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1 mai 2023 1 01 /05 /mai /2023 08:40

A un an de la présidentielle de 2021, Nicolas, ancien président (Nicolas Dujardin) est inquiet: le président actuel, Emmanuel, ne fait pas le poids dans les sondages face à la menace de «Marine», la candidate d'extrême droite. Faisant le constat qu'aucun candidat miracle ne se profile à l'horizon, il a l'idée d'aller en parler à François (François Gadebois), autre président en retraite. L'idée est de se présenter en 'ticket' pour être un recours et une barrière contre l'extrême droite. Mais surtout, surtout, on sent bien que l'idée principale c'est de retrouver l'agitation de la politique, qui manque tant à l'un, et peut-être bien aussi à l'autre même s'il s'en défend.

C'est donc une comédie, et assez loufoque s'il en est.. Le propos n'est pas, mais alors pas du tout, de tirer à boulets rouges sur la politique, plus de s'amuser des caractères de deux hommes inspirés de deux figures célèvres et incontournables des années 2000 à 2020. Les portraits ne sont jamais à 100% ceux des modèles, ce qui nous est indiqué dès le départ par un texte introductif: «Nicolas» mesure 1m82, et «François» est colérique. Si je ne suis pas sûr, justement, de la véracité de la bonhomie supposée de François Hollande (le vrai), en revanche on ne surnommait pas Sarkozy «Naboléon» pour rien. Et si les deux hommes politiques nous sont montrés en couple, les deux compagnes (une cantatrice pour Nicolas et une vétérinaire Corrézienne pour François) sont elles aussi totalement inventées.

Le moteur du film est la confontation de deux caractères, deux hommes qui se ont affrontés politiquement, parfaitement au courant l'un et l'autre des forces, faiblesses, qualités et défauts de l'adversaire. Deux hommes qui peuvent se targuer d'être en quelque sorte complémentaires, par le fait que l'un (Hollande) a été jugé durant cinq années à la mesure de l'autre (Sarkozy), mais l'autre, donc, a été battu à plate couture par l'un. Et les deux hommes qui ont tout pour se détester, finissent par acquérir une certaine complicité, au-delà d'une certaine tendance à s'envoyer de petites phrases assassines.

On s'interroge parfois sur la finalité, et le film n'est pas toujours clair au delà de la loufoquerie de son propos... Sauf quand il pose l'hypothèse d'une candidature féminine pour contrer celle des deux revenants, qui sont, on le voit bien, totalement carbonisés. Et si l'idée était justement, en creux, de montrer la mort d'une certaine idée de la politique paternaliste?

Mais je crois surtout que le film se pose un peu comme un numéro d'acteurs principalement, deux acteurs qui ont pris du plaisir à incarner leurs modèles, et qui ont été secondés avec une certaine rigueur par une galerie de portraits qui sont tous dans le droit fil de la comédie : une employée d'hôtel évaporée, deux gardes du corps (dont celui de Sarkozy, qui s'intéresse à tout et offre constamment une sorte de vision décalée du monde à son patron), ou encore quelques politiciens dépassés.

Mais faut-il le dire? Si Gadebois s'en sort très bien, jouant notamment de sa raideur et de son physique, le film est dominé, vampirisé par Dujardin, dont le Sarkozy est tellement bien rendu qu'on a du mal à ne pas le regarder (même s'il n'était pas le premier à incarner l'ancien petit président de la droite, puisque Denis Podalydès l'a fait avant lui dans La Conquête). Du coup il nous distrait parfois de l'intrigue, par son imitation troublante, dans le geste, l'attitude, la nervosité, l'incapacité à laisser reposer les choses, et une furieuse tendance à vouloir être dans l'action, jamais dans l'intellect. Et puis les montres, l'obsession du physique, les Ray-Ban... C'est troublant, vous dis-je. C'est grâce à lui sans doute qu'on se souviendra d'un film de politique-fiction qui est passé, il faut bien le dire, assez inaperçu.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
30 avril 2023 7 30 /04 /avril /2023 16:23

Bien sûr qu'il ne pouvait qu'y avoir une suite. Mais contrairement à l'autre saga menée par George Lucas, Indiana Jones est plus une série de "one-shots" qu'une narration étalée sur plusieurs films comme l'est devenue la saga Star Wars à partir de Empire strikes back. pour en rester à George Lucas, on reconnaît sa patte dans le fait qu'il est parfaitement possible de venir à ce film après le premier, ou avant, voire sans avoir vu le premier; en effet, ce nouvel opus est volontairement situé en 1935, soit un an avant Raiders of the lost ark, et le rend donc totalement indépendant.

Le style adopté par Spielberg est le même, fortement dépendant du signe et de l'immédiate compréhension par le public des codes graphiques et narratifs: dès le générique, qui se déroule sur un énigmatique numéro de music hall  (Anything goes, de Cole Porter, chanté en Chinois par Kate Capshaw), on se demande dans quel musical on se trouve, avant que la raison (et le style Indiana Jones) ne reprenne ses droits: on est à Shanghai en 1935 (coucou Hergé), dans un restaurant de luxe, et Indiana Jones est là pour négocier un deal avec un commanditaire, qui va forcément mal tourner. Cette séquence n'est que l'introduction, car la structure du film épouse dès le début les mêmes contours que celle de Raiders of the lost ark (un autre apport de George Lucas, à n'en pas douter), et joue encore une fois sur l'idée de faire comme si Indiana Jones était un héros aussi vieux et établi que l'est James Bond par exemple, auquel un clin d'oeil évident renvoie: le smoking à veste blanche, avec un oeillet à la boutonnière. N'oublions pas que Spielberg n'a pas fait ces films qu'en souvenir de Tintin, il avait d'autres séries populaires en tête... Et d'autres artistes, aussi, tant cette introduction fait penser à Michael Curtiz, par le luxe des lieux comme par le costume qui peut aussi renvoyer à Rick dans Casablanca.

Une fois cette introduction finie, on passe à une séquence qui me rappelle de façon insistante la fuite en avion de Ronald Colman dans le superbe Lost Horizon de Capra (tourné du reste en 1936...), avec ces passagers qui s'endorment dans un avion sans savoir qu'on les a kidnappés. Nous, nous le savons, Spielberg ayant pris le soin de nous le signaler, mais c'est malgré tout une fausse piste: une fois sauvés d'un mortel péril, Indy, la chanteuse Willie Scott et le petit Short Round passent à une autre histoire, qui se présente presque comme une digression: recueillis dans un village, ils vont en sauver les enfants, retenus prisonniers par une secte de sadiques invétérés. Et c'est là que le film plonge si vous voulez mon avis dans l'excès voire parfois l'insupportable...

Si le film avait été bien reçu par la critique en son temps (on ne va quand même pas faire la fine bouche), il tend à consacrer, ce qui a été dûment souligné par certains en son temps, une tendance de Spielberg à un être un brin sadique par moments, comme dans cette incroyable escalade de suspense basé sur l'éventuelle  mort atroce des protagonistes dans les séquences du temple maudit. Comme on a été accueillis par les habituelles sales bêtes (serpents, insectes divers), et gratifiés d'un repas entièrement constitué de trucs plus répugnants les uns que les autres (ah, la soupe aux yeux... le "snake surprise"..., c'est avec l'estomac fragile que nous arrivons à cette accumulation d'atrocités... si on applaudit la mise ne scène en elle-même, je ne peux m'empêcher de trouver la pièce montée discutable dans la tentation de vouloir en rajouter couche après couche, même si l'humour domine en permanence... a cause de ces scènes, j'ai le sentiment que ce film est le plus dispensable des quatre. Oui, des quatre. Et le traitement des ethnies indiennes laisse sérieusement à désirer.

Et que ce soit dit ici une fois pour toutes, cette héroïne, interprétée par Kate Capshaw... Lequel des deux auteurs avait à cette époque un sérieux problème avec les femmes? 

Peut-être pas celui qui l'a épousée...

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
30 avril 2023 7 30 /04 /avril /2023 16:07

L'émission The Twilight Zone (La Quatrième dimension en Français) était une référence des années 60, qui ne pouvait pas avoir échappé à Spielberg et ses copains, qui ont donc décidé de relancer la chose dans les années 80... Le deuxième temps de cette remise à jour était bien sûr la production de deux saisons complètes de l'anthologie de science-fiction, avec des résultats variés. Mais dans un premier temps, c'est au cinéma que ça s'est fait, à travers un film en quatre segments (et un prologue), réalisés par John Landis, Joe Dante, George Miller... et Steven Spielberg: c'est ce segment dont je vais parler...

Dans une pension de famille pour personnes âgées, les retraités vivent tant bien que mal leurs dernières années, et un pensionnaire, M. Bloom (Scatman Crothers) essaie de les stimuler un peu pour qu'ils reprennent goût au jeu, à l'amusement et pour tout dire pour se comporter comme des gamins... Si certains sont réfractaires, pour les autres, ce n'est pas sans effet...

On se souvient de Close encounters of the third kind, et ses scientifiques tous frappés d'une espèce de folie juvénile à l'épproche d'un contact avec les Extra-Terrestres. Spielberg a toujours été d'une part un artiste obsédé par l'enfant et son regard, mais aussi par la faculté de l'être humain à prolonger cet état d'enfance au-delà de la date de péremption, comme il l'a prouvé dans de nombreux films. Ici, il s'amuse à questionner la part d'enfance que recèlent encore quelques personnes âgées, regroupées autour d'un mystérieux personnage qui s'est clairement fixé une mission...

C'est simple, sympathique, vite passé (une vingtaine de minutes) et ce n'est sans doute pas le segment le plus intéressant de ce petit film collectif; mais c'est indiscutablement un film de Steven Spielberg, le premier de ses remakes, d'ailleurs, puisqu'il reprend l'argument d'un épisode de la série originale. Avec cette participation à ce (petit) film; Spielberg se situe sagement dans la continuité d'une certaine tradition du fantastique familial à l'Américaine, ce qui ne devrait pas étonner grand monde.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
30 avril 2023 7 30 /04 /avril /2023 09:23

Une famille désemparée, un alien mais pas du genre à vous bouffer tout cru, un suspense lié à la présence d'ombres inquiétantes mais qui s'avèrent en réalité être des humains, ce qui ne les rend pas potentiellement moins dangereux, tout est finalement en place pour que Spielberg nous donne à voir un film qui va asseoir définitivement son style et son univers. Je ne reviens pas sur l'intrigue, à la fois simple et riche, et globalement parfaitement structurée: elle est suffisamment connue pour qu'on n'ait pas besoin d'y revenir. Disons toutefois qu'elle est sans doute ce qui pêche le plus aujourd'hui à revoir le film: on y voit, surtout dans la dernière partie (après la révélation de la condition critique de l'extra-terrestre, et l'intervention des forces spéciales), la volonté de rendre le film aussi prenant pour le jeune public, dans une Disneyisation qui est parfois gênante. Peu importe, Spielberg a montré dans le reste sa maîtrise indéniable, en un prologue muet parfaitement construit, qui installe de façon plus que convaincante toute la démarche: c'est du point de vue de ce petit alien que nous allons voir sa fuite vers le quartier ou habite son futur ami Elliott, et du coup on n'aura pas besoin de trop nous guider pour que nous aussi nous voyions ces êtres humains qui sont à sa recherche comme de sérieux dangers...

La mise en scène de Spielberg, post-Close encounters est comme d'habitude portée vers le regard, qui reste le principal axe de sa narration, mais il a su tirer de son évocation mystérieuse des aliens un art de la lumière qui était nouveau dans son cinéma. Lui qui avait su trouver le moyen de montrer de façon frontale et provocante, s'échine désormais à suggérer, ou du moins à délayer au maximum sa révélation. Ce faisant, il utilise donc la lumière, avec ou sans source visible, pour construire son suspense dans des plans à couper le souffle: l'anecdote de la cabane dans laquelle le petit être venu d'ailleurs se réfugie, qui va être la première rencontre avec Elliott, est à ce niveau remarquable: Elliott va vérifier vers la cabane de jardin ce qui se trame, et il apporte une lampe torche, mais Spielberg nous montre en plan large Elliott comme paralysé par ce qu'il voit, la lampe en main, avec face à lui la cabane étrangement illuminée de l'intérieur. Pour ajouter à la beauté de la scène, la brume et un croissant de lune complètent la composition...

La famille dans laquelle arrive E.T., comme Elliott l'appelle bientôt, est un univers en crise: la maman (Dee Wallace) et ses trois enfants Michael (Robert MacNaughton), Elliott (Henry Thomas) et la petite Gertie (Drew Barrymore) ont en effet à gérer l'absence du papa, parti au Mexique suite à une séparation. La mère de toute évidence, est incapable de tempérer ses enfants, qui mènent leur vie comme ils l'entendent, il suffit de voir l'état de la maison, des chambres dans lesquels les jouets, les objets les plus divers, s'amoncellent, ce qui va paradoxalement permettre aux trois gosses de dissimuler un alien ventripotent pendant quelques jours, sans que la mère ne s'aperçoive de quoi que ce soit... Spielberg sait parfaitement rendre cette impression de vie intérieure phénoménale, due à un manque affectif, et c'est probablement le plus remarquable de la première moitié de ce film; car quelle que soit notre tolérance à la saccharine contenue dans la deuxième moitié, la motivation pour tous ces bons sentiments, est elle au moins assurée... Et le film raconte la lente mais inévitable recomposition de la cellule familiale, comme Close encounters à sa façon, et comme tant d'autres films depuis...

Qu'il ait mérité son succès est une évidence, que le film soit un peu une tricherie de la part d'un metteur en scène qui sait parfaitement ce qu'il fait, et qui sait tout faire, me parait également avéré. On peut l'admettre sans pour autant rejoindre le choeur des pleureuses (la critique Européenne, sans pour autant tomber à bras raccourcis, avait critiqué cet aspect tire-larme du film à sa sortie), tant E.T. apparaît comme un classique sur lequel Spielberg va désormais refonder toute sa carrière. Un film dans lequel il nous rappelle à son univers qu'il va s'efforcer d'élargir de film en film, en laissant par exemple des enfants rouler à vélo dans une zone de banlieue en construction. Il nous fait, à sa façon, le tour du propriétaire dans son propre jardin.

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Science-fiction
30 avril 2023 7 30 /04 /avril /2023 08:58

On reprend les choses là où on lesavait laissées avec A quiet place: la famille Abbott, du moins les quatre survivants, doivent faire face à l'abondance de sales bestioles venues pour les tuer, et même si le danger est toujours réel, ils ont accidentellement trouvé le moyen de tuer les monstres hypersensibles au son (d'une façon qui n'est pas sans rappeler... Mars Attacks!) grâce à Regan, l'aînée mal-entendante de la famille... Mais on fait aussi la connaissance d'Emmett, un voisin qui va les recueillir et les aider à propager le fait de pouvoir tuer les intrus.

La suite est le plus souvent une sale manie, un poison inutile, et de plus en plus à l'ère Netflix, une sorte d'anomalie narrative, propice à la réression. Pourquoi encore m'en prendre à Netflix? Parce que le cinéma a toujours reposé sur un morcellement de la vie, on SAIT, du moins normalement, qu'un film n'est qu'un fragment d'un arc, qu'un personnage qui arrive dans un film à un point A et nous quitte à un point Z ne nous est ptrésenté que dans la mesure où ces fragments de vie sont pertinents pour le film qui nous est montré. Mais avec les séries et leurs arcs narratifs étalés sur une multitude de saisons, sans parler des spin-offs, tout semble donner au spectateur l'ilusion qu'on ira vers chaque piste, et qu'on explorera chaque personnage. Comme s'il fallait nous montrer, par exemple, la vie du méchant incarné par James Mason dans North by northwest, dix ans avant sa rencontre avec Cary Grant... Ou comme s'il fallait, par exemple, suivre Johnny Gray (Buster Keaton) jusqu'à la fin de la guerre civile, et donc le voir subir l'humiliation de la défaite. Bref: le problème avec les suites, ou prequels, ou spin-offs de tout poil, c'est que, d'une part c'est prétendre que le spectateur ne peut pas remplir les blancs et les vides tout seul; d'autre part, c'est inutile. Même The Godfather Part II, jugé nécessaire par Coppola parce qu'il souhaitait explorer des éléments de l'histoire de Mario Puzo qu'il n'avait pu adapter, est foncièrement inutile à The Godfather. Qu'il ait été un meilleur film est presqu'un accident, et je dirais la même chose de tous les films de la saga Star wars sortis après le Star wars de 1977... 

C'est donc agaçant, quand un film vous a satisfait, de devoir ensuite se coltiner la suite. D'où mon appréhension agacée... Qui ne dure pas longtemps: même si on a un peu peur devant ce film qui commence par nous donner un contexte (le premier était structuré par un calendrier, et commençait au "jour 80" d'une situation qu'on découvrait au fur et à mesure, celui-ci remonte au "jour 1", et nous donne à voir deux éléments qui auront de l'utilité; d'une part, Emmett (Cillian Murphy), le voisin, qui faisait partie du cercle d'amis des Abbott, est présent; d'autre part, on nous montre l'univers d'une famile qui a déjà intégré la surdité de Regan, et qui va donc avoir un atout dans sa lutte contre des créatures maléfiques sensibles au son: une connaissance accrue du langage des signes. Sans compter sur le fait qu'il leur faut très peu de temps pour comprendre ce qui fait réagir les sales bestioles...

On ajoute donc à l'angoisse (superbement distillée) des débuts de solutions, on étend un peu l'univers des Abbott, et on fait la connaissance d'autres dangers. Et surtout on voit ici des enfants se prendre en mains, et potentiellement sauver le monde. Le suspense, la tension générée par la situation, l'utilisation magistrale de jump scares, la dette assumée envers Spielberg, le poids du regard dans la mise en scène... tout concourt à la réussite du film.

Maintenant peut-on aussi se contenter du premier film? Bien sûr. comme toute suite, aussi réussie soit-elle, ce film est inutile.

Comme tout film, d'ailleurs...

 

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Published by François Massarelli - dans Boo!!
28 avril 2023 5 28 /04 /avril /2023 19:11

Trois films en un, une anthologie confiée à trois cinéastes de premier plan, qui ont eu carte blanche, chacun ayant réalisé son film à sa guise dans son coin. Gondry, qui ouvre le bal, a choisi de conter avec Interior design l'histoire d'un couple qui ne sait pas qu'il est arrivé au bout de sa course; un petit conte (flippant, c'est du Gondry) comique qui vire à la poésie pure quand une jeune femme qui se rend compte qu'elle n'existe plus pour l'artiste qu'elle aime, va se transformer... en chaise.

Leos Carax, dont je ne cache pas, jamais, l'aversion que je lui porte, choisit lui de traiter d'un sujet comique, mais assez punk, sous le nom provocant (baillement) de Merde. C'est lui qui le dit, ce n'est pas moi... M. Merde (Denis Lavant) est une sorte d'anarchiste radical qui commence à décimer la population Japonaise parce qu'il ne les aime tout simplement pas. Hormis un moment rare de déglingue totale avec Jean-François Balmer en avocat d'importation, qui parle le même langage que son client (borborygmes et baffes incluses), on s'ennuie ou on a envie de vomir. 

Ou les deux.

Enfin, Bong Joon-ho, avec Shaking Tokyo, s'intéresse à un reclus, un Hikikomori, une personne qui a choisi de ne plus quitter son chez lui... Il reçoit un jour une commande de pizza, et c'est une jeune et jolie livreuse qui lui apporte la chose, du coup il tombe amoureux. Mais au moment de la livraison un tremblement de terre se produit, qui aura des conséquences dramatiques, précipitant de nombreu Tokyoïtes dans la psychose, dont la jeune femme: ils deviennent hikikomori à leur tour...

Etonnant portrait d'une ville en dehors des sentiers battus, avec deux réussites, et un vilain petit canard. L'univers de Gondry et celui de Bong s'adaptent bien de la commande, et on reverra leurs films, qui méritent de tenir debout tout seuls.

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry Bong Joon-Ho
28 avril 2023 5 28 /04 /avril /2023 18:56

Après l'apocalypse, dans une zone rurale des Etats-Unis, nous faisons la connaissance d'une famille: la mère, le père, et leurs trois enfants, tous nés avant. Il faut donc les éduquer à la nouvelle donne, désormais les humains sont traqués en plein air par des créatures impitoyables, qui ne voient rien mais ont l'ouïe très fine. Seule solution pour survivre et éviter une mort atroce, ne pas attirer l'attention, donc éviter le moindre bruit...

C'est plus que notable, à l'heure de la standardisation tous azimuts, par le doule biais du numérique à gogo, et des plateformes de streaming, un film d'angoisse ("d'épouvante"? "d'horreur"?) arrive et au lieu de reprendre ou de faire évoluer les codes, il propose quelque chose de radicalement différent, jouant justement sur le silence... La tension est très forte, générée par cette situation qu'on comprend très vite, dès la première séquence (magistrale), et qui nous explique tout en situation, par les gestes, les regards, les précautions, et un peu seulement par la communication, faite de gestes et de langage des signes pour l'essentiel...

Le terrain de jeu, finalement, n'est pas que l'Amérique rurale, c'est aussi la famille, dans ce film où la notion de survie est intimement liée à la nécessité aussi de protéger les autres. Chacun se réfugie dans une part de tâches, qui donnent du sens à chaque minute. Et de par la particularité physique de ce film presque sans parole, on entre sans effort dans la tension qu'il véhicule. Si je dois exprimer une réserve et une seule, je pense que je ferai comme d'habitude, en disant à quel point les monstres ici présents sont laids. ...et surtout ils ressemblent à tous ceux qu'on voit un peu partout, les crétaures excessives créées par la compagnie Weta de Peter Jackson, ou bien la bestiole de The host de Bong Joon-ho, ou encore celles de The Mist, de Frank Darabont...

En choisissant de réaliser un film d'horreur dans un cadre bucolique, au milieu d'un champ de céréales, et avec des gens qui devront tout faire pour ne rien dire ou ne pas faire du bruit, y compris lors d'un accouchement, Krasinski casse les codes, et réalise un tour de force qui en plus a le bon goût d'être plutôt court, et de se limiter à l'essentiel. C'est vraiment bien, et ça mérite d'être vu et revu... Mais fallait-il vraiment une suite? On verra. 

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Published by François Massarelli - dans Boo!!
27 avril 2023 4 27 /04 /avril /2023 17:46

Sur le front Italien, pendant la seconde guerre mondiale, deux soldats Anglais sont liés par un petit secret inattendu: Roger, l'un d'entre eux, correspond avec une jeune femme restée au pays, Victoria, mais c'est l'autre, Alan (Joseph Cotten) qui écrit en fait les lettres, parce qu'il est plus doué... Du coup, Alan, amoureux d'une inconnue qu'il pense ne jamais rencontrer, est amer, et se rend bien compte que son copain n'en vaut pas la peine. Ce dernier rentre en Angleterre avec la ferme intention d'épouser la jeune femme, mais Alan, resté au front, est blessé. Quand il est démobilisé, il rentre chez lui et apprend le décès de Roger. Il a été tué, et un procès a établi que Victoria (Jennifer Jones) serait responsable de sa mort, par légitime défense...

Secrets de famille, sentiments exacerbés, poids du destin, amnésie, mystères à gogo... le film ne se prive absolument pas d'aller vers l'infini et au-delà des limites du raisonnable! Ca commence avec une situation à la Cyrano de Bergerac, mais la conquête de Victoria ne sera évidemment pas la finalité du film. C'est une oeuvre hautement sentimentale, romantique en diable, avec une dose incroyable d'invraisemblances qui auraient pu tout faire capoter...

Mais Dieterle est habitué après tout à tout faire passer, il le fait depuis toujours. N'oublions pas que c'est lui (et avec les mêmes acteurs) qui tournera 3 années après le flamboyant Portrait of Jennie, l'un de ces films qui ose tout! Et il semble se plaire dans cette intrigue amoureuse qui débouche sur du film noir, à moins que ce ne soit le contraire. C'est une étape assez étonnante dans le cinéma des années 40, un film nettement moins connu que d'autres, sans doute avec raison... Mais ne boudons pas notre plaisir, une fois acceptées toutes les invraisemblances.

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Published by François Massarelli - dans William Dieterle Noir
27 avril 2023 4 27 /04 /avril /2023 17:39

Solid, en argot Américain des années 40, ça serait proche du "grave" à toutes les sauces du simili-français actuel... Une marque d'approbation passe-partout, d'ailleurs popularisée voire immortalisée par le grand Slim Gaillard, un expert en guise de langages parallèles! Et la sérénade du titre sera, elle aussi, "hip", c'est à die au goût du jour.

Tom s'introduit dans une propriété pour y jouer une sérénade à une belle petite chatte, avec une contrebasse: il va interpréter en s'accompagnant à ce noble instrument, le fameux (comment ça vous ne le connaissez pas? mais il faut tout vous apprendre, alors,) Is you is or is you ain't my baby, qui fut également chanté par Cab Calloway, et Louis Jordan, ainsi que Joe Jackson plus près de notre époque!

Et ce sous les yeux assez amusés de Jerry (dont le rôle est assez limité) et d'un gros bouledogue, qui va évidemment s'en mêler de façon fort musclée... Beaucoup de belles choses à glaner dans l'affrontement qui s'en suit...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry
26 avril 2023 3 26 /04 /avril /2023 17:16

Dans la famille Freeling, on vit dans une petite maison, qui fait partie d'un projet de lotissement ne demandant qu'à s'agrandir, porté justement par le patron de M. Freeling... Le père travaille donc dans l'immobilier de masse pendant que la mère est au foyer pour s'occuper de ses trois enfants: une adolescente, un jeune garçon, et la petite dernière, Carol-Anne. L'atmosphère est assez libre, et il y a toujours une télévision allumée... Ce qui attire la première crise de somnambulisme de la petite. Puis des événements étranges se produisent, et Carol Anne disparaît... dans la télévision. 

C'est l'un des films les plus emlématiques de Tobe Hooper, le réalisateur du célère Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la tronçonneuse), et auteur de nombreux films à vocation horrifique, ce qui n'empêche pas le film de multiplier les moments de comédie. Par bien des côtés, l'aspect parodique du film est à prendre en compte, d'autant qu'il y a suffisamment d'indices pour y trouver une ironie cinglante vis-à-vis non seulement du conformisme à l'Américaine, de la télévision et de son omniprésence, mais aussi du genre lui-même. Une réputation de méta-film que certains décèlent également dans son film de slasher le plus célèbre!

Mais le film est pour toujours le théâtre d'un conflit d'auteurs peu banals, même si les choses se sont réglées après une série de soucis par voie de presse: c'est que le film a été produit par Steven Spielberg, mais l'auteur de Close encounters of the third kind ne s'est pas arrêté là... Il a aussi participé au script, qui est d'ailleurs basé sur une histoire de son cru. La presse s'est emprêssée de spéculer sur le fait, et le fait que le film soit beaucoup plus grand public que d'autres a poussé certains critiques à mettre en doute le rôle de Hooper dans la réalisation. Hooper s'en est plaint dans la presse, et Spielberg lui a écrit une lettre ouverte, rappelant le rôle de chacun: un producteur-auteur d'une part, un auteur-réalisateur d'autre part. Et Spielberg, s'il a constamment joué avec les épices du genre, n'a jamais réalisé de fiml d'horreur, se contentant de prendre le meilleur du genre pour l'injecter dans des thrillers plus classiques. On aurait plutôt l'impression, ici, d'un Tobe Hooper s'amusant à imiter le style et l'univers de Spielberg pour délayer les moments horrifiques dans son film. Mais une fois qu'on est dans l'horreur, les effets s'enchaînent et Hooper se plait à en rajouter... 

N'empêche, l'univers de Spielberg est bien là, à travers cette famille qui vit heureuse sans s'apercevoir de son impressionnante dysfonctionnalité, et les scènes s'enchaînent, qui nous permettent d'envisager un naufrage futur. Qu'il y ait un drame de maison possédée (cette manie qu'ont les promoteurs de construire sur d'anciens cimetières... Un gag, dans le dialogue, nous rappelle d'ailleurs The Shining), c'est sans doute plus un avat-goût qu'autre chose! Une autre piste est à avancer, toutefois: le film se situe en plein Reaganisme triomphant, incarné bien entendu par le promoteur véreux, et l'optimisme professionnel irresponsable du héros. Le début du film est notable, puisqu'on y entend l'indicatif d'arrêt des émissions (personne n'éteint jamais les postes de télévision dans le film!), qui est justement l'hymne national, le Star-Spangled Banner. Et pendant que son épouse roule des joints, M. Freeling lit une biographie du bien-aimé président! Le film en devient une peinture au vitriol des classes moyennes à l'accession de Reagan à la Maison Blanche.

Hooper ou Spielberg, le film reste une sympathique et légère incursion dans l'horreur, sous pavillon familial; un film extrêmement bien fait, qui participe à sa façon d'un recentrage du cinéma de genre au début des années 80, à l'écart aussi bien du conformisme d'un cinéma familial, et de l'enfer des vidéoclubs, où tant de films d'horreur finiront bientôt. A sa façon, c'est un classique, et c'est aussi l'une des premières productions de Spielberg pour lesquelles il n'aura pas été le réalisateur: comme chacun sait, il y en aura d'autres! Enfin, ce film d'horreur, avec de vrais bouts du diable dedans, a été distribué par la très comme il faut Metro-Goldwyn-Mayer. Il est probable que parmi les cadavres fumant qui s'agitent dans la dernière bobine, il y a ce bon Louis B. Mayer...

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Boo!!