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25 avril 2023 2 25 /04 /avril /2023 17:42

Le premier atout de Raiders of the lost ark, c'est cette utilisation du signe cinématographique dont le film est un manifeste permanent. Bien sûr, l'une des sources primordiales pour la confection de Raiders of the lost ark et des autres films mettant en scène le personnage d'Indiana Jones reste la frustration légendaire de Spielberg qui rêvait dit-on de faire du Tintin et ne le pouvait pas, mais si le film est effectivement souvent un hommage au style d'aventures et aux codes graphiques qui ont présidé à l'oeuvre d'Hergé, c'est d'abord au cinéma d'aventures, et pas au plus noble, que pensait Spielberg, proche en cela de son copain Joe Dante dont l'oeuvre entière est un hommage à l'horreur et la science-fiction populaire dont il raffole... Ce film est donc une épure, un exercice de style jouissif et aussi indispensable qu'il est inutile, reposant sur des codes internes dus à la collaboration de quatre cinéastes (Lawrence Kasdan et Philip Kaufman ont tous deux taté du script, Spielberg est à l'origine du concept, et Lucas a conçu pour sa part Jones et sa mythologie...).

Dès le départ, on est placé sous le signe de la reconnaissance, du clin d'oeil, du symbole et du raccourci: lorsque le logo Paramount est récupéré par l'image, et devient l'une des nombreuses montagnes qui émaillent le décor du film, c'est fini, Spielberg s'est approprié le film et son ensemble de signes: la silhouette immédiatement reconnaissable de Jones, sa panoplie, les uniformes de ses opposants, les motifs immédiatment reconnaissables d'un drapeau nazi, tout est prétexte à reconnaissance immédiate. Hitchcock s'amusait à choisir des signes aussi clairs que symboliques dans ses filmis, Lang en a systématisé le détournement (le ballon de M qui passe d'une image de l'enfance à celle du crime), Spielberg met en scène les symboles pour orchestrer un jeu de pistes... Aidé par lucas, expert en création de mondes prêts à l'emploi, il se paie même le luxe de jouer sur la première apparition d'Indiana Jones comme s'il nous était déja connu: de dos, fragmentaire, on a quand même reconnu le héros avant même de le voir.

Le scénario nous envoie autour du monde, et le film ne néglige aucune occasion de mouvements, et le fait avec maestria; d'une hypothétique Amérique du Sud à l'Egypte en passant par le Népal, les pays eux-mêmes deviennent signes, et l'époque (qui elle aussi renvoie à Hergé avec ses incertitudes politiques génériques) permet en prime une série de touches esthétiques qui donnent plus d'authenticité encore au pastiche du cinéma d'aventures. Les scènes en silhouette dans les temples Egyptiens renvoient tant à l'univers d'Hergé qu'à la bi-dimensionalité des héros de papier (tout en offrant un spectaculaire clin d'oeil à Michael Curtiz et son cinéma des ombres, comme la confirmé Spielberg). Comme en plus on massacre dans ce film un nombre non négligeable de nazis, Ce Raiders of the lost ark est bien un chef d'oeuvre en son genre. Indispensable halte, donc...

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
25 avril 2023 2 25 /04 /avril /2023 17:23

Une petite plage de Bretagne, l'été... Sur le front de mer, des présentoirs de carte postale répètent en miniature les images glanées sur le sable, de gens qui s'amusent, se baignent, bronzent et jouent. sur l'une des cartes postales, un homme solitaire a vu une jeune femme d'une autre carte, reproduction manifeste d'une carte des débuts du XXe siècle... Il va tout faire pour la rejoindre.

En écho à Le baiser (2005), un court métrage de quatre minutes très impressionnant dans son invention poétique basée sr la matière filmique, c'est Sara Viot qui interprète la jeune baigneuse 1910, dans un environnement en noir et blanc. Le film joue non seulement sur l'idée saugrenue mais juteuse de faire sortir les personnages d'une carte postale de leur environnement, mais aussi sur le fait que chaque dimension (la carte "moderne", très clinquante et aux couleurs vives, la carte "années folles" en noir et blanc, et la plage en couleurs naturelles doive cohabiter avec les deux autres, entraînant des mélanges de couleurs, de saturation et de textures. C'est gentiment loufoque, et sans imiter la forme du cinéma des origines, ça ne parle pas, ce qui est en soi une excellente idée.

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Published by François Massarelli - dans Stéfan Le Lay
24 avril 2023 1 24 /04 /avril /2023 17:52

Début du XXe siècle... Un homme (Guillaume de Tonquedec) a donné rendez-vous à une jeune femme (Sara Viot) sur un banc en bord de mer... Le rendez-vous est romantique à souhait, raconté sour une forme qui renvoie au cinéma muet, jusqu'au moment où le projectionniste (qu'on entend distinctement jurer dans la bande-son) constate que le film a des problèmes. Il va jusqu'à casser, occasionnant de sérieux soucis au deux protagonistes...

Stéfan Le Lay est professeur de cinéma à Rennes, et s'est amusé à reproduire en un brillant "à la manière de" le style d'une production des années 10, et le moins qu'on puisse dire est que les deux acteurs se prêtent volontiers au jeu. Le film, qui s'amuse à la fois de sa propre forme et de ce qu'il raconte (ce qui revient d'ailleurs souvent au même puisque les ennuis de projection deviennent ici la matière filmique même), a un petit frère, l'également brillant La carte.

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Published by François Massarelli - dans Stéfan Le Lay
24 avril 2023 1 24 /04 /avril /2023 15:32

Julie part dans la vie sur les chapeaux de roue, se lançant dans des études de médecine... puis de psychologie... avant de bifurquer vers la photographie, et de se rendre compte qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut. Elle rencontre un homme qui a plus de treize ans qu'elle, est dessinateur de bande dessinée (un peu décalée, voir provocante). Lui voudrait un enfant, elle non. Puis un jour elle va prendre une décision impulsive mais décisive, radicale, et...

C'est un grand rôle pour l'actrice Renate Reinsve, c'est vrai, et elle illumine une bonne partie du film, qui reste bavard, un défaut que j'avais souligné pour Oslo, 31 Août... Mais l'idée d'axer le film sur la vie et les choix parfois contestables du personnage, l'utilisation d'une voix off qui cristallise une sorte de fausse objectivité (ce pourrait tout à fait être une version ironique de Julie elle-même), et quelques irrésistibles embardées maintiennent l'intérêt. Mes moments préférés? D'une part, la rencontre avec Eivind, le garçon pour lequel Julie va plaquer Aksel, et passer d'une vie en compagnie d'un artiste, à une vie entre débrouille et petits boulots sans avenir (elle bosse dans une librairie, il est barman); pourtant la rencontre entre les deux est un moment intense de vie et d'illumination... ensuite, une expérience désastreuse et comique avec des champignons hallucinogène, où Trier joue avec le cadre, le style, le rythme et se permet même de se livrer à quelques séquences d'animation.

Mais surtout, il y a une scène d'amour anthologique, lorsque Julie arrête le temps quand elle est avec Aksel, pour se rendre au bar où travaille Eivind. Elle court, mais aucun besoin de se presser pourtant, le temps est bel et bien arrêté, tous les gens qu'elle croise sont comme suspendus en plein mouvement. Rien que ça aide à aimer le film, qui se terminera après un décès et une résignation, par un constat simple: dans la vie, tout passe...

Oui, je tiens à le dire, sinon: mais qu'est-ce que c'est que cette manie, dès qu'on sort du cadre d'un film d'action (c'est-à-dire con), de super-héros (c'est-à-dire très con), ou d'un western, ou d'un quelconque genre très marqué, de le vendre en prétendant que c'est une comédie décalée? Si ça c'est une comédie, je suis Winston Churchill en kimono.

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Published by François Massarelli - dans Joachim Trier
24 avril 2023 1 24 /04 /avril /2023 08:22

Un banc, à Paris, sur une petite place; ue jeune femme pleure, et se demande tout à coup pourquoi elle pleure; puis comment elle s'appelle, et réalise en trouvant sa carte d'identité qu'elle a tout oublié... Elle va reconstruire son existence à coup de stratagèmes et de tentatives, et en profiter pour se réinventer...

C'est l'adaptation d'une bande dessinée de Pénélope Bagieu et Boulet, dans laquelle Murielle Magellan a inventé une sorte d'univers légèrement décalé. On n'est pas dans Amélie Poulain, mais ce n'est pas si loin, grâce à la douceur et la fantaisie de Sara Giraudeau, le voyage est facile... 

Et si c'est souvent très farfelu, ça pose aussi quelques jalons de réflexion, sur la tendance de l'être humain à la meute, sur l'identité de chacun, sur les choix sociaux de tout un chacun, sur le couple, sur l'amour et les plans de vie à deux... Le tout enveloppé dans un écrin de gentille folie douce, avec une héroïne qui a l'avantage d'avoir tout perdu, du coup elle ne fera pas longtemps dans les faux-semblants.

Et comme en plus c'est drôle...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
23 avril 2023 7 23 /04 /avril /2023 17:06

Beaucoup des films du jeune Spielberg s'intéressent d'une façon ou d'une autre à l'âme Américaine, que ce soit en créant du suspense à partir du mythe de la route (Duel), ou de l'univers des stations balnéaires (Jaws), en racontant un folk tale qui dépoussiérerait presque les légendes de l'Ouest Américain tout en révélant de façon poussée le dangereux culte des armes au Texas (The Sugarland Express), ou en s'intéressant à la famille sous l'angle inattendu... de la science fiction (Close encounters of the third kind, E.T.). Spielberg a aussi, dans cette première décennie, exploré le passé glorieux du cinéma d'aventures en participant comme chacun sait à la création en compagnie de George Lucas d'un personnage doté désormais d'un univers solide, et si éminemment Américain (Raiders of the lost ark)... Donc 1941 ne ressemble pas tant à un accident de parcours qu'on a bien voulu le dire depuis sa sortie qui avait comme on s'en rappelle débouché sur un flop, et engendré un désamour persistant de la critique voire d'une partie du public, désamour facile à motiver: le film est raté.

En décembre 1941, la Californie vit dans une certaine psychose bien compréhensible: Pearl Harbor attaqué par les Japonais, tout porte à croire que l'état richissime est le suivant sur la liste. On s'y prépare donc. La défense civile anti-aérienne, l'aviation, la marine, toute l'armée est sur le pied de guerre, et les civils s'attendent au pire. Le risque de sombrer dans la folie paranoïaque sera-t-il franchi? ...Oui. D'autant qu'un sous-marin Japonais croise justement au large de Santa Monica, et que bien des militaires, rendus fous par l'attaque inattendue et spectaculaire du 7 décembre, sont au-delà de leurs esprits dans des proportions inédites...

L'alliance entre Spielberg et le duo Zemeckis-Gale était inévitable: Spielberg, jeune producteur, appréciait leur esprit, tel qu'il s'était déchaîné en particulier dans le film I wanna hold your hand, qui contait le chaos qui régnait dans les coulisses d'une visite des Beatles aux Etats-Unis. En gros, 1941, c'est le même film, mais cette fois dans les coulisses de l'après Pearl Harbor. Sans doute Spielberg qui savait quel était son enviable statut en tant que principal des jeunes loups qui s'étaient établis dans les années 70 (aux côtés de Scorsese, Lucas, Cimino, ou le plus âgé Coppola), et souhaitait devenir un chef de clan, en produisant et mettant le pied à l'étrier des plus jeunes. Peut-être avait-il jugé que Zemeckis était trop peu aguerri pour mettre lui-même le film en scène, ou peut-être la stature de Spielberg permettait-elle d'accumuler les grands noms: après tout, on peut voir ici, rien moins que Robert Stack, Slim Pickens, Christopher Lee, ou Toshiro Mifune. Les jeunes vedettes qui montaient à l'époque, Dan Aykroyd ou John Belushi, y côtoient des acteurs qui s'étaient illustrés dans le film de Zemeckis: Bobby Di Cicco, Nancy Allen ou l'insupportable Wendy Jo Sperber, dont l'énergie en apparence inépuisable finit par devenir lassante... après deux secondes. Parce que le problème du film, c'est que l'excès pour l'excès, ça ne marche pas. Aucun dosage, aucun répit, tout part en vrille dès le départ. Parfois, c'est drôle: Belushi en aviateur fou arriverait à nous faire rire plus facilement, si par exemple tout ce qui l'entoure n'était pas plongé dans le chaos. Robert Stack, en général ému par Dumbo aux larmes, est splendide, et le duo incarné par Mifune et Lee, en général Japonais et en saleté de Nazi SS respectivement, est mémorable, mais le film peut parfois nous arracher un sourire grâce à ses allusions au cinéma: de Spieberg d'abord (une scène de Duel est rejouée par la même actrice, avec un avion en lieu et place de camion), de Ford ensuite (une bagarre se déroule au son de la même musique folklorique Irlandaise que l'homérique rencontre entre John Wayne et Victor McLaglen dans The Quiet Man).

Peut-être que Kubrick, qui avait expérimenté (Dr Strangelove) le même type d'exploration du chaos avec tellement plus de réussite que Spielberg, estimait que ce genre de film ne devait surtout pas être vendu comme une comédie, afin que le décalage fonctionne. Il avait sans doute raison, ais il faut ajouter que dans ce film dont les cinq premières minutes sont le sommet du film (En particulier si on a vu l'ouverture de Jaws), on surtout la preuve éclatante que Spielberg est certes un génie, mais qu'il ne sait pas tout faire, loin de là. L'intention de montrer l'Amérique profonde, et la Californie en particulier, en proie au chaos était bonne, mais ces deux heures (Et 25 minutes dans la version intégrale) sont souvent dures à passer.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg comédie Robert Zemeckis
23 avril 2023 7 23 /04 /avril /2023 08:46

Trois personnes se sont donc associés pour écrire un scénario autour de ceci:

Un éditeur porté sur le bling-bling et le clinquant (Lambert Wilson) annonce la parution prochaine du troisième tome d'une série littéraire à succès, Dedalus, par un auteur mystérieux dont nul (sauf lui) ne connait l'identité. Afin d'accélérer la procédure d'édition et de la globaliser, il convoque pour un mois dans un bunker ultra-sécurisé les dix personnes choisies pour en effectuer la traduction dans les dix langues des pays les plus friands des deux premiers tomes. Chaque traducteur arrive et est confronté à un certain nombre de règles: pas de contact, ni avec le vrai monde extérieur, ni avec internet; pas de portable, et le livre est distillé au compte-gouttes, chapitre par chapitre... 

Bien sûr qu'il y aura une fuite!!! sinon, où serait l'intérêt? D'ailleurs, "intérêt", le mot est bien impropre.

Pour faire court: c'est le film le plus con que j'aie vu cette année. Elle n'est pas finie, on peut donc en attendre d'autres...

Pour développer un peu plus: voici un pur produit de l'âge Netflix (même s'il est sorti en salles, il finira comme produit d'appel sur une plateforme quelconque): un film purement à consommer, avec une intrigue débile qui fait semblant d'être profonde, des acteurs choisis dans dix pays européens (malin, ça... les fans d'Olga Kurylenko, Alex Lawther, Eduardo Noriega, etc... auraient-ils sinon été attirés par ce film? J'en doute. Sont-ils restés jusqu'au bout? J'en doute aussi), mais priés de réciter un texte en français: certains s'en sortent bien, d'autres moins, et un ou deux pas du tout. Lambert Wilson interprète le cliché de l'éditeur vénal, Sara Giraudeau est cantonnée à un type, celui de l'employée modèle qui a mis sa personnalité dans un placard dont elle a perdu la clé, et c'est du gâchis. Aucun humour, ici, si ce n'est involontaire...

Et on lève les yeux au ciel: l'édition, c'est du gros business; les traducteurs sont TOUS des frustrés de la littérature qui sont supposés ne traduire des oeuvres que parce qu'ils sont incapables d'en écrire d'originales; un éditeur de livres en france a les moyens de louer pour plusieurs mois une propriété pharaonique à un oligarque Russe, et d'y jouer au dictateur en abattant au besoin les employés indisciplinés. Les traducteurs s'extasient devant un "chef d'oeuvre littéraire" probablement aussi passionnant qu'un Fantomette, le comparent à Proust, mais à aucun moment il n'est question de mot, de langage, de tournure de phrase... Non, un livre n'est qu'une intrigue. 

Si un livre n'est qu'une intrigue, alors réduisons ce tas de boue à son histoire: c'est nul.

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Published by François Massarelli - dans Whodunit
22 avril 2023 6 22 /04 /avril /2023 18:43

Dans les années 50, à la suite du formidable mais alarmiste film The thing, de Howard Hawks et Christian Niby, le mot d'ordre du cinéma Américain était "Watch the skies!". Et, de War of the worlds (Byron Haskin, 1953) en Invasion of the body snatchers (Don Siegel, 1956), la confirmation d'un danger potentiel représenté par les extra-terrestres, métaphores grossières d'un danger communiste d'infiltration, était partout. Le pari de Spielberg, en cette fin d'une décennie durant laquelle les cinéastes ont plus ou moins pris brièvement le pouvoir à Hollywood derrière Coppola et Scorsese, était donc de renverser la tendance, tout en se permettant de s'approprier les formes classiques et spectaculaires de la science-fiction. A ce titre, son film visionnaire est encore là pour faire école, 36 ans après... Même si son fondamental optimisme n'a pas résisté à la fin des années Carter, à des 80s qui se sont avérées sanglantes en matière d'idéal, et au 11 septembre: voir à ce sujet le dernier film que Spielberg a consacré au phénomène extra-terrestre en 2005, nouvelle version du War of the worlds de H.G. Wells actualisé à l'aune des attentats terroristes du XXIe siècle.

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Il faudrait néanmoins se garder d'imaginer que le film ne soit finalement qu'une pièce de musée, dépassé par les évènements, la technologie numérique ou les nouveaux développements en matière de narration cinématographique, ou quoi que ce soit d'autre. D'une part, même si le Spielberg de 1977 croyait dur comme fer à l'hypothèse d'une rencontre à venir entre les humains et les extra-terrestres, motivant  ainsi son désir de faire ce film, il faut bien dire que Close encounters ne se réduit pas à cette lecture au premier degré... D'autre part, tout son cinéma en découle d'une manière ou d'une autre, à commencer bien sûr par les deux 'suites' de sa trilogie extra-terrestre, soit E.T. (1982) et War of the worlds déjà cité. Spielberg n'a sans doute pas fini de s'abreuver à la source de ce qui reste l'un de ses meilleurs films.

Indiana, 1977. Roy Neary et un certain nombre d'autres habitants de cet état sont "visités" par une rencontre extra-terrestre, à des degrés divers: certains en ont gardé la séquelle d'une intense brûlure façon coup de soleil, certains sont marqués par l'intrusion d'un thème musical dans leur tête. Tous sont aussi visités par l'image obsessionnelle d'une montagne mystérieuse. Tous sont également amenés à avoir un comportement obsessionnel, de plus en plus erratique, ce qui se traduit pour Roy, un père et mari déjà pas vraiment parfait, par un licenciement dont il n'a rien à faire, puis par un comportement de plus en plus inexplicable vis-à-vis de sa famille. Pour Jillian, une jeune peintre qui vit seule avec son fils Barry, la rencontre va se traduire par l'enlèvement de ce dernier par des aliens... De son côté, un ufologue Français, le professeur Lacombe, semble mener une opération de grande envergure pour comprendre le message laissé par les extra-terrestres à a plupart des populations de la planète... Tout ce petit monde se retrouvera au Wyoming, à l'abri d'une montagne aux formes légendaires.

http://www.theofantastique.com/wp-content/uploads/2011/01/close-encounters-of-the-third-kind.jpg

Roy Neary, interprété par Richard Dreyfuss, partage finalement avec le petit Barry une confiance assez inexplicable en ce qui pourrait lui arriver auprès des extra-terrestres, c'est l'une des leçons optimistes de ce film, dont Spielberg voulait faire un rappel du fait qu'à cette époque lointaine, on pouvait sans doute partir de chez soi, en laissant la porte ouverte! Le monde n'était pas uniquement fait de dangers. Roy et Barry, bien sûr, sont des enfants; l'un d'entre eux a environ 5 ans, et l'autre se comporte en tous points comme un gosse, ce que le film nous rappelle souvent: il joue, répare des jouets, se laisse happer par le moindre prétexte, et n'assume absolument pas sa condition de père, voire de mari. Il se séparera de sa famille (Ce qui ne semble pas l'affecter tant que ça, d'ailleurs) au milieu du film. Le personnage de Ray (Roy, Ray...) dans War of the worlds en est une variation à peine déguisée à la base, même si l'enjeu sera pour lui de retrouver sa famille et de la maintenir vivante, justement! On retrouvera aussi le schéma d'une mère célibataire dans E.T., confirmant cette hypothèse d'un portrait d'une Amérique dont les valeurs morales se sont ouvertes de façon considérables en un siècle. Mais l'idée d'un homme-enfant apte à reconnaître la tentative de rapprochement opérée par les aliens dans ce film pour ce qu'elle est, est prolongée par l'enthousiasme enfantin du professeur Lacombe, et par de nombreux collaborateurs de ce dernier, comme le prouve une scène: les responsables en costume et cravate font l'assaut d'une salle où trône une superbe mappemonde géante pour en déloger la reproduction de  la terre, qu'ils récupèrent en la faisant rouler comme un ballon! Le corollaire de ces enfantillages, c'est bien sûr le désir de désobéissance, observé par Roy qui ignore les avertissements de danger, mais aussi la saleté, dans laquelle tous les "visités" s'installent lorsqu'ils essaient de reproduire dans de la matière molle la vision mystérieuse d'un monticule signifiant. Il n'est pas interdit d'y voir l'appel de la matière fécale, ce qui nous envoie d'ailleurs vers Jurassic Park et son abondance de monticules de crotte (Un des témoins de la rencontre finale dans Close encounters a d'ailleurs devant l'arrivée d'un vaisseau géant le même problème que l'avocat de Jurassic Park lorsqu'il voit un T-Rex: il lui faut se précipiter aux toilettes!). Entre humour, clins d'oeil, et mise en scène de l'émerveillement (qui passe par le regard, notamment celui d'un enfant), Spielberg accomplit quoi qu'il en soit un hommage complet à l'ouverture d'esprit des enfants... Ce qui, à trois ans de l'enfer Reaganien, ne manquait pas de sel.

       http://1.bp.blogspot.com/-O6e-SQuKXnQ/TatZKfWeDYI/AAAAAAAABMo/ehrx8pWnaxc/s1600/Close+Encounters+of+the+Third+Kind+3.jpg

Et puis, je m'en voudrais de ne pas mentionner cette mise en scène toute en contrôle permanent de l'émotion du spectateur, mené par le bout du nez dans le sillage de Roy et Jillian, auquel on montre les préparatifs exaltés d'une rencontre entre l'homme et l'extra-terrestre, sans jamais la nommer. Cette façon qu'a Spielberg de nous préparer à une image inédite, souhaitée mais jamais crue possible, et de ne nous l'asséner qu'une fois les personnages mis à leur tour au courant: Jillian entendant derrière elle un bruit sourd, se retournant lentement, et voyant... ce que nous ne voyons pas encore mais pouvons deviner, un vaisseau grandiose. Le désir de le voir, l'incontrôlable volonté de profiter de l'image hallucinante désormais à notre portée, et la réalisation enfin de ce désir dans un déluge de musique contrôlé par un maestro (John Williams, bien sur): Spielberg optimiste, c'est la promesse d'un cinéma de la jouissance!! Une science du regard, de la mise en scène du regard, et du savoir montrer. 

C'est d'ailleurs le regard qui semble faire ici de sérieux pieds de nez à la communication: entre le français qui a de sérieuses difficultés dans la langue de Shakespeare, et l'incommunicabilité entre Roy, sa femme et ses enfants, on voit bien que le fait de parler ne résoud rien... Et Spielberg accumule les preuves, en montrant par exemple la presse incapable d'avoir des réponses à ses questions. Et si Lacombe orchestre bien une rencontre, grâce à des indices, ils n'ont pas été communiqués par le langage, et malgré tous ces éléments, l'Armée réussit encore à se vautrer, électionnant ses meilleurs surhommes-et-femmes surentraîné(e)s, mais les petits rigolos d'aliens leur préféreront ce brave Roy Neary, lui qui ne sait même pas ce qu'il fait là, pour l'inviter à l'intérieur de leur carosse magique.

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Published by François massarelli - dans Steven Spielberg Science-fiction
22 avril 2023 6 22 /04 /avril /2023 12:38

Le parcours de Han Solo, durant la montée de l'Empire, entre la planète Corellia, un cloaque dont il s'échappe, et l'espace où il vit des aventures trépidantes, entre piraterie et mercenariat... Son but? Retourner sur Corellia où il entend bien retrouver sa petite amie Q'ira.

Avait-on besoin d'en savoir plus que ce qu'on nous avait dit sur Han Solo dans la première trilogie de Star Wars? Le personnage, flanqué bien sûr de l'impayable Chewbacca, se suffisait à lui-même, baroudeur de l'espace constamment (et fort secrètement, monsieur a sa pudeur) tiraillé entre son extrême liberté et la tentation du bien... C'est ce même schéma qu'on retrouve dans le personnage, et avec Chewbacca bien entendu, mais faut-il le dire? Si ce n'est pas Harrison Ford, ce n'est PAS Han Solo...

Ce qui n'enlève pas grand chose à ce petit film, qui fait partie des "compléments de programme" institués dans la nouvelle donne de Star Wars après le rachat de Lucasfilms par Disney: comme Rogue One, Solo commence à un point A et se finit à un point Z, et on ne se sent pas obligé d'y voir les prémisses d'une suite, ou deux, ou douze...

Tout n'est pas parfait (Emilia Clarke par exemple) mais le casting (sauf une) est plutôt compétent, surtout Thandie Newton et Woody Harrelson; il y a des univers inédits, et Ron Howard ne boude absolument pas son plaisir en réussissant là où Lucas avait lamentablement échoué: nous montrer les bas-fonds d'un monde intergalactique... Il y a un robot de concours, le L3 de Lando Calrissian, et sinon, à un moment, on entend distinctement Han Solo (Alden Ehenreich) dire "I have a very good feeling about this"...

...une transgression qui n'a pas porté chance au film, ni aux one-shots, désormais abandonnés. Dommage, en fait.

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Published by François Massarelli - dans Star Wars Science-fiction Ron Howard
21 avril 2023 5 21 /04 /avril /2023 20:20

C'est la première fois dans sa carrière, à ma connaissance et sous réserves, que Lloyd est crédité à la mise en scène, et c'est aussi la dernière. Juste retour des choses, sans doute, même s'il ne s'en est jamais plaint et pour cause...

Ce film est une compilation d'extraits de ses oeuvres, et pas que les muettes. Tous les films représentés datent de la période qui s'étale de 1919 à 1936, et une photo témoigne de la participation au film de Preston Sturges Mad Wednesday, également connu sous le titre de The sin of Harold Diddlebock. Sans se priver de chanter sa propre gloire, Lloyd nous détaille les grandes lignes de son style, avec des titres d echapitre on ne peut plus clairs: Comedy, Thrills, Action... Sagement, on a droit ici strictement à une sélection de scènes, dont la logique et l'intégrité ont été respectées. Pour Hot Water, par exemple, c'est près de vingt minutes soit un tiers du film original. La qualité est au rendz-vous et on ne s'étonnera pas d'ajouter que les meilleurs moments sont ceux qui proviennent des films muets.

Maintenant a-t-on besoin, en 2023, de ce film? A l'époue de sa sortie, c'était une nécessité, puisque les films de Lloyd n'étaient plus en circulation, et que le bonhomme les avait conservés: cet avant-goût était presque une réhabilitation. Et ça permet de voir aussi, ce qui est rare, une sorte de cohérence dans des extraits choisis de films, on a ici une proportion importante de ce qui faisait le bonheur des spectateurs de ses films: des gags, certes, mais aussi des personnages, et une logique narrative, qui est restituée dans les 98 minutes de cette compilation; du même coup celle-ci reste une bele façon d'aborder l'oeuvre...

Maintenant, pour reprendre ce que je disais plus haut, en rendant à Lloyd ce qui appartient à Harold, ce film arrivait à point nomé pour rappeler qui était le patron sur le plateau, acteur, producteur mais aussi dirigeant d'une main de fer dans un gant de velours des armées de gagman: qu'il ait été dirigé par Alf Goulding, Hl Roach, Fred Newmeyer, Sam Taylor, Ted Wilde, Clyde Bruckman ou Leo McCarey, un film de Harold Lloyd ressemble... à un film d'Harold Lloyd.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd