Drôle de journée pour arriver chez les Henderson: le père (Dell Henderson) est très remonté contre son épouse (Gertrude Astor) qui vient de lui annoncer qu'elle part en voyage aux Bermudes avec leur fille Jackie (Jacqueline Wells), et le laisse seul avec sa belle mère (pas encore identifiée par les spécialistes)... Pour temporiser, le pre décide de simuler une dépression nerveuse en se livrant à des excentricités calamiteuses... C'eest donc le moment pour Charley d'arriver, c'est lui qui apporte les billets pour la croisière! Mais les beaux yeux de Jackie le poussent à tenter d'apporter son aide à la famille.
Simuler la folie pour se sortir d'une situation problématique, c'est le sujet de l'admirable Crazy like a fox, de Leo McCarey, sorti en 1926. Mais c'était Charley qui feignait la démence ingérable afin de se délivrer d'un mariage arrangé, avant de se rendre compte que c'était avec une jeune femme qu'il venait de rencontrer et dont il était tombé amoureux. Ici, Chase incarne l'élément supposé raisonnable, qui doit faire avec une situation aux tenants et aboutissants parfaitement clairs: le père est (apparemment) cinglé (Dell Henderson est parfait dans le rôle justement parce qu'il incarne méthodiquement et raisonnablement la folie!), la fille est décidément bien jolie, et Charley a l'air si comme il faut. Mais son bon coeur le perdra, et il va devoir, afin de ne pas contrarier le malade, se livrer au pire...
Un père se plaint à son banquier de la tendance dépensière de ses trois filles: le banquier lui conseille d'utiliser les talents d'un de ses collaborateurs, Charley Chase. Celui-ci vient donc faire la leçon aux trois jeunes femmes, et va tomber victime de leur humour et de leur esprit farceur, surtout quand elle vont intervertir la bonne, Greta, avec l'une d'entre elles (Thelma Todd)...
C'est du très classique, voire convenu, mais ça marche toujours, puisque l'essentiel de l'action et de l'atmosphère de ce petit film est basé sur une très saine situation simple qui dégénère avec la plus grande logique... Mais on est clairement devant un cas où il est inévitable de penser à la période muette de Chase, où ce genre de situation était très courante. On constate que le son n'apporte décidément rien...
Ceci étant dit, on se réjouira de l'alchimie décidément évidente entre Chase et Todd, qui ne tardera pas à cesser ses collaborations (elle était très demandée, c'est le moins qu'on puisse dire, et avait en prime sa propre série avec Patsy Kelly chez Roach); et Billy Gilbert, génial acteur de second plan, incarne de façon explosive un majordome excédé...
Dans un ranch, à l'ouest de l'ouest, des hommes vivent la dure vie de la Frontière... Parmi eux, le comptable, Charley. Il reçoit une bonne nouvelle: sa petite amie, et fille de son patron, Billy Gilbert), va venir pour passer quelques jours. Mais elle vit à l'Est et garde des notions romantiques un peu dépassées de ce que devrait être le far west, sous l'influence (ô combien négative) de la radio et du cinéma: pour elle des cow-boys sont forcément constamment en train de faire de la musique. Charley décide donc, avant d'accueillir Mary Jones, d'entrainer les hommes à former un orchestre. Mais une fois qu'elle est arrivée, changement d'ambiance: le dangereux bandit Marion est dans les parages, et lui, en tout cas, sait chanter...
Il y a toujours eu dans le cinéma de Chase une tendance à la loufoquerie totale, plus délirante encore que celles de Roscoe Arbuckle et Buster Keaton. Mais dans la mesure où la série de ses courts métrages a été lancée chez Roach en 1923 afin de pallier l'absence de Harold Lloyd qui était désormais indépedant, il a tout de suite fallu tempérer cette fibre surréaliste. Pas toujours, la preuve: The Tabasco Kid, derrière le mélodrame idiot qui lui sert de prétexte, est un festival de gags tous plus idiots, mais assumés, les uns que les autres.
Donc, dès le départ, le film progresse de digression en hors sujet, de gag stupide mais réjouissant, en embardées illogiques et en dérapages glorieux. Le plus hallucinant étant que dans ce court métrage de deux bobines, le comédien assumera de jouer deux rôles, évidemment totalement antagonistes, celui du comptable trop peu apte à survivre dans l'Ouest, et celui du bandit. Celui-ci fait peur à tout le monde (mais pourquoi, au fait) ce qui ne l'empêche pas d'hurler à la lune de façon irrépressible dès qu'il entend un harmonica... De nombreuses traces de la présence de Laurel et Hardy au studio sont aussi présentes, depuis la présence du petit chien Laughin' gravy, jusqu'à la dynamique très Ollie/Stan entre Charley et Billy Gilbert au départ.
Deux détenus s'évadent, mais l'un d'entre eux seulement parviendra à s'échapper, l'autreétant pris avant de franchir les murs de la prison. Pendant qu'Emile (Henri Marchand) attend sagement son départ vers la liberté, Louis (Raymond Cordy) en goûte les privilèges... et grâce à un vol, un seul, il va acquérir de quoi gravir les échelons vers un poste plus que prestigieux, à la tête d'un empire commercial et industriel... Jusqu'à ce que son passé le rattrape, à travers son copain Emile, qui quand il est libéré, apprend que "le travail est obligatoire, car le travail, c'est la liberté"...
Partiellement musical, situé dans un monde proche du notre mais bien différent par de nombreux aspects, c'est un film assez typique de la patte de son auteur: pour commencer, Clair continue à utiliser le son comme ça lui chante, si j'ose dire, se situant de fait à la lisière de la comédie musicale, mais sans s'y consacrer totalement (contrairement donc au Million, sorti plus tôt cette année là).
Ses préoccupations sont celles de son temps, finalement: la place du travail dans la vie et la place du travailleur dans la société, dans un cadre qui se rappelle à nous comme une schématique, mais séduisante caricature rigolarde du capitalisme, avec ces gendarmes ui arrêtent un homme parce que, précisément, il ne travaille pas; ou encore, par ces séquences qui n'y vont pas de main-morte à comparer le travail à la chaîne et le travail du forçat...
Et dans un idéal poétique, Clair oppose Louis, devenu un capitaliste modèle, capitaine d'industrie, et notable que tous craignent, mais dont tous se moquent derrière son dos, et Emile, l'éternel perdant, le bon copain prêt à se sacrifier. On sourira probablement devant la présentation d'un idéal "machiniste" dans lequel les machines deviennent le complément idéal du travailleur, qui peut prendre son temps pendant que le travail s'effectue. L'utopie de Clair a vécu, elle n'en reste pas moins un témoin de son temps.
Le film est sans doute un peu trop célèbre pour une mauvaise raison: le soupçon de certains coupeurs de cheveux en quatre, que ce film de René ait pu être plagié par Chaplin pour Les temps modernes... Avant de dire n'importe quoi, rappelons-nous que ces préoccupations, en cette époque de montée des périls et de fracture idéologique, mais aussi d'une crise mondiale sanglante, étaient plus que dans l'air du temps; rappelons que Clair idolatre Chaplin, et qu'il l'a lui-même beaucoup inspiré; rappelons enfin que les deux hommes ont plus d'un point commun, à commencer par une hostilité de principe au cinéma parlant, mais aussi une tendance nette à privilégier le même type de décors stylisés et génériques qui fait beaucoup pour rapprocher les deux films (et qui là encore sont inspirés par l'architecture fonctionelle de ce début des années 30). Enfin laissons la parole à Clair lui-même, qui a toujours dit que si Chaplin s'était inspiré de son film alors ce serait vaiment un honneur pour lui...
Au départ, finalement, c'est simple: Michel (René Lefèvre) et Prosper (Jean-Louis Allibert) vivent dans le même appartement, sont fauchés, mais couvrent la chose en étant par alternance le domestique de l'autre! Michel est artiste, donc il est fauché... La petite qui vit en face de lui, Béatrice (Annabella) se considère sa fiancée et n'apprécie pas le ballet des modèles dans l'appartement de l'élu de son coeur. Mais les deux hommes ont acheté chacun leur billet de loterie, et... Michel a gagné. Il lui suffit de retrouver le ticket gagnant, qu'il a laissé dans son veston, pour pouvoir d'une part apaiser la colère des créanciers, et d'autre part fuir la pauvreté une bonne fois pour toutes... Oui, mais où donc est le veston? chez Béatrice? Non, car elle a laissé un fuyard, le père La Tulipe, "l'emprunter"; le vêtement va passer de main en main, et Prosper t Michel, désormais concurrents, vont avoir le plus grand mal à le récupérer...
Il y a du principe burlesque de haute noblesse ici, comme ces situations à la noix dont les studios Hal Roach, ou les films indépendants de Lloyd, tiraient leur saveur: un mélange savant entre la logique implacable d'une situation (la richesse dépend du fait de trouver ou non un veston) et toutes les ramifications (de nombreux personnages cherchent l'objet) et conséquences inévitables liées à l'environnement (les créanciers et autres voisins, sans parler d'un chauffeur de taxi qui voit son compteur s'affoler sans que personne de songe à pouvoir le payer)... Une situation donc totalement logique, lisible par tous, dans laquelle la loufoquerie va pouvoir se développer d'une façon allègre. Clair sait faire, il a été le metteur en scène d'Entr'acte, Un chapeau de paille d'Italie et Les deux timides, après tout! Mais cette fois, il suit la logique du nouveau médium qu'est le cinéma sonore, et traite la chose sous la forme d'une opérette...
On est devant un classique, mais aussi un chef d'oeuvre formel, dans lequel rien ne rate sa cible, et le metteur en scène-écrivain, qui aura tendance plus tard à gâcher ses films sur la fin (Les belles de nuit, par exemple, finit par irriter), est ici en contrôle d'une production qui pourrait être comparée sans aucun effort à du Lubitsch... Parfaitement servi par des comédiens totalement investis (on reconnaît des habitués, entre Paul Ollivier, Raymond Cordy en chauffeur de taxi, par exemple), une musique de George Van Parys, et la photo superbe, subtil mélange entre les intérieurs de l'avant-garde muette, et les décors génériques des comédies Américaines, désormais tournées dans le cadre des studios. C'est un des plus grands films de son auteur, une opérette inattendue qui ne se prend jamais excessivement au sérieux, et souvent d'un comique irrésistible. Le metteur en scène n'oublie jamais le cinéma, cet art muet dont il vient, et auquel il renvoie aussi souvent que possible en traitant les images et la musiques séparément, ou en montrant dans une scène délicieuse René Lefèvre et Annabella dans les coulisses d'un théâtre, réagissant en muet à la chanson qu'ils entendent, et nous aussi...
Albert (Préjean) vit dans une chambre de rien du tout sous les toits de Paris. Il vit un quartier populaire, et y travaille en chantant dans les rues des chansons, accompagné d'un accordéoniste, pour placer des partitions auprès du petit peuple Parisien. Albert, son copain Louis (Edmond T. Gréville) et le truand local Fred (Gaston Modot) vont tous tomber amoureux d'une jeune femme Roumaine exilée à Paris, Pola (Pola Illery). Elle va devoir se réfugier chez Albert car Fred lui a volé ses clés...
C'est le premier film parlant de Clair, mais son 9e en tout: le réalisateur n'est plus du tout un novice, et ça se voit. Son flair visuel était déjà très en place à l'époque de son premier film, Paris qui dort, et avec lui tout un univers... Mais ce nouveau film, qui vient après tant d'expérimentations parfois très étonnantes, dans des films qui réussissaient à franchir sans ridicule les limites du fantastique, rompt de par son utilisation franche et massive du son, avec le passé onirique du réalisateur. Adieu le Fantôme du Moulin-Rouge, ou le Voyage imaginaire, adieu le dadaïsme burlesque d'Entr'acte, la relecture des années 1880 d'Un chapeau de paille d'Italie ou la science-fiction poétique de Paris qui dort. Désormais Clair tire sa poésie de l'observation du petit peuple de Paris, saisi dans son quotidien et avec sa gouaille, entre les troquets et la rue où l'on chante, vu depuis les toits, ou souvent à travers les fenêtres des façades derrière lesquelles chacun ou chacune s'affaire...
Mais comme Lang qui à cette même époque tourne, avec les moyens de la Tobis Klangfilm lui aussi, M dans les studios de Berlin, Clair a pris une décision importante: le parlant et le sonore ne doivent pas se substituer au cinéma. Qu'on se rappelle qu'aux Etats-Unis où l'on va à cette époque voir n'importe quoi du moment que ça fasse du bruit, on a quand même sérieusement séparé ce nouveau cinéma de l'ancien, car qand on allait voir un film muet on parlait de movie (pour "moving picture"); désormais, on va voir un talkie ("talking picture"). ce n'est donc pas le même médium. Et honnêtement, bien souvent en effet ce n'est pas non plus le même art. Donc pour le metteur en scène, attaché à un art auquel il a tant et si bien contribué, il s'agit de remettre les pendules à l'heure, et de remettre le cinéma parlant, comme on dit, dans le giton du cinéma tout court, celui que désormais, on appellera "cinéma muet" (un terme arrivé en 1930 pour le différencier des nouveaux films bruyants qui sont la grande vogue du moment...
Donc utiliser le son, oui, pourquoi pas, mais autant que ça en vaille le détour! Le son sera utilisé ici comme complément musical (de nombreuses scènes sont muettes, et les dialogues vus entre les protagonistes n'en sont pas audibles, ou les gestes ne requièrent ni paroles ni son), comme contrepoint dynamique ou farfelu (pendant qu'Albert chante c dans la rue, un pickpocket s'affaire: les images du voleur sont accompagnées de la chanson Sous les toits de Paris devient donc une illustration incongrue d'une scène qui n'a aucun rapport avec ses paroles), et bien sûr pour faire avancer l'action ou faire couleur locale (les accents Parisiens, l'argot et les discussions de la faune locale), et parfois par provocation comme un gag, avec un écran quasiment noir alors que la bande-son est le seul vecteur d'information (quand Pola Illery doit repousser les tentatives balourdes de Préjean de venir dans son lit), un gag que Harold Lloyd avait pour sa part tenté dès 1929 (Welcome danger)...
Et c'est ce soin de motiver le nouvel ingrédient, de la justifier aussi, qui fait à la fois le prix et les limites de ce film... Clair y réussit à créer un univers, beaucoup plus proche de la vraie vie sans doute que ne l'était son cinéma muet, mais ce sont malgré tout les images qui l'emportent, un don pour le détail ciblé qui est souvent encore plus efficace à mon avis que la façon dont Stroheim (un auteur que Clair admirait) utilisait les inserts d'images de détails pour la caractérisation, surchargeait ses séquences de façon souvent excessive... Clair a l'image juste, directe, et d'une grande efficacité. La bande-son, sans doute, un peu moins. Préjean a toujours pour moi été un peu trop versé sur le parler "gouailleur", et tend à abuser du "Mon vieux" et du "nest-ce pas" intempestif! Mais cet acte personnel d'invention du cinéma sonore ne saurait malgré tout être réduit à une gageure technique; il y a un vrai romantisme qui affleure ici, annonciateur d'autres oeuvres, de Clair lui-même (Quatorze juillet, qui sera bien moins "militant", et montrera de quel bois romantique le metteur en scène se chauffait), voire de Duvivier, Carné ou Feyder.
Dans la famille de Kitty (Gay Seabrook), les parents sont divisés sur un point: le fiancé de la jeune femme... Ma (Lillian Elliott) aimerait favorise Eddie Jenkins (Eddie Dunn), qui travaille dans la même entreprise que le père de Kitty. Un insupportable parasite qui se vante de virer les conducteurs de tramway à tour de bras... Pa (James Finlayson) est justement chauffeur de tramway, et comme Kitty, il apprécie beaucoup Charley (Chase). Celui-ci souhaite se faire embaucher dans la même compagnie, mais il y a un os: il lui faudrait être marié pour ça...
Ce dernier film de l'année 1931 est une excellente surprise, pour tout un tas de raisons... Pour commencer, il est réalisé par Gil Pratt. ce vétéran des studios Roach n'était pas du tout un génie, mais un de ces artisans compétents, utilisé justement pour sa faculté à laisser les comédiens faire leur travail. Harold Lloyd, Snub Pollard, James Parrott, Anita Garvin, Max Davidson et surtout Stan Laurel en avaient fait l'expérience...
On retrouve du coup l'immense liberté et la créativité débridée, la loufoquerie joyeuse et anarchique de Charley Chase ici, qui de toute évidence a réussi à insuffler une blle énergie dans un film qui compte beaucoup de grands moments pour seulement 20 minutes de projection...
Et pour commencer, la complicité avec le grand James Finlayson (qui a rarement été aussi sympathique dans un film Roach, d'ailleurs, c'est à noter) est un point fort du film, qui justifie les farces de collégiens d'un côté, et une bagarre homérique (et profondément idiote, j'en conviens, d'autant qu'elle commence par un échange crêmeux d'amabilités patissières...) de l'autre, dans un tramway en mouvement...
Les autres comédiens sont pour leur part fonctionnels, c'est déjà ça. Une fois de plus Gay Seabrook se distingue par le degré affligeant de poticherie qu'on lui a confié, et Eddie Dunn est un ennemi redoutable par sa mesquinerie... et le fait que pour la belle-mère potentielle, il est le gendre parfait. L'un des signes les plus évidents que la production s'est bien déroulé, est sans doute le fait qu'il faudra attendre 3 minutes que la situation s'expose toute seule avant que Charley n'apparaisse, et pourtant ça passe comme une lettre à la poste... James Finlayson en particulier (lui aussi est un vétéran du studio Roach) s'en donne à coeur joie.
Charley (Chase) est chef d'orchestre, il travaille dans un night-club, et Gay (Seabrook) y est danseuse. La tension monte entre eux, d'une part parce que les répétitions de musique d'un côté, de claquettes de l'autre, ne s'accordent pas très bien. Mais surtout le jeune homme s'est entiché d'une riche héritière (Elizabeth Forrester) et ça lui monte à la tête. Mais la dame en question souhaite surtout utiliser les talents musicaux du jeune homme pour ses soirées... Gay décide de remettre tout le monde à sa place...
Beaucoup de musique, ici, une fois de plus, on sent donc le remplissage. Il y a d'une part une séquence assez drôle, quand même, durant laquelle Charley et l'orchestre répètent une chanson sentimentale emandant un peu de solennité, alors qu'autour d'eux tout le personnel de la boîte de nuit cherche un bijou: Charley en finira dans la grosse caisse. Une autre scène se déroule lors d'une soirée chez Madame Van Forrester: charley s'est cru invité à la soirée, alors qu'il était engagé pour fournir la musique. Avec les moyens du bord, il improvise un spectacle...
Mais bon, c'est un film assez peu intéressant, dans lequel tout le monde exécute sa partie, sans trop de conviction. Et Gay Seabrook est probablement la partenaire la plus tarte que Charley Chase ait jamais eue...
1919... Une famille emménage dans un nouvel appartement. Les Gibbons habitent Londres et font attention: il y a le père Frank (Robert Newton), la mère Ethel (Celia Johnson), la mère de cette dernière (Amy Veness) ainsi que la tante Sylvia (Alison Leggatt), la soeu de Frank, et les trois enfants Gibbons (Kay Walsh, Eileen Erskine, John Blythe)... Plus le chat, Percy. Une famille de la classe ouvrière, qui va affronter les années 20 puis 30, de grève générale en montée des périls, de crise mondiale en risque accru de guerre... Sans se départir de son sens de l'humour Britannique. Des amis, des gens de passage (un fiancé de la fille Queenie, par exemple, interprété par John Mills), vont aller et venir dans cette chronique...
David Lean, associé à Ronald Neame (Le chef opérateur) et Noel Coward (dramaturge et auteur de la pièce de théâtre adaptée ici), a fondé une petite boîte de producion, dont le but est d'abord de promouvoir un cinéma Britannique de qualité dans les pas de Noel Coward... L'équipe, pour son deuxième film (après In which we serve) se fixe un nouveeau défi: l'utilisation du Technicolor, mais dans un esprit totalement différent que ce qu'en faisait Michael Powell à la même époque (Colonel Blimp est sorti l'année précédente). La couleur sert plutôt à replacer les personnages dans un cadre réaliste, et à réhausser quelques détails, les décorations lors des célébrations, par exemple...
C'est que c'est un film dans lequel le drame s'il intervint, est juste une manifestation de la vie. Une chronique de la vie quotidienne des Britanniques durant ces vingt années qu'ils ont passé à prétendre que la guerre était finie pour de bon... Si on ajoute que le film est sorti dans une Angleterre qui venait de souffrir les affres du Blitz, on comprend le but. Célébrer, donc, l'esprit de l'Angleterre éternelle, celle des petites gens, résilients, courageux et simples, plutôt que celle des héros et des personnages historiques. Une Angleterre pleine de citoyens grincheux, voire râleurs, mais derrière leur conservatisme de façade, ils ont un coeur qui bat, qui souffre parfois...
Le film raconte les petits riens, comme le dilemme de la jeune fille, qui hésite à devenir la fiancée d'un marin, par exemple... ou encore les soirées familiales durant lesquelles chacun invente une stratégie pour ne pas avoir à subir les interprétations désastreuses de la tante Sylvia au piano, car elle chante comme une casserole. Les querelles inre-générationnelles et les mésententes Les grèves (notamment le grand mouvement ouvrier de 1926) sont vécues soit de l'intérieur, soit subies avec abnégation, soit elles sont l'occasion pour certains de remplacer les grévistes... Le père et le fils vont confronter pacifiquement leurs opinions contrastées autour d'une cigarette... La simplicité de l'ensemble et la pudeur des acteurs rendent un rien magique.
...et puis il y a les drames. Les petits, pour la plupart, ces moments embarrassants où le pater familias rentre d'une soirée arrosée au pub avec son copain, une fois de trop... Les enfants qui fuient, la tante et la grand-père qui se bouffent le nez... Mais aussi et surtout, hélas, l'annonce de la mort d'un enfant. Un moment étonnant, l'occasion pour le cinéaste d'oser un contraste saisissant entre la douleur immense des protagonistes, douleur muette bien sûr, et la musique légère qui émane de la radio. La vie continue...
Une strip-teaseuse au bout du rouleau (Emily Blunt) rencontre un représentant de l'industrie pharmaceutique (Chris Evans) qui lui promet monts et merveilles. Elle devient partie prenante de pratiques plus que malhonnêtes de manipulations pour placer des produits...
C'est un sujet courant des magazines d'investigation, et un film qui forcémen va faire appel à de nombreux préjugés... DAns un domaine lié au complotisme, on va évidemment se garder de trop avancer: quoi qu'il en soit si le film agace, c'est plus par son style et son montage, et surtout cette impression si insistante d'assister à un spectacle qui fait tout pour qu'on ait l'impression de regarder un film de Martin Scorsese, fait avec savoir-faire, mais sans génie.
Tout y est, en effet: la voix off, le montage haché, les arrêts surimage chorégraphiés, les provocations, les soudaines embardées de violence, et la progression vers la rédeption à travers la collaboration avec la police, vécue comme une trahison. Ajoutons à ça une bande-son saturée de musiques actuelles (c'est ç dire atroce), on aura compris que pour une fois que david Yates a été libéré de l'emprise tentaculaire de J. K. Rowling, ça ne sera pas pour sa postérité.