Deux hommes aiment une femme (Louise Lara)... L'un d'entre eux (Antonin Artaud), pourtant, a les faveurs de la belle, pas l'autre (Roland Barthet). Celui-ci devient jaloux, commence à manifester une forte envie de meurtre... Va-t-il passer à l'acte?
Vous avez la réponse, puisqu'elle est contenue dans le titre! Ce film de court métrage effectué en 1923 dans l'ombre de Marcel L'Herbier, figure tutélaire d'une avant-garde encore bien bourgeoise (le rouleau compresseur du film surréaliste n'est pas encore passé), est le premier d'un apprenti cinéaste qui était encore décorateur, pour L'Herbier, mais aussi pour d'autres: on se souvient de sa participation double (décors et interprétation d'un rôle) à Nana de Renoir. Ici il dirige sa mère, la grande actrice Louise Lara, qui a un rôle assez mineur paradoxalement!
On ne parlera pas de tempête ici... C'est un petit remous dans un verre d'eau qui n'est plus tout à fait gazeuse, et si le metteur en scène soigne sa partition en cochant toutes les cases de l'avant-gardisme, on s'ennuie ferme devant ce spectacle convenu, et des séquences durant lesquelles on verra Antonin Artaud marcher vers une porte, quatorze fois de suite... Le film ne portera pas chance à Autant-Lara qui devra attendre la fin de la décennie pour tourner un autre film, Construire un feu (qui est perdu!).
Un rendez-vous romantique entre deux anciens amants tourne à l'affrontement entre espions: la raison d'être de la rencontre secrète entre Henry (Chris Pine) et Celia (Thandiwe Newton) est que huit années après une prise d'otages à Vienne qui a dégénéré en massacre (120 morts), les deux agents (elle a raccroché, mais lui est toujours aux services secrets) vont devoir démêler un sacré sac de noeuds. En effet, une source sûre a révélé, dit-on à Henry, que le désastre serait à imputer en réalité à un traître, et sur tous les agents présents ce jour-là, on lui présente Celia comme étant la plus plausible...
Sac de noeuds, en effet: au-delà de la façon intéressante dont le script dilue l'histoire d'amour intense et passée dans un recours aux flash-backs, le film n'est pas des plus faciles à suivre, fondé sur une multiplication de points de vue, d'interprétations ou de réinterprétations, qui sont supposés faire avancer le spectateur... On est donc en plein devant un pur produit de consommation, léché, soigné et au budget conséquent, dans lequel les effets de coups de théâtre finissent par agacer. Et comme on n'aura aucune raison de le revoir, el film en est donc inutile. Dommage pour son actrice principale, mais... je ne vois pas d'intérêt à continuer au delà de ce point.
Il y a le feu dans une maison, la brigade locale intervient: Mickey en capitaine et ses subordonnés Goofy et Donald... La lutte contre le feu est rude, mais il sera encore plus difficile de faire comprendre à la charmante bovidée qui prend un bain à l'étage, qui se croit la victime de trois pervers, qu'il en va de sa vie!
La formule consacrée pour les premiers Mickey, qui met aux prises les trois amis dans des parties différentes de l'intrigue, est largement utilisée pour la première partie, mais c'est unis comme un seul homme que les trois vont se lancer à l'assaut de la salle de bain, et de l'infortunée Clarabelle: quelques constats s'imposent... d'une part, le cinéma est entré dans la grade frilosité de l'après-code, mais cela ne semble pas gêner l'équipe de Sharpsteen, qui base une grande partie de son court métrage sur la nudité (certes non anatomiquement correcte, mais bon) d'un personnage, et de la supposée concupiscence des trois autres: ce n'est pas banal. Ensuite, la brigade devant faire face à un feu, il n'y a pas une minute à perdre, et le rythme est donc survitaminé. Tant mieux! Enfin, le style Disney insiste ici: comme dans les Silly symphonies, chez Mickey, tout ennemi, qu'il soit humain, animal, animé ou inanimé, est doté de volonté: ici, le feu. Et c'est un sacré ennemi!
Les trois amis Mickey, Donald et Goofy ont acheté un bateau en kit: ils commentent les instructions: c'est facile, un enfant pourrait le faire... et se lancent. On suit les péripéties des uns et des autres, et le lancement du Queen Minnie promet d'être spectaculaire...
Nous sommes ici en plein classicisme absolu, d'une époque durant laquelle les ateliers Disney s'étaient lancés dans la production de longs métrages, mais un seul était sorti, et du coup certains des courts métrages qui sortaient retenaient cette attention toute particulière qui avait déjà accompli des chefs d'oeuvre: 10 ans plus tard, ce ne serait plus vraiment le cas.
C'est Mickey d'avant la dernière mutation de son design, quand les yeux réduits à un trait vertical se sont précisés en e vulgaires yeux de bande dessinée, affadissant paradoxalement le personnage. Et comme dans tous les grands courts métrages de la série, Ben Sharpsteen ne nous présente le trio que pour mieux l'éclater en trois, donnant à chaque protagoniste du fil à retordre...
Une bande de malfaiteurs se fait passer pour un quintet à cordes afin d'aller "répéter" chez une vieille dame qui habite juste à côté de la gare de King's Cross à Londres: leur objectif: attaquer un transport de fonds... Le plan a été conçu dans ses moindres détails, sauf sur un point: Mrs Wilberforce, le chef du gang s'en apercevra bien vite, est en réalité un adversaire redoutable...
Le succès de ce film, production des studios Ealing dont c'est à n'en pas douter l'un des fleurons, s'explique aisément: un cadre parfaitement défini, un casse à accomplir, des personnages aux caractères parfaitement établis, et une solide dose d'excentricité Britannique, qui repose pour une large part sur ses protagonistes, justement: d'un côté, le "Professeur" Marcus (Alec Guiness), ou le loup déguisé en agneau, est un bandit de la pire espèce, qui projette aisément une attitude respectable qui peine à cacher sa duplicité et sa scélératesse... Avec lui, une belle bande de bras cassés, parmi lesquels le "major" (Cecil Parker), un type qui lui aussi a l'air respectable, mais a certainement "vu du pays"; Harry Robinson (Peter Sellers) et son accent cockney, qui fait le dur mais confesse assez facilement qu'il a peur des petites vieilles; "One Round" (Danny Green), boxeur raté que, sans doute, un uppercut bien placé a mis hors jeu et ses neurones avec; enfin, le gangster pur et dur Louis Harvey (Herbert Lom), apparemment le plus dangereux, mais qui semble avoir des réticences en dépit de ce qu'il dit à tout bout de pellicule, à tuer une vieille dame...
Et justement, face à eux, Katie Johnson campe avec génie une octogénaire avec une légère araignée au plafond, qui vit dans sa petite maisons, ses souvenirs, en compagnie de ses perroquets. Elle a deux habitudes: d'une part, celle d'oublier son parapluie partout où elle se rend; d'autre part, celle d'alerter le commissariat local à la moindre occasion, le résultat étant que les policiers la considèrent tous comme atteinte de folie douce, et ne la croient plus... Y compris quand elle vient pour rendre l'argent d'un casse.
La confrontation entre ces gens, le choc historique entre une bande très Londonienne de malfaiteurs ratés et une vieille dame d'un autre âge (qui se souvient de la mort de la Reine Victoria, car la souveraine est décédée justement alors qu'on fêtait le 21e anniversaire de la future Mrs Wilberforce...) et qui elle aussi fait partie d'une redoutable bande: des vieilles dames gâteuses qui font, décidément, très peur aux bandits!
Mackendrick joue à fond la carte de ce décalage, dans une narration à distance, qui souligne aussi bien le farfelu de la situation, la gentillesse de l'hôtesse, la façon dont ses "musiciens" (qui ne jouent pas plus de violon que moi de la vielle à roue) s'installent chez elle sans jamais y paraître à leur place, et l'avancée méthodique d'un destin qui sera fatal à cinq personnes. Chaque événement est narré comme s'il s'agissait d'un conte, sans aucun drame ni spectaculaire: il y a beau avoir un hold-up et des morts violentes, Mackendrick nous raconte essentiellement l'expérience avec le rythme imposé par une vieille dame un peu fofolle...
Après une troisième guerre mondiale nucléaire, qui aura dévasté la terre et anéanti Paris, un homme est choisi pour que les nouveaux maîtres de la terre qui vivent sous la surface se livrent à une expérience temporelle: il est partie prenante, même s'il n'a pas le choix, car il est hanté par une image qui date d'avant sa fuite sous terre pour échapper aux radiations: quand il était enfant il a assisté à une scène qu'il n'a pas comprise, mais il se rappelle qu'il y avait une femme dont le visage le poursuit jusque dans ses rêves...
L'idée est géniale, et la réalisation peu banale: pour ce qui est son unique film narratif de fiction, Chris Marker a choisi de traiter cette histoire d'anticipation à l'encontre de toutes les règles du cinéma: car un film, c'est de l'image qui bouge... Or, son film, qu'il qualifie lui-même de photo-roman au générique, est en réalité composé intégralement d'images fixes, de photos donc...
Sauf une.
C'est étrangement séduisant, malgré l'austérité de l'ensemble, à rapprocher d'une autre expérience plus ou moins contemporaine, celle de Je t'aime, je t'aime (1968), de Resnais, qui justifiait sa construction étrange (des minutes mises bout à bout dans un désordre apparent) en suggérant que le voyage dans le temps serait, s'il existait, forcément physiquement difficile, voire hasardeux. Cet aspect (présent en voix off) informe aussi une grande partie de La jetée, et je pense qu'il rend la navigation passionnante dans ce film unique...
Unique, mais refait, dans un style fort différent, par Terry Gilliam en 1995, avec Twelve Monkeys. Dans un genre différent, c'est aussi une grande réussite: un film de science-fiction qui se place à l'encontre des codes, et qui parle plus d'amour fou que de voyage dans le temps.
Ce film assez étrange, dont l'introduction laisse penser qu'il va s'agir d'un reportage consacré aux Oscars avant de bifurquer vers l'animation, est une pause: un dessin animé de recyclage concocté vite fait par l'équipe de Bob Clampett pour boucher un trou, et c'est quasiment un solo.
Sauf que 2 minutes de Hiawatha's rabbit hunt, réalisé en 1941 par Friz Freleng, y sont recyclées! C'est que le thème est donc la cérémonie des Oscars, et Bugs, sûr de triompher de son rival James Cagney, y montre un extrait de son oeuvre afin d'influencer le public et le jury...
Rod Scribner gagne pour sa part l'oscar de l'animation-réaction la plus ahurissante avec une réaction de Bugs Bunny à l'annonce des résultats... Voir photo.
Un lion, roi de la savane lessivé et vieilli, moqué par tous ses sujets, part avec la ferme intention de s'attaquer à une créature à sa mesure, et se décide à trouver... un lapin.
C'était une mauvaise idée: le pauvre...
Chuck Jones expérimente ici, comme souvent, avec les codes de l'animation, et utilise des cadrages étonnants, souvent au plus près des protagonistes: c'est parfois étrange, et parfois séduisant, avec des compositions à la Orson Welles! Mais ça reste quand même un film mineur dans lequel Bugs Bunny aussi bien que son réalisateur font leurs gammes.
A noter une très rare fausse bonne idée: Madame Bugs Bunny...
1910 : l’expédition Terra Nova part de Nouvelle-Zélande, dans le but de mener une expédition Britannique au Pôle Sud. L’objectif principal : planter l’Union Jack (le drapeau Britannique) au Pôle Sud, et le faire avant l’expédition concurrente menée par les Norvégiens de Roald Amundsen.
Le chef de cette expédition Britannique, qui allait se prolonger jusqu’à 1913 en comptant les conditions difficiles mais aussi le voyage retour, était Robert Falcon Scott ; le cinéaste de l’expédition était Herbert Ponting…
On le savait quand le film est sorti, on peut toujours le savoir maintenant, Scott, pas plus que quatre de ses camarades, n’est pas revenu vivant de son périple, et s’il a effectivement atteint le pôle Sud (des photos en témoignent) avec ses infortunés camarades, ils ont immédiatement constaté que les Norvégiens étaient déjà venus, et étaient repartis après avoir posé leur drapeau sur place. C’est donc un échec, d’autant plus désastreux que des hommes y ont perdu la vie. Mais c'est aussi, sans nous épargner l'inévitable couplet nationaliste, un échec grandiose...
Le film est un récit aussi complet que possible, et même surprenant par la légèreté de ton qu’il prend avant les deux dernières bobines, de ce désastre, qui fait la part belle au temps et à la contemplation : on imagine que le travail a du être intense sur les premiers longs mois de ce périple, mais ce qui ressort le plus souvent de ces images, c’est la beauté des paysages, l’amusement des hommes, la fascination pour les animaux (partagée sans aucun doute par le public friand de pingouins, ce qui explique le temps un peu excessif dévolu aux observations de ces charmants petits oiseaux), la sportivité un peu juvénile de tous ces gens, ceux qui allaient mourir et ceux qui allaient revenir…
Et c’est frappant de voir à quel point le temps passé entre la captation des images (entre 1910 et 1913) et la sortie en 1924 du film hors conférences (et j’imagine que Ponting a dû en donner vu l’engouement du public pour ces histoires de conquête et d’héroïsme polaire) a profité au film, permettant aux images de l’expédition de bénéficier de la précision du montage de la décennie suivante : narrativement, c’est passionnant.
...Cinématographiquement, c’est superbe, et les couleurs obtenues par un mélange de teintes et de tons directement sur la pellicule, ajoutent à la beauté de ce film, faut-il le dire, superbement restauré: un compagnon idéal à l’autre grand documentaire Britannique de cette année 1924, le fameux Epic of Everest de John Noel : un autre désastre, comme par hasard…
Juin 1940, du côté de Tours: on s'apprête à exécuter Clément, un syndicaliste responsable de la mort d'un policier, quand un bombardement Allemand déjoue cet assassinat légal. Clément (Jean Gabin), seul rescapé de l'attaque, s'enfuit sans demander son reste. A la sortie de la ville, il monte dans un camion occupé par une troupe de soldats français qui se replient vers Bordeaux... Le camion est la cible d'un autre bombardement dont une fois de plus Clément sera l'unique rescapé. Il "emprunte" l'uniforme et les papiers d'un mort, et devenu Maurice Lafarge, va devenir un soldat parmi d'autres, forcé de partir, réfugié en Afrique, puis héros exemplaire... Mais le passé a le don de ne jamais vous laisser tranquille...
C'est sur un script de Duvivier lui-même que le film s'est fait, à la Universal, et manifestement il s'est monté sur le prestige de son metteur en scène et de sa star... Gabin qui est d'ailleurs beaucoup plus à l'aise en Anglais (apparemment du moins) qu'on ne l'aurait cru! Le point de départ est du pur Duvivier, qui commence par un petit matin blême avant d'envoyer bombe sur bombe sur ce pauvre Clément qui n'en demandait pas tant... Mais l'insoumis, le révolté du début, qui ricane bien fort quand on lui envoie un prêtre pour prendre sa confession avant de se faire décoller, se transforme assez vite en un héros de la nation, au contact des hommes, du danger, et d'une adversité plus grande que les idéologies. C'est bien évidemment le coeur du film, sa dimension de propagande: c'est à la fois son univers spécifique et sa limite.
Mais Duvivier comme Gabin sont dans leur univers eux aussi, un monde qui renvoie un peu à La Bandera avec cette idée d'une fraternité des soldats qui les met à égalité, quel que soit leur passé, et à La Belle Equipe, avec ce campement de fortune à "De Gaulle-Ville" qui se transforme très vite en un paradis pour les hommes qui s'y ressourcent et cultivent leur amour de la liberté. Si on a vu La Belle Equipe, forcément, on sait où ça va... Mais le but du film n'est pas d'assumer la noirceur de la vie, plutôt de montrer l'importance de la donner pour les autres!
Ca reste un film assez accessoire, donc, tout à fait distrayant, mais totalement générique, un film "Français" fait à Hollywood, avec des héros qui s'appellent Bouteau, Varenne, Monge et Lafarge! Des héros qui tous chantent les louanges de la France éternelle sans jamais se battre ni râler: comment voulez-vous qu'on puisse croire qu'il s'agisse de français? Gabin fait du Gabin, depuis le condamné à mort jusqu'au héros, sorte d'union sacrée à lui tout seul: le manifestant anti-policier, le héros décoré. Une scène de dégradation bénéficie de toutes les attentions du metteur en scène, qui nous montre chaque étape de cette cérémonie si particulière, et sinon on regrette que les éventuelles pistes de complication pour le personnage de Clément/Lafarge (un soldat qui connaissait le vrai Lafarge et la fiancée de ce dernier) soient finalement expédiées au profit du souffle de la propagande...