement au regard de la structure épisodique du film) est entièrement suspendu à ce qu'il adviendra de cette lettre de rupture oubliée dans une poche, et nous le savons bien...

 

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Published by François Massarelli - dans Tranches Claude Sautet No smoking
23 août 2024 5 23 /08 /août /2024 14:06

C'est l'été, dans une rue très populaire. Les dames prennent le frais, ou tentent de le faire. La conversation est gouailleuse, aimable, parfois un peu perfide: cette voisine d'une famille anglo-saxonne, par exemple, mme Maurrant (Estelle Taylor), se fait regarder de travers parce que tout le monde a repéré son manège... Dès que son mari, un dur de dur (David Landau) a le dos tourné, elle reçoit des visites d'un autre homme... Les gens se côtoient, partagent le même immeuble, mais ils sont d'origine différente: une famille Irlandaise, une autre Italienne, une Suédoise... Une famille qui n'en est plus une depuis que le mari est parti, et une famille composée d'un père juif d'Europe centrale (Max Montor), qui prêche le socialisme (ce qui irrite ses voisins) et de ses deux enfants qui font des études...

Sinon les enfants des uns et des autres sont plutpot jeunes. Parmi eux, les enfants Maurrant sont deux, la plus grande (Sylvia Sidney) en âge de travailler (et de se faire courtiser par son patron), et un jeune garçon qui doit essuyer les quolibets de ses copains en raison du comportement de plus en plus visible de sa mère... Les Jones, pour leur part, ont un fils (Matt McHugh) qui est un voyou, et qui partage l'antisémitisme décomplexé de sa mère (Beulah Bondi)... 

Le drame ne couve plus, il éclate sous nos yeux. En quelques jours, quelques heures même, le sang aura coulé entre deux joies, deux danses, deux engueulades, deux mensonges ou deux considérations sur le temps...

On ne quitte jamais la rue, qui devient le théâtre des vies souvent médiocres et sur le fil durasoir de ces personnages que la vie force à vivre ensemble. Le metteur en scène qui avait, c'est le moins qu'on puisse dire, largement la capacité à changer cet état de fait, a choisi au contraire de rester totalement fidèle à cet aspect de la pièce d'Elmer Rice. Ce dernier a été engagé par Goldwyn pour adapter lui même son scénario... Et Vidor, qui aime placer les goupes humains sous son microscope, réussit un miracle de direction d'acteurs, en donnant une même épaisseur à chacun des protagonistes, dans un film sans aucune concession...

 

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Published by François Massarelli - dans King Vidor Pre-code
22 août 2024 4 22 /08 /août /2024 18:06

Dans un cabaret New Yorkais, les artistes vivent et survivent... Parmi eux, Deborah Hoople qui répond surtout au nom de scène de Dixie daisy (Barbara Stanwyck) semble savoir plus que les autres ce que survivre veut dire. Elle qui subit les avances d'un comédien insistant ne se laisse pas faire car elle en a vu d'autres... Mais la rivalité entre les différentes divas du burlesque confine à l'hostilité pure et simple... Jusqu'au jour où l'une des stars du show, la plus méchante au passage, se fait tuer, étranglée par son string! ...Qui aurait pu aller jusqu'à l'assassinat?

...d'autant que tout le monde avait une bonne raison de le faire!

C'est un classique: un lieu de spectacle, des numéros à accomplir, et un meurtre qui va provoquer une enquête. C'est le principe de The last warning de Paul Leni, ou de Murder at the vanities de Mitchell Leisen. Dans le cas de ce dernier film, d'ailleurs, le show primait au point où le film en devenait presque un musical. Ce n'est pas tout à fait le cas ici, même si Wellman a eu l'intelligence de demander à la grande Barbara Stanwyck de s'impliquer dans un peu de spectacle: chant et danse... Bien sûr l'effeuillage est limité au maximum, on est en pleine période du code de production. 

Mais il est fort probable que c'est cet aspect de domaine interdit qui a attiré Wellman dans cette adaptation d'un roman noir de Gipsy Rose Lee dont le titre est plus qu'évocateur, tout en étant partculièrement appropprié: The g-string murders, soit Les meurtres au string... Il faut sans doute préciser que l'autrice était justement une actrice de burlesque elle-même. Ainsi, sous couvert de raconter une intrigue criminelle, dans laquelle la solution sera inévitablement crapuleuse, elle avait à coeur de faire partager l'expérience fragile du quotidien dans un tel environnement. Que le cinéma s'y intéresse n'était pas inévitable, tant le sujet devait faire peur aux studios, peu habitués à s'aventurer dans un tel sujet!

C'est d'ailleurs sous la responsabilité de Hunt Stromberg, un producteur indépendant, et avec un contrat de distribution de United Artists, alors moins regardants que les autres structures de diffusion d'oeuvres cinématographiques, que Wellman a pu obtenir le feu vert. Il a su trouver la façon de faire en liberté son film, en dosant au plus près et au plus précis la peinture franche d'un univers, et les épices les plus difficiles à faire passer. A noter qu'il a demandé (et obtenu) de Barbara Stanwyck un investissement particulièrement important, elle qui passe le plus clair de son temps dans des tenues plutôt suggestives. Pourtant le seul grief de l'administration de censure sera l'impotance du string dans les meurtres!

Au final, ce film extrêmement attachant qui nous montre un univers assez fermé, aux codes inattendus, est une incursion presque tendre, souvent drôle, de la part d'un homme qui ne se fait jamais d'illusions sur les apparences, mais qui sait la valeur des humains. Et il semble presque compléter un cycle ouvert par le méconnu You never know women...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Noir Barbara Stanwyck
21 août 2024 3 21 /08 /août /2024 23:20

1657: depuis 8 ans (et pour trois années encore) l'Angleterre est une république, sous la direction d'Oliver Cromwell, qui a imposé au pays, contre les excès de l'église, la doctrine puritaine. La guerre a été fratricide, et un ancien officier de Cromwell goute une retraite bien méritée: John Lye (Charles Dance) est le plus puritain des hommes. Son épouse Fanny (Maxine Peake) lui a donné un fils, qui n'a absolument aucun droit à l'amusement; et à la moindre erreur, le soldat rigoureux bat son fils ou son épouse... 

Ce matin-là, deux personnes nues comme des vers profitent de l'absence de la famille Lye pour s'installer dans leur grange; il fait froid, ils ont faim, et comme ils sont nus il leur faut des vêtements... Thomas Ashbury (Freddie Fox) et Rebecca Henshaw (Tanya Reynolds) se présentent comme un couple marié, et pour amadouer leurs hôtes qui ne tardent pas à revenir, ils prétendent être de la même obédience qu'eux. Alors que pas du tout, comme on ne va pas tarder à l'apprendre...

C'est une fable, et pas des plus simples, ni des plus enfantines... Car ce qui arrive chez ces fanatiques pro-Cromwell, et surtout chez un homme étouffant par ses principes même, ce sont d'autres fanatiques. Des membres d'une secte qui se sont érigés le droit de contester toute direction, et en particulier celles de la Bible. Ils sont aussi convaincus de la nécessité de commettre l'acte de chair le plus souvent possible et si possible en public... Bref: les Lye ont trouvé leur exact opposé...

C'est vrai, il y a eu à cette époque une explosion des obédiences religieuses les plus extrêmes, mais il faut quand même le dire, le puritanisme tel que Cromwell le préconisait était déjà à lui tout seul un cas d'école. C'est ça le fond de ce film si provocateur, qui oppose à l'affreux John Lye deux personnes qui lui sont tellement opposés qu'il ne peut y avoir qu'explosion: de haine, mais aussi de violence. Et ça se terminera dans le sang. Bizarrement, ce sera à cause de tierces personnes...

Pourtant le titre nous renvoie à un autre personnage que les deux fanatiques Thomas et John. Fanny est pourtant en apparence la personne la plus effacée de ce conte cruel... Eh bien sous la narration d'ailleurs très effective de Rebecca, qui va sympathiser avec elle de façon imprévue durant le déroulement de l'intrigue, on comprend qu'en réalité cette expérience qui tourne au cauchemar, agira aussi en qualité d'épiphanie pour elle...

Et sous le rigorisme religieux, le film nous montre aussi la façon dont les femmes sont systématiquement maltraitées par la religion, par leurs maris, par la société et jusque dans les hautes sphères politiques. Dans ce film provocateur, sardonique et rudement bien interprété, elles prennent une revanche à la profonde ironie, mordante et noire... Les acteurs sont géniaux, et la mention spéciale va à l'impressionnante Tanya Reynolds. Elle ira loin...

 

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Published by François Massarelli - dans Mettons-nous tous tout nus Tanya Reynolds