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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 16:33

1840, dans le Sud profond, les Maxwell, père (James Mason) et fils (Perry King) ont une plantation certes d'aspect miteux, mais ils ont une réputation; ils ont aussi beaucoup d'esclaves à revendre... Littéralement: le vieux Maxwell se sent une âme d'éleveur, et a une philosophie qui lui permet d'avoir réponse à tout concernant les relations entre maître et esclaves: pour chaque faute commise, une punition sera vite trouvée; pour éviter que les esclaves soient trop savants, il faut à tout prix les empêcher d'avoir de la religion; les jeunes esclaves se doivent d'être déflorées par leur maître, et... il est important de garder une esclave pour les besoins sexuels, parce que les blanches n'aiment pas ça! 

Et justement, il est temps pour Hammond Maxwell, son fils, de se marier, et son père a décidé que ce sera avec Blanche (Susan George), sa cousine... Mais Hammond (qui n'a jamais eu de rapports avec une blanche) découvre qu'elle n'est pas vierge. La zizanie s'installe dans le couple, poussant Hammond à se consoler avec la jeune Ellen, une esclave, et Blanche à boire plus que de raison, et à chercher un moyen d'atteindre son mari qui la néglige...

Père et fils ont une ambition, celle d'élever un "mandingue", soit un esclave-étalon: durant son voyage pour aller chercher sa fiancée, Hammond est tombé sur la perle rare, Ganymede (Ken Norton): non seulement sa carrure le rend particulièrement attractif, mais en prime il est doté de qualités qui en font certainement, aux yeux de tous ces obsédés de la "race", un excellent géniteur.

Bon, je pense qu'on peut arrêter de tourner autour du pot: aujourd'hui, en argot Américain, mandingo est l'un des 457 surnoms donnés au pénis, et je ne serais pas étonné que ce film puisse être à l'origine de ce fait linguistique! Pourtant le film évite d'être trop explicite sur le sujet, et le personnage de Ganymede, surnommé Mede, va surtout être exploité pour sa force physique globale... Par Hammond qui le fait combattre; par le vieux Maxwell qui lui impose de s'accoupler avec une autre esclave physiquement avantageuse; et enfin par Blanche pour sa vengeance...

Le film se repose un peu sur Gone with the wind, dont on se sert ici comme d'un repoussoir. A la plantation de grand standing des O'Hara, se substitue donc une demeure sale et négligée, aux pelouses qui ont pris leur indépendance. Aucune noblesse chez les Maxwell, qui ont depuis longtemps fini par s'accommoder de leur vie de maîtres d'esclaves en ne faisant absolument plus rien; le vieux se perd donc en considérations variées, tenant des conversations hallucinantes sur le pouvoir animal des esclaves pour absorber les rhumatismes (d'où une impressionnante partie du film dans laquelle Mason s'assied, les pieds sur un garçonnet...), et ne manquant pas une occasion de rappeler que pour eux les esclaves sont des animaux, rien de plus... Quand une adolescente est malade, on appelle même le vétérinaire. C'est principalement dans les 20 premières minutes que toutes ces notations dérangeantes sont placées.

Néanmoins, il n'échappera à personne qu'à côté des tant convoités Mandingos, les Maxwell sont un bien piètre échantillon humain! Le père est gâteux et perclus de rhumatismes, le fils est boiteux, et la belle-fille est alcoolique et s'est formée à sa sexualité avec son frère... Du coup, la possession d'un super-esclave devient plus qu'un enjeu de société (car c'en est un, au vu de la façon dont les prix s'envolent quand un "Mandingue" est mis aux enchères), mais un reflet de leur force et de leur humanité perdues... un reflet aussi de leur frustration. Un reflet enfin d'une civilisation destinée à disparaître dans le chaos, car il n'échappera à personne que dans ce film, les esclaves sont tous nommés de noms historiques européens, grecs et romains, de Cicéron à Lucrèce Borgia, en passant par Agamemnon, ou encore Ellen (Hélène)... Oui, cette société est condamnée à... être emportée par le vent, bien entendu.

C'est aussi la dimension Shakespearienne du film qui se manifeste d'ailleurs, à travers cette famille dont le père souhaite maintenir une lignée, contre l'avis de son fils qui souhaiterait tant se contenter de ses esclaves. Il est d'ailleurs atypique, car il développe des sentiments pour elles, et est perturbé quand il doit punir l'esclave Agamemnon. Et le scandale viendra de Blanche, la si opportunément nommée, qui se comportera de telle façon que personne ne discutera quand il sera question de la tuer en douce. Tout ça, se finir dans le chaos, dans le sang: fin de règne, filiation contestée, épousée qui devient le ver dans le fruit... du Shakespeare, je vous dis!

Mais du Shakespeare scandaleux. La réputation désastreuse de ce film est peut-être forgée à partir de ses nombreuses provocations (nudité à gogo, scènes sensuelles, discussions franches sur la sexualité, discours racial immonde des personnages) mais aussi sur une certaine tendance à l'exploitation pure et simple (Fleischer qui venait du Hollywood des années 50 s'est bien accommodé du ton libre des années 70, au point que le film subira de nombreuses coupes dans de nombreux pays, et même en Scandinavie! )... Un autre aspect est son interprétation souvent excessive, qui devient assez vite agaçante! Pourtant, il aborde la question de l'esclavage en refusant le pittoresque auquel tant de films nous ont habitués. Il y situe bien le troublant double standard de l'interdit (un noir avec une blanche) et de la tradition (un blanc avec une noire) comme le montre bien l'affiche ici présente... Il est sans doute le premier film à montrer avec autant de précision l'exploitation systématique de l'homme par l'homme, l'obsession de l'animalisation des êtres humains par le système économique de l'esclavage... 

 

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Published by François Massarelli - dans Richard Fleischer Mettons-nous tous tout nus
13 novembre 2022 7 13 /11 /novembre /2022 17:13

27 années après les événements du chapitre 1, les sept membres du "club des losers", les ados qui avaient triomphé du clown Pennywise, se sont éloignés de Derry, Maine, la ville où la plupart d'entre eux ont grandi, et ont souffert. Tous, sauf un... Et tous ont oublié ce qui s'était passé, leur amitié, leur serment, leurs aventures surnaturelles et leur triomphe... Sauf un: Mike est resté. Bill (James McAvoy) est devenu écrivain, et comme il travaille pour le cinéma il souffre; Beverly (Jessica Chastain) s'est mariée à un sale type avec des tendances aussi violentes que son père; Richie, le rigolo de la bande, fait du standup; Eddie, l'hypochondriaque, l'est toujours; sa mère est décédée, mais il s'est marié à une épouse qui la remplace avantageusement! Stanley aussi s'est marié, et Ben, le "new kid" du premier film, a perdu ses kilos et ses complexes...

Mais Pennywise, comme annoncé, puisqu'il était découvert dans le premier chapitre qu'il apparaissait tous les 27 ans, est de retour. Mike, qui veille à Derry, contacte ses copains. Tous vont venir, sauf Stanley qui décide de se trancher les veines...

Oui, hein: ça commence bien. Ca fait quelques années que Stephen King nous fait comprendre que grandir, c'est souvent assumer les frustrations du passé, voire les emmener avec soi dans le futur... Et le fait qu'il y ait un écrivain, qui plus est en conflit avec la production des adaptations de ses films (on reconnaîtra d'ailleurs Peter Bogdanovitch, dans son propre rôle, en metteur en scène qui explique à Bill que la fin de son roman est pourrie, donc on va la changer) nous renvoie à tant d'autres oeuvres de King où un auteur occupait le centre de l'intrigue, de The body à Billy Summers en passant par The Shining et Misery... King s'est d'ailleurs lui aussi laissé aller à une petite apparition-gag... Une façon d'assumer une part du film?

Pourtant, il n'y a sans doute pas tant de quoi pavoiser. Bien sûr, on apprécie de retrouver les personnages, et le fait que chacun des héros du film soit si proche d'un acteur à l'autre pour permettre une vraie identification... Et cette dynamique presque Spielbergienne qui faisait le sel du premier chapitre se retrouve elle aussi... Mais voilà, It est une saga d'horreur. Et ce que veulent les gens, c'est du frisson. ON en veut aussi, donc tout devrait aller pour le mieux... Mais non: je sais, le cinéma, maintenant, peut tout faire. Mais ce n'est pas une raison! Pour chaque fois où les créateurs d'éfféspécios se sont lâchés en en rajoutant des tonnes, et en pimentant de mille et un effet dégoûtant, on regrette. Les personnages sont formidables, mais on est agacés par le grand guignol, qui n'était pas aussi omniprésent dans le premier. Pourquoi, quand on adapte King, faut-il qu'on exagère? Les moments les plus forts du film restent ceux où la violence est réelle, comme ce préambule glaçant dans lequel un couple gay se fait passer à tabac par des salauds... 

Mais la leçon à l'amertume tenace de Stephen King passe quand même: bienvenue sur terre, vous êtes là pour que ça se passe mal... Et plus vous vieillirez, pire ce sera: les sept amis, au début du film, ne sont, mais alors pas du tout heureux... bref, comme d'habitude, derrière les paillettes de l'horreur, l'horreur de la vie.

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Published by François Massarelli - dans Boo!! Stephen King
11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 23:31

Dans un futur plus que proche, une corporation Américaine géante, Mirando, est le théâtre d'une lutte sans merci entre les deux héritières de l'empire. Ayant évincé sa jumelle (considérée comme une psychopathe, le mot n'est pas de moi), Lucy Mirando lance un programme délirant: ils vont générer des super-cochons qui vont être élevés un peu partout sur la planète, durant dix années, puis rapatriés afin de les revendre sous la forme de snacks... Okja 'est l'une de ces animaux et elle a grandi en paix dans une montagne en Corée auprès de la jeune Mija et de son grand-père. Mija (Ahn Seo-hyeon) a demandé à ce qu'Okja soit achetée à la Mirando Corp, mais ne sait pas qu'en réalité ils ont refusé l'argent. Quand ils viennent chercher l'animal, Mija voit rouge et prend une décision radicale: partir et récupérer sa compagne géante, à n'importe quel prix... Il lui faudra, aussi bien à Séoul qu'à New York, se battre contre la corporation, les deux jumelles (Tilda Swinton et Tilda Swinton), un zoologue complètement cinglé (Jake Gyllenhall), mais elle pourra compter sur le soutien parfois encombrant d'un groupe d'amis des animaux mené par un idéaliste un poil extrémiste (Paul Dano)...

C'est un conte, comme avant lui le magnifique La forme de l'eau de Guillermo del Toro. La principale différence, c'est que dans ce film l'horreur qui nait de la fable et de la comédie prend parfois (même souvent) tournure sans crier gare, comme dans tout film de Bong qui se respecte... L'histoire de Mija et Okja, les improbables copines, est extrêmement emballante, et passionnante même; elle promet du mouvement, des gags et des rebondissements, mais soyons clairs: ce n'est pas que un film pour enfants... Les enjeux, ici, sont, en vrac, l'écologie, et l'extrémisme, la peinture d'un monde global qui ne tourne pas rond et dans lequel le capitalisme prime sur absolument tout, un portrait aussi en creux d'un monde surmédiatisé... 

L'habitude de Bong, de dépeindre des groupes humains (les habitants de Barking dogs never bite, les familles dysfonctionnelles de The host et Parasite, les rebelles de Snowpiercer et les policiers de Memories of murder) est ici laissée de côté au profit d'une héroïne décidée, admirable et magnifiquement campée par un petit bout d'actrice qui nous rappelle l'aisance du metteur en scène avec ses acteurs, quel que soit leur âge (dans The host, c'était déjà très frappant)... Mais l'enjeu, pour Mija, c'est de choisir sur quelle planète elle a envie de vivre, et l'environnement qui est le sien, avec son grand-père cachottier, et son cochon géant, ressemble fort à un paradis terrestre. Voilà pour elle, et pour nous du même coup, le monde à préserver. 

C'est donc bien d'un conte philosophique qu'il s'agit, mais un conte à la Chaplin, qui va au bout du drame, tout en préservant la comédie, qui exploite avec bonheur toutes les moindres parcelles de l'écran pour y placer un fourmillement de gags, comme le faisait Jacques Tati; c'est un film supérieur, premier choix, comme les snacks qui semblent si bons à la fin, en dépit de ce qu'ils ont coûté. Et tout ça pour sauver un cochon géant qui n'existe pas... Mais cet animal en images de synthèse, vous ne mettrez pas trente secondes avant de craquer pour elle... 

 

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Published by François Massarelli - dans Bong Joon-Ho Criterion
11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 10:03

Un jeune médecin Ecossais frais émoulu des rangs de l'université, le Docteur Nicholas Garrigan (James McAvoy) décide de fuir la perspective de devoir travailler avec son père jusqu'à a retraite de ce dernier... Et pour fuir, il se rend... en Ouganda! Il arrive au moment où le général Idi Amin Dada (Forest Whitaker) vient de prendre le pouvoir après un coup d'état dirigé contre le président Obote, considéré comme corrompu. Garrigan est fasciné par le président, qu'il rencontre lorsqu'un groupe de soldats vient chercher un médecin pour soigner le chef d'état...

Ce n'est pas un rappel historique des faits, le film est basé sur un roman qui inventait un personnage de narrateur à travers ce jeune médecin à la fois idéaliste et un peu porté, aussi, sur une certaine forme d'hédonisme et doté d'une grande naïveté. C'est à mon l'un des deux principaux défauts du film: ce personnage qui se fait avoir comme un nouveau-né, lors d'un discours histrionique qui est sa première confrontation avec le futur dictateur, comment n'a-t-il pas vu les ficelles du parfait autocrate, qui d'ailleurs se présente en uniforme pour faire un discours? Je n'y crois pas une seule seconde et je pense que la prestation de McAvoy, du début à la fin, en souffre... 

Et c'est là qu'intervient le deuxième défaut: le film est très occidental, finalement, et ce ne serait pas tant un défaut sir le personnage principal (qui n'est PAS Amin) était un peu plus crédible... Car on est effectivement devant un récit de la fascination, de l'aveuglement. Injustifiable, certes, mais de fait il est là dans le film, et on verra que tous les contacts de Garrigan avec ses compatriotes Britannique (qui sont Anglais, donc il ne les aime pas) iront dans le même sens: à toutes leurs mises en garde, il répondra par l'aveuglement... Jusqu'au jour où il comprendra qu'il est sous la coupe d'un dictateur sanguinaire...

Dommage que pour réaliser un film à portée internationale sur un fait historique Africain, il faille encore en 2006 le montrer à travers les yeux d'un candide occidental... Bien sûr, on se dit qu'un film Ougandais n'aurait sans doute pas pu avoir la même portée. Mais à la même époque, Soderbergh réalisait Che, en Espagnol dans le texte, et le faisait d'un point de vue Sud-Américain...

Mais le film n'est pourtant pas un ratage: s'il n'est pas exactement le personnage principal, on ne peut pas détourner son regard de la prestation de Forest Whitaker, qui est hallucinant: presque un enfant auquel on aurait confié une armée, un uniforme... et les pleins pouvoirs. Un enfant qui vole la vedette à tous ceux qui l'entourent, et qui est un de ses très grands rôles, du reste... La mise en scène suit d'ailleurs Idi Amin dans son délire, et McDonald use beaucoup d'une caméra embarquée pour les scènes qui font intervenir le président, comme pour un souligner l'imprévisibilité, et le sens de l'improvisation. C'est ce qui fait la relative réussite du film... 

 

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Published by François Massarelli - dans Kevin McDonald
11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 09:53

La famille Bourrichon est dans une difficile situation, ils ont des dettes et l'ensemble de leurs créditeurs est à leurs trousses... Une seule solution, prendre la fuite: ils partent en voyage, mais une nuit dans une auberge hantée aura vite raison de leur détermination à fuir...

Fuir, c'est le mot. Le dernier film de Méliès est tout sauf convaincant: encore une fois, il tente d'y présenter un découpage mais ne maîtrise absolument pas la notion de montage; les idées trainent en longueur, et à distance les acteurs sont priés de gesticuler... Ce qui aurait pu ressembler à une joyeuse équipée anarchique, donc bien dans la ligne de ce à quoi le réalisateur nous a habitués, devient tout en ne durant que 15 minutes, un long pensum insupportable... Et Méliès ne tournera plus.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 09:45

La rivalité entre deux nobles (un brave et jeune gaillard d'un côté, un baron malhonnête de l'autre) pour les affections d'une princesse mène au désastre: le baron décide de faire alliance avec les forces du mal, et fait enlever la jeune femme par Satan et ses troupes venues de l'enfer...

Derrière ce conte a priori original, Méliès entendait probablement se reposer sur les ingrédients fondamentaux de son cinéma: le merveilleux, les effets spéciaux, les décors glorieusement fau en carton, et... Satan, bien sûr jeune premier éternel de son cinéma, son héros préféré, qu'il représente ici en le jouant lui-même, s'installant pour discuter le bout de gras avec le Baron, et invitant toute sa maléfique famille à se joindre à eux...Difficile, on le voit, de rester sérieux...

Mais c'est peine perdue, Méliès est fatigué, et le film est long (en dépit d'une tentative de découpage), les effets spéciaux pas toujours convaincants alors qu'il les a tous inventés! Méliès a du mal à s'adapter à son temps et ça se voit; C'est son avant-dernier film.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
10 novembre 2022 4 10 /11 /novembre /2022 18:24

Pour son dernier film de deux bobines, du moins le dernier à avoir survécu, Méliès revisite (il en avait déjà réalisé une version au début de la décennie précédente...) avec plus de moyens, mais moins de conviction, l'histoire de cendrillon...

Comme dans La conquête du Pôle, le film est bancal, indiquant une volonté d'intégrer le montage, mais avec des difficultés pour sortir du schéma des tableaux qui se succèdent. Les effets spéciaux ne sont pas franchement folichons, et le metteur en scène échoue à se renouveler, reprenant toujours le même type de narration appelant un commentaire redondant. Méliès, qui n'a presque plus de films à tourner, est arrivé au bout de sa course...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
10 novembre 2022 4 10 /11 /novembre /2022 18:09

On tourne une scène intime, pour un film assez typiquement Européen (le réalisateur parle en Allemand, mais aussi en Anglais et parfois en Français, à des techniciens et des acteurs qui sont de plusieurs nationalités. La tension est palpable, c'est un tournage de nuit ou plutôt de fin de matinée, pour obtenir la bonne lumière pour filmer les ébats d'un jeune couple. Outre les acteurs et techniciens, le metteur en scène montre une certaine impatience avec la coordinatrice d'intimité, chargée de maintenir les acteurs devant se dénuder et entrer en contact pour mimer un acte sexuel... Une attitude qui va avoir de réelles répercussions...

Le film est assez atypique, puisqu'il montre l'envers du décor d'une façon qui a rarement été aussi troublante: en effet, la coordinatrice d'intimité est non seulement jouée par une actrice, mais cette actrice est justement la coordinatrice d'intimité sur le plateau de Luis Schubert! Elle a apporté à son rôle (intégralement joué en Anglais, mais Julia Effertz est Allemande) une véracité étonnante... Derrière la tension forte entre le réalisateur et elle, l'équipe semble jouer une comédie: les techniciens ont bien compris que leur matinée sera peut-être compromise à cause de l'ambiance et la scène, de par l'humeur générale, devient presque une comédie...

Sauf que c'est un drame si on considère le point de vue des acteurs: sensés jouer la sensualité d'une scène intime, un petit câlin matinal, ils vont se retrouver en conflit corporel. L'acteur prend l'initiative de toucher sa partenaire à un endroit imprévu et la querelle qui s'ensuivra entre réalisateur (qui a poussé le jeune homme à sortir du script) et la coordinatrice les mettra très mal à l'aise. A la fin, l'amour tourne court et la scène sera filmée dans une grande violence... Et ce n'est plus, mais alors plus du tout une comédie.

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Published by François Massarelli - dans Zizi Panpan Court métrage
7 novembre 2022 1 07 /11 /novembre /2022 15:15

Reprenant les formules qui avaient fait son succès aussi bien pour le Voyage dans la lune (1902) que pour Le voyage à travers l'impossible (1904): une destination improbable, un voyage loufoque, et des péripéties plus délirantes que tout ce qu'on pourrait imaginer... Sauf que cette fois il se laisse aller à réaliser, pour Pathé, un film nettement plus long: deux bobines. C'est ambitieux, et c'est la preuve que Méliès, au moins, est à l'écoute: le format des films, en Europe, s'allonge... L'Italie, le Danemark et la France réalisent des films de long métrage, déjà... Méliès, qui se refuse à quitter le studio, est tributaire de ses habitudes techniques: il a besoin de créer l'illusion dans le plan, et le montage ne lui sert qu'à deux fonctions; premièrement, il crée l'illusion en faisant disparaître, transformer, apparaître et exploser les hommes, les femmes et les objets dans le plan; deuxièmement, une coupe permet de passer à la suite..;

Ce qui explique que dès le départ, le film ne ressemble à rien de contemporain. C'est probablement ce qui l'a coulé, mais Méliès ne peut pas et ne veut pas faire du cinéma comme tout le monde, et désire continuer à faire du cinéma selon ses propres règles. Mais en allongeant, il prenait le risque de faire trop long, et c'est ce qui va être un sérieux problème pour ce film...

Certes, ça commence bien et même très bien avec un contexte qui se complexifie à loisir, avec pour une fois une sous-intrigue (pendant qu'une coalition internationale menée par l'ingénieur Maboul se rend en direction du Pôle Nord dans une machine volante, les Suffragettes désignent l'une des leurs et elle est interprétée par Fernande Albany, préposée à l'humour poids lourd, mais elle disparaîtra dans une scène d'une grande indélicatesse, et ce avant la fin de la première bobine)... Mais si Méliès arrive à garder son style tout en s'ouvrant au monde du cinéma, puisqu'il travaille pour Pathé, il est fatigué, et ses "vues merveilleuses" des cieux, avec ses pin-ups 1910 déguisées en étoiles, font long feu. On remarque ça et là quelques avancées, comme un plan (un seul) tourné "en extérieurs", en fait à l'extérieur du studio de Montreuil.

Il reste le combat contre le "géant des neiges" situé vers la fin: mais si esthétiquement il date le film pour le spectateur d'aujourd'hui, je crains qu'il n'ait aussi sérieusement daté le film à sa sortie, pour le spectateur nourri aux films de Capellani, Feuillade, et qui se pressait aux aventures de Nick Carter de Victorin Jasset... Et comme la plupart des séquences, lui aussi tire sérieusement en longueur.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Méliès 1912 *
6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 11:18

Egalement produit par Pathé, ce film est le deuxième et dernier qui soit disponible pour l'année 1911 après le Vitrail Diabolique... Et si on s'attend légitimement à un film du plus haut intérêt (Méliès s'emparant de Munchausen!!), c'est plus que décevant...

Le film a des intertitres, dans les copies actuellement disponibles (tirées d'une copie 16 mm manifestement). la caméra est particulièrement proche de l'action, ce qui n'est pas banal non plus pour l'auteur! Le Baron a abusé lors d'un repas et va se coucher, avec son petit personnel qui est aux petits soins avec lui... Ils le couchent près d'un miroir, qui va devenir le théâtre d'une féérie qui virera bien vite au cauchemar...

Le miroir n'en est pas un, sauf pour un plan situé vers la fin (un plan dans lequel le baron casse, justement, le miroir!); l'une des caractéristiques les plus intéressantes du film est la création inattendue et malencontreuse d'un gag qui s'ignore: pour établir que l'espace situé derrière le canapé où le Barn se repose est bien un miroir (alors qu'il n'en est rien, c'est une illusion), Méliès a placé un deuxième divan identique, sur lequel il a demandé à un acteur habillé de la même façon que son baron de répéter occasionnellement les mêmes gestes... Ils ne le font qu'un peu, juste pour que le spectateur s'imagine effectivement qu'il s'agit d'un miroir... Mais d'autres y verront une possibilité pour un gag génial: il sera décliné de nombreuses fois, de Charley Chase au Marx Brothers en passant par ce qui est la meilleure incarnation du numéro, dans Seven years bad luck, de Max Linder...

Au-delà, et e dépit d'efforts louables pour renouer avec l'inspiration passée (voir les photos qui accompagnent cet article...) c'est donc un film bien routinier, et même assez franchement médiocre...

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet