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18 octobre 2023 3 18 /10 /octobre /2023 14:24

Dans le milieu de la finance, Emily (Phoebe Dynevor) et Luke (Alden Ehenreich) s'aiment... Pour situer, c'est ce couple qui en plein mariage d'un de leurs proches, disparait dans la salle de bains pour un "quickie"... Ils sont encore discrets sur leur relation, d'autant qu'ils travaillent pour la même entreprise, où personne n'est au courant de leur liaison. Ils envisagent de changer ça: ils se fiancent...

Dans l'entreprise, la personne qui monte est, justement, Emily. Quand elle est promue, c'est inattendu, le couple attendait que ce soit le tour de Luke... Celui-ci est totalement enthousiaste, mais... au début seulement. Mais ça ne tarde pas à changer: quen l entend les conversations de ses collègues qui commentent la promotion éclair et émettent des hypothèses sans équivoque. Sans parler de moments embarrassants durant lesquels Emily se comporte en supérieure hiérarchique... Ou quand les collègues haut placés d'Emily lui font comprendre que Luke est sur un siège éjectable... 

Emily aura moins de mal à s'adapter mais quand elle réalise que Luke est parti dans une consommation de vidéos d'un gourou corporatif, elle se rend compte à quel point son petit ami est mal engagé...

C'est à la fois un film malin, qui coche un certain nombre de cases avec adresse: la place des femmes dans l'entreprise, le fonctionnement hiérarchique du privé, la pression, les rôles et les attentes des hommes et des femmes, et la façon dont un homme parfaitement amoureux, équilibré, va se reposer sur ses peurs enfouies de mâle frustré à la première occasion. ...et un thriller, qui repose aussi sur les attentes d'un certain nombre de membres du public (sur Netflix, les films les plus regardés font généralement monter la température, donc ici on aura droit à un quota de scènes qui remplissent cet aspect du cahier des charges. Mais bon: c'est bien de ça qu'il s'agit ici, quelle que soit le talent (indéniable) des acteurs: un cahier des charges.

Donc la grande confrontation entre un homme soudain diminué et une femme qui souhaite vraiment assumer sa position professionnelle sur ses propres mérites débouche sur un conflit inévitable entre deux personnes qui, au fond, s'aiment. Les différentes composantes de la tourmente (la culture de l'entreprise, la dynamique de couple, la masculinité, les préjugés sur la féminité, les parents, les patrons...) jouent toutes un rôle, mais au final, les deux amants seront les victimes, chacun à sa façon, chacun à son tour, de l'autre. Ce qui rend du coup le film plus intéressant...

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Published by François Massarelli
15 octobre 2023 7 15 /10 /octobre /2023 16:41

Dans les années 1860, la famille March, du nom du pasteur qui est le chef de famille comme on disait alors, la mère (Laura Dern) et les quatre filles doivent faire face à l'absence du père, aumonier militaire retenu sur le front de la Guerre Civile... Les quatre filles sont toutes bien différentes: la plus âgée, Meg (Emma Watson), ne jure que par un destin de femme mariée, selon son rang bien évidemment; Josephine, dite Jo (Saoirse Ronan), se destine à une carrière d'autrice; elle écrit et met en scène des spectacles qui mettent en valeur toutes ses soeurs, pour le bénéfice de sa famille et de leurs amis elle dit à qui veut l'entendre qu'elle ne se mariera jamais; Amy (Florence Pugh) hésite ntre l'influence de Meg, et la tentation du mariage, et l'influence de Jo (avec laquelle elle se chamaille constamment), elle a un intérêt pour la peinture; enfin, Beth (Eliza Scanlen), la plus fragile, est pianiste, de tempérament constant, et hélas bien malade. Au point qu'il faut souvent s'inquiéter pour elle... Deux jeunes hommes vont graviter autour de la famille et en particulier autour de Jo et Amy: un voisin, Theodore "Laurie" Laawrence (Timothée Chalamet), qui est attiré par Jo mais fait beaucoup d'effet sur sa jeune soeur, et plus tard dans le récit, Friedrich (Louis Garrel), un précepteur Européen que Jo rencontrera à New York...

"Plus tard dans le récit"... J'admets, j'ai triché: on rencontrera Friendrich avant les trois soeurs de Jo, car le récit est ancré en 1868, alors que Jo est devenue enseignante et qu'elle cherche à placer des nouvelles et un roman. Le film est raconté en flash-backs et flash-forwards, ce qui est peut-être une concession à la modernité (car il faut bien dire qu'en matière de nouveauté, cette histoire a du plomb dans l'aile!), mais permet surtout à Greta Gerwig, totalement et seule responsable de l'adaptation du roman de Louisa May Alcott, de mettre en valeur ce qu'elle y a perçu: une fratrie (vous avez remarqué? c'est ce mot qui est utilisé, que les enfants d'un ménage soient mixtes, tous mâles ou tous femelles, ou quelle que soit leur identité) de quatre jeunes femmes qui toutes vont illustrer les choix envisageables d'une femme ou d'une future femme du XIXe siècle... Y compris le décès pour l'une d'entre elles. La chronologie est bouleversée, afin de brouiller les pistes et de laisser à chaque destin un angle pour s'accomplir, sans pour autant avoir le même suspense morbide que le roman et ses adaptations (combien de lecteurs et lectrices, de spectateurs des 6 autres films, ont-ils été traumatisés par le décès de Beth?

En procédant de cette façon et en encadrant le récit de deux scènes qui sont un écho de la réalité (Louisa May Alcott a clairement basé son roman sur l'histoire de sa famille), lorsque Jo tente de placer sa première nouvelle et en voit acceptée la publication, et la fin qui voit le roman publié et Jo débattre du destin de son héroïne principale (c'est à dire d'elle-même), l'accent est mis précisément sur le livre lui-même. Celui-ci, entre le destin contrarié de la petite Beth, le mariage de Meg, qui ne sera ni riche ni de tout repos, et les amours contrariées d'Amy, représente le plus grand succès des "little women" de la famille March... Et l'ensemble des péripéties, entre les provocations de Jo, son désir de secouer ses soeurs (qui toutes l'adorent) et les tentations sentimentales, glisse un message tendrement féministe. ...A sa façon, bien sûr.

Le film se glisse donc plutôt bien dans la carrière atypique de cette réalisatrice (et actrice) qui, après avoir participé en scénariste, actrice et réalisatrice à des projets "indépendants" et souvent fauchés, voire expérimentaux, a obtenu un succès non négligeable et mérité avec Ladybird, oùelle dirigeait pour la première fois timothée Chalamet et Saoirse Ronan, pour un de ses derniers rôles d'adolescente. Un film personnel, une comédie aussi, mais qui recélait des aspects de plus grande gravité... Mais elle l'a voulue, son adaptation de ce classique, puisqu'elle avait commencé à y travailler dès avant Ladybird... Un parcours de femme et d'autrice dont la dernière étape est actuellement Barbie.

Une scène fait écho aussi à la principale différence entre Jo et Louisa May Alcott elle-même... L'éditeur se demande "pourquoi Jo ne se marie-t-elle pas?", ce à quoi la vraie Jo répond qu'elle ne l'a jamais souhaité et le dit constamment... Mais l'éditeur insiste... Une façon comme une autre pour Gerwig de replacer l'autrice du livre devant des "choix" qui lui auront sans doute été imposés avec insistance, lors de la publicationn de son roman, en 1868... Preuve aussi que décidément, pour l'égalité, il y avait du travail.

N'empêche, Louisa May Alcott a tenu bon: pas pour son personnage, qui a du se marier. Non, elle en revanche, a toujours fait l'impasse... Le film pour sa part se glisse donc plutôt bien dans la carrière atypique de cette réalisatrice (et actrice) qui, après avoir participé en scénariste, actrice et réalisatrice à des projets "indépendants" et souvent fauchés, voire expérimentaux, a obtenu un succès non négligeable et mérité avec Ladybird, oùelle dirigeait pour la première fois timothée Chalamet et Saoirse Ronan, pour un de ses derniers rôles d'adolescente. Un film personnel, une comédie aussi, mais qui recélait des aspects de plus grande gravité... Mais elle l'a voulue, son adaptation de ce classique, puisqu'elle avait commencé à y travailler dès avant Ladybird... Un parcours de femme et d'autrice dont la dernière étape est actuellement Barbie.

 

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Published by François Massarelli - dans Greta Gerwig Saoirse Ronan
15 octobre 2023 7 15 /10 /octobre /2023 09:53

Pour commencer, notons que comme de trop rares films chez Roach, on s'est souvenu que le grand acteur Edgar Kennedy (l'un des deux grands acteurs chauves chez Roach) avait aussi été réalisateur de courts métrages chez Sennett et à la Warner... Du coup, lui qui avait participé à d'excellents courts de Laurel et Hardy en 1928-29 a également été amené à participer à la série des courts de Charley Chase lors de ces balbutiements sonores... 

Charley Chase et Thelma Todd se rencontrent dans un café, où ils sont tous deux arrivés avec des clubs de golf. Ils ne sont pas golfeurs, mais lui vient d'acheter le matériel, et elle garde les clubs de son père. Ils sympathisent, puis Charley se retrouve à jouer avec des golfeurs chevronnés. Non seulement il est (par inadvertance) meilleur qu'eux, mais il sabote le jeu en permanence par sa bonne humeur, de moins en moins communicative...

Si le film reste moyen par son rythme, et souffre un peu, inévitablement, des restrictions du son, c'est quand même un sujet que le studio connaissait: Should married men go home en 1928 était un court avec Laurel et Hardy dans lequel le golf et la boue se mariaient en un festival de gags... Le réalisateur en était James Parrott, le propre frère de Charley Chase, qui comme tous ses copains de bureau, pratiquait le sport en question... Ce n'est absolument pas le film du siècle, mais c'est plaisant. Et Edgar Kennedy y fait l'acteur, pour moins d'une minute, mais on se souviendra de son passage...

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Pre-code
15 octobre 2023 7 15 /10 /octobre /2023 09:40

Charley Chase travaille dans l'immobilier, il a une bien à vendre et a trouver trois représentants d'un industriel qui sont intéressés, et particulièrement intéressés aussi par l'idée de sceller le contrat dans une joyeuse fiesta... Au moment où le film commence, notre héros a engagé trois jeunes femmes (Anita Garvin, Thelma Todd et Dolores Brickman). On est en droit de penser que les intentions sont ici quelque peu coquines... C'est justement ce que pense le propriétaire de l'hôtel. C'est sûrement ce qu'on pensé les actionnaires du groupe dont font parties les trois invités, qui ont été remplacés par trois hommes qui n'ont rien de frivoles. Charley doit donc gérer son changement de programme, maintenir l'atmosphère légère, atténuer la vulgarité de ses invitées et garder en tête qu'il lui faudra aussi persuader les trois hommes tatillons de signer un contrat...

C'est un sujet pour film Roach, en effet, et le metteur en scène n'est plus Warren H. Doane, qui n'a pas vraiment montré un génie particulier... Horne est plus établi, plus qualifié disons, mais le film reste bancal... Les bonnes idées tendent à faire long feu et (c'est généralement un défaut rédhibitoire) le film repose beaucoup sur le dialogue. 

On appréciera pourtant les sorties et l'extraordinaire plastique expressive (je parle du visage, bande de fripons!!) d'Anita Garvin, qui joue ur un registre inattendu pour elle, puisqu'ici elle n'a rien d'une grande dame. Si ce n'est par la taille... Et un gag final qui nous rappelle la façon dont Charley Chase pouvait s'immiscer de façon importante dans les films dont officiellement il était l'acteur et juste l'acteur: une espèce de ronde avec jet d'eau, dans un ballet loufoque... Mais au vu de ses possibilités, le film reste décevant...

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Pre-code
15 octobre 2023 7 15 /10 /octobre /2023 09:11

Dans le pays mythique de Prydain, au moyen âge, un souverain maléfique connu sous le nom de Wicked King cherche avec tous ses assistants et créatures à mettre la main sur un chaudron magique qui lui permettra de conquérir le monde... face à lui, il trouvera Taran, un jeune éleveur de cochons, aidé par la jeune princesse Eilonwy, un barde, un cochon, et une créature énervante qui parle avec la voix de Donald...

Les deux auteurs du film ont déjà assumé la mise en scène du long métrage d'animation précédent des studios Disney, The Fox and the Hound. En français, il s'appelle Rox et Rouky: comme pour le film quim'occupe aujourd'hui, on a préféré à un titre centré sur un objet ou une catégorie, un titre nominatif, ce qui en atténue à mon sens la portée. The rescuers, The Sword and the stone ont déjà été renommés respectivement Bernard et Bianca et Merlin l'enchanteur, et The emperor's new groove et Tangled seront rebaptisés Kuzco, l'empereur mégalo et Raiponce... Donc en arrivant sur le territoire français, les longs métrages Disney subissent souvent une atténuation, par une sorte de pédagogie ras du plancher, qui consiste à dire, je suppose, aux enfants, regardez, le héros, c'est lui/elle! Mais voilà, la cible est-elle justement les enfants? On peut en douter, et c'était le grand débat à la sortie de ce film, qui va nous permettre aussi de rappeler un long flirt de Disney (l'entreprise au sens large, je rappelle que depuis 1927 au moins, le patron n'a plus la moindre parentèle sur les films estampillés à son nom) avec le fantastique "qui fait peur"... Dès 1929 et les squelettes rigolos de Skeleton dance, et à travers tant de courts métrages (souvent géniaux, parfois un peu répétitifs), et tant de longs métrages (Snow white and the seven dwarfs, Fantasia, Ichabod and Mr Toad, Sleeping beauty), il y a toujours eu une tentation d'effrayer au moins un peu les enfants, de saupoudrer les films de frissons et séquences gothiques. En 1985, on a déjà vu passer, avec des succès divers, Dark crystal, Legend, les séquences souterraines de The temple of doom... Disney a donc décidé de se lancer dans cette escalade, d'où ce film.

Il est basé sur des récits de Lloyd Alexander, un auteur justement spécialisé dans les contes moyen-âgeux à caractère fantastique, mais pas aussi connu qu'un Tolkien, rappelons que chez Disney à l'époque, on est très près de ses sous! Mais voilà: l'intention (faire peur, se replacer dans l'actualité du cinéma, on dirait aujourd'hui "faire le buzz") n'a semble-t-il pas été jusqu'à "faire un bon film... Car c'est très générique, ça coche toutes les cases possibles (méchant effrayant, créatures fantastiques, le bien et le mal, une princesse, vaguement écervelée, un jeune garçon qui se révèlera valeureux, souterrains, magie noire), mas ça ne décolle jamais. L'animation s'évertue à coller au plus près du mouvement humain ou physique, ce qui est impressionnant, certes, mais tellement moins intéressant qu'une animation inventive... Bref, avec ce film médiocre et générique, du tout-venant, on confirme chez Disney qu'il fallait trouver un nouveau départ...

Ou qu'il aurait fallu engager Tim Burton (qui avait été jeune animateur pour le studio, mais cantonné sur "les renards et les chiens"), ce qui ne se fera hélas que bien tardivement, avec Alice en 2010. ...Trop tard.

 

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Published by François Massarelli - dans Disney Animation
13 octobre 2023 5 13 /10 /octobre /2023 09:41

Alors qu'il roule à tombeau ouvert dans des montagnes reculées, pour échapper à un policier à moto (Edgar Kennedy), Charley Chase aperçoit une merveilleuse créature (Thelma Todd) à la mode montagnarde. En compagnie du flic, qui semble avoir oublié de l'arrêter, il va rester sur place pour la séduire, quitte à se faire passer pour un montagnard local...

C'est complètement, éperdument, absolument, résolument, idiot. Ne nous méprenons pas: ce n'est en aucun cas une critique, juste un constat réjoui... Charley Chase a toujours, ou en tout cas depuis 1923 et ses débuts en tant que vedette de films de courts métrages chez Hal Roach, été le monsieur de la grande ville, sain et les pieds sur terre, que les circonstances plongeaient en toute logique dans une situation insondablement crétine. Et ici, on est servi, on a donc ce qu'on cherchait...

Donc, il y aura déguisement, et rapprochement, sans jamais négliger de cocher les cases inévitables de ce genre d'histoire, située dans les bois montagneux des Appalaches ou de quelque endroit du genre, avec des gens ô combien rustiques. Il y aura un putois, des habits de trappeur et des danses folkloriques... La plus grande part des gags du film sera basée sur l'image et non le son, et même si la deuxième partie sera largement dominée (parlant oblige!) par les danses et la musique, l'élément visuel n'est jamais oublié. 

Et en prime, on constatera émerveillé que Chase est doué pour le banjo, l'ocarina, la guimbarde, le violon et le chant. et que Kennedy, en toutes circonstances, reste le merveilleux grognon si à l'aise dès que son rôle lui permet de distribuer des contraventions, mais totalement perdu quand on lui enlève son uniforme.

D'ailleurs, quand je dis que c'est idiot, je peux avancer un argument de poids: rien en effet ne peut justifier la décision de Kennedy de rester avec Chase, à moins que ce ne soit pour le marquer à la culotte et de rester en sa compagnie pour mieux pouvoir l'arrêter! Ce qui e contexte moins loufoque aurait été un trou béant du script se retrouve à ajouter à l'atmosphère de gentille folie douce... Une folie douce dans laquelle on se moque quand même gentiment mais fermement d'un groupe humain, le genre montagnard, pointilleux de la gâchette, le genre à tirer sur les forces de l'ordre quand on les rencontre, prêts à envahir le Capitole à la moindre occasion!

Quant à justifier qu'on soit en territoire pré-code, on notera la propension de Chase à perdre son pantalon, et sinon, Thelma Todd, qui a juste besoin d'apparaître (y compris en robe 1890) pour faire monter la température...

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Pre-code
8 octobre 2023 7 08 /10 /octobre /2023 14:28

Ce n'est pas la première adaptation du roman à succès (1896) de Henryk Sienkiewicz, mais c'est la première qui soit vraiment significative: une durée imposante, près de deux heures, de grands moyens, des centaines de participants, et une volonté de tourner l'histoire Romaine en un spectacle cinématographique. Autant d'aspects qui auront un impact sur le cinéma du monde entier, lorsque tous les pays, à la suite des Italiens, des Danois et des Français, vont eux aussi orienter l'industrie cinématographique vers le long métrage...

L'histoire part d'un enlèvement, mais effectué par l'empereur lui-même: à la demande de son ami Petronius (Gustavo Serena), Néron (Carlo Cattaneo) enlève la jeune Lygia (Lea Giunchi), élevée par des Patriciens, afin de la marier avec Vinicius (Amleto Novelli). Lygia connaissait Vinicius, mais de là à l'épouser... Et Vinicius, qui a assisté aux hésitations de la jeune femme lors d'un banquet, décide de se l'approprier... Mais la jeune femme est suivie à distance respectable, par son esclave, le fidèle Ursus, qui est un homme très fort, et lui est totalement dévoué. ll reçoit une aide précieuse, celle des Chrétiens de Rome avec lequels il récupère Lygia... 

Petronius tente de calmer Vinicius (notamment en lui apportant une jolie esclave, autres temps...) mais rien n'y fait. En attendant, tout Rome semble se mobiliser pour retrouver la jeune femme et la ramener à Vinicius.

Le fond du problème, dans Quo Vadis? (assez typique d'un roman de la fin du XIXe siècle), est un conflit de civilisation, entre la Rome Patricienne, sous la coupe d'un empereur fou furieux, et capricieux jusqu'à l'extrême, éprise de ses privilèges, et de la vie dissolue que permet l'esclavage, et d'autre part les premiers Chrétiens, symbolisés ici par Lygia et d'autres, la jeune femme devenant presque le vecteur inattendu d'une rencontre qui n'aurait peut-êytre jamais eu lieu sans elle... C'est bien sûr naïf, et ça ressort plutôt du mélodrame que de l'histoire, tout comme d'ailleurs, hélas, l'est le personnage de Chilo, un homme de la pègre qui apporte son aide à Vinicius pour repérer Lygia, et se comporte selon tous les codes théâtraux qui désignait Shylock, ou un Juif, à cette époque.

Mais le roman est ici représenté dans toutes ses grandes lignes, développées grâce à la durée, et il est remarquable de voir comment Guazzoni a traité cette histoire foisonnante, qui part d'une anecdote pour aller vers le drame, passant par la présence de l'apôtre Pierre à Rome, et incluant aussi la menace des persécutions. Comme d'autres avant et après lui (Capellani, Griffith, Stiller, Blom, Christensen, DeMille, etc), Guazzoni repose sur l'importance de figurer des moments épiques, et le dosage de leur représentation... ce que Mauritz Stiller appelait des "montages d'attractions". et là où l'exposition du film repose beaucoup sur l'habitude de l'époque (intertitre annonciateur, plan pour illustrer, puis un autre intertitre, etc), l'incendie de Rome reçoit un traitement en longueur, à partir d'un plan de fournaise, puis les lions du cirque, inquiet dans leur cage, puis la panique, etc... On multiplie aussi les digressions durant l'incendie (évanouissement de Vinicius, Néron déclamant ses poêmes...) pour faire monter le suspense. C'est magistral...

La façon dont les Romains réalisent le danger d'avoir néron comme empereur, l'incendie de Rome, le Cirque et les sacrifices de Chrétiens, la douceur des premiers Chrétiens qui vont au supplice, Lygia sur un taureau sauvée par le dévouement d'Ursus... tous ces passages obligés, mais aussi l'éveil de Petronius à l'amour parle biais des sentimentsde son esclave Eunice, autant d'ingrédients qui font de ce film une des premières grandes dates dans le développement du long métrage; on les retrouvera pour la plipart dans d'autres films, notamment les autres Quo vadis?, de Gabriellino d'Annunzio (1925), et de Mervyn Le Roy (1951), mais aussi bien sûr dans l'adaptation de contrebande qu'était The Sign of the Cross (DeMille, 1932).

Bref, on pourra dire ce qu'on veut sur les lourdeurs de voir tous ces gens en toge, sur le message habituel du peplum (Chrétiens, bons, Romains, pas bons), sur les gestes amples de ces figures antiques, mais Quo Vadis reste à mes yeux une étape essentielle...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Enrico Guazzoni * 1913
5 octobre 2023 4 05 /10 /octobre /2023 22:00

Cette nouvelle «adulte» de Roald Dahl a été adaptée dans les années 50 pour la série Alfred Hitchcock présente, et mise en scène par le maître lui-même... Ce qui fait de ce film de 17 minutes un remake. Pourtant on est très loin de l'adaptation d'Hitchcock, et de son traitement du suspense.

Pour commencer, contrairement au film d'Hitchcock, on ne verra jamais le serpent... Je m'explique: dans Poison, un homme (Dev Patel) arrive chez un ami (Benedict Cumberbatch), pour constater que celui-ci est couché, et immobile: il annonce qu'alors qu'il lisait un serpent s'est installé sur lui et que s'il bouge il pourrait mourir à cause du venin foudroyant. Un médecin (Ben Kingsley) est appelé à l'aide.

Le film, comme la nouvelle, est situé en Inde, et le médecin est d'origine Indienne. Le film ne se termine pas (tout comme la nouvelle d'ailleurs) comme celui d'Hitchcock, dans lequel l'homme couché subissait une authentique torture morale de la part de son copain, avant que celui-ci ne l'aide vraiment. Le coup de théâtre, ici, viendra de la réaction de Pope (Cumbrbatch) quand il sera «sauvé»...

Le film est accompagné d'une narration «diégétique» fournie par Dev Patel les yeux droit dans la caméra, comme les autres courts métrages de Wes Anderson adaptés de Dahl et diffusés actuellement sur Netflix. Esthétiquement,c'est du pur Anderson, géométrique, bien rangé, aux couleurs pastel (encore plus atténuées par l'usage du 16 mm)...

Maintenant, je ne peux m'empêcher de tiquer en voyant une nouvelle de Roald Dahl pointer du doigt l'intolérance raciale, en dénonçant un acte de racisme colonialiste, alors que l'écrivain (dont le style reste une merveille de concision et de précision) était aussi un salaud antisémite de la pire espèce, comme il l'avait ouvertement revendiqué dans une interview au journal The new stateman en 1983.

...Mais ça n'a, bien sûr, rien à voir avec ce film, ni avec Ben Kingsley, ni avec Wes Anderson...

 

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
5 octobre 2023 4 05 /10 /octobre /2023 21:59

Dans une nouvelle qui combine un sentiment glauque d'horreur diffuse avec l'humour noir qu'on lui connait bien, Roald Dahl imaginait une entrevie entre deus hommes et un dératiseur qui tournait à la folie inquiétante... C'est Ralph Fiennes, qui joue également Roald Dahl dans les autres courts et moyen métrages de la série réalisée et adaptée par Wes Anderson, qui joue le très inquiétant personnage du spécialiste des rongeurs, qui finit par se révéler en homme mosntrueur, mi-homme, mi-rat.

Le metteur en scène choisit, pour ce court métrage de 17 minutes, un décor unique. Il confie à Rupert Friend le rôle du principal interlocuteur du dératiseur, et appuie son propos en montrant un rat animé, qui par son côté cartonn, va amplifier l'impression très désagréable de la rencontre entre les hommes et la bête. C'est très déstabilisant...

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
5 octobre 2023 4 05 /10 /octobre /2023 21:57

Reprenant exactement les même principes narratifs que les trois autres films de courts et moyens métrages présentés au même moment sur Netflix, ce film est à nouveau une adaptation de Roald Dahl, cette fois d'une nouvelle tardive.

Rupert Friend, en narrateur omniscient, se tient à l'écran, et nous raconte commeny un jeune garçon, Peter Watson (qui est présent à l'écran) a subi de la part de deux autres garçons plus âgés un traumatisme grave. Il avoue d'ailleurs êtr cet enfant, mais plus vieux...

La torture imposée à l'enfant impliquait de se retrouver ligoté entre les rails d'un train, puis de monter sur un arbre avec les ailes d'un cygne, froidement exécuté sous ses yeux par les deux sales gosses...

Le film, en ne livrant jamais d'images qui puissent être traumatisantes, raconte froidement, avec la distanciation d'un narrateur qui semble raconter sans jamais s'impliquer, même s'il s'agit de lui-même, les horreurs subies, physiquement et symboliquement, par le jeune garçon. Le fait de ne pas les montrer, mais de les commenter, pendant qu'occasionnellement des accessoiristes viennent fournir les personnages en objets ou maquillage, permet d'évoquer ce qu'on ne peut pas montrer. C'est impressionnant de voir Wes Anderson mettre son art particulier (ô combien), au service de cette histoire particulièrement violente...

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson