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28 mai 2023 7 28 /05 /mai /2023 17:10

Passons un peu de temps avec ce qui apparait souvent comme le film-popcorn le plus totalement vide de sens de toute l'histoire du cinéma, le bien fait mais aussi le plus décérébré des films-jouets de l'oncle Spielberg. On ne va pas s'attarder à raconter l'histoire, ni proférer des stupidités sur l'efficacité ou non des effets spéciaux ou de l'animation 3D. L'intrigue est passe-partout et permet essentiellement une spirale de l'incident, grâce à la simultanéité de deux facteurs: dans le "Jurassic Park" en pleine finition, le milliardaire John Hammond a convoqué des scientifiques qui cautionneront son projet fou de recréer des dinosaures par clonage d'une part, et d'autre part l'un de ses informaticiens sabote le parc le temps de partir avec des tubes contenant des cellules-souches pour créer d'autres dinos, qu'il va vendre à des compagnies véreuses. La rencontre des deux facteurs est bien sur l'idéal pour faire en sorte que les bébêtes trouvent en leurs visiteurs un confortable garde-manger...

Donc, le film est notable pour un certain nombre d'aspects, et pour commencer, avec son parc-dans-le-film, Spielberg rend possible pour la première fois à ma connaissance la présence visible à l'écran des objets de merchandising qui vont réellement être proposés au vrai public lors de la sortie triomphale du film, lors de scènes situées dans les boutiques encore fermées du parc... Un monument de cynisme selon les uns, une amusante mise en abyme selon les autres. Il explore aussi, même si en mineur, un thème qui était déjà présent de façon éclatante dans The last crusade: la paternité, à travers les complexes de Sam Neill face à tout ce qui a moins de dix ans, et bien sûr il doit passer des heures seul à seul avec des enfants... La cellule familiale fragile et excentrique, thème Spielbergien habituel, passe ici par de nouvelles variations avec les humains qui sont regroupés et séparés au gré des évènements. L'éclatement du groupe, avec ses nombreuses variations face à tous les dangers, est un thème fréqent chez Spielberg, et il l'explore avec une grande gourmandise ici.

Sinon, bien sûr, le suspense de Jurassic Park est une nouvelle preuve de la maîtrise de Spielberg, mais qui en douterait? La construction rigoureuse de fameuses scènes ici, est une nouvelle occasion de réjouissances, de l'introduction magistrale du T-Rex à la magnifique scène de la cuisine, qui additionne deux enfants et trois vélociraptors... Et Spielberg continue de faire sienne en la perfectionnant la philosophie cinématographique d'Hitchcock, qui place la vision et le fait de faire voir aux autres au coeur du processus cinématographiques. A ce titre, la scène dans laquelle Jeff Goldblum, Sam Neill et Laura Dern découvrent les dinos est impressionnante, dans la façon dont le metteur en scène nous fait attendre longuement la révélation en nous permettant d'anticiper la vue par le biais des réactions de ceux qui voient... Il nous montre, littéralement, les différentes étapes de la découverte et de l'émerveillement, en ajoutant un important facteur de suspense pour le spectateur qui n'a qu'une seule hâte, qu'on le mette aussi au parfum.

Le film est aussi, dans la carrière de Spielberg, l'un des plus durs avec les nerfs de son public: comme le font remarquer les scientifiques, Man creates dinosaurs, dinosaurs eat man... La contruction des péripéties ici fait sans doute écho à une soif du public pour les sensations fortes, elle a aussi comme immense avantage de créer un équilibre bienvenu dans l'entreprise, entre merveilleux, humour, suspense, horreur... et caca. 

car enfin Jurassic Park restera aussi dans l'histoire comme la plus grande collection de scènes dédiées aux fluides corporels de toute l'histoire du cinéma mainstream... De la fameuse scène durant laquelle Laura Dern enfonce son bras d'une main experte à l'intérieur d'une gigantesque pile des excréments d'un triceratops malade afin de déterminer la cause de son mal, jusqu'à cette scène particulièrement osée durant laquelle une jeune adolescente effarouchée tente de caresser le cou oblong d'un brachiosaure et se fait glorieusement éternuer dessus, en passant par la réaction d'un avocat devant l'apparition d'un T-Rex, dont la vision le fait se réfugier dans les toilettes... Mais la bestiole, d'ailleurs, n'est pas bégueule, puisque l'avocat va se faire bouffer. Tout ça n'est sans doute pas très sérieux, certes, mais au moins Spielberg, qui avait sans doute la tête ailleurs durant le tournage des scènes avec acteurs (Il préparait Schindler's list), s'est certainement beaucoup amusé... Moi aussi.

Et la façon dont ce film, commencé avec un principe de réalité (que le maximum de bestioles soient faites avec des moyens tangibles, donc animatronique, stop-motion, etc...) a dévié vers la révolution numérique, changeant une bonne fois la face du cinéma, est aussi un rappel qu'on peut changer le cours des choses avec parcimonie et le résultat est sans appel: on y croit. Pas parce que c'est de l'animation 3D, mais parce que le numérque a été utilisé afin de compléter l'univers de marionnettes, au lieu de s'y substituer...

Reste une intéressante ironie: si Spielberg croyait au film et avait souhaité le faire, il était aussi engagé sur une autre production folle, celle de Schindler's List, le film qui lui rapporterait d'ailleurs l'Oscar pour 1993. Il n'a pas désiré établir de hiérarchie entre les deux, ce qui est noble. Mais je pense qu'il y  a fort à parier qu'il ait considéré le deuxième film (incidemment, sorti quelques semaines seulement après le précédent) comme son ticket pour la postérité; mais aujourd'hui, les jeunes ne connaissent pas Schindler's list, qui ferait sans doute partie, à leurs yeux, des espèces disparues: un film historique sur la solution finale, en noir et blanc, qui fait plus de trois heures? 

Non, pour nos adolescents, la postérité, c'est Jurassic Park. C'est comme ça.

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Science-fiction
27 mai 2023 6 27 /05 /mai /2023 11:26

Déjà responsable pour partie d'une adaptation d'un récit de James Oliver Curwood, Back to God's country, l'année précédente, Hartford récidive, toujours sous la supervision de Curwood, avec un film qui reprend beaucoup de la recette... Mais sans l'actrice nell Shipman.

Dans le grand nord Canadien, en pleine forêt, un drame se joue: alors que Nanette Legrand (Betty Blythe), la fille d'un pionnier malade, attend le retour de son fiancé Raoul (Lon Chaney), le principal employeur de la région décide de céder au caprice de son fils, qui veut épouser la jeune femme. En tout cas, il la veut, tout court, et il est prêt à tous les stratagèmes, y compris à prétendre avec un copain que ce dernier aurait assisté à la mort de Raoul... La mort dans l'âme, elle se résigne à épouser l'affreux rejeton (Francis McDonald), mais c'est le moment qu'a choisi raoul pour revenir...

Il va y avoir de la bagarre en effet, et Raoul tuera involontairement un des hommes qui lui ont fait du tort, permettant l'irruption dans l'intrigue d'un officier de la police montée (Lewis Stone): amoureux de Nanette, lui aussi, mais au moins c'est un brave homme... Outre la police montée, absolument toutes les cases attendues sont cochées, à l'exception de la neige, qui jouait un rôle spectaculaire dans Back to God's country: cabanes en rondins, grands lacs, canots d'inspiration amérindienne, ours, mocassins, chemises à carreaux... Lon Chaney joue un rôle relativement secondaire qui donne parfois l'impression d'avoir artificiellement gonflé au montage, ce qui nous rappelle qu'il était en pleine ascension...

Betty Blythe n'est pas Nell Shipman, et elle n'a pas un rôle très gratifiant: d'une part elle qui était habituée aux rôles "historiques" (les guillemets ont leur importance) et aux costumes (et parfois absences de) de reines antiques, est assez peu crédible en fille de la forêt, mais elle a au moins une scène dans laquelle elle prend en main son destin et c'est sans doute le meilleur moment du film, qui pour le reste est du mélodrame sans grande imagination, qui tend à répéter la formule du film cité plus haut... Lon Chaney, quant à lui, est d'ailleurs peu convaincant en brave trappeur, avec, je tremble de l'écrire, un sourire niais: un personnage fade qui reviendra dans The Trap.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Lon Chaney *
26 mai 2023 5 26 /05 /mai /2023 22:06

La famille et la difficulté d'être père: LE sujet de Spielberg? Après tout, Jaws, Close encounters, Indiana Jones and the temple of doom, Jurassic Park, The Lost World, et The War of the worlds (plus ceux que j'oublie) parlent essentiellement tous de cette difficulté, dont Spielberg a publiquement reconnu qu'il s'y retrouvait... Une obsession thématique, donc, en bonne et due forme, que le cinéaste a décliné de film en film, au milieu d'un tas d'autres. Et Hook, reprise de Peter Pan avec une variation en forme d'actualisation, promettait de s'y remettre.

Donc Peter Pan, littéralement un éternel gamin, a pourtant grandi et laissé la vieillesse prendre le pas sur le reste, au point qu'il a tout oublié. Adopté, devenu Peter Banning, il a fini par se marier, et avoir deux enfants. Et maintenant, c'est un pur produit du privé, rivé à son téléphone cellulaire, et il néglige ses proches, soit ses deux enfants Jack et Maggie, son épouse Moira, et "grand-mère Wendy", la grand-mère de Moira, qui l'a recueilli quand il était enfant... Il faut que quelque chose se passe pour tirer Peter de ce mauvais pas.

Je découvre ce film, dont j'ai souvent lu l'argument avec une grande dose d'incrédulité... une fois vu le film, et c'est bien le problème, c'est toujours pareil, tout se passe comme si le script, ou l'idée principale, parfaite pour utiliser l'homme-enfant Robin Williams, était purement et simplement une mauvaise idée, pour faire un film, certes soigné, mais défectueux. Une histoire qui ne fonctionne pas (il faut que Peter Banning réveille le Peter Pan qui est en lui pour retrouver l'accès à ses enfants, et se retrouver dans la situation où il n'aura plus qu'un désir: rester un enfant!) et le film se noie dans l'excès... Excès de saccharose, de décors, de détails, de gens qui passent et qu'on reconnaît ou pas, dont Phil Collins et David Crosby, et excès tout court de Robin Williams et Dustin Hoffman.

Paradoxalement, le meilleur du film est à trouver dans sa lente, patiente (voire parfois un peu trop didactique) exposition, dans la confrontation oarfois embarrassate de l'adulte Peter Bannin a des bribes dun monde qu'il a totalement mis de côté dans ses souvenirs. Le but principal de cette exposition étant d'amener le spectateur à la féérie qui 'ensuit (et que, voir plus haut, je trouve totalement excessive), c'est quand même un peu embêtant. Mais voilà, Caroline Goodall en Moira Banning (l'épouse), Maggie Smith en grand-mère Wendy, et même Robin Williams sont très bons, ce dernier étant plus convaincant en quadragénaire obsédé par ses opérations financières, qu'en Peter Pan...

Et je pense que Spielberg, qui s'est empressé d'aligner ensuite les films importants, a bien du se rendre compte que celui-ci était...

Raté.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
22 mai 2023 1 22 /05 /mai /2023 15:57

Ossi (Ossi Oswalda) est la fille du très puissant et très riche magnat Américain de l'huître (Victor Janson). Apprenant qu'une autre gosse de riches a réussi à se marier avec un noble, elle fait un gros caprice. Son père visite un entremetteur qui l'aiguille vers l'authentique prince (désargenté) Nucki (Harry Liedtke). Avant de se prononcer, Nucki envoie son valet (Julius Falkenstein) en reocnnaissance, mais Ossi est tellement impulsive qu'elle le prend pour Nucki, et... l'épouse sur le champ.

Ce film fait partie d'une série d'oeuvres de Lubitsch qui étirent la comédie vers le grotesque de façon prononcée, la meilleure étant probablement Die Puppe, également avec Ossi Oswalda. Si le grotesque dominait, il n'était pas compliqué de voir dans cs oeuvres un reflet du monde contemporain, et cette Princesse aux huîtres, est beaucoup plus Berlinoise qu'Américaine!  Lubitsch, à travers le puissant Américain, se paie assez gentiment la tête des nantis de tout poil, et s'amuse à leur oppose un prince sans le sou qui partage sa chambre de bonne avec un valet.

Mais derrière la façade du grand n'importe quoi, il commence à expérimenter avec une comédie beaucoup plus raffinée qu'il n'y paraît, en profitant des décors très géométriques (dont il s'amuse en nous montrant Falkenstein qui patiente tant bien que mal en improvisant des pas de danse sur les motifs grandioses du carrelage) de Rochus Gliese et Kurt Richter... Il transpose cette géométrie à sa propre ise en scènes, préfigurant les mondes clinquants des cours de pacotille dans lesquelles il situera tant de films des années 30; il effectue même un brouillon loufoque de sa danse endiablée de So this is Paris. C'est plus qu'une curiosité, donc: comme une sorte de comédie en totale liberté, par un metteur en scène qui se situe d'emblée à l'écart de toute allusion au chaos de l'Allemagne de 1919...

 

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch 1919 Muet **
21 mai 2023 7 21 /05 /mai /2023 13:51

Dans les belles provinces du Canada, un certain nombre de pilotes licenciés se font une concurrence acharnée pour transporter vivres, biens et personnes depuis les grandes villes jusqu'aux rivages des lacs... Mais Brian MacLean (James Cagney) casse tellement ses prix et est tellement rapide qu'il provoque un ressentiment particulièrement vivace chez ses concurrents. Ce sont les mêmes, pourtant, qui vont s'allier pour tenter de se faire enrôler dans l'armée Canadienne, afin de prêter main forte à l'effort de guerre...

Tout ce qui précède n'estque folklore, ce film est surtout l'histoire de quatre ou cinq fiers à bras à la date de péremption un peu passée qui veulent absolument remplir leur devoir patriotique. Le technicolor resplendit, et le film oscille entre scènes de camaraderie un peu forcée, frasques généralement malhonnêtes de James Cagney, démonstration de la décence générale de l'armée (air connu) et propagande pure et simple. Il sera beaucoup question de sacrifice, ici, jusqu'à l'obsession, et on constate que Michael Curtiz, même en piltage automatique, fait quand même bien son travail... Pas plus.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz James Cagney
21 mai 2023 7 21 /05 /mai /2023 09:59

Jerry vaque à ses occupations, c'est à dire pas grand-chose, quand il reçoit une visite: Nibbles, la petite souris vorace dont il s'était déjà occupé (voir le film de 1946, The milky Waif), est de retour... Son appétit ne s'arrange pas! Tom va, bien sûr, en faire les frais.

La construction du film est un crescendo diabolique dans lequel Hanna et Barbera n'hésitent pas à délayer au maximum la véritable intervention de Tom contre les deux souris, et bien sûr la construction est intégralement basée sur la faim délirante de la toute petite souris.

Comme c'est Thanksgiving, d'une part on nous détaille toutes les étapes d'un repas du genre, ce qui bien sûr va donner à la petite souris des occasions de s'empiffrer (et quelques gags visuels bien sentis, toujours dans un certain respect de la logique: par exemple, quand il avale une énorme orange, il faut l'extraire de toute urgence puisqu'elle fait trois fois sa taille...). D'autre part, Jerry et Nibbles vont incarner les "pèlerins" et Tom les "Natifs" dans une recréation rigolote de la légende de Thanksgiving... Un excellent cartoon, donc, qui a obtenu l'Oscar pour 1948.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry
19 mai 2023 5 19 /05 /mai /2023 23:38

Indiana Jones est de retour! Cette fois, il accepte de rechercher rien moins que le Graal, grâce à une série d'indices rassemblés par Donovan, un riche passionné d'archéologie. Il invite Indiana Jones à reprendre les recherches de son père, qui a justement disparu alors qu'il enquêtait sur cet objet sacré, une obsession personnelle du vieil archéologue. Retrouvant des nazis tous frais, Indiana Jones se lance à son corps défendant dans une quête afin de retrouver et sauver son papa...

Le "last" du titre, la scène finale qui voit Indiana Jones et ses compagnons d'infortune chevaucher vers le couchant, tout porte à croire avec ce film que Spielberg entendait fermer une trilogie et ranger une fois pour toutes son personnage au placard. Beaucoup d'indices aussi vont nous le confirmer dans ce film, à commencer par la réconciliation père-fils, qui est sensée sceller l'image de l'archéologue, qui apprend avec cette histoire à faie le tri dans sa vie entre l'essentiel -les êtres et les rapports qu'on peut avoir avec eux- et l'accessoire, à savoir tous les objets auxquels il a consacré sa vie... Ainsi, si le film commence en effet comme les deux précédents par la vision d'une montagne (cette-fois en Utah) qui est annoncée par le logo Paramount, et si une fois de plus les signes jouent un rôle important dans le développement d'une double séquence d'introduction (Chapeau, fouet, etc...), le film va nous entraîne vers une autre quête, une autre résolution... Soulignons toutefois que la très belle séquence qui se situe au début du film, située dans des paysages très proches de Monument Valley, en 1912, avec ses scouts à cheval, sent le John Ford à plein nez: pour nous qui avons vu The fabelmans, nous savons que ce n'est certainement pas un hasard!

Bien sûr, ici, la quête s'accompagne d'un compagnonnage inédit chez Spielberg, lui qui a toujours eu de la famille une vision, disons problématique, il nous gratifie d'une réconciliation entre Jones et son papa, le digne et très baroque Henry Jones senior. La séquence d'ouverture nous montre un épisode de la jeunesse d'Indiana Jones qui nous renseigne sans équivoque sur le choix du jeune homme de se passer de son vrai papa, symboliquement, en adoptant le costume d'un étranger auquel il se mesure dans un épisode trépidant, au cours duquel il va également voir la naissance de sa phobie des serpents. Les problème relationnels entre Henry "Indiana" Jones Junior et Henry Jones Senior sont en effet compliqués: au fils qui reproche à son père de l'avoir laissé en plan, le père rétorque qu'il l'a juste aidé à être indépendant. Lorsque le fils réclame l'attention du père, celui-ci est trop occupé à faire ses recherches sur la quête du Graal... C'est l'épreuve du feu qui les rapprochera...

Le Graal ici est le symbole ultime, le couronnement (chez un cinéaste qui a toujours eu à l'égard du sacré une méfiance saine), de la recherche archéologique. C'est aussi une montée d'un cran dans le rang des objets-prétextes pour Indiana Jones et ses ennemis, ce qui met la quête ici à l'égal de la lutte entre le bien et le mal, pour tous les participants, qu'ils soient intéressés par les retombées pratiques (Hitler qui cherche la renommée éternelle), sonnantes et trébuchantes, scientifiques (Le dr Schneider, la jolie Autrichienne qui trahit Indiana), voir simplement personnelles (l'obsession du Dr Henry Jones); le seul à vouloir le Graal parce qu'il y est bien obligé, est celui qui a résisté à cette quête une vie entière durant, soit Indiana Jones lui-même. C'est à un transfert en bonne et due forme qu'on assiste à la fin lorsque son père lui dit de laisser tomber le Graal...

On est extrêmement content, après un film aussi passionnant qu' embarrassant, de retrouver une telle réussite; d'autant que le film propose les passages obligés, dont des nazis qui se font tuer dans des circonstances atroces (miam, on ne s'en lasse décidément pas), des bagarres en mouvement, de l'humour, et son lot de bêtes qui grouillent et de scènes peu ragoutantes (cette fois, outre les inévitables serpents et les nazis, des rats...). Une fort belle fin pour une trilogie, donc. Sauf que bien sur ce ne sera pas la fin... Mais on assiste ici à une mutation chez Spielberg, après les enfants laissés à eux même de Empire of the sun, E.T. et les familles dysfoncionnelles de Poltergeist, The color purple, les héros masculins immatures, on a enfin un personnage qui avance et qui réussit à venir à bout de son conflit personnel avec son père... Tiens donc.

...Et puis, il y a Sean Connery! Le duo avec Harrison Ford reste une grande date dans l'oeuvre de Spielberg, qui a aussi fait appel à deux acteurs déjà vus dans Raiders of the lost ark (Denholm Elliott et John Rhys-Davies), mais aussi à River Phoenix, qui incarne à merveille le jeune Indiana Jones découvrant sa vocation. Et si l'une des meilleures choses présentes dans The temple of doom était lerythme, ici on n'est pas en reste, il n'y a pas un seul moment de répit. 

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
19 mai 2023 5 19 /05 /mai /2023 17:57

Tom est en effet dans le rôle d'un enseignant ici, puisqu'il a pris sous son aile un chaton... Qui a bien besoin d'être coaché car il manque singulièrement d'efficacité, en particulier dans la principale tâche qui lui incombe: chasser les souris. Jerry a bien compris qu'il ne risque pas grand chose, et s'amuse beaucoup à ruiner les efforts du "professeur" en devenant l'ami du petit chat.

A nouveau ennemis, Tom et Jerry sont cette fois secondés par un petit chat: il y avait déjà eu la vorace souris Nibbles, et sinon les "compagnons" des deux héros ont la plupart du temps été des chats adultes, rivaix de Tom ou bien sûr des bull-dogs sentencieux et agressifs. Ce film avec un chaton est plutôt reposant et de bon aloi, mais il est notable pour revenir enfin à une loi fondamentale de Tom & Jerry: pas un mot ne sera prononcé, dans une bande-son une fois de plus exemplaire, où il est beaucoup question de cris (à propos, une réaction paniquée de Tom revient de film en film, et on y sent comme une tentation de recycler, qui va devenir une sale manie de Hanna et Barbera à la télévision), de coups et bien sûr de musique... Une fois de plus, The Wizard of Oz, avec un final sur We're off to see the wizard, the wonderful wizard of Oz... De l'avantage d'être à la MGM.

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry
19 mai 2023 5 19 /05 /mai /2023 17:23

Ce film est un remake de A guy named Joe, de Victor Fleming: dans ce film de guerre, Spencer Tracy était un pilote de bombardier, amoureux d'une pilote auxiliaire interprétée par Irene Dunne. Cette refonte transporte l'histoire d'amour et d'ange gardien dans l'époque contemporaine...

Pete (Richard Dreyfuss) est pilote de bombardier recyclé en canadair, et c'est un as. Il aime son métier, le fait avec passion et savoir-faire, et sa petite amie Dorinda (Holly Hunter) trouve qu'il serait temps qu'il passe à autre chose. Il accepte de devenir pilote instructeur pour éviter le danger, mais lors d'une dernière mission, il meurt dans l'explosion de son avion, juste après avoir sauvé la mise de son copain Al (John Goodman)...

Pourtant, Pete se réveille: dans un autre monde, en compagnie de Hap (Audrey Hepbunr, elle a tout d'un ange), qui lui confie une nouvelle mission: devenir l'ange gardien de Ted Baker (Brad Johnson), un aspirant pilote mal parti, qui va tenter de s'enroler dans l'école de pilotes, désormais dirigée par Al: ce que Pete ne pouvait pas savoir, c'est que la mission consistait non seulement à aider Ted à devenir un pilote, mais aussi à séduire Dorinda...

C'était le premier remake de Spielberg, une activité qu'il ne refera vraiment qu'en tournant une magistrale adaptation de West Side Story. Son War of the worlds est techniquement un remake aussi, mais dont tellement de choses ont été ré-adaptées à l'époque dans laquelle il a été tourné qu'il est devenu difficile à comparer à la version de Byron Haskin, sans parler du fait que l'intrigue en est sans doute, paradoxalement, bien plus proche du roman... On peut se demander pourquoi, après ses deux films très ambitieux de 1985 (The color purple) et 1987 (Empire of the sun), le réalisateur a été tenté par un remake d'un film des années 40, à plus forte raison pour en faire une modeste (tout est relatif) production sentimentale assez dans l'air du temps... Mais ce serait mal le connaître, j'y reviendrai.

Donc le film se situe dans un univers très codé, dans une époque qui est directement contemporaine: les gens sous nos yeux sont tous liés à l'activité de lutte contre le feu dans des grandes forêts. Le film ne quitte jamais vraiment cet univers, et nous y amène par une séquence aquatique, comme auparavant l'entrèée en matière de Jaws, mais cette fois avec un autre type de monstre: deux braves types sont tranquillement en train de pécher, sur un immense lac, quand soudain, en silence, un avion apparaît au fond de l'écran. Un plan spectaculaire en forme de clin d'oeil à sa propre virtuosité... Virtuosité qui ne quitte jamais vraiment le metteur en scène, même si elle tourne un peu en roue libre dans une histoire très légère.

Holly Hunter, une actrice qu'on a tendance à oublier (et c'est bien dommage), ancre clairement ce film dans son époque, avec sa coupe de cheveux et ses santiags. Elle est aussi une femme très forte, qui a des heures de vol, et qui tentera un sacrifice gonflé à un moment du film. Il est quand même important de se rappeler que ce film raconte un lien très important entre deux personnes, au-delà de la mort, l'une ne pouvant pas voir l'autre... Holly Hunter et Richard Dreyfuss le font passer. Brad Johnson, eh bien... comment dire: ce n'est sans doute pas le plus important personnage du film, et on sent bien que le lien brisé entre les deux amants, et l'amitié profonde entre Pete et son pote Al, ont bien plus inspiré Spielberg.

Non, ce qui me frappe sans doute le plus, et là où le film prend tout son sens, c'est dans la poignante contribution d'Audrey Hepburn. Celle qui était déjà malade, et qui avait depuis près de vingt années considérablement réduit ses activités d'actrice, a accepté un dernier rôle (elle est décédée quatre années plus tard): Spielberg lui a confié le rôle d'un ange, on ne pouvait pas mieux tomber. En tout cas, elle nous apporte un éclairage, qui est bien sûr une spure spéculation de ma part, mais je vais quand même tenter: à la fin de ces années 80 durant lesquelles Spielberg a beaucoup tenté, et beaucoup obtenu, mais s'est aussi selon certains un peu éparpillé (sans parler des critiques d'une tendance aux sentiments, notamment à propos de E.T. et The color purple), il sent encore qu'il a tout à prouver. En reprenant, comme un metteur en scène de studio, ce film de petite envergure, il rappelle qui il est, et sa philosphie d'un cinéma à l'ancienne. Et comme le film est l'histoire d'un double passage de témoin, qu'il soit sous le patronage de Miss Hepburn est décidément très approprié.

Voilà pourquoi même si Always reste un petit film, sans l'envergure notable de ses plus grands succès, sans les effets spéciaux visionnaires de Jurassic Park, sans le souffle de l'aventure d'Indiana Jones, ou sans l'incroyable inventivié juvénile de Close encouters of the third kind, il reste un film qui peut nous apporter un peu de plaisir, pas forcément coupable, pour un après-midi pluvieux. C'est aussi ça, le pouvoir modeste du cinéma.

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Audrey Hepburn
19 mai 2023 5 19 /05 /mai /2023 08:53

Evelyn Quan Wang, une immigrée chinoise aux Etats-Unis, est débordée: elle a du mal avec la langue Anglaise, un mari avec autant de charisme qu'une éponge, une fille rebelle qui par dessus le marché est lesbienne, une laverie qui fonctionne mais des pratiques financières d'un autre continent, des ennuis avec le fisc. Elle a aussi un père handicapé qui vient d'arriver et ne parle pas l'anglais, et elle ne le sait pas encore mais son mari demande le divorce. Alors quand elle passe tout à coup dans une autre dimension, pendant un entretien fiscal, est-ce vraiment un problème?

Non. Enfin, pas trop.

Ca y est, je n'en peux plus: il y a des films dont on va vous rabattre les oreilles, des trucs machins qui sont supposés être tellement géniaux qu'on ne peut pas passer à côté, et qui ne feront tellement rien pour vous accueillir que vous vous en sentez exclus. C'est comme Matrix, ou Les Gardiens de la galaxie: après une demi-heure de rigolade, on se lasse. Et le film, qui dure encore deux heures après ça, finit par déboucher sur rien. Très vite. 

Donc, version courte de cette critique: un film pour rien, sauf pour une ou deux scènes, et bien sûr pour les doigts en forme de saucisse, un gag que l'équipe a trouvé tellement drôle qu'elle l'a ressorti toutes les 17 secondes.

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Published by François Massarelli - dans Knacki