Le film est perdu, du moins dans sa version intégrale, et ce qu'il en reste n'a survécu que grâce à des multitudes d'anthologie et d'éditions spéciales d'extraits des films de Sennett, revendus dans des états parfois douteux à des marchands de pellicule et de vidéo...
D'après ce qu'on peut en comprendre, il semble que Billy Bevan soit un policier qui a des ennuis: il a été la victime d'un escroc (Kalla Pasha) qui a trouvé le moyen de l'humilier en commettant un cambriolage sous ses yeux. Pris pour un prisonnier évadé, il se retrouve poursuivi par des collègues, avant qu'il ne trouve le moyen de se rattraper en compagnie de Phyllis Haver, en démasquant et arrêtant une bande de malfaiteurs...
Mais honnêtement, ce qu'on demande aux films de Roy Del Ruth ou Del Lord, ce sont ces réjouissantes et absurdes poursuites, illogiques à l'extrême, qui semblent pousser à l'intérieur des bobines comme des champignons durant un automne humide! Et ici, on est copieusement servis, grâce à cette série de gags idiots, donc sublimes, qui voient Bvan tenter en vain d'échapper à ses poursuivants.
Ben Turpin est boulanger, et il est un spécialiste reconnu du doughnut, dont il a une recette intéressante (elle nécessite des outils de menuiserie pour trouer la pâye après cuisson)... Il a aussi, avec sa fiancée (Phyllis Haver), trouvé des idées pour rendre la vie plus facile: pour moudre le café, ils utilisent par exemple une machinerie propulsée par un écureuil...
Le film est réduit à des etxraits disjoints, qui le rendent difficile à suivre. Comme beaucoup de films Sennett de cette époque, la version intégrale s'est perdue, au profit de passages qui ont survécu grâe à des anthologies... Ce film-ci, outre qu'il montre une superbe loufoqerie dans tous les passages conservés, vaut quand même surtout par une scèn,e de poursuite intra-muros entre Turpin et son assistant Kewpie Morgan: la logique en est absente, et la course effrénée des deux acteurs se finit dans un couloir, d'où ils entrent et sortent à toute vitesse de pièces sans raison, comme certains films de Tex Avery se feront deux décennies plus tard une habitude...
Ben Turpin, admiré et adulé par tous (et surtout toutes) est maître-nageur... Oui, ça commence fort, et je dois dire que j'admire vraiment la façon dont Sennett a construit un culte délirant autour d'un acteur dont le premier talent était d'exhiber un strabisme absolument hallucinant! Ses yeux, d'ailleurs, étaient authentiquement affligés d'un strabisme (qu'il pouvait aggraver à loisir), et il les avait fait assurer...
Mais reprenons, donc: Ben Turpin est maître-nageur... alors que James Finlayson et Chester Conklin sont tennismen. Tous ces gens rivalisent autour des beaux yeux de Marie Prevost, qui, elle, ne louchait point...
Bon, certes, il n'y a pas grand chose de très cohérent dans ce résumé, et pour cause: le film n'a survécu que de façon très effilochée, dans des fragments de copies de tailles diverses, et il a fallu les raccommoder ensemble pour pouvoir avoir un semblant de continuité. Et sans surprise, le film, dont la distribution se complète de Billy Bevan ou encore Bert Roach, accumule les gags situés sur une plage, et les vues avantageuses de baigneuses...
Tatsu (Sessue Hayakawa) est un homme semi-sauvage, qui vit dans une sorte de rêve éveillé depuis des années, dans la montagne. Il est obsédé par une princesse qui lui serait promise, kidnappée par un dragon, et tant qu'elle ne lui revient pas il s'obstine à dessiner encore et toujours des images de dragon... Ses dessins parviennent sous les yeux d'Indara (Edward Peil) un peintre génial et reconnu, qui cherche à passer le flambeau. Il reconnait dans les oeuvres de Tatsu la patte d'un successeur, et le fait venir... Mais pour obtenir quoique ce soit de lui, il va devoir faire passer sa fille Umé-Ko (Tsuru Aoki) pour la princesse...
C'est un des films réalisés à Hollywood autour de Sessue Hayakawa, un acteur Japonais qui avait été engag par Thomas Ince, et autour duquel un culte s'était construit. Mais ce film, contrairement à beaucoup d'autres (en particulier ceux de Ince, justement), a l'avantage delaisser l'acteur composer un personnage qui puisse évoluer dans un cadre Japonais...
Sa fréquente partenaire Tsuru Aoki était venue à la fin de la première décennie aux Etats-Unis, après avoir été découverte par David Belasco. Si le troisième rôle le plus important était tenu par un acteur Anglo-saxon dévolu aux rôles orientaux (il interprète Evil Eye dans Broken Blossoms de Griffith par exemple), on remarque que le Japon "Californien" qui nous est présenté bénéficie grandement de sa distribution où les acteurs Nippons dominent...
Le film est d'ailleurs assez étrange, il ne ressemble pas tant qu'on aurait pu le croire à un film Américain, derrière son aspect de conte philosophique... Mesuré, mais quand même suffisamment excentrique pour trancher sérieusement sur la production ambiante. La narration est un peu lente, mais le film ne cherche pas à éviter d'apparaître extravagant, en étant même grâce au décalage entre la brutalité enfantine de Tatsu et les manières policées d'Indara, presque comique par endroits... Le drame pointe quand même le bout de son nez, avant un happy-ending inévitable...
Et pour finir, on ne s'étonnera pas que le film soit très décoratif, profitant pleinement de montagnes parfois allègrement peintes, et parfois de vues plus authentiques... mais Californiennes.
Henry Spencer (John Nance) visite sa fiancée, et les parents de celle-ci. Il apprend qu'il y a un enfant, si on peut appeler ça un enfant... C'est une créature qui ressemble globalement à un lapin pelé prêt à passer à la casserole...
J'admets que le film aussi.
Il y a un culte totalement ahurissant autour de ce film, d'ailleurs sorti initialement en France sous le titre de Labyrinth Man pour faire écho au grand succès du deuxième long métrage de Lynch, The Elephant Man... Lynch y expérimente avec la narration, adoptant un style narratif qui le rapproche du muet... Esthétiquement, il accomplit son film dans un noir et blanc impressionnant, qui ajoute autant au maaise qu'à l'impression d'étrangeté.
Maintenant...
Et le film montre aussi une anticipation de l'obsession (qui admettons-le atteint son apogée avec Twin Peaks) de mélanger invention surréaliste, horreur corporelle, et le domaine presque doucereux d'une chronique familiale...
Le principal problème de ce film à mes yeux, c'est qu'il m'ait fallu le voir jusqu'au bout. Des fois, ça ne peut pas marcher...
Une famille de riches va être bouleversée par un "medicine show"... La fille qui est promise à un assistant de son père s'enfuit avec un charlatan de barraque de foire. Mais ce faux docteur n'a que des intentions malhonnêtes...
C'est certainement un film dans lequel Sennett a demandé la contribution d'une grand partie de son cheptel: on y reconnait beaucoup de ses stars, dont Louise Fazenda, Billy Bevan, Ben Turpin, Billy Armstrong...
Une partie de bonneteau vient rompre ici l'équilibre habituel des films sennett (à savoir, frénésie, gags, cascades, et rapidité à tous les étages: Louise Fazenda et Billy Bevan y sont victimes d'un camelot, et la séquence dure cinq bonnes minutes, intégralement placées sous la responsabilité des acteurs, qui y sont géniaux...
Ce film, réduit aujourd'hui à un fragment de quelques minutes, est une victime paradoxale de l'usure du temps. Il avait été selectionné pour fournir des éléments à une compilation de Robert Youngson, qui s'intéressait au burlesque Américain; la seule copie existante est donc ces extraits, bien que le film n'ait finalement pas été retenu dans le montage final du film de Youngson! quoi qu'il en soit, c'est en quelque sorte parce qu'il a été coupé, qu'il a été partiellement conservé!
Youngson l'avait coupé de manière à garder les gags et leur énergie (un des points forts de Del Lord, dont les films accumulent les gags et la destruction dans un maelström de loufoquerie)... s'il fallait faire un inventaire, voici ce qu'il faudrait en dire: un séducteur kleptomane (Harry Gribbon), une manucure armée (Charlotte Mineau), une voiture qui traine un homme jusqu'à une plage (le chauffeur est Billy Bevan sans moustache), une chaussire qui fume, des beautés qui se baignent, un faux officier de l'armée de l'air, un vrai pilote, un avion qui va souffrir, une baraque de hot-dogs qui était mal placée, une bagarre dans les airs, quelques loopings, et une fin abrupte.
Comment s'étonner que les surréalistes aient été si fascinés par les films des studios Sennett?
Dans une station balnéaire un rien trop tranquille, un groupe de filles (Dont Billie Rhodes) s'ennuient, car elles n'ont pas d'homme... Ce n'est pas moi qui le dit mais un intertitre! Deux voyageurs, un scénariste de cinéma (Cullen Landis) et son secrétaire (Billy Bevan, sans moustache), arrivent, et ne tardent pas à attirer le regard de la troupe de baigneuses... Pourtant ils ne manifestent qu'indifférence à leur égard. Jusqu'à ce que Mary (Billie Rhodes) n'ait l'idée de se faire passer pour une veuve...
Cullen Landis est le dindon de la farce ici, à travers ce personnage d'auteur de films qui devient la proie médusée des faveurs d'une jeune femme particulièrement entreprenante. Si on a surtout retenu les comédiens de cette époque, il y avait aussi beaucoup de comédiennes qui étaient très actives, et cette Billie Rhodes, petite brune atypique, en est un témoignage. Le film est soigné, et on apprécie la façon dont l'équipe évite les pièges du grotesque à la Sennett...
Ce film n'est pas un monument, mais une monumentale rareté: un court métrage d'un obscur comédien (Sammy Burns) réalisé par un obscur réalisateur (Vin Moore), produit par une compagnie oubliée (L-KO, de Los Angeles), et distribuée par Universal, une compagnie qui a souvent été un robinet prolifique à films... La raison de sa disponibilité est sans doute la présence au casting de Billy Bevan avant son passage chez Sennett.
Sammy Burns y incarne l'assistant d'un maire (Vin Moore) qui a tout de la caricature: grand, costaud même, moustachu, qui aime à fricoter avec ses secrétaires... La secrétaire du maire (Dolly Dimples) a d'ailleurs fort à faire, car elle a droit aussi aux avances d'un officier de police (Billy Bevan), et bien sûr aux affections de Sammy Burns. D'autres thèmes se font remarquer, la corruption, inévitablement, puisqu'on y parle de politique, et on constate que le titre nous avertit d'une dimension criminelle... Ignatz Tamale, un révolutionnaire Mexicain (?) pousse ses sbires à perturber la loi...
Tout ceci occasionne bien entendu moult gags boulevardiers, gestuelles ad hoc, et un manque généralisé de subtilité. Ce n'est pas pour autant indigne, c'est surtout un film rapiécé de partout et dont la cohérence peine à nous appatraîre: il en manque environ 40%... Peu importe, il y a des gags, des cascades délirantes (incluant un avion et un train) et une intervention loufoque de policiers en patrouille qui nous rappellera l'influence phénoménale qu'avaient les films de Mack Sennett à l'époque.
2008: John McCain, sénateur Républicain de l'Arizona, héros de la guerre du Vietnam, politicien modéré, accède à l'investiture de son parti pour l'élection présidentielle, mais face à lui le camp Démocrate a trouvé en Barack Obama un candidat en or... Il enthousiasme les foules partout où il passe, et semble se glisser vers la victoire sans le moindre accroc. L'équipe McCain sait qu'ell va pouvoir rééquilibrer la situation en choisissant le bon, ou la bonne, Vice-Président(e)...
Leur choix se porte sur une quasi-inconnue: Sarah Palin, gouverneure de l'Alaska, une Chrétienne assez rigoriste, proche des thèses du Tea Party, frange libertarienne et très conservatrice du Parti, pro-armes et anti-avortement. Elle accepte...
C'est le point de départ, d'ailleurs historique, d'un film qui fonctionne sur le même principe que le film Recount de 2008 (consacré à l'élection agitée de 2000), des mêmes auteurs (le réalisateur Jay roach et le scénariste Danny Strong): raconter l'histoire politique récente de l'intérieur, en rejouant les scènes privées d'après les rémoignages croisés des protagonistes, et en les mélant à des images d'archives, qui sont d'autant moins difficiles à trouver qu'à l'ère de Youtube, le donne est extraordiairement dense...on pourra donc s'amuser à comparer ce film qui n'est pas une fiction avec les images réelles...
C'est un film passionnant, d'abord par sa galerie de personnages: Steve Schmidt (Woody Harrelson) est un conseiller et directeur de campagne du camp Républicain; Sarah Palin est interprétée par Julianne Moore; Ed Harris compose un John McCain touchant, qui fait regretter qu'un butor al léché (le 45e président des Etats-Unis) ait prononcé la plus méchant des oraisons funèbres en le traitant après sa mort de "Loser"; Sarah Paulson enfin est l'assistante personnelle de Palin, qui va déchanter très vite en se rendant compte que la candidate, pourtant très enthousiaste, au poste de vice-présidence des Etats-Unis, ne connait strictement rien à l'économie de son pays, à ses institutions fédérales, à son histoire, à l'Histoire en général, à la géographie et à la géopolitique... Par exemple il faut lui expliquer que durant la seconde guerre mondiale l'Allemagne était l'ennemie des Etats-Unis mais que ce n'est plus le cas, et qu'il y a deux Corées...
La politicienne s'est d'ailleurs plainte de ce traitement, on ne saura donc pas où le film exagère (il est pour une large part de son métrage, une comédie après tout fort subtile), ni où exactement il met en plein dans le mille. La méthode, basée sur une maîtrise consommée de l'image et de sa manipulation, est un beau film militant en douceur, diffusé trois ans et demi après les faits. Militant parce que comme Recount, tout en restant assez objectif, et en proposant des portraits humainement passionnants, le point de vue est assez clairement en faveur d'une politique humaniste...
Et en effet, là où les auteurs ont vraiment fait fort, c'est dans le fait qu'ils ont capté à travers leur recréation historique un moment de glissement de l'idéologie Républicaine, lorsqu'une inconnue sympathique mais à l'envergure bien trop étroite pour la fonction qu'elle souhaitait occuper, s'est retrouvée presque malgré elle une candidate populiste pour une base qui n'avait finalement qu'une envie: trouver chez les Républicains un antidote à l'élection probable d'un Afro-Américain aux plus hautes fonctions... Lors des discours de McCain (toujours mesuré, jamais offensant comme peuvent l'être les candidats MAGA du parti républicain d'aujourd'hui), il doit se poser en rempart contre les invectives anti-Obama de plus en plus délirantes au fur et à mesure du rapprochement de l'échéance... Derrière la candidature pittoresque de Palin, c'est tout un pan de la politique Américaine et mondiale qui semble glisser vers le chaos, le bruit, la fureur et l'obscurantisme. 12 ans après le film, on en mesure bien la vérité...