Le film nous présente une organisation criminelle tentaculaire, celle de "Sapphire" Mike Wilson (Wade Botteler): un véritable syndicat du crime comme le début des rutilantes années 20 les imaginait... On s'apprête à fêter le retour de Roger Moran (Lloyd Hughes), qui a fait de la prison. En particulier, Betty Palmer (Enid Bennett) se réjouit de retrouver son petit ami. Mais ce dernier, qui a beaucoup pris le temps de réfléchir en prison, a pris en particulier la décision de sortir de l'organisation... Il quitte donc la bande, lors d'une soirée où tout le monde, dégoûté, le prend désormais pour un traître... Y compris Betty.
Le temps passe, et Roger a trouvé un lieu où se refaire, et un emploi: il aide un vieux couple, un banquier et sa femme, dans une petite communauté rurale à l'Est. Mais la bande, comme dans tout bon mélodrame, a des vues sur la banque, précisément, de cette petite ville, et Betty et une amie viennent passer quelques jours. Elles tombent nez à nez avec leur ancien condisciple...
C'est un film réalisé pour le stuio de Thomas Ince, qui était très industrieux à cette époque dorée. Le film populaire (aventures, mélodrame, western et comédie) y sont les principales denrées... Niblo y était un metteur en scène à tout faire, en particulier le mélodrame. Avant donc de se trouner vers l'aventure avec un grand A avec des films réalisés pour Fairbanks (The mark of Zorro, The three musketeers) qui montreront une autre facette de son talent (académique) il développe donc une intrigue forteent morale qui n'aurait que peu d'intérêt si d'une part, il n'y racontait une histoire qui est un cheminement paradoxal. Une fois un coup fait, un personnage rangé fait la trajectoire inverse et réussit à changer le cours des choses en provoquant un simulacre de casse...
Le film est soigné, quelques moments montrent, sinon du talent, au moins du savoir-faire, et Enid Bennett en femme qui a fait des mauvais choix et que l'amour fait évoluer vers le doute, est plutôt intéressante... Pour finir, le montage est truffé de petits moments de correspondances entre les scènes, qui font un peu penser à la façon dont Lang utilisait les images pour commenter l'action avec ironie. Quand les deux femmes qui sont à la campagne sous un prétexte prétendent s'éloigner "pour affaires", un plan nous montre l'inquiétant patron de l'organisation criminelle...
Au Mexique, sur un port, des marins ortent d'un bateau qui fait escle. Deux en particulier vont nous intéresser, ils sont interprétés par Charley Chase et Edgar Kennedy... L'un et l'autre ont l'intention de passer du bon temps en compagnie de jeunes mexicaines, mais ils deviennent très vite rivaux.
C'est un tout petit film, rendu un peu compliqué dans la mesure où la bande-son manqueà l'appel... Chase partage vraiment la vedette avec Edgar Kennedy, ce qui est intéressant en soi, mais ils ne sont pas partenaires eu même titre que Laurel et Hardy. Le film est assez poussif, peu inventif, et déroule des gags souvent assez convenus...
L'un d'entre eux est lié à des non-dits, lorsqu'un autochtone vu d'abord de dos avec un sombrero, s'avère être Max Davidson. La réaction de surprise hilare des deux compères est de l'humour ethnique, ou je ne m'y connais pas...
"To step out", en langage familier, c'est faire la fête, se dévergonder, voire "aller voir ailleurs" d'un couple... C'est presque ce que Thelma Todd, mariée à Charley chase, qui n'a quasiment pas mis le nez dehors depuis leur mariage! Il va donc faire la nouba, et après un début de soirée chaotique, il croise le regard de braise de la belle Anita Garvin (qui joue une fille de la classe ouvrière, qui elle par contre sort tous les soirs)... Les voilà partis au restaurant pour une soirée qui tournera vite au désastre.
Le film est notable par un détail inattendu: on n'en a conservé qu'une copie parlante privée de bande-son (ce devait donc être une copie accompagnée de disques à la façon de Vitaphone)... Pourtant, si on regrette l'état forcément incomplet, et en partiulier de perdre un peu de la transformation hallucinante de la belle Anita Garvin, qui a tant joué les parvenues, en une cruche vulgaire, le film fonctionne plutôt bien. Il a été restayré et doté de dialogues sous fore de sous-titres, qui restituent bien la progression: ils sont tirés du découpage qui a été conservé, et ils ont pu être amendés en fonction du mouvement des lèvres des protagonistes...
Le film est typique de l'époque dans la mesure où il se situe en boîte de nuit, mais aussi parce qu'il fait évoluer le personnage vers une saoulôgraphie qui nous rappelle paradoxalement qu'on est en pleine prohibition... Bien de son époque, aussi, le commentaire sur le mariage, avec Charley qui vérifie la température de son épouse quand celle-ci lui suggère de sortir seul...
Thelma (Todd) sort des coulisses d'un théâtre, et Eddie (Dunn) son partenaire, la suit. Il veut lui emprunter de l'argent, mais elle refuse... Alors qu'elle s'assied au volant de sa voiture, il s'introduit dans le véhicule et commence à essayer de lui prendre son sac à main de force. Assistant à la scène, Charley (Chase) intervient et tente de s'interposer, non sans mal... Quelques instants plus tard, l'agent de police Edgar Kennedy, voyant une scène peu banale dans une toute petite voiture (trois corps enchevêtrés, certains se mordant, essayant tous de s'accaparer le sac à main), intervient...
Dunn s'enfuit, mais pour le policier, désormais, Chase est coupable de tentative de vol. Il se réfugie dans le théâtre, où Thelma le laisse entrer. Elle l'engage en remplacement de son partenaire pour un ballet qui sera franchement tout, sauf une réussite...
C'est un film qui commence par une situation excellement posée, sur les chapeaux de roue, et qui culmine dans les cinq premières minutes avec ce fatras de pieds, de mains, de corps accumulés dans une voiture. Un gag d'ailleurs totalement visuel, si vous voyez où je veux en venir. Pourtant, on est en plein cinéma parlant, et les choses ont beaucoup changé pour Charley chase. Son personnage, au temps du muet, évoluait dans le domaine de l'entreprise privée "sérieuse", il jouait souvent des hommes à la vie active et saine, habillé d'une façon qui trahissait un niveau social enviable... Désormais, soit il travaille dans le show bizz, deux des trois films précédents le présentaient en chanteur et chef d'orchestre, soit il évolue dans un milieu qui le fera fréquenter ce milieu... Ici, c'est Thelma Todd qui est artiste, mais le deuxième bobine se concentre sur la répétition désastreuse d'un numéro de haute voltige qui fait vite long feu, qui est basée sur deux aspects: Chase n'a pas son pareil pour danser de manière ridicule et être convaincant en novice (alors qu'il était un excellent danseur), et en prime, il est totalement ridiculisé par le costume qu'on lui fait porter...
Mais le pire c'est qu'il s'en amuse... voilà, un film qui montre bien qu'on essaie au moins e trouver au personnage une certaine logique, un comportement qui puisse s'expliquer, ce qui n'était pas toujours le cas dans les trois courts métrages précédents. On progresse, donc...
Charley Chase a rencontré lors d'un voyage en train une ravissante jeune femme (Thelma Todd) qui l'invite chez elle (elle vit avec son papa) pour une journée. Mais le jeune homme a déjà rencontré le père (Anders randolph) et ça ne s'est pas bien passé, en raison des éternuements intempestifs de Charley... L'après-midi ne sera pas une réussite.
Le film non plus, qui tente parfois maladroitement d'intégrer le son dans une comédie loufoque assez classique. On ne peut s'empêcher de penser que le père aurait été beaucoup plus percutant s'il avait été interprété par Edar Kennedy (qui était certainement occupé dans un tournage pour Laurel et hardy à ce moment là!)... Le final dans les montagnes russes est du'ne idiotie militante, et c'est un compliment: on retrouve le côté absurde des situations qui permettaient à Charley chase d'exprimer son art, un mélange délicat de comique d'observation et de honte publique!
...Le principal atout du film reste bien sûr que Charley Chasea enfin trouvé une partenaire qui peut rivaliser avec lui, puisque la jeune femme n'est autre que Thelma Todd. Après Martha Sleeper entre 1924 et 1926, ce sera sa leading lady la plus significative, une vraie égale en comédie.
Charley Chase doit récupérer au port la mère de sa fiancée, qu'il n'a pasencore rencontrée, et il sait qu'elle vient de subir une opération. Il s'attend à une vieille dame malade et se retrouve devant une femme du monde, qui flirte outrageusement avec lui: l'opération était une intervention de chirurgie esthétique...
C'est le deuxième film parlant de Charley Chase après The big squawk, et le moins qu'on puisse dire est qu'il est pire. Non seulement techniquement parlant (le son, cet élément si fragile à manipuler pour les équipes, et qui rend la comédie si vulgaire par endroits), mais aussi par un scénario qui n'a ni queue ni tête. Charley Chase repose aussi beaucoup sur la répétition de gags, un élément qui fonctionnait beaucoup mieux chez Laurel et Hardy en raison de la personnalité des deux comédiens, mais qui iciressemble à une redondance pure et simple...
Charley (Chase) est amoureux de Nina, mais celle-ci le rend éperdument jaloux en dansant avec d'autres hommes. Un copain lui suggère de la rendre jalouse à son tour, en prétendant qu'il a un rendez-vous dans un chalet à l'écart de la ville avec une jeune femme. Bien sûr, il s'y rendra seul, et la fiancée, en venant constatera qu'il s'agit d'un canular. Mais c'était compter sans le sort: quand Charley se rend au chalet, il ne sait pas qu'il le partage avec une troupe de jeunes femmes qui s'y sont réfugiées pendant un orage (sous le patronage loufoque de Gale Henry)...
Le chalet a déjà servi, dans un court métrage mémorable, The caretaker's daughter de Leo McCarey, avec Charley Chase justement. Celui-ci étant très probablement le véritable auteur de ce film, on le voit ici jouer avec des variations de la physionomie très particulire du décor, une maison dans laquelle un escalier monte à des chambres, toutes visibles depuis le rez de chaussée, une disposition idéale pour un ballet loufoque... Et ici, pour des déambulations en nuisette de starlettes, car en 1929 et en ces débuts du cinéma parlant, c'est une manie qui commence à s'installer durablement!
Le film est typique en tous points de cette période. Pour commencer, comme la plupart des premiers films parlants des "équipes" des studios Hal Roach, son titre est inspitrée d'un son ou d'une allusion au bruit. Ensuite... le parlant, en 1929, n'est pas au point, et la bande-son montre que Elmer Raguse, qui présidait aux destinées de la dimension sonore des films Hal Roach, tatonnait encore. Du reste, Chase se fond mal dans le cinéma parlant, en effet... Pour l'instant du moins: le film n'est pas une réussite en dépit de quelques moments de loufoquerie militante.
Calcutta, dans une maison Britannique bien sous tous rapports, un homme (le propriétaire) a été tué, et l'inspecteur Marney (Lewis Stone) de Scotland Yard est chargé de l'enquête... La police locale est formelle, la victime était infecte. Son meilleur ami, John Wales (Henry Daniell) suggère une séance de spiritisme en compagnie de tous les suspects pour résoudre l'affaire... La médium sera donc Rosalie La Grange (May Whitty), une dame d'un certain âge qui tranche considérablement avec la bonne société qui constitue la famille, les amis... bref les suspects. Et bien entendu, quand la séance de spiritisme se déroulera, dans le noir, l'une des personnes présentes sera tuée...
C'est un remake, du premier film parlant de Tod Browning, qui est aussi l'un de ses pires! C'était aussi, d'abord et avant tout, une pièce de théâtre à succès, du genre qu'Hollywood en ces années riches en films parlants vite faits mal faits, cherchait à débiter en films à la chaîne... Difficile de faire pire que le film de Browning, qui était truffé de défauts techniques, de maladresses et de laisser-aller... Et celui de Seitz est de meilleure tenue en effet. 8 ans plus tard, la MGM a eu le temps de se remettre à savoir faire des films et à s'accommoder de la présence des micros...
Le premier acte est surtout l'occasion pour le film d'installer un certain suspense quant à la séance de spiritisme, qui passe par une certaine tendance aux clichés, notamment ces braves gens de la bonne société, réunis autour de verres d'alcool, dans un salon, et c'est à qui sera le plus malin; l'arrivée de Dame May Whitty dans ce milieu est un élément intéressant. Sans surprise, la grande comédienne vole la vedette à tout le monde en se livrant à une démonstration immédiate de ses pouvoirs... Et de son sens de l'humour.
Comme dans le film de Browning, la conversation porte vite sur les "trucs" de la médium, et de ses vrais talents, car elle n'est avare ni des uns, ni des autres. Mais elle s'avère aussi pleine de mystères, notamment, quand lors d'un apparté avec une des dames présentes, elle révèle qu'elle semble cacher beaucoup de choses...
Dire que le film est une immense réussite, ce serait beaucoup dire. Mais il est distrayant, ne se prend pas trop au sérieux, et dispense les coups de théâtre un peu à la façon d'Agatha Christie, sous la domination d'une vieille dame pas si indigne que ça...
1952: la famille Fabelman se rend au cinéma, et c'est un grand jour pour Sam, le fils, car ce sera le premier film qu'il ira voir: The greatest show on earth, de Cecil B. DeMille... Il appréhendait cette découverte d'une attraction dont les descriptions (il y a des gens qui sont immenses sur l'écran) mais finalement en sort transfiguré: d'une part il a été fasciné par le spectacle phénoménal offert par l'écran géant, mais aussi il a été ébloui, et peut-être un peu traumatisé, par une scène d'accident mise en scène avec précision, qui met le spectateur au coeur d'un drame... Rentré chez lui, il est décidé à recréer par tous les moyens possibles ce qu'il a vu, avec un train électrique. Ce qui va évidemment causer un certain nombre de malentendus avec son père!
Le second déclic, ce sera lorsque Mitzi (Michelle Williams), sa maman, lui permettra d'immortaliser à son tour un accident de train (électrique, bien sûr) avec une caméra qui appartient à son père Burt (Paul Dano). Désormais, Sam est mordu par le cinéma, et ne s'arrêtera plus de tourner... Jusqu'à l'adolescence, et son cortège de problèmes: parents qui se séparent, antisémitisme ordinaire dans les lycées publics, et bien sûr puberté vont semer des embûches, et Sam (Gabriel LaBelle) oubliera un temps l'art pour lequel il était naturellement doué...
C'est un film intime, le premier de Spielberg qui le soit officiellement, même si nous avons eu de nombreux indices de sa personnalité, mais aussi de l'histoire de sa famille et des complications internes d'un amour à géométrie variable tel que ses parents l'ont vécu. Mais ici, c'est le cinéma qui va non seulement être une révélation, mais permettre aussi paradoxalement à Sam, qui a du génie pour récréer de toutes pièces des fragments de vérité avec des trucs de mise en scène qu'il acquiert sur le tas et sans efforts, de voir la vie telle qu'elle est, notamment l'attirance évidente de sa maman pour le meilleur ami du couple (Seth Rogen).
Un personnage attachant, d'ailleurs, que ce meilleur ami, également employé par Burt Fabelman, et qui lui aussi apporte subliminalement sa pierre à lédifice de l'éducatio cinématographique de Sam Fabelman: quand il fait une petite farce à table, en mettant sous l'assiette de la petite soeur une araignée en réglisse, il la mange ensuite en citant une réplique de Spencer Tracy dans Adam's Rib de George Cukor. Ca ne l'empêchera pas de devenir, pour la famille, l'autre homme, celui par lequel la trahison a eu lieu. N'empêche... le cinéma est donc partout!
Pour Sam, le cinéma c'est d'abord un art qu'il comprend instinctivement, qui va longtemps être un lien fort entre lui et sa mère, avant que sa trahison (ou du moins ce que Sam comprend comme une trahison) n'apparaisse sur l'écran; le septième art pour Sam est aussi le ciment de sa vie de famille, et ça deviendra une sorte de seule préoccupation qui lui ouvrira même les portes d'une certaine reconnaissance... au lycée. Ce sera aussi un sésame pour parler avec un vieil oncle qu'il a peu connu, mais dont le passage l'enrichira humainement et émotionnellement...
Dans l'essence, c'est une autobiographie qui nous est ici montrée, doublée d'un cri d'amour pour le cinéma, qui a la sagesse de ne jamais passer par ce qu'on attendrait; le film, pour commencer, est fermement consacré à l'enfance et l'adolescence d'un jeune homme qui, bien sûr, fera du cinéma son métier, mais on le quittera au pied du mur, et en bonne compagnie; Spielberg a toujours revendiqué l'influence de plusieurs cinéastes, Hitchcock, Curtiz, Capra, Ford, Kubrick et David Lean! Sam Fabelman rencontrera l'un d'entre eux dans une scène sublimement drôle et touchante...
En choisissant de se montrer à travers ce portrait d'un garçon obsédé par le cinéma (nombreuses scènes réjouissantes de tournage et de montage, mais aussi de projections familiales), et son pouvoir (l'une des plus belles images montre le jeune garçon regarder le premier de ses films en le projetant sur ses mains jointes), Spielberg en profite pour réaffirmer son credo d'un art qui recrée la vie, la prolonge voire l'anticipe, un art qui est un prolongement du regard de l'homme, et qui est indissociable de la volonté d'une personne qui prenne en amont les décisions de ce qu'il faut montrer. C'est le sens d'une discussion quasi philosophique entre Sam et un garçon qui a fait usage de la violence sur sa personne: ce dernier ne comprend pas que le jeune homme, dans le film documentaire qu'il a tourné lors d'une sortie de l'école à la plage, l'ait montré en super-héros sportif, accumulant les exploits... Mais si Sam lui dit en gros que "ce n'est pas moi, c'est la caméra", il n'empêche que ce geste de main tendue par le biais du cinéma a sérieusement déstabilisé l'athlète, qui du même coup va s'abstenir de lui taper dessus!
Si le film possède la patte de Spielberg, jusque dans ses moindres recoins, avec toujours ce thème omniprésent du regard (voir et faire voir, c'est le lot conscient ou inconscient de tous les héros du cinéaste), avec ses différents objectifs utilisés avec un savoir-faire impressionnants, et même quelques séquences spectaculaires (y compris pour rire, car s'il y a une tornade, il y a aussi de réjouissants tournages de westerns amateurs ou de films de guerre effectués par des ados), il ne s'y livre à aucune démonstration de virtuosité, préférant privilégier la tendresse poignante de l'évocation familiale, enfin devenue le sujet plein et entier d'un de ses films après avoir été si souvent un thème de contrebande... En faisant ce choix, il évite la déclaration d'amour déplacée et mal foutue de Babylon (oui, je vais le ressortir à chaque fois que c'est possible, celui-ci): on aurait imaginé un tâcheron (Ron Howard, par exemple) qui, racontant la même histoire, se serait vautré dans un montage tire-larmes des plus belles séquences de l'oeuvre avant d'appliquer le mot fin... En lieu et place, Spielberg choisit de terminer sur un gag visuel et subtil, que je ne vais pas raconter ici. Et dans un clin d'oeil riche en interprétations possibles (et basé sur une rencontre historiques), Sam fabelman se fait expliquer le sens de la vie, pardon le secret du cinéma par rien moins que John Ford (David Lynch)...
C'est l'un des plus beaux films du metteur en scène, haut la main. Un film qui vient au quasi terme (même s'il n'en a certainement pas fini) d'une carrière bien remplie, et qui sous couvert d'expliciter le rapport obsessionnel et affectif d'un jeune homme à un art visuel bien spécifique, donne à voir le rapport gourmand d'un garçon avec le monde qu'il pourrait conquérir. Le cinéma devient donc une métaphore de tout ce qui fait tenir l'humain debout...
Clay Douglas (Ray Millland), un américain, se rend en Grande-Bretagne pour enquêter sur la mort de son frère. Celui-ci a fait partie d'un commando en 1944 en compagnie de soldats Britanniques est est mort durant les événements du débarquement... Son but en se rendant au Royaume-Uni est d'éclaircir la situation car il semble bien que son petit frère ait été tué par un de ses frères d'armes... Durant l'enquête il va faire la connaissance d'Elspeth Graham (Patricia Roc), une Ecossaise qui va s'avérer très Américanophile...
Intéressant de demander à Ray Milland, l'un des plus britanniques des acteurs des années 30 à 60, d'interpréter un Américain, mais c'est une excellente idée en fait; il incarne à merveille le rôle du dur-à-cuire Américain qui vient se confronter à la vie si particulière de la Grande-Bretagne... Et l'enquête, qui aurait pu être menée efficacement, se perd très vite dans les digressions. Celles-ci sont de toute évidence le vrai sujet d'un film dans lequel un homme est confronté à un rythme de vie et des habitudes qui ne sont absolument pas les siens. Il y a un petit côté burlesque mais aussiun aspect baroque à cette investigation d'un Américain en Grande-Bretagne (du Pays de Galles en Ecosse, en passant par Londres, on couvre beaucoup de terrain...).
Et on retrouve le vrai sujet de la plupart des films de Tourneur, la juxtaposition des univers, entraînant un dépaysement qui s'approche du danger, pour un protagoniste ballotté par les évéments. De fait, ce n'est sans doute pas le plus folichon des films du metteur en scène, mais il est souvent fascinant dans les à-côtés plus que dans ce qu'il raconte. Tourneur, français éduqué aux Etats-Unis à moins que ce ne soit le contraire, ne pouvait que se retrouver dans un tel personnage, et le ton gentiment badin du film est toujours plaisant... On apprécie aussi de retrouver des acteurs qu'on a vus chez Hitchcock (Naunton Wayne), ou Michael Powell (Marius Goring)...