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1 mars 2023 3 01 /03 /mars /2023 17:32

Bob Clampett a quitté son poste d'animateur sur les films de Tex Avery en 1937, pour devenir réalisateur à part entière. Il est resté au studio de Leon Schlesinger jusqu'à 1946, partant faire des films ailleurs, des films qui à mon sens n'ont pas grand intérêt. Par contre, les neuf années d'activité au service de la WB sont d'une richesse impressionnante, et nous sommes nombreux à le considérer comme le plus grand des réalisateurs de cartoon, devant les deux stars incontestées du genre, Chuck Jones (Dont la longévité reste impressionnante, dans un métier qui ne pardonne pas!) et Tex Avery (Adoubé par tant d'historiens de par le monde que plus personne ne semble remettre en doute son importance). Clampett était pour moi le meilleur, parce qu'il ne s'interdisait rien, n'avait donc aucune limite, et était sans doute parmi les réalisateurs de cartoon traditionnel celui qui était le plus éloigné de la philosophie Disney: à un Bambi qui tentait de reproduire la vie par l'animation (Mais... Pourquoi faire?), Clampett opposait en permanence un univers animé fou furieux et motivé par l'absurde, mal dégrossi, parfois agressivement différent, dans lequel les gags étaient parfois invisibles à l'oeil du spectateur (Il faut procéder à des arrêts sur image souvent si on veut profiter pleinement d'un film de Clampett!). Bref, un génie trop grand pour le médium, qui le lui a assez bien rendu.

Et ce génie a, comme tous ses copains de chez Schlesinger, "dirigé" Bugs Bunny... Et ce qui n'est pas banal, c'est qu'alors que de nombreux films de Clampett sont aujourd'hui totalement invisibles pour cause d'attitude politiquement-incorrecte aggravée (Le plus joyeusement navrant de ces exemples étant l'ineffable Coal Black and de Sebben Dwarfs de 1943, qui réactualise Snow White avec tous les clichés possibles et imaginables des Afro-Américains, assumés dans un maelstrom de mauvais goût impossible à visionner au premier degré), les 11 films dans lesquels il met en scène Bugs Bunny sont aujourd'hui disponibles sous une forme ou une autre via la belle collection de DVD et de Blu-rays parue chez Warner dans les années 2000-2010... On peut donc se pencher sur ces onze joyaux et découvrir sur pièces ce qui les différencie de l'univers habituel de Bugs Bunny, car oui, les autres réalisateurs ont joué le jeu et tenté de créer un personnage cohérent: Hardaway et Dalton ont créé le mythe du lapin et du chasseur dépassé par le comportement de l'animal, Avery a créé et raffiné le personnage d'Elmer, ainsi que le rythme particulier des films, tout en trouvant la phrase d'approche définitive ("What's up doc?"), Friz Freleng l'a utilisé comme prétexte à des défilés de losers magnifiques (D'Elmer à Daffy Duck en passant par Hiawatha et bien sur Yosemite Sam), Chuck Jones a joué sur tous les tableaux, par des extensions inattendues de l'univers de Bugs, ou des variations infinies sur la situation de base, et enfin Bob McKimson a tenté une fusion malhabile entre le personnage et une version plausible de notre monde. Clampett, lui, a exploré le reste: la folie de Bugs Bunny, sa méchanceté, ses défauts voire son côté obscur. Il l'a rendu plus humain que les autres en n'hésitant pas par exemple à le voir craquer devant l'hypothèse de sa propre mort (Bugs Bunny Gets the boid), perdre complètement la face devant l'inconnu (Falling hare), et le Bunny qui perd à cause d'une tortue (Tortoise wins by a hare) est autrement plus affecté chez Clampett que chez Tex Avery... Et si tout cela ne suffisait pas, Clampett a tout transgressé, en proposant le plus absurde des meta-Bugs Bunny, une spécialité de Chuck Jones, mais qui n'a jamais été aussi loin que Clampett dans l'admirable The Big Snooze, le (Comme par hasard) dernier des films du réalisateur pour la WB.

The old grey hare (1944) confronte donc Bugs Bunny une fois de plus à Elmer, mais cette fois avec une variation inattendue: les deux vont être amenés à voyager dans les époques: Elmer est transporté à l'an 2000 pour voir si enfin il va y triompher du lapin, et un vieux, très vieux Bugs lui rappelle leur jeune temps.

La pirouette vertigineuse permise par la situation, est la présence d'un album photo que le vieux Bugs montre au vieil Elmer : les images des deux bébés s'animent... Bien sûr, le résultat sera plus sadique et cruel que mignon, rassurez-vous. Les pires horreurs sont bien sûr les ignominies faites par le bébé Bunny au bébé Elmer...).

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Bob Clampett Animation Looney Tunes
27 février 2023 1 27 /02 /février /2023 17:48

Dans les années 60, Camille (Virginie Efira) et Georges (Romain Duris), se marient et ont un enfant: il se rend assez vite compte du fait que ses parents sont hautement originaux, vivant dans un maelstrom de fêtes, de bonheur sans souci apparent, et d'insouciance militante, au mépris des conventions, de la morale ambiante et de toute réalité. Mais le petit Gary (Solan Machado-Graner) va aussi se rendre compte que derrière cette douce loufoquerie, se cache un problème plus profond: sa maman est, manifestement, bipolaire, et chez elle les changements de personnalité, d'abord un jeu, deviennent de plus en plus inquiétants...

Côté face, un territoire risqué, celui d'un film tire-larmes, dont l'apparence de comédie cache à peine une gravité qu'on craint programmée, balisée d'intentions malhonnêtes et inavouables... 

Côté pile, un film sensible et osé sur l'envie du bonheur, et le droit d'y succomber, comme un pied de nez vaguement anarchisant, dandy jusqu'à l'extrême, avec des gens qu'on croirait volontiers sortis du film You can't take it with you, de Capra, avec sa famille de farfelus qui se calfeutrent dans une attitude de laisser-aller à leurs lubies, envies et autres fantaisies vaguement rebelles... 

Et quant à trancher, c'est à chaque spectateur de le faire, pour savoir s'il aime ou non ce drôle de film, aussi farfelu que franchement triste, dans lequel l'amour devient une autorisation de se laisser aller, jusqu'à ce que mort s'ensuive, au bonheur. Avec Romain Duris et Virginie Efira, et Grégory Gadebois en ami fidèle et un peu grognon (mais si peu), c'est assez difficile de ne pas se laisser faire.

 

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Published by François Massarelli - dans Virginie Efira
27 février 2023 1 27 /02 /février /2023 17:40

Moi qui n'aime pas trop les chiens je suis servi: un énorme chien exploite de façon éhontée un chat en l'envoyant faire des grâces dans plusieurs familles, pour ramener de quoi manger, mais l'abominable bestiole n'est jamais contente ni jamais rassasiée... On compatit, et on se demande comment un animal aussi intelligent qu'un chat peut se faire mener par le bout du museau par un roquet, fut-il au format yack...

Mais tout vient à point à qui sait attendre: la fin sera morale et félinophile, ouf! 

C'est un film assez typique de l'autre veine des films de Chuck Jones, à l'écart donc de ses Bugs Bunny et Daffy Duck souvent drôles mais souvent redondants, et de la part plus expérimentale de son oeuvre, dont les aventures malencontreuses du coyote maudit étaient sans doute la partie émergée de l'iceberg. Ici, il s'agit d'une veine plus linéaire, logique et familiale, dans laquelle l'auteur se plait à jouer sur le caractère des personnages et leurs attitudes; et pour ça, l'auteur du génial Feed the kitty ne craint personne...

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Published by François Massarelli - dans Chuck Jones Looney Tunes Animation
26 février 2023 7 26 /02 /février /2023 17:03

Voilà quelque chose d'intéressant: un remake d'un film par son réalisateur, 5 ans après... mais d'une façon déguisée, tant et si bien qu'il s'agit d'une optique fortement différente. Le film de 1933, The kiss before the mirror, était marqué par la période (pré-code) durant laquelle il avait été tourné, et celui-ci se tient à l'écart, en apparence du moins, des sujets de fâcherie pour le Code Hays!

Warren William y est Jim Stowell, un procureur efficace et impitoyable, qui semble s'être juré de repeupler Death Row... Et qui ne mâche pas ses mots. Quand le film commence, une exécution va avoir lieu, qui pousse les amis et complices de l'exécuté à menacer ouvertement Jim Stowell. Celui-ci commence à porter une arme, et échappe de peu à un attentat. Son épouse Lucy se lamente du peu d'intérêt qu'il semble lui porter, et commence à s'en plaindre... 

D'autant que des rumeurs vont bon train, qui lient l'épouse délaissée d'un procureur décidément amoureux de son métier, à un jeune étudiant... Mais quand un professeur de science politiques est arrêté après avoir tué son épouse de sang-froid, parce qu'elle le trompait, Jim voit dans l'histoire de l'accusé des similitudes avec la sienne, et commence à sentir la jalousie l'envahir...

Le film de 1933 commençait par l'histoire criminelle, et on faisait la connaissance de l'avocat qui devait défendre l'accusé plus tard. C'est lui qui retrouvait dans sa situation des similitudes... Mais ici, on s'intéresse à Jim Stowell, et à son lien avec son métier qui prend toute la place que devrait prendre l'amour pour son épouse. On retrouve donc ici un thème très présent dans l'oeuvre de James Whale, celui des épouses délaissées, une de ses marques de fabrique! Certes, le film est plus raisonnable, moins novateur en tout cas que l'original, mais se voit sans problème, d'autant que Warren William est là, et décidément, on a envie de le suivre!

Le film, d'ailleurs, se démarque de son prédécesseur dans la scène du procès: là où Frank Morgan demandait et obtenait la liberté pour son client, faisant ainsi son travail d'avocat, l'obsédé de la peine de mort qu'est Warren William semble jouer contre son camp en demandant l'indulgence pour l'accusé! Whale, à travers le sympathique personnage de Sharpy, l'assistante de Stowell, manifeste peu de goût pour cette manie Américaine d'assassiner légalement les gens.

Et les premières quinze minutes, tout en ayant un ton de comédie, montrent souvent l'une des marques stylistiques les plus impressionnantes du réalisateur, cette faculté qu'il avait de faire de la caméra mobile un excitant facteur de point de vue. Sans temps mort, le film fait moins de 70 minutes, ce qui l'identifie comme une probable série B: le réalisateur était en bout de course, sans doute, et peu soutenu par la Universal... Il ne lui restait plus que deux années à travailler.

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Published by François Massarelli - dans James Whale Noir
25 février 2023 6 25 /02 /février /2023 18:17

Vern Haskell (Arthur Kennedy) est un brave homme, un cow-boy qui rêve de s'établir avec sa fiancée: le mariage est prévu pour dans huit jours... mais elle travaille dans un magasin qui est dévalisé par des bandits, et lors du hold-up, elle est tuée... Vern décide de retrouver les hommes, et mène son enquête, détail après détail... Il remonte la piste jusqu'à une bande de hors-la-loi qui tournent autour d'une ancienne chanteuse de saloon, Altar Keane (Marlene Dietrich). L'un d'entre eux possède une cicatrice, comme si une femme l'avait griffé...

Il n'y a peut-être pas de genre plus propice aux obsessions de Fritz Lang que le western: la culpabilité, la loi et ses subtilités, la présence de la mort qui rode, l'envie du crime et surtout la vengeance considérée comme une affaire strictement privée! D'ailleurs, s'il n'en a fait que trois (Outre ce film, The return of Frank James et Western Union, le fait est que d'autres films dans son oeuvre auraient aisément pu appartenir au genre: dès 1919, n'avait-il pas pastiché le genre dans Die Spinnen? Fury, You only live once, Man Hunt ou The big heat auraient pu se dérouler sans accrocs dans un cadre westernien, sans changer grand chose à leur atmosphère.

Donc, la motivation pour Vern, un héros tranquille qui aspirait sans doute à l'anonymat et une vie bien pépère, sera la vengeance, une vengeance qui lui tient à coeur car on le verra sacrifier beaucoup dans ce film, qui le place dans une certaine incertitude quant à son avenir: il sacrifie d'abord son honnêteté, car pour s'approcher des coupables potentiels, il lui faudra se faire marquer comme bandit, et être crédible. Il va donc commettre un délit... Il va aussi, dans une scène révélatrice, sacrifier toute chance auprès d'Altar, la mystérieuse chanteuse, qui manifestement en pince pour lui bien qu'elle soit promise à un autre (Mel Ferrer). Combien d'autres héros de westerns auraient eu la chance de "partir avec la fille" à la fin du film? 

...Pas Vern, car ce n'est pas ce qu'il cherche. 

Et puisqu'on parle de chercher, le film est construit en deux temps, ce qui ne surprendra personne chez les spectateurs familiers de l'oeuvre de Lang! Sauf que ces deux parties ne sont pas des longs métrages à part entière, voilà tout. La première est celle qui est consacrée à l'enquête et on retrouve l'art de Lang pour les puzzles, faits de détails, de signes, de petits riens qui s'amoncellent. Ici, le puzzle reconstitue de façon obsessionnelle le visage d'une femme autour de laquelle le crime gravite, interprétée par Marlene Dietrich...

C'est là que pour moi le bât blesse... Quelle loi au monde, quel juge impitoyable nous a imposé, à chaque fois ou presque qu'un rôle lui revenait, que Marlene Dietrich (par ailleurs une actrice fort capable) doive chanter une chanson... J'utilise le terme de chanter à défaut d'autre chose, mais je persiste et je signe: non seulement c'est faux et ridicule quand elle chante, mais c'est toujours aussi épouvantablement laid. Et pour tous les films que j'ai vus d'elle, il n'y a pas une exception...

Mais outre ça, c'est un impeccable western, dont le seul (autre) défaut est sans doute d'être tombé dans le domaine public: ça veut dire qu'on a toutes les chances, quand on le voit, de tomber sur une abominable copie... sauf si on a entre les mains le Blu-ray Warner Archive sorti en janvier 2023. 

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Western
25 février 2023 6 25 /02 /février /2023 14:18

Pour son dernier film en tant qu'acteur, Perez n'aura décidément pas de chance: non seulement son personnage a l'air de souffrir de la pire rage de dents de toute l'histoire de l'univers et de la dentisterie, mais en prime, il n'en reste que... 2 minutes. Même pas le temps pour une petite extraction.

Ce n'est pas une exception, Stan Laurel et Buster Keaton ont eu droit, pour certains films, à leurs dents récalcitrantes, entrainant des dispositifs invraisemblables pour les auto-extraire! IL va donc se rendre chez le dentiste, malgré d'évidentes hésitations... Mais nous ne verrons pas le fin mot de l'histoire, puisque le reste du film est perdu.

Perez ayant été interdit de plateau pour raisons médicales, ne pouvait plus interpréter de films, et s'est donc retrouvé "cantonné" à la direction... Je sais qu'il subsiste un film, pour l'avoir vu, mais dans la mesure où il n'a pas tourné pour les studios les plus incontournables (Sennett, Roach, Christie), il est difficile de savoir ce qu'il est advenu des ces films tournés après sa "retraite" d'acteur.

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Published by François Massarelli - dans Muet Marcel Perez
25 février 2023 6 25 /02 /février /2023 14:08

Ca devait arriver: avec ce film, exceptionnellement conservé dans une copie à peu près complète, Perez s'attaque au western, ce qui a une conséquence sur l'analyse de son oeuvre...

Il interprète donc un pied-tendre qui se trouve malgré lui, et par hasard, sur les lieux d'un crime: deux bandits s'apprêtent à faire passer un mauvais quart d'heure à une jeune femme (Dorothy Earle). Il ne fait qu'une bouchée d'eux, et en récompense, la jeune femme tombe amoureuse et le ramène chez son vieux papa, qui donne un ultimatum au jeune homme: deviens mineur, trouve un filon, et tu auras la main de ma fille!

C'est gentiment absurde, plein de gags idiots et de jeux de mots glorieusement stupides dans les intertitres, et le personnage ne parvient jamais à nous faire oublier qu'il est l'expatrié Perez déguisé en cow-boy pour les besoins d'un film. C'est avec ce film d'un genre hautement codifié, qu'on se rend compte quand même qu'à force de tout baser sur des rêves ou sur leur logique (même si ce film ne nous raconte pas un rêve, il en possède quand même l'arbitraire loufoque), on perd quand même la substance des personnages. Même quand ils parodiaient sans vergogne, Keaton et Arbuckle réussissaient à composer un personnage...

 

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Published by François Massarelli - dans Marcel Perez Western Muet
25 février 2023 6 25 /02 /février /2023 13:58

Twede (Marcel Perez) a repéré une charmante demoiselle (Dorothy Earle) et l'aborde avec insistance (et des fleurs)... Elle décide de se débarrasser de lui mais il devient tellement insistant qu'elle en est réduite à demander de l'aide à la police. Une fois qu'il est arrêté et conduit devant un commissaire en compagnie de sa "victime", il se passe quelque chose de magique: devant ce représentant de la loi, c'est le coup de foudre entre les deux parties...

Il ne subsiste que 7 minutes de la première bobine de ce film, qui était sans doute ensuite largement consacré à une version plus rigolarde du bien-être conjugal, mais il est amusant de constater que dans le malheur d'avoir perdu 60% de son déroulement, ce film a quand même gagné une certaine poésie, étant désormais purement consacré à un coup de foudre!

Le tout début est un retour au style virtuose de Amor pedestre, le film de 1914 de Marcel Perez, qui lui même reprenait une excellente idée d'une comédie antérieure: une histoire de séduction entièrement montrée à travers les jambes des personnages...

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Published by François Massarelli - dans Muet Marcel Perez
25 février 2023 6 25 /02 /février /2023 12:12

1918, Londres: une jeune chorus girl Américaine, Myra (Mae Clarke), qui a perdu son travail, rencontre sur le Waterloo Bridge un soldat Américain engagé au côtés du Canada en permission, Roy (Douglass Montgomery). Les deux tombent amoureux l'un de l'autre, alors que Myra ramène le jeune homme chez elle, et que Roy ne se rend pas compte qu'elle se prostitue. Il va aller jusqu'à la présenter à sa famille...

Je suppose que le jeu sur la nationalité des protagonistes a été une nécessité, pour une production située à Londres, mais entièrement tournée à Hollywood dans les studios de Universal. C'est frappant, de constater qu'un studio comme celui-ci, ait pu se lancer dans un tel pari, d'une part parce la pièce adaptée était hautement scandaleuse, mais surtout elle n'avait pas eu de réel succès. Mais Carl Laemmle Jr, le petit génie qui faisait de plus en pus la pluie et le beau temps à Universal, faisait justement ce genre de pari, et il avait été frappé de l'intelligence de la mise en scène de Journey's end, la première réalisation de James Whale, qu'il avait aussitôt engagé. 

Et c'est justement ce qui fait le prix et l'intérêt d'un film qui aurait pu être qu'une romance sentimentale tragique de plus ou de moins. Les acteurs n'avaient pas de génie particulier, mais ils sont impeccablement dirigés; et le travail de caméra ici, qui doit s'accommoder d'un scénario qui cantonne souvent les personnages et l'intrigue à l'unité de lieu et de temps, est absolument magistral: Whale et Arthur Edeson ont en effet adopté des prises de vues très mobiles, qui se manifestent aussi bien en extérieurs (le pont de Waterloo), que dans le théâtre au début (cette caméra qui se promène sur la scène d'un musical, cherchant Myra au début) que dans l'appartement, avec de soudains travellings sur des objets significatifs.

La dette du cinéaste (qu'il rappellera jusqu'à la fin de ses jours) envers le cinéma Allemand muet, Murnau en tête, est immense, et on comprend qu'à la suite de ce film il soit apparu comme le meilleur choix du studio pour tourner Frankenstein...

 

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Published by François Massarelli - dans James Whale Pre-code Première guerre mondiale
25 février 2023 6 25 /02 /février /2023 11:49

Le Pharaon Khufu (Jack Hawkins) revient d'une énième guerre et décide de faire ce que le grand prêtre, son fidèle conseiller, lui suggère: construire un tombeau à sa propre gloire... Il se décide pour une pyramide, la plus grande jamais construite, mais soucieux de protéger ses trésors, il a ramené de ses conquêtes un architecte génial dont il a pu admirer le talent lors d'une série de batailles rendues compliquées pour les Egyptiens, par l'architecture des lieu. Un marché s'établit entre eux: Vashtar (James Robertson Justice) construira la pyramide selon ses conceptions, et en échange son peuple (jamais nommé) sera libéré...

Hawks n'a jamais réalisé un autre film de gangsters que Scarface, il n'a pas non plus été plus loin dans le film noir après The big sleep, et The thing reste sa seule production fantastique. On ne s'étonnera donc pas trop qu'il n'ait sacrifié qu'une fois au peplum, avec ce film justement, avant de retourner à des genres qu'il maîtrisait plus, dans lesquels il se sentait plus à l'aise, en tout cas. Car non seulement c'est son unique peplum, mais c'est aussi le seul des films du metteur en scène à utiliser l'écran large du Cinémascope, qui était il est vrai très à la mode (il était dans la deuxième année de son exploitation).

J'imagine que le vieux renard avait décidé dès le départ de faire un film du genre qui puisse être très distinctif, et sur un certain nombre de points, il l'est: d'abord, pas un gramme de bondieuserie ici, Hawks prenant sagement le contrepied d'un DeMille, par exemple. Ou encore un refus de céder au manichéisme primaire, comme DeMille encore... Les Egyptiens maintiennent des peuples entiers en esclavage, mais le film réussit à montrer du Pharaon interprété par Hawkins une image positive, celle d'un autocrate qui a suffisamment de vision, pour être à la base de la création d'une oeuvre, et qui à travers Vashtar en reconnaît l'auteur...

Car il est beaucoup question de travail, de savoir-faire, de souci technologique d'envergure, et c'est ce que l'obsession du secret exprimée scène après scène par le pharaon tend à souligner. Il en ressort un film qui pourrait presque être un conte philosophique sur la grandeur de la création humaine par opposition à la petitesse des individus... Mais le studio avait un film à vendre, donc le film reste un peplum de bas étage, avec des acteurs et actrices à frange, tous tout raides, qui déclament des textes bien stupides avec la main droite tendue, des "Pharaon est arrivé, venez céans", et autres "tu m'as trahi, scélérate"... J'exagère à peine (même si, intelligibilité oblige dans ce doux pays de Nadine Morano, j'ai adopté le français)... Et Joan Collins est nulle en deuxième épouse ambitieuse et traîtresse, sans parler de James Robertson Justice, un acteur qui m'a toujours épaté par l'impression d'incompétence tranquille qu'il projette en permanence.

Mais pour finir, je me contenterai de dire que j'ai une explication quant à la décision de Hawks de ne jamais plus toucher au Scope, et de ne jamais plus tourner un film de ce genre non plus: il a du s'endormir devant The land of the Pharaohs...

 

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks