Sur le coffret Gaumont, le cinéma premier, Volume 2, figure un ensemble de films non attribués, parmi lesquels trois films qu'un certain nombre de détails permettent de rattacher à la filmographie de Perret; Les deux premiers appartiennent au canon réaliste de la firme à la Marguerite, faisant partie, ou étant plus ou moins rattachés à la série "La vie telle qu'elle est", où s'illustrera en particulier Louis Feuillade, et on pourrait d'ailleurs argumenter par bien des aspects (poésie faubourienne, noirceur du propos, mais force reste à la loi et au capital, présence d'Eugène, ou Edmond Bréon, etc) de leur appartenance à la filmographie de Feuillade, le père des Vampires!
Néanmoins, les deux films possèdent des atouts qui nous permettent d'émettre une autre hypothèse...
Un drame à l'usine raconte la faute d'un contremaître qui frappe un ouvrier; celui-ci doit être hospitalisé, et le contremaître est licencié, mais plutôt que de se venger, il va être obsédé par le remords, et va d'abord venir en aide financièrement à la famille de sa victime, Pujol. Puis il ira plus loin, et réintègrera l'usine après avoir sauvé ses camarades lors d'un incendie.
L'obsession du héros, la façon dont l'action va droit à l'essentiel, sans les sacro-saintes pesanteurs des films de Feuillade, peuvent éventuellement être rattachés à des films de Léonce Perret. Mais le film, de toute façon, est un impeccable mélodrame avec rédemption, situé dans une usine où, au final, les différentes strates sociales se réconcilieront...
Le portrait inachevé et Le portrait ovale: Ces deux titres recouvriraient donc un seul et même film, retrouvé à la Gaumont, sans titre ni indication de metteur en scène, et inclus dans un beau coffret (Gaumont, Le cinéma premier) sous le titre supposé de Le portrait inachevé, sans qu'aucune indication de date ne nous soit donné. Si le film est encore un peu gauche par rapport, disons, à L'automne du coeur, c'est sans doute qu'il date d'avant; Perret a commencé la mise en scène en 1909, et parmi ses filmographies, on indique un "Portrait ovale", d'après Poe, pour l'année 1910. Ce film se rattache en effet à cette histoire, et conte l'obsession d'un homme, un aristocrate qui a tué la femme de sa vie à l'occasion d'un accident de chasse, alors que le portrait qu'il peignait alors d'elle est resté inachevé. Il cherche des modèles pour la remplacer, en vain, jusqu'au jour ou il rencontre son sosie, physiquement du moins, car la jeune femme est, le pense-t-il, indigne de lui: il voit d'ailleurs Jeanne, sa femme décédée, lui reprocher son choix. jusqu'au jour ou pour lui plaire, Madeleine se grime en Jeanne...
Ca nous rappelle forcément quelque chose; bien sur, Vertigo vient d'une histoire similaire, mais aussi, plus proche de ce film, le beau et très noir Rêves de Evguenyi Bauer: sur un canevas similaire, le Russe allait plus loin dans le drame, mais les trois films ont en commun le thème du sosie qui va "recréer" la femme morte. Mais dans ce film, cela s'exprime d'une façon directe, sans trop de pesanteur ni fioriture: Bauer, dont le film date de 1915, délaiera le temps, jouant sur la tension et les tourments intérieurs. Perret, si c'est bien lui, ne s'attarde pas. Mais la façon dont il montre l'obsession, combinée à la tendance à l'adoration de la femme (les cinq premières minutes du film, avec la séance de pose durant laquelle le marquis est hypnotisé par son épouse), nous renvoient à L'automne du coeur, une fois de plus.
Premier film un tant soit peu ambitieux de Léonce Perret, Molière est adapté d'un scénario d'Abel Gance, qui interprète le grand homme dans sa jeunesse. On est encore beaucoup dans un cinéma de tableaux, avec un plan pour chaque scène, sans qu'il faille parler de plans-séquences.
Néanmoins, le film, par ailleurs très académique, est notable pour un certain nombre de choses, notamment la façon dont Perret donne de la vie en demandant à ses acteurs un jeu enjoué, parfois truculent. Son sens de l'espace apparait dans deux plans situés au début de la vie de bohême de Molière: la troupe va tranquillement son chemin, marchant de façon presque guillerette, puis on voit les mêmes gravir une pente raide, sous la brume, avec difficultés; deux plans qui disent en peu de temps tout ce qu'on peut dire sur les bons et les mauvais moments de la vie de théâtre.
Perret utilise aussi, une fois dans ce film, une multiplicité de points de vue au moment de la mort de Molière, dans un théâtre comme il se doit. Il filme d'abord de coté, captant aussi bien la performance que la public, et s'autorise deux autres angles, se rapprochant de Molière, pour nous le montrer surmontant sa souffrance et faisant son travail jusqu'au bout.
Pour le reste, c'est une vignette, résolue en 20 minutes, dans laquelle seuls comptent les moments-clé (si on fait exception bien sûr des deux séquences qui montrent la troupe en voyage): naissance de la vocation, présentation à la cour, et bien sûr la fatale représentation du Malade imaginaire.
Alors que la construction d'un chemin de fer bat son plein, Bugs Bunny va s'attacher à mener une vie infernale à un pauvre ingénieur qui n'avait pourtat rien demandé à personne (Elmer Fudd)...
Tashlin, c'était un peu le chaînon manquan entre la dimension raisonnable des dessins animés de la Warner (en gros, ceux qui vont rester plus de deux décennies, les Jones, McKimson et Freleng), et les dingos (Avery, Clampett): capable de faire sérieusement déraper ses courts métrages, mais pas de façon irrémédiable, plus vers la folie douce que la folie furieuse...
Du coup, on eest ici confornté à la tendance l'espièglerie plus ou moins arbitraire de Bugs Bunny, un trait qui disparaîtra et avec lui, toute une gamme de fantaisie pure et poétique. Ce n'est peut-être pas le meilleur de tous les Bugs Bunny, mais c'est un gentil moment de loufoquerie assumée. Et ça, c'est toujours une bonne chose...
Daffy Duck répond à une annonce: une cane pleine aux as cherche la compagnie d'un canard... Les tourtereaux s'installent en ménage, et... les ennuis commencent!
C'est assez typique, d'une part de la noirceur du quotidien commune à bien de courts métrages de Freleng, en ces années 50. Peut-être le réalisateur avait-il des mauvai souvenirs et de la rancoeur à exorciser? Mais c'est aussi habituel, dans la façon dont Freleng, à partir d'un certain point, n'a pas su reprendre le personnage de Daffy Duck, râleur, lâche et souvent rsigné à la médiocrité, mais aussi souvent sans véritable but ni profondeur. Après avoir été un cinglé total, chez Clampett, Avery et aussi (ça mérite d'être souligné) McKimson, Daffy Duck s'est perdu en éternel sidekick raté, et en personnage de has-been. Il est assez désagréable dans ce film très moyen, qui nous peint une version peu politiquement correcte de l'enfer de la famille.
Dans un futur lointain et troublé, la place manque sur terre après la montée spectaculaire des eaux, et les naissances sont limitées. Les hommes ont donc recours à des "méchas", des robots afin de remplir des tâches subalternes, des imitations ultra-perfectionnées de l'être humain dont on n'hésitera pas à se débarrasser le moment venu. Cybertronics, l'une des entreprises à la pointe de cette technologie sophistiquée, envisage d'aller plus loin en fournissant à des parents en mal d'affection des faux-enfants, et teste le procédé sur un couple, pas vraiment choisi au hasard: Henry et Monica ont tous deux perdu un enfant, ou presque: Martin est dans le coma, il n'y a que peu de chances qu'il en sorte... Ils se retrouvent donc les "parents" de David (Haley Joel Osment), un super-robot qui va dans un premier temps être très difficile à accepter pour Monica (Frances O'Connor), avant que celle-ci commence à s'attacher à lui. Elle va aller jusqu'à commettre une action irréversible: en le verrouillant, elle le rend pour toute la durée de son existence quasi asservi à l'amour qu'il porte pour sa "mère", devenu obsédé par le lien spécial qui a été formé avec elle. Mais Martin sort du coma, et à partir du moment ou le vrai fils des Swinton revient, les ennuis commencent pour David: d'une part, la jalousie féroce de Martin va pousser ce dernier à intriguer contre l'androïde, et d'autre part les parents ne peuvent faire autrement que de prendre parti pour Martin contre David. Les apparences (provoquées par Martin) vont mener Henry (Sam Robards) à prendre la décision de se débarrasser de David. Ce qui se traduit, dans cette société du futur, par un retour à l'usine ou le robot va être détruit. Ne pouvant se résoudre à accepter cette éventualité, Monica emmène David dans la forêt, et le laisse en plan. Pour David, laissé seul face aux multiples dangers qui attendent les robots en liberté, une seule chose compte désormais: retrouver celle qu'il a naturellement été amené à appeler "Maman"...
Il est aujourd'hui encore impossible d'aborder ce film de Steven Spielberg, tourné entre Saving private Ryan et Minority report, sans à un moment ou un autre être confronté à l'argument le plus médiatique du projet: la filiation, en quelque sorte, de Kubrick à Spielberg et le passage de témoin entre le metteur en scène New Yorkais reclus et son jeune disciple si ouvert, affable et expansif. Si on s'en tient à la version de Spielberg, d'ailleurs relayé par Jan Harlan, beau-frère de feu Stanley Kubrick, et producteur exécutif sur A.I., Kubrick souhaitait adapter Supertoys last all summer long, de Brian Aldiss, depuis le milieu des années 80. Il avait privilégié Full metal jacket, nettement plus facile à mettre en chantier, avant de se replonger dans son projet de retour à la science-fiction, dont il aurait décidé après avoir vu Jurassic Park que Spielberg était sans doute plus qualifié que lui pour le tourner. N'étant pas dans le secret des dieux, je dirais que c'est plausible, et s'il y avait dans ce film qui tourne donc comme l'indique clairement le titre autour de la notion d'intelligence artificielle suffisamment de thèmes propres à mobiliser Kubrick, le film convient bien à Spielberg, qui a trouvé matière à réflexion personnelle. Pourtant, ce martèlement par la production du film du glorieux parrainage, fut-il posthume, ressemble à un coup, et oblige tant les commentateurs à se pencher sur la réalité de cette bi-paternité interlope, qu'on ne va pas y couper...
Spielberg va multiplier les appels du pied, les références, les plans "à la manière de...", et va même jusqu'à copier ça et là le style du maitre en matière de travelling avant à la poursuite d'un véhicule: qu'on se rappelle les fameux plans de Danny sur son tricycle, faisant le tour de l'hôtel Overlook dans The Shining... Revenant à la Science-fiction des années après E.T. , dans une histoire qui fait intervenir des extra-terrestres confrontés à l'extinction de la race humaine, Spielberg se plait à montrer une initiative de "préservation" qui renvoie à l'énigmatique final de 2001 dans lequel une sorte de zoo qui contient un seul animal, le spationaute Frank Poole, trouve ici une continuation à travers cette copie de l'univers dans lequel David a été heureux, recréé par des Aliens soucieux de préserver à travers le robot David, une trace de l'héritage disparu des humains. De même, le parcours de David, mâtiné de conte de fées ironique, n'est pas loin d'une picaresque quête d'un être à la recherche de son identité, et confronté à l'ingratitude de ses créateurs. Ceux-ci l'ont créé, et s'en désintéressent. Son oubli et sa douleur (être séparé de sa mère mortelle lorsqu'on peut soi-même durer des millénaires sans trop s'abimer!) font partie de son lot, et la façon dont les humains se retournent contre leurs créations, les détruisant dans des mises en scène de cirque apocalyptique, rappellent encore une fois le destin de l'humanité vu par 2001, cette filiation de l'intelligence, du monolithe mystérieux aux hominidés, des primates à la conquête spatiale, et de la conquête spatiale à la confrontation avec une intelligence artificielle supérieure qui est décidément trop perfectionnée: meurtrière dans 2001, destinée à nous supplanter dans A.I.
Pourtant, là où Kubrick laissait libre cours à sa façon essentiellement cérébrale de tourner, multipliant les prises jusqu'à virtuellement disposer d'absolument toutes les options de jeu possibles, aussi infimes soient les différences et nuances, Spielberg est un instinctif, qui obtient vite et efficacement ce qu'il cherche. Les deux styles ne se confondent pas, loin de là... Et Spielberg ne se confronte pas ici à un film qui lui est étranger. D'ailleurs il prolongera des éléments et motifs de ce film dans ses deux productions suivantes de science-fiction, Minority report et The war of the worlds: dans Minority report, il fait de nouveau reposer une large partie de son film sur le lien fragile et disparu entre un adulte et un enfant, mais du point de vue de l'homme cette fois. Il y invente également un monde bigarré, mais bien moins exotique que celui d'AI. Après tout, son adaptation de Philip K. Dick est supposée se situer une dizaine d'années dans l'avenir... On peut presque imaginer que le monde d'AI est un prolongement de celui de Minority Report... Quant à The war of the worlds, Spielberg y reprend de façon troublante l'assujettissement par la terreur aperçu ici, lorsque David, Gigolo Joe (Un robot d'amour, sorte de sex-toy ultra-perfectionné qui fuit un piège qu'on lui a tendu, interprété de façon splendide par Jude Law) et d'autres "méchas" laissés pour compte, doivent fuir l'apparition d'un ballon dirigeable imitant la lune, dont les occupants sont décidés à les récupérer pour les sacrifier dans un spectacle de cirque. Dans son adaptation de Wells, Spielberg prête cette terreur de l'annihilation aux humains, mais reprend essentiellement les mêmes ingrédients de suspense... Et surtout, le film, qui passe par le conte de fées (Le petit poucet, bien sur, mais aussi le fait qu'une partie importante de la conscience identitaire de David passe par Pinocchio dont l'histoire le fascine, ce qui en fait sa bible pour le reste du film: il souhaite lui aussi rencontrer la fée qui le rendre petit garçon afin que sa mère l'aime), dérive souvent dans le quasi-sadisme de Spielberg, qui pousse une situation jusque dans ses derniers retranchements. Le metteur en scène ne se prive d'ailleurs pas de signer son film: il a recours à plusieurs variations autour du regard, son obsession première, comme lorsque David et Gigolo Joe consultent un oracle, en fait un personnage holographique qui débite de façon mécanique des réponses à des questions. La caméra passe derrière l'hologramme du "Dr Know", nous montrant ainsi David et Joe à travers l'oeil de l'image... Une façon ironique de nous montrer les deux personnages comme nos étrangers, tout en assimilant l'être humain à une création sans aucune vie. Il replace aussi, comme souvent, des plans iconiques: une vision de David dans un rétroviseur de voiture quand Monica fuit l'endroit où elle l'a abandonné rappelle bien sur Jurassic Park, et la vision du reflet dans une flaque d'eau du ballon dirigeable en forme de lune renvoie non seulement à E.T. (Le satellite) mais aussi une fois de plus à ses films de dinosaure. Une preuve que pour respectueux qu'il ait été, le passage de témoin n'a pas empêché Spielberg de s'approprier le film. Heureusement, d'ailleurs.
Reste que AI est une déception. Coincé dans son argumentaire en forme d'équation magique, visant essentiellement à récupérer une partie de l'impressionnante vogue pour les films de Kubrick après sa mort en 1999, le film représente après tout le retour de Spielberg dans le monde de la science-fiction, son renvoi à la rencontre entre l'homme et l'extra-terrestre, qui aurait pu déboucher sur plus qu'une illustration sage du destin tragique d'un robot créé pour des besoins ciblés, et devenu tout à coup le dernier représentant de toute la civilisation et d'une race dont il ne fait d'ailleurs même pas partie. En essayant de mettre ses pas dans ceux de illustre collègue, Spielberg trahi un peu son propre univers, lui qui à cette époque n'a pas l'habitude de la lenteur, celle-ci devient pesante, et la tension qu'il installe avec son suspense finit par être exaspérante. Il aurait convenu de couper A.I., qui est bien un film de Spielberg, mais qui semble vouloir furieusement ressembler à autre chose... ambitieux, mais inachevé, dans lequel la rencontre d'un être paradoxal avec son créateur est presque escamotée. Un film attachant mais qui laisse un goût de regret.
Cassie Thomas (Carey Mulligan) est une jeune femme qui a pour habitude se rendre, sous des identités différentes, dans des cafés et boîtes de nuit, où elle joue la comédie de l'ivrognerie totale: le but? Eh bien, attraper dans son filet des hommes qui se donneront pour mission de profiter de son état, pour la ramener chez elle... Où elle leur révèle qu'elle est en pleine possession de ses moyens, et leur fait honte. Elle le fait depuis que sa meilleure amie, victime à l'université d'une soirée durant laquelle elle avait abusée par toute une troupe de garçons, s'est suicidée. Cassie a abandonné ses études de médecine, pris un travail de misère dans un coffee shop, et vit chez ses parents.
Ca aurait pu continuer ainsi pendant des années, s'il n'était arrivé deux choses: d'une part, elle rencontre Ryan (Bo Burnham), un jeune homme qu'elle avait croisé à l'université, et qui la poursuit de ses assiduités. D'autre part, Ryan lui révèle qu'il est toujours en contact avec Al Monroe, le principal violeur de son amie. Cassie se mue en ange exterminateur et décide de venger pour de bon la jeune femme...
Voilà un film totalement de notre époque, qui s'intéresse à la façon dont on voit désormais différemment des comportements qui ont toujours plus ou moins été tolérés, présentés comme d'innofensifs rites de passage par les hommes. Ces rites sont des traditions particulièrement implantées dans l'université Américaine, c'est sûr, ce qui ne vet pas dire qu'on ne les trouve pas ailleurs... Le film, à travers un personnage qui use de moyen extrêmes de militance, nous permet de questionner la morale de ses personnages en s'abstenant de les présenter simplement comme bons ou mauvais.
Le script est d'Emerald Fennell, dont c'est aussi la première réalisation... ce qui est impressionnant. Elle va tout faire pour mettre en valeur non seulement son personnage, mais aussi le caractère étrange de son obsession, en la cadrant de façon très spécifique à plusieurs reprises, la dotant avec des éléments de décors d'une auréole ou d'une paire d'ailes! Une ironie qui ne joue pourtant jamais contre Cassie. Les costumes prennent aussi une importance capitale dans ses changements de personnalité... Elle la suit dans une mise en scène permanente de sa mission de vengeance, qui joue en permanence des zones grises de la légalité et de la morale: intéressant de constater, comme le fait le film, que la plupart des faits de viol, d'abus de consentement, et autres exactions du même genre, sont en fait généralement passés sous silence par des autorités complices (et par des gens qui ont eux aussi un peu trop facilement laissé faire, comme le personnage incarné ici par Alison Brie). Tirant ses propres conclusions, Cassie se situe souvent dans les mêmes zones grises elle aussi. Le film est âpre, souvent étrangement réjouissant, et profondément nécessaire.
Dans la même maison vivent deux oiseaux, l'un est un canari émacié, qui chante comme Frank Sinatra; l'autre un perroquet qui fume la pipe, s'intéresse aux courses de chevaux, et fait immanquablemet penser avec sa voix de baryton à Bing Crosby. Ce dernier souhaite se débarrasser de lui, il va embaucher pour cela un chat vagabond, qui est en train de fouiller les poubelles pour manger: Sylvester.
C'est l'une des premières apparitions d'un personnage qui va devenir une vedette paradoxale, un peu comme son contemporain le Coyote maudit: on l'aime justement parce qu'il est supposé être le méchant, et qu'il n'arrivera jamais à ses fins. Mais si le chat est déjà apparu ça et là (notamment dans un film de Bob Clampett, où il partageait la vedette avec d'autres chats tous plus loufoques les uns que les autres), il n'est pas encore doté de son caractère, et bien sûr il n'a encore ni sa voix ni son chuintement définitif...
Le film est entièrement basé sur les tentatives lamentables du chat de se débarrasser (de façon alimentaire) de "Frankie", et ses échecs. Le perroquet passe son temps à l'encourager pour "prendre des doses de vitamine"... Mais c'est probablement de matière grise que la pauvre bête aurait vraiment besoin.
Pour finir, il est intéressant de voir de quelle façon les animateurs de l'époque (Tex Avery et Bob Clampett s'en sont déjà donnés à coeur joie) se paient la fiole de Frank sinatra, de son côté suave, de l'amour excessif que lui témoignent ses fans, et bien sûr de sa maigreur louche... ce film ne se prive absolument pas en tout cas!
Daffy Duck, sous le nom de Jack, reçoit trois haricots magiques en paiement d'une vache. Il s'en débarrasse, en les jetant dans un terrier de lapin, et... ça pousse spectaculairement. Histoire de se confronter à l'inévitable (il connaît l'histoire du conte original), il escalade la plante pour aller au devant de la fortune qu'il s'imagine trouver au-delà des nuages...
C'est un de ces dessins animés génériques, réalisés dans les années 50 par Chuck Jones, dans lesquels il s'amusait à lâcher des personnages en constant décalage. Il est inévitable quand on voit le terrier de lapin, que daffy Duck se trouve nezà nez avec Bugs Bunny une fois arrivé au sommet de son arbre, et qui dit Buhhy et daffy, implique forcément Elmer, celui-ci sera donc le géant... C'est drôle, gentiment décalé, et rythmé par les constants dérapages de Daffy Duck.
Un pur moment de grâce nous montre Daffy Duck et Bugs Bunny mis ssous cloche par le géant, l'un passif et calme (Bugs) l'autre totalement excité. Pas un bruit, on ne peut pas les entendre, mais le contraste entre la froideur calme de Bugs Bunny et la panique de Daffy Duck est déjà hilarante. Et quand ce dernier se résigne (voir illustration) et adopte la même attitude de détachement, c'est le moment choisi par le lapin pour montrer qu'il a justement sur lui un ciseau spécial pour découper le verre. Les produits Acme, on peut toujours compter sur eux...
Jerry et Nibbles ouvrent tous les robinets de la maison, et gèlent l'eau en détournant le cablage du frigo... Puis un ballet sur glace commence, jusqu'à ce que Tom s'en mêle...
C'est une structure toute simple, dans laquelle dès le départ on voit bien que les deux souris se sont fixé un objectif, celui de profiter au maximum de leur patinoire système D: pas de prétexte, pas d'exposition, on va droit dans le vif du sujet. Sinon, il s'avère très vite que même aux mains d'animateurs de concours, Jerry et Nibbles ne parviendront pas à être très intéressants visuellement dans le contexte de la danse, d'où une intervention de Tom qui lui se prête extrêmement bien aux mouvements du patinage... et bien sûr aux gags qui vont avec.