Tom, Jerry et un chien sont embarqués dans une spirale infernale de chicaneries, de violences et de poursuites quotidiennes. Apparemment, le chien est le plus lucide des trois: il leur propose de signer un pacte et de cohabiter tranquillement. Ils deviennent les meileurs amis du monde, s'épaulant pour contrer les attaques extérieures, qu'elles viennent d'un chat ou d'un chien. Leur amitié et leurs belles résolutions résisteront-elles à l'apparition d'une tentation particulièrement forte: une bon gros steak?
Bien sûr que non! Sinon où serait l'intérêt? Dans ce film, seul le chien parle, Tom et Jerry devenant presqu'une entité à part entière, seconds ex-aequo dans la hiérarchie derrière un chien pacifiste et idéaliste... Jusqu'à un certain point. Le film accumule, dans sa première et sa dernière partie, quelques intéressantes marques de castagne bien sentie, bien évidemment. Mais il est aussi et surtout notable pour une bande-son absolument exceptionnelle; je ne parle pas ici de la musique, dominée d'ailleurs par des extraits ciblés de The Wizard of Oz, mais bien des merveilleux effets sonores, qui ont fait l'objet d'une impressionnante recherche...
Dans un magasin de jouet, un pantin chante une chanson légère dans une chorégraphie qui fait intervenir ses "collègues"...
Difficile à croire en voyant ce film de 1932, mais c'est de là que viendront tant de dessins animés de la Warner, de ceux qu'on appelle abusivement les Looney tunes. Rappelons qu'il y avait deux séries, inspirées l'une comme l'autre des Silly symphonies, et l'appellation de chacune d'entre eux était d'ailleurs comme un écho à cette prestigieuse série de courts métrage de chez Disney, l'autre étant Merrie Melodies.
C'est à cette dernière qu'appartient ce film réalisé par Rudolf Ising, qui allait dominer cette décennie, ou du moins la première moitié, avant d'être dépassé par de nouveux animateurs, de nouvelles inspirations et un ton nettement plus satirique.
Parmi les animateurs présents sur ce film, il y a fort à parier qu'on trouvait le jeune Isadore "Friz" Freleng, qui allait être très marqué par un truc de chez Disney auquel on n'échappe pas ici: le film est dirigé et sonorisé au métronome, une tendance qui allait faire les beaux jours de ces films de Freleng dix ou vingt années plus tard, qui verraient le chat Sylvestre marcher sur la pointe des pieds au son d'un enemble de cordes pizzicati...
Dan (William Powell), un prisonnier évadé, se trouve dans un bar à Hong-Kong: il a tué un homme, un bandit redoutable, mais la loi est la loi, et son évasion a eu lieu durant son transfert vers la prison de San Quentin où il était prévu de l'exécuter.
Joan (Kay Francis), une belle dame de la haute société de San Francisco, voyage en extrême orient pour oublier son destin: atteinte d'un mal incurable, elle n'en a que pour quelques mois, quelques semaines même si elle continue. Elle se trouve dans un bar, à Hong-Kong...
Les deux se retournent et se retrouvent nez à nez l'un avec l'autre, condamnés au coup de foudre... Dès le lendemain, ils seront sur le même bateau, en route chacun vers son destin, l'une flanquée d'un médecin qui se désespère de voir sa patiente aux prises avec des émotions qui pourraient la tuer, l'autre accompagné d'un policier embarrassé de devoir accompagner Dan jsqu'à sa mort programmée.
Ce n'était pas la première fois qu'un film réunissait Kay Francis et William Powell, dont l'alchimie était rendue évidente par leur capacité à évoluer aussi bien dans la fantaisie que dans les sentiments. Mais ici, c'est le souffle romantique qui gagne, rendu d'autant plus poignant par le fait que chacun des personnages est non seulement condamné, mais en plus a décidé de le cacher à l'autre... Il en ressort une impression d'urgence, dont Garnett a l'élégance de la rendre très subliminale. Mais quand ils se rencontrent, aucun doute possible: nous savons que nous avons assisté à un coup de foudre, dont le motif des deux verres cassés (qui permettra d'ailleurs quelques gags) sera un écho jusqu'à la toute fin du film.
Le film repose totalement sur l'alchimie entre les deux personnages, mais aussi sur leur talent propre, singulièrement; on a rarement vu Kay Francis utiliser autant le magnétisme de son regard sans pour autant tomber dans le cliché, ou William Powell suggérer la gravité sous-jacente avec aussi peu d'efforts.
On repose ici sur une tradition tellement ancrée dans les années 30 qu'elle serait presque un genre à part entière, celle du film de croisière... a ces deux personnages mentionnés plus haut, et ce brave policier sentimental incarné par Warren Hymer, viennent s'ajouter deux personnages qui à la fois aident l'intrigue, et la saupoudrent d'une dose de comédie: un pickpocket alcoolique (Frank McHugh), qui va contribuer à des tentatives de sauver Dan, et une fausse comtesse (Aline Mac-Mahon) dans un de ses rôles les plus touchants. Le tout enveloppé dans la classe des productions de la Warner des années pré-code, et en prime le film ne dure que 67 minutes...
Au début du 20e siècle, dans la campagne de Géorgie, la petite Celie Harris grandit en subissant les assauts de son père; rejetée en raison de son physique, elle trouve sa seule consolation avec sa petite soeur Nettie (Akosua Bosia), pour laquelle elle a peur: leur père commence à la regarder de travers... Mais Celie est donnée en mariage à Albert (Danny Glover), un fermier veuf qui a déjà trois enfants. Quand Nettie vient se réfugier chez eux, Albert tente de la violer et la chasse à cause de l'humiliation qu'il a subie. Puis, loin de sa soeur, Celie (Whoopi Goldberg) continue à grandir et vieilir, en accompagnant son époque, espérant toujours retrouver sa soeur.
Les traces de l'esclavage sont inévitables dans un film qui nous montre un Sud à dominante Noire: au début du XXe siècle, la population des coins les plus pauvres de la Géorgie (ancien état esclavagiste jusqu'à la fin des conflits) a pour origine la plupart des esclaves libérés , que la ségrégation a cristallisés dans un dénuement aussi bien économique que culturel. L'esclavage n'est plus là, et les personnages sont dans leur ensemble leurs propres maîtres (du moins les homme) mais ils sont les héritiers d'une situation qui leur a été imposée et dont ils ne sortiront pas. Les seuls blancs aperçus dans le film, globalement, sont le maire et son épouse (une folle persuadée d'aider les "gens de couleur" comme elle les appelle, en en faisant des domestiques), quelques passants, et un boutiquier qui voit d'un mauvais eil ses clientes noires... Mais cet isolement des populations Afro-Américaines les enferme justement dans ce dénuement, et les empêchent de suivre la marche du progrès à leur guise. D'ailleurs, il est intéressant de constater que ce sera dans Dickens que Celie apprendra à lire. Spielberg adoptera un ton de mélo frontal en relation avec l'oeuvre de l'écrivain Anglais pour son film.
L'homme, dans ce film, est malgré tout l'ennemi désigné par Celie, Nettie, et par Sofia, le personnage pittoresque incarné par Oprah Winfrey, qui domine d'ailleurs une bonne partie du film par sa truculence. Chacune des quatre femmes du film a sa propre façon de vivre avec; Celie, qui n'a comme réflexe que de se soumettre (à un quasi-esclavage domestique, aux coups, au viol institutionnel), a beaucoup à apprendre des autres: de nettie qui lui apprend à lire et écrire, et lui donnera parfois la force de résister; de Sofia qui affiche un fort caractère qui ne sera brisé que si elle lisse son mari la battre; et de Shug Avery (Margaret Avery), la maîtresse de son mari, qui lui apprendra d'une part qu'elle peut trouver du plaisir dans la sexualité, et d'autre part qu'on n'a pas besoin des hommes pour ça... Ainsi, derrière la narration "à l'ancienne" Spielberg glisse une lecture féministe et lesbienne intéressante dans son film; une thématique qui était partie intégrante du roman adapté...
Spielberg joue évidemment sur les couleurs, en les limitant d'abord, puis en commençant à les offrir, de plus en plus généreusement au fur et à mesure de l'volution du personnage de Celie... La couleur pourpre du titre, c'est à la fois cette part de liberté contenue dans la sexualité et l'affirmation de la force féminine, et c'est un souffle qui se manifeste chez tous les personnages féminins, justement. Nettie qui va trouver refuge en Afrique où elle finira de s'émanciper en trouvant ses racines; Shug qui ira au bout de son art (elle chante du jazz) et y retrouvera ses racines Baptistes en renouant avec son père pasteur; Sofia qui fera de la prison pour s'être rebellée contre des blancs, mais gardera l'affection de toute sa communauté; enfin, Celie qui finira par dire non, et partira à l'aventure dans un grand geste d'émancipation...
Le film possède un ton, je le disais plus haut, assez proche du feuilleton, comme en écho à un style volontairement limité: Alice Walker est souvent comparée à Faulkner pour la narration de ce film, supposée être due à une femme qui a du se cacher pour apprendre à écrire. Mais Spielberg va parfaire ici une technique narrative qui renvoie délibérément, en dépit d'un format (1:77:1, probablement) ni trop large ni pas assez, mais en tout cas plus large que le petit écran cathodique (de 1:33:1), à ses années de télévision: une époue durant laquelle il lui fallait s'imposer des gros plans tout en faisant tout pour filmer les personnages de loin, d'où une composition riche et surprenante. Par l'insertion de ses gros plans dans des plans généraux, il crée à la fois une disruption surprenante de son matériau filmique (soit des plans qui attirent inévitablement l'attention) et une narration cohérente, faite de la présence systématique d'un point de vue. Ainsi en est-il par exemple du plan ci-dessous, qui en nous donnant en premier plan la nuque d'Albert, semble nous imposer son point de vue, et on sait que la scène ira dans son sens... En permanence les personnages (et en particulier Celie) seront coincés dans le point de vue, la domination ou l'univers d'un autre, les seules à pouvoir être considérées comme égales étant Celie et Nettie, alignées dans le champ pendant leurs jeu, ou Celie et Shug qui vont devenir plus qu'amies...
Avec une durée plus étendue, ce film qui prend son temps et bénéficie du'ne interprétation impeccable, ainsi que d'une partition chaleureuse (Quincy Jones en lieu et place de John Williams) a créé la polémique, certaines voix se plaignant du fait que Spielberg n'en ait pas délégué la réalisation à un Afro-Américain, par exemple: à ce régime-là, faudrait-il ne lui laisser réaliser que Schindler's list et, disons, Munich? La polémique a resurgi à l'époque de Amistad (1997). N'allons donc pas dans cette direction, ce beau film épique est le premier d'un groupe de 11 film dans son oeuvre qui vont sortir délibrément des sentiers battus des genres établis, qu'il a pu tourner tout en maintenant une forte exigence de qualité et parfois en les alternant de façon spectaculaire (notamment en 1993, et entre 1997 et 1998, consultez les filmographies...). Bref: The color purple, c'est la première pierre d'un chemin qui mène à Lincoln, The bridge of spies, Saving private Ryan, Munich ou encore Schindler's list...
Cornelius (Roscoe Arbuckle) a inventé un vernis spécial qui protège la porcelaine au point de la rendre incassable. Il se rend à un rendez-vous qu'il espère triomphal dans un magasin du centre-ville, sans savoir qu'il emporte avec lui, à la place de son produit miracle, un bocal de cidre maison de son copain (Al St-John)...
Avec un prétexte comme celui-ci, on fait une bobine, pas deux: c'est de là que viendra en fait le titre; afin d'allonger la sauce, on a imaginé tout un prologue au cours duquel Arbuckle, dans un très improbable tacot, se rend en ville avec un essaim d'abeilles (ou de bourdons, le dialogue n'est pas très tranché) qui lui tourne autour, et bien sûr de nombreux gags liés à cette présence embarrassante. C'est d'ailleur là qu'on voit bien que la mission qui avait été confiée au comédien et à son équipe était d'utiliser le son; quoi de plus normal? La production était confiée par Vitaphone...
C'est de la comédie poids lourd (je sais, c'est facile, mais je suis encouragé dans cette direction par celui qui se surnommait lui-même The Prince of Whales), parfois attendrissate par son refus absolu de la sophistication et souvent drôle. Arbuckle était aussi un fieffé coquin, et il ne peut s'empêcher de glisser une petite allusion perfide à la drogue, lorsqu'il présente un vase hors de prix (qui finira évidemment en poussière) à une employée du magasin de porcelaine: il lui demande de souffler dessus pour sécher le vernis avec ces mots: "would you like a little blow?", comme s'il lui proposait de la cocaïne...
Les effets spéciaux, nombreux, montrent leurs limites, et le rythme laisse parfois à désirer. Mais d'une part, ce sont là parmi les derières scènes produites par Arbuckle qui allait mourir quelques mois plus tard; d'autre part, un magasin de porcelaine, ça nous laisse anticiper beaucoup de comédie anarchiste, donc soyons rassurés: mission, à cet égard, parfaitement accomplie...
Dans le Sud profond, un brocanteur un rien excentrique, Hank Martin (James Cagney), se marie avec une institutrice venue de Pennsylvanie: c'est un coup de foudre... Sauf que la jeune femme va très vite se rendre compte du comportement parfois imprévisible de son mari, qui s'emporte contre les gros propriétaires locaux, qu'il accuse de vouloir escroquer les petits fermiers. Il se lance en politique pour faire face à une menace (bien réelle, et bien motivée aussi) de procès en diffamation. De plus en plus, la population suit Hank, qui va se lancer dans la course au poste de gouverneur. Mais est-il vraiment insensible à la corruption?
C'est un film passionnant, tant par ses qualités indéniables que par ses défauts. Cagney joue un personnage comme il en a existé des dizaines, souvent interprétés par Lionel Barrymore (You can't take it with you, de Capra): des hommes qui sont une incarnation excentrique mais parfaitement valide du bon sens populaire... Walsh, en conteur, s'amuse beaucoup de faire glisser son film dpuis le début, de la comédie pittoresque à la fable politique, tout en nous montrant la façon dont un politicien peut faire évoluer son discours et son action publique d'un bon sens, justement, de bon aloi, vers un populisme de plus en plus douteux, et aller jusqu'au fanatisme. Le film, de fait, est parfois étonnant (le procès d'un homme en train de mourir au tribunal), et souvent très amer.
Nous n'allons pas jouer au jeu stérile des analogies, mais ce film arrive à point nommé pournous rappeler à la prudence, et pour montrer qu'on a besoin d'un gouvernement, de régulation, sinon comme dans le film, les petites gens seront à la merci de ceux qui vont les écraser... Et c'est bien de gangsters qu'il s'agit. Cagney, on n'y échappe pas, en fait vraiment des tonnes, mais il adopte une truculence Sudiste, ou du moins ce qu'il en traduit... Le film possède une énergie prenante, et quelques audaces aussi: comment s'attendre à ce que cette aventure extra-conjugale (avec la petite Anne Francis, tant qu'à faire) passe comme une lettre à la poste, au point que l'épouse légitime n'en saura finalement rien: comme un clin d'oeil au public, en quelque sorte. C'est paradoxal, puisque c'est un péché que Hank Martin n'expiera pas; mais aussi, Verity, la très comme il faut épouse quaker de Hank, est aussi notre "laisser-passer" dans le film, à nous tous qui ne sommes pas sudistes...
A propos de Sud, c'est une fois de plus une version idéalisée de la région qui nous est montrée, mais si on s'étranglera un peu d'entendre la foule reprendre massivement l'air du John Brown's body, qui fut l'un des hymnes du Nord durant la guerre civile, Cagney envoie quand même un message subliminal, quand il prend à témoin un majordome Afro-Américain, en demandant à son interlocuteur si le domestique est "suffisamment un être humain", sous-entendant que pour celui qui parle, soit Hank Martin lui-même, n'en croie pas un mot. Tiens donc... Et c'était deux ans avant le boycott des bus qui allait créer l'étincelle du combat pour les droits civiques.
Reste un aligator tellement faux, que je pense que ce vieux briscard de Walsh, qui nous montrait Gary Cooper aux prises avec ces bestioles dans les Everglades (Distant Drums) et plaçait Douglas Fairbanks face à un dragon (The Thief of Bagdad) nous avait habitué à moins cochonner sa ménagerie!
Gaspard, un Québecois qui vit dans une toute petite bourgade du Nord Canadien, est un peu le simplet du village, un homme des bois qui s'est fait tout seul à l'abri du grand monde, mais qui a tellement bon fond qu'il aime tout le monde. Au point d'en être d'une indécrottable naïveté. Il ne lit ni n'écrit, et se fait souffler sa mine (léguée par son père) par un profiteur venu de la grande ville, Benson. Mais quand en prime Benson lui pique sa petite amie, il décide que sa vengeance prendra le temps qu'il faudra, mais elle sera terrible...
Et pourtant, Gaspar n'ira pas au bout, dans ce film réduit probablement d'un tiers. Certains passages trahissent par une brusque accélération des coupes drastiques, et au moins un personnage majeur disparaît sans véritable explication, même s'il n'est pas difficile de deviner ce qu'il est advenu d'elle. Il en va souvent ainsi avec les films muets miraculés, et en particulier avec ceux de Lon Chaney. Ce dernier, avec son trappeur à demi-idiot, n'est pas vraiment à la fête, le scénario ayant finalement peu d'occasion de lui permettre de sortir de son attitude de gentil demeuré... On lui préférera le monsieur de la ville interprété par Alan Hale, qui a un vrai enjeu dans l'arc de son personnage.
Si le film revêt un intérêt aujourd'hui, c'est surtout dans la mesure où il offre l'un des premiers cas de vengeance tordue à Lon Chaney, qui n'allait pas tarder à en faire une spécialité avec Tod Browning. Ici, il va tenter d'adopter un loup affamé pour le dresser à tuer son ennemi. Mais l'ange gardien de Gaspard veille, et on n'ira, je le disais, pas au bout.
«Poker face», c'est le surnom corporatif de Jimmy Whitmore (Edward Everett Horton), un éxécutif d'une firme importante, qui est très propre sur lui, très comme il faut mais un rien timide. On lui a donné ce surnom à cause de sa tendance à réfugier l'embarras derrière une expression aussi neutre que possible. Son patron lui confie une mission importante, qui sera cruciale pour son avenir : prendre en charge un client et un dossier pour un contrat spectaculaire.
...Sauf que rien ne va plus chez les Whitmore: Jimmy ne veut pas crier victoire trop vite, et cache sa promotion potentielle à son épouse Betty (Laura La Plante). Celle-ci, agacée de devoir lire dans l'expression de son mari, prend les choses en main et va trouver un emploi. Quand son patron lui demande de passer un week-end avec son épouse en sa compagnie, et avec le client, Jimmy ne trouvant pas Betty est obligé de faire appel à une comédienne.
Bien sûr que tout va aller de travers: Jimmy se ridiculise auprès du client, et des quiproquos en cascade vont faire croire à ce dernier que le héros est un obsédé sexuel, Betty est engagée sous son nom de jeune fille par le patron de son mari et se retrouve nez à nez avec «Mrs Whitmore»! Le mari de la comédienne est irascible et boxeur, et le client est un dragueur doublé d'un gros brutal (George Siegmann) qui a définitivement Jimmy dans le nez... Bref, on est dans une comédie de l'embarras, pas si éloignée que ça de l'univers de Charley Chase, même si la comparaison ne s'étendra pas au style personnel des deux comédiens. Horton est tout à fait pertinent en employé efficace, en gentil mari, mais c'ests a réserve personnelle qui lui permettra d'avoir le succès, là où les héros de Hal Roach (de Lloyd à Chase) doivent se transformer en hommes d'action efficaces et agressifs dans les histoires qui les occupent.
La réalisation de Pollard, rompu aux comédies «modernes» de par son travail avec Reginald Denny, est au point, efficace sans jamais attirer l'attention sur elle. On imagine qu'un William Seiter, un Clyde Bruckman ou un Mal St Clair aurait fait pencher un peu plus vers le loufoque, mais on ne se plaindra pas...
Rufus Billop (Reginald Denny) est un hypochondriaque extrême, qui est tellement persuadé de mourir dans les trois années à venir qu’il craint de ne pouvoir toucher son héritage à sa majorité. On lui conseille d’emprunter : un médecin qui sait que Rufus n’a absolument rien, et le maintient malgré tut dans une lucrative incertitude, lui conseille de faire appel à trois rentiers particulièrement retors : ils acceptent de lui prêter une somme, à condition de toucher l’intégralité de l’héritage à échéance…
Doté d’une nouvelle infirmière, jeune et jolie (elle ressemble beaucoup à Mary Astor), Rufus qui a toute sa vie été particulièrement timoré, se met à adopter des comportements à risque : il veut maintenir la jeune femme près d’elle. Mais son comportement dangereux donne des sueurs froides aux trois rentiers, qui craignent pour leur investissement…
On fait parfois, dans les années 20, des films qui sont basés sur des sommes conséquentes d’argent, et c’est le cas notamment de Seven Chances, de Buster Keaton. Ici, Rufus est a priori à l’abri du besoin, l’enjeu est ailleurs… Dans la capacité de ce grand nigaud à devenir un peu plus qu’un plat de nouilles, essentiellement, et c’est à Mary Astor qu’on le devra. Il peut paraître étrange de voir en ce grand gaillard athlétique de Reginald Denny un hypochondriaque stressé, mais ça participe assez bien du loufoque de ce film, solidement mis en scène par Harry Pollard.
Mais si j’ai cité Keaton, c’est souvent à un autre comédien qu’on pense : les lunettes de Denny, son aisance matérielle, et les acrobaties délirantes auxquelles il souhaitera se livrer, rappellent furieusement l’univers d’Harold Lloyd (sans parler de l’hypochondrie du personnage d’Harold dans Why worry?), mais le film a le bon goût de s’en éloigner malgré tout.
En échappant à Tom, Jerry se retrouve dans un pot d’encre… Mais c’est de l’encre invisible. Quand il constate qu’il ne peut être vu, il s’en donne à cœur joie pour torturer son ennemi intime…
Après Dr Jekyll and Mr Mouse, c’est à nouveau à un scénario fantastique adapté au quotidien de la maison, que Tom et Jerry sont confrontés. Bien sûr, les gags rendus possibles par l’idée de l’encre invisible sont nombreux, mais on ne va quand même pas trouver ici de grande révolution, le film finissant par devenir assez mécanique. Reste une assez belle idée, celle d’animer un corps absent, ou plutôt non : présent mais invisible : c’est que réussir à adapter les principes de l’animation en 2D à cette situation relève quand même de la gageure, que le film soit réussi ou non.