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28 octobre 2023 6 28 /10 /octobre /2023 16:24

Dans une riche famille bourgeoise, les dames (la mère et la fille, cette dernière incarnée par Jaqueline Wells) souhaitent prendre de la hauteur, et inviter le noble dont tout le monde parle, le Duc Chase... Mais le père (Dell Henderson), qui flaire l'intrusion probable d'un parasite à l'affut de chair fraîche avec compte en banque bien garni, ne l'entend pas de cette oreille, et il a un plan: dès que le Duc pose le pied sur le sol Américain, lui flanquer une raclée... Mais le Duc a du répondant, et les hommes de mains engagés par le père s'avèreront comme on dit petits-bras (clairement, il leur faut une mise à pied). Le père passera donc au plan B, qui consiste à engager un faux Duc pour l'amener chez lui...

Suite à divers quiproquos, tout à peu près logique, c'est le Duc lui-même qui sera engagé pour se substituer à lui-même...

C'est un remake d'un film de 1927, A one mama man déjà réalisé par James Parrott; Gale Henry y jouait déjà une personne loufoque, atteinte d'un trouble psychique: à chaque fois qu'elle entend une cloche, elle se met en pause... Ici, le gag et l'actrice sont repris. Car pour une fois, Charley Chase, en duc (hum... alors qu'il n'y a pas plus Américain que lui, mais passons) est plutôt un homme équilibré, raisonnable, doté d'humour mais pas en excès. Un gendre parfait en quelque sorte... Mais ça ne l'empêchera pas de trouver le fait de devoir être le Duc qui fait semblant d'être le duc assez cocasse. Il a raison...

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Hal Roach Pre-code Gale Henry
27 octobre 2023 5 27 /10 /octobre /2023 23:24

Un film sur les pionniers et l'esprit qui les animait... Un grand propriétaire en Californie, Roy Whitman (John McIntire) décide de financer une expédition pour aller à Chicago et ramener des femmes pour ses hommes. Il souhaite faire prospérer sa vallée à tous les niveaux, et demande à Buck Wyatt (Robert Taylor) de l'aider dans l'acheminement de ce convoi un peu particulier. Ils ramènent 150 candidates, avec une exigence: qu'elles soient des "femmes bien". Ce que Whitman entend par là, c'est bien sûr dans leur valeur humaine. Wyatt, lui, estime que ça implique uniquement des femmes dont la vie a été jusqu'à présent sans équivoque, d'où un ressentiment de sa part à l'égard de deux anciennes prostituées, dont une (Denise Darcel), Française (Ou plutôt selon le film, de New Orleans), qui l'attire beaucoup. Le chemin est semé d'embûches, de mort, de renoncements, d'intransigeance aussi (Buck exécute froidement un violeur), mais nombreux sont les humains qui vont changer en chemin, à commencer par Buck.

Admirable! Le sujet, à la base du à une idée de Frank Capra dont il ne fera jamais un film, convient parfaitement à la dureté de Wellman et à sa façon directe d'affronter la violence ou le malheur d'une situation. Ici, rien ne nous est épargné, des conflits, de la bêtise humaine parfois, des mesquineries mais aussi de la profonde humanité de tous les protagonistes quels qu'ils soient, et d'où qu'ils viennent. En nous donnant à voir une histoire par ailleurs authentique, il rappelle à quel point l'esprit pionnier qui animait ces hommes et ces femmes impliquait certes de tout reconstruire quelque part, mais aussi et d'abord de tout quitter, de tout risquer. Et c'était sans doute un gros risque pour Wellman et Dore Schary, producteur de génie à la MGM en ce début des années 50, que de se lancer dans un western ausisi atypique... dont le tournage en pleine nature, en plein désert n'a certainement pas été de tout repos. Un chef d'oeuvre de plus à mettre à l'actif impressionnant de William Wellman. On aura ici toute la panoplie des grands westerns, et non seulement les situations extrêmes, mais aussi les décors grandioses, les cadres les plus étonnants...

Une scène, typique du metteur en scène et de son art de nous pousser à voir ailleurs quand une scène risque de nous brûler les yeux, symbolise parfaitement l'importance de la femme dans cette époque de conquête: l'une des candidates accouche, dans un chariot, mais celui-ci perd une roue, et les chevaux s'emballent. Buck arrête leur course, pendant que sans se concerter, toutes les femmes s'unissent et soulèvent le chariot, afin que l'accouchement puisse se terminer dans de bonnes conditions. Quand le bébé naît, c'est un peu le leur à toutes... Une scène d'entraide, qui résume un peu cette collaboration unique entre deux univers si riches l'un et l'autre, celui de Capra et celui de Wellman. Sinon, le metteur en scène traite d'une scène impossible à faire, celle du viol, avec sa méthode unique entre toutes: réussir à montrer sans rien montrer, mais sans occulter non plus, en utilisant le décor pour cacher les protagonistes. Mais le dialogue, lui, est possible à entendre, et on entend l'excuse dégueulasse et sans pitié du violeur face à sa victime: allons, laisse-toi faire, tu sais bien que tu le veux toi aussi... Une scène à la franchise inattendue, en ces temps prudes.

A propos de pudeur et de morale, le film évite soigneusement, du début à la fin, tout humour qui se positionnerait contre les femmes. Pas de clichés, pas de facilités, les femmes ici assemblées, quels que soient les préjugés de Wyatt à leur égard, ont pesé les risques et assument les dangers de cette expédition, l'admiration et le respect qu'elles forcent vis-à-vis des hommes qui les accompagnent sont partagées non seulement par les spectateurs et le metteur en scène de ce film... Qui se fend d'un final tout en douceur qui est absolument parfait: toutes les survivantes des attaques, des accidents et des vicissitudes du voyage sont arrivées, et elles imposent leur loi: certes, les hommes les ont attendues et n'en peuvent plus d'attendre... Mais la rencontre se fera sur leurs conditions, à leur façon... Une troupe d'hommes craintifs, endimanchés, timides, se retrouvent tout à coup face à d'impressionnantes pionnières qui d'un seul coup d'épaule leur imposent le respect. L'une d'entre elles (Hope Emerson) rompt le silence en montrant une photo d'un des hommes, qu'elle a gardé sur elle durant tout le voyage: "n'allez surtout pas croire que c'est vous qui allez choisir...". Ravis, conquis, les hommes se laissent faire, le reste de la scène n'est qu'une pure poésie westernienne, tendre, délicate et admirable. Comme le film, quoi...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Western Frank Capra
27 octobre 2023 5 27 /10 /octobre /2023 16:53

Le capitaine Singapore Joe (Lon Chaney) a perdu son épouse lors d'un voyage en mer, quand elle est morte en donnant naissance à leur fille Rose-Marie. A Mandalay, le capitaine a laissé la petite aux bons soins du père James (Henry B. Walthall), son frère... Les années ont passé; Joe est devenu l'un des trois associés dans une entreprise plus que louche, en l'occurrence un bordel à Singapour. Souvent, il rend visite à sa fille (Lois Moran), à laquelle il fait peur: Joe n'a jamais accepté les demandes répétées de son frère qui souhaitait raconter la vérité à Rose-Marie... Joe a deux partenaires dans son affaire: un alcoolique, surnommé "L'amiral" (Owen Moore), et un Chinois, English Charlie Wing (So-Jin Kamiyama). La relation est compliquée entre Charlie et Joe, mais la crise viendra de L'amiral: quand celui-ci rencontre Rose-Marie, il tombe amoureux et ne désire rien d'autre que de s'amender...

C'est à la fois le vilain petit canard, le pire de tous les films survivants de Browning et Chaney, et un fantôme de film plus qu'autre chose: il n'en subsiste qu'une copie tirée d'un fragment incomplet (une édition 9.5mm, probablement Pathé-Baby, tirée et éditée en France). Les rares versions disponibles (Patrick Brion l'a montré à plusieurs reprises dans le Cinéma de Minuit) sont d'une définition épouvantable, ce qui n'aide pas le film... L'absence de nombreuses scènes n'aide pas non plus... Mais il est rapide de constater que le film est essentiellement une affaire de remplissage, une de ces oeuvres de second ordre que Chaney et Browning tournaient parfois entre deux films plus importants. Ici, ce serait entre The Blackbird (avec Chaney) et The Show (avec John Gilbert).

On y retrouve de nombreux motifs, d'abord des clichés du cinéma d'aventures, une certaine ambiance de conflit ethnique, avec comme souvent hélas un asiatique qui a le mauvais rôle; deux frères, Walthall et Chaney; l'un tourné vers le bien, la religion, le spirituel, et l'autre vers le crime... Un alcoolique, proxénète, bandit (Owen Moore), qui va se comporter de façon odieuse avec Rose-Marie avant de gagner sa confiance et finalement de trouver la rédemption... Et le metteur en scène ne se lassait pas d'explorer les bas-fonds sous tous les angles, mais... ici, que de clichés! 

Beaucoup des aspects de ce films seraient de toute façon recyclés dès 1928 avec West of Zanzibar, plus intéressant que ce film, qui allait en particulier mener à de nouvelles extrémités la relation père-fille dans de nouvelles variations. Le personnage de l'acloolique indécrottable serait également explorée de nouveau. Et Where east is east (pas beaucoup plus intéressant) en 1929 serait une autre occasion de confronter Chaney, vieillissant, à une progéniture.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Tod Browning Lon Chaney 1926
27 octobre 2023 5 27 /10 /octobre /2023 11:14

Virginia (Virginia Whiting) tells her father (Howard Truesdale) qu'elle envisage de se marier avec Charley Chase, mais son père tente de l'en dissuader: la dépression est là, et il veut qu'elle puisse épouser un jeune homme plein aux as... De son côté, le jeune homme est sur le point d'opérer un changement radical dans sa vie: alors qu'il a tendance à papillonner et passe plus de temps à chanter en s'accompagnant à la guitare, qu'à chercher un emploi, il reçoit un livre (tendance Nietzsche: "La force et la volonté") qui va lui enseigner à prendre agressivement le dessus sur le reste de l'humanité...

C'est joyeusement n'importe quoi, avec des développements idiots toutes les deux minutes. Les auteurs étaient probablement sous perfusion de caféïne, je ne sais pas ce que James Parrott consommait (n'oublions pas qu'il en est d'ailleurs mort, le pauvre), et Charley devait lui aussi en mettre dans son yaourt! le résultat est un film glorieusement anarchique, dans lequel on réussit à mettre la crise en boîte...

Chase ne chantera pas trop, il se contente d'un ou deux vers d'une chanson accompagnée à la guitare. Par contre il passe du temps avec un petit chien qui n'est pas n'importe qui: c'est Laughing gravy, le chien rendu célèbre par le court métrage de Laurel et Hardy du même nom. 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Pre-code Hal Roach
26 octobre 2023 4 26 /10 /octobre /2023 22:20

The unknown occupe une place à part dans le corpus de dix films réalisés par Tod Browning avec l'acteur Lon Chaney... Souvent cité comme étant le meilleur par beaucoup d'amateurs, il est sans aucun doute le plus troublant de leurs films, celui dans lequel l'acteur et le réalisateur font converger leurs univers à travers une thématique commune qui aura rarement été aussi riche en sens et en interprétations...

Lon Chaney, acteur à transformations, appréciait le défi représenté par la recréation du handicap, et avait à plusieurs reprises utilisé ses capacités de jeu pour la caractérisation de personnages comme Blizzard (The penalty, Wallace Worsley, 1920), amputé des deux jambes (Et tourné d'une hallucinante façon frontale), ou comme Dan, le faux infirme de The blackbird (Tod Browning, 1925), qui soumettait son corps à une impressionnante et dangereuse gymnastique pour faire croire qu'il était difforme...

De son côté, Browning était fasciné par le bizarre, certes, c'est souvent dit. Mais il était surtout issu du milieu du cirque, et avait transposé dans son univers cinématographique cette expérience, non seulement par des films situés dans ce monde-là (The unholy three, The mystic ou The show, pour s'en tenir à des films tournés avant The unknown), mais aussi en mettant souvent l'accent sur la mystification. Et son style en venait aussi: chez lui, on trouve peu de mouvements de caméra, peu de montage savant. Il lui importait d'installer une atmosphère par un décor approprié, et de demander aux acteurs de mettre en place la situation d'une manière aussi claire que possible. Les séquences reposaient ensuite beaucoup sur l'exposition de la scène à l'écran, avec une tendance justement à s'attarder, qui est surprenante aujourd'hui, par ce qu'elle enlève de rythme, mais qui est totalement inhérente à tout son cinéma (Ce qui donne parfois des résultats embarrassants, je pense à son adaptation ratée de Dracula en particulier). Mais surtout, Browning cherchait constamment à reproduire de lui-même vis-à-vis du public le bon vieux lien de mystification, en pointant le spectateur dans la mauvaise direction... 

Donc, un illusionniste qui aimait à créer de toutes pièces des univers décalés et situés aux frontières du convenable, et un acteur fasciné par la différence et qui cherchait par tous les moyens à la représenter au mieux, en faisant tout pour être convaincant, et même au-delà, à créer entre lui et son spectateur un lien émotionnel fort: ces deux-là étaient faits l'un pour l'autre...

Le défi de The Unknown était important pour l'acteur, dont la publicité de l'époque cachait qu'il avait été doublé. Rien de déshonorant pour lui pourtant: Chaney, fait-il le répéter, était un acteur, et son personnage d'homme qui fait croire qu'il n'a pas de bras, avant de prendre la décision de se faire amputer, est un exemple particulièrement significatif de son talent... L'intrigue est la suivante:

Alonzo (Chaney), homme sans bras, est une attraction du cirque de Zanzi (Nick De Ruiz). Tous les soirs, il effectue avec ses pieds un numéro de lanceur de couteaux... Son assistante est la jolie Nanon (Joan Crawford), dont il est amoureux... Celle-ci est obsédée par l'insistance des hommes à vouloir la toucher, en particulier ce grand nigaud de Malabar (Norman Kerry), le costaud de la foire, qui revient à la charge en lui déclarant sa flamme tous les soirs: irritant, même si l'intention du bonhomme reste noble.

Le problème d'Alonzo, c'est qu'il a un secret: il a des bras, qu'il dissimule évidemment, et ceux-ci sont célèbres dans la police: car avec les deux pouces de sa main gauche, le bandit laisse des empreintes particulièrement reconnaissables. Si sa couverture (Il a un corset et utilise ses pieds avec la même dextérité qu'un authentique amputé) peut tenir un temps, comment pourrait-il devenir l'amant de Nanon? ...Surtout quand celle-ci surprend une silhouette mystérieuse qui étrangle son père, et possède deux pouces à la main gauche. Malgré les conseils de Cojo (John George), son ami et complice qui lui propose de prendre du champ, Alonzo s'entête et prend la décision la plus folle possible: se faire amputer, afin de définitivement détourner les soupçons, et de pouvoir conquérir Nanon. 

Avant son départ, Alonzo a une idée qui débouchera sur un désastre: il conseille à Malabar d'insister, espérant provoquer chez Nanon un dégoût plus intense encore... C'est bien sûr le contraire qui arrivera, car dans l'univers de Lon Chaney, l'amour est hors de portée. C'est l'un des ingrédients qui permettent à l'acteur de provoquer une forte sympathie de son public, assez paradoxalement: car Alonzo est une fieffée canaille, qui résout cette histoire dans une tentative sadique que je vous laisse découvrir par vous-même... Un acte qui, bien sûr, lui coûtera la vie. D'autres éléments visant à diaboliser le personnage ont disparu des copies actuelles (le film n'a logtemps survécu que dans une copie réduite à cinq bobines, dénichée dans les collections de la cinémathèque Française): le meurtre soit montré, soit fortement suggéré du médecin qui l'ampute, et la disparition plus que louche de Cojo, seul témoin survivant des actes criminels d'Alonzo... Mais ces actes avaient probablement été coupés avant la sortie de la version définitive.

Browning est à son aise dans ce film, situé dans son monde si particulier, fait de roulottes et de coulisses du cirque; les personnages y sont à la fois des illusionnistes, car une bonne partie du travail artistique du cirque repose sur le faire croire, et de véritables créatures d'un monde parallèle; comme dans la plupart de ses films de cirque, Browning nous montre des gens qui gardent leur identité en permanence: d'ailleurs, Malabar est toujours Malabar, avec le costume idoine. J'admets au passage que Norman Kerry n'est probablement pas la meilleure raison de voir le film... Chaney en revanche y trouve son personnage idéal, un infirme qui est à la fois un criminel, un escroc, un manipulateur et un amoureux éconduit. Sa prouesse est impressionnante, qu'il soit doublé (dans des plans travaillés au millimètre, puisque on le voit vivre avec les pieds d'un autre, sa doublure...), ou que l'illusion repose sur son jeu irréprochable. Et il joue, littéralement, sans les mains, donc avec son exceptionnel visage.

Pour finir, comment ne pas penser à l'interprétation la plus fréquemment associée à ce film, qui voit en The Unknown une métaphore à forte connotation sexuelle, faisant de Nanon une femme qui a été violée, et d'Alonzo, un homme qui pour la posséder va décider de se faire castrer. Il est vrai que si Malabar convoite Nanon sexuellement (Ce gros tas de muscles a un regard de collégien salace dès qu'il la voit), on peut s'interroger sur le lien qu'Alonzo cherche à établir. D'autant que Chaney joue ici un homme d'âge mur... Un tel scénario, impliquant une métaphore de la castration comme seule chance de se faire aimer est excessif, mais pas au regard de l'étrangeté de l'univers de l'acteur, et encore moins du réalisateur. Beaucoup, au sujet de ce film, veulent d'ailleurs voir un rapport avec la rumeur insistante selon laquelle Browning, dans l'accident de voiture dont il a été victime en 1915 (Qui coûta la vie à l'acteur Elmer Booth) aurait subi beaucoup plus qu'un traumatisme, et que son obsession de l'amputation, voire de l'impuissance, en viendraient en droite ligne. Spéculations, théories, qui ne font qu'ajouter au sordide... ou au fascinant. Ou aux deux...

Tout ça pour dire que The unknown, en dépit de son air de ne pas y toucher, est un sacré morceau de l'univers de Browning. Enfin restitué dans une version qui rend justice à a progression, et au sens de l'atmosphère de son réalisateur: une copie plus complète du film ayant été retrouvée à Prague, on a enfin la possibilité de l'apprécier dans une version de six bobines plus proche (à 30m près!) de sa durée initiale...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Tod Browning Lon Chaney **
26 octobre 2023 4 26 /10 /octobre /2023 21:35

En Hongrie, dans un petit cirque, une troupe de gitans se livre à un numéro bien huilé: une jeune femme, Zara (Aileen Pringle), réussit à faire croire à la foule, en plein jour, qu'elle convoque des esprits... Un Américain (Conway Tearle) présent dans le public s'intéresse à eux et décide de les ramenr avec lui pour une escroquerie de haut niveau: prétendre que Zara est médium et qu'elle peut permettre à de riches clients de communiquer avec leurs défunts... Et tant qu'à faire, s'ils amènent leurs bijoux, il y a moyen de s'en charger aussi!

Ceci est l'un des films les plus méconnus de Browning, qui pourtant est lié à son courant le plus connu, ses films situés autour du cirque, ou du carnaval. Cette escroquerie élaborée mais totalement incroyable au sens strict du terme, nous en rappellera d'autres: les criminel(le)s repentis ou non de The wicked darling et The exquisite thief (1919), Outside the law (1920), The White tiger (1923), Drifting (1923), ou The unholy three (1925) pour s'entenir aux films tournés avant celui-ci...

Derrière cet intérêt pour les malfaiteurs organisés et imaginatifs, se cachent plusieurs aspects de son oeuvre, on hésite à écrire "de sa vie" car on n'est pas sûr que les légendes qu'il a lui-même colportées avec application soient vraies, et qui n'en sont jamais parties: le fait de baser une vie entière sur le mensonge, par exemple, comme Alonzo (The unknown); le goût pour le mise en scène, qu'elle soit sur un tréteau ou dans la vie d'un bandit (The unholy three); et puis une véritable fascination pour les trucs qui servent à duper le public (comme le dit un de ses personnages en mourant, dans The blackbird: I'm fooling them): on verra ainside quelle manière on fait croire tout et son contraire au piblic dans The show, mais aussi dans The mark of the vampire, ou dans Miracles for sale, qui mettra en colère une armée de prestidigitateurs en révélant des trucs de la profession! Toute une conception de la vie dans ces obsessions, qui renvoient à toute une profession, qui n'est pas vraiment éloignée de celle du cinéma...

Et ici, le truc qui repose autant sinon plus sur la crédulité des clients, que sur de véritables techniques, reste quand même l'un des plus élaborés, et improbables de son oeuvre. A des morceaux d'explication, telle l'utilisation savante de l'ombre et de la lumière, Browning ajoute des trucs cinématographiques, des mattes, du flou, des surimpressions... C'est sans doute l'un des plus techniques de ses films, et l'un des plus intéressants tant cette fois aucun personnane ne renvoie à ce qu'aurait pu en faire Lon Chaney!

Et ce qui reste, c'est que cette fois, les bandits resteront sans doute des bandits. On voit en effet une escroquerie élaborée, dans laquelle une troupe de voleurs prennent vraiment les gens pour des imbéciles pour mieux leur soutirer de l'argent, et le tout est vu de leur point de vue... Les acteurs sont largement oubliés, voire des seconds couteaux, mais ils sont convaincants et prenant, menés par Aileen Pringle, une actrice énergique qui nous rappelle un peu Priscilla Dean. Bref plus qu'une rareté, c'est un film qui devrait être à la tête du canon de Tod Browning. Dommage qu'il soit resté si méconnu...

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Tod Browning **
25 octobre 2023 3 25 /10 /octobre /2023 15:54

1899: la petite ville de Johnstown prospère gentiment à l'ombre du barrage sur la rivière. Tom O'Day (George O'Brien), ingénieur, a des doutes sur la solidité de la construction, et tente d'en informer les notables. Il s'apprête à épouser Gloria (Florence Gilbert), la fille de l'un d'entre eux... Le mariage laissera inconsolable Anna (Janet Gaynor), la fille d'un contremaître (Paul Panzer), qu'un malfaiteur véreux incite au sabotage... 

C'est un film Fox, qui est basé sur un incident authentique. Mais le propos a été recentré sur deux aspects; d'une part, l'intrigue sentimentale, assez mélodramatique et très générique. Sauf qu'en raison de la personnalité des acteurs il est difficile de ne pas imaginer un seul instant que george O'Brien finira avec Janet Gaynor! Ensuite, la progression lente mais inéluctable vers le désastre, filmé avec une grande invention dans les effets spéciaux... Avant l'inondation, une chevauchée héroïque de Janet Gaynor fait une grande impression et a souvent été utilisée pour la promotion du film... Elle paie aussi de sa personne, bien plus que sa rivale: une scène la confronte à un sale type qui menace sa vertu... Elle réagit avec énergie.

Mais il n'y a pas que ça dans ce film certes peu imaginatif mais impeccablement fait et monté: en une heure tout juste (ou presque), Irving Cummings nous montre une communauté Américaine de 1899 dont on n'a pas le moindre moment l'impression qu'elle est en fait à dater dans les années 20... la tare du cinéma Américain classique étant l'incapacité, à quelques rares exceptions près (Our hospitality, The GeneralThe Scarlet Letter, The Bowery, The Strawberry Blonde), à rendre correctement les périodes qu'il montre. C'est souvent sans grande importance, mais il arrive que ce soit agaçant. Ce film est très authentique sur les costumes, et les comportements. 

Il ajoute un fort accent sur la communauté, à travers cette petite bourgade réunie autour de son église et de son barrage, dans laquelle un employé noir et un tailleur juif (Max Davidson) semblent intégrés, dans la limite de leurs attributions (le plus souvent à l'écran est Davidson, qui est une fois de plus impeccable): l'un et l'autre sont évidemment fortement stéréotypés. Et sinon, forcément, c'est un film, tourné un an avant l'admirable Sunrise, et on y verra Janet Gaynor et George O'Brien. Rien que ça, ça vaut la peine...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Max Davidson **
25 octobre 2023 3 25 /10 /octobre /2023 11:32

Une compagnie qui envoie des instruments de musique par correspondance se plaint du fait que les consommateurs des monts Ozark ne paient généralement que les premières mensualités avant de cesser tout règlement. Ils décident d'envoyer la prochaine commande avec un agent de confiance, ou à défaut avec Charley Chase pour la véhiculer... Il  prend donc le train. 

Et là, évidemment, le fait de prendre un train pour une grande distance avec un hélicon, dans un film Hal Roach, a une inévitable conséquence: on se rappelle de Berth marks, dans lequel Laurel et Hardy coincés dans une cabine couchette passaient la pire nuit jamais vécue par un être humain en chemin de fer... Eh bien, pour Chase, ce ne sera pas glorieux non plus.

La deuxième partie est plus convenue, et vue et revue: Chase se fait passer pour un habitants des Ozark, et toutes les scènes sont des prétextes à danse folklorique et autres Square dance... Mais même en ce terrain risqué et définitivement trop fait à ce stade de la carrière de Chase, les duex frères Parrott s'en tirent par une superbe pirouette: l'un des hommes présents lors du bal est tellement saoûl qu'il voit quatre Charley, et en prime les quatre chantent une remarquable harmonie...

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase James Parrott Hal Roach Pre-code
25 octobre 2023 3 25 /10 /octobre /2023 11:27

Ce film est en quelque sorte une suite de High C's, qui fut l'un des pires courts métrages de Chase en 1930: un prétexte de comique troupier, des gags sans aucune originalité, et une intrigue qui favorisait les passages musicaux. C'est exactement le même cocktail: Chase et ses copains de régiment doivent retourner aux Etats-Unis, à la fin de la guerre. Mais le jeune homme a deux passagers à faire passer en contrebande (en plus des chansons qu'il nous impose): l'un d'entre eux est un singe, et l'autre est Thelma Todd, qui interprète Antoinette, une jeune femme française, et un rien délurée. Pour le reste, je pense n'avoir rien de plus à dire, car une fois de plus le film est totalement insignifiant...

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Pre-code Hal Roach
24 octobre 2023 2 24 /10 /octobre /2023 18:12

Un ami de Charley Chase, Griff (Carleton Griffin) lui demande un service: sa petite amie (Dorothy Granger) accepte de sortir avec lui, mais uniquement si elle est accompagnée d'une amie. L'idée est donc de demander à Charley d'être le cavalier de cette autre dame. Sauf que c'est la deuxième fois que ce service est demandé et que la dernière fois qu'il a fallu amener danser un "canon de Pittsburgh", elle s'est avérée bien moins charmante qu'annoncée. Donc Chase décide d'accepter mais à la condition d'être aussi repoussant que possible. Manque de chance pour lui (qui arrive avec un costume usé et sale, mal rasé et une haleine sentant l'ail) la jeune femme avec laquelle il va passer la soirée est absolument charmante (Thelma Todd)...

Après quelques films médiocres, il fallait au moins ça pour relancer la machine. un film drôle, impertinent et bien structuré, et si possible bien dirigé... James Parrott avait plus d'un avantage pour être le réalisateur de ce court métrage. D'une part, il avait déjà travaillé avec Charley Chase avant la carrière de star de ce dernier (Charley dirigeait et James était le héros improbable des courts métrages qu'ils produisaient pour Roach); ensuite, il était un des excellents metteurs en scène avec lesquels Laurel et Hardy avaient fait leur baptème du feu sonore, et sa production était le haut du panier des studios Roach. Enfin... James était le petit frère de Charley, A.K.A Charles Parrott et la complicité entre eux n'était pas un vain mot. Et il est inutile de dire que si James était le metteur en scène en titre, son grand frère avait définitivement son mot à dire. Et ça se voit...

La logique implacable de la soirée est donc assumée de bout en bout par un enchaînement de gaffes, de soucis et de problèmes souvent physiques. Le clou reste évidemment le constat suivant: quand on est en train de danser, il est bien difficile d'échanger (sans arrêter la danse bien entendu) ses vêtements avec un copain qui lui aussi est sur la piste...

Film pré-code oblige, c'est aussi assez flagrant de voir le reflet d'une époque: Dorothy Granger et Thelma Todd, je parle ici des actrices et non de leurs personnages (qui portent, comme c'était généralement le cas, les mêmes noms)  sont en compétition serrée pour montrer leurs avantage sau maximum, avec des robes taillées exprès pour. C'est sans doute dans ce film qu'elles iront le plus loins tout en restant décentes. Mais elles font pale figure à côté de Linda Loredo et Mona Rico qui tiennent leurs rôles respectifs dans la version Hispanisante du film tournée simultanément, La senorita de Chicago...

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Pre-code Hal Roach James Parrott