Deux hommes s'apprêtent à se rendre dans un véhicule de leur confection sur la Lune: prudents, ils ont pris des vêtements chauds! Arrivés sur le satellite, ils sont témoins d'événements étranges...
C'est un film inachevé sur lequel on ne sait pas grand chose: ces quelques minutes sauvegardées sont-elles tout ce qu'il en reste? Combien de temps aurait-il duré? S'il est facile à la seule lecture du titre de spéculer et d'imaginer que le film soit soit un hommage à Méliès, soit un remake de l'oeuvre emblématique de celui-ci, le visionnage de ce film dans lequel deux explorateurs, joués par des acteurs, se retrouvent seuls face à des phénomènes naturels sur l'astre lunaire, prouve qu'il n'en est rien.
En tout cas, cette veine de science-fiction (le genre du film, tel que défini par Starevich, qui n'a jamais référé à ce projet abandonné dans d'autres termes que "film de science-fiction") promettait d'être intéressante, 12 années avant l'étrange Aelita, les Russes prouvaient leur avancée en terme de conquête spatiale... cinématographique.
C'est la nuit de Noël, le père Noël se rend en forêt et "anime" et décore les arbres et la nature enneigée pour permettre aux petits animaux, libellules, scarabées, crapauds, etc... de faire la fête...
A travers ce film, c'est l'autre versant de l'oeuvre de Starewitch qui se montre: si ses fables et autres courts métrages satiriques (surtout La vengeance d'un ciné-opérateur avec ses coucheries!) s'adressent à un public adulte, il produira aussi beaucoup de films à destination des enfants. Celui-ci est notable dans la mesure où il est impeccablement réalisé, avec une technique dont l'efficacité ne se dément pas, mais aussi et surtout parce que Starewitch ajoute à ses animaux la présence d'un personnage proche de l'humain, ainsi qu'une poupée figurant un enfant.
Que Starewitch s'attaque à l'adaptation des fables de La Fontaine était inévitable: les deux partagent en effet un goût immodéré pour l'illustration des travers humains par le biais de contes qui ont pour héros des animaux. Utilisant le texte de la fable dans ses intertitres, ce film s'attache à donner vie à l'une des plus célèbres fables, en allant au-delà de l'illustration.
Par le recours à une vision anthropomorphique (la cigale joue du violon, par exemple) Starewitch souligne évidemment la volonté éditoriale de La Fontaine, et il a recours cette fois, pour ses deux héros en tout cas, uniquement à des marionnettes articulées en bois, ce qui lui permet de manier les personnages, surtout la Cigale, avec une impressionnante dextérité, et par ailleurs leur donne plus facilement de la lisibilité.
Et, autre avantage, on a moins l'impression parfois un peu gênante de voir un entomologiste jouer avec des animaux morts... Certaines copies, en revanche (c'est le cas de la copie francophone conservée à la Cinémathèque de Bruxelles), commencent par d'authentiques plans de cigales... vivantes.
M. et madame Joukov, des lucanes, vivent heureux... sauf que profitant d'un voyage d'affaires, M. fricote avec une libellule, au grand désespoir d'une sauterelle qui en était amoureux. Mais pendant que Mme Joukov s'abandonne dans les bras d'un peintre, la sauterelle (qui travaille dans le cinéma) assume sa vengeance, et filme les turpitudes de M. Joukov...
C'est peut-être le film le plus connu et le plus représentatif de la manière de Starewitch en Russie, et honnêtement c'est un petit chef d'oeuvre. D'animation, d'abord, ça va de soi: Starewitch continue ici avec la méthode qui lui a porté chance: des personnages inspirés d'insectes, et animés dans des scénarios qui les font adopter un comportement humain... proche d'un La Fontaine, qu'il adaptera souvent, il leur prête ainsi des turpitudes qui lui permettent de se placer en caricaturiste déguisé en moraliste, et de mettre les rieurs de son côté...
J'ai pu en juger lorsque ce film a été présenté au festival du film d'animation de Cardiff en 1994, il a eu un franc succès! Il passe du vaudeville au baroque, en profitant de l'effet burlesque de ces marionnettes si ressemblantes, qui conduisent des voitures, et possèdent des caméras...
C'est l'un des rares courts métrages conservés de la période Russe de Starewitch, et on comprend pourquoi il a pu jouir d'une carte blanche pour la compagnie Khanjonkhov, qui l'employait et distribuait ses films: avec de petites vignettes, qui parfois comme ce film ne dépassaient pas cinq minutes, il accomplissait un miracle de cinéma, en forgeant seul et avec ses marionnettes dans des décors de conte de fée... Il agissait en entomologiste peu banal, puisqu'au final ses insectes finissaient par singer les hommes...
Starewitch est resté dans l'histoire comme un singulier animateur, l'un des premiers à avoir fait son univers à partir de la technique de l'animation image par image. On possède peu de ses films Russes, celui-ci est le plus ancien encore existant, et nous montre sa technique à ses débuts: il animait des personnages qui provenaient de deux sources: des insectes naturalisés, notamment de lucanes qui vont peupler ses courts métrages avec insistance, et des marionnettes plus maniables qui vont souvent lui permettre d'allier la ressemblance avec les bestioles qu'elles figurent, et l'efficacité narrative grâce à la maniabilité de ces poupées de bois articulées...
Ce film est une transposition assez ironique de la guerre de Troie, avec des lucanes en lieu et place d'Agamemnon, Hélène (d'où le titre), et Paris... L'action est située autour d'un champ de bataille...
Bien sûr, on est ici devant une technique qui ne demande qu'à être raffinée, et on est encore loin des efforts du studio Aardman, par exemple... Mais les bases sont là, et à la façon d'un Méliès, Starewitch construit son univers en créant sur le champ les truquages et moyens de narration dont il a besoin, et comme le magicien de Montreuil, il s'agit d'un univers bien singulier! On est frappé devant la façon dont déjà, l'animateur qui est confronté en permanence à des poupées inertes, pense et repense en termes de mouvements, et de rien reconstruit la vie...
Une compagnie propose à ses clients de répondre à leur place, de passer des messages, et une de ses standardistes, Ella, a pris l'habitude de rendre des services à ses clients parce qu'elle est bonne comme le pain (comme on dit): elle tombe amoureuse de l'un d'entre eux... Et ça tombe mal parce que la police soupçonne (à tort) que le service est une couverture pour un réseau de prostitution... Pendant ce temps, un escroc tente de se servir de la compagnie pour faire passer des paris illégaux...
Bells are ringing est la réunion de la MGM et de l'immense succès de Broadway de Judy Holliday, dont les chansons avaient été écrites par Comden et Green. plus encore: c'est la toute dernière collaboration musicale de Minnelli avec Arthur Freed pour la MGM!! Et le résultat est...
...Sympathique.
Judy Holliday est l'héroïne, donc, et elle est particulièrement atypique. A la fois douée pour un comique verbal et farfelu, ponctué de gestes incohérents en apparence mais qui à chaque fois sont motivés par ses émotions, elle est constamment intuitive. Je ne sais pas si son style était si approprié pour travailler avec un metteur en scène aussi porté sur le contrôle de ses films que Minnelli... L'actrice fait partie de ces météores, ces artistes partis trop tôt parce qu'ils se sont détruits, parce qu'ils étaient malades, ou qu'ils étaient incorrigibles dans leurs associations. Holliday, pour sa part, était malade (Un cancer, dont elle souffrait déjà lors du tournage de ce film semble-t-il), se détruisait (L'héroïne, la cocaïne, et tout un tas d'autres saletés), et le faisait en compagnie d'un incorrigible junkie, Gerry Mulligan, qui d'ailleurs joue dans ce film.
...Il est amusant.
Elle aussi, parfois, parce qu'elle a quand même tendance à prendre toute la place.
Comden and Green, on ne les présente bien sur plus: d'ailleurs ici, il y a des chansons monumentales, comme The party's over. Ou Just in time, interprétée par Judy Holliday avec Dean Martin.
...Il est saoul.
Tout le temps, et ça se voit.
Et pour finir, on se fait la réflexion: Minnelli, c'est The bandwagon, The pirate, Lust for life, The bad and the beautiful... et Gigi: Oscar du meilleur film en 1958. Au milieu de cette galerie prestigieuse, cet étrange petit film si différent, à la loufoquerie parfaitement assumée (ah, la chanson consacrée au name-dropping!) fait figure de vilain petit canard, ce qui finalement n'est pas si mal!
Le petit Jackie Rabinowitz se fâche avec son père (Warner Oland), qui lui reproche de gâcher sa jeune voix en chantant du rag-time et du jazz; il faut dire qu'il est hazzan dans le ghetto, c'est-à-dire cantor ou chanteur à l'office religieux, et en tant que tel, très respecté... et très rigoureux sur les traditions! Après une bonne correction, le jeune garçon s'enfuit avec la complicité de sa mère (Eugenie Besserer)... Devenu adulte (Al Jolson), il chante et obtient un grand succès sous le nom de Jack Robin. Se réconciliera-t-il avec ses parents et sa culture?
Commençons par une mise au point: venant des Etats-Unis, le pays de Donald Trump et de Walt Disney, ce film qui a sauvé la Warner en 1927 a la réputation d'être le premier film parlant, et d'avoir inauguré la vogue de ce qu'on appellerait les Talkies, en opposition aux Movies, à savoir un cinéma populaire et 100% parlant et sonore... Sauf que The jazz singer n'est pas un film parlant, mais un film dans lequel on a utilisé la bande son pour des chansons synchronisées (environ une demi-heure du film y est consacrée), et de courts dialogues qui bout à bout n'excèdent pas 3 minutes... Le reste? Du cinéma muet: tourné sans besoin sonore et agrémenté ensuite au cours du montage, d'intertitres et de musique en boîte, la vocation première des productions Vitaphone étant de fournir aux cinémas des films avec de l'image ET une bande-son, permettant aux exploitants de se passer de la présence d'un orchestre. Le fait que ces trois minutes aient décidé de la suite des événements et poussé le public à en vouloir plus, n'empêche pas que ces quelques minutes de borborygmes en font, au mieux, un film hybride, à mi-chemin entre le muet (qui avait encore quelques beau jours devant lui) et le parlant (qui ne deviendrait majoritaire qu'en fin 1929)...
Sinon, le film est un mélodrame de facture assez classique, qui tient bien la route quand il n'est pas dominé par le chant de Jolson, ce dernier étant si vous voulez mon avis un abominable cabotin bien plus quand il chante du "jazz" (je mets les guillemets parce que je crois que je connais le jazz, et cette musique là n'en est absolument pas) que quand il joue... L'un des intérêts du film est de mettre en avant la culture Juive, ce que peu de films faisaient à l'époque des grands studios, dont les patrons, souvent des juifs fraîchement naturalisés, souhaitaient se fondre dans la masse. Mais le conflit du film, déguisé en un tragique combat entre père et fils, est bien le dilemme d'un homme entre son assimilation par le milieu du spectacle, et la tradition de s communauté. Un sujet là encore peu présent à cette époque, en particulier dans le cinéma Américain! Et Crosland, qui a bien mesuré l'enjeu du film, a pris la décision de planter ses caméras et ses acteurs dans les quartiers Juifs de New York, pour une poignée de scènes, avant de rentrer en Californie...
Quant à juger la performance sonore, on peut quand même dire que le système Vitaphone sur disques est assez efficace. Dommage qu'il ait fallu commencer par mettre en valeur la voix de Jolson, et ses chansons, qui sont toutes plus ou moins insupportables quand il les chante...
Tony Hunter (Fred Astaire) était un grand nom du show business dan les années trente, mais il est fini... Lassé d'Hollywood qui est manifestement lassé de lui, il rentre à New York et retrouve ses amis les Marton: Lester (Oscar Levant) est compositeur et Lily (Nanette Fabray) écrit des paroles... Ils ont un projet énorme, une comédie musicale qui mettrait en vedette Tony, et qui serait mise en scène par le nouveau prodige de Broadway, Jeffrey Cordova (Jack Buchanan); celui-ci a des idées folles pour le spectacle, ce qui laisse Tony sceptique: une vision sombre, peu compatible avec le style de comédie musicale qui a rendu Hunter célèbre; une intrigue qui louche sur Faust... Et surtout une co-star qui pose un gros problème à Tony: Gabrielle Girard (Cyd Charisse) est en effet une ballerine, et pour le danseur de claquettes, c'est une source de complexes...
Alors bien sûr que la vision délirante de Cordova sera un désastre, bien sûr que le couple Marton manquera de se déchirer sous la pression de l'intensité des répétitions, et évidemment qu'entre Hunter et Gabrielle, ça n'ira pas du tout, les deux ayant épouvantablement peur de l'autre, Gaby de la stature légendaire de Tony et Tony du savoir-faire de danseuse classique de Gaby... Ils ne s'entendront tellement pas qu'on n'aura aucune peine à voir l'alchimie amoureuse entre eux! ...et du désastre naîtra un succès énorme.
Mais ce que raconte vraiment le film, ce n'est ni le succès ni l'échec, c'est la camaraderie, la solidarité des gens de spectacle, leur capacité à travailler ensemble y compris quand ils le font pour de mauvaises raisons (l'égo surdimensionné de Jeff, le conflit matrimonial des Marton ou bien sûr la rivalité des deux stars qui cache bien mal leur amour gauche...). Le film part d'un constat, celui qui admet qu'une star, justement, a des hauts et des bas. L'intelligence du film est d'une part dans le fait d'utiliser la situation réelle de Fred Astaire, totalement lessivé et remplacé par aussi bien Gene Kelly que Frank Sinatra; on utilise aussi le talent phénoménal de Cyd Charisse, repérée l'année précédente dans une scène fabuleuse de Singing in the rain: pas besoin de doublure quand elle danse... et d'autre part, ici, le bon vieux truc de scénario qui consiste à faire raconter à un film la mise en route d'un projet de spectacle (Gold diggers of 1933, 42nd street, Footlight parade ou encore Give the girl a break sont tous passés par là) est poussé dans ses derniers retranchements avec la présence écrasante de Jeff Cordova qui permet de prolonger la réflexion sur l'évolution du monde du spectacle entamée par la présence d'un vétéran face à une nouvelle venue...
Et on se retrouverait, rien qu'en s'en tenant au script, face à un film très complet, mais voilà: les stars d'une part, tous absolument géniaux, et parfaits dans leurs rôles, la musique ensuite (due comme le script à Betty Comden et Adolph Green, et ils ont vraiment mis le paquet: chef d'oeuvre après chef d'oeuvre), et une chorégraphie splendide (Fred Astaire n'est pas Gene Kelly, il a donc fallu faire appel à Michael Kidd qui a su trouver les chorégraphies idéales pour ce petit monde recréé en studio: Kelly n'aurait jamais voulu!), tout se conjugue sous la direction habitée de Minnelli et concourt à accomplir un film dans lequel le monde du spectacle se moque gentiment de lui-même, avec goût, exubérance, et un talent qui explose partout, tout le temps. Comment s'étonner après qu'on le considère comme un tel chef d'oeuvre? Le film est drôle, prenant, sensible et joyeux. Enivrant, sans les effets secondaires d'une boisson alcoolisée, on n'a donc pas besoin de le consommer avec modération, au contraire.
Minnelli, parfaitement à son aise dans ce film, nous rappelle à quel point il avait du talent pour ce genre, auquel il apporte non seulement énergie, une direction d'acteurs sans faille, et sa palette légendaire, avec ce goût prononcé pour les couleurs primaires, et le chic pour en affubler son actrice principale... C'est donc l'un de ses meilleurs films et l'un des meilleurs musicals de la grande époque.
Car comme disait (presque) Shakespeare:
The world is a stage, the stage is a world of entertainment...
Un prince de sang royal se meurt au Portugal... Il se remémore sa jeunesse: son désir (c'est le mot) d'être pompier, puis ses premiers pas dans la carrière sous la supervision d'Alfonso, et enfin la découverte de l'amour auprès de ce dernier...
C'est un moyen métrage taillé pour la télévision, et dont une version longue a été montrée à Cannes, ainsi qu'en salles, déclenchant des critiques embuées, et globalement s'il fallait suivre les Inrockuptibles et Télérama, il faudrait crier au chef d'oeuvre.
Bon.
Eh bien non, ce sont 44 minutes brouillonnes, mal foutues, montées et jouées comme un téléfilm dont la post-production aurait été bâclée, et en 44 minutes, c'est fou ce qu'on a le temps de s'ennuyer! Les parties musicales (dont un ballet loufoque) sont sans doute le meilleur du film, donc quand je vous dirai qu'elles ne sont pas terribles, tout sera dit: