A la fin du XIXe siècle, en Afrique de l'Est, Allan Quatermain (Stewart Granger) organise des safaris pour des parvenus qui rêvent de massacrer des éléphants. Il reçoit une proposition d'une jeune femme, Elizabeth Curtis (Deborah Kerr): son mari est parti pour trouver les mythiques mines de diamant du Roi Salomon, et n'est pas revenu. Elle souhaite lancer une expédition à sa recherche, et malgré ses réticences (et grâce à la promesse d'un gros chèque), Quatermain accepte de l'accompagner... La cohabitation etre Quatermain et la jeune Anglaise, sous l'oeil amusé du frère de cette dernière (Richard Carlson), ne sera pas de tout repos...
Le film commence par donner le ton dans une scène qui montre Quatermain accompagner un safari, et son dégoût devant le massacre des éléphants ne fait aucun doute. C'est que le film est sans doute une importante date dans l'évolution de tout un genre... Il se situe dans le droit fil des productions MGM des années 30, pourtant, en particulier Trader Horn et les Tarzan, auxquels il est difficile de ne pas penser. Mais si cette production de 1950 louche du côté de la grande aventure haletante, la donne a changé.
En effet, Quatermain contrairement à ses homologues des films cités avant, ne fait pas une consommation indifférente de ses porteurs, et dès la première scène, son attachement pour ses collaborateurs est souligné. Le film sera d'ailleurs un récit initiatique pour Elizabeth, qui va s'ouvrir aussi bien à l'Afrique, qu'à Quatermain et à l'aventure... Les deux acteurs sont parfaits dans leur rôle, Granger en homme de la brousse, et Deborah Kerr entre son statut d'Anglaise victorienne, (en langage Hollywoodien des années 50, ça veut dire "coincée"), et son éveil à l'amour, l'aventure et la sensualité: l'actrice, qui sort de ses collaborations avec Michael Powell, est parfaite dans ce registre. Elle est aussi apte à payer de sa personne quand il s'agit de crapahuter... avec raison.
C'est aussi un modèle de film d'aventures, dans lequel les personnages bougent plus que la caméra (parce que, on va le redire, les caméras qui virevoltent, que ce soit au-dessus des paysages de Nouvelle-Zélande ou ailleurs, c'est con et inutile), mais bougent tout le temps, d'une façon lisible, dans des images admirablement composées par des techniciens qui profitent avec gourmandise des paysages de l'Afrique...
Adapté d'un récit de H. Rider Haggard, l'auteur de She, c'est un classique, dont les paysages (captés au Kenya) et le superbe Technicolor, plus une sensibilité qui était novatrice vis-à-vis des peuplades locales (en particulier les géants, présentés comme des Watussi dans le film, probablement des tutsis). Un beau film au parfum de madeleine, cela va sans dire...
Maintenant plus que jamais, il me paraît pertinent de rappeler ce qui distingue Spielberg des autres réalisateurs, ce qui fait l'essence même de son cinéma.
Peut-être faut-il aussi avant tout rappeler qu'un cinéaste, c'est une personne qui fait en sorte de créer des images, de les assembler et de les présenter sous une forme cohérente, selon le plan qu'il ou elle s'est donné, dans le but de raconter une histoire, qu'il ou elle n'a pas, ou pas forcément écrit. Théoriquement, il ne sert à rien de considérer la mise en scène sous l'angle du script, qui n'est qu'une partie du tout. Ce n'est que théorique: Spielberg est le patron, et comme Hitchcock en son temps, même sans mettre la main au scénario il réussira à le faire aller dans le sens qu'il veut.
Mais l'essentiel de Spielberg, tient en trois points: premièrement, il considère l'humanité, sa vie et les rapports qui sont entretenus par les individus dans leur vue et leurs aventures, sous un angle bien précis: celui du regard. Vivre c'est voir et voir c'est vivre...
Ensuite, le metteur en scène aime à montrer, faire voir, et bien sur montrer des gens qui voient, c'est la base même de son cinéma. On se souvient tous du plan dans Jaws du shérif Brody, sur la plage, qui voit ce dont il a tant peur, l'attaque d'un requin. C'est par la vue que Sam Neill, dans Jurassic Park, comprendra enfin où il est, et tout mot deviendra inutile.
Et troisièmement, et c'est particulièrement lié aux deux exemples dont je viens de parler, Spielberg est toujours motivé, et ce depuis son premier film, par le défi de montrer et donc de faire voir ce qu'on ne verra peut-être jamais: recréer des moments- clés (Le vote du 13e amendement dans Lincoln ou le débarquement en Normandie dans ce film), montrer des choses intenses comme on ne les a jamais aussi bien vues (La fuite de la famille dans The war of the Worlds, la scène de suspense haletante dans The lost world, ou tout Jaws), et enfin montrer l'inmontrable, ce qui n'existe pas, ou ce dont on ne peut pas témoigner parce qu'on n'y survivra certainement pas, et en plus on n'a pas toujours une caméra sur soi (Une attaque de requin, une rencontre avec un alien, ou le chaos créé par la psychose d'une attaque des japonais en Californie après Pearl Harbor!).
Et ces trois aspects sont particulièrement en évidence dans ce film, qui questionne, annule et remplace tout ce qui faisait jusqu'à présent le film de guerre, en en raffinant la technique jusqu'à l'extrême, et en y trouvant une nouvelle façon de gérer les deux aspects indissociables et inconciliables du genre: the big picture, comme disent les anglo-saxons, ici le débarquement et sa suite; et the small picture donc: c'est quoi, exactement, débarquer? se prendre une balle? sauver un copain? tuer un ennemi? perdre ses organes? Tout le film passera de l'un à l'autre et ça tombe bien car c'est effectivement le sujet de ce film profondément, mais jamais aveuglément, humaniste.
La première séquence est une courte introduction, qui engage le spectateur dans son premier rapport au regard, situé à l'orée de 27 minutes à couper le souffle; un vieux soldat Américain se rend, 50 années après la guerre, sur un cimetière Français en compagnie de sa famille. Il cherche une tombe, la trouve: un gros plan de son visage nous le montre, regardant intensément dans ses souvenirs. Ces souvenirs, ce sont donc les moments du débarquement, tel qu'on ne l'a jamais vu. Spielberg nous plonge au coeur de l'action et contrairement à ce que l'équipe de Darryl Zanuck avait souhaité faire en 1962, il nous réserve les vues d'ensemble pour la fin, épousant en permanence le point de vue des soldats dans ce qu'ils vient, et donnant à voir ces moments brutaux et hallucinants dans tout leur réalisme, à hauteur d'homme... Ce qui n'avait jamais été fait aussi bien.
Ensuite, une fois les soldats (Et un capitaine, qui encaisse avec difficulté la situation, et qui sera notre principal "héros") débarqués, et la situation permettant d'avancer, l'intrigue proprement dire peut commencer; un des soldats morts s'appelle Ryan; on voit ce qui se passe quand l'armée doit donner la nouvelle de la mort d'un soldat à sa famille. Et le problème, c'est que Mrs Ryan, qui avait perdu un de ses quatre fils la semaine passée, va devoir faire face cette fois à la mort de deux d'entre eux. Une décision est prise, symbolique bien sur; en très haut lieu: retrouver, sauver,et rapatrier le quatrième, James Francis Ryan (Matt Damon). Cette mission échoit à un homme auquel on a semble-t-il beaucoup demandé, le capitaine Miller que je mentionnais plus haut (Tom Hanks): pas un héros professionnel, juste un homme qui fait le travail qu'on lui confie et tente de le faire bien. Pas le genre non plus à discuter un ordre mais il n'est pas bête: il sait qu'il va devoir, dans une quête absurde, risquer la vie de plusieurs hommes pour en sauver un seul...
Les hommes en question sont issus de toutes les couches de la société Américaines, sauf que tous sont blancs... Dans les statistiques, c'est tout à fait réaliste; hélas: à ce stade du débarquement, la grande majorité des soldats Afro-Américains était déjà décimée... N'en demandez pas plus, je pense que c'est inutile! Mais sinon on a un groupe de personnalités réunies derrière Tom Hanks, avec un petit soupçon de convention bien dosée: Caparzo (Vin Diesel), le docteur Wade (Givanni Ribisi), Mellish (Adam Goldberg), un juif qui s'amuse d'ailleurs beaucoup à montrer un pendentif avec une étoile de David à des prisonniers Allemands, il y a aussi le sergent Horvath (Tom Sizemore), le sniper Jackson (Barry Pepper), le soldat Reiben (Edward Burns) et enfin le caporal Upham (Jeremy Davies), un traducteur qui n'a jamais été au combat. Le rapport qui s'établit entre eux est un mélange assez usuel de camaraderie et de chamailleries douteuses. Mais tous s'entendent plus ou moins sur un point: pourquoi aller risquer sa vie pour trouver un type?
Malgré tout, quand ils le trouvent, il s'avère que c'est un vrai brave type, qui commence par dire qu'il est hors de question surtout maintenant qu'il a perdu ses trois frères, de laisser ses frères de combat se débrouiller...
Le film avance donc en trois parties distinctes: le prologue à Omaha Beach, la recherche du soldat Ryan, et enfin une fois qu'il a été trouvé, une bataille improvisée pour garder un pont, qui sera l'occasion pour la petite troupe d'être assez largement décimée. J'ai parlé de point de vue, tout à l'heure: celui des Allemands, ou celui des Français voire des Anglais, sont totalement absents: c'est un parti-pris qui n'a rien de gênant car il permet justement de se concentrer sur le point de vue de ceux dont la mission embarrassante est de sauver le Soldat Ryan: les SS sont leurs ennemis, et quand d'aventure ils en ont un entre les mains, il passe un sale quart d'heure. L'héroïsme dans ce film est réel et authentique: on ne se lève pas en se disant qu'on deviendra un héros, on prend juste des décisions au moment ou il fait les prendre: quelquefois, ce sera la bonne... Quelquefois pas. tous ces hommes ont parfois un comportement admirable et parfois pas. Mais la vue d'ensemble est toujours là pour qui veut bien la voir: et c'est le Capitaine Miller qui s'en charge.
L'expérience de ce film est sensorielle, fatigante et comme je disais plus haut, divisée en trois. Il est de bon ton, et en effet ça se justifie, de dire que le film n'est jamais meilleur que dans ses premières 27 minutes. Mais il serait stupide de condamner le reste qui est parfois critiqué pour ses émotions: pour commencer, peut-on imaginer une guerre sans émotions? Et le metteur en scène a su différencier ses trois parties pour rendre le tout vraiment intéressant: la deuxième partie vire parfois au picaresque, et montre de quelle façon les hommes sont poussés à s'opposer (Notamment sur le sort d'un prisonnier de guerre). Le rôle de Upham, le novice et le naïf, est important pour faire le lien avec le spectateur. Mais la troisième partie reprend le réalisme dur de la première, sans qu'il y ait cette notion de parcours, d'avancée propre au débarquement.
Lors de ces scènes de la bataille finale, Spielberg fait faire du sur-place à ses soldats, et invoque l'héritage de Kubrick et de Full Metal jacket, mais aussi celui de Kurosawa pour la recherche de la maîtrise des armes dans le chaos de l'adversité. La façon dont Miller déploie ses troupes renvoie aux Sept Samouraïs... une bonne dose de lyrisme en moins. e sont ces scènes qui font vraiment s'affronter les hommes qui se trouvent être Américains (mais auraient pu être de n'importe quelle nationalité) et leurs ennemis, se trouvant être des Allemands. C'est là qu'on trouve des plans extraordinaires de vie et de mort et cette troisième partie, âpre et sans compromis, donne tout son sens au film: on y montre la guerre dans toute son horreur, mais aussi dans toute sa nécessité: on m'attaque, je me défends. Je l'attaque, il se défend. Bref, les actes et les faits de la guerre. Rien de plus, rien de moins.
On sort pour une fois du cadre habituel des courts métrages de Tom et Jerry: accompagné d'une voix off (avec un accent légèrement Viennois), le film nous montre Johann Mouse (Jerry), la souris qui vivait chez Strauss, et qui aimait tant danser sur Le Danube bleu... Jusqu'à ce qu'un chat (Tom) le repère, et tente de s'en approcher. Voyant que Jerry ne résiste pas à la musique, le chat décide d'apprendre, et les résultats seront inattendus...
J'aime beaucoup le gag qui consiste à voir Tom apprendre le piano en six leçons (alors que pour maîtriser cet instrument, il convient d'en prendre au moins quinze, si ce n'est dix-sept)... Sinon, Tom et Jerry en musique, ça marche toujours, et les gags qui se déclenchent la plupart d temps quand la musique s'arrête contiennent en particulier une série de variations sur le principe de Tom s'écrasant sur un mur. Comme d'habitude, on se dit que ça doit faire mal...
L'itinéraire de Madame du Barry, petite couturière montée en grade, de canapé en lit, jusqu'à devenir la favorite de Louis XV... Commencé dans le cadre plaisant et tranquille d'une maison de couture, cela finira sur l'échafaud, en 1792...
Pola Negri est la vedette incontestée d'un film où Lubitsch, rompu à la comédie mais pas seulement, emploie une troupe de gens qu'on a déjà vus et qu'on reverra: Emil Jannings est un Louis XV formidable, Henny Porten interprète une courtisane jalouse, et on verra aussi Harry Liedtke, Victor Janson, ou Reinhold Schünzel. Le film est long, imposant même et on sent bien que le but de la production était de montrer, alors que le pays est en pleine débâcle, la puissance du cinéma Allemand, intronisant de fait Lubitsch à sa tête.
C'est vrai qu'il est étonnant de voir ce film quand on est habitué au style volontiers excentrique de ses comédie, mais aussi de ses drames (Die Weib der Pharao). A la lenteur majestueuse souvent préférée par les metteurs en scène Allemands, Lubitsch choisit de préférer le rythme de ses comédies, laissant ses acteurs et son intrigue opérer la mutation vers le drame. Il en résulte un film qui acquiert une puissance phénoménale, et qu'on pourra justement rapprocher de Ann Boleyn, tourné avec Henny Porten et Lubitsch l'année suivante.
En choisissant de raconter l'histoire par l'anecdote, et de montrer le pouvoir par celle qui en profite pour s'élever (en n'étant jamais très regardante pour les méthodes), Lubitsch modernise le film historique, et imprime une bonne fois pour toute sa marque sur le cinéma, faite de petites vignettes, d'un sens de l'observation et du détail, et inévitablement compte tenu du sujet, d'une coquinerie assumée! Et le film, qui fut accompli à grand renfort de publicité, a pu installer définitivement le metteur en scène au sommet.
Et ses deux principaux interprètes, quin'avaient aucun problème à jouer dans un registre propice au mélange des genres, n'ont pas été pour rien dans cette invention de ce qu'on appellera plus tard la "Lubitsch touch".
Inspiré de faits réels, ce film est situé entre The Lost World et Saving Private Ryan. D'une certaine manière, Spielberg répétait l'étrange coup double entre Jurassic Park et Schindler's list, de sortir coup sur coup un blockbuster pas trop regardant et un film visant haut. Mais le malentendu autour d'Amistad, jugé un très piètre reflet de Schindler's list, voire taxé de bêtise par certains commentateurs (Spike Lee n'est pas tendre à son égard, par exemple) est toujours là: film simpliste, manichéen, raté, trop long, qui adopte un point de vue blanc, etc... Les reproches sont nombreux et tous ne sont pas infondés. Mais revu aujourd'hui, alors que la carrière de Spielberg a continué dans ces directions multiples et que le metteur en scène a aussi accumulé les réussites (parfois contestées, mais tant pis) dans des domaines très divers, ainsi que quelques échecs bien entendu, Amistad semble porter en lui une ébauche du style des films à venir...
Rappelons que le script de David Franzoni concerne un incident réel, celui du procès de la Amistad, un bateau Hispanique appréhendé par les autorités Américaines alors que le vaisseau dérivait, conduit tant bien que mal par des esclaves mutins qui avaient pris deux de leurs bourreaux en otages. Ceux-ci, des sujets de la couronne d'Espagne, clamaient être d'honnêtes propriétaires d'esclaves venus de Cuba, et non des trafiquants qui apportaient de la chair fraiche: en effet, en 1839, les Etats-Unis ont banni la traite des esclaves afin de concéder aux abolitionnistes, mais sans abolir l'esclavage afin de satisfaire les esclavagistes du Sud. Un groupe de citoyens et d'avocats, unis par la volonté d'en finir avec l'esclavage, s'emparent du dossier afin de déterminer si les noirs appréhendés sont des esclaves victimes d'un trafic, ce qui légitime leur révolte, ou des esclaves en route depuis Cuba, ce qui les rendrait coupables de meurtre aux yeux de la loi. Parmi les défenseurs, un avocat, Mathew McConaughey; un chef d'entreprise noir, Morgan Freeman, et... un ancien président des Etats-Unis, Anthony Hopkins qui interprète John Quincy Adams! ...Avec eux, les noirs sont représentés par un grand gaillard interprété par Djimon Hounsou, avec lequel la confrontation va tourner au choc de civilisation.
Le contexte est extrêmement bien campé, anticipant bien sur sûr la réussite de Lincoln. Mais en prime, on a le style de Spielberg, qui aime à prendre le spectateur par surprise dans un premier temps et le plonger directement au coeur de l'action avant d'exposer l'intrigue: le film commence en très gros plan par la vision d'un objet qui gratte sur du bois. C'est un esclave qui tente de dégager les chaines qui l'entravent... La séquence qui suit est exemplaire, tout comme les vingt-cinq premières minutes, qui partent dans tous les sens, en adoptant le point de vue des esclaves la plupart du temps. Mais le procès fait largement glisser ça vers un point de vue qui est essentiellement blanc (même Morgan Freeman est d'ailleurs considéré comme tel par le groupe d'esclaves qui rappelons-le ne parlent pas l'Anglais). Mais d'une certaine façon, le choix de Spielberg, pour naïf qu'il soit, est aussi dicté par le fait qu'il y a un monde entre ces esclaves et ces Américains, tous regroupés par un langage commun et une certaine façon d'exercer la démocratie... C'est d'ailleurs à un interprète noir (Chiwetel Ejiofor) qu'il va falloir faire appel lorsque la communication sera nécessaire. John Quincy Adams quant à lui vole évidemment la vedette (Hopkins fait ce qu'on attend de lui) dans un épisode d'appel auprès de la cour suprème qui ne s'imposait pas, et qui est assez pompeux, noyé sous une partition de John Williams qu'on a connu plus inspiré.
Alors que le début était souvent impressionnant dans ses échanges de point de vue (les Mendes pris en esclavage ayant souvent un point de vue très rafraîchissant sur leurs défenseurs), le film tend donc à s'alourdir considérablement sur la fin, après avoir été un exercice excitant et novateur (un peu comme le sera le film suivant dans son ouverture spectaculaire) puis un film de procès honnête mais appliqué. L'histoire y trouve son compte, et le fan de Spielberg y retrouve au moins sa générosité en même temps qu'une bonne dose de roublardise partagée avec Anthony Hopkins...
Une scène énigmatique ouvre le film: une jeune femme dans un magasin de vêtements (en Suisse, comme l'indiquent certains idiomes très spécifiques) a un malaise, puis sort. Hors champ, elle s'écroule, et la réaction des passants est sans équivoque: elle est décédée...
Nous faisons la connaissance de Judith, un femme un peu plus agée, qui vit semble-t-il avec son mari Abdel, et leur fille Ninon. Mais elle quitte le domicile familial pour se rendre... chez son mari, le chef d'orchestre Melvil Fauvet. Judith est mariée à Abdel ou Melvil? Si elle est la mère de Ninon, comment a-t-elle pu le dissimuler à Melvil? De son côté, que sait ce dernier? Qui est la jeune femme du début?
Hélas, on aura TOUTES les réponses, bien rangées sous un paquet cadeau, le même pour tout le monde.
On nous mène en bateau, ce qui peut être plaisant, mais force est de constater que ce jeu de l'esprit est un peu vain, si ce n'est pour permettre à la fois une performance exceptionnelle d'actrice (c'est Virginie Efira), et la construction d'un vague malaise sur l'existence et le sens de nos affections. Sans aller jusqu'à être Attention une femme peut en cacher une autre, le film offre effectivement la vision d'une personne qui, jusqu'à un certain point, se satisfait de vivre au moins une double vie.
Quant à être une réflexion pertinente sur la folie, ou un trouble de la personnalité... n'exagérons rien.
Dans les années 60, à Newcastle (Yorkshire), Kempton Bunton (Jim Broadbent), un sexagénaire de la classe ouvrière, a chez lui un tableau qui a été volé, un portrait du Duc de Wellington racheté par la National Gallery à prix d'or, et qui était particulièrement mentionné par les médias. Il décide de demander, comme rançon, une somme considérable qu'il souhaite utiliser pour des oeuvres de charité. Mais à cause de la petite-amie d'un de ses fils qui menace d'exercer un chantage contre lui, il décide de rendre le tableau... Ce qui va lui occasionner, on s'en doute, bien des ennuis.
C'est une histoire vraie, une de celles qui sont si nombreuses dans le pittorsque de la Grande-Bretagne, celle d'un papy au grand coeur un rien siphonné, qui sous l'irritation qu'il provoque chez son épouse (Helen Mirren) a surtout un insondable chagrin à vivre, celui causé par la disparition accidentelle de sa fille, fauchée à 18 ans sur son vélo, et dont l'absence des années plus tard alimente une incapacité de communication entre les époux. Seul recours pour le mari, déverser son sentiment de culpabilité dans des pièces de théâtre que personne ne produira jamais!
Et pourtant c'est une comédie, un film qui fait reposer son atmosphère légère sur un personnage haut en couleurs, incapable de garder un travail plus de quelques jours, toujours embarqué dans des actions d'éclat, dont celle qui consiste dans un pays où on ne rigole pas du tout avec les taxes du quotidien, à refuser de payer sa redevance puisqu'il a décidé de se passer de la BBC sur son poste de télévision... Un hurluberlu foncièrement sympathique qui avec son bon sens, son excentricité et son bagout, tire aisément la couverture à lui.
Mais ne nous y trompons pas, sous le vernis de comédie à l'anglaise, avec numéro d'acteurs et bons sentiments, il y a aussi un portrait attachant de la classe ouvrière, d'une certaine misère aussi, incarnée par la belle inquiétude d'Helen Mirren. Le film est mis en scène de façon solide et sans nécessairement une grande imagination par le vétéran Roger Michell.
L'entreprise InGen, qui a permis à John Hammond (Richard attenborough) de créer Jurassic Park, a échappé à son créateur, et le monde des dinosaures recréés menace de devenir un site encore plus touristique; mais Hammond, qui reste sur son idée initiale de faire appel au sens du merveilleux et voudrait rester en bonnes grâces auprès de la communauté scientifique, demande au docteur Ian Malcolm (Jeff Goldblum) d'aller sur place dans une île secondaire, avant que les hordes de chasseurs, ingénieurs et autres avocats, ne débarquent pour transformer les lieux en parc d'attraction. Leur mission? Observer les dinosaures dans leur habitat...
Une suite? Spielberg avait réussi à s'en abstenir, à l'exception de ses Indiana Jones, jusqu'à ce film. Quelle que soit la qualité du film, il était inévitable d'une part qu'on puisse accuser la chose d'être d'un flagrant opportunisme, d'une totale inutilité, et d'une certaine redondance. Le fait est qu'après Schindler's list on voyait mal un metteur en scène s'atteler à un "petit film de dinosaures". J'ai déjà souligné les paradoxes suivants: d'une part, Spielberg fait 1941 un jour, et Raiders of the lost ark le lendemain, en planifiant de réaliser E.T. plus tard. C'est un metteur en scène, attiré par toutes les possibilités du cinéma... D'autre part, sans Jurassic Park, Schindler's list ne se serait pas fait. Donc The lost world est pour Spielberg la possibilité de prolonger sa filmographie de deux ou trois films ambitieux qu'il rêve de faire, parmi lesquels Amistad, Saving private Ryan, et A.I.... Donc au doublé incroyable de 1993 (Jurassic Park suivi de Schindler's list), le réalisateur va ajouter un triplé impressionnant en 1997 - 1998, en faisant suivre son deuxième film de dinosaures de deux ambitieuses fresques historiques, les sorties s'étalant entre le mois de Mai 1997 et celui de Juillet 1998.
Donc maintenant qu'on se retrouve avec une suite, on y verra beaucoup de redites, des échos des thèmes déjà présents dans Jurassic Park, des moments qui sont hérités du roman Jurassic Park mais qui avaient été écartées (l'ouverture du film est claquée sur celle du premier roman, au lieu d'être inspirée du deuxième), et certains personnages reviennent... mais pas beaucoup. Si on ne verra pas les personnages de Sam Neill et Laura Dern (qui seront tous les deux, dans des proportions différentes, présents dans Jurassic Park III de Joe Johnston, Ian Malcolm (Jeff Goldblum) revient, et d'autres personnages viennent augmenter la donne, parfois de manière un peu plaquée, comme sa petite amie (Julianne Moore) et sa fille (Vanessa Lee Chester). Surtout, le film va explorer de façon importante un thème cher à Spielberg, qui était présent dans le premier film, mais devient central au deuxième: la famille. de même que les protagonistes sont les éléments d'une famille, aussi disparate soit-elle, les T-Rex du film sont un couple avec enfant, et la défense de leur cocon familial devient l'enjeu évident du film.
Spielberg reste Spielberg, et si le film est souvent un peu facile dans sa reprise des attractions du premier (un chasseur isolé qui se croit plus intelligent que les petits dinosaures va finir par se faire bouffer, un peu de la même façon que le hacker Nedry dans Jurassic Park, et un suspense est lié à la façon de chasser des vélociraptors, une fois de plus les stars du film), il y a aussi, grâce aux effets numériques, une chasse délirante qui fait intervenir hommes et dinosaures avec une diabolique efficacité, et surtout une séquence de suspense impliquant une petite fille, un camping-car de luxe, une falaise, et une paire de T-Rex.... Notons que le film est l'un des plus violents, voire impitoyables de Spielberg, aussi bien sur le suspense que sur la violence suggérée ou explicite. Le prologue, avec sa petite fille attaquée (hors champ, mais la réaction de sa mère après coup est sans équivoque) ne dit pas autre chose. Fuite en avant délibérée d'un réalisateur qui a d'autres films à faire, ou tentative de rentrer dans le lard de la censure?
Et il y a surtout, plus un écho au Monde perdu de Conan Doyle qu'à celui de Michael Crichton, une séquence durant laquelle un T-Rex sème la panique dans San Diego, qui pour moi renvoie autant au film d'Harry Hoyt (The lost World) adapté du roman de Doyle, qu'à King Kong. A ce sujet, d'ailleurs, on pense autant à ce dernier film, qu'à Nosferatu devant l'anecdote du vaisseau fantôme, dont tous l'équipage a été mangé par un T-Rex, ce bateau ayant été baptisé S.S. Venture, comme le bateau de Carl Denham qui ramènera le gorile géant dans le film de Schoedsack et Cooper... Et dans les deux cas, Spielberg semble au moins nous dire, tout ça c'est bien gentil, mais n'oublions pas que nous ne serions pas en train de faire ce film, sans l'animateur Willis O'Brien et ses poupées articulées de créatures fantastiques, sans les grands réalisateurs de ces films fantastiques...
Bref, on l'aura compris, comme toute suite, celle-ci affiche fièrement son inutilité. Mais elle le fait avec panache, et surtout avec sa dose de cris. car comme le dit Ian Malcolm, "Oooh, Aaah, that's always how it starts. then later there's running, and um, screaming".
Oskar Schindler (Liam Neeson), un nazi arrivé à Cracovie durant la seconde guerre mondiale, se met toute l'intelligentsia Allemande locale (les nazis, et la SS) dans la poche, et commence à exploiter la main d'oeuvre bon marché des juifs du ghetto. Son argument, présenté à Itzhak Stern (Ben Kingsley), celui qu'il engage comme comptable: les ouvriers polonais sont chers... A charge pour Stern d'engager des juifs qualifiés pour peupler l'usine Schindler, qui fabrique des métaux émaillés (couverts, poêles, casseroles et plats)... Stern ne tarde pas à détourner à l'insu de Schindler le recrutement, pour permettre au plus grand nombre de juifs du ghetto de travailler et donc d'avoir plus de chances de survivre, qu'ils soient qualifiés ou non. Tout en faisant parfois les gros yeux à son comptable, Schindler laisse faire et finit par adopter la même conduite... Mais l'entreprise risque d'être mise à mal quand arrive un offificer SS, Amon Göth (Ralph Fiennes), dont la mission est claire: superviser la gestion du ghetto de Cracovie, semer la terreur, il a d'ailleurs carte blanche, et à terme liquider le ghetto, qui est transformé en un camp d'internement dont parfois des trains s'échappent à destination d'Auschwitz.
Dès le départ, après une courte introduction qui anticipe sur la dernière heure (et qui met en scène la fameuse "liste" du titre) Spielberg se focalise sur son héros, un homme qui a une prestance incroyable, et qui s'apprête pour sortir et aller à la rencontre des nouveaux maîtres de la Pologne. Il ne nous épargne aucun aspect de cette préparation, qui passe par l'élégance, le geste raffiné... et le choix assumé de l'opportunisme: Schindler accroche à sa veste un bouton marqué d'une croix gammée... Pourtant durant toute la séance la tête de Liam Neeson restera cachée, ne nous étant révélée qu'en deux temps, à la fin de cette séquence: il s'installe à une table de restaurant et parle au garçon qu'il arrose d'un billet pour qu'il l'aide à capter les grâces d'un groupe de nazis en uniforme. Quand on voit sa tête, il est frappant de voir qu'il ressemblerait presque à l'acteur Fritz Rasp ("l'homme maigre" du film Metropolis de Lang, un personnage ambigu, à la fois inquiétant et du bon côté). Ensuite, le petit personnel se demande qui est cet homme, vu à travers une vitre: dès le départ, Spielberg agit en virtuose pour guider le regard de ses spectateurs avec celui de ses protagonistes...
Le film a eu une longue histoire de pré-production, durant environ dix années. A l'origine du projet, un autre film qui ne s'est jamais fait, un projet de Poldek Pfefferberg, l'un des 1200 survivants de cette histoire authentique: il avait approché la MGM au début des années 60 pour développer un film épique autour du sujet, mais le studio, avec sa frilosité caractéristique, n'avait pas daigné donner suite. Les souvenirs de Pfefferberg ont ensuite alimenté un roman de Thomas Keneally, paru en 1982, Schindler's ark. C'est à ce moment que Spielberg a commencé à s'y intéresser, se jugeant encore immature et pensant qu'il avait sans doute besoin d'une dizaine d'années supplémentaires avant de s'y attaquer! Le projet est passé de mains en mains, et la liste des noms des réalisateurs qui ont été approchés, pressentis, ou se sont tout simplement déclarés volontaires, est impressionnant: Roman Polanski, Sidney Pollack, Martin Scorsese, Brian de Palma... Même Billy Wilder avait, un temps, désiré en faire son dernier film, mais son grand âge, et la décision de Spielberg de s'y atteler, avait eu raison de lui. On ne va pas comparer le résultat final avec Buddy Buddy, le vrai dernier film de Wilder sorti en 1981, ce serait déloyal...
L'un des aspects les plus spectaculaires du film, sans doute, lui est totalement extérieur. Spielberg a obtenu les quasi pleins-pouvoirs sur son film en acceptant le marché que lui faisait la Universal: réaliser un autre projet d'abord, qui promettait d'être particulièrement lucratif... La production de Jurassic Park a occupé Spielberg d'Août à la fin Novembre 1992; le tournage de Schindler's list a commencé le 1er Mars 1993, donc si on admet que Spielberg a forcément mis la main à la pâte, et pas qu'un peu, de la post-production de son film de dinosaures (impliquant de nombreuses scènes avec animation 3D, et autres techniques plus traditionnelles comme le stop-motion), c'est sans doute un homme fatigué qui est arrivé à Cracovie en Février. Le tournage a duré 92 jours...
Le film a été tourné en noir et blanc, dans un style qui renvoie au cinéma classique autant qu'au documentaire, et Spielberg a été moins directif sur la composition de chaque plan, s'efforçant d'obtenir des images "réelles", d'où un tournage éloigné des studios. Le noir et blanc a deux effets: d'une part, il est proche des images d'archive, une intention évidente de Spielberg. D'autre part dans le cinéma de 1993, il tranchait singulièrement, accentuant le côté "fiction", ce qui allait être reproché à Spielberg, notamment par Claude Lanzmann, le réalisateur du documentaire Shoah. En choisissant pourtant le point de vue de Schindler, et en prenant souvent une distance d'historien avec les événements qui sont filmés (le plus notable étant la liquidation du ghetto, une séquence aussi épique qu'éprouvante), Spielberg a pourtant fait un choix crucial, celui de traiter de la Shoah et de ses à-côtés comme un drame humain et non une manifestation religieuse du destin, qu'on n'aurait la possibilté d'évoquer qu'avec la parole.
Parfois il sort de son choix "documentaire" pourtant, en particulier avec un code de couleurs qui est hérité du cinéma muet, des inserts de couleur dans l'image pour deux séries de séquences: d'une part, Schindler est témoin du massacre de Cracovie, et voit une petite fille qui tente d'échapper aux SS, et son manteau rouge est souligné par des couleurs appliquées probablement de façon numérique. Le manteau rouge, symbole d'un crime vu et su, mais contre lequel on n'a rien fait, revient ensuite occasionnellement, comme pour incarner la mauvaise conscience de Schindler. Sinon, des bougies qu'on allume quand Oskar Schindler autorise ses ouvriers à pratiquer un rite religieux, bénéficient aussi de la couleur comme un symbole du retour de la vie...
L'approche documentaire combinée avec le sens aigu de la narration du réalisateur, son don inné pour le suspense et le talent singulier du chef-opérateur Janusz Kaminski (qui a depuis travaillé sur tous les films de Spielberg) font merveille dans des scènes qui s'impriment au plus profond de son oeuvre: la fin du ghetto, déjà mentionnée (un quart d'heure de film), certaines vignettes comme le petit garçon caché dans les toilettes, la vue depuis la "villa" d'Amon Göth qui pour tromper son ennui s'entraine au tir en dégommant les prisonniers à coups de fusil, la "neige" sale, en fait des cendres qui proviennent d'un charnier, transportées par le vent... On a fait grand cas d'une scène située à Auschwitz, où des ouvrières de Schindler sont transportées par erreur, et menées aux douches. La séquence distille un suspense que je n'hésite pas à qualifier de malsain, mais que je me refuse à reprocher aux auteurs du film: en suivant les infortunées ouvrières, qui seront d'ailleurs libérées ensuite, jusqu'à un endroit où on sait qu'on y pratiquait une ignoble liquidation, permet d'aller au bout d'une représentation fictive des circonstances de la Shoah, sans aller jusqu'au bout d'une visualisation de l'innommable. En d'autres termes, Spielberg dans son film va montrer jusqu'où le cinéma peut aller: d'ailleurs, après leur passage par une douche, les femmes savent que la fumée incessante qui sort des grandes cheminées est produite par des corps qu'on brûle. A l'heure où tant de fâcheux font leurs choux gras d'une remise en cause de la solution finale, il est nécessaire de se donner tous les moyens de la raconter et de la rappeller...
Il utilise aussi à merveille les anecdotes et les événements qui concernent les personnages qu'il a introduits (tous modelés d'après d'authentiques "Juifs de Schindler"), et parfois utilise le suspense, l'un des ses traits les plus marqués: ainsi quand Amon Göth, sous l'influence de Schindler, pardonne à un enfant juif qui est venu nettoyer sa baignoire, et qui n'a pas réussi à la récurer à fond, nous voyons le gamin quitter la maison, puis Göth seul commence à réfléchir sur son acte de bonté... Et à la fin nous voyons l'enfant de dos, quand Göth commence à tirer dans sa direction.
Le film évoque donc une anecdote, c'est vrai qu'au regard des six millions de victimes juive de la solution finale, et des quatre millions d'autres victimes, les 1200 "Schindlerjuden" (Juifs de Schindler) sont une goutte d'eau. Mais la façon dont un homme, essentiellement un arriviste et un opportuniste auto-déclaré, nazi par prudence autant que par opportunisme, va se transformer en un sauveur, est une histoire fantastique. Une histoire qui contient son taux d'échec aussi, comme le montre le film: après avoir accumulé une fortune en exploitant des ouvriers juifs, Schindler va dépenser ce pactole en une tentative de sauver le plus grand nombre, et la fin le voit s'écrouler: il n'en a pas sauvé assez, dit-il...
Reprocher comme Claude Lanzmann l'a fait de replacer la Shoah dans la fiction est à mon avis une erreur, à plus forte raison à une époque où d'un côté les salauds de toutes espèces mettent en doute la solution finale, et d'autres estiment que la Shoah est un prétexte usé jusqu'à la corde dont les juifs abusent. Spielberg a mis beaucoup de lui même dans ce film, et l'a réalisé en partie pour se reconnecter à ses racines juives, mais il l'a aussi fait en laïc, avec le souhait de donner à voir (toujours ce mot d'ordre chez Spielberg, l'homme-cinéma par excellence) l'histoire pour tout le monde. Et ce film est à rapprocher de ses grandes épopées (dans la lignée de celles qui étaient déjà sorties à cette époque, The color purple et Empire of the sun), qui ont toutes du reste beneficié du même soin, même avec des approches différentes. Pourtant l'approche documentaire révélée par Schindler's list fera des petits dans l'oeuvre du réalisateur: Amistad, Saving private Ryan, Munich, mais aussi War of the worlds ou West Side Story bénéficieront d'une approche assez similaire.
En choisissant de passer de sa relative fiction à un final (en couleurs) qui montre les survivants déposer une pierre sur la tombe d'Oskar Schindler, Spielberg ofre une conclusion lyrique (qui trouvera un écho cinq années plus tard dans Saving private Ryan) mais le générique se déroule sur un chemin pavé qu'on a vu dans le film: le camp qui remplace le ghetto de Cracovie après son démantèlement peut s'accéder grâce à ce passage de pavés, mais ces pavés sont des pierres tombales. Une fin appropiée pour ce film qui raconte un épisode clé, émouvant, et inattendu de la Seconde Guerre Mondiale, et qui montre comme seul Spielberg sait le faire ce qu'habituellement on ne montre pas ou qui est indicible. Donc un film indispensable? Ca oui. Et un film qu'il faudrait remontrer...
Ally (Alison Brie) est une créatrice et présentatrice d'un reality-show, qui est sur le déclin. Quand elle apprend que le réseau qui l'accueille s'apprête à l'annuler, elle décide de faire ce qu'elle n'a pas fait depuis longtemps, rentrer chez elle à Leavenworth, état de Washington, d'où elle était partie pour Hollywood avec des rêves exigeants: devenir documentariste. Sur place, elle va voir sa mère (un peu), et surtout Sean (Jay Ellis), son ancien petit ami, avec lequel le charme agit toujours. Sauf qu'il s'apprête à se marier. Ally décide de jouer le tout pour le tout et de profiter du mariage pour le reconquérir.
C'est le principal noeud à problème du film, en fait: l'idée que cette reconquête d'un amour passé puisse être effectuée lors du mariage est quand même gonflée, mais le film est particulièrement atypique, dans un genre miné par tellement de conventions qu'il en est devenu souvent insupportable. Dave Franco, dont c'est le deuxième film, a volontairement placé sa comédie sentimentale dans la lignée des films des années 80 plutôt que de cocher toutes les cases du genre actuel: sage décision. Car Somebody I used to know, porté par Alison Brie (qui est exceptionnelle de naturel) en devient profondément original, finalement, centré autour du point de vue et de la vie de l'autre femme, celle qui va tout faire pour empêcher un mariage.
Mais surtout, on y verra que des fois, le problème dans un triangle amoureux de ce type, ce n'est pas "l'autre femme", justement, mais bien l'homme lui-même, objet de toutes les convoitises. En rencontrant Cassidy (Kiersey Clemons), la fiancée de Sean, Alison se pose en rivale, avant de voir qu'elle a beaucoup en commun avec elle. ...Ce qui lui permettra de constater qu'en épousant Cassidy, Sean revient à un schéma qui renvoie à leur relation passée: Cassidy est une musicienne avec des rêves de tournée, tout comme Ally était aspirante réalisatrice. Ally a du rompre pour accompir son rêve (plus ou moins, puisqu'elle a perdu son objectif en route) là où Sean demande justement à Cassidy de briser sa carrière pour rester avec lui.
Souvent loufoque, d'un ton légèrement (mais pas trop) décalé, rempli de personnages attachants, et mené par une actrice dont on savait déjà à quel point elle était versatile, c'est une petite halte atypique qui fait plaisir. L'équipage Brie-Franco me paraît être une équipe à suivre.