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16 février 2023 4 16 /02 /février /2023 10:09

Ce film tourné dans le New Jersey, sorti en novembre, est une impressionnante somme, et un film très excitant à regarder; le suspense y est à son comble, et on se réjouit d’y voir dans un rôle secondaire mais parfaitement défini, Bobby Harron.

L’histoire de ce Cœur d’avare se situe dans un petit immeuble dont le rez-de chaussée est occupé par une femme malade et sa fille de trois ou quatre ans. Celle-ci passe ses journées dans la cage d’escalier (dans laquelle se situe la principale série de plans du film, une manière symbolique de nous situer le film dans cette Amérique de 1911 ou l’ascension reste l’enjeu principal d’une vie de citoyen, et la condition de la réussite), ou elle est repérée par un vieil homme qui habite à l’étage, seul avec des sommes considérables malgré son apparente modestie. Il prend pitié d’elle, et ils passent du temps ensemble; des bandits s’introduisent chez le vieil homme, le prennent en otage et décident d’utiliser la petite pour faire pression sur le vieil homme. C’est en voyant la petite en danger que l’homme s’aperçoit de son affection pour elle; ils sont sauvés par l’intervention d’un vagabond qui a des problèmes avec la police, et qui se couche le soir avec la satisfaction du devoir accompli, pendant que le vieil homme va donner de l’argent à la famille de la petite pour en sauver la mère.

Les qualités de ce film, outre sa richesse (Tout cela est réglé en 16 minutes), sont l’authenticité de ses décors urbains, qui vont bientôt être une grande source d’inspiration pour le Griffith de Musketeers of Pig Alley ou Intolerance, la qualité de son interprétation, le rythme toujours parfait, et l’intrusion d’un suspense crapuleux d’une grande efficacité: les bandits tiennent la petite fille, attachée, au bout d’une corde, et montrent au vieil homme qu’ils vont lentement brûler la corde, et précipiter sa chute, si l’avare ne leur révèle pas la combinaison du coffre. Un gros plan de la corde et de la flamme appuie leur propos…

Le suspense est appuyé par un montage qui implique d’une part les bandits et le vieil homme, les visions de la petite fille dans sa position inconfortable, le vagabond qui l’aperçoit, les policiers qui viennent à la rescousse, et le garçon de courses (Harron) qui a reconnu le vagabond comme étant un voleur à la tire auquel il a déjà eu à faire. Ouf ! Pour finir sur ce film essentiel, Donald Crisp y joue l’un des policiers. Son rôle n’est que de la figuration, mais il est parfait, tout comme dans What shall we do with our old?, ou il joue également ce rôle, en figuration intelligente (A l’avant-plan, avec des regards qui commentent l’action).

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet
16 février 2023 4 16 /02 /février /2023 10:00

Griffith a confié à Mary Pickford le rôle principal de Ramona. L’enjeu est de taille : d’une part, il s’agit d’une adaptation littéraire, ce que le générique met en avant de façon très claire. Ensuite, le roman était justement situé en Californie, dans le milieu des Indiens Navajos; enfin, le décor du sud de la Californie, inspire tant Griffith qu’on peut dire qu’il laisse les lieux et les acteurs faire l’essentiel du travail:

Alessandro (Henry B. Walthall), un jeune Navajo, tombe amoureux de Ramona (Mary Pickford), une jeune femme d’origine Espagnole. La famille de celle-ci multiplie les tentatives d’intimidation (Dont une expédition punitive dans le village Navajo) mais rien n’y fait: Ramona et Alessandro se marient, peu de temps après que la jeune femme ait appris qu’elle a du sang Indien. Une fois mariés, les blancs se liguent définitivement contre les deux amants, et le film finit tragiquement.

Les décors de sierras arides, magnifiquement utilisés, accentuent la solitude et le tragique destin de Ramona et Alessandro. Il est dommage que Walthall, décidément, ait du mal à ne pas cabotiner ; de plus il est difficile de croire en sa jeunesse dans ce film, contrairement à Mary Pickford en objet de toutes les convoitises. Bien différente de la femme-enfant qu’elle aura tendance à jouer répétitivement, elle est ici très solide.

Quant au propos, différent des autres films « Indiens » de Griffith, il est situé dans le temps par le biais du roman (Situé en 1840 à peu près), plus réaliste du fait de la présence des Navajos dans le film, et des décors Californiens ; les blancs, il est vrai Espagnols, sont à plusieurs reprises pointés du doigt comme de véritables méchants, en passant par la destruction d’un village, ce qui correspondrait assez bien au type de pratiques subies par les Indiens locaux en Californie tout au long du 19e siècle.

 

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet Mary Pickford
16 février 2023 4 16 /02 /février /2023 09:49

En ce qui concerne l’année 1910, il serait erroné de croire que Griffith n’y ait tourné que des films sur la guerre civile: parallèlement à ses productions orientées vers l’évocation folklorique du souvenir de la Guerre, Griffith continue son exploration des genres qu’il a déjà parcourus, en poursuivant le raffinement de son style, et en particulier de sa direction d’acteurs.

A ce titre, The Usurer (Aout 1910) est exemplaire : dans ce film social qui reprend le même message que A corner in wheat, on sent le metteur en scène d’autant plus à l’aise qu’il a choisi de faire un film plus narratif, dont les comparaisons entre les différentes strates de la société sont dotées de plus de cohérence: l’histoire concerne un usurier qui, ayant précipité la ruine d’un certain nombre de familles, est enfermé par mégarde au milieu de ses richesses, et n’a plus qu’à attendre la mort par asphyxie.

Les victimes nous sont présentées justement par leur rapport avec l’usurier, dont les messagers vont répandre la mauvaise nouvelle d’un foyer à l’autre, autorisant du même coup la narration à passer d’une famille, d’une misère à l’autre, tout en nous présentant l’insolente richesse dans laquelle vivent l’usurier et ses amis. Le montage est également utilisé à des fins plus critiques encore, lors de la mort de l’usurier : un plan de quelques secondes inséré dans la séquence nous rappelle le suicide d’un homme (Walthall) à cause de sa ruine. L’excellence du jeu des acteurs, très posé et naturaliste, contribue efficacement à la réussite de ce film-pamphlet.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith
16 février 2023 4 16 /02 /février /2023 09:43

Griffith continue avec ce court métrage son exploration des possibilités dramatiques et narratives, mais aussi cinématographiques, du conflit qui a déchiré les Etats-Unis entre Nord et Sud, de 1861 à 1865...

On retourne à la division entre deux points de vue avec ce film, toutefois moins réussi que le premier des trois exemples. Il nous conte la confrontation entre deux soldats ennemis: le nordiste en terre ennemie tue le sudiste, puis se réfugie chez la mère de celui-ci. Lorsque celle-ci comprend ce qui s’est passé, elle prend la décision de laisser le soldat vivre malgré tout. Le message est proche donc de In the border states, à deux différences près : c’est ici une mère courage qui joue le rôle fédérateur, et elle est Sudiste. Un détail dans un plan, dans la pièce ou se joue l’essentiel du drame, nous permet de ne pas nous tromper : un portrait de George Washington…

Griffith joue beaucoup sur le suspense, axant les premières 5 minutes de ce film sur l’évolution parallèle des deux soldats, mais il nous les montre également en famille, afin qu’il n’y ait pas d’ambiguité : il n’y a pas de méchants dans ce drame. Les décors naturels sont splendides, et Griffith est désormais très bien rodé à la représentation de la guerre: toutes les scènes de batailles, d’escarmouche, de soldats seuls qui se cachent sont du grand et du beau cinéma…
 

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith
16 février 2023 4 16 /02 /février /2023 09:34

Le Sudiste Griffith continue avec ce film âpre une exploration des anecdotes de la Guerre Civile, et le fait en explorant toutes les possibilités...

L'un des films précédents, situé du point de vue du Nord (In the border states) dirigeait son lyrisme vers l’idéal d’une nation rassemblée, mais celui-ci nous parle d’héroïsme et de patriotisme jusqu’au délire. L’anecdote est cette fois l’histoire d’une jeune femme, typique aristocrate du sud, qui remplace son frère au front lorsque celui-ci se révèle trop lâche pour accomplir son devoir. Tuée au combat, elle continue d’assumer jusque dans la mort l’identité de son frère, et la famille n’a pas d’autre choix que d’enfermer le couard (Walthall, bien loin du colonel Cameron de The birth of a nation, sur-joue jusqu’au ridicule son alcoolique lâche) derrière les volets clos du titre.

Ici, le danger qui menace la famille est le déshonneur, mais le choix de Griffith de titrer le film la maison aux volets clos porte justement l’attention non sur la guerre elle-même, mais sur l’acte morbide qui s’ensuit ; une fois de plus, l’ombre d’Edgar Poe plane sur ce film, trop grandiloquent pour être honnête. Toutefois, les scènes de bataille sont excellentes, avec toute la ressource plastique qui pouvait être retirée de l’opposition entre les bleus et les gris, ou entre les deux drapeaux, si cousins et si lointains en même temps.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith
15 février 2023 3 15 /02 /février /2023 23:51

Un train file dans la nuit froide, c'est la nuit de Noël: le conducteur (Adrien Brody) mène une opération risquée: faire venir un sapin, et installer un coin dans un wagon pour partager la nuit de Noël avec les voyageurs, dont un petit garçon émerveillé...

Simple, entièrement tourné avec ces plans mouvants sur les côtés, c'est un spot publicitaire de quatre minutes pour H&M, mené de main de maître par un styliste de génie, qui adore justement ce type de mission: sous couvert de publicité, faire de l'art, justement, sans céder un pouce de terrain de son style cinématographique, et par-dessus le marché, il le fait en compagnie de ses acteurs fétiches (ailleurs, Jason Schwartzmann, ici Adrien Brody). On l'avait déjà vu faire des films courts pour American Express et d'autres... Ce réalisateur est un génie, ça fait vingt ans que je le dis.

Pour finir, on attend évidemment une chanson des Beatles, mais ce sera une chanson de Lennon et Ono, plus de saison, qui se fait entendre au final: Happy Christmas (War is over).

 

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
15 février 2023 3 15 /02 /février /2023 23:26

Dans un monde habité uniquement par les Afro-Américains, semble-t-il, nous suivons les tribulations d'un couple dont toute la communauté parle: Petunia (Ethel Waters), adorée de tous, a fort à faire avec son bon à rien de mari, Little Joe (Eddie Rochester Anderson): celui-là n'a pas son pareil pour mentir, tricher, fuguer, fricoter et surtout, surtout, risquer l'argent du ménage (gagné par sa sainte épouse) au jeu... Quand le film commence il est supposé s'être racheté, mais pendant l'office religieux, il disparaît, plus ou moins contraint et forcé par des voyous qui  font miroiter un jeu gagnant d'avance... Quand Petunia le récupère, au cabaret de Jim Henry, il vient d'être blessé dans une partie de dés qui a mal tourné...

Petunia le ramène chez elle, mais là, le cas de Joe est sur la balance: quand il mourra, obtiendra-t-il l'enfer, qu'il semble mériter, ou le paradis comme le réclame en prières Petunia, qui affirme que son Joe la rend heureuse? Le film va s'évertuer à nous donner une réponse en montrant les coups tordus tentés par Lucifer Jr (Rex Ingram), le damné qui souhaite sérieusement remplacer son père...

Un film comme celui-ci serait-il possible aujourd'hui? ...Et pourquoi pas? Mais pas par un Minnelli, encore moins par un studio aussi frileux que l'était la MGM de l'époque! On ne va pourtant pas se plaindre de ce que cette comédie musicale, montée à Broadway par des blancs mais entièrement interprétée par des noirs, ait été confiée à un réalisateur comme Minnelli, on va simplement se plaindre d'un système qui à l'époque empêchait totalement un Afro-Américain de diriger une telle production... 

Je pense que, premier film oblige, c'était une mission confiée par le studio à Minnelli, qui avait d'autres ambitions (son premier film vraiment personnel serait le troisième, Meet me in St Louis): mais il a eu l'intelligence de faire son boulot d'une façon plus qu'irréprochable, en croyant au film, et en fournissant au casting, et à la production un cachet et une classe inimitable. On retrouve son goût, son sens esthétique, le souffle du chorégraphe cinématographique qu'il a toujours été, et il a su laisser les artistes donner le meilleur d'eux-mêmes: et quels artistes! Ethel Waters est fabuleuse, et Anderson fidèle à lui-même... Lena Horne, en tentatrice ("Georgia Brown", certainement very sweet), Rex Ingram en diable magouilleur, jusqu'à Louis Armstrong en vieux démon qui a roulé sa bosse (et sa trompette)... Et n'oublions pas l cerise sur le gâteau, la présence (d'ailleurs soulignée dans les dialogues) de Duke Ellington, qui interprète un Going up d'anthologie, avec des interventions cruciales de Ray Nance (violon), Al Sears (sax ténor) et Lawrence Brown (trombone)!

Certes, le scénario, à l'instar de la pièce, laisse le champ libre à tout un paquet de clichés, parmi lesquels on retrouvera un parler assez folklorique, des offices religieux bruyants, et un "little Joe" dont la passion pour les dés va de pair avec une certaine fainéantise, tout un univers de clichés et de stéréotypes, mais qui sont véhiculés par les acteurs eux-mêmes... Et Minnelli a tenu à associer des leaders noirs et la NAACP à son film. Alors aujourd'hui, certes, cette comédie musicale ne se ferait pas, ou se ferait différemment. Mais on ne va ni la dénigrer ni la brûler, on va se contenter d'y prendre du plaisir, parce que nom d'un petit bonhomme, c'est un classique, un vrai!

 

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Published by François Massarelli - dans Vincente Minnelli Comédie musicale
14 février 2023 2 14 /02 /février /2023 23:26

Dans un hôtel en bord de mer, en Bretagne, un spectacle de magie va mettre le feu aux poudres, la direction dans l'embarras et un couple aux abois! Car Marta (Judith Chemla), la femme du très jaloux et très étouffant Charles (Denis Podalydès), a décidé de participer à ce tour vieux comme le monde, celui de faire disparaître une dame pendant qu'elle est dans une boîte (sarcophage, ou tout autre ustensile du genre)... Mais si elle a décidé de participer, c'est bien pour vraiment foutre le camp. Comme le mari est sous le choc, on lui fait croire que le tour n'est pas fini...

Bon, j'ai décidé de ranger ce film dans le genre de la comédie musicale, mais d'une part, justement, la musique (que Noémie Lvovsky a confié au groupe Feu! Chatterton) a tendance à désamorcer la comédie, et d'autre part la musique et la danse, je sais qu'on est tous supposés chanter sous la douche e savoir danser, mais... comme moi, la plupart des acteurs de ce film ne savent pas. Et l'irritation qui en découle n'adoucit pas, non plus, l'humeur du spectateur!

Bref, c'est raté, dans les grandes largeurs, et malgré le talent, et un texte de base dont Noémie Lvovsky a décidé qu'il méritait bien de se faire triturer un peu, on s'ennuie ferme, un comble pour une comédie bucolique et musicale en costume, qui louche un coup vers Shakespeare (les comédies féériques) et un coup vers Molière (Podalydès est un de ces bourgeois si faciles à duper, mais je vois en lui beaucoup plus un homme devenu fou par la trahison de l'amour, ce qui inspire pitié sinon respect), et ne décolle jamais.

 

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Published by François Massarelli - dans Noémie Lvovsky Comédie musicale
13 février 2023 1 13 /02 /février /2023 16:10

Ce court métrage en deux bobines est l'un des derniers réalisés sous le pseudonyme de Henry George par Lupino Lane pour la firme Educational. Une fois de plus, le comédien joue à fond sur l'extravagance loufoque et des acrobaties distinctives, ais il le fait cette fois en ajoutant une forte connotations merveilleuse à ses idées poétiques...

Dans une boutique où on répare des jouets ("toy hospital", dit la vitrine), un apprenti (Lupino Lane) est maladroit, distrait et lunaire. Et surtout il aimerait être un jouet... Une sorcière (???) passe par là et exauce le voeu, le voici transporté dans un monde où jeu, vie et dangers se confondent, à la poursuite d'une poupée raide, mais bien peu farouche...

Quel film étrange, vraiment: conformément à la loi non écrite mais généralement observée par les comédiens du burlesque, il se divise en autant de parties qu'il a de bobines, et si la première est surtout consacrée aux interactions entre Lupino Lane et son frère Wallace Lupino, qui joue son patron, c'est la deuxième qui est intégralement consacrée au rêve délirant du personnage. Dans la première, donc, vexations et coups de pieds aux fesses, et dans la deuxième, un ballet permanent, où l'on trouve des protagonistes déguisés en jouets, et un château truqué avec des trappes multiples, d'un genre qui a déjà servi pour un autre film, d'ailleurs...

Mais un peu à l'instar des films de Keaton qui parfois provoquaient plus des réactions de surprise et d'émerveillement que des éclats de rire, ici, on est souvent confondu en perplexité devant un monde bien plus inquiétant que rassurant...

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Published by François Massarelli - dans Lupino Lane Muet
13 février 2023 1 13 /02 /février /2023 09:32

Le col de Montgenèvre, dans le département des Hautes-Alpes, est situé à la frontière entre l'Italie et la France; c'est le lieu de passage de nombreuses personnes, qui ont fui leur destin pour tenter leur chance en Europe du Nord... C'est aussi, depuis quelques années, le théâtre d'un étrange conflit entre migrants, forces de l'ordre, citoyens concernés qui souhaitent aider ceux qui n'ont plus rien à perdre, et militants de mouvements qu'on avait cru voir disparaître, sûrs de leur bon droit, et absolument certains que leurs agissements (traque de migrants, et dénonciations musclée à la police locale) sont justes. Par-dessus le marché, comme le proclame un graffiti situé sur le versant Italien, à deux pas de la frontière: Il confine ucciso, la frontière a tué...

Le film refuse systématiquement le spectaculaire, et l'emploi d'images choc des arrestations, ou des sales petites ordures d'identitaires qui sont tellement fiers d'avoir recréé l'esprit des milices pétainistes sous le prétexte de venir en aide à la police et à la loi. Sarah Léonor privilégie en permanence une vision neutre des lieux de l'action en rappelant, par le truchement de voix off omniprésentes, que dans ces merveilleux coins de montagne, des gens se cachent, et parfois des gens meurent. Il est souvent fait allusion à Blessing, une migrante Nigérienne qui a été retrouvée dans la Durance...

C'est donc très austère, et un parti-pris qui rend le film très exigeant vis-à-vis de ses spectateurs. Une autre caractéristique du récit, est qu'il passe comme je le disais par des voix off qui sont pour la plupart interprétées à partir de témoignages, ceux de personnes locales qui ont aidé ponctuellement et se sont trouvées en butte avec la police locale, mais aussi d'un de ces petits blondinets qui nous explique "Je suis militant identitaire", comme si ça devait tout excuser. Des extraits d'un film de Pietro Germi nous rappelle que les lieu ont toujours été un endroit de passage mais à une époque, c'était glorifié par le cinéma. Enfin, un chapitre nous éclaire sur le passé encore plus lointain, à travers l'expérience d'un officier de police, qui a aidé justement des gens à passer, par simple humanité car ces gens qui n'ont plus rien risquent leur vie.

Le film, qui se clôt sur l'incertitude d'Eunice, une femme d'origine Africaine qui est passée avec son fils, et attend la suite de sa vie, nous aura aussi rappelé que la loi (française comme européenne) ne dit absolument pas qu'il faille empêcher quiconque de passer, mais bien que toute personne qui passe la frontière et qui manifeste son désir de droit d'asile, doit être accompagnée, escortée et qu'on doit lui permettre d'effectuer sa demande en de bonnes conditions. 

Donc, la police qui traque les migrants, et qui parfois les houspille, les salauds de miliciens qui les dénoncent, sont sous le coup de la loi, théoriquement. Comme quoi même devant un film beaucoup trop austère, on apprend des choses...

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Published by François Massarelli - dans Documentaire