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2 avril 2023 7 02 /04 /avril /2023 08:42

L'action commence autour d'un fort en plein désert, qui vient de subir une attaque. Quand les secours arrivent, on constate que tous les soldats au remparts sont les cadavres de la garnison. Il y a juste eu un coup de feu, qui l'a tiré? L'officier en charge examine les lieux, découvre des étrangetés: un cadavre qui tient une mystérieuse lettre dans sa main, s'accusant d'un crime, et aucune trace du mystérieux tireur... Quand il quitte le fort pour retrouver la troupe, un feu se déclare dans le fort.

Quinze années auparavant, nous faisons la connaissance des trois orphelins Geste: Beau, Digby et John, qui ont été adoptés ensemble... Une étrange affaire se déroule en leur présence, un bijou à la valeur inestimable a été dérobé. Chacun d'entre eux peut être soupçonné, Beau (Gary Cooper) décide de partir le premier, pour éviter que ses deux frères soient suspects. Digby (Robert Preston) part ensuite et enfin John (Ray Milland): ils vont tous s'engager dans la légion étrangère française...

Un échappatoire, voilà ce que ce film, et cette histoire, et ces personnages proposent. une sorte de temps mort, dans un monde de chevalerie bien étrange, qui tranche sur l'absolue cruauté du siècle. Donc, de l'aventure, des bons sentiments et une forte dose de camaraderie qui nous est annoncée par un intertitre au début: la camaraderie masculine des soldats, c'est bien mieux que l'amour d'une femme! Bien sûr que cette profession de foi d'un autre âge est un prétexte un peu facile, et pourra faire ricaner.

Mais avec William Wellman en charge des événements, tout de suite ça prend une autre tournure, et il a mis toute son énergie a service du film, en montrant à travers les frères Geste, une sorte d'esprit de corps à son plus haut niveau. Au vu de l'histoire personnelle de Wellman, ancien aviateur, on aurait envie de dire "un esprit d'escadrille", mais c'est justement de ça qu'il s'agit: d'un côté, les trois frères sont trois hommes motivés par l'absolue priorité du groupe humain sur l'individu, et la protection de ses deux frères devient l'unique choix pour chacun d'entre eux. De l'autre, ils vont être confrontés à l'aventure avec un grand A, arès en avoir rêvé durant leur adolescence, et vont se trouver devant un méchant fort paradoxal: le sergent Markoff, sadique et cruel, qui est aussi un grand soldat...

Certes, le message est sans doute d'un autre âge, littéralement d'un autre siècle et je ne parle pas du XXe. Mais quand un conteur comme Wellman commence à nous raconter une histoire comme celle-ci, que voulez-vous? On ne peut détacher son regard de l'écran...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Gary Cooper
31 mars 2023 5 31 /03 /mars /2023 18:17

Etant particulièrement lassé de lire dans des chroniques et autres articles sur l'oeuvre de James Whale "qu'exceptionnellement, le film qui nous occupe n'est ni un film d'horreur, ni un film fantastique", je vais le dire une fois pour toutes: le réalisateur de Waterloo bridge a en effet réalisé quatre films qui comptent parmi les joyau du cinéma d'épouvante ou les contes gothiques. Frankenstein (1931), The old dark house (1932), The invisible man (1933), et Bride of Frankenstein (1935) ne sauraient en aucun cas être minimisés... Mais il a réalisé 16 autres films, dans tous les genres (y compris l'improbable Port of seven seas, adaptation anglophone de Marius et Fanny de Pagnol)... Donc il serait temps qu'on considère ses quatre films fantastiques comme de brillantes exceptions, et qu'on s'intéresse aux autres sans les encombrer dès le départ d'un statut d'oeuvres secondaires, non?

Ceci étant dit, intéressons-nous à une rareté, un fiml probablement oublié de beaucoup, à commencer par ses propriétaires, à en croire l'état de la copie sélectionnée par Warner pour figurer en DVD dans la collection Warner Archive: David Garrick (1717 - 1779) était un acteur Anglais, célébré en son temps, qui a beaucoup fait pour faire du théâtre un art populaire, et un art du spectacle avant tout, s'attirant les foudres de certaines figures établies, en même temps que la méfiance agacée de certains auteurs. Le film nous narre une aventure probablement apocryphe du personnage, incarné par Brian Aherne...

Garrick annonce à ses fans son départ pour la France, où raconte-t-il la Comédie Française l'a invité, "afin de leur apprendre à jouer la comédie". Beaumarchais (Lionel Atwill), présent lors de cette rodomontade, décide d'en alerter l'auguste institution. le président de la Comédie Française (Melville Cooper) décide de lui tendre un piège: avec l'aide de toute la troupe, il attend Garrick dans une auberge qui lui a été conseillée, et chaque membre de l'auguste groupe de comédiens va assumer un rôle, et jouer une comédie qui assurent-ils va prouver à quel point ils sont bons... Garrick arrive, et peu de temps après lui une autre pensionnaires de l'auberge, une noble en fuite (Olivia de Havilland). si Garrick et son valet (Edward Everett Horton) ont tôt fait de voir que le personnel de l'auberge est une troupe de comédiens (et pas des plus doués, loin de là, ils ne repèrent pas la sincérité de la jeune femme, qui tombe amoureuse de l'acteur...

Les faux semblants, le rôle social à jouer, le faux et le mensonge  comme armure contre l'adversité,voilà des thèmes omniprésents chez Whale, qui lui-même se cachait en permanence, agacé de devoir "rester dans le placard" quand un Cukor, par exemple, affichait sans aucune réserve sa sexualité différente: oui mais voilà, Cukor était accepté par ses pairs, whale n'avait pas pu se laver d'avoir percé par de petits films fantastiques... Ce esrait trop facile de chercher absolument à relier toute l'oeuvre  l'homosexualité contrariée de l'auteur, mais ce serait absurde de totalement l'occulter. Et la façon dont les personnages mentent (Waterloo bridge), sont cachés (The invisible man, By candlelightThe man in the iron mask) ou sont amenés à vivre à l'écart (Bride of Frankenstein), est troublante.

...et pourtant ici, il est question de comédie, c'en est même très gonflé: un film en costumes, du XVIIIe siècle par-dessus le marché, dans lequel la finalité est la farce. Et même plus: la farce dans la farce, car la mauvaise blague des comédiens français, qui est immédiatement décodée par Garrick, se retourne contre eux dans une dimension quasi Shakespearienne (rappelons-nous Twelfth night et ses faux-semblants, ou les comédiens minables de A midsummer night's dream). Mais une autre dimension s'installe très vite, car si Garrick n'a aucun mal à repérer les insupportables histrions qui l'entourent en lieu et place d'honnêtes employés d'auberge, il est lui-même un adepte, dans le film, d'un jeu à l'excès, et d'une insupportable vanité et mauvaise foi. Non, la seule personne qui ne ment pas, ne prétend rien, et a un quelconque intérêt à rester dans la vérité, est la jeune comtesse incarnée par Olivia de Havilland... Ce qui lui donne parfois un rôle qui pourrait la faire passer pour le dindon de la farce, rejoignant tant d'héroïnes désirées par les personnages, mais sérieusement malmenées par le réalisateur!

En tout cas, cette mise en abyme constante est assez stimulante, et relevée par une mise en scène énergique, dans laquelle l'auteur de By candlelight (dans lequel tout le monde prétendait, et tout le monde se trompait sur les autres et leur identité) rappelle sa maîtrise du point de vue et du cadre, et rappelle aussi qu'avec Show boat il a a sa façon révolutionné le musical et l'art du spectacle, en le faisant revenir sur terre! Les personages-acteurs de The great Garrick ont peut-être la tête dans les étoiles et le nez sur les feux de la rampe, mais ils ont aussi, clairement, le coeur sur les planches. S'ils mentent, c'est parce que prétendre est leur métier... C'est là l'enjeu: il ne s'agit pas de vivre ou survivre, ici, juste de rappeler à quel point l'art est indispensable à l'artiste, et tant pis s'il provoque la vanité...

 

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Published by François Massarelli - dans James Whale Comédie Olivia de Havilland Edward Everett Horton
27 mars 2023 1 27 /03 /mars /2023 13:46

1943, en Chine. Un petit village désolé sert de base arrière pour l'armée Américaine... l'équipage du pilote Cliff Brndon (Victor Mature) est spécialiés dans le transport de précision pour véhiculer du matériel et des vivres pour les bases rebelles qui participent à la lutte contre les Japonais. A part le prêtre Catholique Américain local, le père Cairns (Ward Bond), et quelques femmes de petite vertu, personne ne semble apprécier Brandon... Un soir qu'il a trop bu, un vieil homme lui confie Shu-Jen (Li Hua Li), une jeune Chinoise contre une somme d'argent; sans le savoir il vient d'acheter ses services pour trois mois...

C'est un conte, situé en pleine guerre du Pacifique. D'emblée, Borzage nous rappelle qu'il exècre la guerre, et tout son film ou presque se passera à l'écart des combats... Ce qui nous est conté est une transformation, celle d'un homme revenu de tout, ou parti nulle part, et qui va s'humaniser progressivement vace à un petit bout de femme qui ne le comprend pas, car aucun des deux ne parle la langue de l'autre... Brandon ne profitera pas de la situation jusqu'à un certain point, et mettra les choses au point dès le départ: il a accepté la présence de la jeune femme mais ne souhaite pas profiter de sa présence, au-delà d'une aide matérielle sous la forme de ménage, cuisine et services... Il est aidé d'abord uniquement de deux personnes, le père Cairns et un jeune Chinois débrouillard qui sert d'interprète, répondant au surnom d'Ellington. Ca fait pour ce film de Borzage deux figures de "bonnes fées", car même 43 après ses débuts, le cinéaste n'a pas perdu ses bonnes habitudes! 

Mais dans cette histoire de transformation, il y a deux Cendrillons, à savoir Brandon et Shu-Jen. Et les deux personnes qui assistent et aident  leur rapprochement, vont voir avec une certaine tendresse le charme opérer... On constate que la séduction opérera de façon involontaire et inattendue, dans une initiative de Shu-Jen qui renvoie immanquablement à The river, le film dans lequel Borzage a probablement le mieux représenté le passage d'un amour platonique à un amour charnel: voyant le capitaine Cliff revenir chez lui avec une forte fièvre, shu-Jen le déshabille et se couche sur son corps, acceptant de bonne grâce l'amour de celui qui délire sous l'effet de la température... Ce qui nous rappelle la façon dont Rosalee "ressuscite" Allen John dans The river.

Mais le film nous montre que la guerre reste impitoyable, et que la guerre aura le dernier mot... Ou presque. On sait, il l'a toujours dit, que Borzage avait tellement horreur des conflits, qu'il a toujours trouvé le moyen de les représenter de façon détournée ou de ne pas les montrer. On voit ici les limites de cette décision, et celles du budget par la même occasion: quand Cliff doit se défendre contre des avions, au sol, la bataille est au mieux très symbolique, au pire assez peu convaincante. Mais le cinéaste a choisi, pour sa part, de se concentrer sur son histoire humaine, en cédant à toutes ses traditions qui nous rapellent, de film en film, son univers singulier: quand Shu-Jen et Cliff se marient, ce sera un simulacre de mariage chinois, avec pour le menr à bien, un prêtre Catholique bienveillant, qui agit plus en ami qu'en prêtre... Et un bijou, probablement en toc véritable, symbolisera à lui tout seul l'amour fou entre deu protagonistes, qui se manifestera au-delà de la mort...

 

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
26 mars 2023 7 26 /03 /mars /2023 16:22

Nous suivons l'irrésistible ascension de la deuxième fille du Roi Henry VIII, depuis la fin de règne de sa demi-soeur Mary, deuxième de la fratrie et héritière Catholique de sa mère Catherine D'Aragon, jusqu'à une accession pas vraiment acquise, et un début de règne tout en combats: politiques, bien sûr, mais aussi affectifs, car une jeune reine attire forcément les prétendants, et celle-ci ne fait pas exception...

Intéressant: on connait surtout de cette reine cette idée d'un absolutisme énergique, baroque, et visuellement très marqué à travers la figure marmoréenne de la "Reine Vierge", comme Elizabeth (Cate Blanchett) elle-même a décidé de se surnommer... De cette hypothèse, selon laquelle le surnom n'était en rien symbolique, rien ne transparaît ici, puisque si elle a un bien un "ami de coeur", Robert Dudley, duc de Leicester, celui-ci confesse sa frustration à plus d'une reprise... sinon, le maquillage imposant et asez épouvantablement laid qui la faisait ressembler à une statue a été choisi pour être l'un des éléments de la fin, était probablement du à la necessité de cacher les cicatrices de la variole. Ici, c'est montré comme un choix...

On ne va pas le cacher, si cette vie d'une jeune monarque en tous points fascinante (et interprétée avec un certain génie par ne actrice qui crevait l'écran et qui a tenu absolument toutes ses promesses depuis) est bienvenue justement parce qu'elle éclaire le mythe, elle reste un mythe: donc on ne va pas vers ce film pour une stricte leçon d'histoire... D'autant qu'il y a fort à parier que si on nous racontait vraiment l'hitoire de cette fin flamboyante de la dynastie des Tudors, on aurait besoin de digressions explicatives environ toutes les trente secondes, tellement l'histoire est complexe. Merci Henry VIII...

Mais le propos du film est de toute façon de plonger avec délices baroques dans une époque et d'y chercher avec délectation les moments de dépaysement les plus variés: traîtrises mythiques, orgies, prêtre-agent secret (un rôle dont le jeune Daniel Craig, qui ici a le permis de tuer, ne pouvait pas savoir à quel point il était prémonitoire), noble français vulgaire avec une tête de linotte (Vincent Cassel savait-il que son rôle était nul, mal écrit, et une telle caricature de français qu'on rêverait de le montrer à Zemmour pour qu'il en fasse une crise cardiaque? en tout cas il obéit en tous points à cette discrétion, jouant avec autant de subtilité que Jean Réno), et robes empoisonnées... Finalement, dans un film foncièrement distrayant et bigarré, on se trouve bien! Comme, j'imagine, les spectateurs des années 30 et 40 devant les oeuvres de Cecil B. DeMille, je pense qu'eux aussi savaient que les dialogues étaient nuls, et les situations ridicules. Mais ça n'enlevait rien au plaisir...

 

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Published by François Massarelli
26 mars 2023 7 26 /03 /mars /2023 11:38

1862: Elizabeth Wright (Floence Pugh), une infirmière Anglaise très indépendante, reçoit une offre d'emploi pas banale: elle doit se rendre en Irlande, où elle sera témoin d'un miracle supposé. Une jeune fille a cessé de manger depuis 4 mois, et survit sans manifester le moindre souci: l'église locale, comme les habitants très superstitieux, tient absolument à ce qu'on reconnaisse l'affaire comme une manifestation divine. Mais Elizabeth, qui en a vu d'autres (elle a été infirmière de guerre, et a perdu un enfant après seulement trois semaines, ce qui a conduit au départ de son mari... Bref, elle a un vécu), soupçonne un coup monté. Le médecin local, pourtant, n'a rien décelé... Devant faire face à une hostilité de plus en plus palpable, l'infirmière commence à établir une relation avec la fillette.

C'est apparemment d'une histoire authentique (mais à prendre avec des pincettes), que le roman adapté dans ce livre a été conçu. Située en 1862, l'intrigue est donc placée après la fameuse famine Irlandaise, basée sur une maladie de la pomme de terre qui a décimé les campagnes, et du même coup appauvri toute la population, mais aussi les sols... On voit bien les effets a posteriori de cet événement, qui est appelé The hunger, dans le film, par certains des personnages. Et bien sûr, l'époque avait été cruciale pour l'église catholique Irlandaise qui avait comme elle sait si bien le faire profité de la situation pour s'immiscer plus avant dans les familles et les consciences...

Le film, très austère, et entièrement circonscrit au point de vue de l'infirmière, montre bien, lentement mais sûrement, l'atmosphère de conflit entre la raison et la superstition, incarné par un médecin perdu, une infirmière déterminée, et des paysans repliés sur eux-mêmes; un personnage va faire le lien, pourtant, celui d'un homme du pays qui est parti à ublin pour devenir journaliste. Son cynisme de bon aloi va en faire un allié, et même plus, pour l'héroïne... 

La résolution de toute l'histoire brasse beaucoup de thèmes, et résout non seulement l'intrigue et son mystère, elle fournit aussi une conclusion satisfaisante à l'arc du personnage principal. Parmi les sujets évoqués, on trouvera une assez choquante anecdote d'inceste, et l'impression très nette d'un sacrifice: celui d'une fille, au profit de l'image d'n garçon disparu... 

C'est austère, je le disais, et pas toujours à bon escient. Mais le personnage principal, qui va se retrouver une raison de vivre au passage, est assez engageant.

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Published by François Massarelli
25 mars 2023 6 25 /03 /mars /2023 19:08

Lane Bellamy (Joan Crawford), une jeune femme dans la galère, fait partie d'un spectacle ambulant (elle est danseuse du ventre), qui est tombé dans le collimateur de la police locale d'un petit patelin. Mais quand tout le cirque s'en va pour échapper au shériff (Sidney Greenstreet), elle reste, et rencontre l'adjoint du shériff, Field Carlysle. Le coup de foudre est immédiat... Mais le shériff veille: il a en effet décidé que son adjoint serait l'homme fort officiel du conté, et pense que la jeune femme est une mauvaise influence sur lui: Lane Bellamy d'un côté, Titus Semple de l'autre, un combat de titans a commencé...

C'est sûr qu'il est impossible de ne pas penser à Mildred Pierce: deux films nois de la Warner, deux femmes fortes en butte à la malignité et l'obsession de contrôle des hommes, deux fois Michael Curtiz et deux fois Joan Crawford... C'est pourtant un film bien différent, qui commence d'ailleurs au plus bas, par une voix off qui semble énoncer une évidence: Lane Bellamy nous présente le microcosme de la ville de Boldon, comme elle présenterait certainement n'importe quelle petite communauté: elle montre qu'il y a le bas, et Flamingo Road, soit l'idéal à atteindre, avec vue imprenable sur le paradis; puis elle nous montre les lieu sordides, et finit par la foire: et là, Michael Curtiz nous montre cet univers d'un plan si typique de son style: un long plan, avec balayage latéral, et au milieu de toute cette figuration, presque invisible parmi d'autres danseuses, Joan Crawford prend son mal en patience sur une estrade. C'est une formidable entrée en matière, entre fatalisme, et ironie plus que narquoise...

A travers le film, la cible, c'est une certaine façon de mener les choses, dans les petites villes, avec comme seul patron, un shériff despotique, une araignée qui a tout le monde dans ses filets, et qui ne se gênera jamais pour systématiquement avancer ses pions, car il ne roule que pour lui-même. Mais qu'une femme se dresse sur son chemin, c'est la goutte d'eau. Les acteurs, Greenstreet et Crawford en tête, sont splendides, et de fait aucun personnage ne leur arrive à la cheville: ce n'est pas un hasard.

La mise en scène de ce pamphlet (qui arrive 4 ans après la fin d'une guerre, comme pour rappeler que le fascisme peut parfois prendre des formes plus larvées) est impeccable, et pour cause, Curtiz, même si on lui a cette fois fourni clé en mains une histoire édifiante de bruit et de fureur mais qui se terinera bien, est dans son élément, le noir le plus profond, avec mensonges, carrières sordides, politiques pourrie, et cadavres. Et pas que dans le placard... Baroque, le film est non seulement dans la lignée de son "grand frère" plus connu, mais aussi proche de The unsuspected, le grand film maudit du Curtiz des années 40. Noir comme de l'encre...

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Noir
25 mars 2023 6 25 /03 /mars /2023 08:21

1939, en Allemagne, on suit les agissements d'un groupe d'espions à la solde de l'Allemagne: leur but, à la fois préparer des actions d'éclat, pour unue éventuelle guerre, et pousser les Américains d'origine Allemande à militer avec les nazis... Le FBI enquête.

C'est un très étrange film, qi prend appui sur l'actualité: en 1938, à New York, un procès a eu lieu, qui établissait qu'il y avait sur e territoire Américain, dans la communauté germanique locale, un terreau pour l'espionnage à la mode nazie. Un fait que d'aucuns ont traité à la légère, mais ce n'est pas le cas de la Warner, qui avait décidé de militer pour une grande vigilance, justement. D'où un metteur en scène, l'Ukrainien Anatole Litvak, qui avait fui son pays sous domination soviétique, puis l'Allemagne, pour finalement s'installer au Etats-unis, mais aussi un casting significatif. Parmi les rôles de premier plan, au milieu d'acteurs inconnus ou rarement mis en valeur (un des atouts du film), on trouve des expatriés (Paul Lukas, Henry Victor), des représentants de la gauche Américaine (Edward G. Robinson), impliqués dans la vigilance anti-nazie, et même des acters identifiés à la droite de la droite, comme Ward Bond, qui joue un représentant de l'American Legion infiltré dans un meeting nazi pour le dénoncer: pas vraiment un rôle de composition, donc...

Le film reste fermement un film de propagande, qui adopte avec une voix off l'allure d'un reportage ou d'un documentaire, et part d'une situation vue du point de vue de l'ennemi, ce qui est rare. Les 105 minutes sont émaillées de séquences de reportage, pour situer le film dans l'actualité, et sinon, l'antisémitisme n'est jamais abordé, le seul moment qui y fasse allusion étant un discours de Paul Lukas qui parle de personnes anonymes et cachées qui en veulent à la marche du monde, et empêchent a vraie démocratie de s'exercer! Mais c'était une loi de Hollywood, de se tenir à l'écart de ce qui désignait clairement la communauté juive, une précaution qui apparaît absurde a posteriori, mais qui participait d'une volonté d'assimilation partagée par la famille Warner, justement. 

Que dire d'autre? C'est un film historique en quelque sorte, par ses qualités et la pureté de ses intentions, mais aussi par sa gaucherie occasionnelle, et son côté assumé de propagande... Mais c'est aussi un film qui se situe presque, par moments, dans une sorte d'nivers parallèle, dominé par une sorte de fun, incarné en particulier avec un génie pince-sans-rire ar George Sanders qui joue cette fois une caricature de nazi au tempes dégagées, et à l'accent impayable. A des années-lumière de son inquiétant officier avec l'accent britannique 100% King's english dans Man Hunt de Fritz Lang...

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Published by François Massarelli - dans Anatole Litvak
22 mars 2023 3 22 /03 /mars /2023 17:24

Au Nord du canada, dans l'immensité blanche, nous croisons un Mountie... Kent (Lew Cody) a quant à lui croisé un mystérieux personnage qui fait de la contrebande de peaux. Dans la poursuite qui s'ensuit, il est blessé: il se réfugie dans la cabane de son ami Jacques Radisson, qui lui a sauvé la vie. Mais sur place, il est confronté au mystérieux cadavre d'un homme, étranglé par... des cheveu de femme.

L'enquête menée par la police montée est au point mort, si ce n'est que c'est le deuxième cadavre retrouvé ainsi. Kent, auquel on a annoncé qu'il n'avait aucune chance de survivre à sa blessure, décide de prendre la responsabilité du crime, croyant ainsi rendre service à son ami. 

Une mystérieuse inconnue, Marette (Alma Rubens), débarque, venue de nulle part, et s'installe dans le vétuste poste de la police montée. Elle covainc le sergent en poste de ne pas s'y opposer, grâce à un étrange message... 

Ca fait beaucoup de mystères, c'est vrai: Borzage, qui adapte ici un roman d'aventures de James Oliver Curwood, s'est vraiment plu à brouiller les pistes et embrouiller le spectateur, comme si il voulait que cette confusion débouche sur quelque chose... Et justement: en choisissant le msytère il va pouvoir faire ce qu'il fait de mieux, mettre en valeur, pour ne pas dire en lumière, l'amour fou. Car Marette, qui cache bien des secrets, ne fait pas mystère de ses sentiments immédiats pour Kent, et ce dernier, transfiguré par l'amour, va finalement et contre toute attente survivre! Dans l'atmosphère de mystère et d'événements étranges qui occupe toute l'exposition, l'irruption de ces sentiments pend tout son sens.

Et le cinéaste profite à plein de son etraordinaire paysage: c'est que le film a effectivement été tourné dans les rigueurs du Canada, et la façon dont le cadre inclut à la fois le (mélo)drame, et la vue magnifique des montagnes, tient du grandiose... Jamais plus sans doute le cinéaste ne retrouverait de telles conditions, puisqu'un accident mortel lors du tournage le persuadera de se tenir à l'écart des tournages dangereux en extérieurs. Mais nous voilà quand même avec un film d'aventures étonnant, qui trompe son monde en faisant semblant de n'être qu'un divertissement codifié. On pourra tout au plus se plaindre qu'Alma Rubens se retrouve face à Lew Cody: quels que soient les efforts de ce dernier, il est toujours difficile de l'envisger comme héros... Le physique de traître lui colle à la peau; ça doit être la moustache!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Frank Borzage 1922 **
21 mars 2023 2 21 /03 /mars /2023 18:34

Clampett n'est pas crédité au générique de ce film, qui survient deux ans après le précédent film dans lequel il a "dirigé" Bugs Bunny. D'autres metteurs en scène ont prolongé l'univers de Bugs, et Clampett n'est plus du tout motivé pour rester à la WB... Il la quittera très bientôt.

Au moment de la sortie du film, Bob McKimson a déjà repris l'unité de Clampett, et il est probable qu'on lui doit la finalisation du film. Mais ici, c'est la patte de Clampett qui prime et son animation une fois de plus partagée entre la rigueur de McKimson et la folie de Scribner. Pour son dernier film avec la star, Clampett imagine une intrigue folle: Elmer ayant jeté l'éponge et déchiré son contrat, Bugs Bunny décide de troubler le repos (West and wewaxation again) de son partenaire, en s'introduisant dans ses rêves doux et en les transformant en cauchemars. Et ce ne sera pas une surprise de voir que ceux-ci en disent long sur la vie intérieure effrayante du chasseur comme de son ennemi juré, tout en constatant un retour en arrière intéressant: Clampett cite ici les gags d'un autre film, le controversé All this and rabbit stew (De Tex Avery)...

A la fois coda inspirée et excellente introduction au monde fou furieux de Bob Clampett, ce film est probablement son chef d'oeuvre. Comme d'habitude, l'animation en est virtuose, mais aussi dérangée, inconfortable...

 

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Published by François Massarelli - dans Bob Clampett Animation Looney Tunes Bugs Bunny
19 mars 2023 7 19 /03 /mars /2023 09:55

Le capitaine Wilder (John Wayne) travaillait sur les ports Chinois, principalement à Hong Kong, lorsque les Communistes ont pris la Chine... Depuis, il est en prison, où il tient le coup grâce à une amie imaginaire, une femme qu'il appelle Baby et avec laquelle il dialogue en permanence. Quand le film commence, il est en plein plan d'évasion: retenu depuis plusieurs années, il a décidé de suivre les conseils de mystérieux amis qui l'ont fait prévenir qu'ils avaient lancé une opération pour le sortir de sa geôle... Il sort et rejoint le mystérieux groupe de "résistants", les habitants d'un village qui se rebellent contre le nouveau pouvoir en place, et la fille (Lauren Bacall) d'un médecin Américain en disgrâce avec le nouveau pouvoir...

John Wayne et Lauren Bacall: on pourrait s'arrêter là, tellement l'attelage parait improbable, ce qui n'est pas un commentaire sur les capacités de l'un ou de l'autre, juste un constat d'évidence: ces deux-là, deux mythes, deux monstres sacrés, ne vont pas bien ensemble... Pourtnat tous deux amis proches de Howard Hawks, mais voilà, probablement étaient-ils suffisamment ennemis politiquement parlant, pour ne pas pouvoir trop passer de temps ensemble. Et si Wayne (producteur du film pour sa compagnie Batjac) a toujours apprécié de travailler aussi bien avec des partenaires qui sont des femmes fortes, et avec des gens qui ne partageaient pas ses idées conservatrices, extrêmes voire indignes (ce qui n'est pas le sujet), ici, le fossé entre eux a du être infranchissable... Et ça se voit, ou du moins ça se sent. Aucune tendresse, aucune alchimie entre eux. Quand elle lui avoue ses sentiments, elle jette la réplique comme si c'était pour s'en débarrasser. Impossible, ne serait-ce que d'imaginer que le personnage, tout à ses conversations avec "Baby" (une idée qui prend mille fois trop de place, mais j'y reviendrai), pense un tant soit peu à cette jeune femme qui l'a fait libérer...

Pour le reste, c'est de l'aventure, avec un enjeu qui sied à ce genre de film: un capitaine un peu trop bourru se voit dans l'obligation morale d'aider un groupe de villageois victimes des abus des communistes à s'enfuir par le détroit de Formose (c'est "l'allée sanglante", 450 kilomètres, du titre), et se prend d'affection pour ces gens au fur et à mesure du déroulement complexe de sa mission... Une intrigue qui peut nous fédérer le temps de deu petites heures, mais dont les pauses justement (les tentatives de comédie, d'un style très habituel à ce à quoi Wayne nous a habitués) sont autant de moment navrants et parfois à la limite de la stupidité... Wayne, producteur, avant engagé Wellman pour lui affirmer son approbation après trois films (Island in the sky, The high and mighty, Track of the cat) qu'ils avaient faits ensemble, lui laissera signer le film, mais il est évident ici qu'il a pris les commandes, voire très probablement assumé une partie de la mise en scène. Il en reste quelques beautés: Wellman s'est intéressé à l'esthétique du Cinemascope, et son aventure maritime, qui reproduit les mers de Chine en Californie du Nord, ne manque pas de cachet; comme à son habitude, le metteur en scène choisit de surprendre (on commence le film par l'incendie d'un matelas dans la cellule de John Wayne, à demi-fou!) ou de frustrer (l'exécution sommaire d'un violeur, située à la fois dans le champ et hors champ, il fallait le faire, mais avec une baïonnette, on peut) son spectateur. Il en reste aussi un anticommunisme assumé, violent, sans doute justifiable d'un point de vue Chinois, chez des gens qui se sont vus dépossédés de tout. Un peu moins quand même pour des Américains... Et surtout, c'est quoi le communisme? Le film, en tout cas, nous dit que c'est mal... Très mal même. Mais on n'en saura pas plus...

Bref: le communisme est un prétexte bien pratique pour motiver les bourre-pifs.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman John Wayne