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28 avril 2023 5 28 /04 /avril /2023 18:56

Après l'apocalypse, dans une zone rurale des Etats-Unis, nous faisons la connaissance d'une famille: la mère, le père, et leurs trois enfants, tous nés avant. Il faut donc les éduquer à la nouvelle donne, désormais les humains sont traqués en plein air par des créatures impitoyables, qui ne voient rien mais ont l'ouïe très fine. Seule solution pour survivre et éviter une mort atroce, ne pas attirer l'attention, donc éviter le moindre bruit...

C'est plus que notable, à l'heure de la standardisation tous azimuts, par le doule biais du numérique à gogo, et des plateformes de streaming, un film d'angoisse ("d'épouvante"? "d'horreur"?) arrive et au lieu de reprendre ou de faire évoluer les codes, il propose quelque chose de radicalement différent, jouant justement sur le silence... La tension est très forte, générée par cette situation qu'on comprend très vite, dès la première séquence (magistrale), et qui nous explique tout en situation, par les gestes, les regards, les précautions, et un peu seulement par la communication, faite de gestes et de langage des signes pour l'essentiel...

Le terrain de jeu, finalement, n'est pas que l'Amérique rurale, c'est aussi la famille, dans ce film où la notion de survie est intimement liée à la nécessité aussi de protéger les autres. Chacun se réfugie dans une part de tâches, qui donnent du sens à chaque minute. Et de par la particularité physique de ce film presque sans parole, on entre sans effort dans la tension qu'il véhicule. Si je dois exprimer une réserve et une seule, je pense que je ferai comme d'habitude, en disant à quel point les monstres ici présents sont laids. ...et surtout ils ressemblent à tous ceux qu'on voit un peu partout, les crétaures excessives créées par la compagnie Weta de Peter Jackson, ou bien la bestiole de The host de Bong Joon-ho, ou encore celles de The Mist, de Frank Darabont...

En choisissant de réaliser un film d'horreur dans un cadre bucolique, au milieu d'un champ de céréales, et avec des gens qui devront tout faire pour ne rien dire ou ne pas faire du bruit, y compris lors d'un accouchement, Krasinski casse les codes, et réalise un tour de force qui en plus a le bon goût d'être plutôt court, et de se limiter à l'essentiel. C'est vraiment bien, et ça mérite d'être vu et revu... Mais fallait-il vraiment une suite? On verra. 

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Published by François Massarelli - dans Boo!!
27 avril 2023 4 27 /04 /avril /2023 17:46

Sur le front Italien, pendant la seconde guerre mondiale, deux soldats Anglais sont liés par un petit secret inattendu: Roger, l'un d'entre eux, correspond avec une jeune femme restée au pays, Victoria, mais c'est l'autre, Alan (Joseph Cotten) qui écrit en fait les lettres, parce qu'il est plus doué... Du coup, Alan, amoureux d'une inconnue qu'il pense ne jamais rencontrer, est amer, et se rend bien compte que son copain n'en vaut pas la peine. Ce dernier rentre en Angleterre avec la ferme intention d'épouser la jeune femme, mais Alan, resté au front, est blessé. Quand il est démobilisé, il rentre chez lui et apprend le décès de Roger. Il a été tué, et un procès a établi que Victoria (Jennifer Jones) serait responsable de sa mort, par légitime défense...

Secrets de famille, sentiments exacerbés, poids du destin, amnésie, mystères à gogo... le film ne se prive absolument pas d'aller vers l'infini et au-delà des limites du raisonnable! Ca commence avec une situation à la Cyrano de Bergerac, mais la conquête de Victoria ne sera évidemment pas la finalité du film. C'est une oeuvre hautement sentimentale, romantique en diable, avec une dose incroyable d'invraisemblances qui auraient pu tout faire capoter...

Mais Dieterle est habitué après tout à tout faire passer, il le fait depuis toujours. N'oublions pas que c'est lui (et avec les mêmes acteurs) qui tournera 3 années après le flamboyant Portrait of Jennie, l'un de ces films qui ose tout! Et il semble se plaire dans cette intrigue amoureuse qui débouche sur du film noir, à moins que ce ne soit le contraire. C'est une étape assez étonnante dans le cinéma des années 40, un film nettement moins connu que d'autres, sans doute avec raison... Mais ne boudons pas notre plaisir, une fois acceptées toutes les invraisemblances.

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Published by François Massarelli - dans William Dieterle Noir
27 avril 2023 4 27 /04 /avril /2023 17:39

Solid, en argot Américain des années 40, ça serait proche du "grave" à toutes les sauces du simili-français actuel... Une marque d'approbation passe-partout, d'ailleurs popularisée voire immortalisée par le grand Slim Gaillard, un expert en guise de langages parallèles! Et la sérénade du titre sera, elle aussi, "hip", c'est à die au goût du jour.

Tom s'introduit dans une propriété pour y jouer une sérénade à une belle petite chatte, avec une contrebasse: il va interpréter en s'accompagnant à ce noble instrument, le fameux (comment ça vous ne le connaissez pas? mais il faut tout vous apprendre, alors,) Is you is or is you ain't my baby, qui fut également chanté par Cab Calloway, et Louis Jordan, ainsi que Joe Jackson plus près de notre époque!

Et ce sous les yeux assez amusés de Jerry (dont le rôle est assez limité) et d'un gros bouledogue, qui va évidemment s'en mêler de façon fort musclée... Beaucoup de belles choses à glaner dans l'affrontement qui s'en suit...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry
26 avril 2023 3 26 /04 /avril /2023 17:16

Dans la famille Freeling, on vit dans une petite maison, qui fait partie d'un projet de lotissement ne demandant qu'à s'agrandir, porté justement par le patron de M. Freeling... Le père travaille donc dans l'immobilier de masse pendant que la mère est au foyer pour s'occuper de ses trois enfants: une adolescente, un jeune garçon, et la petite dernière, Carol-Anne. L'atmosphère est assez libre, et il y a toujours une télévision allumée... Ce qui attire la première crise de somnambulisme de la petite. Puis des événements étranges se produisent, et Carol Anne disparaît... dans la télévision. 

C'est l'un des films les plus emlématiques de Tobe Hooper, le réalisateur du célère Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la tronçonneuse), et auteur de nombreux films à vocation horrifique, ce qui n'empêche pas le film de multiplier les moments de comédie. Par bien des côtés, l'aspect parodique du film est à prendre en compte, d'autant qu'il y a suffisamment d'indices pour y trouver une ironie cinglante vis-à-vis non seulement du conformisme à l'Américaine, de la télévision et de son omniprésence, mais aussi du genre lui-même. Une réputation de méta-film que certains décèlent également dans son film de slasher le plus célèbre!

Mais le film est pour toujours le théâtre d'un conflit d'auteurs peu banals, même si les choses se sont réglées après une série de soucis par voie de presse: c'est que le film a été produit par Steven Spielberg, mais l'auteur de Close encounters of the third kind ne s'est pas arrêté là... Il a aussi participé au script, qui est d'ailleurs basé sur une histoire de son cru. La presse s'est emprêssée de spéculer sur le fait, et le fait que le film soit beaucoup plus grand public que d'autres a poussé certains critiques à mettre en doute le rôle de Hooper dans la réalisation. Hooper s'en est plaint dans la presse, et Spielberg lui a écrit une lettre ouverte, rappelant le rôle de chacun: un producteur-auteur d'une part, un auteur-réalisateur d'autre part. Et Spielberg, s'il a constamment joué avec les épices du genre, n'a jamais réalisé de fiml d'horreur, se contentant de prendre le meilleur du genre pour l'injecter dans des thrillers plus classiques. On aurait plutôt l'impression, ici, d'un Tobe Hooper s'amusant à imiter le style et l'univers de Spielberg pour délayer les moments horrifiques dans son film. Mais une fois qu'on est dans l'horreur, les effets s'enchaînent et Hooper se plait à en rajouter... 

N'empêche, l'univers de Spielberg est bien là, à travers cette famille qui vit heureuse sans s'apercevoir de son impressionnante dysfonctionnalité, et les scènes s'enchaînent, qui nous permettent d'envisager un naufrage futur. Qu'il y ait un drame de maison possédée (cette manie qu'ont les promoteurs de construire sur d'anciens cimetières... Un gag, dans le dialogue, nous rappelle d'ailleurs The Shining), c'est sans doute plus un avat-goût qu'autre chose! Une autre piste est à avancer, toutefois: le film se situe en plein Reaganisme triomphant, incarné bien entendu par le promoteur véreux, et l'optimisme professionnel irresponsable du héros. Le début du film est notable, puisqu'on y entend l'indicatif d'arrêt des émissions (personne n'éteint jamais les postes de télévision dans le film!), qui est justement l'hymne national, le Star-Spangled Banner. Et pendant que son épouse roule des joints, M. Freeling lit une biographie du bien-aimé président! Le film en devient une peinture au vitriol des classes moyennes à l'accession de Reagan à la Maison Blanche.

Hooper ou Spielberg, le film reste une sympathique et légère incursion dans l'horreur, sous pavillon familial; un film extrêmement bien fait, qui participe à sa façon d'un recentrage du cinéma de genre au début des années 80, à l'écart aussi bien du conformisme d'un cinéma familial, et de l'enfer des vidéoclubs, où tant de films d'horreur finiront bientôt. A sa façon, c'est un classique, et c'est aussi l'une des premières productions de Spielberg pour lesquelles il n'aura pas été le réalisateur: comme chacun sait, il y en aura d'autres! Enfin, ce film d'horreur, avec de vrais bouts du diable dedans, a été distribué par la très comme il faut Metro-Goldwyn-Mayer. Il est probable que parmi les cadavres fumant qui s'agitent dans la dernière bobine, il y a ce bon Louis B. Mayer...

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Boo!!
25 avril 2023 2 25 /04 /avril /2023 17:42

Le premier atout de Raiders of the lost ark, c'est cette utilisation du signe cinématographique dont le film est un manifeste permanent. Bien sûr, l'une des sources primordiales pour la confection de Raiders of the lost ark et des autres films mettant en scène le personnage d'Indiana Jones reste la frustration légendaire de Spielberg qui rêvait dit-on de faire du Tintin et ne le pouvait pas, mais si le film est effectivement souvent un hommage au style d'aventures et aux codes graphiques qui ont présidé à l'oeuvre d'Hergé, c'est d'abord au cinéma d'aventures, et pas au plus noble, que pensait Spielberg, proche en cela de son copain Joe Dante dont l'oeuvre entière est un hommage à l'horreur et la science-fiction populaire dont il raffole... Ce film est donc une épure, un exercice de style jouissif et aussi indispensable qu'il est inutile, reposant sur des codes internes dus à la collaboration de quatre cinéastes (Lawrence Kasdan et Philip Kaufman ont tous deux taté du script, Spielberg est à l'origine du concept, et Lucas a conçu pour sa part Jones et sa mythologie...).

Dès le départ, on est placé sous le signe de la reconnaissance, du clin d'oeil, du symbole et du raccourci: lorsque le logo Paramount est récupéré par l'image, et devient l'une des nombreuses montagnes qui émaillent le décor du film, c'est fini, Spielberg s'est approprié le film et son ensemble de signes: la silhouette immédiatement reconnaissable de Jones, sa panoplie, les uniformes de ses opposants, les motifs immédiatment reconnaissables d'un drapeau nazi, tout est prétexte à reconnaissance immédiate. Hitchcock s'amusait à choisir des signes aussi clairs que symboliques dans ses filmis, Lang en a systématisé le détournement (le ballon de M qui passe d'une image de l'enfance à celle du crime), Spielberg met en scène les symboles pour orchestrer un jeu de pistes... Aidé par lucas, expert en création de mondes prêts à l'emploi, il se paie même le luxe de jouer sur la première apparition d'Indiana Jones comme s'il nous était déja connu: de dos, fragmentaire, on a quand même reconnu le héros avant même de le voir.

Le scénario nous envoie autour du monde, et le film ne néglige aucune occasion de mouvements, et le fait avec maestria; d'une hypothétique Amérique du Sud à l'Egypte en passant par le Népal, les pays eux-mêmes deviennent signes, et l'époque (qui elle aussi renvoie à Hergé avec ses incertitudes politiques génériques) permet en prime une série de touches esthétiques qui donnent plus d'authenticité encore au pastiche du cinéma d'aventures. Les scènes en silhouette dans les temples Egyptiens renvoient tant à l'univers d'Hergé qu'à la bi-dimensionalité des héros de papier (tout en offrant un spectaculaire clin d'oeil à Michael Curtiz et son cinéma des ombres, comme la confirmé Spielberg). Comme en plus on massacre dans ce film un nombre non négligeable de nazis, Ce Raiders of the lost ark est bien un chef d'oeuvre en son genre. Indispensable halte, donc...

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
25 avril 2023 2 25 /04 /avril /2023 17:23

Une petite plage de Bretagne, l'été... Sur le front de mer, des présentoirs de carte postale répètent en miniature les images glanées sur le sable, de gens qui s'amusent, se baignent, bronzent et jouent. sur l'une des cartes postales, un homme solitaire a vu une jeune femme d'une autre carte, reproduction manifeste d'une carte des débuts du XXe siècle... Il va tout faire pour la rejoindre.

En écho à Le baiser (2005), un court métrage de quatre minutes très impressionnant dans son invention poétique basée sr la matière filmique, c'est Sara Viot qui interprète la jeune baigneuse 1910, dans un environnement en noir et blanc. Le film joue non seulement sur l'idée saugrenue mais juteuse de faire sortir les personnages d'une carte postale de leur environnement, mais aussi sur le fait que chaque dimension (la carte "moderne", très clinquante et aux couleurs vives, la carte "années folles" en noir et blanc, et la plage en couleurs naturelles doive cohabiter avec les deux autres, entraînant des mélanges de couleurs, de saturation et de textures. C'est gentiment loufoque, et sans imiter la forme du cinéma des origines, ça ne parle pas, ce qui est en soi une excellente idée.

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Published by François Massarelli - dans Stéfan Le Lay
24 avril 2023 1 24 /04 /avril /2023 17:52

Début du XXe siècle... Un homme (Guillaume de Tonquedec) a donné rendez-vous à une jeune femme (Sara Viot) sur un banc en bord de mer... Le rendez-vous est romantique à souhait, raconté sour une forme qui renvoie au cinéma muet, jusqu'au moment où le projectionniste (qu'on entend distinctement jurer dans la bande-son) constate que le film a des problèmes. Il va jusqu'à casser, occasionnant de sérieux soucis au deux protagonistes...

Stéfan Le Lay est professeur de cinéma à Rennes, et s'est amusé à reproduire en un brillant "à la manière de" le style d'une production des années 10, et le moins qu'on puisse dire est que les deux acteurs se prêtent volontiers au jeu. Le film, qui s'amuse à la fois de sa propre forme et de ce qu'il raconte (ce qui revient d'ailleurs souvent au même puisque les ennuis de projection deviennent ici la matière filmique même), a un petit frère, l'également brillant La carte.

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Published by François Massarelli - dans Stéfan Le Lay
24 avril 2023 1 24 /04 /avril /2023 15:32

Julie part dans la vie sur les chapeaux de roue, se lançant dans des études de médecine... puis de psychologie... avant de bifurquer vers la photographie, et de se rendre compte qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut. Elle rencontre un homme qui a plus de treize ans qu'elle, est dessinateur de bande dessinée (un peu décalée, voir provocante). Lui voudrait un enfant, elle non. Puis un jour elle va prendre une décision impulsive mais décisive, radicale, et...

C'est un grand rôle pour l'actrice Renate Reinsve, c'est vrai, et elle illumine une bonne partie du film, qui reste bavard, un défaut que j'avais souligné pour Oslo, 31 Août... Mais l'idée d'axer le film sur la vie et les choix parfois contestables du personnage, l'utilisation d'une voix off qui cristallise une sorte de fausse objectivité (ce pourrait tout à fait être une version ironique de Julie elle-même), et quelques irrésistibles embardées maintiennent l'intérêt. Mes moments préférés? D'une part, la rencontre avec Eivind, le garçon pour lequel Julie va plaquer Aksel, et passer d'une vie en compagnie d'un artiste, à une vie entre débrouille et petits boulots sans avenir (elle bosse dans une librairie, il est barman); pourtant la rencontre entre les deux est un moment intense de vie et d'illumination... ensuite, une expérience désastreuse et comique avec des champignons hallucinogène, où Trier joue avec le cadre, le style, le rythme et se permet même de se livrer à quelques séquences d'animation.

Mais surtout, il y a une scène d'amour anthologique, lorsque Julie arrête le temps quand elle est avec Aksel, pour se rendre au bar où travaille Eivind. Elle court, mais aucun besoin de se presser pourtant, le temps est bel et bien arrêté, tous les gens qu'elle croise sont comme suspendus en plein mouvement. Rien que ça aide à aimer le film, qui se terminera après un décès et une résignation, par un constat simple: dans la vie, tout passe...

Oui, je tiens à le dire, sinon: mais qu'est-ce que c'est que cette manie, dès qu'on sort du cadre d'un film d'action (c'est-à-dire con), de super-héros (c'est-à-dire très con), ou d'un western, ou d'un quelconque genre très marqué, de le vendre en prétendant que c'est une comédie décalée? Si ça c'est une comédie, je suis Winston Churchill en kimono.

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Published by François Massarelli - dans Joachim Trier
24 avril 2023 1 24 /04 /avril /2023 08:22

Un banc, à Paris, sur une petite place; ue jeune femme pleure, et se demande tout à coup pourquoi elle pleure; puis comment elle s'appelle, et réalise en trouvant sa carte d'identité qu'elle a tout oublié... Elle va reconstruire son existence à coup de stratagèmes et de tentatives, et en profiter pour se réinventer...

C'est l'adaptation d'une bande dessinée de Pénélope Bagieu et Boulet, dans laquelle Murielle Magellan a inventé une sorte d'univers légèrement décalé. On n'est pas dans Amélie Poulain, mais ce n'est pas si loin, grâce à la douceur et la fantaisie de Sara Giraudeau, le voyage est facile... 

Et si c'est souvent très farfelu, ça pose aussi quelques jalons de réflexion, sur la tendance de l'être humain à la meute, sur l'identité de chacun, sur les choix sociaux de tout un chacun, sur le couple, sur l'amour et les plans de vie à deux... Le tout enveloppé dans un écrin de gentille folie douce, avec une héroïne qui a l'avantage d'avoir tout perdu, du coup elle ne fera pas longtemps dans les faux-semblants.

Et comme en plus c'est drôle...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
23 avril 2023 7 23 /04 /avril /2023 17:06

Beaucoup des films du jeune Spielberg s'intéressent d'une façon ou d'une autre à l'âme Américaine, que ce soit en créant du suspense à partir du mythe de la route (Duel), ou de l'univers des stations balnéaires (Jaws), en racontant un folk tale qui dépoussiérerait presque les légendes de l'Ouest Américain tout en révélant de façon poussée le dangereux culte des armes au Texas (The Sugarland Express), ou en s'intéressant à la famille sous l'angle inattendu... de la science fiction (Close encounters of the third kind, E.T.). Spielberg a aussi, dans cette première décennie, exploré le passé glorieux du cinéma d'aventures en participant comme chacun sait à la création en compagnie de George Lucas d'un personnage doté désormais d'un univers solide, et si éminemment Américain (Raiders of the lost ark)... Donc 1941 ne ressemble pas tant à un accident de parcours qu'on a bien voulu le dire depuis sa sortie qui avait comme on s'en rappelle débouché sur un flop, et engendré un désamour persistant de la critique voire d'une partie du public, désamour facile à motiver: le film est raté.

En décembre 1941, la Californie vit dans une certaine psychose bien compréhensible: Pearl Harbor attaqué par les Japonais, tout porte à croire que l'état richissime est le suivant sur la liste. On s'y prépare donc. La défense civile anti-aérienne, l'aviation, la marine, toute l'armée est sur le pied de guerre, et les civils s'attendent au pire. Le risque de sombrer dans la folie paranoïaque sera-t-il franchi? ...Oui. D'autant qu'un sous-marin Japonais croise justement au large de Santa Monica, et que bien des militaires, rendus fous par l'attaque inattendue et spectaculaire du 7 décembre, sont au-delà de leurs esprits dans des proportions inédites...

L'alliance entre Spielberg et le duo Zemeckis-Gale était inévitable: Spielberg, jeune producteur, appréciait leur esprit, tel qu'il s'était déchaîné en particulier dans le film I wanna hold your hand, qui contait le chaos qui régnait dans les coulisses d'une visite des Beatles aux Etats-Unis. En gros, 1941, c'est le même film, mais cette fois dans les coulisses de l'après Pearl Harbor. Sans doute Spielberg qui savait quel était son enviable statut en tant que principal des jeunes loups qui s'étaient établis dans les années 70 (aux côtés de Scorsese, Lucas, Cimino, ou le plus âgé Coppola), et souhaitait devenir un chef de clan, en produisant et mettant le pied à l'étrier des plus jeunes. Peut-être avait-il jugé que Zemeckis était trop peu aguerri pour mettre lui-même le film en scène, ou peut-être la stature de Spielberg permettait-elle d'accumuler les grands noms: après tout, on peut voir ici, rien moins que Robert Stack, Slim Pickens, Christopher Lee, ou Toshiro Mifune. Les jeunes vedettes qui montaient à l'époque, Dan Aykroyd ou John Belushi, y côtoient des acteurs qui s'étaient illustrés dans le film de Zemeckis: Bobby Di Cicco, Nancy Allen ou l'insupportable Wendy Jo Sperber, dont l'énergie en apparence inépuisable finit par devenir lassante... après deux secondes. Parce que le problème du film, c'est que l'excès pour l'excès, ça ne marche pas. Aucun dosage, aucun répit, tout part en vrille dès le départ. Parfois, c'est drôle: Belushi en aviateur fou arriverait à nous faire rire plus facilement, si par exemple tout ce qui l'entoure n'était pas plongé dans le chaos. Robert Stack, en général ému par Dumbo aux larmes, est splendide, et le duo incarné par Mifune et Lee, en général Japonais et en saleté de Nazi SS respectivement, est mémorable, mais le film peut parfois nous arracher un sourire grâce à ses allusions au cinéma: de Spieberg d'abord (une scène de Duel est rejouée par la même actrice, avec un avion en lieu et place de camion), de Ford ensuite (une bagarre se déroule au son de la même musique folklorique Irlandaise que l'homérique rencontre entre John Wayne et Victor McLaglen dans The Quiet Man).

Peut-être que Kubrick, qui avait expérimenté (Dr Strangelove) le même type d'exploration du chaos avec tellement plus de réussite que Spielberg, estimait que ce genre de film ne devait surtout pas être vendu comme une comédie, afin que le décalage fonctionne. Il avait sans doute raison, ais il faut ajouter que dans ce film dont les cinq premières minutes sont le sommet du film (En particulier si on a vu l'ouverture de Jaws), on surtout la preuve éclatante que Spielberg est certes un génie, mais qu'il ne sait pas tout faire, loin de là. L'intention de montrer l'Amérique profonde, et la Californie en particulier, en proie au chaos était bonne, mais ces deux heures (Et 25 minutes dans la version intégrale) sont souvent dures à passer.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg comédie Robert Zemeckis